Grand entretien avec Fabien Armengaud, directeur musical et fondateur de l’Ensemble SĂ©bastien de Brossard

ENTRETIEN avec Fabien Armengaud, fondateur et directeur musical de l’Ensemble SĂ©bastien de Brossard… C’est son premier disque avec son Ensemble SĂ©bastien de Brossard, mais Fabien Armengaud n’en est pas Ă  son premier concert ; loin de lĂ  : l’assistant d’Olivier Schneebeli au sein de la MaĂźtrise du CMBV (Centre de Musique Baroque de Versailles) n’a cessĂ© depuis plus de 15 ans, de participer Ă  la rĂ©ussite d’une phalange aujourd’hui exemplaire, qui dĂ©fend avec passion et finesse, l’art choral du Baroque Français. Mais lĂ  oĂč nombre de nouveaux instrumentistes dĂ©butent leur carriĂšre avec leur propre ensemble, se dĂ©diant souvent Ă  l’incontournable et inestimable MA Charpentier, Fabien Armengaud agit diffĂ©remment, frappe fort mĂȘme en rĂ©alisant un rĂȘve portĂ© depuis une dĂ©cennie, enregistrer un programme de musique française pour 3 voix d’hommes
 d’un illustre mais gĂ©nial mĂ©connu, Louis-Nicolas ClĂ©rambault.

 

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clerambault-motets-pour-3-hommes-fabien-armengaud-cd-paraty-review-announce-compte-rendu-critique-presentation-CLASSIQUENEWS-PARATY516141_couv---copieEn plus de maĂźtriser son sujet et possĂ©der les ficelles du mĂ©tier, Fabien Armengaud ose dĂ©fricher, explorer, surprendre. Le rĂ©sultat est lĂ  : son programme Ă©ditĂ© chez Paraty productions dĂ©passe toute espĂ©rance et prouve l’excellence du nouvel ensemble, tout en affirmant dĂšs son dĂ©part, l’originalitĂ© et l’audace du rĂ©pertoire prĂ©sentĂ©. Le cd Motets Ă  3 voix d’hommes de Nicolas-Louis ClĂ©rambault est Ă©lu CLIC de CLASSIQUENEWS d’octobre 2016 (parution annoncĂ©e, le 21 octobre 2016). Le chant des trois chanteurs rĂ©unis autour de Fabien Armengaud, l’articulation ardente, vive, palpitante des instrumentistes de l’Ensemble SĂ©bastien de Brossard affirment la venue d’un collectif mĂ»r, Ă©blouissant dont la sonoritĂ©, le goĂ»t, le style confirment la justesse, la vĂ©ritĂ©, la profondeur. Grande critique du cd Ă  la date de sortie de l’album, soit le 21 octobre prochain. A l’occasion de la parution de ce disque Ă©vĂ©nement, CLASSIQUENEWS a posĂ© 4 questions Ă  Fabien Armengaud.

 

 

 

Pourquoi avoir choisi pour votre premier disque ce programme révélant un Clérambault méconnu et surprenant ?

armenagud-fabien-ensemble-sebastien-de-brossard-classiquenews-portrait-concert-annonce-portrait-entretien--582-G-Uferas-0224Fabien Armengaud : Le choix d’un compositeur, en particulier pour un premier disque, est une dĂ©marche tout sauf anodine. Force est de constater que bon nombre de mes collĂšgues ont trĂšs souvent choisi Charpentier pour leur premier disque. C’est tout Ă  fait lĂ©gitime, Charpentier Ă©tant un immense compositeur dont on aura jamais fait le tour. NĂ©anmoins, il me semblait intĂ©ressant de prendre un autre chemin. J’ai donc passĂ© un an Ă  lire beaucoup de musique Ă  trois voix d’hommes et un jour ce fut la rencontre avec l’Ɠuvre de ClĂ©rambault. C’est apparu pour moi comme une Ă©vidence: il fallait enregistrer ce compositeur! J’ai donc tout de suite rĂ©uni mon Ă©quipe et le projet s’est montĂ© grĂące Ă  la confiance que m’a tĂ©moignĂ©e Bruno Procopio, directeur du label Paraty, qui m’a laissĂ© carte blanche pour cet enregistrement.

 

 

 

Pouvez vous citer 2 exemples prĂ©cis, extraits du programme qui dĂ©montrent l’intĂ©rĂȘt de ClĂ©rambault ?

Il est difficile pour moi de ne choisir que deux exemples! ClĂ©rambault est, Ă  mes yeux, Ă  la croisĂ©e de deux mondes, le XVIIĂšme siĂšcle – le vĂ©ritable siĂšcle baroque pour moi- avec son Ă©lĂ©gance, sa noblesse de caractĂšre et j’ose mĂȘme dire sa dignitĂ© qui transparaĂźt dans tous les arts, et le XVIIIĂšme siĂšcle, qui lui, va plutĂŽt vers la virtuositĂ©, vers l’agrĂ©able et parfois le dĂ©coratif. ClĂ©rambault est justement Ă  la charniĂšre, Ă  la fin d’un monde et au dĂ©but de l’autre et c’est ce que j’ai essayĂ© de dĂ©montrer dans cet enregistrement.

En tant que claveciniste, j’ai beaucoup de proximitĂ© avec le XVIIĂšme siĂšcle mais je ne boude jamais mon plaisir de jouer Ă©galement la musique du XVIIIĂšme. On peut aimer Nosferatu et La folie des grandeurs!

Pour rĂ©pondre Ă  votre question, si je devais choisir deux exemples, je choisirai tout d’abord un des mouvements du Motet pour la Canonisation de Saint Pie: Impii Turcarum Gens, qui est, Ă  ma connaissance, le seul exemple de TempĂȘte dans la musique sacrĂ©e. Le second pourrait ĂȘtre le verset Et Misericordia tirĂ© du Magnificat. Quand on commence Ă  Ă©couter cette piĂšce, on se dit que c’est trĂšs beau et que cela va s’arrĂȘter au bout de une ou de deux minutes,  et c’est là oĂč ClĂ©rambault est vĂ©ritablement gĂ©nial: il renouvelle sans cesse le discours avec une Ă©conomie de moyen incroyable, le contrepoint de plus en plus sublime rendant ce mouvement complĂštement hypnotique pendant plus de quatre minutes!

 

 

 

En quoi le programme de ce disque est-il emblĂ©matique de votre dĂ©marche artistique comme chef et directeur musical de l’Ensemble S de Brossard (geste, texte, cohĂ©rence, sonorité ) ? Quelle serait la carte d’identitĂ© de votre ensemble ?

Comme chaque vie de musicien, la mienne a Ă©tĂ© faite de trĂšs belles rencontres. Odile Masse, Jan Willem Jansen et Yasuko Bouvard avec qui j’ai commencĂ© mes Ă©tudes dans cette belle ville de Toulouse. Ensuite, deux rencontres furent dĂ©terminantes dans ma vie de musicien: HervĂ© Niquet, Ă  qui je dois tant, et qui m’a ouvert le monde fantastique de la musique baroque française et Laurence Boulay qui, elle, m’a ouvert la porte de la basse continue et de la recherche, (et qui est toujours prĂ©sente dans mon esprit dĂšs que je fais un continuo). Je n’oublie pas Ă©galement MichĂšle DĂ©vĂ©ritĂ© Ă  qui je dois beaucoup. DerniĂšre rencontre et non des moindres: Olivier Schneebeli que j’ai rencontrĂ© au dĂ©but des annĂ©es 2000 et qui m’a tout de suite accordĂ© sa confiance sans faille et avec lequel je travaille depuis maintenant dix-sept ans Ă  la MaĂźtrise du Centre de musique baroque de Versailles oĂč je suis son assistant.

Ce long prĂ©ambule pour vous expliquer que ce disque c’est d’abord le fruit de rencontres et la rĂ©union de ceux que je considĂšre comme “ma famille musicale”. C’est prĂ©cisĂ©ment ces chanteurs -Cyril Auvity, Jean-François Novelli et Alain Buet- et ces instrumentistes -Maud Caille, LĂ©onor de RĂ©condo, ValĂ©rie Balssa, Lucie Rio-Humbrecht, François Costa, Mathurin Matharel, Thibaut Roussel et Guillaume Cuiller- que j’avais envie de rĂ©unir dans ce projet que je porte en moi depuis maintenant dix ans. Concernant ma dĂ©marche de chef d’ensemble, deux phrases de mon MaĂźtre Dominique Rouits m’accompagnent dans mon parcours. La premiĂšre: « la musique est un partage » et j’espĂšre bien que cela s’entend sur ce disque, cette connivence musicale!

La seconde « un chef, doit faire autoritĂ© et non avoir de l’autorité » et c’est bien ainsi que je conçois ma dĂ©marche. Un chef, c’est quelqu’un bien sĂ»r qui a une longueur d’avance sur la musique, mais cette longueur n’est pas dĂ»e Ă  une « inspiration quelconque » mais Ă  beaucoup de travail Ă  la table! Un chef est avant tout un artisan et c’est aussi quelqu’un qui se doit de rĂ©unir et fĂ©dĂ©rer afin que tout le monde aille dans la mĂȘme direction, et cela, je l’avoue est trĂšs jouissif! C’est en tous cas ainsi que je conçois mon rĂŽle au sein de l’Ensemble SĂ©bastien de Brossard. Concernant la carte d’identitĂ© de cet ensemble, je dirai, avec un peu de provocation, que nous sommes un jeune ensemble de… vieux. Nous avons tous notre parcours et cela nourrit cet ensemble et c’est aussi ce qui, Ă  mes yeux, en fait la sĂšve.

 

 

 

Quelles sont vos prochains territoires musicaux en chantier pour l’Ensemble ? 

La musique Ă  trois voix d’hommes me fascine depuis des annĂ©es. Si l’on excepte Charpentier, c’est encore une terra incognita.

J’avoue que je dĂ©borde de projets autour de ce rĂ©pertoire si particulier et j’espĂšre pouvoir continuer Ă  les rĂ©aliser.

 

 

 

Propos recueillis en octobre 2016

 

 

CD, Ă©vĂ©nement : Louis-Nicolas Armengaud, Motets Ă  trois voix d’hommes et symphonies (1 cd Paraty productions, Ă  paraĂźtre le 21 octobre 2016). LIRE notre prĂ©sentation du cd ClĂ©rambault par Fabien Armengaud, Ensemble SĂ©bastien de Brossard

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REPORTAGE VIDEO & extraits : Les Motets oubliés de Clérambault, ressuscités par Fabien Armengaud et son Ensemble Sébastien de Brossard (1 cd événement édité par PARATY, parution le 21 octobre 2016)

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CD, annonce. CLERAMBAULT : génie français oublié ?

clerambault-motets-pour-3-hommes-fabien-armengaud-cd-paraty-review-announce-compte-rendu-critique-presentation-CLASSIQUENEWS-PARATY516141_couv---copieCLERAMBAULT REINVENTÉ … dans un nouveau disque d’inĂ©dits Ă  paraĂźtre le 21 octobre prochain chez Paraty, le nouvel ensemble français sur instruments anciens, SĂ©bastien de Brossard dĂ©voile tout un pan du patrimoine musical français du XVIII Ăšme dont on s’Ă©tonne qu’aucune institution d’importance en France et mĂȘme les plus spĂ©cialisĂ©es n’aĂźt pas eu l’idĂ©e prĂ©alable de s’y intĂ©resser;  voilĂ  un Clerambault somptueux et dramatiquement inĂ©dit dont le raffinement et les audaces comme les difficultĂ©s d’Ă©criture posent des jalons dĂ©cisifs entre Lully et Rameau.
L’organiste Fabien Armengaud se passionne pour l’Ă©loquence des Baroques français. Avec son Ensemble SĂ©bastien de Brossard, le chef Ă©claire un pan mĂ©connu et pourtant jubilatoire de la musique sacrĂ©e au dĂ©but du XVIII Ăšme siĂšcle, celle de ClĂ©rambault dont ici les partitions pour 3 voix d’hommes sont dĂ©voilĂ©es Ă  leur juste format.
On ne s’Ă©tonne pas de la part de l’auteur de la cantate La muse de l’opĂ©ra que le cycle choisi, Ă©blouisse par un sens exceptionnel du texte, par l’intelligence et le raffinement de son traitement dramatique. Le Passage de La mer Rouge ou la tempĂȘte du Motet Ă©voquant la bataille de LĂ©pante (1571), victoire Ă©crasante de la sainte ligue catholique  contre les turcs musulmans,  en tĂ©moignent ainsi particuliĂšrement, exposant et articulant comme rarement le texte en plusieurs tableaux d’une trĂšs rare intensitĂ© expressive. En somme, monsieur ClĂ©rambault, Ă  l’Ă©glise, fait de l’opĂ©ra.

 

 

 

L’ensemble SĂ©bastien de Brossard ressuscite ClĂ©rambault

À l’Ă©glise, ClĂ©rambault fait de l’opĂ©ra

 

Pour rĂ©aliser ce programme inĂ©dit – nouveau cd d’inĂ©dits Ă  paraĂźtre chez Paraty Ă  l’automne 2016-, Fabien Armengaud s’est assurĂ© le concours des voix françaises les mieux chantantes du moment, surtout aux timbres complĂ©mentaires : Cyril Auvity, Jean-François Novelli, Alain Buet. ArticulĂ©s, ardents, ambassadeurs engagĂ©s, les interprĂštes soulignent aujourd’hui la vitalitĂ© du style de ClĂ©rambault, artisan d’un art intimiste et linguistiquement passionnant, et aussi proche de l’opĂ©ra, Ă  la fois spirituel et dramatique.

clerambault-600Le programme est captivant car il propose une sĂ©rie de rĂ©vĂ©lations en apportant la preuve que ClĂ©rambault disposait d’un don exceptionnel dans le traitement expressif des textes, fussent-ils sacrĂ©s. .. En somme un compositeur qui aurait Ă©tĂ© remarquable Ă  l’opĂ©ra. Points forts : le choix des Motets dont une remarquable tempĂȘte, unique exemple du genre dans l’Ă©criture sacrĂ©e du XVIIIĂš…, qui Ă©voque le cataclysme de la Bataille de LĂ©pante, grande victoire de l’Occident chrĂ©tien sur les Ottomans…

 

 

CD Ă©vĂ©nement, annonce. ClĂ©rambault : oeuvres vocales pour 3 voix d’hommes et Symphonies. Fabien Armengaud et l’Ensemble SĂ©bastien de Brossard.  Cd Ă©vĂ©nement Ă  paraĂźtre chez Paraty en octobre 2016. Grande critique dĂ©veloppĂ©e du cd et reportage vidĂ©o exclusif Ă  venir, sur classiquenews. CLIC de Classiquenews de l’automne 2016.

 

 

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REPORTAGE VIDEO : grand reportage vidĂ©o Les Motets de ClĂ©rambault par l’Ensemble SĂ©bastien de Brossard 

 
 

LIRE aussi notre entretien avec Fabien Armengaud, fondateur de l’Ensemble SĂ©bastien de Brossard Ă  propos des Motets de ClĂ©rambault et de son nouvel ensemble dĂ©diĂ© au Baroque français… 

 
 

Cd critique compte rendu. JS BACH : Sonate pour flûte et clavecin, Partita pour clavecin seul BWV 830 (Troffaes / Wolfs, 1 cd Paraty, 2015)

PARATY julien wolfs clavecin clic de classiquenews juillet 2016 bach_3760213650344Cd critique compte rendu. JS BACH : Sonate pour flĂ»te et clavecin, Partita pour clavecin seul BWV 830 (Troffaes / Wolfs, 1 cd Paraty, 2015). Pour l’interprĂšte, exprimer dans le jeu certes la rhĂ©torique de l’éloquente musique, surtout la poĂ©sie du coeur et de l’esprit
 Ainsi est signifiĂ© le dĂ©fi de toute partition de Jean-SĂ©bastien, qui semble de facto avoir rĂ©ussi la fusion idĂ©ale, du sentiment et de la virtuositĂ© : toucher l’ñme, bercer l’esprit. Autant de caractĂšres, Ă©lĂ©ments d’une esthĂ©tique vivante, qui s’écoulent ici, portĂ©s par la connivence des deux interprĂštes en tous points, convaincants. Ligne claire et sans affĂšterie, posĂ©e, portĂ©e, canalisĂ©e par la gestion du souffle de la flĂ»tiste Stefanie Troffaes. Discours fluide, prĂ©cis et sobre du claveciniste vĂ©ritable orfĂšvre de l’articulation, Julien Wolfs. On connaĂźt bien le claviĂ©riste comme membre fondateur de l‘extraordinaire ensemble Les Timbres, en rĂ©sidence au Festival Musique et MĂ©moire. L’hypersensibilitĂ© expressive des deux instrumentistes affirment la vitalitĂ© et la justesse du Jean-SĂ©bastien, Ă  la fois imaginatif, expĂ©rimental, suprĂȘmement Ă©lĂ©gant. De toute Ă©vidence, Julien Wolfs dĂ©fend l’approche partagĂ©e avec ses habituels partenaires des Timbres : faire parler la musique. Le Baroque est un vaste laboratoire oĂč la note ambitionne peu Ă  peu l’impact expressif du verbe. Lea fĂȘte traversiĂšre, mĂȘme si elle n’exprime pas le sentiment du compositeur, – processus romantique, sĂ©duit ici par son Ă©loquence proprement baroque : dans la diversitĂ© des accents, l’articulation des nuances
 toute une intelligence dynamique qui dans le pacte discursif Ă  deux voix : flĂ»te / clavecin (BWV 1030 et 1032), affirme ce langage palpitant des partitions ici rĂ©unies (profondeur contemplative en dialogue de l’Andante du 1030).


 

Toucher le cƓur, plaire à l’esprit

 

 

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CLIC_macaron_2014Ailleurs on relĂšve la parfaite connaissance qu’avait Bach, du rĂ©pertoire expressif classĂ© par Mathewson, servi, compris particuliĂšrement par les interprĂštes : effusion venant du coeur du si mineur (1030) ; tristesse recueillie du mi mineur (1034), activitĂ© brillante du la majeur (1032)
 enfin, joie irradiante conquĂ©rante irrĂ©sistible du mi majeur (1035). Innervant pour chaque piĂšce, ce jeu tĂ©nu, vibrant des contrastes,, un soin spĂ©cifique dans la rĂ©alisation des rĂ©pĂ©titions (toujours variĂ©es et caractĂ©risĂ©es), les interprĂštes Ă©clairent le gĂ©nie d’un Bach, maĂźtre du langage musical. Sa langue est encore davantage intense et investi dans la sĂ©quence oĂč Julien Wolfs joue seul la Partita BWV 830 : la clartĂ© nerveuse du clavecin (copie B Kennedy d’aprĂšs M. Mietke de 1703) apporte Ă  la succession des 7 Ă©pisodes, sa noblesse discursive d’une Ă©loquente tendresse
 sa sincĂ©ritĂ© intĂ©rieure (crĂ©pitement d’une liquide ardeur de l’exceptionnelle Corrente) : parfois sombre et pudique (Sarabande), sans omettre le prĂ©lude (Toccata) qui est questionnement dĂ©passant le prĂ©texte d’une Suite de mouvements diversitĂ©s et caractĂ©risĂ©s : l’interrogation variant les sĂ©quences enchaĂźnĂ©es, affirme peu Ă  peu une interrogation sur le sens mĂȘme de la forme musicale : en cela le souci de prĂ©cision contrapuntique, comme de sobriĂ©tĂ© expressive rendent compte du gĂ©nie d’un Bach dĂ©miurge pensant la musique comme d’un matĂ©riau vivant et organique. Le jeu tout en finesse et en sobriĂ©tĂ© du claveciniste saisit d’un bout Ă  l’autre par sa gestion de la tension, d’une lumineuse intelligence (fluiditĂ© magicienne, entre tendresse et nostalgie de l’Allemande ; acuitĂ© intĂ©riorisĂ©e du Tempo di Gavotte puis Gigue au souffle philosophique universel, sidĂ©rant). Superbe programme, emblĂ©matique de la maturitĂ© de la jeune gĂ©nĂ©ration baroqueuse actuelle. Suivez ces deux tempĂ©raments lĂ  : ils ne jouent pas ; ils vivent la musique, de l’intĂ©rieur. Leur sobriĂ©tĂ© interprĂ©tative fait la diffĂ©rence : tout pour la musique, rien que la musique. CLIC de CLASSIQUENEWS de l’étĂ© 2016.

 

 

 

Cd critique compte rendu. JS BACH : Sonate pour flĂ»te et clavecin, Partita pour clavecin seul BWV 830 (Troffaes / Wolfs, 1 cd Paraty 165142, 2015) – Parution : septembre 2016

 

 

Approfondir : reportage vidéo de la Résidence des Timbres, année 2, juillet 2015, au Festival Musique et Mémoire (Haute SaÎne, 70).

 

 

 

 

CD, compte rendu critique. Wagner, UNE TETRALOGIE DE POCHE par la Compagnie Le Piano Ambulant (1 cd Paraty)

wagner cd critique review compte rendu paraty cd juillet 2016 classiquenews commentsiegfriedcouvertureCD, compte rendu critique. UNE TETRALOGIE DE POCHE par la Compagnie Le Piano Ambulant. La Formidable force mĂ©lodique, – donc l’impact dramatique de la musique de Wagner surgit Ă  travers cette adaptation a minima, malgrĂ© l’absence du grand orchestre et du chant soliste. Curieusement ce programme chambriste d’une « TĂ©tralogie de poche » ne dĂ©nature en rien sa source mais bien au contraire souligne le gĂ©nie du Wagner mĂ©lodiste, capable de trouvailles exceptionnellement Ă©vocatrices pour chaque Ă©pisode de l’histoire du Nibelung et du Ring, l’Anneau magique et maudit. Piano, accordĂ©on, hautbois, flĂ»te, cor anglais
 et autres effets sonores Ă©lectroniques (synthĂ©, guitare basse
) composent ici une fantastique tapisserie musicale qui exalte l’imaginaire du plus puissant des dramaturges Ă  l’opĂ©ra. On ne s’étonnera guĂšre que certains motifs aient Ă©tĂ© dĂ©calĂ©s (la chevauchĂ©e des Walkyries en lieu et place du rapt de BrĂŒnnhilde par Siegfried dĂ©guisĂ© en GĂŒnther
); ou que la libertĂ© du geste interprĂ©tatif ose des choix imprĂ©vus pour une nouvelle comprĂ©hension sonore (les huit cors habituels sont ici remplacĂ©s par l’harmonica) : contrastes oblige, jalons immanquables d’une narration au drame Ă©courtĂ© qu’il fallait Ă©videmment rythmer et caractĂ©riser. Pourtant aucune note n’est mise de cĂŽtĂ© ; et la rĂ©Ă©criture permet mĂȘme la redĂ©couverte des situations, leurs enjeux, dans l’éloquence de ce jeu des motifs musicaux – leitmotive, qui inspira tant Wagner, dans sa propre rĂ©Ă©criture des mythes et lĂ©gendes.

 

 

 

Wagner compacté, percutant pour petits et grands : Le Ring de poche
6 instrumentistes, acteurs / expérimentateurs réécrivent le Ring

 

 

CLIC_macaron_2014Comment font-ils les 6 musiciens du Piano Ambulant pour compacter en une heure, l’ensemble du cycle wagnĂ©rien de 
16 heures ? Certains ne rĂ©sisteront pas, et ils ont raison, Ă  l’appel des interprĂštes : « Votre emploi du temps ne vous permet pas de vous rendre Ă  Bayreuth? Avouez que vous n’avez pas le courage d’affronter la totalitĂ© de la TĂ©tralogie de Richard Wagner? Mais en mĂȘme temps vous aimeriez bien savoir comment le nain Alberich a volĂ© l’or du Rhin  ». D’un autre cĂŽtĂ©, on pourrait tout autant consulter les formidables illustrations picturales ou gravĂ©es conçues par un wagnĂ©rien français assidu, comme Baudelaire au XIXĂš, Fantin-Latour

Mais c’est compter sans la musique, or elle fait tout. Face Ă  cette rĂ©invention du drame wagĂ©nrien, les puristes crieront au parjure et au blasphĂšme. Mais tous ceux que les quatre JournĂ©es impressionnent habituellement, dĂ©couvriront avec un rĂ©el plaisir, la magie onirique d’un drame qui d’anecdotique se rĂ©vĂšle universel, de l’or volĂ© par AlbĂ©rich, en effet
 ; de l’orgueil puni de Wotan, de la malice aĂ©rienne d’un Loge manipulateur, Ă  la noirceur haineuse et jalouse de Hagen; Ă  la mort de Siegfried, honteusement assassinĂ© ; Ă  la grĂące de BrĂŒnnhilde, Walkyrie admirable qui sauve le monde et l’ordre mondial mis Ă  mal, 
 tout est rĂ©interprĂ©tĂ©, Ă  sa juste place, et avec une intĂ©gritĂ© expressive et poĂ©tique totalement irrĂ©sistible. On imagine trĂšs bien pendant l’écoute, la transposition du disque Ă  la scĂšne : rĂ©alisation parfaite dans ses dimensions et son format, comme dans son intensitĂ© expressive, qui convoque immĂ©diatement les personnages du plus fabuleux des cycles lyriques et thĂ©Ăątraux.

wotanParfois la spatialisation des voix sur la musique ne fonctionne pas (curieuse rĂ©sonance comme mise en boĂźte de la voix parlĂ©e ou rĂ©citante), mais les Ă©pisodes purement instrumentaux, ainsi rĂ©Ă©crits / rĂ©arrangĂ©s, expriment la puissance du conte, la sauvagerie barbare, surtout la tendresse amoureuse d’un Wagner qui aura tout saisi de la psychologie humaine, de sa folie et de ses erreurs, – voies pourtant sublimes vers une inĂ©luctable destruction mondiale. Bel essor dramatique, bel engagement « de poche ». Et si vous tombez sur l’une des performances en salle de cette initiation vivante et percutante, n’hĂ©sitez pas une seconde : courrez avec vos parents, amis, enfants, neveux, proches de tous Ăąges
 voir et applaudir cette immersion rĂ©ussie dans le monde miraculeux, magique, entĂȘtant de Wagner. Il est fort Ă  parier que chacun sera mordu dĂšs lors par le virus Wagner. Voir le site de la Cie Le Piano Ambulant.
Coup de coeur de classiquenews, donc CLIC de CLASSIQUENEWS de la rentrée 2016.

 

 

 

CD, compte rendu critique. Comment Siegfried tua le dragon et cĂŠtera
 Wagner : L’anneau des Nibelungen / la TĂ©tralogie. Retranscription pour 6 mu 1 cd Paraty. Une TĂ©tralogie de Poche. Publication annoncĂ©e le 9 septembre 2016.

 

 

 

Agenda
Lyon (69), Espace culture des cheminots de Lyon (UAICL) – 20 rue Mouillard 69009 (Bus C14, arrĂȘt Mouillard / grand parking voiture gratuit) – concert Lancement du cd
 : le 20 octobre 2016, 20h.
Reprise Ă  Montreuil (93) : La Marbrerie, 21 Rue Alexis Lepere, 93100 Montreuil / le 11 dĂ©cembre 2016, 17h – infos rĂ©servations : 01 41 63 60 14

 

 

 

Richard Wagner : Extraits de l’Or du Rhin, la Walkyrie, Siegfried et le CrĂ©puscule des dieux.
Conception, transcription et Ă©criture : Cie Le Piano Ambulant.

Jessica Pognant : narration.
Sylvie Dauter : piano, orgue indien, harmonium, synthétiseur, mélodica, appeaux.
Christine Comtet : flĂ»te, flĂ»te en sol, piccolo, synthĂ©tiseur, mĂ©lodica, appeaux, enclume, tom basse, voix de Loge et de BrĂŒnnhilde.
François SalÚs : hautbois, cor anglais, mélodica, appeaux, grenouille, enclume, voix des géants et de Siegfried.
Antoinette Lecampion : violon, alto, orgue indien, appeaux, enclume.
JoĂ«l Schatzman : violoncelle, appeaux, voix d’Alberich et de Gunther.
Charlie Adamopoulos : basse Ă©lectrique, voix de Wotan et de Hagen.
Antoine Colonna : mise en son et dispositif MAO temps réel.
Antoine Mercier : prise de son, mixage, montage, mastering.
Vergine Keaton : illustrations originales.

 

 

CD. Mickael Viegas, guitare. COMPLETE GUITAR WORKS of HEITOR VILLA-LOBOS (2 cd Paraty, 2015)

Lobos Villa heitor villa lobos Viergas Mickael guitare works complete review critique cd classiquenews VIERGAS Mickael cd paraty Titelive_3760213650351_D_3760213650351CD. COMPLETE GUITAR WORKS of HEITOR VILLA-LOBOS (2 cd Paraty, 2015). VoilĂ  l’intĂ©grale pour guitare de Heitor Villa-Lobos, soit 25 piĂšces magistrales qui contiennent tout le raffinement chorĂ©graphique du BrĂ©sil moderne ; une suavitĂ© immĂ©diatement gorgĂ©e de soleil, une apparente insouciance bienheureuse, une vitalitĂ© subtilement articulĂ©e, chaloupĂ©e par la guitare aux canevas rythmiques souvent stupĂ©fiants de Mickael Viegas (ChĂŽros n°1, en ouverture du cd1). GESTE EXPERIMENTAL POUR INTEGRALE HISTORIQUE. L’approche se double d’un projet esthĂ©tique personnel, celui ambitieux de restituer toute la parure harmonique d’origine dont a pu s’enticher le compositeur mais que son Ă©criture pour l’instrument a malheureusement rĂ©duit, Ă©purĂ© “tragiquement” en raison des limites techniques de la guitare seule ou de l’instrumentiste d’alors : pour palier telle limitation et pourtant jouer toutes les notes, l’enregistrement ose ici superposer parfois, quand cela est exigĂ©, plusieurs parties de la mĂȘme guitare et de façon cohĂ©rente puisqu’il s’agit de la mĂȘme main : collage habile, plutĂŽt superposition heureuse dont la polyphonie labyrinthique, et vertigineuse (effet de locomotive de l’Etude 4, annonçant la frĂ©nĂ©sie de la derniĂšre Etude 12) impressionne par sa sauvagerie pourtant millimĂ©trĂ©e ; le travail de l’ingĂ©nieur pour un montage aussi pĂ©rilleux a dĂ» ĂȘtre aussi difficile et dĂ©licat que le jeu premier saisi sur le vif du guitariste… ; virtuose et flexible, d’une grĂące parfois allusive, – proche de la harpe, la guitare de Mickael Viegas honore son dĂ©fi (Etude n°2) dont les cascades de notes enchaĂźnĂ©es avec une prodigalitĂ© trĂšs prĂ©cise, produisent cette saturation harmonique par rĂ©sonance d’une intensitĂ© saisissante. C’est mĂȘme comme si une guitare dĂ©doublĂ©e jouait simultanĂ©ment comme Ă  Ă© voix Ă©gales (Etude n°5) : l’assemblage des couches relĂšve de l’expĂ©rimentation sonore d’une Ă©vidente richesse artistique ; pour l’auditeur, c’est un bĂ©nĂ©fice Ă©trangement spatialisĂ© aux performances pourtant inĂ©dites; on comprend qu’ici, la libertĂ© recrĂ©ative de l’interprĂšte, soucieux du format et de l’Ă©quilibre global joue comme un alchimiste, un orfĂšvre des rĂ©glages ; le guitariste rend ainsi un hommage Ă  Villa-Lobos, plus qu’il ne joue ses partitions ; car il a fallu parfois rĂ©orchestrer, ou mĂȘme adapter des transpositions que Villa-Lobos a validĂ©es, celle de son Ă©lĂšve et disciple, JosĂ© BrandĂŁo, qui transposa beaucoup de piĂšces de son maĂźtre pour piano : il en dĂ©coule une fureur souvent Ă©lectrique mais associĂ©e comme nous l’avons dit Ă  un sens de la chorĂ©graphie inouĂŻe (ivresse pleine de panache de l’Etude n°7). L’Etude la plus longue (n°11) sĂ©duit moins par ses accents tĂ©nĂ©breux, que sa carrure rythmique Ă©tonnante et ses suspensions plus mystĂ©rieux, instants de respiration d’une prodigieuse profondeur. Le geste du guitariste s’y affirme avec une grĂące peu commune.

Inspiré par Villa-Lobos, le guitariste Mickael Viergas nous offre une intégrale qui fait date

GUITARE EXPERIMENTALE

TrĂšs inspirĂ© par tant de matiĂšre primitive, d’une Ă©nergie Ă  peine contenue, lave dont il entretient comme le feu sacrĂ©, le guitariste trĂšs convaincant, et douĂ© d’une intelligence imaginative exceptionnelle, ose aussi complĂ©ter des partitions rĂ©cemment retrouvĂ©es mais fragmentaires comme la Valsa Concerto n°2 (inhumĂ©e Ă  la BibliothĂšque de Sao Paolo) et dont Mickael Viegas restitue Ă  sa maniĂšre tout la derniĂšre sĂ©quence que Villa-Lobos avait amorcĂ©e. La facultĂ© du guitariste Ă  insuffler l’esprit du gĂ©nie musical, Ă  l’entretenir comme d’une flamme tĂ©nue, Ă  en produire tout un cycle ardent de mĂ©lodies fugaces reste impressionnant. La fulgurance rejoint ici la subtilitĂ©.
CLIC_macaron_2014MĂȘme terrible enchantement dans le cd 2, vĂ©ritable miracle de gestion musicale, en particulier dans l’Ă©difice des 5 PrĂ©ludes dont le premier, vĂ©ritable sommet de toute la littĂ©rature pour guitare, affirme le puissant tempĂ©rament poĂ©tique de l’interprĂšte qui en restitue donc Ă  deux guitares assemblĂ©es, – grĂące Ă  l’ingĂ©nierie de l’enregistrement et l’audace des collages que nous avons Ă©voquĂ©s, toute la nouvelle polyphonie jaillissante. Un Ă©coulement qui semble improvisĂ© mais tellement naturel, d’une constante et prodigieuse rĂȘverie. Chapeau bas. Le programme est Ă©blouissant et la modalitĂ© de sa rĂ©alisation, d’une audace revivifiante. CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2016.

CD, compte rendu critique. CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2016. Heitor Villa-Lobos : complete guitar works. Intégrale des oeuvres pour guitare. Mickael Viegas, guitare (2 cd Paraty 125139). Enregistré en mars 2015 au Portugal.

VIEGAS cd

BAROQUE français. Ils enregistrent, nouvel ensemble. L’ensemble SĂ©bastien de Brossard et Fabien Armengaud. ClĂ©rambault enfin rĂ©habilitĂ© ?

BAROQUE français. Ils enregistrent, nouvel ensemble. L’ensemble SĂ©bastien de Brossard et Fabien Armengaud. ClĂ©rambault enfin rĂ©habilitĂ© ? En janvier 2016, le nouvel ensemble sur instruments anciens, SĂ©bastien de Brossard, portĂ© par l’organiste et claveciniste Fabien Armengaud se consacre Ă  l’enregistrement de son premier album : motets du parisien Louis-Nicolas ClĂ©rambault (1676-1749) : « Fils d’un des vingt-quatre Violons du Roi, organiste et compositeur de la Maison royale de Saint-Cyr mais Ă©galement de Saint-Sulpice et des Jacobins, ClĂ©rambault fait montre dans ses compositions Ă  trois voix d’hommes d’un sens mĂ©lodique des plus soutenus et d’un contrepoint des plus recherchĂ©s. »

Clérambault : un théùtre sacré

clerambault_louis nicolas ensemble sebastien de brossard fabien armengaud cd paraty annonce classiquenews janvier 2016 ils enregistrents 01DĂ©coratif, Ă©lĂ©gant mais un rien superficiel et conforme, Louis-Nicolas ClĂ©rambault Ă  la fin du rĂšgne de Louis XIV livre tout un cycle de musique sacrĂ©e d’une beautĂ© et d’une profondeur Ă  redĂ©couvrir (plus de 100 opus !). C’est tout le travail de Fabien Armengaud que de dĂ©voiler la justesse poĂ©tique d’une Ɠuvre oubliĂ©e, mĂ©sestimĂ©e, d’une puissance parfois inouĂŻe
 oĂč l’expression de la ferveur est servie par une Ă©criture raffinĂ©e, intensĂ©ment dramatique, dont le sens du texte atteint des sommets de dĂ©clamation juste, vivante, expressive. En enregistrant plusieurs Motets pour trois voix d’hommes, le fondateur de l’Ensemble SĂ©bastien de Brossard a rĂ©uni les solistes Cyril Auvity, Jean-François Novelli, Alain Buet. Parmi les joyaux de ce nouveau programme d’une beautĂ© absolue, Le Passage de la Mer Rouge qui rĂ©vĂšle enfin avant Rameau, un gĂ©nie dramatique d’une rare grandeur.

« Si ClĂ©rambault n’écrivit jamais d’opĂ©ras, c’est dans son Ɠuvre religieuse qu’il dĂ©ploya des prodiges d’invention et de thĂ©Ăątre, avec entre autres ses tempĂȘtes qui n’ont rien Ă  envier aux tragĂ©dies de ses contemporains. », prĂ©cise dans son introduction au disque, Fabien Armengaud. Et d’ajouter : « Jean-Baptiste de Laborde, grand thĂ©oricien de l’époque disait de ClĂ©rambault : « Personne n’a Ă©crit plus purement que lui. Ce programme en est une preuve Ă©clatante ». On jugera donc sur piĂšces, probablement Ă  l’automne 2016, puisque le disque Ă  paraĂźtre chez Paraty, devrait sortir courant septembre / octobre 2016.

En portant le nom de l’illustre compositeur et collectionneur SĂ©bastien de Brossard (1655-1730), l’ensemble fondĂ© par Fabien Armengaud souhaite explorer toute la musique baroque française mĂ©connue ou si mal servie, avec cet esprit d’érudition ouverte, gĂ©nĂ©reuse, fraternelle qu’a dĂ©fendu de son vivant le musicien normand, qui fit toute sa carriĂšre entre les cathĂ©drales de Strasbourg, et de Meaux, tout en marquant son Ă©poque par sa grande culture et un curiositĂ© sans borne qu’il mit au service de l’éditeur Ballard qu’il conseilla. Programme prometteur et interprĂštes convaincants. A suivre.

CD, compte rendu critique. Ivan Ilic plays Morton Feldman (1 cd Paraty, Paris Salle Cortot, novembre 2014)

CD, compte rendu critique. Ivan Ilic plays Morton Feldman (1 cd  Paraty, Paris Salle Cortot, novembre 2014). Le pianiste amĂ©ricano-serbe Ivan Ilic, poursuit son exploration des continents mĂ©connus dessinĂ©s par le compositeur amĂ©ricain, dĂ©cĂ©dĂ© en 1987. A l’aune des grands penseurs et crĂ©ateurs de son temps, -Boulez, Stockhausen et John Cage dont il fut proche-, Feldman a dĂ©fendu avec tĂ©nacitĂ© et mĂȘme esprit de compĂ©tition, sa propre voix. Sa musique ouvre des portes, laisse envisager des perspectives, des mondes voire des continents qui Ă©taient invisibles mais que l’écoute de plus en familiĂšre de ses partitions, permet d’envisager voire de visualiser surtout d’éprouver.

Ilic-ivan-morton-feldman-review-account-of-classiquenews-PARATY135305_couv_dos_HDCe sont moins des narrations que des situations (« territoires ») que la musique de Feldman affectionne et prĂ©cise Ă  chaque rĂ©alisation ; cultive et provoque, suscitant chez le spectateur / auditeur, un nouveau champ de conscience, un nouveau protocole d’écoute, un champs d’expĂ©riences ou d’Ă©preuves (pour certains dĂ©contenancĂ©s par la forme et la durĂ©e des piĂšces…). La spatialitĂ© devient essentielle ici : elle libĂšre musique et auditeur pour des explorations infinies, d’un caractĂšre ni conforme ni attendu. D’abord, le rĂ©cital place continĂ»ment l’ombre rĂ©formatrice et pionniĂšre de John Cage. Il en convoque la figure tutĂ©laire et comme subtilement paternelle. En particulier sur le cycle ici choisi, et peut-ĂȘtre plus que dans tout autre.

 
 

CLIC_macaron_2014John Cage (nĂ© en 1912) apprend Ă  son jeune “disciple” new yorkais, la vision pluridisciplinaire de la crĂ©ation : comme philosophe et comme plasticien, Cage, disciple de Schönberg, voyait large et loin, au carrefour des disciplines dont Ă©videmment la danse puisqu’il fut le compagnon de Merce Cunningham pour lequel il composa pratiquement toutes les musiques des ballets. Mais Feldman retient surtout de son maĂźtre (rencontrĂ© en 1970, quand ce dernier avait dĂ©jĂ  tout perfectionnĂ© dans son geste inĂ©dit et visionnaire…), l’idĂ©e d’un temps suspendu, producteur de lui-mĂȘme, Ă©cartĂ© de toute nĂ©cessitĂ© formelle et de dĂ©veloppement. Si la structure est fixĂ©e, les moyens de sa mise en Ɠuvre empruntent Ă  l’improvisation, au hasard oĂč l’assemblage subjectif d’un temps dilatĂ©, Ă©tirĂ©, spatial intĂšgre aussi les bruits et surtout le silence, plus tard la divination chinoise (Yi jing). Adepte d’une critique fondamentale de la composition occidentale, Cage prĂŽne un renouvellement profond du geste musical, dorĂ©navant sans ponctuation, ouvert aux bruits extĂ©rieurs (dont ceux d’une salle de concert, produit par le public lui-mĂȘme) : laissant Ă  l’interprĂšte le soin d’organiser, de ressentir et de transmettre sa propre vision de l’instant. Le dĂ©roulement musical suscite sa propre finalitĂ©, son dĂ©but et sa fin, une vision cyclique ininterrompue encore aiguisĂ©e par un engouement pour la pensĂ©e orientale, indienne et bouddhique (Zen).
Tout se retrouve ici dans cet album monographique totalement dĂ©diĂ© au cycle de Morton Feldman, inspirĂ© par l’une de ses meilleures Ă©lĂšves (et qu’il souhaitait mĂȘme Ă©pouser), Bunita Marcus.

Transcendance irrĂ©sistible d'Ivan IlicA ce titre, dans la notice accompagnant le livret de ce disque monographique (Ivan Ilic plays Morton Feldman), le pianiste expose sa propre expĂ©rience Ă  l’écoute de Feldman : impatience, trouble d’abord, puis rĂ©vĂ©lation et accomplissement spirituel
 et mĂȘme « libĂ©ration, transe ». Le propre de Feldman demeure la qualitĂ© d’atmosphĂšre qu’il produit au-delĂ  de la musique et des notes. Un climat et des sensations exprimĂ©es transmises par le pianiste funambule, quasi hypnotiques qui modifient la sensation ordinaire du temps, pour un temps mental hors de toute expĂ©rience classique, qui bascule en rĂ©vĂ©lation pour l’Ă©couteur attentif.
Ivan Ilic s’inspire du cycle des hommages – portraits d’artistes que Feldman a rencontrĂ©s grĂące Ă  son ami John Cage 
 : « Frank O’Hara (le poĂšte), Mark Rothko, Willem de Kooning, Philip Guston (peintres), Aaron Copland, John Cage, Christian Wolff, Stefan Wolpe (compositeurs), et Samuel Beckett (l’écrivain, poĂšte, et dramaturge). Un nom se dĂ©marque cependant des autres : Bunita Marcus. »

 

 

 

Sensuelle et abstraite, la musique de Feldman plonge en introspection

 

‹feldman mortonfeldmanFeldman lui dĂ©die cette piĂšce ample qui dure 1h10 et qu’il compose en 1985. La compositrice a comptĂ© dans sa propre maturation : intime du compositeur, elle aurait mĂȘme refusĂ© sa demande en mariage. Ivan Ilic en enregistre ici et dans une sonoritĂ© scrupuleusement restituĂ©e, la version critique corrigĂ©e, publiĂ©e en mars 2011, une version qu’il a encore enrichie grĂące Ă  sa connaissance profonde du manuscrit de Feldman (si riche en annotations trĂšs prĂ©cises). Or c’est bien de ses indications tĂ©nues, respectĂ©es Ă  la lettre par le pianiste impliquĂ©, que naĂźt la sensation d’une musique intĂ©rieure, improvisĂ©e, surgissant d’une psychĂ© palpitante qui se rĂ©alise et s’amplifie ou se replie dans l’instant oĂč elle s’adresse au spectateur. Ni conceptuelle, ni minimaliste, ni totalement abstraite, la musique de Feldman conserve une plasticitĂ© et une voluptĂ© sensible que Ivan Ilic sait transmettre sans attĂ©nuer la volontĂ© d’Ă©pure, l’ambition purement allusive du matĂ©riel sonore. Tout en en retraçant le fil tendu, l’interprĂšte sculpte la direction de chaque sĂ©quence comme une Ă©preuve et une lutte arrachĂ©e aprĂšs de longs efforts, comme un combat contre soi-mĂȘme : il en exprime la violence et l’Ă©nergie de reconstruction, de sorte que confuse au dĂ©marrage, l’impression s’ordonne et prend forme au fur et Ă  mesure du dĂ©roulement des 22 Ă©pisodes. En apparence, dĂ©cousu, fruit du hasard et comme improvisĂ©, chaque tableau interroge le timbre, la hauteur, la profondeur de la note ; en explore toutes les vibrations porteuses de rĂ©sonance et de miroitement cachĂ©s… Ivan Ilic dĂ©ploie mille Ă©clats en une palette renouvelĂ©e et millimĂ©trĂ©e qui dit la prĂ©sence de l’Ă©ternitĂ© et du vertige Ă  travers tous les caractĂšres et paysages traversĂ©s. C’est entre les notes dans l’anfractuositĂ© ainsi rĂ©vĂ©lĂ©e entre les silences et les crĂ©pitements sonores que se prĂ©cisent peu Ă  peu la cohĂ©rence et l’harmonie d’une construction mentale et musicale qui semble sortir peu Ă  peu de l’ombre.  Travail du clair obscur, questionnement du temps musical dans ses manifestations murmurĂ©es et souvent Ă©nigmatiques, dĂ©tente et apesanteur qui semble abolir toute notion connue de temps comme d’espace, le jeu suggestif et arachnĂ©en d’Ivan Ilic trouve ici un point d’accomplissement, initiĂ© magistralement dans son prĂ©cĂ©dent album The Transcendentalist.
feldman bunita Marcus portrait duoLes connaisseurs du pianiste savent combien Palais de Mari (de Feldman justement) a comptĂ© dans la rĂ©ussite et l’accomplissement de ce dernier cd dĂ©jĂ  citĂ© (The Transcendentalist : Scriabine, Cage, Wollschleger, Feldman 1 cd  Heresy, mai 2014), synthĂšse composĂ©e par Feldman en 1986 et qui fut commandĂ©e par
 la compositrice Bunita Marcus. Feldman apprĂ©ciait son Ă©criture Ă  la fois splendide et Ă©lĂ©gante. Ivan Ilic nous offre une nouvelle exploration de l’écriture et des climats de Feldman Ă  travers un nouvel itinĂ©raire hypnotique, un nouveau parcours qui relĂšve de fait du rituel magique, de la transe silencieuse, d’un rĂȘve Ă©veillĂ©, celui d’un dormeur musicien. EnvoĂ»tant.

 

 

 

Prochains concerts d’Ivan Ilic : Londres, le 5 novembre 2015, Peacock Room, Trinity Laban Conservatoire. Paris : le 11 novembre 2015 Ă  la Fondation des Etats-Unis (sur le piano Steinway modĂšle D de la salle de concert Art DĂ©co).

 

 

 

CD, compte rendu critique. Ivan Ilic plays Morton Feldman. Feldman (1926-1987) : For Bunita Marcus, 1985. Ivan Ilic, piano (1 cd  Paraty 135505, album 50, Paris Salle Cortot, novembre 2014). Parution :  octobre 2015. CLIC de classiquenews de novembre 2015.

 

 

 

Paris. Filipe Pinto-Ribeiro joue les Saisons (Tchaikovsky, Piazolla, Carrapatoso)

pinto-ribeiro-filipe-portrait-582-bandeauParis, Gaveau. Filipe Pinto-Ribeiro, pinao. Le 4 novembre 2015, 20h30. A l’occasion de la parution de son disque rĂ©cent paru chez Paraty (Piano Seasons, septembre 2015), Filipe Pinto Ribeiro joue le programme de son album, comprenant les Ɠuvres de Tchaikovski, Piazolla, Eurico Carrapatoso et dont le fil conducteur est le thĂšme des saisons
 TempĂ©rament musical, sensible et passionnĂ©, Filipe Pinto-Ribeiro croise ainsi en un Ă©clectisme brillant qui renforce la cohĂ©rence des correspondances choisies, la fibre russe de Tchaikovsky, le tango argentin de Piazolla-Nisinman, sans omettre le chant particulier de ses gĂšnes dans l’écriture de son compatriote portugais, Carrapatoso. A ce titre, Filipe Pinto-Ribeiro rĂ©alise la premiĂšre française des oeuvres de Piazolla et de Carrapatoso inscrites dans son programme parisien.

 

 

 

Piano ciselé, crépitements climatiques

C’est un triptyque flamboyant, riche en esthĂ©tiques diverses qui cultive l’esprit du dialogue et du partage avec sous les doigts du pianiste virtuose, une couleur spĂ©cifique qui dĂ©ploie scintillements et aspirations intĂ©rieures. Ce sont « trois cycles de « saisons », trois pays, trois langages, trois visions du monde de compositeurs qui ont abordĂ© la thĂ©matique des saisons en trois siĂšcles, le XIXe, le XXe et le XXIe siĂšcle », prĂ©cise l’interprĂšte. Climatiques, atmosphĂ©ristes, et aussi universelles, les Ă©vocations, traversant les esthĂ©tiques, sont surtout un superbe voyage introspectif oĂč le toucher Ă  la fois prĂ©cis et allusif du soliste apporte une caractĂ©risation envoĂ»tante.

 

 

 

Programme :

pinto-ribeiro-filipe-portrait-490-piano-classiquenewsTchaĂŻkovsky : Les Saisons opus 37 (extraits)
Piazolla / Nisinman : Quatre Saisons de Buenos Aires
(premiÚre française)
Carrapatoso : Quatre derniĂšres saisons de Lisbonne
(premiÚre française)

Paris, Salle Gaveauboutonreservation
RĂ©cital de piano Filipe Pinto-Ribeiro
Programme « Les Saisons » : Tchaïkovsky, Piazolla, Carrapatoso
Mercredi 4 novembre 2015, 20h30

Salle Gaveau
45-47 rue La Boétie
75008 PARIS
01 49 53 05 07
Prix : 35, 25, 15 euros

 

 

 

verao classico lisboa lisbonne festival presentation classiquenews 2015Cet Ă©tĂ©, le pianiste portugais a crĂ©Ă© la premiĂšre Ă©dition de l’AcadĂ©mie internationale de musique de Lisbonne (juillet-aoĂ»t 2015), oĂč l’expĂ©rience pĂ©dagogique apporte aux professionnels et jeunes apprentis, une voie de perfectionnement et de partage unique ;, au public, le moyen de suivre pas Ă  pas l’avancĂ©e du travail collectif, l’approfondissement dans l’interprĂ©tation des oeuvres de musique de chambre choisies : « Filipe Pinto-Ribeiro rĂ©invente la magie des masterclasses et des concerts de musique de chambre. (
) bouillonnant pianiste, pĂ©dagogue chevronnĂ© autant qu’interprĂšte subtil   » (cf LIRE notre dĂ©pĂȘche annonce :  Portugal. Lisbonne, Festival VerĂŁo ClĂĄssico, jusqu’au 1er aoĂ»t 2015

 

 

Toutes les infos et l’actualitĂ© du pianiste Filipe Pinto Ribeiro sur le site de Filipe Pinto-Ribeiro

CD., annonce. Ivan Ilic plays Morton Feldman (1 cd Paraty)

ilic-ivan-450-portrait-face-pianoCD., annonce. Ivan Ilic plays Morton Feldman (1 cd Paraty). The Feldman Project… by Ivan Ilic. Ses mains sont d’un geste intĂ©rieur. Ses yeux sont ceux d’un mage hypnoptiseur. Pas Ă©tonnant que le pianiste Ivan Ilic soit fascinĂ© par les climats suspendus, parfois Ă©nigmatiques en tout cas souvent dĂ©concertants de l’amĂ©ricain Morton Feldman. D’ailleurs pour interprĂ©ter ses oeuvres, l’interprĂšte a perfectionnĂ© des techniques de mĂ©morisation trĂšs anciennes pour jouer Feldman en exprimant Ă  la lettre sa conception si personnelle du dĂ©veloppement musical, abolissant le temps et l’espace. Le pianiste amĂ©ricano-serbe Ivan Ilic, poursuit son exploration des continents mĂ©connus dessinĂ©s par le compositeur amĂ©ricain, dĂ©cĂ©dĂ© en 1987. A l’aune des grands penseurs et crĂ©ateurs de son temps, -Boulez, Stockhausen et John Cage dont il fut proche-, Feldman a dĂ©fendu avec tĂ©nacitĂ© et mĂȘme esprit de compĂ©tition, sa propre voix. Sa musique ouvre des portes, laisse envisager des perspectives, des mondes et des continents qui Ă©taient invisibles mais que l’écoute de plus en familiĂšre de ses partitions, permet d’envisager voire de visualiser surtout d’éprouver. Ce sont moins des narrations que des situations (« territoires ») que la musique de Feldman cultive et provoque, suscitant chez le spectateur / auditeur, un nouveau champ de conscience, un nouveau protocole d’écoute. La spatialitĂ© devient essentiel ici : elle libĂšre musique et auditeur pour des explorations infinies.

 

 

 

Sons et champs de Morton Feldman

 

 

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Feldman-in-Paris concert ivan ilic mai 2015 CLIC de classiquenewsA ce titre, dans la notice accompagnant le livret de ce disque monographique (Ivan Ilic plays Morton Feldman), le pianiste expose sa propre expĂ©rience Ă  l’écoute de Feldman : impatience, trouble d’abord, puis rĂ©vĂ©lation et accomplissement spirituel
 et mĂȘme « libĂ©ration, transe ». Le propre de Felmdan demeure la qualitĂ© d’atmosphĂšre qu’il produit au-delĂ  de la musique et des notes. Un climat quasi hypnotique qui modifie la sensation ordinaire du temps, pour un temps mental hors de toute expĂ©rience classique, qui bascule en rĂ©vĂ©lation pour l’Ă©couteur attentif. Ivan Ilic s’inspire du cycle des hommages – portraits d’artistes que Feldman a rencontrĂ©s grĂące Ă  son ami John Cage 
 : « Frank O’Hara (le poĂšte), Mark Rothko, Willem de Kooning, Philip Guston (peintres), Aaron Copland, John Cage, Christian Wolff, Stefan Wolpe (compositeurs), et Samuel Beckett (l’écrivain, poĂšte, et dramaturge). Un nom se dĂ©marque cependant des autres : Bunita Marcus. »
Feldman lui dĂ©die un piĂšce ample qui dure 1h10 et qu’il compose en 1985. La compositrice a comptĂ© dans sa propre maturation : intime du compositeur, elle aurait mĂȘme refusĂ© sa demande en mariage. Ivan Ilic en enregistre ici et dans une sonoritĂ© scrupuleusement restituĂ©e, la version critique corrigĂ©e, publiĂ©e en mars 2011, une version qu’il a encore enrichie grĂące Ă  sa connaissance profonde du manuscrit de Feldman (si riche en annotations trĂšs prĂ©cises).
feldman bunita Marcus portrait duoLes connaisseurs d’Ivan Ilic savent combien Palais de Mari a comptĂ© pour la rĂ©ussite et l’accomplissement de son dernier cd (The Transcendentalist : Scriabine, Cage, Wollschleger, Feldman 1 cd  Heresy, mai 2014), la derniĂšre composĂ©e par Feldman en 1986 et qui fut commandĂ©e par
 la compositrice Bunita Marcus. Feldman apprĂ©ciait son Ă©criture Ă  la fois splendide et Ă©lĂ©gante. Ivan Ilic nous offre une nouvelle exploration de l’écriture et des climats de Feldman Ă  travers un nouvel itinĂ©raire hypnotique. Prochaine grande critique dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com.

Prochains concerts d’Ivan Ilic : Londres, le 5 novembre 2015, Peacock Room, Trinity Laban Conservatoire. Paris : le 11 novembre 2015 Ă  la Fondation des Etats-Unis (sur le piano Steinway modĂšle D de la salle de concert Art DĂ©co).

 

 

 

Ilic-ivan-morton-feldman-review-account-of-classiquenews-PARATY135305_couv_dos_HD1 cd Ivan Ilic plays Feldman (Paraty : Album 50)
Feldman (1926-1987) : For Bunita Marcus, 1985
Ivan Ilic, piano
1 cd Paraty 135505. Parution : le 16 octobre 2015.

 

 

+ d’infos : www.ivancdg.com

 

 

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CLIP VIDEO. La Complainte de Lacenaire par La Clique des Lunaisiens, Arnaud Marzorati

lacenaire les lunaisiens arnaud marzorati cd paraty compte rendu annonce septembre 2015 CLASSIQUENEWS.COMCLIP VIDEO. La Complainte de Lacenaire par La Clique des Lunaisiens, Arnaud Marzorati. DĂ©diĂ© aux chansons de Lacenaire, figure dĂ©lirante, fantasque du XIXĂšme siĂšcle, le nouveau disque des Lunaisiens et du baryton Arnaud Marzorati approfondit davantage le geste vocal de l’ensemble instrumental rĂ©uni autour du baryton chansonnier. PrĂ©sentation par Arnaud Marzorati, extraits des chansons : Pluton, la Complainte de Lacenaire, RĂȘves… La Complainte de Lacenaire, 1 cd Paraty, Ă  paraĂźtre le 22 septembre 2015. Clip vidĂ©o exclusif © CLASSIQUENEWS.COM 2015.

 

 

 

lacenaire pierre francois lacenaire portrait les lunaisiens arnaud marzorati cd PARATY CLIC de classiquenewsQui fut le lyonnais Pierre-François Lacenaire (1803-1836) ? Un critique libertaire, assassin antisocial et romantique, surtout poĂšte et aussi chansonnier. Sa vie cumule les emplois et les escroqueries diverses qui font de lui, un voyageur arnaqueur forcenĂ© (fourrier, reprĂ©sentant en liqueurs, soldat puis dĂ©serteur, enfin “suicidĂ© social” tentant de “frapper l’Ă©difice social”, dĂ»t-il en perdre la vie !)… EmprisonnĂ© une premiĂšre fois Ă  La Force, en 1828, Lacenaire, rĂ©publicain entĂȘtĂ©, rencontre d’autres mauvais garçons : Pierre-Jean BĂ©ranger, Jean-François Chardon, y apprend les rudiments d’un futur chef de gang…  Au cours de ses sĂ©jours en prison, il Ă©crit de ombreux poĂšmes, rĂ©vĂ©lant une maĂźtrise rare de la prose poĂ©tique et surtout un journal (Les prisons et le rĂ©gime pĂ©nitentiaire, source trĂšs prĂ©cieuse d’informations sur la vie carcĂ©rale au XIXĂš, analysĂ©e ensuite par Roland Barthes et Michel Foucault qui voit en Lacenaire, la figure nouvelle du bandit populaire, ” le criminel bourgeois romantique”…).

CLIC_macaron_20dec13Finalement, Lacenaire est condamnĂ© Ă  la peine capitale en novembre 1835 (pour avoir tuer par 16 fois dont le prĂ©citĂ© Chardon), il est incarcĂ©rĂ© Ă  la Conciergerie Ă  Paris pendant les mois qui prĂ©cĂšdent son exĂ©cution survenue en janvier 1836 (Ă  l’Ăąge de 33 ans). Il devient une attraction populaire d’autant que le temps de son incarcĂ©ration, Lacenaire met Ă  profit les longues heures qui lui sont imparties pour Ă©crire sans compter, ses mĂ©moires (forgeant peu Ă  peu le mythe du dandy assassin, comme il y eut en la personne du madrigaliste italien, Gesualdo au XVIĂš, un compositeur assassin…), d’innombrables poĂ©sies et ses chansons, comme s’il avait Ă©tĂ© soudainement inspirĂ© par la “lucarne” (guillotine). Maniant la lyre autant que le poignard, en “fessant la morale”, Lacenaire faisait de la philosophie, ainsi prĂ©cisait Flaubert, admiratif du geste de Lacenaire, de son audace, de son extravagance jusque devant la mort. Ce qui reste fascinant comme beaucoup de gĂ©nies dĂ©concertants, c’est dans le cas de Lacenaire, la fusion Ă©troite entre la vie et l’oeuvre. Les textes de ses chansons aux mĂ©lodies prenantes Ă©clairent un imaginaire hors normes, d’une rare culture mĂ©tissĂ©e, alliant dans un style inimitable, lunaire, saturnien, provoquant et surtout essentiellement onirique et poĂ©tique, le populaire et le savant… Un Villon (autre poĂšte assassin) des temps modernes. Aujourd’hui, Arnaud Marzorati et sa Clique des Lunaisiens explorent les facettes troublantes d’un gĂ©nie de la prose, aux univers Ă  la fois oniriques et cyniques, rĂ©vĂ©lant la face la plus hallucinante, dĂ©lirante, terrifiante de l’Ăąme humaine… Comme interprĂšte soucieux du chant comme geste vocal, Arnaud Marzorati, brillant baryton formĂ© Ă  ses dĂ©buts Ă  l’Ă©loquence baroque, incarne la prose de Lacenaire avec une fantaisie suggestive, une libertĂ© de ton maĂźtrisĂ©e et dĂ©jantĂ©e. Le cd La Complainte de Lacenaire (Paraty) Ă  paraĂźtre le 22 septembre 2015 est Ă©lu ” CLIC ” de classiquenews.

CD. Compte rendu critique. Chopin : 24 Préludes. Maxence Pilchen, piano (1 cd Paraty).

Chopin 24 preludes critique compte rendu classiquenews Maxence Pilchen piano 1 cd PARATYCD. Compte rendu critique. Chopin : 24 PrĂ©ludes. Maxence Pilchen, piano (1 cd Paraty). Voici une nouvelle lecture des 24 PrĂ©ludes de Chopin qui va compter.  Allusif et pudique, le pianiste franco-belge Maxence Pilchen inscrit la matiĂšre musicale dans l’intime, rĂ©vĂ©lant de nouvelles perspectives Ă©motionnelles dans le jaillissement contrastĂ© des sĂ©quences enchaĂźnĂ©es. Versatile, volubile mais puissamment intimiste, le jeu ouvre tous les champs de la conscience et de la mĂ©moire en retissant les liens profonds et les images souterraines qui font des 24 PrĂ©ludes, ce fond miroitant des sentiments les plus secrets.  En plongeant dans les eaux de la psychĂ©, le pianiste franco belge rĂ©tablit la part prodigieusement humaine du cycle. Magistral.  Le disque de Maxence Pilchen renouvelle notre enthousiasme suscitĂ© par le disque dĂ©diĂ© au Chopin historique (sur claviers Pleyel) rĂ©alisĂ© par Knut Jacques, enregistrement Ă©galement publiĂ© aussi par Paraty.

CLIC_macaron_2014Une vision d’ensemble s’impose d’abord. Traversons le cycle de PrĂ©lude en PrĂ©lude. L’Agitato initial est un lever de rideau idĂ©alement Ă©noncĂ© comme un rĂȘve ou un songe qui vient de naĂźtre (1) : la douceur suggestive du toucher s’y montre irrĂ©sistible.  MĂȘme rĂ©alisation parfaite pour le lento (2) en forme de marche nocturne aux rĂ©sonances Ă  la fois lunaires et lugubres d’une profondeur hypnotique grĂące Ă  un jeu d’une tendresse articulĂ©e enivrante (quel sens de l’indicible et des respirations) ; puis c’est un gĂ©nial contraste avec le Vivace qui suit, abordĂ© comme le vol d’une libellule ou du papillon le plus lĂ©ger, sachant faire valoir au soleil ses couleurs scintillantes  (3) ; l’Ă©noncĂ© du 4 – Largo, qui est l’une des mĂ©lodies les plus cĂ©lĂšbres et mĂ©morables du cycle,  sombre dans l’Ă©panchement le plus investi comme une confession douloureuse et intime : lĂ  encore l’interprĂšte sait Ă©viter tout pathos trop dĂ©monstratif. A l’inverse, – emblĂšme de la lecture du cycle entier-, le jeu s’enracine dans le terreau d’une psychĂ© tenue secrĂšte comme prĂ©servĂ©e.

Puis, le 5 (Allegro molto) est tout dĂ©sir, Ă  son amorce, vivifiant qu’attĂ©nue dans la continuitĂ©, le 6 (Lento assai),  expression d’une rĂ©serve oĂč s’Ă©panouit l’intime en une pudeur souveraine, bouleversante.
Le 7 (Andantino)  rĂ©sonne comme une rĂ©itĂ©ration du Grand Maulnes, produisant la rĂ©surgence d’une valse enfouie, pure, soudainement rĂ©vĂ©lĂ©e, affleurante : lĂ  encore le geste toute en pudeur et suggestivitĂ© nuancĂ©e de Maxence Pilchen saisit par sa justesse poĂ©tique.
Le 8 (Molto agitato) montre outre la sensibilitĂ© aux climats et aux atmosphĂšres tĂ©nues, picturales, l’aisance digitale emperlĂ©e du pianiste : fluiditĂ© aĂ©rienne au service d’une sensibilitĂ© millimĂ©trĂ©e et naturelle.
Le 9 (Largo), plus démonstratif, est porté par une certitude qui contraste avec toute la pudeur qui précÚde.

EmperlĂ©, allusif, le jeu de Maxence Pilchen rĂ©gĂ©nĂšre l’approche des 24 PrĂ©ludes de Chopin

Chopin réinventé : Préludes magiciens


Le 10 (Allegro Molto) se fait jaillissement liquide. Le 11 (Vivace) ivresse accordĂ©e au tempĂ©rament rĂȘveur du dĂ©but. Le 12 (Presto) sonne telle une mĂ©canique Ă©chevelĂ©e sur un tempo trĂ©pidant. Le 13 (Lento) a la noblesse intime d’un solo de danseuse riche en arabesques diaphanes et elle aussi, envoĂ»tantes.
Le 14 (Allegro) plonge plus grave dans une activitĂ© souterraine 
 pour mieux prĂ©parer  au rĂȘve d’enfance du 15 (Sostenuto),  vĂ©ritable immersion rĂ©trospective et le plus long des PrĂ©ludes – plus de 4 mn. La lecture plonge  dans ce climat d’innocence des premiĂšres annĂ©es de tout Ăąme terrestre : saluons l’intonation et la prĂ©cision stylistique parfaites du pianiste qui inscrit davantage le cycle dans l’intimitĂ© et la puissante d’une psychĂ© de longue mĂ©moire avec ici le souffle d’une tragĂ©die intime prĂ©gnante et tenace. Cette richesse et cette Ă©paisseur Ă©motionnelle accrĂ©dite la lecture dans son ensemble.

Par effet de contraste, dont dĂ©pend la vitalitĂ© rythmique du cycle, le 16 (Presto con fuoco), affirme une ivresse Ă©chevelĂ©e oĂč le sens de la syncope et du rebond magistralement maĂźtrisĂ©, enchante et captive. Le 17 (Allegretto) saisit par sa fraĂźcheur absolue servie par un toucher de rĂȘve soyeux et allusif.

AprĂšs la fulgurance du 18 (Allegro molto), tout syncopes et feu,  les 6 derniers PrĂ©ludes , Ă  part le 22 (Molto agitato de moins d’une minute), prĂ©sentent une mĂȘme durĂ© moyenne d’1mn20, offrant une ultime succession Ă©quilibrĂ©e dans ses dĂ©veloppements.

Ainsi le 19 (Vivace) est délié, bavard comme la libération du secret  primordial. Le
20 (Largo) a l’ampleur d’une formidable arche, -ouverture et fenĂȘtre vers un recommencement qui s’appuie sur la conscience pleine et assumĂ©e d’une gravitĂ© intime assumĂ©e. Le 21(Cantabile) devient enchantement : le rubato poĂ©tique et dansant suscitant un chant enivrĂ©, se distingue nettement.  Le 22 (Molto agitato) exprime premiĂšre et animale,  l’énergie agitato de forces telluriques jusque lĂ  insoupçonnĂ©es. Enfin le 23 – Moderato-, Ă  l’inverse est un rĂȘve liquide d’une douceur infinie qui de l’ombre retourne Ă  l’ombre. La pudeur poĂ©tique dont est capable Maxence Pilchen, chopinien idĂ©al, s’affirme ici dans toute sa justesse, ses nuances pudiques, ses rĂ©sonances secrĂštes et intimes.

 

Dans l’ultime sĂ©quence, le 24 (Allegro appassionato), le jeu est porteur d’une tragĂ©die intime jamais  rĂ©solue. Chopin exprime dans son dernier PrĂ©lude, une Ă©nergie sombre, – vĂ©ritable houle inquiĂšte, et psychiquement instable, associĂ©e Ă  la volontĂ© inextinguible et viscĂ©rale de renaĂźtre.

 

 

La richesse Ă©motionnelle, le jeu qui nous parle de l’intime et fait surgir souvent en Ă©clats scintillants idĂ©alement mesurĂ©s, l’activitĂ© de la psychĂ© affirment l’impressionnante maturitĂ© de l’interprĂšte. Sa sensibilitĂ© fĂ©conde qui s’inscrit sans pathos dans l’intime et la pudeur, force l’admiration. Outre la formidable digitalitĂ© du pianiste,  c’est sa profondeur et son absolue subtilitĂ© qui touchent immĂ©diatement. Voici un immense tempĂ©rament Ă  suivre de prĂšs. Le disque dĂ©croche naturellement le CLIC de classiquenews de juin 2015. VoilĂ  qui confirme l’activitĂ© du label Paraty tel un formidable tremplin de tempĂ©raments actuels du clavier (clavecin, pianoforte, piano) : Natalia Valentin, virtuose au pianoforte (Bagatelles de Beethoven, 2009), Ivan Ilic (Debussy et Godowski), le dĂ©jĂ  citĂ© Knut Jacques (autre chopinien audacieux rĂ©vĂ©lateur des sonoritĂ©s originelles sur claviers historiques: Pianos Pleyel et pianino ; Ballades, Sonate n°2, Nocturne
) : et plus rĂ©cemment simultanĂ©ment au Chopin de Maxence Pilchen, les superbes Sonates de WĂŒrttemberg de CPE Bach au clavecin par Bruno Procopio (CLIC de classiquenews de fĂ©vrier 2015)
 Autant de titres, rĂ©vĂ©lant interprĂštes et rĂ©pertoires choisis, Ă  connaĂźtre d’urgence.

 

 

CD. Compte rendu critique. Chopin : 24 Préludes. Maxence Pilchen, piano. 1 cd Paraty 115131. Parution : le 16 juin 2015. Durée : 34 mn. Enregistré en juin 2014.
Visiter le site du label indépendant PARATY

 

MAXENCE PILCHEN en CONCERT
Le 30 juin 2015, Paris, salle Gaveau, 20h30
Programme : « De Majorque à Nohant ». Les 24 Préludes de Chopin.
Ballade opus 52, Scherzo opus 54, Polonaise opus 53.

 

 

Maxence Pilchen, piano.

Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) : Sonates Wurtembergeoises Wq 49 (1 cd Paraty, 2014)

cd-Bruno-Procopio-karl-philipp-emanuel-Bach-sonates-wurtembergeoises-1742-1743-bruno-procopio-clavecin-582-PARATY515501_couv_HMCD. Compte rendu critique. Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) : Sonates Wurtembergeoises Wq 49 (1 cd Paraty, 2014). 2014 s’est achevĂ© sans que l’on ait vraiment en France saluĂ© ni commĂ©morĂ© le gĂ©nie du fils Bach le plus zĂ©lĂ© et respectueux de son pĂšre : Carl Philipp Emanuel. Celui qui fit tant pour la rĂ©habilitation de l’oeuvre paternelle (avant Mendelssohn), fut aussi mĂ©prisĂ© et minorĂ© par son employeur Ă  Berlin, -FrĂ©dĂ©ric II-, qu’il devint aprĂšs Telemann, Ă  Hambourg, une personnalitĂ© de premier plan : officielle et vĂ©nĂ©rĂ© comme Haydn Ă  Vienne. C’est que le gĂ©nie exceptionnel de CPE pour le clavier faisait venir des visiteurs de marque dans sa maison hambourgeoise : il y donnait des rĂ©citals sur son fameux clavicorde Silbermann (acquis en 1746), offrant une leçon Ă  chaque fois, de raffinement et d’Ă©lĂ©gance, de maĂźtrise des phrasĂ©s, de distinction agogique, de respiration, de naturel et de profondeur… Un maĂźtre.

 

 

 

Fantaisie libre et fascinante de CPE

 

 

Carl Philipp Emanuel BachDans une forme que le pĂšre n’eut jamais l’occasion d’aborder, la Sonate pour clavecin, Carl Philipp Emanuel affirme un tempĂ©rament hors normes. Le recueil est dĂ©dicacĂ© Ă  son Ă©lĂšve, Charles II EugĂšne de Wurtemberg. On sait avec quelle science, Bach fils savait sculpter le son sur son clavicorde : tremblement et port du son grĂące Ă  une pression du doigt que permet la mĂ©canique de l’instrument choisi. Une telle sensibilitĂ© d’approche se retrouve dans le raffinement de l’Ă©criture et permet de rĂ©aliser cette Ă©loquence improvisĂ©e qui a tant marquĂ© ses contemporains. Cet essor nouveau du sentiment annonce par sa teinte Empfinsamkeit (sensibilitĂ©), le romantisme, mais appartient encore Ă  l’Ăąge baroque par sa formulation toujours soumise Ă  la loi palpitante des contrastes et des variations.

CD 1. DĂšs la premiĂšre Sonate (H30), les qualitĂ©s de l’interprĂšte s’affiche sans fard : l’ampleur et la mesure classique du Moderato initial affirme le tempĂ©rament nerveux du claveciniste Bruno Procopio. Cette maĂźtrise calibrĂ©e n’empĂȘche en rien le jaillissement d’une digitalitĂ© franche et palpitante Ă  la fois qui sait Ă©viter toute dĂ©monstration superficielle : en tĂ©moigne pour la seciton finale (Allegro assai), la somptueuse frĂ©nĂ©sie si proche de Domenico Scaralatti avec ses Ă©clairs en cascades, vĂ©ritable tempĂȘte plus Sturm und Drang qu’ Empfindsamkeit, dernier allegro, Ă  la fois nuit d’orage et course Ă  l’abĂźme. L’implication coulante et dansante de Bruno Procopio colore cette sublime conclusion de la H30 composĂ© Ă  Berlin en 1742, d’une sensibilitĂ© Ă©chevelĂ©e, d’une tenue ferme et hallucinĂ©e Ă  la fois.

La H31 exprime bien cette ambivalence de CPE entre affirmation de la maĂźtrise et dĂ©sĂ©quilibre qui menace toujours et s’exprime dans des variations et modulations harmoniques tout Ă  coup inquiĂ©tantes.  Presque Ă©purĂ©e et d’un dĂ©pouillement soudainement assagi comme rĂ©confortĂ© l’Adagio (plage 5) se distingue nettement ; il est d’une douceur introspective presque tendre oĂč CPE semble jouer Ă  traverser le mĂȘme motif dans les tonalitĂ©s les plus imprĂ©vues. L’Allegro final captive par son Ă©nergie presque hystĂ©rique : une ivresse riche en contrastes rythmique (trop appuyĂ©s selon l’humeur de l’interprĂšte?… quoiqu’il en soit la vitalitĂ© proche de la folie enivre.

Directe et franche et plus resserrĂ©e encore la H33 (Teplice, 1743) prĂ©cise ce CPE d’une robuste inventivitĂ©, passionnĂ© des carrures brisĂ©es, des Ă©pisodes syncopĂ©e, oĂč la pensĂ©e vagabonde sans limites (plage 7). ÂpretĂ©, rugositĂ© mĂȘme refondent un langage, marquĂ© par l’inquiĂ©tude. Quel contraste avec l’appel aux cimes sereines de l’Adagio qui suit ; ou le discours furieusement Ă©noncĂ© du Vivace final, d’une coupe franche parfois dure qui elle aussi laisse entrevoir des lendemains implosifs : est ce rĂ©ellement soustendu par CPE ou subtilement agencĂ© par un claviĂ©riste manifestement inspirĂ© par le compositeur : ici, la virtuositĂ© affleure la folie en un vertige qui fait la valeur de ce programme envoĂ»tant. Le clavier de CPE est loin d’ĂȘtre cette synthĂšse admirĂ©e de bon goĂ»t et d’Ă©lĂ©gance raffinĂ©e qui marqua tant Haydn et Mozart. C’est un laboratoire permanent oĂč l’imprĂ©visible Ă©prouve constamment la raison, suscitant Ă  l’extrĂ©mitĂ© du spectre sonore, une Ă©pice imprĂ©vue, la folie. Tout s’organise et se dĂ©sorganise au diapason d’une pulsion aventureuse qui ose tout dire et tout exprimer.

 

 

Sonates atypique de Carl Philipp Emanuel

 

bach_CPE_carl_philipp_emanuelLe contenu du CD2 convainc tout autant. Dans la H32 : on se dĂ©lecte essentiellement du temps suspendu et caressant d’une belle opulence de son dans l’Andante, enfin serein et presque insouciant (plage 2).  A part, la Sonate H36 (Berlin, 1744) se prĂ©cise tel le miroir des inquiĂ©tudes d’un compositeur non reconnu et certainement d’une certaine façon, humiliĂ©; dĂ©considĂ©rĂ© par le souverain en place. Ou alors oscilloscope de ses crises de goutte qu’il soignait alors aux eaux de Teplice en 1743. L’humeur dĂ©licate et capricieuse semble piloter toute la Sonata en si mineur d’une somptueuse ampleur imaginative. La versatilitĂ© y rĂšgne d’une mesure Ă  l’autre : jamais prĂ©visible, l’Ă©criture dessine de subtiles arabesques et il faut une virtuositĂ© digitale experte pour en exprimer toutes les nuances aventureuses. Ainsi le Moderato d’ouverture avec ses variantes de 1762 qui semble affirmer l’entrĂ©e avec une inventivitĂ© rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e Ă  chaque nouvel Ă©noncĂ© (prĂšs de 10 mn d’exploration et de rĂ©itĂ©ration sonore sans faiblir). Comme un feu d’artifice qui dĂ©tend les tensions accumulĂ©es Ă  la limite du supportable, l’Allegro final offre un jaillissement libĂ©rateur d’une exquise fluiditĂ© de ton.

CLIC_macaron_20dec13Le tempĂ©rament et une volontĂ© coĂ»te que coĂ»te d’en dĂ©coudre… caractĂ©risent cette lecture des trĂ©sors d’invention d’un Bach singulier Ă  son Ă©poque. L’engagement et l’Ă©nergie de Bruno procopio portent tout l’Ă©difice, sachant idĂ©alement brosser de CPE Bach, ce portrait flamboyant d’un homme des LumiĂšres, savant mais facĂ©tieux, vĂ©ritable archĂ©type prĂ©figurant Haydn et Mozart par l’intelligence et la passion de l’exploration sonore. Superbe rĂ©cital d’un claveciniste qui est aussi un chef captivant.

 

 

CPE Bach (1714-1788) : WĂŒrttemberg Sonates / Sonates de Wurtemberg Wq 49 : H30, H31, H33, H32, H34, H36 (Berlin, 1742 et 1744 ; Teplice, 1743). Bruno Procopio, clavecin. 2 cd Paraty 515501. EnregistrĂ© Ă  la ferme de Villefavard en juin 2014. Parution annoncĂ©e : le 5 mai 2015. CLIC de classiquenews de mars 2015.

 

 

Entretien avec BenoĂźt Babel, directeur musical de ZaĂŻs. Jouer Rameau et Haendel.

babel-benoit-zais-rameau-handel-ENTRETIEN avec BenoĂźt Babel, directeur musical de ZaĂŻs. Jouer Rameau et Haendel. Avec son ensemble sur instruments d’époque, baptisĂ© ZaĂŻs en hommage au gĂ©nie ramĂ©llien, le claveciniste BenoĂźt Babel vient de publier chez Paraty, un programme discographique rĂ©jouissant : enchaĂźnant Concertos pour orgue de Handel et transpositions d’aprĂšs Rameau. La vitalitĂ© exquise, le sens du drame, le festival des saveurs instrumentales servies comme un buffet de combinaisons rares font les dĂ©lices d’une rĂ©alisation superlative, d’autant plus bienvenue pour l’annĂ©e Rameau 2014. Mais mettre en regard Haendel et Rameau, deux gĂ©nies contemporains de la musique baroque n’est pas si anodin que cela. Explications. Entretien avec BenoĂźt Babel, directeur musical de ZaĂŻs.

 

 

En jouant les deux compositeurs qu’avez vous souhaitĂ© exprimer comme singularitĂ©s respectives ? 

Ce qui est curieux avec Handel et Rameau, c’est que leur musique diffĂ©rente de prime abord se complĂšte parfaitement. Handel a cette spontanĂ©itĂ©, ce naturel et cette fluiditĂ© qui font penser Ă  l’Italie. Rameau a pour lui la lĂ©gĂšretĂ©, ce cĂŽtĂ© spirituel, humoristique mais jamais naĂŻf. Mais ces deux gĂ©nies ont en commun une incroyable maĂźtrise de leur art.
Avec Paul Goussot, titulaire de l’orgue de Ste-Croix, nous avons souhaitĂ© composer un programme le plus vivant possible. Nous avons pour cela utilisĂ© deux « disciplines » que Rameau et Handel eux mĂȘme ont beaucoup pratiquĂ©es : l’improvisation et la rĂ©-Ă©criture.
Handel, dans ses concertos, laisse Ă  l’organiste d’immenses possibilitĂ©s de crĂ©ation par des mentions « ad libitum ». Notre enregistrement compte au moins quatre grandes parties improvisĂ©es : trois au sein des concertos et Ă©galement une ouverture en trois mouvements, ce qui est assez rare au disque. C’est d’ailleurs une joie immense pour l’ensemble ZaĂŻs de dĂ©couvrir chaque fois que nous donnons ce programme les nouvelles trouvailles de Paul. C’est trĂšs inspirant pour nous.
babel-bonit-zais-582-concert-maestro-rameau-handelLa dĂ©marche de rĂ©-Ă©criture et elle aussi trĂšs historique. Tous les opĂ©ras de Rameau contiennent des piĂšces rĂ©-Ă©crites, adaptĂ©es pour l’occasion. Paul Goussot a passĂ© des mois entiers Ă  inventer des parties de violon, alto, hautbois, bassons 
 Ă  partir de la version en trio de Rameau. Il a ainsi crĂ©Ă© une conversation constante entre l’orgue et les parties d’orchestre. Un immense travail ! C’Ă©tait notre maniĂšre Ă  nous de cĂ©lĂ©brer l’annĂ©e Rameau en montrant que la pratique de la musique ancienne passe aussi par des expĂ©riences et que l’on peut de cette façon continuer Ă  faire vivre ce rĂ©pertoire et Ă  le renouveler.

 

 

 

RĂ©Ă©criture, improvisation


 

A propos de Rameau, que diriez vous en quelques mots pour définir son génie particulier au regard des oeuvres jouées ?

Rameau est pour moi le meilleur ambassadeur de la musique française du XVIIIĂšme siĂšcle et de l’esprit des LumiĂšres. Bien que sa musique soit souvent intellectuellement complexe et virtuose, jamais elle ne contraint l’auditeur Ă  une concentration extrĂȘme pour se laisser toucher par les affects. C’est ce que Rameau lui mĂȘme appelait « cacher l’art par l’art ». Sa musique mĂ©rite d’ĂȘtre jouĂ©e et dĂ©fendue. Je crois que, comme pour tout notre rĂ©pertoire de musique ancienne, mĂȘme aprĂšs des siĂšcles, cette musique parle directement Ă  l’auditeur du XXIĂšme siĂšcle. C’est une musique sincĂšre, honnĂȘte, dans le sens oĂč elle invite directement l’auditeur Ă  entrer dans son jeu, dans ses Ă©motions. Pas besoin de distance, elle est faite pour que chacun la vive en soit.

Quels sont les caractÚres distinctifs de votre ensemble Zaïs et en quoi ce programme met il en avant ses qualités propres ? 

Tous les musiciens se sont Ă©normĂ©ment investis dans ce projet. Ils m’ont fait confiance et chacun a apportĂ© le meilleur de ce qu’il pouvait faire. Je leur en suis extrĂȘmement reconnaissant. Beaucoup ne me connaissaient pas ou n’avaient encore jamais jouĂ© avec moi. C’est une rĂ©ussite collective. Pourtant les obstacles ne manquaient pas. Jouer avec un grand orgue, se fondre dans sa justesse et donner vie Ă  ces transcriptions de Rameau 
 tout cela constituait des dĂ©fis Ă©normes ! Je pense que nous proposons dans ce CD quelque chose de vraiment original et singulier. Chacun pourra juger, mais nous sommes fiers de ce que nous proposons. Beaucoup de travail nous attend encore, l’aventure ne fait que commencer ! Propos recueillis par Alexandre Pham. Illustrations : ©ecliptique/Laurent Thion.

 

 

LIRE aussi notre critique complùte du cd Rameau & Handel par l’ensemble Zaïs et Benoüt Babel : CLIC de classiquenews de septembre 2014.

 

 

DOM BEDOS Rameau handel orgue PARATY visuel_cd_handelrameau_reelCD. Rameau, Handel : Concertos pour orgue, PiĂšces pour clavecin
 (ZaĂŻs, Paul Goussot, Paraty, 2013). Attention, programme remarquablement audacieux. Et sur le plan interprĂ©tatif : quelle fulgurance dans un jeu Ă  la fois noble, gĂ©nĂ©reux et aussi percutant voire d’une mordante Ă©nergie ! Sans rĂ©serve, voici le cd que nous attendions pour l’annĂ©e Rameau 2014 : d’une plĂ©nitude enthousiasmante et par le choix de son programme, dans les Ɠuvres retenues et transcrites, l’expression la plus sincĂšre et la plus directe de cette furie musicale, doublĂ©e d’élĂ©gance propre au gĂ©nie ramĂ©llien : l’affinitĂ© des interprĂštes (instrumentises de l’ensemble ZaĂŻs et organiste) avec le compositeur est totale et aussi d’une inventive audace comme l’atteste l’intelligence des transcriptions proposĂ©e s’agissant des PiĂšces de Rameau, originellement pour clavecin et transfĂ©rĂ©es ici Ă  l’orgue.

CLIC D'OR macaron 200D’abord au service du premier Concerto pour orgue de Haendel (HWV 309), la gravitĂ© (couleurs sombres d’un lugubre solennel grĂące aux bassons vrombissants) de l’Adagio & organo ad libitum captive dĂšs le dĂ©but ; la prĂ©cision mordante, -pulsionnellement  pertinente de l’Allegro qui suit montre Ă  quel point la musicalitĂ© rayonnante de l’ensemble ZaĂŻs (BenoĂźt Babel, direction) sait s’affirmer avec une exceptionnelle voluptĂ© assurĂ©e, complice Ă  chaque mesure de l’orgue bordelais, royal, et mĂȘme impĂ©rial dans sa dĂ©mesure rĂ©ellement impressionnante. De ce fait, la cohĂ©rence et l’équilibre dans la prise de son, rĂ©solvant l’ampleur rĂ©verbĂ©rante de l’orgue avec le relief des instrumentistes est exceptionnellement rĂ©ussie. Outre sa justesse artistique convaincante, le programme satisfait donc aussi sur le plan de sa rĂ©alisation technique, prĂ©servant une balance idĂ©ale malgrĂ© la disparitĂ© des instruments en jeu. Un exemple mĂȘme de naturel et de prise de son vivante. Bravo aux ingĂ©nieurs du son!

ECOUTER quelques extraits de l’ensemble ZaĂŻs en concert

 

CD. Révolution ! chroniques révolutionnaires de 1830, 1848, 1871 (Les Lunaisiens, 2011, 1 cd Paraty productions)

lunaisiens revolutions 1830 1848 1871 druet novelli marzorati PARATYCD. RĂ©volution ! chroniques rĂ©volutionnaires de 1830, 1848, 1871 (Les Lunaisiens, 2011, 1 cd Paraty productions). Pour les lunaisiens, le XIXĂš est le temps des barricades. Les forçats de la faim, les damnĂ©s de la terre… s’expriment ici librement avec virulence et musicalitĂ© : ” Du passĂ© faisons table rase… le monde va changer de base; nous ne sommes rien, soyons tout ! “.  D’emblĂ©e le ton est donnĂ© : ce rĂ©cital milite du cĂŽtĂ© des visionnaires rĂ©volutionnaires, rebelles au systĂšme, militants de la libertĂ© pour une lutte finale qui voudrait abolir toute tyrannie pour le bien publique. AprĂšs un manifeste parlĂ©, et l’hymne fraternel fĂ©dĂ©rateur (l’Internationale de 1888), Arnaud Marzorati et ses complices des Lunaisiens nous offrent une superbe plongĂ©e dans les origines des mouvements contestataires et mordants de l’Europe romantique : 1830, 1848, 1871… Les 3 glorieuses, les barricades de fĂ©vrier et juin 1830 puis rien moins que la Commune (dont la Semaine sanglante de 1871  et le temps de cerises de 1868 signĂ©s Jean-Baptiste ClĂ©ment conserve et diffuse la verve rocailleuse)… sans omettre la rĂ©volte des Canuts de 1831, ni l’insurrection de juin 1832 (drame de la rue Transnonain, illustrĂ©e par Daumier entre autres), esquissent une autre histoire, celles des petites gens, misĂ©rables, affamĂ©es qui sont prĂȘts Ă  prendre les armes et faire Ă©tinceler la poudre. DĂšs lors, la fameuse Lettre de la PĂ©richole (Offenbach, 1868) prend une saveur dĂ©cuplĂ©e : le cri du ventre explique bien des choix de vie… En exhumant plusieurs chansons de mĂ©lodistes et chansonniers connus (Pierre Dupont, Gustave Leroy, Paul Burani et son fameux Sir de Fisch-Ton-kan de 1870), surtout Quel est le fou, paroles d’eugĂšne Pottier de 1849, les interprĂštes soulignent combien tout ce patrimoine musical Ă©pingle la folie des hommes, la dĂ©rision des fronts rĂ©volutionnaires pourtant lĂ©gitimes… les chants glorieux pleins d’espĂ©rance et le cri des victimes sacrifiĂ©es. A quoi servent tant de corps morts et de sang versĂ© ? C’est une forme de priĂšre allusive pour l’intelligence du genre humain oĂč les hommes de bonne volontĂ© se frottent toujours Ă  leurs bourreaux mais espĂšrent toujours l’avĂšnement d’un monde meilleur. L’ironie et le cynisme vont bon train dans l’ultime Marseillaise des Requins, paroles de Gaston CoutĂ© de 1911 : les rĂ©voltĂ©s sont les soldats dĂ©risoires des financiers requins ! discernement Ă©tonnamment moderne. Programme mordant percutant oĂč le piano de salon frĂ©quente l’orgue de barbarie de la rue, militante et remontĂ©e.

Par la voix du baryton Marzorati, le cri de la rĂ©volte, c’est le cri des affamĂ©s : il faut du pain (” car c’est le cri de la nature” s’exclame la vox populi, en sa hargne irrĂ©pressible, plage 3), cependant qu’en une priĂšre Ă  deux voix (Isabelle Druet et Jean-François Novelli murmurĂ© diseurs hors pair : preuve que la violence des mots peut aussi ĂȘtre projetĂ© sur le ton d’une berceuse cynique et poĂ©tique) : recueillement sur les victimes sacrifiĂ©es (le vieux drapeau de 1820, paroles du gĂ©nie inspirĂ© BĂ©ranger auquel Arnaud Marzorati a dĂ©diĂ© prĂ©cĂ©demment un superbe cd).

marzorati arnaud lunaisiens revolution cd paratyLa prĂ©sence de l’orgue de barbarie (soliste : Antoine Bitran) rĂ©alise ensuite un superbe enchaĂźnement d’une grĂące et volubilitĂ© insouciantes : valse-minute de Chopin (plage 5) : c’est une rĂ©fĂ©rence couleur local d’un Paris raffinĂ© mais aussi grivois qui aime la satire et la parodie des oeuvres chastes et nobles… de salon, transcrites pour les pavĂ©s de la rue. Le second degrĂ© va ainsi bon train tout au long de ce programme Ă  la sĂ©lection si dĂ©lectable. Plus affirmatives comme inspirĂ©es par la volontĂ© des barricades, les chansons qui suivent ; les rĂ©voltĂ©s sont des rĂ©publicains et des patriotes et des fervents : “Dieu, honneur, famille, patrie : tout est lĂ ”,  chante Druet, Marianne invocatoire qui insiste : ” travaille, aime et prie “, telles les activitĂ©s d’une nouvelle sociĂ©tĂ© (plage 6). De son cĂŽtĂ©, un Jean-François  Novelli, faussement fervent, prend la dĂ©fense des cocos (plage 7). Puis, on aime la gouaille presque haineuse, des femmes rĂ©voltĂ©es, – les plus redoutables (plage 8) : patience usĂ©e, debout les vĂ©suviennes sur l’air de la Marseillaise entonnĂ©e a cappella… crient leur hargne Ă  peine canalisĂ©e : “tremblez maris jaloux, respect aux cotillons”. Contrastant avec ces amazones belliqueuses, un type de hĂ©ros plus raffinĂ© se dresse : voici l’Ă©lĂ©gance et le lyrisme du tĂ©nor ardent, hĂ©roĂŻque pour le peuple libertaire : ” Armes ton vieux fusil” se soucie des hĂ©ros italiens (Garibaldi, 1859) dressĂ©s contre l’Autriche et ses bourreaux…  (plage 10).
Le front des rĂ©voltes ne va pas sans son flot de victimes, ainsi ” Le bal et la guillotine ” (Gustave Leroy, 1849, plage 11) : “… Ă  l’ElysĂ©e, on dansera ce soir…” devient valse marche parodie : oĂč l’espĂ©rance des insurgĂ©s est brisĂ©e nette par une exĂ©cution brute et collective (le verbe cynique de Druet est parfait).  D’ailleurs, enchaĂźnĂ© Ă  l’orgue, c’est la (danse) macabre qui pointe son ironie funĂšbre : la parodie se fait barbarie : sur la mĂ©lodie de la Danse Macabre de Saint Saens, – musique savante et chanson rangaine se rĂ©vĂšlent trĂšs proches : grĂące au baryton suggestif d’une subtilitĂ© perverse du hableur Marzorati : la diction se fait superbe et panache en une dĂ©clamation astucieuse et crapuleuse… : projetant sarcasmes amusĂ©s et diableries cocasses, au parlĂ© chantĂ© fabuleusement enchantĂ© et dĂ©concertant :” Oh la belle nuit pour le pauvre, et vive la mort…”. Car il n’est d’Ă©galitĂ© que … devant la mort. C’est la grande faucheuse, la vraie gagnante. Magistrale leçon de rĂ©alisme (plage 12).
RĂ©alisme, satire, cynisme et surtout humanitĂ© voire compassion pour les victimes de la libertĂ© : “Quand viendra t elle?” (paroles d’EugĂšne Pottier, 1871). Le ton est aux regrets, Ă  l’attente inquiĂšte et recueillie du soldat transi… : le chƓur recueilli, pudique, respectueux des deux hommes rĂ©pond au questionnement d’Isabelle Druet qui fait siennes l’implacable et terrifiante condition de l’homme chair Ă  canon, ou bĂȘte Ă  abattre (plage 13).

La verve savoureuse de ces trois diseurs inspirĂ©s, et subtils expriment toute l’humanitĂ© bouleversante des rĂ©voltĂ©s de l’Histoire : hĂ©ros ou victimes ? en leurs chants de gloire et leurs cris de mort… ( la double vision revient Ă  Alphonse de Lamartine). OriginalitĂ©, drame du chantĂ© / parlĂ©, justesse des enchaĂźnements, … ce programme ardent fervent ressuscite le courage et la flamme de Gavroche et de Garibaldi ! Aux barricades !

Révolution ! Chant de gloire et cri de mort, chroniques révolutionnaires de 1830, 1848, 1871. Les Lunaisiens. Isabelle Druet, jean-François Novelli, Arnaud Marzorati. Enregistré en juin 2011 à Paris.  1 cd Paraty productions.

CD. Rameau, Handel : Concertos pour orgue, PiĂšces pour clavecin… (ZaĂŻs, Paul Goussot, Paraty, 2013)

DOM BEDOS Rameau handel orgue PARATY visuel_cd_handelrameau_reelCD. Rameau, Handel : Concertos pour orgue, PiĂšces pour clavecin… (ZaĂŻs, Paul Goussot, Paraty, 2013). Attention, programme remarquablement audacieux. Et sur le plan interprĂ©tatif : quelle fulgurance dans un jeu Ă  la fois noble, gĂ©nĂ©reux et aussi percutant voire d’une mordante Ă©nergie ! Sans rĂ©serve, voici le cd que nous attendions pour l’annĂ©e Rameau 2014 : d’une plĂ©nitude enthousiasmante et par le choix de son programme, dans les Ɠuvres retenues et transcrites, l’expression la plus sincĂšre et la plus directe de cette furie musicale, doublĂ©e d’Ă©lĂ©gance propre au gĂ©nie ramĂ©llien : l’affinitĂ© des interprĂštes (instrumentises de l’ensemble ZaĂŻs et organiste) avec le compositeur est totale et aussi d’une inventive audace comme l’atteste l’intelligence des transcriptions proposĂ©e s’agissant des PiĂšces de Rameau, originellement pour clavecin et transfĂ©rĂ©es ici Ă  l’orgue.

 

CLIC D'OR macaron 200babel-benoit-zais-rameau-handel-D’abord au service du premier Concerto pour orgue de Haendel (HWV 309), la gravitĂ© (couleurs sombres d’un lugubre solennel grĂące aux bassons vrombissants) de l’Adagio & organo ad libitum captive dĂšs le dĂ©but ; la prĂ©cision mordante, -pulsionnellement  pertinente de l’Allegro qui suit montre Ă  quel point la musicalitĂ© rayonnante de l’ensemble ZaĂŻs (BenoĂźt Babel, direction) sait s’affirmer avec une exceptionnelle voluptĂ© assurĂ©e, complice Ă  chaque mesure de l’orgue bordelais, royal, et mĂȘme impĂ©rial dans sa dĂ©mesure rĂ©ellement impressionnante. De ce fait, la cohĂ©rence et l’Ă©quilibre dans la prise de son, rĂ©solvant l’ampleur rĂ©verbĂ©rante de l’orgue avec le relief des instrumentistes est exceptionnellement rĂ©ussie. Outre sa justesse artistique convaincante, le programme satisfait donc aussi sur le plan de sa rĂ©alisation technique, prĂ©servant une balance idĂ©ale malgrĂ© la disparitĂ© des instruments en jeu. Un exemple mĂȘme de naturel et de prise de son vivante. Bravo aux ingĂ©nieurs du son!

CĂŽtĂ© Rameau, le Portrait de La PopliniĂšre – clin d’Ɠil Ă  son protecteur parisien, est la premiĂšre transcription opĂ©rĂ©e : dans son transfert Ă  l’orgue accompagnĂ© par les musiciens de ZaĂŻs, elle ne perd rien  de son panache ni de son caractĂšre hautement enjouĂ©,  avec propre au jeu tout en finesse de l’organiste Paul Goussot, une nuance de facĂ©tie Ă©lĂ©gantissime : quelle intelligence dans le style. De facto on se prend Ă  imaginer comment Rameau jouait Ă  son Ă©poque, prĂȘt Ă  tous les risques, Ă  toutes les boutades provocantes (rapportĂ©es par ses contemporains)… Ă  tous les dĂ©lires d’un musicien – comme Haendel- : improvisateur hors pair… Comment jouait  Rameau Ă  son Ă©poque ? : probablement comme dans cet enregistrement qui ose cette Ă©vocation Ă  laquelle tous les spĂ©cialistes et les connaisseurs ont un jour pensĂ© !

 

 

Un Rameau inĂ©dit Ă  l’orgue

La monumentalitĂ© Ă  l’Ă©preuve de l’intimitĂ© facĂ©tieuse

 

Rameau_CarmontelleHĂ©las non transcrit Ă  l’orgue (ce qui aurait Ă©tĂ© tout autant lĂ©gitime car les tĂ©moignages rapportent que Rameau improvisait Ă  l’orgue d’aprĂšs ses propres mĂ©lodies lyriques), le souffle Ă©pique, de fiĂšre allure de la Ritournelle extraite du premier chef d’Ɠuvre lyrique, Hippolyte et Aricie saisit par son mordant aristocratique d’un dramatisme lui aussi irrĂ©sistible. L’ensemble ZaĂŻs est visiblement inspirĂ© par son sujet.
S’agissant des 3 PiĂšces pour clavecin en concerts du Livre IV  (La Forqueray, La Cupis, La Marais), le mĂȘme constat s’impose Ă  la faveur des interprĂštes : le gigantisme spatialisĂ© qui aurait pu noyer la fine expressivitĂ© et l’intelligence mordante voire satirique de chaque propos n’affecte en rien la prodigieuse invention de Rameau, ni ses qualitĂ©s chambristes ni son raffinement expressif. Orchestre et orgue accomplissent un prodige de conversation dialoguĂ©e qui Ă©tonne par son assise, sa clartĂ©, une superlative complicitĂ©. Chapeau bas. Energie et feu – voire embrasement- de la Forqueray ; intĂ©rioritĂ© pudique de La Cupis… ; festin Ă  tous les Ă©tages de La Marais. Les instrumentistes ne se brident pas : ils savent trouver ce naturel et cette libertĂ© du geste qui font tant dĂ©faut chez bon nombre de leurs confrĂšres.

paul-goussotSous les doigts aĂ©riens, magiciens de Paul Goussot, l’alternance des PiĂšces de Rameau avec les 3 Concertos pour orgue de Handel se rĂ©alise avec cohĂ©rence : l’exercice de la monumentalitĂ© s’y dĂ©ploie avec un naturel et une prĂ©cision au service de l’expressivitĂ© la plus fine. Le jeu habitĂ© et trĂšs intĂ©rieur de l’organiste (superbes respirations) fait valoir dans le grand format sonore, ses qualitĂ©s de dĂ©tails et de nuances. Voici un Handel certes majestueux mais si humain, si subtil. Comme son Rameau : fin, volubile, enjouĂ©. Programme superlatif, donc logiquement CLIC de CLASSIQUENEWS d’octobre 2014.

PARATY rameau handel babel benoit zais concertos pieces pour clavecin et orgueRameau : PiĂšces pour clavecin (Concerts III et IV, 1741, transcrits pour orgue et orchestre). Handel : Concertos pour orgue. Paul Goussot, grand orgue Dom Bedos 1748 (Ste-Croix de Bordeaux). ZaĂŻs. Benoit Babel, direction (1 cd Paraty). Enregistrement rĂ©alisĂ© en septembre 2013 Ă  l’Abbatiale Sainte-croix de Bordeaux, France. Parution annoncĂ©e mi octobre 2014.

 

 

ZAIS benoit babel

 

 

LIRE aussi notre ENTRETIEN avec BenoĂźt Babel, Ă  propos du cd Rameau & Handel

ECOUTER un extrait du cd Rameau & Handel sur le site du label Paraty

Le label Paraty est distribué par Harmonia Mundi

Paraty_logo_rouge_582Labels. Le label discographique Paraty est dĂ©sormais distribuĂ© par Harmonia Mundi. Paraty est un jeune label, fondĂ© en 2007 par le claveciniste et chef d’orchestre Bruno Procopio, afin d’impulser une nouvelle dynamique au secteur du disque classique. CrĂ©Ă© par un artiste et dĂ©diĂ© aux artistes, Paraty est une entreprise qui porte les valeurs de la nouvelle gĂ©nĂ©ration. Son objectif pricipal est de valoriser les talents de chacun dans la rĂ©alisation d’un disque minutieusement Ă©laborĂ©.  Paraty s’attache Ă  dĂ©velopper un catalogue riche s’appuyant sur un vaste rĂ©pertoire, regroupant plusieurs artistes profondĂ©ment attachĂ©s Ă  l’interprĂ©tation historiquement informĂ©e. Un soin particulier est apportĂ© Ă  chaque projet discographique, comprenant les textes musicologiques rĂ©digĂ©s par les spĂ©cialistes, l’iconographie sĂ©lectionnĂ©e pour un plaisir complĂ©mentaire Ă  la musique.

En 2010, le label Paraty a remportĂ© la distinction de meilleur enregistrement de l’annĂ©e aux Victoires de la Musique Classique.

Les disques les plus importants de 2013 : en liaison avec l’annĂ©e Rameau 2014 (250Ăšme anniversaire de la disparition de Jean-Philippe Rameau en 1764).

L’anniversaire Rameau 2014 chez Paraty

Rameau in Caracas (musique orchestrale)
Soloists of Simón BolÍvar Symphony Orchestra of Venezuela
conducted by Bruno Procopio
Lire la critique du cd Rameau in Caracas

PiĂšces de clavecin en concerts (musique de chambre)
Bruno Procopio, clavecin
Patrick Bismuth, violon
François Lazarevitch, flûtes allemandes
Emmanuelle Guigues, viole de gambe
Lire la critique du cd PiĂšces de clavecin en concerts par Bruno Procopio

Rameau in Caracas, Soloists of SimĂłn BolĂ­var Symphony Orchestra of Venezuela

Programme festif et exaltant en prĂ©lude Ă  l’annĂ©e Rameau (2014), qui marque le 250Ăšme anniversaire de la mort du compositeur.

Rameau in Caracas
Soloists of the SimĂłn BolĂ­var Symphony Orchestra of Venezuela
conducted by Bruno Procopio

Jouer Rameau Ă  Caracas – Les Soloists of SimĂłn BolĂ­var Symphony Orchestra of Venezuela, invitent Bruno Procopio Ă  diriger un programme totalement dĂ©diĂ© Ă  Jean-Philippe Rameau. C’est pour les musiciens vĂ©nĂ©zuĂ©liens, une dĂ©couverte exceptionnelle : celle du baroque français, premiĂšre incursion dans la musique française du XVIIIĂšme siĂšcle.

Bruno Procopio commente :
J’ai surtout voulu susciter la curiositĂ© des musiciens de l’Orchestre pour une musique vers laquelle ils ne se seraient pas tournĂ©s spontanĂ©ment ; je souhaitais aussi me confronter Ă  un orchestre qui n’avait pas eu l’opportunitĂ© d’aborder la musique baroque française, afin de construire une identitĂ© musicale Ă  partir de zĂ©ro. J’ai pu ainsi concrĂ©tiser toute la vision que j’ai de cette musique et j’ai trouvĂ© un terrain d’accueil dĂ©pourvu d’a priori.

Pendant la pause de l’une de nos rĂ©pĂ©titions, un musicien m’a soufflĂ© Ă  l’oreille : “Maestro, c’est la musique la plus belle que j’ai jouĂ©e.” VoilĂ  la rĂ©compense d’une telle entreprise.

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CD. Rameau in Caracas. Bruno Procopio, direction

CD. Rameau in Caracas. Bruno Procopio, direction
Rameau in Caracas (Bruno Procopio et The Simon Bolivar Symphony orchestra of Venezuela, 2012). DĂ©fi magistral rĂ©ussi pour jeune chef audacieux ! Ce nouveau cd Paraty adoube trĂšs officiellement le tempĂ©rament du claveciniste Bruno Procopio comme chef d’orchestre. Poursuivant une nouvelle et dĂ©jĂ  riche collaboration avec les musiciens vĂ©nĂ©zuĂ©liens de l’Orchestre Simon Bolivar (la phalange qui hier accompagnait et permettait aussi l’essor du jeune Gustavo Dudamel), Bruno Procopio ne montre pas seulement sa lumineuse sensibilitĂ© et sa versatilitĂ© contagieuse chez Rameau, il confirme l’ampleur et la sĂ»retĂ© de son approche, n’hĂ©sitant pas ici Ă  aborder le compositeur baroque sur… instruments modernes, de surcroĂźt avec des instrumentistes qui Outre-Atlantique n’ont que trĂšs peu Ă©tĂ© confrontĂ©s Ă  la rhĂ©torique et l’Ă©loquence du XVIIIĂš français. C’est donc pour eux un vrai dĂ©fi instrumental liĂ© Ă  une dĂ©couverte de rĂ©pertoire.4ySPwI81N8_2013213KWHG9N5ZBPA rebours des approches historiques, Bruno Procopio dĂ©montre que la justesse musicale et artistique ne se rĂ©duit pas au seul choix des instruments. Le claveciniste expert de la pratique baroque française transmet de toute Ă©vidence la science ambivalente d’un Rameau ici Ă  la fois somptueux symphoniste et dramaturge de premier plan, chorĂ©graphe et poĂšte, prĂ©curseur des concepteurs Ă  venir de musique pure. L’absence de voix ne pĂšse d’aucun poids; tant le chant de l’orchestre, -cordes admirables de prĂ©cision et de fluiditĂ©, vents et bois gorgĂ©s de couleurs dĂ©jĂ  impressionnistes (!)-, restitue l’imaginaire lyrique de Rameau. Ouvertures et danses des opĂ©ras du Dijonais composent de facto une entrĂ©e inĂ©dite pour les musiciens, expĂ©rience premiĂšre galvanisĂ©e et flamboyante grĂące Ă  l’Ă©nergie et la prĂ©cision du maestro franco-brĂ©silien (Contredanse du II de Zoroastre). Que ces esprits animaux tempĂȘtent de façon infernale (coupes et abattage des bassons), ivresse et grandiose panache du Ballet figurĂ©, coloris chatoyants des gavottes finales du mĂȘme Zoroastre (1756).

Rameau électrisé

La mise en place, la sĂ»retĂ© nerveuse et jamais courte des rythmes dansĂ©s attestent de l’assurance superlative du jeune chef. Que son Rameau est racĂ©, de caractĂšre comme d’agilitĂ© : Ă©lectrique vitalitĂ© qui fuse comme des comĂštes enflammĂ©es des Tambourins d’une Ă©lĂ©gance irrĂ©sistible (formidables bassons) du Prologue de Dardanus (1739)

L’ouverture de Castor et Pollux (1737) si proche dans sa coupe Ă©tagĂ©e et fuguĂ©e de celle d’Hippolyte dĂ©voile toute la flexibilitĂ© du chef capable de conduire ses troupes en une clartĂ© faite drame, entre intellect et sensualitĂ© tendre, alliance contradictoire et constitutive de l’Ă©criture de Rameau. La Chaconne du V confirme ce lĂącher prise qui fait toute la grĂące Ă  la fois solennelle et intime voire nostalgique de Rameau. Quant Ă  la seconde Chaconne, (ultime volet de ce programme, extrait des Indes Galantes, 1735) emprunte de ce geste balancĂ© et sublime, voire suspendu et de caractĂšre lullyste, le chef en exprime et la tendresse et cet abandon d’une indicible douceur lĂ  aussi nostalgique. Au sentiment d’une solennitĂ© rĂȘveuse se joint surtout la vitalitĂ© contrastĂ©e des pupitres subtilement Ă©lectrisĂ©s par le chef douĂ© d’une imagination fertile sur le motif ramĂ©lien: la prĂ©cision de la mise en place, le relief des bois, la coupe des cordes d’un impeccable aplomb rythmique, frappent immĂ©diatement.

Ce disque est Ă©tonnant, tant Rameau n’avait pas Ă©tĂ© ressuscitĂ© avec autant de vĂ©ritĂ© ni de saine justesse. Sans le fruitĂ© des instruments d’Ă©poque (parfois Ă  dĂ©faut d’une baguette convaincante, rien que sĂ©ducteurs), l’oreille se concentre sur le geste, la conception de l’architecture, la carrure et l’allant des rythmes, la richesse des dynamiques, c’est Ă  dire l’Ă©mergence et l’essor d’une vision musicale. Tout cela, Bruno Procopio le maĂźtrise absolument et l’on souhaite entendre bientĂŽt un opĂ©ra intĂ©gral dirigĂ© sous sa conduite: un vƓu pieu bientĂŽt satisfait pour l’annĂ©e 2014 Ă  venir, celle des 250 ans de la mort du compositeur si gĂ©nial ?

Rameau in Caracas. Ouvertures et ballets de Jean-Philippe Rameau: Zoroastre, Dardanus, Acanthe et Céphise, Les Indes Galantes. Soloists of the Simon Bolivar symphony Orchestra of Venezuela. Bruno Procopio, direction. 1 cd Paraty 2012, 512120. Durée: 1h03mn.

CD. Rameau: le clavecin solaire de Bruno Procopio (PiĂšces pour clavecin en concerts)

CD. Bruno Procopio illumine les PiĂšces pour clavecin en concerts de Rameau (1 cd Paraty)

Rameau: PiĂšces de clavecin en concert (Procopio, 2012)
critique de cd
rameau_pieces_clavecin_concerts_paraty_cd_bruno_procopioAvec ses PiĂšces pour clavecin en concert, Rameau offre un aboutissement inĂ©galĂ© dans l’art de la musique de chambre mais selon son goĂ»t, c’est Ă  dire avec impertinence et nouveautĂ©: jamais avant lui, le clavecin, instrument polyphonique et d’accompagnement n’avait osĂ© revendiquer son autonomie expressive de la sorte. PubliĂ© en 1741, voici bien le sommet du chambrisme français sous la rĂšgne de Louis XV: alors que Bach se concentre sur le seul tissu polyphonique, Rameau fait Ă©clater la palette sonore du clavier central, qui de pilier confinĂ© devient soliste concertant (avec les deux instruments de dessus: violon ou flĂ»te et viole ou 2Ăš violon.

La prĂ©Ă©minence du clavecin est dĂ©jĂ  annoncĂ©e par les Sonates d’Elisabeth Jacquet de la Guerre et de MontĂ©clair. Mais l’inventivitĂ© mĂ©lodique, le raffinement, la vivacitĂ© Ă©lectrisante du style ramĂ©lien repoussent encore les limites du genre (ivresse concertante de l’Agaçante). Disons immĂ©diatement ce qui nous gĂȘne: la partie et l’aciditĂ© tendue du violon qui semble dire d’un bout Ă  l’autre, je suis lĂ  et je revendique le premier plan mĂ©lodique (Le VĂ©zinet): un contresens qui affecte le chant libre et si facĂ©tieux, fluide et si volubile du clavecin. Question de sonoritĂ© et de style, le violon contorsionne toujours, se pique de tournures affectĂ©es, semble rĂ©gler un sort Ă  chaque phrase. Que son Rameau est perruquĂ© en petit marquis. L’option peut dĂ©ranger. Elle s’avĂšre particuliĂšrement mordante dans le portrait charge de La PoupliniĂšre (la La PopliniĂšre): Ă©vocation aigre douce du protecteur de Rameau, tracĂ©e, il est vrai,  plus Ă  l’acide qu’Ă  l’encre respectueuse.

Nonobstant, saluons la complicitĂ© des instruments autres: viole toute en nuances et expression (et de surcroĂźt d’une difficultĂ© monstre, Rameau y rend hommage Ă  Forqueray, rien de moins!)
Et quand la flĂ»te de l’excellent François Lazarevitch se joint au violon et Ă  la viole (La Livri), la tonalitĂ© d’une douceur rayonnante, entre tendre voluptĂ© et tristesse mĂ©lancolique, les interprĂštes accordĂ©s trouvent le ton juste, voire envoĂ»tant: on aimerait connaĂźtre Livri entre autres, dont la piĂšce Ă©ponyme brosse un portrait bien sĂ©duisant (en vĂ©ritĂ© l’un des protecteurs du compositeur mort rĂ©cemment). MĂȘme constat pour la pudeur (autobiographique?) de La Timide oĂč la flĂ»te allemande attĂ©nue l’incisive agressivitĂ© du violon. Et que dire pour clore le chapitre des rĂ©serves, du pincĂ© sec du violon dans les Tambourins du IIIĂš Concert, aigreur acide bien peu enjouĂ©e et fidĂšle au soleil des danses qui ont la Provence pour origine…. Pour autant la vitalitĂ© de La Rameau (concession du maĂźtre Ă  lui-mĂȘme), l’engagement de La Forqueray, la berceuse secrĂšte et mystĂ©rieuse de La Cupis, la grĂące purement chorĂ©graphique de La Marais accrĂ©ditent pour les plus rĂ©servĂ©s la haute valeur musicale de cet album Rameau dont les options et partis divers ne manqueront pas de susciter rĂ©actions et dĂ©bats.

le clavecin royal et concertant de Rameau

Mais au cƓur de ce programme des plus rĂ©jouissants, d’autant plus opportun pour la prochaine annĂ©e Rameau 2014, s’affirme le clavecin de Bruno Procopio: l’ex Ă©lĂšve des Rousset et HantaĂŻ y confirme son immense talent, son intelligence interprĂ©tative, une finesse flamboyante qui Ă©claire le gĂ©nie d’un Rameau touchĂ© par la grĂące. Belle idĂ©e de souligner la place centrale dans l’Ɠuvre du Dijonais en ajoutant 5 des 7 piĂšces composant la Suite en la du IIIĂš Livre de clavecin de 1728: ici se succĂšdent Allemande, Courante, Sarabande… d’une exaltante euphorie intimiste, oĂč les doigts experts savent relever les dĂ©fis techniques et poĂ©tiques du jeu des ” Trois mains ” et de la Triomphante finale, habilement et lĂ©gitimement retenue en conclusion superlative. Le choix du clavecin (copie d’un RĂŒckers avec petit ravalement dans le style français) ajoute Ă  la perfection du jeu de Bruno Procopio: au timbre clair de l’instrument rĂ©pondent aussi la puissance et la rondeur d’un son chantant, souvent bondissant.

RĂ©vĂ©rence Ă  la superbe Sarabande, dont la noblesse et la tendresse sont magnifiquement exprimĂ©es: la claveciniste saisit tout ce que l’Ă©criture de Rameau sait s’enivrer d’un monde sonore pur qui place au dessus de tout le gĂ©nie musical; la musique sans les paroles se fait chant, drame, tissu Ă©motionnel… RamĂ©lien de cƓur, Bruno Procopio rĂ©alise un acte de foi. Heureuse annĂ©e 2013 qui voit aussi paraĂźtre presque simultanĂ©ment un second cd Rameau, mais non pas intimiste, plutĂŽt symphonique et chorĂ©graphique, dĂ©diĂ©e aux ouvertures et ballets de Rameau, de surcroĂźt avec un orchestre peu familier du Baroque français, l’Orchestre Symphonique Simon Bolivar du Venezuela. Autre programme, autre dĂ©fi… pleinement relevĂ© lĂ  encore.


Jean-Philippe Rameau: PiĂšces de clavecin en concert (1741). Nouvelles Suites de piĂšces de clavecin (1728).
Patrick Bismuth, violon? François Lazarevitch, flûtes allemandes. Emmanuelle Guigues, viole de gambe. 1 cd Paraty 412201. Durée: 1h19mn. Enregistré en 2012.