FRANCE 3. GALA le Concert des étoiles : les opéras de Mozart.

Mozart Wolfgang portrait par classiquenews -by-Croce-1780-81FRANCE 3, vend 14 dĂ©c 2018, 21h. RĂ©cital Mozart. Le Concert des Ă©toiles rĂ©unit les plus belles voix françaises et Ă©trangĂšres, capables de chanter Mozart : legato souverain, phrasĂ©s nuancĂ©s, finesse et articulation de rĂȘve
 c’est Ă  dire capables de rĂ©aliser ce bal canto / beau chant, expression dans le cas de Mozart, des sentiments les plus profonds et les plus nobles. Tendresse, vertige amoureux, dĂ©sir, langueur, passion et panique
 rien n’a Ă©tĂ© omis ni Ă©cartĂ© par le compositeur qui savait mieux que personne exprimer la texture dĂ©licate des sentiments humains.

PrĂ©sentation de l’émisison par France 3 : « Wolfgang Amadeus Mozart est l’un des compositeurs les plus jouĂ©s Ă  travers le monde. GĂ©nie prĂ©coce, il composa une Ɠuvre unique en son genre par sa profusion et son universalitĂ©, qui demeure l’une des plus jouĂ©es dans le monde.
À travers les plus grands airs et morceaux de son rĂ©pertoire, de grands artistes lyriques et instrumentistes venus du monde entier vont se produire sur la scĂšne du ThĂ©Ăątre des Champs-ÉlysĂ©es, pour cĂ©lĂ©brer l’un des plus grands compositeurs de l’histoire de la musique classique : Wolfgang Amadeus Mozart.
L’émission alterne des images d’archives de grands interprĂštes mozartiens, des mises en scĂšne marquantes de ses opĂ©ras, ainsi que des airs d’opĂ©ra et des extraits d’Ɠuvres instrumentales interprĂ©tĂ©s sur la scĂšne du ThĂ©Ăątre des Champs-ÉlysĂ©es par une nouvelle gĂ©nĂ©ration d’artistes de renommĂ©e internationale. »

Au programme, plusieurs airs et scÚnes des opéras mozartiens ; avec les artistes interprÚtes suivants :
Julie Fuchs (soprano)
Olga Peretyatko (soprano)
Sabine Devieilhe (soprano)
Christina Gansh (soprano)
Aleksandra Kurzak (soprano)
Karine Deshayes (mezzo)
Marianne Crebassa (mezzo)
Michael Spyres (ténor)
Florian Sempey (baryton)
Luca Pisaroni (baryton basse)
Andreas Ottensamer (Ă  la clarinette)
Mathilde Calderini (Ă  la flute)
Xavier de Maistre (Ă  la harpe)
Nicolas Ramez (au cor)
Adam Laloum (au piano)

france3 logo 2019 2019Pour les fĂȘtes de NoĂ«l 2018, France 3 promet un prochain rv lyrique dĂ©diĂ© Ă  l’art de l’unique diva, premiĂšre belcantiste exemplaire, Maria Callas. A suivre.

TOURCOING, nouvelle La Clémence de Titus de Mozart

MOZART wolfgang vienne 1780 1790 classiquenews 1138381-portrait-wolfgang-amadeus-mozartTOURCOING, 3-7 fĂ©vrier 2019. MOZART : La ClĂ©mence de Titus. CrĂ©Ă© au ThĂ©Ăątre National de Prague le 6 septembre 1791, sur le livret de Caterino MazzolĂ  d’aprĂšs Pietro Metastasio, l’opĂ©ra « La ClĂ©mence de Titus » est l’ultime « opera seria » de Mozart, commandĂ© l’annĂ©e de sa mort, pour le couronnement de LĂ©opold II sacrĂ© roi de BohĂšme. L’Ɠuvre de circonstance devient par le gĂ©nie mozartien, chef d’oeuvre absolu, encore mĂ©sestimĂ©, et qui illustre l’idĂ©al du politique vertueux, une vision influencĂ©e par l’esprit des LumiĂšres, Leopold, alors qu’il Ă©tait Grand-Duc de Toscane, dĂ©cide la fin des pratiques de torture et abolit la peine de mort.  Sur le mĂ©tier de son autre chef d’oeuvre, la FlĂ»te enchantĂ©e, Mozart voulait composer La Titus en allemand comme La FlĂ»te, mais le thĂ©Ăątre destinataire (l’opĂ©ra de Prague) a Ă©tĂ© construit pour produire des opĂ©ras italiens (il y a crĂ©Ă© Don Giovanni).
Mozart imagine Ă  Rome, Titus, vertueux, est promis Ă  BĂ©rĂ©nice, (la princesse orientale lui a transmis les valeurs morales les plus hautes
). Or dans la capitale impĂ©riale, l’empereur est la proie d’une trahison et d’un complot contre sa personne. Vitellia qui aime Titus, manipule le meilleur ami de Titus, Sextus (d’auant plus facilement que ce dernier aime Vitellia).
Dans ce nƓud passionnel et politique, Titus rĂ©vĂšle sa valeur : la responsabilitĂ©, la justice, la clĂ©mence. A son contact, mĂȘme la perfide et haineuse Vitellia se transforme et Ă©volue. En associant Ă©motion, sentiment et devoir, Mozart rĂ©alise un sommet de l’inspiration seria. La ClĂ©mence de Titus est un opĂ©ra Ă  rĂ©Ă©valuer d’urgence.
Le compositeur qui écrit aussi le Requiem (laissé inachevé), conçoit des ensembles qui annonce le final à la Rossini : synthÚse dramatique et réunion des personnages qui dans ce temps suspendu, expriment chacun leur propre pensée et sentiments.
Parmi les instruments choisis qui colorent la partition, la clarinette de basset pour Sextus, le cor de basset pour le grand air de Vitellia au II (oĂč l’intrigante bascule en une rĂ©vĂ©lation intime qui la rend enfin plus humaine et compatissante). Pour Ă©crire les parties de chacun de ces instruments, Mozart profite de sa proximitĂ© avec son frĂšre de loge, Anton Stadler (1753-1812), joueur virtuose de cor de basset et clarinettiste
 il a inventĂ© la clarinette de basset avec l’aide du fabricant Theodor Lotz. Toute l’action mĂšne Ă  la scĂšne finale, Ă©loquente manifestation des vertus du pouvoir : la clĂ©mence de Titus avec laquelle l’empereur accepte de pardonner Ă  tous ceux qui ont voulu le tuer. Avant de mourir, Mozart nous laisse un message humaniste et profondĂ©ment fraternel.

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : La Clémence de Titus
Opéra en deux actes
3 représentations, Du 3 au 7 février 2019

OPÉRA, CRÉATION, dùs 10 ans
2h45
ITALIEN SURTITRE FRANÇAIS

Dimanche 3 février 2019 15h30
Mardi 5 février 2019 20h
Jeudi 7 février 2019 20h

TOURCOING, Théùtre Municipal Raymond Devos
de 6 à 45€
RÉSERVEZ
http://www.atelierlyriquedetourcoing.fr/spectacle/la-clemence-de-titus/

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‹Tito / Titus : JĂ©rĂ©my Duffau, tĂ©nor
Vitellia : Clémence Tilquin, soprano
Sesto : Amaya Dominguez, mezzo-soprano
Annio : Ambroisine Bré, soprano
Servilia : Juliette Raffin Gay, soprano
Publio : Marc Boucher, baryton-basse

ChƓur de l’Atelier Lyrique de Tourcoing
La Grande Écurie et la Chambre du Roy
Direction musicale : Emmanuel Olivier

Mise en scÚne : Christian Schiaretti
Chef de chant : Flore Merlin

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CD, critique. Evénement : MOZART : Seong Jin Cho, piano. MOZART (1 cd DG Deutsche Grammophon)

seong jin cho mozart nezet seguin cd dg critique review cd par classiquenewsCD, critique. EvĂ©nement : MOZART : Seong Jin Cho, piano. MOZART (1 cd DG Deutsche Grammophon) Evidemment l’accompagnement (et davantage du maestro quĂ©bĂ©cois Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, mozartien de premier plan, depuis son intĂ©grale lyrique en cours depuis Baden Baden chaque Ă©tĂ© avec Rolando Villazon) est un « plus » dĂ©cisif, pour un jeune pianiste. Mais le tempĂ©rament de ce dernier Ă©vite bien des erreurs que d’autres, parmi ses confrĂšres surtout asiatiques, cultivent malgrĂ© leur cĂ©lĂ©britĂ© : Jin Cho collectionne, lui, avec une attention peut-ĂȘtre encore trop prĂ©cautionneuse, Ă  l’inverse de ses confrĂšres (et consoeurs), une pudeur, et une retenue qui sait aussi s’exprimer dans le clavier. Son refus de la pure virtuositĂ©, soeur d’une ineffable et bien prĂ©sente intĂ©rioritĂ© fait miracle ici, car ce Mozart de 1785 (Concerto), d’une maturitĂ© experte et si intensĂ©ment poĂ©tique, expose Ă  nu ; rĂ©vĂšle les limites d’un jeu sans Ăąme. Rien de tel chez le jeune corĂ©en, dĂ©jĂ  remarquĂ© pour ses audaces et introspections chopiniennes et qui gagne dans ce nouveau programme d’indiscutables palmes mozartiennes. CrĂ©Ă© Ă  Vienne par Wolfgang lui-mĂȘme, le Concerto n°20 est un sommet d’élĂ©gance et de profondeur, un mariage inouĂŻ entre sĂ©duction et vĂ©ritĂ©. A 29 ans, Mozart dĂ©montre un gĂ©nie inclassable, traversĂ© comme personne par la grĂące la plus pure. En mode mineur comme le K 491 (rĂ© mineur), il ouvre la voie des piĂšce maĂźtresse de l’histoire de la musique, comme est essentielle aussi, par sa couleur et sa progression architecturĂ©e, le Symphonie unique de Franck.

Mozart Wolfgang portrait par classiquenews -by-Croce-1780-81Par son innocence Ă©perdue qui affleure dans le mouvement central, le Concerto fait de son essence tragique, un miroitement pudique constellĂ© de nuances tendres. Une telle palette d’émotions et d’accents millimĂ©trĂ©s s’entend rarement chez les interprĂštes. Or cela est palpable dans le jeu du corĂ©en, dans ses audaces (variations libres du premier mouvement) et dans son respect scrupuleux des dynamiques. Le Concerto n°20 est parmi les plus bouleversants de Wolfgang, touchant et au delĂ  par sa profondeur tragique, une sincĂ©ritĂ© qui dĂ©sarme et saisit par sa justesse. La finesse d’intonation du jeu pianistique suscite l’admiration par son Ă©quilibre, sa mesure, et aussi une simplicitĂ© du style qui s’écarte comme on a dit de l’arĂšne plus commune et pourtant largement mĂ©diatisĂ©e dĂ©fendue par ses confrĂšres et consoeur asiatiques, surtout chinois. A chacun de deviner (les pianistes de Chine ne sont pas si nombreux actuellement). Le corĂ©en sait demeurer pudique, presque secret, apportant la tendresse et l’humanitĂ©, la gravitas et cette innocence qui est insouciance, tant vĂ©nĂ©rĂ©e et sublimĂ©e par l’écriture du divin Wolfgang.

 

 

 

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  AprĂšs la complicitĂ© et l’écoute rĂ©solument chambriste qui unit soliste et chef dans le Concerto n°20, voici deux Sonates parmi les plus redoutables, ne serait-ce que par l’étendue lĂ  encore des couleurs contrastĂ©es. Dans la PremiĂšre sonate (K281), le pianiste saisit le caractĂšre fantasque du dernier mouvement ; ses Ă©lans tenant du caprice (Rondo – Allegro, plage 6).

L’ultime sonate du programme K332 a cette lĂ©gĂšretĂ© tragique et chantante et grave qui rĂ©vĂšle l’interprĂšte capable de vrais Ă©clairages intĂ©rieurs, d’une Ă©loquence tendre et toujours Ă  l’Ă©coute du cƓur.
Pourtant parfois on aimerait une ciselure plus nuancĂ©e encore de l’Ă©criture allegro. Une articulation plus proche de la parole et de l’intonation Ă©motionnelle. Mais d’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, la sensibilitĂ© inspire une approche tĂ©nue proche de l’intime, cultivant l’extrĂȘme dĂ©licatesse pudique qui renvoie au Schubert le plus rĂȘveur et le plus introspectif.
Pourtant jeune et nouveau sur la planĂšte Mozart, le jeune corĂ©en surprend par son attention Ă  la clartĂ© pudique, Ă  l’intonation  rentrĂ©e, parfois secrĂšte, dĂ©barrassĂ©e de toute affectation, une bouleversante sincĂ©ritĂ© qui se rĂ©vĂšle vĂ©ritablement dans le mouvement central de la K332, d’une tendresse enivrante, idĂ©alement inscrite dans les replis d’un songe intime.
VCLIC D'OR macaron 200oilĂ  donc une remarquable lecture mozartienne. Celui qui s’est jusque la affirmĂ© non sans arguments chez Chopin, dĂ©voile ici des affinitĂ©s Ă©videntes chez Wolfgang entre candeur et vĂ©ritĂ©. Bouleversant d’intelligence et de nuance sans l’artifice de la pure dĂ©monstration technicienne. CLIC de CLASSIQUENEWS de dĂ©cembre 2018.

 

 

 

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CD, événement, critique. Seong-Jin Cho, piano. Mozart: Piano Concerto No. 20, K. 466; Piano Sonatas, K. 281 & 332. Chamber Orchestra of Europe. Yannick Nézet-Séguin, direction. 1 cd DG Deutsche Grammophon.

 

 

 

La Flûte enchantée de Mozart version Castellucci

mozart wolfgang _doris_stockminiarte_logo_2013ARTE, Dim 2 dĂ©c 2018, 01h20. MOZART : La FlĂ»te EnchantĂ©e. Romeo Castullucci. Il Ă©tait une Ă©poque (heureuse) oĂč la chaine culturelle portait bien son nom et programmait des opĂ©ras en prime time. A prĂ©sent il faut attendre le milieu de la nuit pour visionner les productions lyriques. Comme cette FlĂ»te de Mozart, enregistrĂ©e Ă  Bruxelles (La Monnaie) et qui a fait les honneurs de l’actualitĂ© entre autres grĂące Ă  la mise en scĂšne de Romeo Castellucci, bien connu Ă  prĂ©sent pour ses crĂ©ations visuelles d’une portĂ©e onirique parfois spectaculaire (cf son Parsifal de 2001, LIRE notre critique complĂšte du dvd PARSIFAL par Castellucci), grĂące aussi Ă  la plus mozartienne de nos coloratoures françaises, Sabine Devielhe (qui aura quand mĂȘme ratĂ© sa prise de rĂŽle de Zerbinetta dans Ariane Ă  Naxos de R Strauss cet Ă©tĂ© Ă  Aix en Provence, juillet 2018), qui chante Ă  Bruxelles, le tempĂ©rament hystĂ©rique (calculateur) de la Reine de la nuit.
PrĂ©sentĂ©e en octobre 2018, la production surprend et fascine Ă  la fois car elle prend ses distances avec le singspiel le plus populaire du dernier Mozart. Comme souvent, Ă  prĂ©sent, les metteurs en scĂšne s’approprient les livrets, repensent mĂȘme la temporalitĂ© pourtant justifiĂ©e par la dramaturgie originelle et rĂ©inventent le temps et l’imaginaire visuel des ouvrages
 Ici, on ne comprend pas pourquoi l’italien a supprimĂ© les dialogues, lesquels permettent quand mĂȘme d’identifier le rĂŽle et le but des protagonistes. Ainsi pour le spectateur non connaisseur, impossible de mesurer en quoi le prince Tamino est manipulĂ© par la Reine de la nuit qui lui demande de sauver de « l’infĂąme Sarastro » (la basse hongroise GĂĄbor Bretz), sa fille, Pamina. Le jeu des manipulation est rendu complexe alors que l’histoire inventĂ©e par Shikaneder et Mozart est Ă  la source d’une grande lisibilitĂ©. ClartĂ© qui n’empĂȘche pas des zones d’ombre, car le temple de sagesse et de fraternitĂ© que pilote le grand maĂźtre Sarastro n’a t il pas Ă©tabli un ordre fondĂ© sur l’esclavage, entre autres entretenu par l’infect Monostatos et sa clique de sbires, tous affectĂ©s Ă  torturer la pauvre Tamina ? Du moins les apparences le laissent croire
 Mais au cours d’une initiation progressive, le couple d’élus, Pamina et Tamino, en confiance et en amour, rĂ©ussit Ă  vaincre chaque Ă©preuve, et atteindre Ă  cette conscience fraternelle qui est l’idĂ©al prĂ©sentĂ© par les prĂȘtres du Temple. D’ailleurs, dans cette sĂ©rie d’épreuves, le prince valeureux prend soin de rĂ©clamer Ă  ses cĂŽtĂ©s la participation de celle qu’il aime : l’égalitĂ© des sexes est l’autre composante, revendiquĂ©e par Mozart et son librettiste. Admirable inspiration. Direction musicale : Antonello Manacorda

arte_logo_2013ARTE, Dim 2 déc 2018, 01h20. MOZART : La Flûte Enchantée. Romeo Castullucci.

NOËL symphonique à ORLEANS

ORLÉANS. CONCERTS de NOEL 2018. Les 15 et 16 dĂ©c 2018. Pour cĂ©lĂ©brer le temps de NoĂ«l, l’Orchestre Symphonique d’OrlĂ©ans et le ChƓur Symphonique du Conservatoire d’OrlĂ©ans fusionnent leurs forces vives Ă  l’église Saint-Pierre du Martroi et offrent un somptueux Concert de NoĂ«l, une tradition Ă  prĂ©sent pour les OrlĂ©anais soucieux de vivre une grande expĂ©rience pour les fĂȘtes de fin d’annĂ©e.

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orchestre-orleans-maestro-chaf-concert-portrait-par-classiquenewsMarius Stieghorst, le chef et directeur artistique de l’Orchestre Symphonique d’OrlĂ©ans, a conçu un programme particuliĂšrement original et Ă©clectique, gĂ©nĂ©reux en styles et accents contrastĂ©s, oĂč perce le timbre Ă©clatant des trompettes (Concerto pour 3 trompettes, timbales et continuo de Telemann), aux cĂŽtĂ©s de l’exaltation des voix (Messe Nelson de Haydn, Alma Dei creatoris de Mozart
). Pour ce concert de NoĂ«l, Marius Stieghorst confie la baguette Ă  Gildas Harnois, qui a dĂ©jĂ  dirigĂ© l’Orchestre Symphonique d’OrlĂ©ans Ă  maintes reprises. Organiste titulaire de la CathĂ©drale Sainte-Croix d’OrlĂ©ans depuis 1997, il est bien connu des OrlĂ©anais. Il est par ailleurs Chef de la Musique des Gardiens de la Paix depuis juillet 2014, formation qu’il dirige Ă  Paris et Ă  l’étranger.

 

 

SAMEDI 15 DÉCEMBRE 2018 à 20h30boutonreservation
DIMANCHE 16 DÉCEMBRE 2018 à 16h00
ORLEANS, Église Saint-Pierre du Martroi

 

 

GEORG PHILIPP TELEMANN
Concerto pour 3 trompettes, timbales et continuo, TWV54 : D3

WOLFGANG AMADEUS MOZART
Alma Dei creatoris en fa majeur KV 277

JOSEPH HAYDN
Nelson Mass en ré mineur, Hob. XXII : 11

Isabelle PHILIPPE, soprano
Laure DUGUÉ, alto
Matthieu JUSTINE, ténor
Marc LABONNETTE, basse
Vincent MITTERAND – Guy-Claude CHARCELLAY- Thibault COLLONGE, trompettes
ORCHESTRE SYMPHONIQUE D’ORLÉANS
ChƓur Symphonique du Conservatoire d’OrlĂ©ans / Elisabeth RENAULT, chef de chƓur
Gildas HARNOIS, direction

 

 

 

 

Présentation des oeuvres

 

 

GEORG PHILIPP TELEMANN
Concerto pour 3 trompettes, timbales et continuo, TWV54 : D3
Georg Philipp TELEMANN compte parmi les compositeurs les plus prolifiques et les plus novateurs de l’ñge baroque, en ce XVIIIĂš Ă©clatant, qui n’est pas encore celui des LumiĂšres, mais Ă©blouit nĂ©anmoins par la prĂ©Ă©minence dĂ©volue Ă  la musique : Telemann dirigea la musique Ă  Hambourg, maĂźtre incontestĂ© du prestige musical et culturel de la ville Ă  l’époque oĂč JS Bach son contemporain « vĂ©gĂ©tait » Ă  Leipzig, en prise avec ses employeurs indignes de son talent… MĂȘlant spectaculaire et intime, le Concerto pour 3 trompettes, timbales et continuo affirme le gĂ©nie de Telemann, Ă  l’écriture raffinĂ©e et dramatiquement efficace ; la partition rĂ©serve de bien belles surprises, Ă  l’image des magnifiques solos de hautbois qui apportent une touche subtile de sĂ©rĂ©nitĂ© Ă  la tonalitĂ© solennelle et majestueuse de l’Ɠuvre. Grandiose et pourtant recueillie, l’Ɠuvre s’inscrit idĂ©alement pour le temps de NoĂ«l.

 

 

WOLFGANG AMADEUS MOZART
Alma Dei creatoris en fa majeur KV 277
Mozart a composĂ© cet offertoire peu de temps aprĂšs avoir dĂ©missionnĂ© de la Cour de Salzbourg : il ne pouvait supporter les humiliations rĂ©pĂ©tĂ©es Ă  son encontre, perpĂ©trĂ©es par son employeur Coloredo. Écrite pour soprano, alto, tĂ©nor, chƓur, violons et basse continue, la partition mariale alterne avec douceur et sĂ©rĂ©nitĂ© les interventions des solistes et celles du chƓur.

 

 

JOSEPH HAYDN
Nelson Mass en ré mineur, Hob. XXII : 11
Cette messe est sans doute la plus dramatique, la plus puissante et la plus populaire des quatorze messes Ă©crites par Joseph Haydn. Écrite avec raffinement dans une tonalitĂ© sombre (rĂ© mineur), elle gĂ©nĂšre et entretient au fil de chacune de ses parties une vĂ©ritable tension lyrique. Le chef-d’Ɠuvre de Haydn est l’un des sommets de la composition liturgique Ă  l’époque des LumiĂšres. Haydn y dĂ©ploie son gĂ©nie du raffinement viennois et son goĂ»t de l’opĂ©ra.

 

 

 

 

INFORMATIONS PRATIQUES
Lieu : Église Saint-Pierre du Martroi
Tarifs : de 25/22/12€
Horaires des Concerts : samedi 15 dĂ©cembre Ă  20h30 – dimanche 16 dĂ©cembre Ă  16h00
RĂ©servations : Bureau d’OrlĂ©ans Concerts 6 rue Pothier – 45000 OrlĂ©ans (Ouvert au public de 13h Ă  18h, du lundi au samedi) TĂ©l : 02 38 53 27 13

Site Web : www.orchestre-orleans.com

 

 

 

CD, critique. MOZART : Apollo et Hyacinthus (Classical Opera, Ian Page, Signum classics, 2011)

Apollo-Web-Square mozart classical opera the mozartist ian page cd review critique cd par classiquenewsCD, critique. MOZART : Apollo et Hyacinthus (Classical Opera, Ian Page, Signum classics, 2011). FrĂ©nĂ©tique (post gluckiste), nerveux, sanguin, l’orchestre de Appolo et Hyacinthus prolonge la coupe et la syncope du Sturm un drang, tout en rĂ©vĂ©lant dĂ©jĂ  la sensibilitĂ© Ă©motionnelle du jeune Mozart, ici confrontĂ© Ă  l’opĂ©ra pour la premiĂšre fois, rĂ©ussit plutĂŽt un ouvrage qui relĂšve du genre oratorio. Commande de l’UniversitĂ© des bĂ©nĂ©dictins de Salzbourg en 1767, l’ouvrage est le fruit des rĂ©flexions trĂšs mures dĂ©jĂ  d’un compositeur de 11 ans. D’emblĂ©e c’est l’assurance et la tendresse de l’écriture qui force l’admiration (ampleur Ă  la fois noble et profonde du premier choeur « Numen o Latonium », qu’accompagne un orchestre d’un raffinement absolu. L’ouvrage est l’aboutissement d’un travail et d’une conception, prolongement de sa tournĂ©e europĂ©enne rĂ©alisĂ©e en 1766, au cours de laquelle le jeune compositeur recueille la riche expĂ©rience et le style des contrĂ©es traversĂ©es. Wolfgand n’en est pas Ă  sa premiĂšre piĂšce d’envergure : il a dĂ©jĂ  composĂ© « Die Schuldigkeit des ersten Gebots / Le devoir du Premier Ordre » (mars 1767), suivi par la superbe musique de la Grabmusik. Ces premiers accomplissements, sĂ©duisants, et profonds – la profondeur si absente chez tous les compositeurs contemporains, fondent sa premiĂšre notoriĂ©tĂ© et conduit les autoritĂ©s de Salzbourg Ă  solliciter le jeune compositeur au milieu des annĂ©es 1760, alors qu’il est Ă  peine adolescent. Sur le livret du pĂšre Widl, Mozart traite de l’amour du dieu Apollon pour le jeune Hyacinthe. Le dieu lui apprend le lancer du disque. Mais Ă  cause de ZĂ©phyr, Ă©galement amoureux du beau mortel, Hyacinthe reçoit le disque Ă  la tempe et meurt dans les bras d’Apollon, inconsolable. Dans son sang rĂ©pandu, au sol, Ă©mergent bientĂŽt des 
 iris (et non des jacinthes). Selon les recherches de certains historiens spĂ©cialistes de la mythologie, l’amour d’Apollon pour Hyacinthe serait Ă  l’origine des mythes pĂ©dĂ©rastes en vigueur Ă  Sparte.
Pour rendre le mythe acceptable et hautement moral, Widl modifie la cruditĂ© de la lĂ©gende antique et spartiate, il invente le personnage de Melia (qui devient la soeur de Hyacinthe), laquelle est la jeune femme qu’Apollon souhaite Ă©pouser
 au grand dam de ZĂ©phyr qui aime aussi la dite Melia; mais aprĂšs avoir appris que Hyacinthe son frĂšre a Ă©tĂ© frappĂ© mortellement par le disque d’Apollon, en prĂ©sence de ZĂ©phyr, la jeune femme exige du dieu qu’il disparaisse. Mais Oebalus, pĂšre de Hyacinthe, recueille avant sa mort, la confession par son fils, que c’est ZĂ©phyr qui l’a tuĂ©. Melia, Oebalus souhaitent n’avoir pas offensĂ© Apollon dont la protection est garante de l’harmonie et de la paix du royaume. Finalement, Apollon cĂ©lĂšbre la mĂ©moire de Hyacinthe en permettant que paraissent des jacinthes au lieu de sa mort : le dieu peut Ă©pouser MĂ©lia.
Ian Page respecte l’histoire et le genĂšse de l’opĂ©ra de Mozart : la juvĂ©nilitĂ© et cette fraicheur mordante et palpitante qui fut certainement celle Ă  l’oeuvre lors de la crĂ©ation de l’opĂ©ra, dĂ©fendu par plusieurs chanteurs adolescents MĂ©lia, Haycinthe Ă©tant incarnĂ©s et chantĂ©s par de jeunes chanteurs ĂągĂ©s de 15 et 12 ans ! Inimaginable prĂ©cocitĂ© qui en dit long sur la maturitĂ© des chanteurs de l’époque. MĂȘme le personnage d’Apollo fut crĂ©Ă© par une jeune contralto Johann Ernst, alors ĂągĂ© de 12 ans !
Zazzo incarne idĂ©alement Apollon par son timbre Ă  la fois clair et charnu. Klara Ek, une MĂ©lia, ardente, expressive, au relief irrĂ©sistible ; Sophie Bevan, familiĂšre de la troupe rĂ©unie par Ian Page, un Hyacinthe sensible, tendu, aux arias ductiles, souples ; aux rĂ©citatifs, sculptĂ©s dans un marbre tendre. D’ailleurs tous les chanteurs dĂ©fendent cette partition de la jeunesse, habitĂ©e par une Ă©lĂ©gance salzbourgeoise singuliĂšre. MĂȘme le ZĂ©phyr de Christopher Ainslie est d’une rare Ă©lĂ©gance, soucieuse de l’articulation du texte en latin « Enl duo conspicis » ; mĂȘme enthousiasme et Ă©valuation positive l’Oebalus (roi de Laconia) de Andrew Kennedy, Ă  la musicalitĂ© Ă©lĂ©gantissime (dans la mouvance des Howard Crook, ou John Mark Ansley, ainsi son recitatif remarquable de justesse linguistique (« Quis ergo Natel » qui ouvre le CHORUS ou PARTIE II, puis l’air d’une rare autoritĂ© vocale en intonation trĂšs juste elle aussi « Ut navis » qui affirme le gĂ©nie prĂ©coce de Wolfgang)
 Que dire ensuite du duo Oebalus / Melia : “Natus cadit”, marche Ă  deux voix, lacrymale, funĂšbre, d’une force sincĂšre, qui annonce la gravitas des opĂ©ras de la maturitĂ©. Le geste du chef, de l’orchestre, des deux chanteurs est des plus convaincants : il dĂ©montre que Wolfgang ĂągĂ© de 11 ans, prĂ©figure la vĂ©ritĂ© du Mozart des annĂ©es 1780.

La caractĂ©risation des personnages, assurant une Ă©paisseur dĂ©lectable Ă  chaque personnage, la tenue superlative de l’orchestre, vraie instance expressive, nerveuse et Ă©lĂ©gante, idĂ©alement inspirĂ©e par l’esthĂ©tique Sturm und Drang
 renforcent la qualitĂ© et l’apport de cette premiĂšre. Nul doute, les Britanniques rĂ©unis par Ian Page au sein de son collectif Classical Opera assurent aujourd’hui la meilleure offrande mozartienne. Les duos sidĂ©rants de justesse et de maturitĂ© (MĂ©lia / Apollon : « Discede Crudelis » / puis Eobalus/Melia : « Natus cadit »), tĂ©moignent de l’ardente sensiblitĂ© du Mozart adolescent, Ă©crivant pour les trĂšs jeunes chanteurs de l’UniversitĂ© de Salzbourg. A Ian Page, revient le mĂ©rite d’avoir saisi cette couleur spĂ©cifique de l’adolescence dans sa lecture en tout point superlative.

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CLIC_macaron_2014CD, critique. MOZART : Apollo et Hyacinthus (Classical Opera, Ian Page, 1 cd Signum classics) – enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Londres 2011 – CLIC de classiquenews de novembre 2018. EN LIRE PLUS sur le site de CLASSICAL OPERA / THE MOZARTISTS / IAN PAGE

Andrew Kennedy : Oebalus
Klara Ek : Melia
Sophie Bevan: Hyacinthus
Lawrence Zazzo : Apollo
Christopher Ainslie : Zephyrus
CLASSICAL OPERA
Ian Page, direction

CD, critique. MOZART IN LONDON (1764-1765). The Mozartists / Ian Page (2 cd Signum records, 2015)

MOZART in london ian page cd review critique cd par classiquenewsCD, critique. MOZART IN LONDON (1764-1765). The Mozartists / Ian Page (2 cd Signum records, 2015). A 9 ans, le jeune Wolfgang entend sĂ©duire toute l’Europe grĂące Ă  un « tour » gĂ©nĂ©ral qui passe Ă©videmment par Londres, d’avril 1764 Ă  juillet 1765, soit son sĂ©jour le plus long dans une capitale europĂ©enne. PilotĂ© par son pĂšre Leopold, le jeune prodige enchante les tĂȘtes couronnĂ©es et les patriciens britanniques, tous Ă©mus par ses dons au clavecin principalement. Mais l’impact de ce sĂ©jour Ă  Londres se rĂ©vĂšle surtout profitable pour la jeune imagination du futur compositeur car Ă  Londres il rencontre ainsi nombre de crĂ©ateurs dĂ©jĂ  adulĂ©s et Ă©tablis dont surtout Johann Christian Bach ou l’excellent symphoniste Karl Friedrich ABEL (proche de Johann Chrisitan) qui signe ici en fin de cd2, un bel exercice tripartite, dans le style fiĂ©vreux, frĂ©nĂ©tique, napolitain (Symphonie opus 7 n°6). Le pĂšre d’Abel fut altiste jouant avec JS Bach Ă  Köthen. C’est dire le niveau. Cette Symphonie qui marqua Wolfgang, lui fut longtemps attribuĂ©e. VoilĂ  un Ă©clairage qui rend lĂ©gitime le programme conçu par le directeur musical des bien nommĂ©s « MOZARTISTS », Ian Page, actuel champion de la cause mozartienne, outre Manche. Les chanteurs rĂ©unis autour du chef britannique auquel on doit d’difiantes restitution des opĂ©ras de jeunesse de Wolfgang (dĂ©jĂ  critiquĂ©s et certains distinguĂ©s sur CLASSIQUENEWS : Zaide, Il Sogno di Scipione, Bastien und Bastienne ; un rĂ©cital titre Perfidi de Sophie Bevan, artiste associĂ©e de la troupe lyrique
 sans omettre Die Schuldigkeit des Ersten Gebots, Mitridate, Re di Ponto (tous enregistrements chez Signum records).

DĂ©sormais il y a bien un geste et une sonoritĂ© mozartienne en Grande Bretagne car dans ce nouveau recueil, la troupe pilotĂ©e par Ian Page apporte d’indiscutable bĂ©nĂ©fices. Le double album Ă©voque ainsi Ă  travers arias d’opĂ©ras, opus instrumental tout un creuset musical propre Ă  la Londres des annĂ©es 1760, dans lequel Wolfgang a su façonner par rĂ©action sa propre personnalitĂ© artistique (en tĂ©moignent ses 3 essais symphoniques KV 16, 19 et 19a) : autant de partitions qui montrent la permĂ©abilitĂ© du jeune crĂ©ateur, curieux de tout et aspirant toute Ă©volution stylistique efficace. Ian Page s’inscrit dans le sillon des Marriner, Pinnock
 capable d’une fluiditĂ© expressive engageante, d’une vitalitĂ© rythmique de belle facture ; Ă  ce jeu des mises en contexte, les symphonies de Mozart et d’Abel se distinguent trĂšs nettement par la cohĂ©rence du geste collectif et la sonoritĂ© euphorique de l’orchestre. Voici Ă  nouveau un opus enthousiasmant Ă  mettre au crĂ©dit de la phalange londonienne. A suivre.

 

 

 

 

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CD, critique. MOZART IN LONDON (1764-1765). The Mozartists / Ian Page, direction (2 cd Signum records). Enregistré à Londres en février 2015.

COMPTE RENDU, opéra. AVIGNON, le 23 oct 2018. MOZART : Le Nozze di Figaro. Grögler / Aragón

MOZART wolfgang vienne 1780 1790 classiquenews 1138381-portrait-wolfgang-amadeus-mozartCOMPTE RENDU, opĂ©ra. AVIGNON, le 23 oct 2018. MOZART : Le Nozze di Figaro. Grögler / AragĂłn. D’ABORD L’ƒUVRE : Le Roman de la famille Almaviva. Le nozze di Figaro, ‘Les noces de Figaro’ de Mozart, opĂ©ra bouffe crĂ©Ă© Ă  Vienne en 1786, est avec Don Giovanni (1787) et CosĂ­ fan tutte (1790), l’un des trois chefs-d’Ɠuvre que le compositeur signe avec la collaboration du gĂ©nial Lorenzo da Ponte pour le livret, poĂšte officiel de la cour de Vienne. Il s’inspire de La Folle JournĂ©e, ou le Mariage de Figaro (1785), volet central de la trilogie thĂ©Ăątrale de Beaumarchais, Le Roman de la famille Almaviva, qui comprend Le Barbier de SĂ©ville ou la PrĂ©caution inutile, 1775,ce Mariage de Figaro doncet  L’Autre Tartuffe ou la MĂšre coupable, 1792, en pleine RĂ©volution française, situĂ©e Ă  Paris.

 

 

Un comte pas trĂšs Ă  la noce

 

 

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Dans ce Mariage de Figaro, on retrouve les mĂȘmes personnages que dans le Barbier de SĂ©ville :  pour les secondaires, don Basile, le professeur de musique intrigant et vĂ©nal, pour les principaux, le Comte Almaviva, grand seigneur andalou qui, grĂące Ă  l’ingĂ©niositĂ© du barbier Figaro, a enlevĂ© puis Ă©pousĂ© la pupille de Bartolo, Rosine devenue la Comtesse dĂ©laissĂ©e du Mariage de Figaro. Ce dernier, encore hĂ©ros en titre, devenu valet de chambre du Comte, va Ă©pouser le jour mĂȘme Suzanne, nouveau personnage, camĂ©riĂšre et confidente de la triste Comtesse, et l’on trouve la vieille Marceline, obstacle Ă  ces noces car elle prĂ©tend Ă©pouser Figaro sur la promesse de mariage qu’il lui a faite contre un prĂȘt d’argent qu’il ne peut rembourser. Enfin, un autre personnage essentiel Ă  l’intrigue paraĂźt, ChĂ©rubin, un jeune page turbulent et amoureux qui sĂšme involontairement le trouble sur son passage.

 PiÚce prérévolutionnaire
Écrite dĂšs 1781, la piĂšce de Beaumarchais n’est crĂ©Ă©e que trois ans plus tard, mais censurĂ©e pendant des annĂ©es. Car c’est bien une piĂšce prĂ©rĂ©volutionnaire, dont les rĂ©pliques contondantes font mouches, commele fĂ©minisme de Marceline,insurgĂ©e contre la dĂ©pendance des femmes qui ne pouvaient mĂȘme pas administrer leur fortune, et s’indigne :
« Traitées en mineures pour nos biens, punies en majeures pour nos fautes ! »
Si, dans le Barbier, Figaro avait deux sentences d’une spirituelle impertinence contre les nobles : « un grand nous fait assez de bien quand il ne nous fait pas de mal » et dĂ©clare impunĂ©ment au Comte : « Aux vertus qu’on exige dans un domestique, Votre Excellence connaĂźt-elle beaucoup de maĂźtres qui fussent dignes d’ĂȘtre valets ? », dans le Mariage, on trouve la fameuse phrase  de Figaro devenue la devise du journal Ă©ponyme, de mĂȘme nom : « Sans la libertĂ© de blĂąmer, il n’est point d’éloge flatteur. »
Il y a, surtout, dans le second volet du triptyque, la rĂ©volte argumentĂ©e du valet Figaro, parfait et loyal serviteur du Comte, qu’il aida Ă  sĂ©duire et enlever Rosine. Mais Suzanne lui dĂ©couvre que son maĂźtre ingrat le trahit, veut rĂ©tablir le « droit de cuissage » qu’il avait aboli, droit du seigneur de possĂ©der avant lui la fiancĂ©e de son serviteur, prĂ©tend coucher avec celle qu’il doit Ă©pouser le jour mĂȘme. Car, tout comme Le Barbier de SĂ©ville prĂ©cĂ©dent, c’est aussi une comĂ©die Ă  l’espagnole avec des parallĂ©lismes entre les maĂźtres et les valets, mais ces derniers deviennent aussi premiers, les valets disputent la premiĂšre place aux maĂźtres et donnent mĂȘme le titre de la piĂšce. Ils entrent en conflit avec eux, pour le moment en secret, avec la ruse, force des faibles. Et c’est la fameuse tirade, le monologue de Figaro, qui annonce la RĂ©volution en dĂ©nonçant la noblesse :
« Parce que vous ĂȘtes un grand Seigneur, vous vous croyez un grand gĂ©nie !… Noblesse, fortune, un rang, des places [
] Qu’avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous ĂȘtes donnĂ© la peine de naĂźtre, et rien de plus… »

Terrible rĂ©quisitoire d’un plĂ©bĂ©ien, d’un Tiers Ă©tat, qui rue dans les brancards et demandera bientĂŽt l’abolition des privilĂšges indus de la noblesse
L’empereur Joseph II, frĂšre de Marie-Antoinette, despote Ă©clairĂ©, favorable Ă  Mozart, Ă©cartelĂ© entre libĂ©ralisme et conservatisme royal, avait interdit Ă  Vienne la piĂšce de Beaumarchais, mais pas sa lecture. Il approuva le livret de da Ponte, purgĂ© de ses audaces, du moins la tirade finale impitoyable de Figaro contre la noblesse, qui devient simplement un air convenu contre les ruses des femmes quand il croit que Suzanne a cĂ©dĂ© aux avances du Comte. Cependant, sous la trame d’une ingĂ©nieuse comĂ©die aux rebondissements incessants fous et loufoques de cette « folle journĂ©e », le conflit entre peuple et noblesse demeure latent et mĂȘme avouĂ© et ouvert : Figaro, dĂ©couverts le dĂ©sir et projet du Comte, dĂ©cide de le dĂ©jouer et le noble, jouĂ©, dĂ©sire se venger sans pitiĂ© de ses domestiques. C’est une lutte des classes, dont la franchise est cependant feutrĂ©e par le rapport des forces entre le maĂźtre tout-puissant et ses serviteurs contraints Ă  jouer les renards contre le lion, la ruse contre la force. S’ajoute l’alliance de la femme humiliĂ©e par l’homme (pourtant perdante, en France, de la proche RĂ©volution qui lui refusera le droit de vote mais pas celui de mourir sur l’échafaud
)

 

 

RÉALISATION
C’est sans doute l’une des lignes subtiles de la mise en scĂšne de Stephan Grögler : un Ă©clairage, tĂ©nĂ©breux (GaĂ«tan Seurre), paradoxal pour cette piĂšce des LumiĂšres mais d’un temps obscurĂ©ment tentĂ© et teintĂ© par les noirceurs gothiques, une trouble lumiĂšre sur le statut de la femme, statue idolĂątrĂ©e en paroles, mais abandonnĂ©e sur son piĂ©destal de courtoisie : la femme, on en joue, on en jouit, on la jette.
D’entrĂ©e, durant l’ouverture animĂ©e, une nuĂ©e de corbeaux masculins en frac Ă  la poursuite de caillettes dĂ©froquĂ©es Ă  consommer sur canapĂ©, en guĂ©piĂšre, fuyant la virĂ©e survoltĂ©e de la meute virile, image rĂ©pĂ©tĂ©e de harcĂšlement des oies pas forcĂ©ment blanches, de chasse au sexe, rĂ©pĂ©tĂ©e, mais sans doute inutilement tirĂ©e, par les costumes, vers notre actualitĂ© fĂ©ministe alors que l’histoire prouve que cela n’a pas d’époque, sujet mĂȘme de la piĂšce. Pareillement, en lever de rideau du dernier acte, dans une pĂ©nombre favorable aux forfaits, dĂ©plorant son Ă©pingle perdue, c’est sans doute sa virginitĂ© que pleure Barbarina probablement violĂ©e de dos par le Comte, honteusement, qui fuit furtivement, fatalitĂ© de l’oppression masculine. MĂȘme notre hĂ©ros, Figaro, hĂ©raut de la rĂ©volte des femmes et faibles contre le Comte, ne s’embarrasse guĂšre de maniĂšres pour jeter sans façons, sa chĂšre Suzanne au sol. Quant au Comte, il ne compte en rien la politesse courtoise de son rang pour gifler la Comtesse. ChĂ©rubin, malgrĂ© son charme juvĂ©nile, est bien rejeton de la mĂȘme engeance qui ne dĂ©roge pas Ă  la rĂšgle, s’arrogeant tout pouvoir sur toutes les femmes, Comte et Don Juan en puissance : les libertĂ©s qu’il prend mĂȘme sur la Comtesse sont dĂ©jĂ  celles du libertin, le consentement sensuel de la derniĂšre semble anticiper la troisiĂšme piĂšce du volet, La MĂšre coupable, oĂč, effectivement, elle lui aura cĂ©dĂ©, enceinte mĂȘme de ses Ɠuvres (Figaro, figurant un soldat blessĂ© lors de l’air sur ChĂ©rubin Ă  la guerre annonce sans doute aussi cette piĂšce oĂč ChĂ©rubin est mort au champ d’honneur).
Plus Ă©vidente, signĂ©s aussi de Grögle, la ligne de force des dĂ©cors sans dĂ©corum de ces aristocrates qui vont prochainement ĂȘtre dĂ©mĂ©nagĂ©s par l’Histoire : un bric-Ă -brac de bric et de broc sur une scĂšne, encombrĂ©e de tous les dĂ©rangements d’un vrai dĂ©mĂ©nagement, paquets, meubles et une Ă©chelle, servant parfois de tribune aux harangues triomphante des personnages. C’est bien justifiĂ© puisque l’on sait que le Comte, nommĂ© ambassadeur par le roi, s’apprĂȘte Ă  partir pour Londres, avec armes et bagages. Sensation de labyrinthe dont se tireront sans doute les malins dans un jeu de chat et souris, Figaro emmĂ©nageant avec voluptĂ©, amĂ©nageant son avenir avec Suzanne, mais sentiment de monde en ruines, de chaos, qu’il faudra bien rĂ©ordonner un jour, et l’on voit ici les prĂ©mices de la rĂ©volte des gueux contre le maĂźtre, guĂšre Ă  la noce, prĂšs de rendre des comptes, le Comte. Dans les meubles, un incongru fauteuil blanc moderne, avec d’autres signes, au milieu de justes et jolis costumes XVIIIesiĂšcle (VĂ©ronique Seymat), ceux dĂ©calĂ©s au XXe, clin d’Ɠil avouĂ© au bal masquĂ© deLa RĂšgle du jeude Jean Renoir, mais sacrifice au mĂ©lange des Ă©poques lassant d’ĂȘtre tant ressassĂ© depuis les annĂ©es 70 de ChĂ©reau et autres, comme si un spectateur contemporain Ă©tait incapable de lire l’aujourd’hui dans une Ɠuvre d’hier, semant la confusion historique, dĂ©jĂ  bien grande par les temps qui courent, chez les « primo arrivants » Ă  l’opĂ©ra, notamment les jeunes. Un Ă©tendage impromptu de draps rideaux, permet un jeu de cache-cache thĂ©Ăątral plaisant au piquant duo entre Suzanne et Marcelline.

 

 

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INTERPRÉTATION
DĂšs les premiĂšres mesures, nerveuses, fiĂ©vreuses de l’ouverture, qui annonce cette Folle journĂ©e, la direction musicale de Carlos AragĂłn s’impose par une battue ferme mais souple, maintenant un tonus implacable et impeccable, admirable dans les longues scĂšnes de conversation chantĂ©e de l’acte II, un continuum musical Ă  couper le souffle, mais non celui des chanteurs solidairement soutenu. Les finales concertants sont Ă©blouissants de prĂ©cision sans rien oblitĂ©rer du jeu scĂ©nique de cette musique faite thĂ©Ăątre en chacune de ses notes. Il cisĂšle le fandango (que Mozart emprunte Ă  Gluck) et donne Ă  cette danse toute sa fiĂšre noblesse populaire, d’une sensualitĂ© sobre, sans bavure. On s’étonne de l’absence du nom, dans la distribution, du continuiste si plaisamment inventif, faisant rebondir les rĂ©citatifs de ses ponctuations humoristiques, avec des Ă©chos des airs de Figaro, de ChĂ©rubin.
Tous les chanteurs sont de la nouvelle gĂ©nĂ©ration d’interprĂštes, capables d’ĂȘtre d’excellents acteurs, et l’on sent le plaisir, communicatif, qu’ils ont eu Ă  se plier aux subtilitĂ©s de leur metteur en scĂšne et aux impĂ©ratifs du chef. La cohĂ©sion est sensible et leur plaisir, communicatif.
Eric Vignau est un insinuant Basilio, pervers Ă  souhait, ironique, campant aussi Don Curzio lors du jugement. Yuri Kissin incarne un solide et sombre Bartolo vengeur au dĂ©but puis l’ivrogne et obstinĂ© Antonio. On regrette que sa digne compagne Marcellina, personnage trĂšs intĂ©ressant, vraie fĂ©ministe de la piĂšce, se voit amputĂ©e de son air Ă  l’ancienne car la voix cocasse de Jeanne-Marie LĂ©vy lui donne une belle caractĂ©risation.Il semble que la Barbarinade Sara Gouzy, elle, se voit gratifiĂ©e d’une petite scĂšne supplĂ©mentaire qu’on ne regrette pas tant sa voix et jolie et touchant son air de lever de rideau, « L’ho perduta  ». Le Cherubino d’Albane CarrĂšre remporte tous les cƓurs, de la scĂšne et du public. Si, perchĂ© sur l’échelle, le tout juste dĂ©but de son premier air fiĂ©vreux, Ă©perdu, est perdu pour les paroles, la suite et sa cĂ©lĂšbre chansonnette Ă  la Comtesse sont d’un galbe Ă©lĂ©gant et, en mĂȘme temps, expressif. DĂ©shabillĂ©, habillĂ©, c’est un poupon, un homme encore objet et jouet pour les dames, mais la mise en scĂšne, plus que souligner le trouble sensuel qu’il sĂšme chez elles, le montre dĂ©jĂ  enhardi, adolescent passant dĂ©jĂ  Ă  l’acte avec la Comtesse dont on sent qu’elle ne pourra rien lui refuser.
D’autant, que, dans l’incarnation de MarĂ­a MirĂł, le dĂ©sir de vengeance contre l’infidĂšle et dĂ©jĂ  lointain Ă©poux se joint sĂ»rement Ă  la frustration sexuelle. Voix large, pleine, d’une grande beautĂ©, on ne sait si dans l’optique fĂ©ministe du metteur en scĂšne, elle est plus dans le combat que dans la rĂ©signation mĂ©lancolique. En tous les cas, dans ses deux airs sublimes de noblesse et de dignitĂ© trahie, elle semble plus une vengeresse Donna Ana que la Rosine triste et nostalgique, sans jamais de piani ni de demi-teinte des clairs-obscurs sentimentaux de l’hĂ©roĂŻne. Son Comte d’époux, le baryton David Lagares est un gĂ©ant prĂȘt Ă  tout Ă©craser de son impitoyable botte sous de lĂ©nifiantes paroles de grand seigneur pas mĂ©chant homme, Ă©clairĂ© sous ses nobles atours, mais retors et sombre dans ses dĂ©tours et les tours qu’il entend jouer Ă  ses valets avant d’en ĂȘtre jouĂ©. Il arrive Ă  ĂȘtre effrayant et son air est bien de fureur mordante dans sa vocalise jubilatoire Ă  l’idĂ©e de vengeance, avec un fa Ă©clatant de victoire et de morgue, note d’ultime hauteur pour de basses pensĂ©es : sa noblesse rĂ©vĂ©lĂ©e.
Objet du dĂ©sir et enjeu du conflit entre le maĂźtre et son valet, la Susanna de Norma Nahoun est d’une ravissante fraĂźcheur, pĂ©piante et scintillante : une incarnation de la triomphante fĂ©minitĂ©, non par les charmes du physique mais par les armes de l’intelligence. Son air final du jardin est un moment de grĂące. À Son digne compagnon Figaro, Yoann Dubruque prĂȘte une silhouette et un jeu tout en finesse : ce n’est pas le robuste roturier, fort en gueule, auquel on est habitué : il est plus pĂ©tillant que pĂ©tulant, et son allure et sa figure, finalement, justifient le coup de thĂ©Ăątre de sa noble naissance selon le clichĂ©, bien sĂ»r, que l’on applique Ă  l’aristocrate et au plĂ©bĂ©ien, notamment au thĂ©Ăątre. Il n’a pas une voix tonitruante de tribun (mais toutes ici sont bien harmonisĂ©es en volume entre elles), et il sait donner Ă  son premier air toute l’intĂ©rioritĂ©, son caractĂšre de soliloque aprĂšs la rĂ©vĂ©lation de la trahison du Comte qui convoite la femme avec laquelle il s’apprĂȘte Ă  convoler. Ses nuances Ă©clairent le personnage dans son premier air et, dans le dernier, se croyant trahi, il est Ă©mouvant, beau symbole chantant de cette folle comĂ©die si proche souvent des larmes. Comme cette musique si joyeuse, d’une beautĂ© Ă  pleurer d’émotion.

 

  

 

 

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COMPTE RENDU, opéra. AVIGNON, le 23 oct 2018. MOZART : Le Nozze di Figaro. Grögler / Aragón

LE NOZZE DI FIGARO
Opéra-bouffe en quatre actes
Livret de Lorenzo da Ponte
d’aprùs Le Mariage de Figaro de Beaumarchais
musique de Wolfgang Amadeus Mozart

Opéra Grand Avignon
Opéra Confluence
21 et 23 octobre

En co-rĂ©alisation avec l’OpĂ©ra de Roue -Normandie
En collaboration avec le Festival d’Avignon, le ThĂ©Ăątre du Capitole de Toulouse et l’OpĂ©ra de Nice CĂŽte d’Azur.
Direction musicale : Carlos Aragón
Direction du ChƓur : Aurore Marchand. Études musicales HĂ©lĂšne Blanic
Mise en scÚne et décors : Stephan Grögler ;Assistante Bénédicte Debilly.
Costumes : VĂ©ronique Seymat‹CrĂ©ation lumiĂšres : GaĂ«tan Seurre. Peintre-dĂ©coratrice : Phanuelle Mognetti

Distribution
Contessa Almaviva : Maria Miró‹Susanna : Norma Nahoun‹Cherubino : Albane CarrĂšre‹Marcellina : Jeanne-Marie LĂ©vy‹Barbarina : Sara Gouzy
Conte Almaviva : David Lagares‹Figaro : Yoann Dubruque‹Dottore Bartolo / Antonio : Yuri Kissin‹Don Basilio / Don Curzio : Eric Vignau‹Contadine (paysanne) : Runpu Wang, SĂ©golĂšne Bolard (artistes du ChƓur) -
Orchestre RĂ©gional Avignon-Provence.
ChƓur de l’OpĂ©ra Grand Avignon, direction :Aurore Marchand.

 

 

 

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ENTRETIEN avec Mathieu HERZOG, fondateur et directeur musical de l’Orchestre Appassionato. Les 3 derniùres Symphonies de MOZART

ENTRETIEN avec Mathieu HERZOG, fondateur et directeur musical de l’Orchestre Appassionato. Au sujet des 3 derniĂšres Symphonies de Mozart, une trilogie instrumentale conçue comme un oratorio qui renforce la vitalitĂ© et l’expressivitĂ© d’un collectif capable d’égaler la palette et l’imaginaire de l’opĂ©ra. C’est dire combien le travail du chef français pilotant son orchestre Appassionato, dĂ©montre des qualitĂ©s fouillĂ©es voire superlatives en tout cas passionnantes dans le travail qui a prĂ©sidĂ© Ă  l’enregistrement qui paraĂźt Ă  l’automne 2018. Le maestro explique et commente ici l’Ɠuvre d’un Mozart bĂątisseur, architecte Ă  sa façon d’un monde d’équilibre, aux rĂ©fĂ©rences directement maçonniques
 Une rĂ©vĂ©lation et l’indice qu’il existe comme en Grande Bretagne, une nouvelle gĂ©nĂ©ration d’interprĂštes magiciens qui comprennent Mozart, en profondeur et en vĂ©ritĂ©. Somme mouvante, intelligence de gestes riches par leur diversitĂ© et pourtant unifiĂ©es grĂące Ă  l’énergie fĂ©dĂ©ratrice de son pilote principal, Appassionnato, portĂ© par la pensĂ©e de son chef Mathieu Herzog, incarne dĂ©sormais une approche rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e et formellement captivante des Ɠuvres mozartiennes. Entretien avec MATTHIEU HERZOG un chef qui a la passion de l’architecture, de la nuance, de l’articulation souple et naturelle.

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Matthieu Herzog et Appassionato : MOZART MAJEUR !

 
 
 

CLASSIQUENEWS : Beaucoup considĂšrent les 3 symphonies comme une trilogie ayant sa cohĂ©rence et un sens qui les relie. Qu’en pensez vous ? De quelle façon les 3 opus se rĂ©pondent-ils / se complĂštent-t-il ? Comment s’il s’agissait d’un oratorio (cf Harnoncourt) ou d’un opĂ©ra en trois actes, chaque volet fait-il sens, en soi et par rapport aux autres ?

MATHIEU HERZOG : Je vais rĂ©pondre au trois questions en une si vous me le permettez. Je suis absolument d’accord avec l’idĂ©e d’une cohĂ©rence et d’une relation Ă©troite entre les trois symphonies qui s’explique tout d’abord assez simplement par la rapiditĂ© d’écriture : moins de deux mois pour l’achĂšvement complet de la trilogie. J’y vois Ă©galement une Ă©volution dramatique importante qui, Ă  mon sens, les relie fortement.
Pour paraphraser Nikolaus Harnoncourt, le phĂ©nomĂšne de 12 mouvements formant un tout est assez rĂ©aliste, le mot oratorio n’étant lĂ  que pour exprimer une forme nouvelle que Mozart crĂ©e, j’en suis persuadĂ©, de façon consciente.
Ensuite, on ne peut pas parler des derniÚres années de Mozart sans mentionner le culte maçonnique et les signes ne manquent pas dans cette trilogie. La premiÚre des trois symphonies commence en Mi bémol Majeur (comme La Flûte enchantée), trois bémol à la clef. La grande oeuvre se poursuit avec une symphonie en sol mineur, tonalité représentée par la lettre G en allemand et le G est présent dans le centre de la mystérieuse étoile flamboyante présente dans tous les temples maçonniques. Enfin, nous terminons en Do Majeur qui, par définition, est la tonalité absolue (Ut est la joie céleste) et début de Tout, comme la croyance de ce Grand Bùtisseur à laquelle Mozart adhÚre complÚtement.
Par consĂ©quent, oui, je suis certain que les trois symphonies sont reliĂ©es et que le gĂ©nie Mozart n’a pu concevoir qu’une simple addition de symphonies et en ce sens bien Ă©videmment il inventa un nouveau “tout“ musical.

Pour ce qui est du rapport des unes aux autres, cela paraĂźt Ă©vident par les tonalitĂ©s que je viens d’évoquer. Il y a aussi une dilution et une unitĂ© thĂ©matiques palpables que nous retrouvons lors d’un travail ou d’une Ă©coute cumulĂ©e des trois symphonies et qu’Harnoncourt exprime aussi par son parcours initiatique lors des nombreuses fois oĂč il dirigea ce triptyque en une soirĂ©e. Pour finir, je pense que pour Mozart, qui est de toute Ă©vidence un humaniste dans le sens de la croyance en l’Homme avant tout, le saint des saints est dans l’Homme, en effet ces trois oeuvres sont bien Ă©videmment reliĂ©es et j’ose mĂȘme croire qu’il les a conçues d’un seul trait dans son formidable esprit.

 
 
 

CLASSIQUENEWS : Votre sens de l’architecture est trĂšs manifeste. Quel a Ă©tĂ© votre travail sur le choix des tempo et des indications dynamiques et agogiques ?

Je vous remercie, ce sont des choses qui m’obsĂšdent, l’agogique, la cohĂ©rence dramatique, la ligne d’une phrase, d’un mouvement, d’une oeuvre, l’idĂ©e d’englober l’interprĂ©tation dans un tout qui tiendrait son auditeur en haleine de la premiĂšre Ă  la derniĂšre note. Si c’est perceptible, j’en suis plus que ravi.
Je vous avoue Ă©galement que j’ai parfois des problĂšmes Ă  l’écoute de certaines interprĂ©tations d’une oeuvre et cela crĂ©e peut-ĂȘtre chez moi une liste dâ€˜Ă©cueils que je souhaite par dessus tout Ă©viter. Tout d’abord, j ‘ai une aversion pour les dĂ©roulements isochrones, j’aime le mouvement inscrit dans une agogique. Je n’ai aucun plaisir au rubato pour le rubato mais j’ai souvent peur de l’influence de certaines musiques actuelles – avec trop de rythmiques robotiques – sur l’interprĂ©tation musicale.

La deuxiĂšme chose qui nourrit absolument mon discours c’est le support harmonique ! Je cherche Ă  voir l’harmonie comme un langage aussi clair que la langue française avec un point, une virgule et avec l’évidence que lorsque vous lisez ou dites un texte, les temps de pause, l’accentuation, les intonations offrent dĂ©jĂ  un chant d’interprĂ©tation vaste et passionnant car chaque acteur, chaque conteur peut vous faire ressentir des choses diffĂ©rentes avec le mĂȘme texte, c’est l’exact mĂȘme phĂ©nomĂšne en musique.

Et, pour finir, j’ai beaucoup Ă©tudiĂ© l’architecture linguistique de la langue
allemande afin de pouvoir articuler les phrasés avec plus de précision et ainsi, délivrer un message plus profond dans notre interprétation.
Il ne faudrait pas non plus oublier le travail concret avec Appassionato, cet ensemble incroyable peuplĂ© de trĂšs grands musiciens chambristes qui partagent passion et langage d’une façon peu commune et qui m’ont Ă  chaque instant aidĂ©, avec patience, Ă  accĂ©der Ă  cette interprĂ©tation que je rĂȘvais dans mon esprit.

 
 
 

CLASSIQUENEWS : Avez-vous dans ce cycle une préférence ? Un climat, une association de timbres qui vous parlent davantage ? Pourquoi ?

Quelle question difficile, presque comme si l’on devait choisir son enfant
prĂ©fĂ©rĂ©. Non, dĂ©solĂ©, je suis fou d’amour pour les trois symphonies. Que le
monde serait pauvre sans elles !

 
 
 

CLASSIQUENEWS : Et sur l’orchestration, quel est le gĂ©nie de Mozart selon vous ?

MOZART-portrait-romantique-mozart-genie-xviii-siecle-portrait-opera-compte-rendu-par-classiquenews-critique-comptes-rendus-concerts-par-classiquenews-mozart-et-salieriC’est une question passionnante mais trĂšs technique ! Je vais aborder plusieurs choses trĂšs prĂ©cises en essayant, justement, de ne pas ĂȘtre trop technique. Tout d’abord, Mozart a un talent inouĂŻ pour l’équilibre entre les parties : avec peu d’instruments (par consĂ©quent peu de timbres diffĂ©rents), il parvient Ă  faire naĂźtre de riches couleurs orchestrales, principalement grĂące au contrepoint, il crĂ©e des vagues d’émotions par bouffĂ©es de chaleur et non par violence. Lorsque les cordes se veulent trĂšs puissantes et presque agressives, il utilise un contrepoint linĂ©aire chez les vents afin de nourrir son orchestration par le dĂ©tail, il crĂ©e Ă©galement, en accompagnement d’un chant de clarinette, un fourmillement presque imperceptible dans les violons d’oĂč surgit une richesse semblable, peut-ĂȘtre, au murmure de la ville viennoise et des sabots des chevaux qui passent sous sa fenĂȘtre.
Ce n’est jamais par la masse qu’il crĂ©e ces atmosphĂšres mais par l’association de petites choses qui forment un tout, en tout point parfait. Il a Ă©galement ses petites habitudes dĂ©licieuses comme tous les orchestrateurs, que l’on pourrait appeler les “nappes“ de vents.

Dans le dĂ©but de la 40Ăšme symphonie, lorsque les violons reprennent le thĂšme de dĂ©part pour la deuxiĂšme fois, il enrichit son discours avec deux hautbois et deux bassons longilignes qui sont Ă  se damner, tout simplement. Il ne faut jamais oublier non plus qu‘il reste un rhĂ©teur de premier ordre, il parle sans arrĂȘt et presque sans respirer, il invente, au fond, le romantisme car il arrive, dans un langage parfaitement classique, Ă  construire des phrases sans fin et pourtant sans ennui. Cette force de la mĂ©lodie infinie, supportĂ©e par une rythmique presque microscopique, c’est quelque chose qu’on ne retrouve que chez les plus fabuleux compositeurs.

 
 
 

CLASSIQUENEWS : Voyez vous une relation de ce cycle purement orchestral avec l’opĂ©ra ?

Bien Ă©videmment mais dans toute l’oeuvre de Mozart, pas seulement dans ce triptyque. Comme je le disais, Mozart est un rhĂ©teur, un bavard passionnant qui ne peut s’empĂȘcher, en musique, de dire encore et toujours la mĂȘme chose mais avec une telle brillance dans le discours, un tel maniement des outils rhĂ©toriques musicaux qu’on reste Ă©merveillĂ© alors qu’il nous rĂ©pĂšte la mĂȘme histoire. C’est ce qui fait de lui le compositeur d’opĂ©ra que tout le monde admire. Sa capacitĂ© Ă  raconter est hors du commun.

 
 
 

CLASSIQUENEWS : Quels sont vos projets lyriques comme directeur d’Appassionato ?

Ce sont pour le moment uniquement des projets Ă  l’état d’ébauche mais plusieurs se trouvent sur notre table de travail. Notamment une version de chambre du premier opĂ©ra de Puccini, Le Villi, que j’ai orchestrĂ© pour une production qui s’est malheureusement annulĂ©e et pour lequel j’ai une affection toute particuliĂšre. C’est justement un de nos objectifs majeurs avec mon collaborateur LĂ©o DoumĂšne car nous avons un goĂ»t prononcĂ© pour les opĂ©ras mĂ©connus des trĂšs grands compositeurs, tel que le Rienzi de Wagner ou justement Le Villi de Puccini, les opĂ©ras de Haydn
 parfois perdus ou trĂšs peu jouĂ©s mais que je pourrais rĂ©orchestrer. Nous leur donnerions ainsi une nouvelle vie, une seconde jeunesse peut ĂȘtre ! Un dernier rĂȘve qui m’habite depuis l’enregistrement des “3 derniĂšres“, c’est une furieuse envie de graver Don Giovanni avec la mĂȘme idĂ©e conductrice que lors de cet enregistrement et une distribution totalement française.

 
 
 

CLASSIQUENEWS : Pour vous, quel visage / quels aspects de Mozart, ce cycle nous révÚle t il ?

mozart-vignette-carre-depeche-mozart-2016Le Mozart romantique ! Le Beethoven avant l’heure, le prince du Sturm und Drang (tempĂȘte et passion), un personnage qu’on ne voit pas forcĂ©ment en lui et qui pourtant me semble trĂšs prĂ©sent dans les trois derniĂšres annĂ©es de sa vie et que les versions baroques ont paradoxalement touchĂ©. C’est cet aspect de Mozart que je voulais voir et entendre sur instruments modernes pour justement y amener une plĂ©nitude et une force du son en plus de la science des articulations, des tempi et des lignes.

Propos recueillis en octobre 2018

 
 
 

herzog-mathieu-appassionnato-orchestre-mozart-clci-de-classiquenews-symphonies-de-mozart-portait-entretien-classiquenews-cd-critique-mozart
 

Illustrations : © R. RiĂšre / Appassionato / Mathieu HERZOG 
 
  
 
 

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HERZOG Mathieu appassionato symphonies de MOZART cd NAIVE clic de classiquenews cd review critique cd compte rendu cd critique cdCD Ă©vĂ©nement, annonce. MOZART : Symphonies n°39, 40 et 41 (« Jupiter ») / Appassionato. Mathieu Herzog, direction (1 cd NAIVE / parution : 2 novembre 2018). Inattendu et plus que convaincant : jubilatoire ! En ces temps de disettes miraculeuses, quand nous dĂ©sespĂ©rions d’écouter enfin un chef ou un ensemble dignes des pionniers baroqueux, mordant, percutant, surtout poĂ©tiquement juste et audacieux, voici, de surcroĂźt chez Mozart, (et le plus difficile, 
 celui que l’on croit connaĂźtre) un maestro au tempĂ©rament exceptionnel, Mathieu Herzog, chambriste avĂ©rĂ© et baguette ciselĂ©e, qui ici nous dĂ©voile avec son ensemble «  Appassionato » (le bien nommĂ©), une lecture rafraĂźchissante et trĂšs fouillĂ©e, des 3 derniĂšres symphonies du divin Mozart (soit les n°39, 40 et 41 « Jupiter » ; un « oratorio instrumental », selon le dernier Harnoncourt, qui aura laissĂ© le concernant un vĂ©ritable testament artistique  / LIRE notre critique dĂ©veloppĂ©e Mozart par Harnoncourt, 2012) ; avec les instrumentistes d’Appassionato, Mathieu HERZOG nous propose une approche totalement irrĂ©sistible, pleine de feu, de verve, d’audace, juste et renouvelĂ©e. Bravo maestro HERZOG ! Coffret coup de coeur de CLASSIQUENEWS et couronnĂ© par notre “ CLIC ” de classiquenews… EN LIRE +

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CD, critique. MOZART : Il Sogno di Scipione (Classical Opera, Ian Page, 2 cd Signum classics / oct 2016).

mozart il sogno di scipione oratorio ian page classical opera 2 cd signum classics critique cd cd review par classiquenewsCD, critique. MOZART : Il Sogno di Scipione (Classical Opera, Ian Page, 2 cd Signum classics / oct 2016). Ian Page aime nous dĂ©voiler l’étonnante inspiration du jeune Wolfgang, ainsi aprĂšs Mitridate (1770 Ă  14 ans), encore trĂšs redevable aux Napolitains, voici Il Sogno di Scipione, crĂ©Ă© Ă  Salzbourg en avril 1772 (16 ans), dont la noblesse de l’orchestration indique une maturation sensible de son Ă©criture.
L’habiletĂ© de Mozart relĂšve le dĂ©fi d’une action thĂ©Ăątrale, allĂ©gorique Ă©videmment, oĂč le hĂ©ros Scipione, dans un songe Ă  dĂ©chiffrer (et qui est le sujet de l’action) peut voir le paradis et entendre la musique des SphĂšres ; il rencontre le vertueux Publius, modĂšle de la vertu politique qui s’est souciĂ© des autres
 Scipione doit cependant regagner la terre car il y a un destin Ă  accomplir, mais auparavant doit choisir entre Fortune (richesses et corruption) et Costanza (effort et tĂ©nacitĂ© et loyautĂ©).
Scipione prĂ©fĂšre Costanza, suscitant la colĂšre de Fortuna ; mais le hĂ©ros ayant Ă  ses cĂŽtĂ©s la constance, fait face et vainc les menaces de Fortune. Dans un air final, – directement adressĂ© Ă  l’ArchevĂȘque, Licenza loue les vertus et le choix de Scipion.

Impeccable et si Ă©lĂ©gant comme flexible Publio du tĂ©nor Krystian Adam, qui rĂ©ussit entre autres son air le plus long « Se vuoi que te raccolgano », d’un hĂ©roĂźme ardent et tendre (cd) ; mĂȘme assiduitĂ© dans les mĂ©lismes aigus de la Costanza de Klara Ek (qui totalise elle aussi l’air le plus long « Ciglio che al sol si gira », aux aigus redoutables mais bien gĂ©rĂ©s malgrĂ© sa petite voix. L’Emilio du tĂ©nor Robert Murray souligne lui aussi tout ce qu’a de tendre et de lumineux (avec une voix plus tendue et une souplesse pas aussi naturelle que son confrĂšre Adam) l’inspiration du jeune Mozart dans le genre seria ; tant il est vrai que le jeune compositeur sculpte avec tendresse chacun des protagonistes de son drame. Meme ardeur pour le Scipione de Stuart Jackson, agile et dĂ©terminĂ© dans son second aria plutĂŽt conquĂ©rant et hĂ©roĂŻque (avec cor obligĂ© vaillant et brillant): « Di che sei l’arbitra del mondo interno »  (un rĂŽle dont le caractĂšre annonce Idomeneo Ă©videmment.

CLIC D'OR macaron 200La versatilitĂ© ronde et nerveusement accentuĂ©e de l’orchestre fait merveille, entre sagacitĂ©, brio et motricitĂ© enjouĂ©e (cordes d’une lĂ©gĂšretĂ© admirable), en particulier dans les airs en bonus, alternatifs (4 derniers airs du cd2), apportant une lumiĂšre particuliĂšre Ă  la comprĂ©hension des versions antĂ©rieures de certains airs (originale de « Ah perchĂš cercar degg’io » (Licenza) : fulgurance en 3mn31, plutĂŽt que long dĂ©veloppement en plus de 8 mn : magnifiquement dĂ©fendue par la soprano virtuose et prĂ©cise Chiara Skerath). L’ironie de l’histoire est que le jeune compositeur dĂ©ploie toute sa verve pour cĂ©lĂ©brer l’archevĂȘque de Salzbourg, au dĂ©part Schhrattenbach, lequel mort, est remplacĂ© par Coloredo
 qui se montrera Ă  peu prĂšs aussi infect avec le jeune Wolfgang, que l’air et son Ă©criture sont touchĂ©s par la grĂące (dans les deux versions d’ailleurs).

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CD, critique. MOZART : Il Sogno di Scipione (Classical Opera, Ian Page, 2 cd Signum classics / oct 2016)

CD, critique. Mozart: Die Schuldigkeit des ersten Gebots (Classical Opera / Ian Page, 2cd Signum classics 2012)

Mozart Die Schuldigkeit des ersten Gebots cd critique cd review par classiquenewsCD, critique. Mozart: Die Schuldigkeit des ersten Gebots (Classical Opera / Ian Page, 1 cd Signum classics). RĂ©surrection sincĂšre
 On ne saura trop louer l’initiative du chef britannique Ian Page, fondateur en 2017 de la compagnie (orchestre et chanteurs), The Mozartists, dont le nom indique l’expression et la rĂ©alisation d’une passion, idĂ©alement maĂźtrisĂ©e, la musique de Mozart : symphonies, cantates, oratorios, etc
 et aussi l’opĂ©ra, genre privilĂ©giĂ© pour lequel Ian Page a fondĂ© un collectif dĂ©sormais dĂ©diĂ© « Classical Opera ». AprĂšs Apollo e Hyacinthus (mai 2012), voici un drame peu connu d’une poĂ©sie exceptionnelle aux thĂšmes graves et d’une finesse insoupçonnĂ©e (comme souvent chez Wolfgang). Die Schuldigkeit des ersten Gebots / Le devoir du Premier Ordre ainsi rĂ©vĂ©lĂ© (enregistrĂ© Ă  l’Ă©tĂ© 2012), fait partie du cycle intĂ©gral dĂ©diĂ© aux oeuvres de Mozart, une collection de performances donnĂ©es en public et objets d’enregistrements jusqu’au 250Ăš anniversaire de la mort de Mozart soit en 
 2041. Une OdyssĂ©e qui se construit peu Ă  peu – comme celle dĂ©diĂ©e Ă  Haydn (et rĂ©alisĂ©e par le chef Giovanni Antonini et le label Alpha), et qui nous offre rĂ©guliĂšrement de superbes surprises : l’implication collective, le sens du dĂ©tail, du drame, de l’articulation en gĂ©nĂ©ral (musique et texte) suscitent l’enthousiasme.
C’est le cas ici de cette rĂ©surrection du premier drame composĂ© par Mozart Ă  
 11 ans (1767).
L’oratorio met en scĂšne le Christ qui doute, auquel apparaissent 3 allĂ©gories : l’esprit du christianisme, la Justice divine, la MisĂ©ricorde divine.
Christianisme et Justice dĂ©fendent l’impact du Jugement dernier et de l’Enfer pour guider l’ñme chrĂ©tienne. Mais celle ci succombe aux dĂ©lices et promesses Ă©voquĂ©es par l’Esprit matĂ©rialiste. Le Christianisme n’entend pas cĂ©der un pouce et comme un docteur, argumente, explicite, accompagne dans ses doutes, puis convainc le chrĂ©tien.
La musique des parties 2 et 3 a hĂ©las disparu : il s’agissait des derniĂšres tentatives de l’esprit chrĂ©tien pour sauver l’ñme qui doute ; comparĂ© Ă  un arbre vert mais stĂ©rile, sans fruits, sans foi. Dans la partie 3, l’ñme chrĂ©tienne a vaincu ses propres dĂ©mons ; sa vanitĂ© et son orgueil : pleine d’humilitĂ© et de contrition, le chrĂ©tien nouveau repousse les plaisirs illusoires et si vain du matĂ©rialisme.
On peut ĂȘtre Ă©tonner de la gravitĂ© doctorante du sujet qui produit chez le jeune Mozart, tout sauf une musique discursive, aride et ennuyeuse.

La vivacitĂ© de l’écriture y est amplifiĂ©e par une lecture pleine de vie et d’ardeur (l’activitĂ© de l’esprit chrĂ©tien Ă©lectrisĂ©, tenace pour sauver l’ñme de celui qui doute). Propre aux annĂ©es 1760, Wolfgang fusionne la coupe rĂ©pĂ©titive des napolitains et la nervositĂ© profonde des cordes dans l’esprit de Mannheim. Le souvenir des oratorios germaniques, ceux des fils de JS BACH, en particulier de Carl Philip Emanuel est prĂ©sent, dans une langue ciselĂ©e (rĂ©citatif) et l’intensitĂ© orchestralement raffinĂ©e des arias.

Les solistes s’efforcent tous : engagĂ©s Ă  dĂ©faut d’ĂȘtre rĂ©ellement fins et nuancĂ©s, vivants sans maniĂ©risme ni surenchĂšre ; car si nous sommes au thĂ©Ăątre, l’église et la dignitĂ© morale qui nourrissent l’enjeu final, sont essentielles.
L’esprit du christianisme a la verve discursive et l’ éloquence facile (le tĂ©nor Andrew Kennedy, fin, linguistiquement percutant, le plus inspirĂ© de la troupe) ; la MisĂ©ricorde souvent associĂ©e aux cors majestueux, un rien solennels (Sarah Fox, mezzo) s’exalte, s’enivre
 ; l’Esprit matĂ©rialiste a toute les sĂ©ductions trompeuses grĂące Ă  la coloratoure sĂ»re de la soprano Sophie Bevan, familiĂšre de la troupe fondĂ©e par Ian Page (elel chante Zaide et le rĂ©cital « Perfido! » avec un aplomb spectaculaire : la sincĂ©ritĂ© et l’intensitĂ© du chant font mouche.

DĂšs son premier air, qui vient en fin de premiĂšre partie (fin du cd1), soit aprĂšs l’exposition des toutes les allĂ©gories, le Christ ou l’ñme qui doute trouve dans le chant du tĂ©nor Allan Clayton, une incarnation Ă  la fois vivante et tourmentĂ©e, parfois tendue (avec cor naturel obligĂ©), voire raide et lĂ©gĂšrement fausse, qui manifeste les doutes, les efforts, la peine et l’inquiĂ©tude, les doutes qui Ă©treignent son esprit fragile.
Moins convaincante aussi la Justice divine (Cora Burggraaf au timbre pincé voire trop étroit, acide, voix courte) est plus contournée
 donc plus bancale.

MalgrĂ© ses petites rĂ©serves, nous bĂ©nĂ©ficions d’une tenue collective trĂšs investie qui a le mĂ©rite d’aborder l’oeuvre Ă  travers ses climats intĂ©rieurs ; le doute Ă©tant lovĂ© au coeur de son architecture et des caractĂšres de chaque piĂšce. Ian Page dĂ©voile chez le Mozart adolescent, une maturitĂ©, un sens des couleurs, une intelligence dramatique qui force l’admiration. La partition certes incomplĂšte, prĂ©pare l’oratorio parfait, La Betulia Liberata (1771)
 animĂ© par un souffle permanent, une ivresse d’un nouveau raffinement (l’oeuvre est-elle prĂ©vue prochainement dans le planning des rĂ©alisations de Ian Page ? A suivre
).

BONUS : le cd2 comprend outre les derniers airs de l’oratorio de 1767, un documentaire vidĂ©o sur les conditions et la genĂšse de l’enregistrement
 A voir absolument pour comprendre la maturation et l’évolution du langage musical du jeune Mozart.

 
 
 

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CD, critique. Mozart: Die Schuldigkeit des ersten Gebots . Le Devoir du Premier Ordre, 1767 (Classical Opera / Ian Page, 2012 – 2 cd Signum records).

 
 
 

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Cd, critique. MOZART : ZAIDE. Classical Opera. Ian Page (1 cd Signum classics, 2016)

Zaide-cd critique review cd ian page classical opera cd release and review critique cd par classiquenews MOZART 220x220-1Cd, critique. MOZART : ZAIDE. Classical Opera. Ian Page (1 cd Signum classics, 2016). L’orchestre CLASSICAL OPERA rĂ©unissant quelques uns des meilleurs instrumentistes britanniques actuels par le chef mordant, nerveux, d’une exceptionnelle direction dĂ©taillĂ©e et aĂ©rienne, Ian PAGE, – fondateur de la formation, rĂ©ussissent un ZAIDE de premiĂšre qualitĂ© : la tenue permanente de l’orchestre demeure vivace, palpitante, Ă©lectrisĂ©e, et aussi d’une flexibilitĂ© expressive d’un galbe inouĂŻ c’est Ă  dire d’une sonoritĂ© Ă  la fois vivante, voire trĂ©pidante, et pourtant colorĂ©e, dĂ©taillĂ©e, poĂ©tiquement profonde.
Le sujet met en scĂšne des europĂ©ens (Gomatz, Zaide) rĂ©duits en esclavage par le sultan Soliman : une prĂ©figuration de ce que dĂ©noncera L’EnlĂšvement au SĂ©rail : l’amour souverain contre toute forme d’arbitraire tyrannique.
Ian Page reconstitue la matiĂšre dramatique de cet opĂ©ra qui devait ĂȘtre en 2 actes, avec son ouverture empruntĂ© Ă  Thamos, roi d’Egypte.
La lecture force l’admiration par son fini, sa grande cohĂ©rence, un son mozartien d’une Ă©lĂ©gance jamais Ă©coutĂ©e Ă  ce jour, sur instruments d’époque.
De surcroĂźt, le plateau rĂ©unit des solistes chevronnĂ©s, soucieux de la projection et de l’articulation de l’allemand, avec verve, imagination, nuance et intensitĂ©.
Jackson-Stuart-soliman-tenor-porait-zaide-par-classiquenewsEn Soliman, le tĂ©nor Stuart Jackson maĂźtrise idĂ©alement cette nervositĂ© Ă©lĂ©gante propre au Mozart de la fin des annĂ©es 1770, sa profondeur et cette lumiĂšre noire spĂ©cifique Ă  la pĂ©riode oĂč le compositeur Ă©mancipĂ© de Salzbourg, recherche un emploi digne de sa valeur, voyageant jusqu’à lÂ â€˜Ă©puisement, vivant, Ă©prouvant la douleur la plus intense, comme Ă  Paris en 1778, la mort de sa mĂšre
 C’est peu dire que le gĂ©nie de Mozart, entre tendresse et fulgurance funĂšbre, tient Ă  cette profondeur grave, cette sincĂ©ritĂ© Ă©motionnelle, qui est Ă  la fois tendresse et prĂ©science de la mort, ce gouffre vertigineux, noir, dĂ©jĂ  romantique. La sensibilitĂ© de Wolfgang sait exprimer le dĂ©sarroi de l’ñme Ă©prouvĂ©e jusqu’au vertige ultime qui marie douleur infinie et prĂ©monition funĂšbre. Ainsi les airs ici de Zaide (touchante voire bouleversante Ă  mesure de l’action, Sophie Bevan), qui de tendres versent progressivement dans un infini doloriste, mortifĂšre (air plage 14 « Troslosschluchzet Philome ») qui dans le profil de l’hĂ©roĂŻne, prĂ©figure la profondeur tragique de Pamina de la FlĂ»te enchantĂ©e. dans un prĂ©cĂ©dent enregistrement, la soprano britannique a enregistrĂ© les airs de Sophie Dusseck (cf cd rĂ©alisĂ© par Ian Page, « PERFIDO ! »).‹Distinguons entre autresn parmi un cast irrĂ©prochbale – autre indice de l’intuition infaillible du chef-, l’excellent baryton Jacques Imbrailo (Allazim).

Ian Page comprend la violence du sentiment de solitaire impuissance, d’absolu dĂ©nuement qui traverse le personnage de l’hĂ©roĂŻne. (plage 15 air « Tiger ! »).
On reste stupĂ©fait par l’économie expressive du chef, sa science du naturel tragique : de fait, oĂč a t on Ă©coutĂ© telle sonoritĂ© ronde et chaude, flexible et expressive, d’une Ă©quilibre souverain ? Le finale, quatuor des protagonistes synthĂ©tise toute la charge des Napolitains, avec cette tension prĂ©classique, Sturm und Drang, Ă©lectrique, dont la tension, l’architecture tragique et hĂ©roĂŻque annonce les Ɠuvres ultimes (gravitas morale de Titus), et aussi le Fidelio de Beethoven par cette couleur fraternelle, compassionnelle, humaine, propre au Mozart attendri, supĂ©rieurement humaniste.

La comprĂ©hension du chef Page face Ă  la gĂ©ographie et Ă  l’imaginaire fraternel mozartien est proprement superlatif. Mozartien, humaniste, le chef l’est totalement. Le maestro inspirĂ©, raffinĂ©, dĂ©montre ici tout ce que Zaide apporte d’élĂ©ments dĂ©cisifs dans la maturation du gĂ©nie mozartien, le menant directement vers son dernier singspiel lui aussi viscĂ©ralement traversĂ© par l’esprit et l ‘idĂ©al des LumiĂšres, La FlĂ»te enchantĂ©e de 1791. Lecture superlative.

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CLIC D'OR macaron 200CD, critique. MOZART : ZAIDE. Classical Opera, Ian PAGE (1 cd Signum classics, 2016). Sophie Bevan, Zaide. Allan Clayton, Gomatz. Stuart Jackson, Soliman. Jacques Imbrailo, Allazim. Darren Jeffery, Osmin. Jonathan, McGovern. The Orchestra of Classical Opera. Ian Page, direction.

BD, événement. MAUSART (éditions DELCOURT)

mausart delcourt BD critique livre BD bande dessinee par classiquenews CLIC de classiquenews de la rentree pour noel 2018BD, Ă©vĂ©nement. MAUSART (Ă©ditions DELCOURT). VĂ©ritable choc visuel cette bande dessinĂ©e ravira petits (et grands) tant par la beautĂ© du dessin et des couleurs que la vivacitĂ© du scĂ©nario. La poĂ©sie de l’image accordĂ©e au mordant de l’histoire rĂ©active ici la lĂ©gende mozartienne avec une finesse et une subtilitĂ© superlative. A Vienne, l’Empereur et sa (basse cour) exige de Salieri (devenu loup) de jouer cette musique que le souverain a entendu alors qu’il passait prĂšs de la maison du compositeur officiel
 Le problĂšme est que Salieri n’en est pas l’auteur, car c’est le souriceau Mausart, habitant avec sa famille dans le pianoforte de Salieri, qui jouait alors sur le clavier une improvisation libre et fantaisiste.

Salieri force son jeune rival infiniment plus doué, et entend ravir la vedette à son insu
 Mausart et sa famille se laisseront-ils faire ?

CLIC D'OR macaron 200Le scĂ©nariste joue des Ă©lĂ©ments du mythe mozartien : relation Ă  Salieri, prĂ©sentation Ă  la Cour, sĂ©duction et dĂ©sir dans le cƓur du souriceau, rĂŽle du pĂšre de Mausard, coups de thĂ©Ăątre grĂące Ă  la flĂ»te (enchantĂ©e),
 autant d’ingrĂ©dients qui pimentent l’action de la bande dessinĂ©e qui l’élĂ©gance et l’onirisme des contes et lĂ©gendes les plus anciennes. Au total 34 pages admirablement conçue qui rĂ©enchantent la figure du divin Wolfgang, avec en bonus tout un cahier de dessins et croquis non utilisĂ©s dans la bende dessinĂ©e finale, mais qui au moment de la rĂ©alisation on permis certainement au dessinateur de se faire la main, ciselant encore et encore situations et figures
 Avouons que la perruque viennoise XVIIIĂš sied particuliĂšrement Ă  la colonie de souris qui est la protagoniste de l’histoire. A suivre. Cadeau idĂ©al pour les fĂȘtes de fin d’annĂ©e 2018.

 

 

 

 

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BD, Ă©vĂ©nement. MAUSART (Ă©ditions DELCOURT) – Date de parution : 26/09/2018 / ISBN : 978-2-413-00258-1 – ScĂ©nariste : Thierry JOOR / Illustrateur : Gradimir Smudja. BD Ă©vĂ©nement, Ă©lue « CLIC » de CLASSIQUENEWS de la rentrĂ©e 2018

PARIS, signature : le chef Marco Guidarini présente « Gulda in viaggio verso Praga », le 28 sept 2018, 19h

guidarini-marco-maestro-sublimo-actualites-news-on-classiquenews-Guidarini_3_-_c_Josef_RabaraPARIS, signature : le chef Marco Guidarini prĂ©sente « Gulda in viaggio verso Praga », le 28 sept 2018, 19h. Maestro et romancier
 baguette et plume font bon mĂ©nage dans le cas du chef italien Marco Guidarini, fondateur du Concours de Bel Canto Bellini. Ce vendredi 28 septembre 2018 Ă  19h, La Libreria – 52, rue de Fbg PoissonniĂšre 9Ăš ardt, Marco Guidarini prĂ©sente et signe son nouvel ouvrage intitulĂ© « Gulda in viaggio verso Praga ».
Les 11 chapĂźtres du texte explorent la passion du maestro Guidarini pour la musique et en particulier ses affinitĂ©s avec l’univers mozartien. En imaginant le pianiste Gulda en voyage vers Prague, l’auteur Ă©voque le goĂ»t d’une ville historiquement proche de Mozart, qui a su avant Vienne, applaudir et comprendre Don Giovanni

« Lacrimosa » et « Magdalena » Ă©voquent les derniers instants et la mort de Wolfgang Ă  travers le portrait de ses proches. « Zwei Geharnischten » s’intĂ©ressent Ă  la figure des deux hommes armĂ©s qui dans La FlĂ»te EnchantĂ©e, le dernier opĂ©ra de Mozart, posent question ; « Cartavelina » rend hommage Ă  ce footballer oubliĂ©, Mathias Sindelar, Mozart du ballon rond dont une seule et unique vidĂ©o a gardĂ© la trace du gĂ©nie marqueur
 11 dĂ©clarations d’amour Ă  la musique et au gĂ©nie de Mozart.

 

 

 

Gulda in viaggio verso Praga
RENCONTRE avec
Marco Guidarini

 

Ă  La Libreria
vendredi 28 septembre 2018 Ă  19h

52 rue du Faubourg PoissonniĂšre
75009 Paris

 

www.libreria.fr/store/

 

Gulda marco guidarini livre  livre annonce par classiquenews page de couv 1

 

gulda-marco-guidarini-rencontre-la-libreria-paris-rencontre-par-classiquenews-annonce

Nouvelle Flûte enchantée à Milan

Schinkel, dĂ©cor FLute enchantee mozart 1815ARTE,mercredi 21 septembre 2016. La FlĂ»te EnchantĂ©e de Mozart, 20h45. En lĂ©ger diffĂ©rĂ© de la Scala de Milan, voici la nouvelle production de la FlĂ»te enchantĂ©e de Mozart, l’opĂ©ra populaire fĂ©erique en langue germanique conçu par Wolfgang Ă  Vienne, l’annĂ©e de sa mort, 1791. A l’affiche du 2 au 26 septembre, la nouvelle production du conte initiatique mozartien, est mis en scĂšne par le berlinois Peter Stein, professeur Ă  l’AcadĂ©mie de La Scala, pilotant les premiers scĂ©niques des jeunes et prometteurs chanteurs : car tous ici prĂ©sentent ainsi leur travail de professionnalisation, au cƓur d’une maison lyrique soucieuse de transmission et d’excellence. Au total 10 reprĂ©sentations oĂč les spectateurs milanais pourront mesurer le degrĂ© d’engagement et la musicalitĂ© des jeunes apprentis acadĂ©miciens. Dans la fosse, le mozartien vĂ©tĂ©ran, ÁdĂĄm Fischer, revient au pupitre pour la premiĂšre fois depuis 1998.
L’opĂ©ra de Mozart, suit les prĂ©ceptes des LumiĂšres et aussi de la symbolique franc-maçonne Ă  laquelle adhĂ©rait Mozart : de l’ombre Ă  la lumiĂšre. Des stridences envoĂ»tante (et trompeuses) de la Reine de la nuit, au temple Ă©gyptien solaire et Ă©blouissant d’Amonasro. Qui est la mĂšre ? Qui est le pĂšre ? Qui manipule qui ? Le couple des hĂ©ros amoureux (Tamino et Pamina), le couple secondaire plus comique et moins tragique (Papageno / Papagena), les 3 fĂ©es, les 3 garçons guides protecteurs, l’infĂąme Monostatos, geĂŽlier mĂ©prisable et barbare (comme Osmin dans l’EnlĂšvement au SĂ©rail), 
 sont autant de personnes clĂ©s d’une action aux allures de parcours initiatique qui Ă©prouvant le courage et la fidĂ©litĂ© des jeunes hĂ©ros, n’a pour but que de les rĂ©vĂ©ler Ă  eux-mĂȘmes : purs, responsables, justes
 en pleine lumiĂšre !

 

 

 

arte_logo_2013La Flûte enchantée de Mozart à la Scala de Milan
Direction musicale : Ádåm Fischer
Mise en scĂšne : Peter Stein
Décors: Ferdinand Wögerbauer
Costumes: Anna Maria Heinreich
LumiĂšre: Joachim Barth
Solistes, Choeur et Orchestre de Accademia Teatro alla Scala
+ d’INFOS sur le site de La Scala de Milan

 

 

 

Docu et concert Mozart sur Arte

arte_logo_2013ARTE, Dimanche 4 septembre 2016, 17h30. SpĂ©ciale Mozart. Deux programmes s’intĂ©ressent Ă  l’Ɠuvre de Wolfgang : le profil du compositeur stars adulĂ©, vĂ©nĂ©rĂ©, estimĂ© dĂšs son vivant
 malgrĂ© ce que l’on a avancĂ© souvent Ă  torts. Puis, nouveau concert par la nouvelle gĂ©nĂ©ration française dont la soprano coloratoure Sabine Deviehle, nouvelle ambassadrice de l’élĂ©gance tendre mozartienne (envĂ©ritĂ© elle n’est pas si seule comme en tĂ©moigne aussi la naĂźtrise de la jeune soprano coloratoure elle aussi, Julia Knecht dans un rĂ©cent programme PUR MOZART dirigĂ© par la chef Debora Waldman
). 2 RVs donc ce 4 septembre Ă  17h30 puis 18h20.

 

 

 

Dimanche 4 septembre, 17h30
Mozart Superstar
D’Elvis Presley Ă  Madonna, de John Lennon Ă  Michael Jackson, tous auraient rĂȘvĂ©mozart_portrait-300 d’afficher un tel palmarĂšs : 626 Ɠuvres, plus de 200 heures de musique, 12 000 biographies, 100 millions d’exemplaires de l’intĂ©grale de son Ɠuvre vendus Ă  travers le monde ! Plus de deux siĂšcles aprĂšs sa mort, Mozart reste en tĂȘte de tous les classements.‹Ce documentaire musical peu conventionnel dresse le portrait intime de l’artiste en relevant ses traits les plus saillants – que l’on retrouve aussi chez de nombreuses lĂ©gendes de la pop… Une quinzaine d’intervenants (de la chanteuse lyrique Patricia Petibon Ă  l’Ă©crivain Philippe Sollers) Ă©tayent ce rĂ©cit mĂȘlĂ© Ă  des extraits de fictions comme Amadeus, des publicitĂ©s, des concerts, une comĂ©die musicale et des clips. L’habillage du film, Ă  base de nĂ©on, inscrit rĂ©solument Mozart dans une lecture contemporaine.‹Avec notamment : Patricia Petibon, chanteuse lyrique, Philippe Sollers, auteur duMystĂ©rieux Mozart (Gallimard), la pianiste Vanessa Wagner, le violoniste Benjamin Schmid, Johannes Honsig-Erlenburg, prĂ©sident de l’UniversitĂ© Mozarteum de Salzbourg, et GeneviĂšve Geffray, ancienne bibliothĂ©caire de celle-ci, Isabelle Duquesnoy, biographe de Constance Mozart, Annie Paradis, auteure de Mozart : l’opĂ©ra rĂ©enchanté (Fayard), Yann Olivier, prĂ©sident d’Universal Classic et Jazz, Bertrand Dicale et Helmut Brasse, journalistes musicaux, Dove Attia, producteur et auteur de Mozart, l’opĂ©ra-rock.
Documentaire de Mathias Goudeau (France, 2012, 52mn, rediffusion)

 

 

 

L’AcadĂ©mie des sƓurs Weber
Ă  18h30

Devielhe-sabine-mozart-weber-soeurs-cd-review-critique-compte-renduEn quĂȘte de nouvelles opportunitĂ©s professionnelles, Mozart a vingt-et-un ans lorsqu’il frappe Ă  la porte des Weber vers la fin de l’annĂ©e 1777. Fridolin Weber, chef de cette humble famille de Mannheim, est copiste, souffleur de thĂ©Ăątre et chanteur (basse). Il place la musique au cƓur de l’éducation de ses quatre filles Josepha, Aloysia, Constanze et Sophie. Un coup de foudre total et immĂ©diat : Mozart s’éprend de la jeune Aloysia, Ă  peine ĂągĂ©e de dix-sept ans et dotĂ©e d’une voix aux capacitĂ©s exceptionnelles. Mais c’est Constance qu’il Ă©pousera (comme en tĂ©moigne l’opĂ©ra amoureux L’EnlĂšvement au sĂ©rail oĂč Constanze est un personnage du drame), et son destin restera intimement liĂ© Ă  cette famille.
A Vienne, le jeune compositeur organise des « AcadĂ©mies » – concerts Ă©clectiques sur invitations qui pouvaient durer plusieurs heures sont prĂ©sentĂ©s des extraits d’opĂ©ra, de symphonies ou des airs pour sopranos Ă©crits pour l’occasion. Sabine Devieilhe et RaphaĂ«l Pichon, soprano et chef, Ă©poux Ă  la ville, font revivre l’esprit de ces concerts pas comme les autres – dans ce rĂ©cital oĂč se cĂŽtoient des pages virtuoses pour la voix de Sabine Devieilhe, digne hĂ©ritiĂšre d’Aloysia, et des partitions pour orchestre du divin Mozart.

Sabine Devieilhe – W.A. Mozart, une acadĂ©mie pour les sƓurs Weber — RĂ©alisation : Colin Laurent. Avec Sabine Devieilhe et l’Ensemble Pygmalion dirigĂ© par RaphaĂ«l Pichon. EnregistrĂ© au ThĂ©Ăątre ImpĂ©rial de CompiĂšgne en dĂ©cembre 2015 (44mn – 2016). Le thĂšme de ce programme a fait l’objet d’un enregistrement discographique chez ERATO, Ă©lu CLIC de classiquenews.

 

 

 

Programme
Haffner Allegro enchainé
Aria Vorrei spiegarvi K.418 +
Aria Schon lacht der holde FrĂŒhling K.58
Trio Die Schlittenfahrt Kv 605 n°3 + Deutsche Tanze kv 571 n°6, enchainés
Die Zauberflöte Kv 620 – Reine de la Nuit +
Haffner Presto
Aria Nehmt meinen Dank
Dans un bois solitaire et sombre (bis piano forte/chant)

 

 

 

CD, compte rendu critique. Mozart : Les Noces de Figaro / Le Nozze di Figaro. Sonya Yoncheva (NĂ©zet-SĂ©guin, 3 cd Deutsche Grammophon)

Le nozze di figaro mozart les noces de figaro deutsche grammophon 3 cd nezet-seguin_hampson_fauchecourt critique cd review classiquenews presentation annonce depeche clic de classiquenews juin 2016CD, compte rendu critique. Mozart : Les Noces de Figaro / Le Nozze di Figaro. Sonya Yoncheva (NĂ©zet-SĂ©guin, 3 cd Deutsche Grammophon). Voici donc la suite du cycle Mozart en provenance de Baden Baden 2015 et pilotĂ© par le chef Yannick NĂ©zet-SĂ©guin et le tĂ©nor Roland Villazon : ces Noces / Nozze marque le dĂ©jĂ  quatriĂšme opus sur les 7 ouvrages de maturitĂ© initialement choisis. Ce live confirme globalement les affinitĂ©s mozartiennes du chef quĂ©bĂ©cois nĂ© en 1975,et qui poursuit son irrĂ©pressible ascension : il vient d’ĂȘtre nommĂ© directeur musical du Metropolitan Opera de New York. Hormis quelques rĂ©serves, la tenue gĂ©nĂ©rale, vivace, qui exprime et la vĂ©ritĂ© des profils et l’ivresse rythmĂ©e de cette journĂ©e Ă©tourdissante, convainc. Soulignons d’abord, la prestation superlative vocalement et dramatiquement de la soprano vedette de la production. Elle fut Marguerite du Faust de Gounod Ă  Baden Baden (Festival de PentecĂŽte 2014) : la voici en Comtesse d’une ivresse juvĂ©nile et adolescente irrĂ©sistible, saisissant la couleur nostalgique d’une jeune Ă©pouse mariĂ©e trop tĂŽt et qui a perdu trop vite sa fraicheur (quand elle n’était que Rosine
.). Sonya Yoncheva renouvelle totalement l’esprit du personnage en en rĂ©vĂ©lant l’essence adolescente avec une grĂące et une finesse absolues : son « Porgi amor » ouvrant le II, est affirmation toute en dĂ©licatesse d’une aube tendre et angĂ©lique Ă  jamais perdue : l’aveu d’un temps de bonheur irrĂ©mĂ©diablement Ă©vanoui : dĂ©chirante priĂšre d’une Ăąme Ă  la mĂ©lancolie remarquablement Ă©noncĂ©e. Ce seul air mĂ©rite les meilleures apprĂ©ciations. Car Sonya Yoncheva a contrairement Ă  la plupart de ses consƓurs, le charme, la noblesse, la subtilitĂ© et
 surtout le caractĂšre et l’ñge du personnage. Inoubliable incarnation (mĂȘme charme Ă  la langueur irrĂ©sistible dans le duo Ă  la lettre du II : Canzonetta sull’aria).

 

 

 

Une Rosina nostalgique inoubliable
La comtesse blessée, adolescente de Sonya Yoncheva

 

 

EXCELLENCE FEMININE....A ses cĂŽtĂ©s, deux autres chanteuses sont du mĂȘme niveau : incandescentes, naturelles, vibrantes : la Susanne (pourtant au timbre mĂ»re) de Christiane Karg (de plus en plus naturelle et expressive : sensibilitĂ© de son ultime air avec rĂ©citatif au IV : « Giunse alfin il momento / Deh vient , non tardar, o gioia bella  »), et surtout l’épatante jeune soprano Angela Brower, vrai tempĂ©rament de feu dans le rĂŽle travesti de ChĂ©rubin. Les 3 artistes Ă©blouissent Ă  chacune de leur intervention et dans les ensembles. MĂȘme Regula MĂŒhlemann fait une Barberine touchante (cherchant son Ă©pingle dans le jardin : parabole du trouble et de l’oubli semĂ©s tout au long de l’action) au dĂ©but du IV. Exhaustif et scrupuleux, Yannick NĂ©zet SĂ©guin respecte l’ordre originel des airs et sĂ©quences de l’acte III ; il dirige aussi tout l’acte IV avec l’air de Marceline (« il capo e la capretta » : Ă©patante Anne-Sofie von Otter, plus fine actrice que chanteuse car

Diva d'aujourd'hui : Sonya Yoncheva chante Irisl’instrument vocal est Ă©raillĂ©), et le grand rĂ©cit de Basilio (sur l’art bĂ©nĂ©fique de se montrer transparent : « In quagli anni », chantĂ© par un Rolando Villazon, malheureusement trop outrĂ© et maniĂ©rĂ©, cherchant a contrario de tout naturel Ă  trouver le dĂ©tail original qui tue ; cette volontĂ© de faire rire (ce que fait le public de bonne grĂące) est Ă©tonnante puis dĂ©concertante ; dommage (rien Ă  voir avec son chant plus raffinĂ© dans l’EnlĂšvement au sĂ©rail, prĂ©cĂ©demment Ă©ditĂ©). Face Ă  lui, le Curzio de Jean-Paul FauchĂ©court est mordant et vif Ă  souhait, soulignant la verve de la comĂ©die sous l’illusion et les faux semblants du drame domestique. Contre toute attente, le Comte Almaviva de Thomas Hampson montre de sĂ©rieuses usures dans la voix et un chant constamment en retrait, – ce malgrĂ© la justesse du style et l’aplomb des intentions, et pourtant d’une prĂ©cision Ă  peine audible (mĂȘme si l’orchestre est placĂ©e derriĂšre les chanteurs selon le dispositif du live Ă  Baden Baden). Le Figaro un rien rustre et sanguin de Luca Pisaroni est percutant quant Ă  lui, trop peut-ĂȘtre avec une couleur rustique qui contredit bien des Figaro plus policĂ©s, mieux nuancĂ©s (Hermann Prey).

 

 

seguin_yannick_nezet_chef_maetroSur instruments modernes, l’orchestre palpite et s’enivre au diapason de cette journĂ©e Ă  perdre haleine avec la couleur trĂ©pidante, ronde du pianoforte dans rĂ©citatifs et airs ; pourtant jamais prĂ©cipitĂ©e, ni en manque de profondeur, la baguette de Yannick NĂ©zet-SĂ©guin ne se dilue, toujours proche du texte, du sentiment, de la finesse : l’expressivitĂ© souple assure le liant de ce festival enfiĂ©vrĂ© qui marque en 1786 la premiĂšre coopĂ©ration entre Da Ponte et Mozart, inspirĂ©s par Beaumarchais (le mariage de Figaro, 1784). Pour l’excellence des parties fĂ©minines, – le sommet en Ă©tant la subtilitĂ© adolescente de la Comtesse de Sonya Yoncheva, pour l’allure palpitante de l’orchestre grĂące Ă  la vivacitĂ© nerveuse du chef, ce live de Baden Baden mĂ©rite tous les Ă©loges. Au regard des accomplissements ainsi rĂ©alisĂ©s, les rĂ©serves Ă©mises ne sont que broutilles face Ă  la cohĂ©rence d’ensemble. Saluons donc la rĂ©ussite collective de ce 4Ăš Mozart Ă  ranger au mĂ©rite du duo d’initiateurs NĂ©zet-SĂ©guin et Villazon Ă  Baden Baden.
CLIC de classiquenews de juillet 2016.

 

 

 

CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. Mozart : Les Noces de Figaro / Le Nozze di Figaro. Sonya Yoncheva, Angela Brower, Christiane Karg, Anne Sofie von Ottter, Regula MĂŒhlemann, Jean-Paul FauchĂ©court, Luca Pisaroni, Thomas Hampson, Rolando Villazon
 Vocalensemble Rastatt, Chamber orchestra of Europe. Yannick NĂ©zet SĂ©guin, direction — 3 cd Deutsche Grammophon 479 5945 / CLIC de classiquenews de juillet 2016

ARTE diffuse le nouveau Cosi fan tutte d’Aix 2016

mozart-portrait-xixARTE, ce soir, 22h20. Mozart: Cosi fan tutte. Depuis Aix en Provence, voici l’opĂ©ra des amours contrariĂ©s oĂč deux couples de jeunes amants apprennent la trahison, l’oubli, les blessures des serments tuĂ©s. Au dĂ©part, Ferrando (le tĂ©nor) aime Dorabella (la mezzo) et Guglielmo (le baryton), Fiodiligi (la soprano) : tout est en ordre dans cette Naples du XVIIIĂš. Mais, provoquant le sort au risque de tout perdre, les deux fiancĂ©s parient avec Don Alfonso, un aventurier qui a roulĂ© sa bosse, que leurs aimĂ©es jamais ne les trahiront : c’est mal connaĂźtre le coeur des femmes, volages et lĂ©gĂšres : « ainsi font-elles toutes », / Cosi fan tutte. AidĂ© de sa complice dĂ©lurĂ©e, elle aussi bien peu naĂŻve sur le monde et les hommes, la servante Despina, attachĂ©e au service des deux belles, Alfonso dĂ©montre la facilitĂ© avec laquelle Fiordiligi et Dorabella s’amourache du fiancĂ© de l’autre, en un croisement des attractions de plus troublantes. DĂ©guisĂ©s en turcs frais arrivĂ©s au port de Naples, les deux jeunes hommes titillent le dĂ©sir des deux jeunes femmes auxquelles leurs fiancĂ©s ont fait croire qu’ils sont partis Ă  la guerre. Ecole du dĂ©senchantement, expĂ©rience cynique de la rĂ©alitĂ© de l’amour, Cosi fan gutte est le dernier opĂ©ra Ă©crit avec Da Ponte. Mozart s’y rĂ©vĂšle expert de la fragilitĂ© et de l’inconstance. Tout ici palpite et s’aimante pour mieux perdre la raison des sentiments. Et c’est le couple des manipulateurs, les « vieux » contre les jeunes, Alfonso/Despina, qui jubilent en coulisse : la rĂ©alitĂ© a vaincu la naĂŻvetĂ©. Que donnera la nouvelle production prĂ©sentĂ©e en juillet 2016 par le Festival d’Aix ? C’est un spectacle d’autant plus attendu que l’opĂ©ra est emblĂ©matique de l’évĂ©nement provençal, participant Ă  sa premiĂšre Ă©dition en 1958 (et dans une distribution dĂ©jĂ  Ă©blouissante qui est restĂ©e lĂ©gendaire, associant dans les deux rĂŽles fĂ©minins, les deux Teresa de l’heure, Berganza et Stich Randall, sous la baguette de Hans Rosbaud). Aix 2016 saura-t-il conserver son Ăąme poĂ©tique fou en rĂ©gĂ©nĂ©rant l’irrĂ©pressible sensibilitĂ© mozartienne ? RĂ©ponse ce soir vendredi 8 juillet 2016 sur Arte, Ă  partir de 22h20.

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INFOS PRATIQUES sur le site d’Arte :
http://concert.arte.tv/fr/cosi-fan-tutte-de-mozart-au-festival-daix-en-provence-2016

distribution :

Kate Lindsey – Dorabella
Sandrine Piau – Despina
Lenneke Ruiten – Fiordiligi
Joel Prieto – Ferrando
Nahuel di Pierro – Guglielmo
Rod Gilfry – Don Alfonso

Freibrugerbarockorchester
Louis Langrée, direction
Christophe Honoré, mise en scÚne

Illustration : « je t’aime, moi non plus ». DĂ©sordre et trouble du sentiment amoureux par Fragonard (Le Verrou, DR)

 

Nouveau Cosi fan tutte Ă  Aix

aix-en-provence-logo-2015Aix. Mozart : Cosi fan tutte : 30 juin – 19 juillet 2016. La production Ă©vĂ©nement du festival aixois 2016 est ce nouveau Cosi, dernier opĂ©ra de la trilogie Mozart / Da Ponte dont on ne cesse de mesurer sans l’épuiser, la justesse Ă©motionnelle entre cynisme un rien pervers, et innocence Ă©prouvĂ©e. L’ouvrage crĂ©Ă© le 20 janvier 1790 au Burgtheater de Vienne est sous titrĂ© surtout : l’école des amants. Car un duo complice d’une exquise drĂŽlerie cynique et ironique Ă©duque deux jeunes couples sur les vertiges et morsures amoureuses.
Il suffit que les fiancĂ©s en titre (Ferrando et Guglielmo) s’absentent pour que leurs amoureuses, jurant pourtant fidĂ©litĂ© et loyautĂ© Ă  leurs aimĂ©s avant leur dĂ©part, ne se laissent sĂ©duire par d’autres plus appĂ©tissants encore : de (faux) nouveaux officiers turcs, frais dĂ©barquĂ©s dans cette Naples, saisie par la torpeur d’un Ă©tĂ© harassant


Mozart portraitXECHIQUIER ET LABYRINTHE AMOUREUX. C’est qu’ici, Don Alfonso, vieil aventurier qui en connaĂźt plus sur le cƓur des femmes que quiconque, a pariĂ© cher que les demoiselles tromperaient serments et voeux prononcĂ©s, 
 un affront pour les fiancĂ©s ainsi trahis qui apprennent le dur et Ăąpre langage amoureux, grĂące aussi Ă  la vivacitĂ© mordante de la servante Despina, vraie nourrice espiĂšgle des deux jeunes femmes : Dorabella et Fiordiligi. L’esprit de Mozart atteint des sommets d’élĂ©gance profonde, de sensualitĂ© mĂ©lancolique, infiniment sensible aux vertiges Ă©prouvĂ©s par ses jeunes protagonistes : Fiordiligi et Dorabella dĂ©sespĂšrent, s’alanguissent puis succombent Ă  la tentation des nouveaux arrivants, tandis que les garçons, trahis, humiliĂ©s, pris dans les rets de leur propre comĂ©die, Ă©prouvent les brĂ»lures de la solitude et de l’abandon (Ferrando).
L’opĂ©ra de 1790 n’a pas pris une ride tant la justesse de la musique et l’exquise expression des sentiments nous parlent aujourd’hui. La nouvelle production aixoise affiche une distribution de chanteurs plutĂŽt inconnus en France, sauf l’excellente soprano Sandrine Piau, mozartienne accomplie qui devrait pĂ©tiller et jubiler dans le rĂŽle de la servante dĂ©jantĂ©e, Ă©mancipĂ©e, complice en diable d’un Alfonso pervers. Sur le plan scĂ©nique, qu’en sera-t-il ? La derniĂšre production de Cosi Ă  Aix qui ait vraiment comptĂ©, demeure celle de Patrice ChĂ©reau, dĂ©ployĂ©e dans les coulisses d’un thĂ©Ăątre
 Pour ceux qui apprĂ©cie un Mozart enlevĂ©, Ă©lĂ©gant, profond, prĂ©fĂ©rez les dates avec l’excellent mozartien JĂ©rĂ©mie Rhorer, rĂ©cent ambassadeur d’un EnlĂšvement au SĂ©rail, du mĂȘme Mozart, saisissant de vĂ©ritĂ© et de vivacitĂ©.

 

 

 

Cosi fan tutte de Mozart au Festival d’Aix en Provence
Aix en Provence, ThĂ©Ăątre de l’ArchevĂȘchĂ©
Les 30 juin, puis 2, 5, 8, 11, 13, 15, 17 et 19 juillet 2016
9 représentations

Fiordiligi : Lenneke Ruiten
Dorabella : Kate Lindsey
Despina : Sandrine Piau
Ferrando : Joel Prieto
Guglielmo : Nahuel di Pierro
Don Alfonso : Rod Gilfry

Freiburger Barockorchester
Louis Langrée / Jérémie Rhorer (17 & 19 juillet), direction musicale
Christophe Honoré, mise en scÚne

 

 

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RADIO, en direct.
Diffusion sur France Musique, mardi 5 juillet 2016, en direct, Ă  21h30

autres diffusions à suivre sur France Musique, au Festival d’Aix en Provence 2016 :

Mercredi 6 juillet, en direct / ThĂ©Ăątre de l’ArchevĂȘchĂ©
22h : Il Trionfo

Jeudi 7 juillet, en direct / Grand Théùtre de Provence
19h30 : Pelléas & Mélisande

 

 

CD, compte rendu critique. Mozart : L’EnlĂšvement au sĂ©rail (JĂ©rĂ©mie Rhorer, Jane Archibald, septembre 2015 – 2 cd Alpha)

mozart die entfuhrung aus dem serail cercle de l harmonie jeremie rhorer cd outhere presentation review critique CLASSIQUENEWS mai juin 2016CD, compte rendu critique. Mozart : L’EnlĂšvement au sĂ©rail (JĂ©rĂ©mie Rhorer, Jane Archibald, septembre 2015 – 2 cd Alpha). Sous le masque lĂ©ger, exotique d’une turquerie crĂ©Ă©e Ă  Vienne en 1782, se prĂ©cise en vĂ©ritĂ© non pas la confrontation de l’occident versus l’orient, occidentaux prisonniers, esclaves en terres musulmanes, mais bien un projet plus ample et philosophique : la lutte des fraternitĂ©s contre le despotisme et la barbarie cruelle (la leçon de clĂ©mence et de pardon dont est capable Pacha Selim en fin d’opĂ©ra reste de nos jour d’une impossible posture : quels politiques de tout bord est-il capable de nos jours et dans le contexte gĂ©opolitique qui est le nĂŽtre, d’un tel humanisme pratique ?). Cette fraternitĂ©, ce chant du sublime fraternel s’exprime bien dans la musique de Mozart, avant celle de Beethoven.

rhorer jeremie enlevement au serail mozart tce jane archibaldD’AIX A PARIS… de la scĂšne lyrique au thĂ©Ăątre sans dĂ©cors. A Aix prĂ©alablement et dans la rĂ©alisation scĂ©nique de l’autrichien Martin Kusej (non pas allemand comme on le lit habituellement), cet EnlĂšvement, retransposĂ© sans maquillage et en rĂ©fĂ©rence direct aux Talibans et Ă  Daech avait marquĂ© les esprits de l’Ă©tĂ© 2015, par sa radicalitĂ© souvent brutale (des textes rĂ©Ă©crits, donc actualisĂ©s, et parfois, une foire confuse aux actualitĂ©s contemporaines) dĂ©naturant cependant l’Ă©lĂ©gance profonde du Mozart originel. C’Ă©tait de toute Ă©vidence exprimer l’acuitĂ© polĂ©mique brĂ»lante de l’opĂ©ra de Mozart, tout en lui ĂŽtant sa part d’onirisme, de rĂȘve Ă©perdu. Presque un an plus tard, le disque sort et avec lui, la magie de la direction musicale et des incarnations vocales, alors saisies sur le vif en un concert sans mise en scĂšne, au TCE Ă  Paris en septembre 2015 : le rĂ©sultat est au delĂ  de nos attentes, et rĂ©vĂšle l’engagement irrĂ©sistible du chef quadra JĂ©rĂ©mie Rhorer. Sans les images (et la vacuitĂ© anecdotique de la mise en scĂšne aixoise), la force et la grandeur de la musique nous Ă©claboussent Ă  plein visage (ou pleine oreille). Alors qu’Ă  Aix, il dirigeait le Freiburger BarokOrchester, JĂ©rĂ©mie Rhorer dans ce live parisien de lĂ©gende retrouve ses chers instrumentistes, de son propre orchestre, Le Cercle de l’Harmonie. La direction fourmille d’Ă©clairs, d’Ă©clats tĂ©nus, de scintillements sourds et raffinĂ©s qui montrent combien Mozart en peintre du coeur humain est inatteignable car la grĂące sincĂšre que nous fait entendre alors JĂ©rĂ©mie Rhorer, exprime au plus prĂšs le gĂ©nie de l’Ă©ternel Wolfgang : une langue qui parle l’ivresse et le dĂ©sir des cƓurs, l’aspiration Ă  cet idĂ©al fraternel qu’incarne toujours, le pacte libertaire du quatuor Belmonte/Constanze, Pedrillo/Blonde. La vitalitĂ© continuement juste de l’orchestre saisit de bout en bout. Et depuis Aix, le chef retrouve Ă  Paris les chanteurs du Quatuor : Norman Reinhardt / Jane Archibald, David Portillo / Rachele Gilmore… AssurĂ©ment son carrĂ© d’as, tout au moins pour les 3 derniers, d’une suprĂȘme vĂ©ritĂ©.

De quoi s’agit-il prĂ©cisĂ©ment ? Formidable profondeur et jutesse poĂ©tique ce dĂšs l’ouverture qui tout en Ă©grennant Ă  la façon d’un pot-pourri, les motifs les plus essentiels de l’action qui va suivre, dĂ©voile la saisissante fluiditĂ© Ă©nergique du seul vĂ©ritable acteur : l’orchestre Le Cercle de l’Harmonie ; les instrumentistes dĂ©ploient et diffusent une rondeur suractive que le chef sait ciseler et exploiter jusqu’Ă  la fin en une Ă©nergie rĂ©ellement irrĂ©sistible, live oblige. L’attention de JĂ©rĂ©my Rhorer est de chaque instant, d’une finesse dramatique, qui bascule vers l’intĂ©rioritĂ©, rendant compte de tous les accents, nuances, couleurs, chacun exprimĂ© par leur charge Ă©motionnelle, prĂ©cisĂ©ment calibrĂ©e. C’est d’autant plus juste pour un ouvrage qui reste du cĂŽtĂ© de l’espĂ©rance et de la force des opprimĂ©s. L’amour reconstruit une espĂ©rance humaine contre la barbarie d’un emprisonnement arbitraire. D’emblĂ©e, La vitalitĂ© des caractĂšres s’affirme : la Blonde de Rachele Gilmore a certes une voix petite, parfois tirĂ©e mais elle demeure trĂšs engagĂ©e et Ă  son aise d’un chant affĂ»tĂ©, vif argent, fragile mais tenance.

 

Saisi sur le vif en septembre 2015, L’EnlĂšvement au sĂ©rail de JĂ©rĂ©mie Rhorer confirme la direction du maestro français;

Live captivant au diapason du sentiment,
Justesse de l’orchestre, palpitation des femmes

 

 

archibald janePar ses 3 grands airs, la soprano en vedette (“La Cavalieri” – Caterina Cavalieri, Ă  l’Ă©poque de Mozart) peint trĂšs subtilement le portrait d’une femme amoureuse : Constanze, affligĂ©e mais digne. C’est d’abord solitude et fragilitĂ© de l’ĂȘtre dĂ©semparĂ© (seule mais pas dĂ©munie : premier air “Durch ZĂ€rlichkeit…” acte I) bientĂŽt gagnĂ©e par l’esprit de rĂ©sistance, la lumiĂšre des justes contre l’oppression et la torture… (grand air quasi de concert, de forme fermĂ©e : “Martern aller Arten“…, le pivot dramatique du II, magnifiquement portĂ© par l’engagement incarnĂ© de la soprano Jane Archibald qui chante toutes les variations : saluĂ©e Ă  ses dĂ©buts français Ă  Nantes dans un somptueux et onirique (voire vaporeux) Lucio Silla, la soprano captive par la vĂ©ritĂ© de son chant impliquĂ©, intense, qui s’expose sans rĂ©serve pour tenir fiĂšrement malgrĂ© la violence de son geĂŽlier, Selim : en elle, pointe la noblesse hĂ©roĂŻque de la future Fiordiligi, cƓur ardent, Ăąme inflexible de Cosi fan tutte : une vraie rĂ©sistante prĂȘte Ă  mourir (duo final avec Belmonte, oĂč les deux amants se croient condamnĂ©s sans perdre leur courage). Saluons surtout chez Archibald, le caractĂšre de la souffrance aussi, cultivant le lugubre saisissant (prĂ©sence de la mort), dans les colonnes des bois, aux lueurs maçonniques telles qu’elles scintilleront 9 ans aprĂšs L’EnlĂšvement, dans La FlĂ»te enchantĂ©e (1791) oĂč Ă  la solitude de Constanze rĂ©pond, comme sa sƓur en douleur, la priĂšre de Pamina…

Sommets dramatiques  Sturm une Drang… Au cours de l’enchaĂźnement des actes I puis II, qui fait se succĂ©der les deux airs si dĂ©cisifs de Contanze, l’orchestre et sa sculpture instrumentale si bien affĂ»tĂ©e dessinent en contrepoint de la sensibilitĂ© radicale de la jeune femme, un climat tendu et raffinĂ©, d’essence Sturm und Drang, tempĂȘte et passion effectivement-, dont les Ă©clairs et tonnerre Ă©motionnels sont d’autant plus renforcĂ©s par contrastes / renfort que la succession des sĂ©quences du I au II, alors, oppose le cƓur noble mais indĂ©fectible de Constanze Ă  la fureur Ă©lectrique (hystĂ©rique animale) du Pacha, puis de la non moins intense confrontation Pedrillo / Osmin. Terrifiante confrontation des ĂȘtres en vĂ©ritĂ©. Il n’est que la tendresse plus insouciante de Blonde (air d’une fĂ©minitĂ© angĂ©lique aĂ©rienne : “Durch ZĂ€rlichkeit...” qui ouvre le II). Et Ă  travers les confrontations occidentaux / musulmans, l’exhortation au dĂ©passement des rivalitĂ©s, par l’amour et par la clĂ©mence prĂ©cise, suprĂȘme leçon d’humanisme, l’espĂ©rance de la musique de Mozart, sublime par la justesse de son invention. On aura rarement Ă©coutĂ© pareille rĂ©alisation associant chant des instruments, priĂšres vocales.

 

Moins convaincant reste Norman Reinhardt : il ne donne aux soupirs de Belmonte amoureux, qu’un chant moins propre, contournĂ©, assez imprĂ©cis, souvent maniĂ©rĂ©, moins percutant que le brio de ses partenaires, voire carrĂ©ment gras et Ă©pais (Wenn der Freude TrĂ€nen fliessen… escamotĂ© par un manque persistant de simplicitĂ©).

David_Portillo_High_Res_4_credit_Kristen_HoebermannAu III, la prĂ©paration de l’Ă©vasion / enlĂšvement pilotĂ© par l’ingĂ©nieux Pedrillo (excellent et racĂ© David Portillo), puis l’enlĂšvement proprement dit (In Mohrenland entonnĂ© sur un orchestre guitare aux pizzicati enchanteurs…), forment des ensembles triomphants comme une dĂ©licieuse marche militaire, qui dit la certitude et la complicitĂ© solidaire des prisonniĂšres et de leurs libĂ©rateurs inespĂ©rĂ©s…. tout cela est toujours portĂ© par l’ivresse et une frĂ©nĂ©sie scintillante Ă  l’orchestre d’une activitĂ© prodigieuse ; JĂ©rĂ©mie Rhoroer laisse chaque accent de cette humanitĂ© exaltĂ©e, respirer, s’Ă©panouir avec une classe magistrale.
La vision du chef organise et Ă©difie peu Ă  peu tout ce que la mise en scĂšne aixoise n’atteignait que rarement : le formidable Ă©lan progressif qui en fin d’action aiguise le dernier chant mozartien ; fustigeant les haineux caricaturaux (Osmin et sa cruautĂ© sadique), sublimant la lyre Ă©perdue, mais tristement non triomphante du dernier ensemble oĂč chacun dit sa libertĂ©, avant d’ĂȘtre probablement Ă©gorgĂ© par le bourreau qui mĂȘme s’il en est le serviteur, passe outre la clĂ©mence proclamĂ©e de son maĂźtre. Saisissante perspective.

TRAVAIL D’ORCHESTRE. L’enregistrement live de septembre 2015 suit les reprĂ©sentations scĂ©niques aixoises de juillet prĂ©cĂ©dent, ainsi l’on peut dire donc (et constater que Rhorer possĂšde son SĂ©rail : tout cela coule dans ses doigts et jusqu’Ă  l’extrĂ©mitĂ© de sa baguette, offrant une leçon de direction fluide, raffinĂ©e, prĂ©cise et vivante, Ă©tonnamment active et suggestive, imaginative, naturelle, vrai miroir des sentiments sous-jacents. En rĂ©alitĂ©, la valeur de ce coffret d’autant plus attendu que le moment du “concert” Ă  Paris avait marquĂ© les esprits, confirme l’impression du public de ce 21 septembre 2015 : le chant de l’orchestre – des instruments d’Ă©poque, rĂ©tablit la proportion originelle de la sensibilitĂ© mozartienne, oĂč chaque phrase instrumentale, qu’il s’agisse des solos piano ou des tutti rugissants orientalisants, s’accorde naturellement Ă  la voix humaine, dont la vĂ©ritĂ© et la sincĂ©ritĂ© sont constamment prĂ©servĂ©s. Le sommum Ă©tant atteint ici dans les Ă©pisodes oĂč les trois meilleurs chanteurs donnent tout, en complicitĂ© avec un orchestre ciselĂ©, dramatiquement superbe et parfaitement canalisĂ© : Jane Archibald (Constanze troublante), David Portillo (Pedrillo ardent, ingĂ©nieux, tendre), Mischa Schelomianski (Osmin noir et barbare) fusionnent en sensibilitĂ© sur le tapis orchestral… La rĂ©alisation voix / orchestre tient du prodige et, sous la coupe sensible, fiĂšvreuse du chef JĂ©rĂ©mie Rhorer, confirme (s’il en Ă©tait encore besoin), l’irresistible poĂ©sie expressive des instruments d’Ă©poque. C’est dit dĂ©sormais : plus de Mozart sans instruments d’Ă©poque, ou alors avec intĂ©gration totale du jeu “historiquement informĂ©”. La corde du sentiment y vibre dans toute sa magicienne vĂ©ritĂ©. Magistral. Un must absolu Ă  Ă©couter et rĂ©Ă©couter sur les plages de cet Ă©tĂ© 2016.

 

 

 

CLIC-de-classiquenews-les-meilleurs-cd-dvd-livres-spectacles-250-250CD, compte rendu critique. Mozart : L’EnlĂšvement au sĂ©rail. Jane Archibald, David Portillo, Rachele Gilmore, Mischa Schelomianski, … Le Cercle de l’Harmonie. JĂ©rĂ©mie Rhorer, direction. Live rĂ©alisĂ© Ă  paris au TCE en septembre 2015 – 2 cd Alpha, collection “ThĂ©Ăątre des Champs ElysĂ©es”). CLIC de CLASSIQUENEWS de juin 2016.

 

 

CD, annonce & avant-premiÚre. Le MOZART revitalisé de Jérémie Rhorer

rhorer jeremy direction maestro classiquenews mozart alpha cercle de l harmonie collection cd critique review classiquenewsCD, annonce & avant-premiĂšre… MOZART RÉGÉNÉRÉ. Ce pourrait ĂȘtre “la” version dont nous rĂȘvions secrĂštement, ciselĂ©e, … nuancĂ©e, colorĂ©e idĂ©alement sur le plan orchestral : un EnlĂšvement au SĂ©rail / Die EntfĂŒhrung aus dem Serail de Mozart revitalisĂ© en une lecture gorgĂ©e de frĂ©missements palpitants et d’un format comme d’un Ă©quilibre et d’une dynamique nouveaux, idĂ©al point d’Ă©quilibre entre finesse psychologique voire ivresse individuelle, et continuum dramatique … grĂące aux instruments d’Ă©poque. A la fois pointilliste et intĂ©rieure mais aussi capable d’une frĂ©nĂ©sie parfois vertigineuse, la direction musicale rĂ©gĂ©nĂšre notre perception d’un Mozart au carrefour de l’euphorie passionnelle baroque et dĂ©jĂ  Ă©clairĂ©e par cette nouvelle conscience de la profondeur et du sentiment romantiques. Rien de moins. C’est ce que rĂ©alise le chef français (Ă  la mĂšche sauvage… cf notre photo), JĂ©rĂ©mie Rhorer, pour lequel la vitalitĂ© des instruments en subtile fusion avec les voix, leur accord poĂ©tique, dramatique… restent un souci constant. Sa lecture de L’EnlĂšvement au sĂ©rail de Mozart, captĂ© sur le vif sur la scĂšne du TCE Ă  Paris en septembre 2015, suscite la pleine adhĂ©sion de la rĂ©daction CD de CLASSIQUENEWS. AnnoncĂ©e dĂ©but juin 2016, la parution discographique est l’Ă©vĂ©nement de ce printemps 2016. Incomparable plĂ©nitude d’une sensibilitĂ© symphonique et lyrique qui rĂ©vĂšle l’inusable tendresse poĂ©tique d’un Mozart touchĂ© en 1782 Ă  Vienne, par la grĂące absolue. La distribution de jeunes chanteurs, tous soucieux d’Ă©nergie comme d’intĂ©rioritĂ© accrĂ©dite une production qui mĂ©rite absolument cet enregistrement majeur.  L’enregistrement obtiendra-t-il le CLIC de CLASSIQUENEWS, rĂ©compense ultime ? RĂ©ponse le … 7 juin 2016, date de parution de ce double coffret Alpha.

 

 

Pleine critique de L’EnlĂšvement au sĂ©rail de Mozart par JĂ©rĂ©mie Rhorer et Le Cercle de l’Harmonie, Ă  venir dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS, le jour de la parution du coffret ( coffret 2 cd Alpha).

 

 

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Compte-rendu, opéra. Toulouse, Capitole, le 17 avril 2016. Mozart : Les Nozze di Figaro. Attilio Cremonesi, direction. Marco Arturo Marelli, mise en scÚne.

Cette admirable production datant de 2008 trouve sa plĂ©nitude grĂące Ă  une distribution d’une Ă©quilibre proche de la perfection entre beautĂ© vocale et jeux scĂ©nique, vivant et naturel. L’esprit buffa si particulier Ă  Mozart et Da ponte trouve son apogĂ©e lors de ces reprĂ©sentations. Il est rare de bĂ©nĂ©ficier Ă  l’opĂ©ra d’un tel sens thĂ©Ăątral y compris durant les airs. Tout est vie et mouvement dans cette folle journĂ©e. GrĂące Ă  un travail en profondeur, chaque personnage est campĂ© avec humour et tendresse. Les dĂ©cors sont sobres, les costumes flamboyants et les Ă©clairages sculptent l’espace avec un lever et coucher de soleil sur les deux airs de la comtesse, puis la lune dans le jardin, dĂ©limitant le nycthĂ©mĂšre.

 

Admirable équilibre entre musique et théùtre

 

 

 

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Le Comte de Lucas Meachem est peut ĂȘtre le plus rĂ©ussi car ce personnage est trop souvent ingrat. La haute stature du chanteur, son charme personnel, une sorte d â€˜Ă©nergie canalisĂ©e mais pas toujours lissĂ©e en font un noble aussi irritant qu’attachant. Ses maladresses sont pleines de charmes et l’élĂ©gance est toujours lĂ . La voix est magnifique de projection, large et puissante quand il le veut et la tenue de sons pianos trĂšs souples, donne beaucoup dâ€˜Ă©motion Ă  ses priĂšres Ă  la Comtesse. L’humour de son jeux lui permet de toujours gagner la sympathie du public ce qui est assez rare dans ce rĂŽle. En filigrane se devine un futur Baron Ochs, du Chevalier Ă  La Rose qui devrait ĂȘtre passionnant. Il forme avec la Comtesse de Nadine Koutchner un couple cohĂ©rent. MĂȘme large stature vocale, mĂȘme qualitĂ© de timbre, et chez elle, un legato et des pianissimi qui tiennent du rĂȘve Ă©veillĂ©. La grĂące de cette Comtesse, mais aussi sa capacitĂ© Ă  s’animer et s’encanailler avec Suzanne est pleine de jeunesse. Son regret de ses amours n’est pas plaintif mais rĂ©crimination d’un fort tempĂ©rament amoureux frustrĂ©.

Les Noces de Figaro ne comprend pas vraiment de personnage principal; c’est l’équilibre entre tous qui fait le succĂšs de l’opĂ©ra. En mettant en scĂšne un couple comtale plus jeune, plus sympathique et plus vif, tout le thĂ©Ăątre semble rehaussĂ© d’un cran. Ainsi Figaro est particuliĂšrement latin et intelligent. Toujours en mouvement. Le Jeune Dario Solari peut compter sur une Ă©nergie peu commune. La voix est ronde, le jeu de l’acteur est virtuose et son charme Ă  quelque chose de  fĂ©lin. L’étoffe d’un Don Juan se fait jour. Anett Fritsch, sa Suzanne, est du vif argent. La tendresse et la passion l’habitent avec une rare intensitĂ©. Le timbre est clair et beau. Son jeu est admirable. Elle a tout d’une trĂšs grande Suzanne, d’ailleurs elle sera Suzanne au festival de Salzbourg cet Ă©tĂ©.

Ingborg Gillebo est une Cherubin dĂ©licat et sĂ©duisant. Le jeu est suffisamment vivant pour ĂȘtre sinon naturel du moins trĂšs convaincant. La voix est bien conduite et le timbre agrĂ©able. Un ChĂ©rubin adolescent encore fragile et pas encore certain de sa sĂ©duction pourtant rĂ©elle. La Marcelline de Jeanette Fischer est remarquable. Elle campe vocalement et scĂ©niquement un personnage inoubliable et attachant. Son air au milieu du public est un moment d’anthologie. La large voix de Dimitry Ivashchenko (Bartolo) et son jeux extraverti lui permettent de donner corps et prĂ©sence Ă  son rĂŽle. Il arrive avec humour a le rendre sympathique. Le Don Basile de Gregory Bonfatti est crĂ©dible et trĂšs prĂ©sent vocalement dans les ensembles. Elisandra Melian en Barberine est un peu sous employĂ©e. Le timbre est un corsĂ© pour le rĂŽle et le tempĂ©rament scĂ©nique un peu trop Ă©nergique loin de l’ingĂ©nue habituelle. Tiziano Braci campe un Antonio cauteleux Ă  souhait. Il ressort de l’admirable travail de Marco Arturo Marelli une sympathie pour chaque rĂŽle. Chaque personnage va vers son bonheur Ă  sa maniĂšre et partant d’un Ă©tat va se trouver changĂ© en une journĂ©e. Il n’y a pas de vrai « mĂ©chant », belle leçon d’ humanitĂ© en somme!

Le choeur du Capitole a est admirable de présence vocale et scénique. Le soin apporté aux costumes par Dagmar Niefind et crées  au théùtre Real de Madrid  est incroyable jusque dans celui des choeurs.
L’orchestre en cordes et bois baroques est trĂšs prĂ©sent. Le chef adopte des tempi plutĂŽt vifs et la thĂ©ĂątralitĂ© se dĂ©roule comme par Ă©vidence . Le temps est suspendu et le spectacle avance avec beaucoup de vie. Les couleurs de l’orchestre sont trĂšs belles surtout les bois et les cuivres. Le tandem Robert Gonella au pianoforte et Christopher Waltham au violoncelle forme un  continuo vivifiant . Le fait de monter les musiciens hauts dans la fosse a l’avantage de renforcer la cohĂ©sion scĂšne/fosse qui est parfaite mais provoque une trop forte prĂ©sence des cordes graves au dĂ©triment des violons, du moins au parterre. Cette forte prĂ©sence de l’orchestre qui Ă©quilibre Ă  mon sens la thĂ©ĂątralitĂ© bouillonnante de la mise en scĂšne n’a pas Ă©tĂ© du gout de certains. Pour ma part l’orchestre mozartien et un vrai partenaire et parfois un personnage Ă  part entiĂšre et j’ai beaucoup aimĂ© l’équilibre obtenu par Attilio Cremonesi. Les Noces est Ă  mon avis l’opĂ©ra du Trio Da Ponte qu’il a dirigĂ© au Capitole  celui qui lui rĂ©ussi le mieux.
Ce chef d ‘Ɠuvre a fait salle comble avec refus de spectateurs potentiels. Le respect et la vitalitĂ© de cette production, son Ă©quilibre rare entre chant et thĂ©Ăątre, le travail d â€˜Ă©quipe exemplaire qui est perceptible, en fait un des plus beaux spectacles du Capitole. Cette reprise est bienvenue et n’ayant pas pris une ride je me rĂ©jouis d’imaginer revoir un jour cette belle production. .

 

 

 

Compte-rendu, opĂ©ra. Toulouse, Capitole, le 17 avril 2016. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Les Nozze di Figaro. Opera buffa en quatre actes de Lorenzo Da Ponte, d’aprĂšs La Folle JournĂ©e ou le Mariage de Figaro de Beaumarchais ; crĂ©Ă© le premier mai 1786 Ă  Vienne. Coproduction avec l’OpĂ©ra de Lausanne (2008). Avec :  Lucas Maechem, le Comte Alamaviva. Nadine Koutchner, La Comtesse Almaviva. Dario Solari, Figaro. Anett Fritsch, Susanna. Ingeborg Gillebo, Cherubino. Jeanette Fischer, Marcellina. Dimitry Ivaschenko, Bartolo. Gregory Bonfatti, Don Basilio. Mikeldi Atxalandabaso, Don Curzio. Elisandra Melian, Barberina. Tiziano Bracci, Antonio. Zena Baker, Marion CarrouĂ©, deux dames. Choeur du Capitole, direction : Alfonso Caiani. Orchestre  National du Capitole de Toulouse. Attilio Cremonesi, direction musicale. Mise en scĂšne et scĂ©nographie : Marco Arturo Marelli. Collaborateur Ă  la mise en scĂšne, Enrico de Feo. Costumes, Dagmar Niefind. LumiĂšres, Friedrich Eggert. Photo : David Herrero

 

 

 

Lucio Silla ou Mozart en ado romantique

mozart_portrait-300Mozart : LUCIO SILLA. Les 23, 25, 27 et 29 avril 2016. En 1772 aprĂšs son Ă©blouissant Mitridate le jeune Mozart adolescent  (il termine alors sa 16 Ăšme annĂ©e), s’intĂ©resse au labyrinthe amoureux faisant Ă©voluer encore et encore le genre seria dont il enrichit la forme (ajout du choeur, rĂ©citatifs soignĂ©s, orchestre raffinĂ©); qu’il acclimate Ă  un langage musical qui suit avec une acuitĂ© racinienne chaque vertige ou Ă©lan du coeur; c’est un thĂ©Ăątre sentimental d’une profondeur jamais Ă©coutĂ©e auparavant car chaque personnage y souffre et palpite avec une force nouvelle;  aucun doute alors que Goethe finit alors Les Souffrances du jeune Werther, Mozart dĂ©ploie une exceptionnelle maturitĂ© pour inventer l’opĂ©ra
 romantique: ce Lucio milanais, crĂ©Ă© en dĂ©cembre 1772 au lendemain de la NoĂ«l (soit le 26 dĂ©cembre) affirme le gĂ©nie du jeune compositeur habitĂ© par la question du sentiment et du dĂ©sir.

Lucio : c’est Mozart en ado romantique

Si le prince Lucio Silla aime Giunia, celle ci lui prĂ©fĂšre Cecilio. Les deux amants menacĂ©s fomentent un complot contre l’autoritĂ© : ils envisagent l’assassinat du despote Silla : mais leur projet est Ă©ventĂ© et se prĂ©sentant devant le tribunal, Giunia et Cecilio sont prĂȘts Ă  mourir. Devant tant de courage et de force morale, Lucio Silla
 de tyran devient tĂ©moin humanisĂ© ; il renonce Ă  Giunia et mĂȘme abandonne le pouvoir au peuple de Rome;  l’Ă©poque est alors Ă  la cĂ©lĂ©bration du prince politique Ă©clairĂ© dont la transfiguration espĂ©rĂ©e, fantasmĂ©e dans le cadre de la reprĂ©sentation, est exprimĂ©e exaltĂ©e par la musique de Mozart.

mozart_portraitChaque production de Lucio Silla doit rĂ©unir une distribution de personnalitĂ©s touchantes voire bouleversantes par la subtilitĂ© de leur caractĂ©risation. L’orchestre doit commenter, exprimer et parfois contredire ce que dit les acteurs. Jamais Mozart n’a mieux compris la vĂ©ritĂ© des passions humaines : les Ă©pisodes psychologiques y sont ciselĂ©s, affinĂ©s encore par des rĂ©citatifs particuliĂšrement audacieux – vrai dĂ©fi pour les belcantistes auto dĂ©clarĂ©s;  Lucio Silla annonce la sincĂ©ritĂ© de la trilogie Mozart et Da Ponte (Les Noces de Figaro, Don Giovanni, Cosi fan gutte), tout en abordant le thĂšme central du despote magnanime (bientĂŽt traitĂ© dans son dernier sedia de 1791, soit presque 20 ans aprĂšs Lucio), La ClĂ©mence de Titus.

Mozart: LUCIO SILLA, 1772
Insula Orchestra / Laurence Equilbey, direction
Avec Franco Fagioli (Cecilio), Paolo Fanale (Lucio Silla), Olga Pudova (Giunia)

Tournée

Le 23 avril 2016
PARIS, Philharmonie 2 / Cité de la musique, 20h30

Le 25 avril 2016
LE HAVRE, Le Volcan, 19h30

Le 27 avril 2016
VIENNE (Autriche), Theater an der Wien, 20h

Le 29 avril 2016
Aix en Provence, Grand Théùtre de Provence, 20h30

d’infos, rĂ©servations sur le site Insula Orchestra

LIRE notre compte rendu complet développé de LUCIO SILLA, présenté par ANGERS NANTES OPERA en mars 2010

Compte rendu, opĂ©ra. Tours, OpĂ©ra. Mozart : L’enlĂšvement au sĂ©rail, 1782. Thomas Rösner, direction. Tom Ryser, mise en scĂšne.

Nouvel EnlĂšvement au sĂ©rail de Mozart Ă  l'OpĂ©ra de ToursCOMPTE-RENDU, OpĂ©ra. TOURS, OpĂ©ra. Mozart: L’enlĂšvement au sĂ©rail, les 26, 28 fĂ©vrier puis 1er mars 2016. Quand Mozart joue Ă  l’orientaliste, il n’est jamais Ă©tranger aux LumiĂšres de la fraternitĂ© et de l’amour… La nouvelle production de l’EnlĂšvement au sĂ©rail de Mozart prĂ©sentĂ©e par l’OpĂ©ra de Tours (crĂ©e en Allemagne et bientĂŽt reprise Ă  Toulouse) convainc par sa cohĂ©rence dramatique et visuelle, conçue par l’acteur Tom Ryser qui incarne le Pacha Selim et aussi rĂ©alise la mise en scĂšne. En restituant l’humanitĂ© profonde du musulman, sa blessure secrĂšte, intime dĂšs la premiĂšre scĂšne d’ouverture, la justesse des sentiments qui s’affirme de tableaux en tableaux, outre leur apparente et rĂ©elle facĂ©tie, rend justice Ă  un Mozart, humaniste, fraternel, amoureux. Un cƓur Ă©pris d’une saisissante humanitĂ©.

Tout d’un coup, la figure de maĂźtre oriental en son sĂ©rail, s’adoucit et sa relation avec sa belle captive Konstanz, vraie figure de la fidĂ©litĂ© amoureuse, gagne en intensitĂ©. A mesure que la jeune femme confirme son amour pour le seul Ă©lu de son cƓur : Belmonte, le Pacha ne cesse de redoubler son dĂ©sir de possĂ©der Konstanz en laquelle il voit l’incarnation de cette femme idĂ©ale qu’il a perdu ; d’oĂč en ouverture, et sur la musique du lever de rideau, les ombres du Pacha et des jeunes femmes qui dĂ©filent entre ses mains (Ă  la maniĂšre du prince en quĂȘte de Cendrillon) : toujours trouver celle qui l’obsĂšde.  L’importance rĂ©servĂ©e au personnage de Selim rĂ©Ă©quilibre la partition et Ă©vite bien des traitements caricaturaux, vus et revus ailleurs, entre Occidentaux et Musulmans.

Le plateau vocal trĂšs solide oĂč rayonne l’assurance d’une mozartienne plus que confirmĂ©e : Cornelia Götz en Konstanze, rĂ©tablit cet amour de Wolfgang pour le pur jeu thĂ©Ăątral, la comĂ©die en musique oĂč le drame, complet, tendre et profond, renouvelle alors la forme mĂȘme de l’opĂ©ra : ni seria tragique et pontifiant ; ni buffa, comique et creux, mais les deux Ă  la fois, c’est Ă  dire “singspiel”, associant chant et thĂ©Ăątre pur, nouveau cadre lyrique voulu par l’Empereur Joseph II en 1782, oĂč le personnage central, moteur est un rĂŽle parlĂ© ; oĂč le duo des serviteurs (Pedrillo et Blonde), facĂ©tieux, subtils, est remarquablement traitĂ© par le compositeur qui creuse avec bĂ©nĂ©fice son contraste avec le geĂŽlier, bourreau barbare et sadique, Osmin (excellente basse Patrick Simper, lui aussi un habituĂ© du rĂŽle). On assiste enthousiaste aux dĂ©buts de la pĂ©tillante Jeanne Crousaud en Blonde, double apparemment lĂ©ger mais en vĂ©ritĂ© clairvoyant de Konstanz, qui sait manipuler l’odieux Osmin… L’homogĂ©nĂ©itĂ© de la distribution permet de mieux goĂ»ter encore les Ă©quilibres dramatiquement entraĂźnant prĂ©servĂ©s par le chef… Tout avance ici avec une attention Ă  la double nature de l’ouvrage, comique et sĂ©rieux Ă  la fois. Un vrai rĂ©gal scĂ©niquement et musicalement rĂ©ussi car en fosse, un orfĂšvre de la baguette enjouĂ©e et dramatiquement ciselĂ©e opĂšre, Thomas Rösner (dont on avait tant aimĂ© la finesse de son Lucio Silla, opĂ©ra Ă©galement de Mozart, pour Angers Nantes opĂ©ra). L’EnlĂšvement au sĂ©rail de Mozart Ă  l’OpĂ©ra de Tours. Production Ă©vĂ©nement, Ă  ne pas manquer, 3 dates incontournables : les 26, 28 fĂ©vrier et 1er mars 2016.

Compte rendu, opĂ©ra. Tours, OpĂ©ra. Mozart : L’enlĂšvement au sĂ©rail, 1782. Thomas Rösner, direction. Tom Ryser, mise en scĂšne. Encore une date Ă  TOURS, mardi 1er mars 2016. A ne pas manquer.

Opéra de Tours

Vendredi 26 février 2016, 20h
Dimanche 28 février 2016,15h
Mardi 1er mars 2016, 20h

L’EnlĂšvement au SĂ©rail de Mozart

Singspiel en trois actes
Livret de Gottlieb Stephanie Jr., d’aprùs Bretzner
Création le 16 juillet 1782 à Vienne

Direction musicale : Thomas Rösner
Mise en scĂšne : Tom Ryser
DĂ©cors : David Belugou
Costumes : Jean-Michel Angays et Stéphane Laverne
LumiÚres : Marc DelaméziÚre

Konstanze : Cornelia Götz
Blonde : Jeanne Crousaud
Belmonte : Tibor Szappanos
Pedrillo : Raphaël Brémard
Osmin : Patrick Simper
Pacha SĂ©lim : Tom Ryser

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire / Tours
Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours et Choeurs SupplĂ©mentaires

Toutes les infos et les modalitĂ©s de rĂ©servations sur le site de l’OpĂ©ra de Tours

REPORTAGE VIDEO : L’EnlĂšvement au SĂ©rail de Mozart Ă  l’OpĂ©ra de Tours (fĂ©vrier-mars 2016)

Nouvel EnlĂšvement au sĂ©rail de Mozart Ă  l'OpĂ©ra de ToursTOURS, OpĂ©ra. L’enlĂšvement au sĂ©rail, les 26, 28 fĂ©vrier puis 1er mars 2016. Quand Mozart joue Ă  l’orientaliste, il n’est jamais Ă©tranger aux LumiĂšres de la fraternitĂ© et de l’amour
 La nouvelle production de l’EnlĂšvement au sĂ©rail de Mozart prĂ©sentĂ©e par l’OpĂ©ra de Tours convainc par sa grande cohĂ©rence dramatique et visuelle, conçue par l’acteur Tom Ryser qui incarne le Pacha Selim et aussi rĂ©alise la mise en scĂšne. En restituant l’humanitĂ© profonde du musulman, sa blessure secrĂšte, intime dĂšs la premiĂšre scĂšne d’ouverture, la justesse des sentiments qui s’affirme de tableaux en tableaux, outre leur apparente et rĂ©elle facĂ©tie, rend justice Ă  un Mozart, humaniste, fraternel, amoureux. Un cƓur Ă©pris d’une saisissante humanitĂ©. Le plateau vocal trĂšs solide oĂč rayonne l’assurance d’une mozartienne plus que confirmĂ©e : Cornelia Götz en Konstanze, rĂ©tablit cet amour de Wolfgang pour le pur jeu thĂ©Ăątral, la comĂ©die en musique oĂč le drame, complet, tendre et profond, renouvelle alors la forme mĂȘme de l’opĂ©ra : ni seria tragique et pontifiant ; ni buffa, comique et creux, mais les deux Ă  la fois, c’est Ă  dire “singspiel”, nouveau cadre lyrique voulu par l’Empereur Joseph II en 1782, oĂč le personnage central, moteur est un rĂŽle parlĂ© ; oĂč le duo des serviteurs (Pedrillo et Blonde), facĂ©tieux, subtils, est remarquablement traitĂ© par le compositeur qui creuse avec bĂ©nĂ©fice son contraste avec le geĂŽlier, bourreau barbare et sadique, Osmin (excellente basse Patrick Simper, lui aussi un habituĂ© du rĂŽle). Un vrai rĂ©gal scĂ©niquement et musicalement rĂ©ussi car en fosse, un orfĂšvre de la baguette enjouĂ©e et dramatiquement ciselĂ© opĂšre, Thomas Rösner (dont on avait tant aimĂ© la finesse de son Lucio Silla, opĂ©ra Ă©galement de Mozart, pour Angers Nantes opĂ©ra). L’EnlĂšvement au sĂ©rail de Mozart Ă  l’OpĂ©ra de Tours. Production Ă©vĂ©nement, Ă  ne pas manquer, 3 dates incontournables : les 26, 28 fĂ©vrier et 1er mars 2016.

Toutes les infos et les modalitĂ©s de rĂ©servations sur le site de l’OpĂ©ra de Tours

VOIR aussi le teaser clip de la production L’enlĂšvement au sĂ©rail de Mozart, mise en scĂšne de Tom Ryser, dirigĂ© par Thomas Rösner

CLIP VIDEO : L’EnlĂšvement au SĂ©rail de Mozart Ă  l’OpĂ©ra de Tours (fĂ©vrier-mars 2016)

Nouvel EnlĂšvement au sĂ©rail de Mozart Ă  l'OpĂ©ra de ToursTOURS, OpĂ©ra. L’enlĂšvement au sĂ©rail, les 26, 28 fĂ©vrier puis 1er mars 2016. Quand Mozart joue Ă  l’orientaliste, il n’est jamais Ă©tranger aux LumiĂšres de la fraternitĂ© et de l’amour
 La nouvelle production de l’EnlĂšvement au sĂ©rail de Mozart prĂ©sentĂ©e par l’OpĂ©ra de Tours convainc par sa grande cohĂ©rence dramatique et visuelle, conçue par l’acteur Tom Ryser qui incarne le Pacha Selim et aussi rĂ©alise la mise en scĂšne. En restituant l’humanitĂ© profonde du musulman, sa blessure secrĂšte, intime dĂšs la premiĂšre scĂšne d’ouverture, la justesse des sentiments qui s’affirme de tableaux en tableaux, outre leur apparente et rĂ©elle facĂ©tie, rend justice Ă  un Mozart, humaniste, fraternel, amoureux. Un cƓur Ă©pris d’une saisissante humanitĂ©. Le plateau vocal trĂšs solide oĂč rayonne l’assurance d’une mozartienne plus que confirmĂ©e : Cornelia Götz en Konstanze, rĂ©tablit cet amour de Wolfgang pour le pur jeu thĂ©Ăątral, la comĂ©die en musique oĂč le drame, complet, tendre et profond, renouvelle alors la forme mĂȘme de l’opĂ©ra : ni seria tragique et pontifiant ; ni buffa, comique et creux, mais les deux Ă  la fois, c’est Ă  dire “singspiel”, nouveau cadre lyrique voulu par l’Empereur Joseph II en 1782, oĂč le personnage central, moteur est un rĂŽle parlĂ© ; oĂč le duo des serviteurs (Pedrillo et Blonde), facĂ©tieux, subtils, est remarquablement traitĂ© par le compositeur qui creuse avec bĂ©nĂ©fice son contraste avec le geĂŽlier, bourreau barbare et sadique, Osmin (excellente basse Patrick Simper, lui aussi un habituĂ© du rĂŽle). Un vrai rĂ©gal scĂ©niquement et musicalement rĂ©ussi car en fosse, un orfĂšvre de la baguette enjouĂ©e et dramatiquement ciselĂ© opĂšre, Thomas Rösner (dont on avait tant aimĂ© la finesse de son Lucio Silla, opĂ©ra Ă©galement de Mozart, pour Angers Nantes opĂ©ra). L’EnlĂšvement au sĂ©rail de Mozart Ă  l’OpĂ©ra de Tours. Production Ă©vĂ©nement, Ă  ne pas manquer, 3 dates incontournables : les 26, 28 fĂ©vrier et 1er mars 2016.

Toutes les infos et les modalitĂ©s de rĂ©servations sur le site de l’OpĂ©ra de Tours

Nouveau Mozart Ă  Tours

mozart_portraitTOURS, OpĂ©ra. L’enlĂšvement au sĂ©rail, les 26, 28 fĂ©vrier puis 1er mars 2016. Quand Mozart joue Ă  l’orientaliste, il n’est jamais Ă©tranger aux LumiĂšres de la fraternitĂ© et de l’amour… La nouvelle production de l’EnlĂšvement au sĂ©rail de Mozart prĂ©sentĂ©e par l’OpĂ©ra de Tours convainc par sa grande cohĂ©rence dramatique et visuelle, conçue par l’acteur Tom Ryser qui incarne le Pacha Selim et aussi rĂ©alise la mise en scĂšne. En restituant l’humanitĂ© profonde du musulman, sa blessure secrĂšte, intime dĂšs la premiĂšre scĂšne d’ouverture, la justesse des sentiments qui s’affirme de tableaux en tableaux, outre leur apparente et rĂ©elle facĂ©tie, rend justice Ă  un Mozart, humaniste, fraternel, amoureux. Un cƓur Ă©pris d’une saisissante humanitĂ©. Le plateau vocal trĂšs solide oĂč rayonne l’assurance d’une mozartienne plus que confirmĂ©e : Cornelia Götz en Konstanze, rĂ©tablit cet amour de Wolfgang pour le pur jeu thĂ©Ăątral, la comĂ©die en musique oĂč le drame, complet, tendre et profond, renouvelle alors la forme mĂȘme de l’opĂ©ra : ni seria tragique et pontifiant ; ni buffa, comique et creux, mais les deux Ă  la fois, c’est Ă  dire “singspiel”, nouveau cadre lyrique voulu par l’Empereur Joseph II en 1782, oĂč le personnage central, moteur est un rĂŽle parlĂ© ; oĂč le duo des serviteurs (Pedrillo et Blonde), facĂ©tieux, subtils, est remarquablement traitĂ© par le compositeur qui creuse avec bĂ©nĂ©fice son contraste avec le geĂŽlier, bourreau barbare et sadique, Osmin (excellente basse Patrick Simper, lui aussi un habituĂ© du rĂŽle). Un vrai rĂ©gal scĂ©niquement et musicalement rĂ©ussi car en fosse, un orfĂšvre de la baguette enjouĂ©e et dramatiquement ciselĂ© opĂšre, Thomas Rösner (dont on avait tant aimĂ© la finesse de son Lucio Silla, opĂ©ra Ă©galement de Mozart, pour Angers Nantes opĂ©ra). L’EnlĂšvement au sĂ©rail de Mozart Ă  l’OpĂ©ra de Tours. Production Ă©vĂ©nement, Ă  ne pas manquer, 3 dates incontournables : les 26, 28 fĂ©vrier et 1er mars 2016.

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Nouvel EnlĂšvement au sĂ©rail de Mozart Ă  l'OpĂ©ra de ToursLe quatuor de solistes de l’EnlĂšvement au SĂ©rail de Mozart Ă  l’OpĂ©ra de Tours : Konstanze : Cornelia Götz * - Blonde : Jeanne Crousaud * - Belmonte : Tibor Szappanos * –  Pedrillo : RaphaĂ«l BrĂ©mard

boutonreservationL’EnlĂšvement au SĂ©rail de Mozart Ă  l’OpĂ©ra de Tours
3 dates incontournables
Vendredi 26 février 2016, 20h
Dimanche 28 février 2016,15h
Mardi 1er mars 2016, 20h

ConfĂ©rence / PrĂ©sentation de l’opĂ©ra L’enlĂšvement au SĂ©rail de Mozart
Samedi 20 fĂ©vrier 2016 – 14h30
Grand ThĂ©Ăątre – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite

Singspiel en trois actes
Livret de Gottlieb Stephanie Jr., d’aprùs Bretzner
Création le 16 juillet 1782 à Vienne
Editions BĂ€renreiter-Verlag Kassel . Basel . London . New York . Praha

Direction musicale : Thomas Rösner *
Mise en scĂšne : Tom Ryser *
DĂ©cors : David Belugou *
Costumes : Jean-Michel Angays * et Stéphane Laverne *
LumiÚres : Marc DelaméziÚre

Konstanze : Cornelia Götz *
Blonde : Jeanne Crousaud *
Belmonte : Tibor Szappanos *
Pedrillo : Raphaël Brémard
Osmin : Patrick Simper *
Pacha SĂ©lim : Tom Ryser *

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire / Tours
Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours et Choeurs SupplĂ©mentaires

Infos et rĂ©servations sur le site de l’OpĂ©ra de Tours

LIRE aussi notre prĂ©sentation de la nouvelle production de L’EnlĂšvement au sĂ©rail de Mozart, commande de l’Empereur Joseph II en 1782… 

Nouveau Don Giovanni Ă  Nantes et Ă  Angers

Mozart : Les Noces de Figaro. L'opĂ©ra des femmes ?Angers Nantes OpĂ©ra. Don Giovanni : 4-12 mars 2016. Nouvelle production attendue Ă  Nantes puis Ă  Angers. Un Don Giovanni comme condamnĂ©, acculĂ© Ă  expirer, exprime en une course derniĂšre et enivrĂ©e, ses derniĂšres forces vitales, rĂ©solument tournĂ©es sur le dĂ©sir et la sĂ©duction manipulatrice, dominatrice, dĂ©vorante. C’est donc un “tĂ©nĂ©breux” sĂ©ducteur, conscient de la mort et du nĂ©ant, un cynique malgrĂ© lui qui au crĂ©puscule d’une existence creuse et dĂ©jĂ  angoissĂ©e qui surgit sur les planches ; en somme un hĂ©ros dĂ©jĂ  romantique. Chaque tableau met en scĂšne comme une sĂ©rie rĂ©pĂ©titives, la mise Ă  mort de ses victimes, chacune selon sa propre sensibilitĂ© : “Il est trop tard pour le fidĂšle et droit Leporello, trop tard pour la vengeresse Donna Anna, l’aimante Elvire, la naĂŻve Zerline, Don Juan n’est dĂ©jĂ  plus de ce monde. DĂ©cadent par lassitude de vivre, moquant les amants trompĂ©s, esquivant les coups, il a perdu sa noblesse Ă  la roulette du dĂ©sespoir, dĂ©fie encore l’ici et l’au-delĂ . Et croque la mort Ă  belles dents,” comme le prĂ©cise la prĂ©sentation de la nouvelle production sur le site d’Angers Nantes OpĂ©ra.

 

 

Nouveau Don Giovanni électrique esthétique

 

 

Agent d’une nouvelle clairvoyance, Don Giovanni transmet Ă  ses victimes la conscience de la mort…

Don Giovanni, opĂ©ra de l’effroi

VoilĂ  donc le portrait d’un jouisseur qui ne croyant plus en rien, s’amuse Ă  dĂ©truire et Ă  manipuler, se dĂ©lectant de l’effroi spĂ©cifique qu’il fait naĂźtre dans l’esprit de chacune de ses victimes trop conciliantes, ou trop naĂŻves. Qui est vraiment Don Giovanni ? Un ami noir qui nous ouvre les yeux, dĂ©cille notre Ăąme sur son propre aveuglement ? La fin a-t-elle rĂ©ellement le sens d’une rĂ©demption ?  L’agent de la clairvoyance est certes chĂątiĂ© car son message Ă©tait trop violent et trop brutal mĂȘme s’il Ă©tait juste et vrai… L’insolence et la libertĂ© de Don Giovanni sont le dernier cri de l’homme rebelle Ă  sa propre fin.

FUSSLI hamlet DOn Giovanni 1793
Le dramma giocoso de Mozart et de Da Ponte
, son librettiste enchantĂ©/enchanteur, – crĂ©Ă© Ă  Prague avec un phĂ©nomĂ©nal succĂšs en 1787-,  joue sur l’ambivalence des genres mĂȘlĂ©s : sĂ©rieux et tragique (le couple Donna Anna et Ottavio), le naif et lĂ©ger, un rien comique (Leporello, Masetto et Zerlina) ; plus attachante reste l’amoureuse loyale, aimante, gĂ©nĂ©reuse et misĂ©ricordieuse pour l’infĂąme bourreau qui la fait souffrir (Elvira)… Comme Ă  chaque fois, Mozart perce le cƓur de chacun des protagonistes, hĂ©ros solitaire de sa propre destinĂ©e qui dans l’opĂ©ra, se rĂ©vĂšle, sans vraiment trouver d’apaisement ni de rĂ©solution. Car au final, aprĂšs la chute du hĂ©ros dans les enfers, chacun se retrouve face Ă  lui-mĂȘme, confrontĂ© Ă  son effrayante impuissance… Pourtant la fin de Don Giovanni est Ă  la mesure de son geste existentiel : radicale, exacerbĂ©e, jusqu’auboutiste. Face Ă  son destin, le convive de pierre / la statue du commandeur, le hĂ©ros tend une main sĂ»re et solide, tout en sachant qu’il en sera pĂ©trifiĂ© / condamnĂ©, foudroyĂ©. Comme pour tous les chefs d’oeuvre, Don Giovanni nous renvoie le miroir de notre illusion perpĂ©tuelle. AprĂšs Tirso de Molina et son Abuseur de SĂ©ville et l’InvitĂ© de pierre (1630), aprĂšs MoliĂšre (fĂ©vrier 1665), la partition mozartienne s’inspire ouvertement de l’opĂ©ra de Giuseppe Gazzaniga de 1786 (et du livret mixte, poĂ©tiquement dĂ©jĂ  trouble de Giovanni Bertali) comme du dĂ©lire fantasque d’un Goldoni. Alors qui croire ? La grave et sincĂšre Elvira ? Le bouffon Leporello, double rĂ©aliste du sĂ©ducteur, et son complice en tout, au point de revĂȘtir l’identitĂ© de son maĂźtre pour mieux tromper et sĂ©duire ? La vĂ©ritĂ© est cachĂ©e dans la musique classique et romantique, tragique et lĂ©gĂšre d’un Mozart dĂ©cidĂ©ment universel, intemporel.
La nouvelle production prĂ©sentĂ©e Ă  Nantes du 4 au 12 mars 2016 crĂ©Ă©e l’Ă©vĂ©nement, - premiĂšre rĂ©alisation mozartienne pour le duo Caurier et Leiser Ă  Angers et Ă  Nantes (Ă  l’initiative de Jean-Paul Davois, directeur du ThĂ©Ăątre),  est jouĂ©e Ă  l’OpĂ©ra Graslin. Toute programmation lyrique se doit un jour ou l’autre d’aborder la question fondamentale posĂ©e par Don Giovanni, Mozart et Da Ponte… mais aussi insidieusement par l’aventurier sĂ©ducteur Casanova – modĂšle du XVIIIĂšme pour notre hĂ©ros-, car il a effectivement participĂ© Ă  l’Ă©laboration de l’opĂ©ra pour sa crĂ©ation praguoise…  Nouvelle production attendue, donc incontournable. Reprise ensuite les 4, 6 et 8 mai 2016 Ă  Angers (Grand ThĂ©Ăątre).

 

 

 

 

Don Giovanni de Mozart Ă  Nantes et Ă  Angers
Livret de Lorenzo da Ponte.‹CrĂ©Ă© au ThĂ©Ăątre des États de Prague, le 29 octobre 1787.

NANTES THÉÂTRE GRASLIN
vendredi 4, dimanche 6, mardi 8, jeudi 10, samedi 12 mars 2016

ANGERS GRAND THÉÂTRE
mercredi 4, vendredi 6, dimanche 8 mai 201
en semaine Ă  20h, le dimanche Ă  14h30

DIRECTION MUSICALE : MARK SHANAHAN
MISE EN SCÈNE : PATRICE CAURIER ET MOSHE LEISER
DÉCOR : CHRISTIAN FENOUILLAT
COSTUMES : AGOSTINO CAVALCA
LUMIÈRE : CHRISTOPHE FOREY

avec
John Chest, Don Giovanni
Andrew Greenan, Le Commandeur
Gabrielle Philiponet, Donna Anna
Philippe Talbot, Don Ottavio
Rinat Shaham, Donna Elvira
Ruben Drole, Leporello
Ross Ramgobin, Masetto
Élodie Kimmel, Zerlina

ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra Direction Xavier Ribes ‹Orchestre National des Pays de la Loire

 

 

 

Informations, rĂ©servations, distribution sur le site d’Angers Nantes OpĂ©ra / Don Giovanni de Mozart

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L’EnlĂšvement au SĂ©rail Ă  l’OpĂ©ra de Tours

Mozart : Les Noces de Figaro. L'opĂ©ra des femmes ?Tours, OpĂ©ra. Mozart : L’EnlĂšvement au SĂ©rail. Les 26,28 fĂ©vrier et 1er mars 2016. Au dĂ©but des annĂ©es 1780, en pleine vogue orientalisante, la turquerie lyrique de Mozart tient l’affiche de l’OpĂ©ra de Tours en fĂ©vrier et mars 2016. Propre au SiĂšcle des LumiĂšres, et aux idĂ©aux humanistes cultivĂ©s dans les cercles maçonniques que Mozart a frĂ©quentĂ©s, L’EnlĂšvement au SĂ©rail est un chef d’oeuvre de vertiges amoureux, entre retrouvailles et Ă©preuves (comme en tĂ©moignent les deux couples Constanze et Belmonte et leurs serviteurs, Pedrillo et Blonde) ; c’est aussi sous un prĂ©texte orientaliste (turquerie dans le goĂ»t du XVIIIĂš : Mozart compose une musique typĂ©e orientale), la dĂ©nonciation de tous les totalitarismes, des pratiques indignes de la torture, tels qu’ils apparaissent sous les figures du Pacha Selim (rĂŽle parlĂ©) et de son serviteur zĂ©lĂ© et d’une perversitĂ© terrifiante s’il n’Ă©tait son caractĂšre loufoque et bouffon, Osmin, gardien du sĂ©rail et ici, dans la galerie des portraits mozartiens, basse comique d’une agilitĂ© redoutable.

La partition est tout Ă  la fois une mĂ©ditation sur la conquĂȘte amoureuse et une charge contre l’oppression et toutes les tyrannies. Mais cet ordre de la barbare violence doit finalement s’incliner devant la force de l’amour (Amor vincit omnia). L’ouvrage offre aussi l’occasion au compositeur de rĂ©former le genre lyrique lui-mĂȘme, mi thĂ©Ăątre, mi opĂ©ra puisque le rĂŽle central du Pacha est parlĂ© et non chantĂ©. Depuis son opĂ©ra seria, Idomeneo, dont le chant de l’orchestre confĂšre Ă  l’ĂȘuvre thĂ©Ăątral un souffle symphonique, L’EnlĂšvement Ă©blouit par sa parure instrumentale, l’une des plus raffinĂ©es de Mozart, qui aime choisir avec soin, chaque timbre selon la couleur Ă©motionnelle du personnage, dans la situation prĂ©cise concernĂ©e.
L’Empereur Joseph II aurait applaudi lors de la crĂ©ation tout en reprochant au compositeur une surabondance de notes… comme il fut reprocher Ă  Rameau, gĂ©nie de l’opĂ©ra antĂ©rieur, qu’il avait Ă©crit avec son premier ouvrage (Hippolyte et Arice de 1733), suffisamment de musique pour 10 ouvrages. GĂ©nĂ©rositĂ©, verve inspirĂ©e, flux musical jusqu’au dĂ©bordement… seraient)ce lĂ  les symptĂŽmes du gĂ©nie musical ?

boutonreservationL’EnlĂšvement au SĂ©rail de Mozart Ă  l’OpĂ©ra de Tours
3 dates incontournables
Vendredi 26 février 2016, 20h
Dimanche 28 février 2016,15h
Mardi 1er mars 2016, 20h

ConfĂ©rence / PrĂ©sentation de l’opĂ©ra L’enlĂšvement au SĂ©rail de Mozart
Samedi 20 fĂ©vrier 2016 – 14h30
Grand ThĂ©Ăątre – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite

Singspiel en trois actes
Livret de Gottlieb Stephanie Jr., d’aprĂšs Bretzner
Création le 16 juillet 1782 à Vienne
Editions BĂ€renreiter-Verlag Kassel . Basel . London . New York . Praha

Direction musicale : Thomas Rösner *
Mise en scĂšne : Tom Ryser *
DĂ©cors : David Belugou *
Costumes : Jean-Michel Angays * et Stéphane Laverne *
LumiÚres : Marc DelaméziÚre

Konstanze : Cornelia Götz *
Blonde : Jeanne Crousaud *
Belmonte : Tibor Szappanos *
Pedrillo : Raphaël Brémard
Osmin : Patrick Simper *
Pacha SĂ©lim : Tom Ryser *

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire / Tours
Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours et Choeurs SupplĂ©mentaires

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Partitions, découverte : Mozart et Salieri auraient travaillé ensemble

partition Per la ricuperata di Ophelia mozart salieri nancy storace manuscrit decouvert prague classiquenews janvier 2016Partitions, dĂ©couverte : Mozart et Salieri auraient travaillĂ© ensemble Ă  la composition d’une cantate inĂ©dite. DĂ©couvert dans une BibliothĂšque Ă  Prague, un manuscrit inconnu jusqu’alors aurait Ă©tĂ© formellement identifiĂ© : il s’agit d’une cantate composĂ©e Ă  quatre mains par Mozart et Salieri, deux compositeurs de deux gĂ©nĂ©rations diffĂ©rentes (et de deux styles distincts) que l’Histoire et la lĂ©gende (entretenu par le mythe de l’assassinat du premier par le second, par la nouvelle de Pouchkine de 1830, traitĂ© au cinĂ©ma par Forman) ont aimĂ© opposer.

Amoureux voire rivaux, Mozart et Salieri composent de concert pour Nancy Storace….

nancy-storace-1345730156-article-0Rivaux les deux musiciens par si sĂ»r… Le musicologue Timo Jouko Hermann vient d’annoncer sa brillante dĂ©couverte d’autant que le texte de la cantate, Ă©crite en hommage au talent de la jeune et belle soprano Nancy Storace (la crĂ©atrice du rĂŽle de Susanna dans les Noces de Figaro de Mozart en 1786, nĂ©e Ă  Londres en 1765), serait de Da Ponte. La cantate Ă©voque la convalescence de la cantatrice qui s’est sortie alors d’une maladie… Nancy Storace serait l’une des divas les plus captivantes de l’Ă©poque : jeune, belle, superbe actrice et chanteuse de premier plan… Elle fut l’Ă©lĂšve du castrat Venanzio Rauzzini (pour lequel Mozart avait Ă©crit son cĂ©lĂšbre motet virtuose Exsultate Jubilate). La soprano employĂ©e dans la troupe impĂ©riale Ă  Vienne fut une artiste adorĂ©e, cĂ©lĂ©brĂ©e, et donc convoitĂ©e par les deux compositeurs en vue sous Joseph II, Salieri et Mozart (dont on ne compte plus les aventures extra-conjugales). Nancy Storace fit ses dĂ©buts Ă  Vienne dans L’Ă©cole des Jaloux (La Scuola De’Gelosi) ; c’est Ă  ce moment que Mozart la dĂ©couvre et tombe amoureux d’elle… Avec son frĂšre aĂźnĂ©, Stephen, Nancy est une habituĂ© du couple Mozart Ă  Vienne. C’est pour elle encore que Mozart Ă©crit le fameux air de concert, joyau nĂ©oclassique : “Ch’io mi scordi di te ?”. Nancy Storace meurt en 1817 Ă  51 ans.
MentionnĂ©e dans le catalogue des Ɠuvres de Mozart (KƓchel : K477a : “Per la ricuperata di Ophelia”), la cantate que l’on croyait perdue, serait donc composĂ©e pour la guĂ©rison dĂ©finitive de Nancy Storace qui devait chanter le rĂŽle de… Ophelia dans l’opĂ©ra buffa de Salieri, La grotta di trofonio (dont il existe une bonen version par Les Talens Lyriques, Ch. Rousset).
MĂȘme incomplet, le manuscrit devrait prochainement ĂȘtre recrĂ©Ă© par une Ă©quipe du Mozarteum de Salzbourg.
A suivre.

Mozart lyrique et symphonique par Idomeneo et Debora Waldman

debora waldman portraitMaisons-Alfort (94), le 27 novembre 2015. Debora Waldman, Idomeneo. Concert Mozart par l’orchestre Idomeneo, rĂ©cente phalange fondĂ©e par Debora Waldman, musicienne passionnĂ©e par le divin Wolfgang et plutĂŽt trĂšs convaincante quand il s’agit d’en dĂ©fendre l’Ă©toffe expressive et poĂ©tique. En tĂ©moigne le programme lyrique et symphonique prĂ©sentĂ© le 27 novembre Ă  Maisons Alfort (93). Les premiers morceaux regroupent ouvertures et airs d’opĂ©ras (Cosi, Don Giovanni, Les Noces, La FlĂ»te enchantĂ©e) grĂące Ă  la collaboration de la soprano Julia Knecht, autant de “prĂ©ludes” ou d’Ă©lĂ©ments prĂ©alables qui prĂ©parent l’Ă©coute de la derniĂšre Symphonie du compositeur, le fameuse n°41 dite “Jupiter (en ut majeur K551 composĂ© aoĂ»t 1788) volet final de la trilogie des n°39,40 et 41, et vaste portique symphonique qui ouvre de façon lumineuse vers l’Ăšre romantique, tout en portant les valeurs du siĂšcle des LumiĂšres. Formellement, la Symphonie incarne par sa perfection contrapuntique et l’intelligence de son architecture Ă  quatre parties (plan en sonate), le plus haut degrĂ© de l’Ă©criture symphonique viennoise Ă  la fin des annĂ©es 1780.

La soprano incarne les aspirations et les tiraillements intĂ©rieurs des hĂ©roĂŻnes de Mozart que le concert fait ainsi surgir : l’amoureuse Donna Anna, le cƓur ardent et fidĂšle de Susanna, les aigus spectaculaires de la Reine de la Nuit, mĂšre inflexible et manipulatrice, …

idomeneo-debora-waldman-concert-mozart-annonce-review-critique-classiquenews

L’intĂ©rĂȘt du programme conçu par Debora Waldman vient de cette mise en perspective, opĂ©ras et symphonie : fine mozartienne, la chef d’orchestre propose un regard diffĂ©rent sur l’oeuvre symphonique en appliquant une nouvelle lecture qui suit son dĂ©roulement comme un vĂ©ritable opĂ©ra : l’expression par la langage instrumental d’une vĂ©ritable dramaturgie tout au long de ses 4 mouvements, 4 Ă©pisodes fourmillant d’une vie Ă©motionnelle insoupçonnĂ©e : Allegro vivace, Andante cantabile (con sordini), Menuetto : Allegretto, Finale : Molto vivace. Passionnant.

Julia Knecht, soprano
Orchestre Idomeneo
Debora Waldman, direction

boutonreservationMaisons-Alfort, Théùtre (94)
Vendredi 27 novembre 2015, 20h30
Présentation du concert à 18h30 au Foyer du Théùtre Debussy

Tarif plein : 27€
Tarif rĂ©duit : 24€
Moins de 14 ans : 17€

Mozart : Les Noces de Figaro. L'opéra des femmes ?

Programme “Pure Mozart

2 Mozart pour le prix d’1 : Mozart lyrique et symphonique

Cosi fan Tutte : Ouverture
Aria « Voi avete un cor fedele » K. 217
Don Giovanni : – Recitativo Don Ottavio Son morta ! and Aria Or Sai chi l’onore (Donna Anna)
Recitativo and Rondo Non mi dir (Donna Anna)
Divertimento K 136 : Allegro
Le Nozze di Figaro : Recitativo and Aria Guinse alfin il momento (Susanna)
The Macig Flute : – Aria O zittre nicht, mein lieber Sohn (Queen of the Night)
Marcia
Aria Der Hölle Rache kocht in meinem Herzen (Queen of the Night)

Symphony n°41 Jupiter

RĂ©servations, informations : www.theatredemaisons-alfort.org

 

 

 

EtĂ© 2014 : Debora Waldman dirige Don GiovanniDebora Waldman, biographie. NĂ©e brĂ©silienne Ă  Sao Paulo, Debora Waldman se perfectionne en IsraĂ«l puis Ă  l’UniversitĂ© Catholique d’Argentine de Buenos Aires oĂč fait marquant elle est la premiĂšre Ă©tudiante Ă  obtenir deux mĂ©dailles d’or (direction d’orchestre et composition). Brillante, engagĂ©e, surtout perfectionniste et travailleuse exemplaire, la jeune chef d’orchestre rejoint Paris oĂč elle suit l’enseignement de Janos FĂŒrst et de Michael Levinas au Conservatoire National SupĂ©rieur de Musique de Paris. A partir de 2006, et pendant trois annĂ©es, elle devient l’assistante de Kurt Masur Ă  l’Orchestre national de France. En 2012, Debora Waldman a remportĂ© la distinction Ă©mise par l’Adami : “Talent chef d’Orchestre”, aux cĂŽtĂ©s de Benjamin LĂ©vy et d’Ariane Matiak. En 2013, elle fonde son propre orchestre, Idomeneo, rĂ©unissant de jeunes instrumentistes parmi les personnalitĂ©s les plus expĂ©rimentĂ©es de leur gĂ©nĂ©ration, jouant dans les meilleures formations parisiennes et capables de jouer sur instruments modernes comme instruments d’Ă©poque. Idomeneo interprĂšte en particulier le rĂ©pertoire classique et romantique, de Haydn Ă  Brahms, en rĂ©servant Ă  l’Ɠuvre de Wolfgang Amadeus Mozart, une place privilĂ©giĂ©e. L’orchestre ainsi fondĂ© porte d’ailleurs le nom de l’opĂ©ra seria de Mozart, Idomeneo, qui laisse une place primordiale Ă  l’Ă©criture orchestrale. Sur le plan du style, Debora Waldman a le souci d’une approche exigeante, particuliĂšrement adaptĂ©e Ă  chaque partition : dĂ©fis esthĂ©tiques comme particularitĂ©s techniques . C’est pourquoi elle a totalement intĂ©grĂ© les nombreux bĂ©nĂ©fices de l’interprĂ©tation historiquement informĂ©e, appliquant avec scrupule et sens critique le perfectionnisme d’un jeu savant toujours soucieux de lĂ©gĂšretĂ© et de fraĂźcheur afin de transformer le concert en une expĂ©rience unique.

Le programme du 27 novembre met en lumiĂšre l’Ă©criture lyrique de Mozart : Ă©pisodes intenses en passion et affects contrastĂ©s, mis en regard avec l’ultime chef d’oeuvre purement symphonique, le sommet orchestral que demeure la derniĂšre Symphonie n°41 en ut dite Jupiter.

Deborah Waldman dirige Idomeneo Ă  Maisons-Alfort

debora waldman portraitMaisons-Alfort (94), le 27 novembre 2015. Debora Waldman, Idomeneo. Concert Mozart par l’orchestre Idomeneo, rĂ©cente phalange fondĂ©e par Debora Waldman, musicienne passionnĂ©e par le divin Wolfgang et plutĂŽt trĂšs convaincante quand il s’agit d’en dĂ©fendre l’Ă©toffe expressive et poĂ©tique. En tĂ©moigne le programme lyrique et symphonique prĂ©sentĂ© le 27 novembre Ă  Maisons Alfort (93). Les premiers morceaux regroupent ouvertures et airs d’opĂ©ras (Cosi, Don Giovanni, Les Noces, La FlĂ»te enchantĂ©e) grĂące Ă  la collaboration de la soprano Julia Knecht, autant de “prĂ©ludes” ou d’Ă©lĂ©ments prĂ©alables qui prĂ©parent l’Ă©coute de la derniĂšre Symphonie du compositeur, le fameuse n°41 dite “Jupiter (en ut majeur K551 composĂ© aoĂ»t 1788) volet final de la trilogie des n°39,40 et 41, et vaste portique symphonique qui ouvre de façon lumineuse vers l’Ăšre romantique, tout en portant les valeurs du siĂšcle des LumiĂšres. Formellement, la Symphonie incarne par sa perfection contrapuntique et l’intelligence de son architecture Ă  quatre parties (plan en sonate), le plus haut degrĂ© de l’Ă©criture symphonique viennoise Ă  la fin des annĂ©es 1780.

La soprano incarne les aspirations et les tiraillements intĂ©rieurs des hĂ©roĂŻnes de Mozart que le concert fait ainsi surgir : l’amoureuse Donna Anna, le cƓur ardent et fidĂšle de Susanna, les aigus spectaculaires de la Reine de la Nuit, mĂšre inflexible et manipulatrice, …

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L’intĂ©rĂȘt du programme conçu par Debora Waldman vient de cette mise en perspective, opĂ©ras et symphonie : fine mozartienne, la chef d’orchestre propose un regard diffĂ©rent sur l’oeuvre symphonique en appliquant une nouvelle lecture qui suit son dĂ©roulement comme un vĂ©ritable opĂ©ra : l’expression par la langage instrumental d’une vĂ©ritable dramaturgie tout au long de ses 4 mouvements, 4 Ă©pisodes fourmillant d’une vie Ă©motionnelle insoupçonnĂ©e : Allegro vivace, Andante cantabile (con sordini), Menuetto : Allegretto, Finale : Molto vivace. Passionnant.

 
 

Julia Knecht, soprano
Orchestre Idomeneo
Debora Waldman, direction

boutonreservationMaisons-Alfort, Théùtre (94)
Vendredi 27 novembre 2015, 20h30
Présentation du concert à 18h30 au Foyer du Théùtre Debussy

Tarif plein : 27€
Tarif rĂ©duit : 24€
Moins de 14 ans : 17€

 
 
 

Mozart : Les Noces de Figaro. L'opéra des femmes ?

 
 
 

Programme “Pure Mozart

2 Mozart pour le prix d’1 : Mozart lyrique et symphonique

Cosi fan Tutte : Ouverture
Aria « Voi avete un cor fedele » K. 217
Don Giovanni : – Recitativo Don Ottavio Son morta ! and Aria Or Sai chi l’onore (Donna Anna)
Recitativo and Rondo Non mi dir (Donna Anna)
Divertimento K 136 : Allegro
Le Nozze di Figaro : Recitativo and Aria Guinse alfin il momento (Susanna)
The Macig Flute : – Aria O zittre nicht, mein lieber Sohn (Queen of the Night)
Marcia
Aria Der Hölle Rache kocht in meinem Herzen (Queen of the Night)

Symphony n°41 Jupiter

RĂ©servations, informations : www.theatredemaisons-alfort.org

 

 

 

EtĂ© 2014 : Debora Waldman dirige Don GiovanniDebora Waldman, biographie. NĂ©e brĂ©silienne Ă  Sao Paulo, Debora Waldman se perfectionne en IsraĂ«l puis Ă  l’UniversitĂ© Catholique d’Argentine de Buenos Aires oĂč fait marquant elle est la premiĂšre Ă©tudiante Ă  obtenir deux mĂ©dailles d’or (direction d’orchestre et composition). Brillante, engagĂ©e, surtout perfectionniste et travailleuse exemplaire, la jeune chef d’orchestre rejoint Paris oĂč elle suit l’enseignement de Janos FĂŒrst et de Michael Levinas au Conservatoire National SupĂ©rieur de Musique de Paris. A partir de 2006, et pendant trois annĂ©es, elle devient l’assistante de Kurt Masur Ă  l’Orchestre national de France. En 2012, Debora Waldman a remportĂ© la distinction Ă©mise par l’Adami : “Talent chef d’Orchestre”, aux cĂŽtĂ©s de Benjamin LĂ©vy et d’Ariane Matiak. En 2013, elle fonde son propre orchestre, Idomeneo, rĂ©unissant de jeunes instrumentistes parmi les personnalitĂ©s les plus expĂ©rimentĂ©es de leur gĂ©nĂ©ration, jouant dans les meilleures formations parisiennes et capables de jouer sur instruments modernes comme instruments d’Ă©poque. Idomeneo interprĂšte en particulier le rĂ©pertoire classique et romantique, de Haydn Ă  Brahms, en rĂ©servant Ă  l’Ɠuvre de Wolfgang Amadeus Mozart, une place privilĂ©giĂ©e. L’orchestre ainsi fondĂ© porte d’ailleurs le nom de l’opĂ©ra seria de Mozart, Idomeneo, qui laisse une place primordiale Ă  l’Ă©criture orchestrale. Sur le plan du style, Debora Waldman a le souci d’une approche exigeante, particuliĂšrement adaptĂ©e Ă  chaque partition : dĂ©fis esthĂ©tiques comme particularitĂ©s techniques . C’est pourquoi elle a totalement intĂ©grĂ© les nombreux bĂ©nĂ©fices de l’interprĂ©tation historiquement informĂ©e, appliquant avec scrupule et sens critique le perfectionnisme d’un jeu savant toujours soucieux de lĂ©gĂšretĂ© et de fraĂźcheur afin de transformer le concert en une expĂ©rience unique.

Le programme du 27 novembre met en lumiĂšre l’Ă©criture lyrique de Mozart : Ă©pisodes intenses en passion et affects contrastĂ©s, mis en regard avec l’ultime chef d’oeuvre purement symphonique, le sommet orchestral que demeure la derniĂšre Symphonie n°41 en ut dite Jupiter.

Debora Waldman dirige son orchestre Idomeneo

debora waldman portraitMaisons-Alfort (94), le 27 novembre 2015. Debora Waldman, Idomeneo. Concert Mozart par l’orchestre Idomeneo, rĂ©cente phalange fondĂ©e par Debora Waldman, musicienne passionnĂ©e par le divin Wolfgang et plutĂŽt trĂšs convaincante quand il s’agit d’en dĂ©fendre l’Ă©toffe expressive et poĂ©tique. En tĂ©moigne le programme lyrique et symphonique prĂ©sentĂ© le 27 novembre Ă  Maisons Alfort (93). Les premiers morceaux regroupent ouvertures et airs d’opĂ©ras (Cosi, Don Giovanni, Les Noces, La FlĂ»te enchantĂ©e) grĂące Ă  la collaboration de la soprano Julia Knecht, autant de “prĂ©ludes” ou d’Ă©lĂ©ments prĂ©alables qui prĂ©parent l’Ă©coute de la derniĂšre Symphonie du compositeur, le fameuse n°41 dite “Jupiter (en ut majeur K551 composĂ© aoĂ»t 1788) volet final de la trilogie des n°39,40 et 41, et vaste portique symphonique qui ouvre de façon lumineuse vers l’Ăšre romantique, tout en portant les valeurs du siĂšcle des LumiĂšres. Formellement, la Symphonie incarne par sa perfection contrapuntique et l’intelligence de son architecture Ă  quatre parties (plan en sonate), le plus haut degrĂ© de l’Ă©criture symphonique viennoise Ă  la fin des annĂ©es 1780.

La soprano incarne les aspirations et les tiraillements intĂ©rieurs des hĂ©roĂŻnes de Mozart que le concert fait ainsi surgir : l’amoureuse Donna Anna, le cƓur ardent et fidĂšle de Susanna, les aigus spectaculaires de la Reine de la Nuit, mĂšre inflexible et manipulatrice, …

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L’intĂ©rĂȘt du programme conçu par Debora Waldman vient de cette mise en perspective, opĂ©ras et symphonie : fine mozartienne, la chef d’orchestre propose un regard diffĂ©rent sur l’oeuvre symphonique en appliquant une nouvelle lecture qui suit son dĂ©roulement comme un vĂ©ritable opĂ©ra : l’expression par la langage instrumental d’une vĂ©ritable dramaturgie tout au long de ses 4 mouvements, 4 Ă©pisodes fourmillant d’une vie Ă©motionnelle insoupçonnĂ©e : Allegro vivace, Andante cantabile (con sordini), Menuetto : Allegretto, Finale : Molto vivace. Passionnant.

Julia Knecht, soprano
Orchestre Idomeneo
Debora Waldman, direction

boutonreservationMaisons-Alfort, Théùtre (94)
Vendredi 27 novembre 2015, 20h30
Présentation du concert à 18h30 au Foyer du Théùtre Debussy

Tarif plein : 27€
Tarif rĂ©duit : 24€
Moins de 14 ans : 17€

Mozart : Les Noces de Figaro. L'opéra des femmes ?

Programme “Pure Mozart

2 Mozart pour le prix d’1 : Mozart lyrique et symphonique

Cosi fan Tutte : Ouverture
Aria « Voi avete un cor fedele » K. 217
Don Giovanni : – Recitativo Don Ottavio Son morta ! and Aria Or Sai chi l’onore (Donna Anna)
Recitativo and Rondo Non mi dir (Donna Anna)
Divertimento K 136 : Allegro
Le Nozze di Figaro : Recitativo and Aria Guinse alfin il momento (Susanna)
The Macig Flute : – Aria O zittre nicht, mein lieber Sohn (Queen of the Night)
Marcia
Aria Der Hölle Rache kocht in meinem Herzen (Queen of the Night)

Symphony n°41 Jupiter

Réservations, informations :  www.theatredemaisons-alfort.org

 

 

 

EtĂ© 2014 : Debora Waldman dirige Don GiovanniDebora Waldman, biographie. NĂ©e brĂ©silienne Ă  Sao Paulo, Debora Waldman se perfectionne en IsraĂ«l puis Ă  l’UniversitĂ© Catholique d’Argentine de Buenos Aires oĂč fait marquant elle est la premiĂšre Ă©tudiante Ă  obtenir deux mĂ©dailles d’or (direction d’orchestre et composition). Brillante, engagĂ©e, surtout perfectionniste et travailleuse exemplaire, la jeune chef d’orchestre rejoint Paris oĂč elle suit l’enseignement de Janos FĂŒrst et de Michael Levinas au Conservatoire National SupĂ©rieur de Musique de Paris. A partir de 2006, et pendant trois annĂ©es, elle devient l’assistante de Kurt Masur Ă  l’Orchestre national de France. En 2012, Debora Waldman a remportĂ© la distinction Ă©mise par l’Adami : “Talent chef d’Orchestre”, aux cĂŽtĂ©s de Benjamin LĂ©vy et d’Ariane Matiak. En 2013, elle fonde son propre orchestre, Idomeneo, rĂ©unissant de jeunes instrumentistes parmi les personnalitĂ©s les plus expĂ©rimentĂ©es de leur gĂ©nĂ©ration, jouant dans les meilleures formations parisiennes et capables de jouer sur instruments modernes comme instruments d’Ă©poque. Idomeneo interprĂšte en particulier le rĂ©pertoire classique et romantique, de Haydn Ă  Brahms, en rĂ©servant Ă  l’Ɠuvre de Wolfgang Amadeus Mozart, une place privilĂ©giĂ©e. L’orchestre ainsi fondĂ© porte d’ailleurs le nom de l’opĂ©ra seria de Mozart, Idomeneo, qui laisse une place primordiale Ă  l’Ă©criture orchestrale. Sur le plan du style, Debora Waldman a le souci d’une approche exigeante, particuliĂšrement adaptĂ©e Ă  chaque partition : dĂ©fis esthĂ©tiques comme particularitĂ©s techniques . C’est pourquoi elle a totalement intĂ©grĂ© les nombreux bĂ©nĂ©fices de l’interprĂ©tation historiquement informĂ©e, appliquant avec scrupule et sens critique le perfectionnisme d’un jeu savant toujours soucieux de lĂ©gĂšretĂ© et de fraĂźcheur afin de transformer le concert en une expĂ©rience unique.

Le programme du 27 novembre met en lumiĂšre l’Ă©criture lyrique de Mozart : Ă©pisodes intenses en passion et affects contrastĂ©s, mis en regard avec l’ultime chef d’oeuvre purement symphonique, le sommet orchestral que demeure la derniĂšre Symphonie n°41 en ut dite Jupiter.

Compte rendu concert. Saintes. Abbaye aux dames, le 5 novembre 2015. HĂ©rold, Gossec, Mozart. Jeune Orchestre de l’Abbaye. HervĂ© Niquet, direction.

concert-joa saintes JOAEn ce dĂ©but novembre 2015, le Jeune Orchestre de l’Abbaye (JOA) a prĂ©sentĂ© les fruits de sa premiĂšre session de travail pour la saison 2015/2016. Dans ce concert, les responsables de la CitĂ© musicale, Saintes ont invitĂ© le chef HervĂ© Niquet, directeur musical et fondateur du Concert Spirituel. Fin pĂ©dagogue, Niquet, qui a programmĂ© deux symphonies de compositeurs français, – son rĂ©pertoire de prĂ©dilection-, a fait travailler les jeunes instrumentistes jusqu’Ă  la derniĂšre minute. Et, lors du concert de jeudi soir, le rĂ©sultat a dĂ©passĂ© ses espĂ©rances.

JOA jeune orchestre de l abbaye saintes classiquenews concertHervĂ© Niquet qui, de par son parcours avec Le Concert Spirituel, dĂ©fend le rĂ©pertoire français avec une constance bienvenue, a programmĂ© les symphonies de deux compositeurs français du XVIIIe et du XIXe siĂšcle. La soirĂ©e dĂ©bute avec François Joseph Gossec (1734-1829) : sa Symphonie opus VIII n°2 en fa majeur, composĂ©e en 1774. ProtĂ©gĂ© de Jean-Philippe Rameau (1683-1764), Gossec fait partie des pionniers de la musique symphonique suivant en cela l’exemple de Joseph Haydn (1732-1809), l’inventeur du genre; et c’est d’ailleurs Gossec qui a converti la France au genre symphonique. La Symphonie est allante, dynamique, clair foyer bouillonnant de thĂšmes et de rythmes dansants. Le chef, trĂšs inspirĂ© dirige ses musiciens avec clartĂ© et fermetĂ©; cela ne l’empĂȘche pas de faire preuve d’humour et d’arpenter la scĂšne comme s’il s’agissait d’une promenade de santĂ©. Cependant ne nous fions pas aux apparences, chef et musiciens n’oublient pas une seconde la musique ; ils cisĂšlent chaque note, chaque section de la partition de Gossec avec une prĂ©cision millimĂ©trĂ©e. Le public rĂ©serve aux instrumentistes fĂ©licitĂ©s audiblement par le maestro Ă  la fin de l’oeuvre, un accueil chaleureux trĂšs mĂ©ritĂ©. Pendant l’annĂ©e, les sessions du JOA Jeune Orchestre de l’Abbaye ponctue un parcours d’approfondissement dans l’interprĂ©tation unique en Europe ; la pratique sur instruments anciens appliquĂ©e Ă  la (re)dĂ©couverte comme ce soir de partitions oubliĂ©es pourtant majeure, rĂ©serve Ă  Saintes, des soirĂ©es d’accomplissements symphoniques mĂ©morables. VoilĂ  un volet qui renforce la forte activitĂ© de Saintes comme citĂ© musicale, une activitĂ© qui rend lĂ©gitime son intitulĂ©.

AprĂšs une session de travail classique / romantique, le JOA Jeune Orchestre de l’Abbaye offre un concert mĂ©morable dĂ©diĂ© Ă  Gossec, HĂ©rold, Mozart

Saintes, le geste symphonique

JOA 700La soirĂ©e se poursuit avec la symphonie n°2 en rĂ© majeur (1812) de Louis Ferdinand HĂ©rold (1791-1833). NĂ© l’annĂ©e mĂȘme de la disparition de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), HĂ©rold se trouve Ă  la croisĂ©e des chemins. Utilisant sans complexes les techniques de compositions hĂ©ritĂ©es de Haydn, Gossec, Mozart ou Beethoven, entre autres, HĂ©rold innove aussi composant une musique «apparemment simple, mais complexe et difficile Ă  jouer» nous dit HervĂ© Niquet avant le concert. Sa Symphonie n°2 en rĂ© majeur dans laquelle apparaissent des rythmes de valses est l’exemple mĂȘme de cette complexitĂ© interprĂ©tative dont nous parlait le chef dans l’aprĂšs midi. Cependant il dirige avec la rigueur et l’humour qui sont sa marque de fabrique, obtenant de l’orchestre des sons et des couleurs brillant de mille feux sous la voĂ»te de l’Abbaye aux Dames. Les jeunes instrumentistes qui jouent en ce jeudi soir suivent leur chef avec une prĂ©cision enflammĂ©e ; les cinq jours de travail intense qui ont prĂ©cĂ©dĂ© ce concert, ont portĂ© leurs fruits et le rĂ©sultat est, lĂ  aussi, Ă  la hauteur des exigences et des attentes du chef.

Jeune orchestre de l abbaye saintes video_JOA_saintes_david_sternAprĂšs une courte pause, le Jeune Orchestre de l’Abbaye et son chef d’un soir reviennent pour jouer l’ultime Ɠuvre de la soirĂ©e : la Symphonie en mi bĂ©mol majeur KV 543 de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). Toujours aussi survoltĂ©, HervĂ© Niquet prend cette 39Ăšme Symphonie a bras le corps; Ɠuvre de la maturitĂ© du compositeur salzbourgeois (elle a Ă©tĂ© composĂ©e en 1788), elle complĂšte Ă  merveille un programme exigeant un niveau d’excellence et une concentration constante. Le chef qui ne manque pas d’idĂ©es pour surprendre ses musiciens cesse de diriger pendant une bonne minute donnant les dĂ©parts d’un simple regard; cependant si HervĂ© Niquet ne manque pas d’humour poussant ses musiciens dans leurs retranchements, il garde la tĂȘte froide et sa battue reste claire et prĂ©cise, limpide. Ce Mozart jouĂ©s prĂšs les premiers romantiques, encore classiques (Gossec), sonne Ă©tonnamment « moderne », une source viennoise qui tout en marquant le genre symphonique alors en plein essor, prĂ©lude dĂ©jĂ  Ă  l’avĂšnement du sentiment et de la passion Ă  peine masquĂ©e. Entre classicisme et premier romantisme, le choix des instruments d’époque s’affirme dans une saveur dĂ©lectable qui permet de suivre ce jeu de timbres, ces effets de rĂ©ponses, le contraste entre les sĂ©quences, l’équilibre dialoguĂ© des pupitres. Pour les jeunes instrumentistes en perfectionnement, les dĂ©fis sont multiples et permanents ; pour le public, l’expĂ©rience est passionnante.

JOA jeune orchestre de l abbaye saintes classiquenews IMG_4030-BD©-SĂ©bastien-Laval-400x267Le Jeune Orchestre de l’Abbaye, survoltĂ© par un chef exigeant, fin pĂ©dagogue et ardent dĂ©fenseur d’un rĂ©pertoire qu’il aime Ă©perdument, donne le meilleur de lui-mĂȘme pendant une soirĂ©e d’anthologie. Le public conquis, leur rĂ©serve un accueil enthousiaste. HervĂ© Niquet, farceur et trĂšs en forme mĂȘme aprĂšs une heure dix de musique, annonce un bis tirĂ© de l’oeuvre d’Hector Berlioz; ledit bis qui ne tient qu’en un seul accord prend tout le monde de court clĂŽturant ainsi un concert d’une qualitĂ© exceptionnelle.

Compte rendu, concert. Saintes. Abbaye aux dames, le 5 novembre 2015. Louis Ferdinand HĂ©rold (1791-1833) : Symphonie n°2 en rĂ© majeur. François Joseph Gossec (1734-1829) : Symphonie opus VIII n°2 en fa majeur. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : 39Ăšme Symphonie en mi bĂ©mol majeur KV 543. Jeune Orchestre de l’Abbaye (JOA). HervĂ© Niquet, direction.

CD, compte rendu critique. Mozart : The Weber sisters (Josepha, Aloysia et Constanze). Sabine Devielhe, soprano. Pygmalion. Raphaël Pichon, direction.

CD, compte rendu critique. Mozart : The Weber sisters (Josepha, Aloysia et Constanze). Sabine Devielhe, soprano. Pygmalion. RaphaĂ«l Pichon, direction. Mozart a le vent en poupe et inspire de superbes rĂ©alisations en ce mois de novembre 2015 ; aux cĂŽtĂ©s du rĂ©cital investi, profond et humainement trĂšs juste de la soprano mĂ»re (quinquagĂ©naire) Dorothea Röschmann (Mozart Arias, live Londres mai 2015, CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre 2015), voici l’offrande ciselĂ©e de sa jeune consoeur, la soprano coloratoure, Ă  fort tempĂ©rament et d’une finesse de style rare, la plus en vue Ă  l’heure actuelle des chanteuses françaises (avec Julie Fuchs) : Sabine Devielhe.

 

 

 

 

3 sƓurs inspirantes pour 1 Mozart Ă©perdu

Sabine Devielhe, sublime mozartienne

 

 

MOZART-DEVIEILHE-sabine-582----Mozart-Weber-SistersAprĂšs un programme somptueusement amoureux dĂ©diĂ© Ă  Rameau (Le grand thĂ©Ăątre de l’Amour, dĂ©jĂ  CLIC de CLASSIQUENEWS, novembre 2013), le 2Ăš album ERATO de la jeune diva s’intĂ©resse au chant mozartien, particuliĂšrement aux trois sƓurs Weber : Josepha, Aloysia et Constanze, cette derniĂšre non sollicitĂ©e au dĂ©but, mais qui finira 
 Ă©pouse de Wolfgang. C’est Ă  Contanze que le compositeur pense continĂ»ment en Ă©crivant son EnlĂšvement au sĂ©rail, rĂ©servant Ă  l’hĂ©roĂŻne qui porte son nom, plusieurs airs redoutables et stupĂ©fiants de virtuositĂ© vocale et finement expressive; le programme n’est pas un enchaĂźnement d’airs vaguement reliĂ©s les uns aux autres, mais un cycle qui frappe par sa cohĂ©rence, conçu avec minutie pour faire sens : d’abord, la premiĂšre rencontre avec les Weber Ă  Mannheim puis le sĂ©jour parisien qui suit (printemps 1778) ; le choc Ă©prouvĂ© face Ă  Aloysia : car pour Mozart c’est un coup de foudre irrĂ©sistible (malheureusement non partagĂ© – ainsi le subtil et tranchant « Dans un bois solitaire  » exprime la flĂšche de Cupidon pĂ©nĂ©trant le cƓur adouci d’un jeune homme terrassĂ©) ; puis ce sont quatre airs parmi ceux Ă©crits pour Aloysia entre 1778 et 1783, de ce fait parfaitement emblĂ©matiques de l’esthĂ©tique nĂ©oclassique et prĂ©romantique dont Mozart a le secret : « Alcandro, lo confesse », « Popoli di Tessaglia » ; « Vorrei spiegarvi oh Dio » ; « Nehmt meinem Dank  », sans omettre ceux destinĂ© Ă  Josepha : « Schon lacet der horde FrĂŒhling  » et le 2Ăš air de la Reine de la nuit ; le point d’orgue reste l’air Ă©crit pour Constanze, « Et incarnatus est » pour la sublime Messe en Ut mineur (1783), soit un an aprĂšs leur mariage.

On ne sait au juste quel air ou quel Ă©pisode parmi la collection de sĂ©quences purement instrumentales (tels Les Petits Riens) relever et distinguer, tant c’est la complicitĂ© amoureuse qui se dĂ©ploie ici, partagĂ©e et portĂ©e par le chef RaphaĂ«l Pichon et la soprano Sabine Devielhe, Ă©poux Ă  la ville, et sur scĂšne, duo d’une constante flamme engagĂ©e, entre tendresse et abandon sensuel, d’un format idĂ©alement calibrĂ© pour le si suave et voluptueux Mozart.

La virtuositĂ© du chant (les contre-sol de Popoli di Tessaglia entre autres), l’abattage comme la souplesse articulĂ©e, le style Ă©lĂ©gantissime et d’une subtilitĂ© Ă©motionnelle toujours juste et sobre affirment l’art de la Devielhe : une cantatrice qui sait accorder profondeur, sincĂ©ritĂ©, technicitĂ©. MĂȘme sa Reine de la nuit ne manque pas de rage expressive.

CLIC_macaron_2014L’ensemble Pygmalion quant Ă  lui, saisit lui aussi, sous la conduite de son chef crĂ©ateur, par sa vitalitĂ© millimĂ©trĂ©e, des dynamiques proches de la parole, une capacitĂ© Ă  exprimer l’ineffable tout en ciselant son association avec la voix. Les interprĂštes convainquent absolument par leur pertinence artistique, comme interprĂštes immensĂ©ment douĂ©s, comme artistes cultivĂ©s capables de concevoir un programme trĂšs original, d’une irrĂ©sistible cohĂ©rence. Et c’est Mozart dont le cƓur ardent, d’une atemporelle tendresse, qui sort gagnant de ce formidable programme totalement stimulant.

 

 

 

CD, compte rendu critique. Sabine Devieilhe, soprano. Mozart : The Weber Sisters. Les Petits Riens, Pantalon und Colombine, Airs de concert K. 294, 316, 383, 418 & 580, Die Zauberflöte, Thamos, Messe en ut mineur. Pygmalion. Raphaël Pichon, direction. 1 CD Erato 553024

CD, compte rendu critique. Dorothea Röschmann : Mozart Arias (1 cd Sony classical)

Dorothea_Ro_schmann_Mozart_Arias_Sony_Classical_Daniel_HardingCD, compte rendu critique. Dorothea Röschmann : Mozart Arias (1 cd Sony classical). Le timbre mĂ»r, Ă©loquent, charnel et aussi trĂšs investi de la soprano allemande Dorothea Röschmann (nĂ©e en Allemagne, Ă  Flensbourg en juin 1967) nous touche infiniment : depuis sa coopĂ©ration avec RenĂ© Jacobs dans des rĂ©alisations qui demeurent Ă©blouissantes (Alessandro Scarlatti: Il Primo Omicidio, entre autres – pilier de toute discographie pour les amoureux d’oratorios et d’opĂ©ras baroques du XVIIĂš), la chanteuse sait colorer, phraser, nuancer et surtout articuler le texte comme peu, avec une intelligence de la situation qui Ă©claire son sens de la prosodie. Un chant intĂ©rieur, souvent embrasĂ© qui la conduit naturellement aux emplois lyriques Ă©videmment mozartiens.

Cantatrice pour le lied (LIRE notre compte rendu du rĂ©cent cd rĂ©alisĂ© avec Mitsuko Ushida : liederkreis, Frauenliebe une leben de Schumann, live londonien de mai 2015, Ă©ditĂ© par Decca), elle est mozartienne accomplie, par la justesse sobre du timbre, une Ă©lĂ©gance intĂ©rieure qui prĂ©serve l’intelligibilitĂ© et aussi le naturel expressif, dĂ©voilant l’architecture Ă©motionnelle de chaque sĂ©quence, y compris pour des rĂŽles dont elle n’a apparemment ni le caractĂšre ni la tessiture ; or on y relĂšve et mesure la mĂȘme finesse d’élocution qui donne vie et sang, mais aussi chair aux incarnations ainsi formidablement rĂ©alisĂ©es. Diamantin, incarnĂ©, le timbre de Dorothea Röschmann s’affirme par sa plasticitĂ© ardente et ciselĂ©e.

Ici Elettra d’Idomeneo peut surprendre (d’autant qu’elle chante l’autre rĂŽle, positif-, du second seria mozartien, aprĂšs Lucio Silla : celui d’Ilia). MĂȘme sublime caractĂ©risation pour La ClĂ©mence de Titus, de dernier seria de Wolfgang (1791), oĂč jaillit la noire mais compassionnelle Vitellia et son (ici 2Ăšme) grand air bouleversant « non piĂč di fiori : un air de renoncement qui laisse ahuri par la justesse lugubre du texte et sa mise en musique d’un tendresse inĂ©dite jusque lĂ . C’est un air de bascule Ă©videmment, longuement commentĂ© : Röschmann y exprime le dĂ©nuement sincĂšre d’une Ăąme touchĂ©e par la grĂące : une mĂ©chante qui se rĂ©pand : quoi de plus bouleversant sur la scĂšne lyrique et thĂ©Ăątrale ? La soprano lui apporte sa chair Ă©ruptive qui dit la profonde et silencieuse mĂ©tamorphose qui se rĂ©alise alors. Une incarnation passionnante.

 

 

 

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Mozartienne superlative

Dorothea Röschmann, diamant vocal, palpitant incarné

 

A contrario du visuel de couverture et de la coiffure d’un goĂ»t biscornu et fantasque, un rien inutilement sophistiquĂ©, le chant de Dorothea Röschmann demeure fort heureusement, simple et flexible, absolument naturel, soignant et la ligne et l’articulation du verbe.

A Salzbourg, elle a pu montrer sa subtilitĂ© d’actrice et son intelligence dramatique comme chanteuse chez Mozart : Suzanne ardente (il y a dĂ©jĂ  20 ans), et surtout derniĂšrement, Rosina devenue Comtessa dans les Noces de Figaro : Ăąme Ă©perdue mais nostalgique d’un temps d’amour rĂ©volu. Arte diffusera d’ailleurs depuis Berlin sa comtesse sous la direction de Gustavo Dudamel, le 13 novembre 2015 prochain.

Ainsi ce rĂ©cital Sony rĂ©capitule une sorte d’offrande personnelle, trĂšs engagĂ©e, de ses incarnations mozartiennes oĂč s’imposent particuliĂšrement les deux airs de la Comtesse des Noces justement : « Porgi amor », puis « Dove sono i bei momenti  » instant suspendus, oĂč flotte prĂ©servĂ©e l’intensitĂ© d’un dĂ©sir qui s’est Ă©vanoui. Les deux airs d’Idomeneo (1781), outre l’activitĂ© scintillante de l’orchestre suĂ©dois sous la direction habile de Daniel Harding mais parfois lisse et imprĂ©cise, affirme la tenue linguistique de la diva : airs caractĂ©risĂ©s chacun dans son registre, furieuse voire hystĂ©rique pour Electre, suave, angĂ©lique pour Ilia (il est vrai que c’est elle qui par son amour sincĂšre sauve Idamante du sacrifice auquel son pĂšre Idomeneo, le roi de CrĂȘte, le destinait


Son Elvira (Don Giovanni : “In quali eccessi, o Numi”) frappe par sa cadence pulsionnelle palpitante : une amoureuse qui Ă  dĂ©faut de la Comtesse, ne maĂźtrise pas ses Ă©motions, toute reproches et injonctions.

CLIC D'OR macaron 200roschmann - soprano portrait critique review cd classiquenews dorothea-roeschmann_1Enfin cerise sur le gĂąteau: le dernier air isolĂ©, trĂšs sturm und drang, c’est Ă  dire habitĂ© par une conscience sombre voire dĂ©sespĂ©rĂ©e, aux Ă©clairs passionnĂ©s superbement contrastĂ©s (l’orchestre y est somptueux) : « Bella Flamma, addio » K528, air de Titano saisit par sa grĂące mesurĂ©e, son intensitĂ© sincĂšre oĂč brĂ»le et son consume une Ăąme ardente et aimante.  La chanteuse y dĂ©veloppe une carrure dramatique retenue, digne et introspective, finement colorĂ©e par le sentiment tragique : son dĂ©bit, son art de la phrase dans le rĂ©citatif prĂ©alable convoque le grand Racine, noblesse, dignitĂ© mais souffrance ultime, transfigurĂ© elle aussi par une succession de visions radicale auxquelles l’orchestre diffuse des harmonies hypnotiques, sensuelles, mystĂ©rieuses. L’articulation de la diseuse, la finesse nuancĂ©e de l’interprĂšte Ă©clairent toutes les connotations du texte mis en musique Ă  l’origine par Mozart pour Josefa Dusek pendant son sĂ©jour Ă  Prague en 1787. A suivre pas Ă  pas ce travail unique en son siĂšcle sur la langue et le poĂšme musical, on se dit que Mozart, s’il n’était pas mort si tĂŽt en 1791, aurait participĂ© directement Ă  l’Ă©mergence du romantisme europĂ©en, apportant son offrande personnelle d’une troublante vĂ©ritĂ©.

Le rĂ©cital peut s’entendre comme un parcours sensible et scintillant Ă  travers l’échiquier de la passion amoureuse mozartienne, c’est aussi une contribution trĂšs subtile Ă  l’éloquence poĂ©tique d’un Mozart, connaisseur et poĂšte du cƓur humain. Voici une mozartienne au chant superlatif, juste, vrai, irrĂ©sistible. Chapeau bas Ă  Dorothea Röschmann.

 

 

 

CD, compte rendu critique. Dorothea Röschmann, soprano. Mozart Arias. Sony Classical. Enregistrement réalisé en SuÚde en novembre 2014. 1 cd Sony classical

 

 

LIRE aussi notre critique complÚte du cd Robert Schumann : liederkreis, Frauenliebe une leben de Schumann, live londonien de mai 2015 par Dorothea Röschmann et Mitsuko Ushida (1 cd Decca).

GenĂšve, ONU. Daniel Barenboim, un chef pour la paix entre les peuples

Daniel Barenboim et le WEDO Ă  GenĂšve. Le classique pour la paix entre les peuples et l’accueil mondial des migrants syriens. Ambassadeur engagĂ© pour la paix entre les peuples, le chef Ă  la triple nationalitĂ© – argentine – israĂ©lienne – palestinienne (ce qui lui a valu rĂ©cemment d’ĂȘtre persona non grata en Iran, lire dĂ©pĂȘche de cet Ă©tĂ© 2015), DANIEL BARENBOIM, fondateur de l’orchestre composĂ© de jeunes musiciens israĂ©liens et palestiniens West eatern Diwan Orchestra (WEDEO), a dĂ©clarĂ© solennellement samedi 31 octobre 2015, qu’il fallait accueillir les rĂ©fugiĂ©s syriens, partout dans le monde.

 

 

 

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Fondateur du WEDO, Daniel Barenboim milite pour la pacification par la culture

Un chef, un orchestre pour la paix des peuples

Lors d’une confĂ©rence de presse, avant de donner un concert pour l’entente des civilisations et des droits de l’homme Ă  L’oNU Ă  GenĂšve en prĂ©sence de Ban Ki-Moon, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral des Nations Unies , Daniel Barenboim a prĂ©cisĂ© que l’Europe ne pouvait pas accueillir tous les rĂ©fugiĂ©s syriens :  ” le reste du monde doit participer, notamment le monde arabe ». Le maestro lui-mĂȘme a rappelĂ© l’histoire de sa famille venue de Russie Ă  la fin du XIXĂš, s’installant en Argentine pour fuir les progroms.  “Dans mon pays, l’Argentine, il y a 3 communautĂ©s de Syriens, une musulmane, une chrĂ©tienne et une juive, chacune d’elle serait heureuse d’accueillir des rĂ©fugiĂ©s“, a-t-il ajoutĂ©.

A propos des conflits civils en Israel, Daniel Barenboim confirme ses propos prĂ©cĂ©dents : il n’y a pas de solution militaire aux conflits. Tant que Palestiniens et IsraĂ©liens ne se reconnaitront pas ensemble (reconnaĂźtre et connaĂźtre l’autre, telle est la clĂ© de tout processus d’apaisement et de paix), il n’y aura pas de rĂ©solution paisible : leur destin est liĂ© indissolublement. Pas de paix sans l’apaisement des deux cĂŽtĂ©s; depuis la crĂ©ation de son orchestre West-Eastern Diwan Orchestra en 1999, Daniel Barenboim ne cesse de montrer la nĂ©cessitĂ© de travailler et ici de crĂ©er et de jouer ensemble. Le chef milite activement et rĂ©guliĂšrement pour la pacification du conflit israĂ©lo palestinien.
L’escalade actuelle fait craindre le pire : «  le conflit n’a que trop durĂ©, et il est temps que l’ONU fasse pression pour rĂ©soudre le conflit ».

Samedi 31 octobre Ă  GenĂšve, Daniel Barenboim a jouĂ© Mozart avec son orchestre : le West-Eastern Diwan Orchestra WEDO : au programme, trois symphonies composĂ©es par le gĂ©nie viennois KV 543, KV 550 et la fameuse et ultime partition symphonique de Mozart, la fameuse n°41 dite « Jupiter », manifeste lumineux portant l’espĂ©rance fruit de l’esprit des LumiĂšres.

 

 

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Le concert sera diffusĂ© le 10 dĂ©cembre 2015 en EUROVISION, Ă  l’occasion de la JournĂ©e internationale des droits de l’homme.

Daniel BarenboĂŻm et son orchestre WEDO  participeront au Concert pour la paix et les droits de l’homme des Nations unies Ă  GenĂšveen 2016, 2017, 2018 et 2019. Le concert a lieu dans la salle des droits de l’homme de l’ONU dont la coupole est une crĂ©ation poĂ©tique de l’espagnole Miquel Barcelo. Depuis 2014, la coupole aux reflets bleutĂ©s cĂ©lĂšbre chaque annĂ©e la JournĂ©e internationale des droits de l’homme.
Visitez le site de L’ONU à Genùve

Vistez le site de l’orchestre WEDO crĂ©Ă© par Daniel Barenboim

 

 

 

fayard daniel barenboim la musique est un toutLivres. Daniel Barenboim : La musique est un tout
 VoilĂ  un opuscule que beaucoup d’artistes devraient mĂ©diter, assimiler, rĂ©guliĂšrement consulter et interroger : leur place dans la sociĂ©tĂ©, la relation salvatrice de l’art et de l’engagement philosophique, sociĂ©tal Ă  dĂ©faut d’ĂȘtre politique, y gagnent un manifeste qui vaut tĂ©moignage exemplaire. Il n’est pas d’équivalent en France Ă  la personnalitĂ© transnationale du chef charismatique Daniel Barenboim aujourd’hui : une telle hauteur de vue, une telle pensĂ©e musicale et artistique se font rare et qui dans sa suite dĂ©fendront les mĂȘmes valeurs ? Humaniste engagĂ©, en particulier au service de la rĂ©conciliation des peuples au Moyen Orient, Daniel Barenboim qui a la double nationalitĂ© (palestinienne et israĂ©lienne) s’exprime ici en textes choisis, dĂ©jĂ  connus et publiĂ©s, mais rassemblĂ©s avec quelques autres plus rĂ©cents (premier chapitre ” Ă©thique et esthĂ©tique ” oĂč l’acte musical est dĂ©sormais investi d’une exigence morale). Le chef argumente sa vision de la musique, une chance pour l’humanitĂ© de sauver son destin trop marquĂ© par la guerre, la destruction, l’incommunicabilitĂ©. En homme de paix qui a cĂŽtoyĂ© les plus grands politiques, Daniel Barenboim prĂ©cise aussi ici une maniĂšre d’idĂ©al de vie, une formule personnelle qui s’appuyant sur l’expĂ©rience et les rencontres, brosse le  (l’auto)portait d’un homme de bonne volontĂ©, prĂ©occupĂ© par le sens de l’histoire et de la sociĂ©tĂ©, l’avenir des peuples pour lesquels l’offrande musicale pourrait s’avĂ©rer salutaire. Une forme de vivre ensemble, de penser autrement le monde qui suscite Ă©videmment l’admiration. LIRE notre critique complĂšte de La musique est un tout par Daniel Barenboim (Fayard)

 

 

Mozart. Les Noces de Figaro : partition des LumiÚres, opéra des femmes ?

Mozart / Da Ponte : modernitĂ© des Noces de Figaro. En pleine pĂ©riode dite des LumiĂšres, au moment oĂč Paris et la Cour de Versailles sous l’impulsion de Marie-Antoinette vivent leurs heures artistiques les plus glorieuses, Mozart et Da Ponte conçoivent en 1786, Les Noces de Figaro. Premier volet d’une trilogie exemplaire dans l’histoire de l’opĂ©ra, qui est l’enfant d’une collaboration Ă  quatre mains aux apports irrĂ©sistibles, l’ouvrage poursuit sa carrirĂše sur les scĂšnes du monde entier : c’est que sa musique berce l’Ăąme et son livret, excite l’esprit par leur justesse combinĂ©e, accordĂ©e, idĂ©alement associĂ©e. Un mariage parfait ? Figaro et Suzanne, c’est le couple de l’avenir : celui des hĂ©ros de la rĂ©volution. En eux coule pur, le sang de la justice et de la libertĂ©, les valeurs indĂ©passables de l’esprit des LumiĂšres qui devait produire la dĂ©claration universelle des droits de l’homme. C’est dire. Suivons pas Ă  pas, Ă  travers chaque acte, les thĂšmes que les deux acteurs modernes dĂ©fendent. En somme, voici l’Ɠuvre d’un Mozart libertaire et moderne, soucieux de dĂ©noncer les excĂšs de son Ă©poque pour l’avĂšnement de la sociĂ©tĂ© idĂ©ale : celle des hommes Ă©gaux, justes, responsables, respectueux. Mais oĂč le pouvoir du dĂ©sir ne serait-il pas l’Ă©lĂ©ment le plus dangereux ?

 

 

 

Mozart : Les Noces de Figaro. L'opéra des femmes ?

 

 


Le couple des LumiĂšres

Et pourtant, sa claire conscience ne peut empĂȘcher aussi de constater l’oubli des hommes Ă  ce qu’ils doivent ĂȘtre : la folie, le dĂ©sir, l’agitation ont tĂŽt fait de ruiner tout Ă©quilibre, et l’on sent bien qu’au terme de cette aventure lyrique, c’est le dieu thĂ©Ăątre qui triomphe : sa flamme et son flux incontrĂŽlable, sa tentation perpĂ©tuelle du chaos.

 

 

 

Acte I : Les serviteurs se rebiffent. Figaro dĂ©couvre que Le Comte ne cesse de harceler sexuellement sa future Ă©pouse, Suzanne. C’est l’enjeu de la premiĂšre scĂšne et du duo entre les deux serviteurs : Mozart et Da Ponte militent donc pour l’Ă©galitĂ© de tous et dĂ©noncent le droit de cuissage (droit du seigneur sur ses servantes) que veut appliquer le Comte, leur maĂźtre. Contre leur Ă©mancipation et leur union, se dressent ensuite le couple des intrigants : la vieille Marcelline et le docteur Bartolo venus se venger de Figaro… Puis quand surgit Cherubino, c’est Cupidon qui s’invite au banquet social : plus de serviteurs ni de maĂźtres, l’amour vainc tout et rend Ă©gaux tous devant la force du dĂ©sir. Ainsi si le Comte s’Ă©prend de Suzanne, si le jeune Cherubino  dĂ©vore des yeux la Comtesse, c’est dans la fable, pour mieux souligner le pouvoir de l’amour. En espĂ©rant baillonner l’attrait de ce Cupidon dangeureux Ă  sa cour, le Comte l’envoie dans l’un de ses rĂ©giments, sur un autre front, hors des antichambres du chĂąteau.

Acte II : PiĂ©ger le Comte. L’un des airs les plus mĂ©lancoliques et sombres de Mozart (“Porgi amor” : La Comtesse y exprime ses illusions et ses rĂȘves perdus, quand jeune fille, Rosina, elle Ă©tait aimĂ©e du Comte) ouvre le II. Pour se venger du Comte libidineux, Figaro propose de le piĂ©ger, dĂ©noncer son inconstance dĂ©loyale, le surprendre en sĂ©ducteur Ă©hontĂ© de Suzanne. Sommet de ce jeu de dupes, le trio “Susanna or via sortite !”, entre le Comte, la Comtesse et Suzanne), une scĂšne qui exploite au mieux le dĂ©roulement dramatique conçu par Beaumarchais dans sa piĂšce originelle : Ă  son terme, le duo des femmes triomphent car le Comte doit reconnaĂźtre sa violence tyrannique et prĂ©senter ses excuses. Mais rebondissement contre le couple Figaro et Suzanne, le trio des intrigants, Marcelline et Bartolo rejoint par Basilio (sublime rĂŽle de tĂ©nor comico hĂ©roĂŻque) reparaĂźt exigeant que Figaro honore ses promesses (et Ă©pouse la vieille Marcelline!). La confusion qui conclut le II, est une synthĂšse de tous les ensembles buffas d’une trĂ©pidante vitalitĂ©.

Acte III. Le procĂšs de Figaro a lieu. Rebondissement : Marcelline qui devait l’Ă©pouser illico devant le juge Curzio, reconnaĂźt en Figaro son propre fils, qu’elle eut avec…. Bartolo. La Comtesse et Suzanne plus remontĂ©es que jamais, rĂ©dige la lettre dans laquelle Suzanne donne rendez vous le soir mĂȘme au Comte (pour le piĂ©ger et dĂ©noncer sa dĂ©loyautĂ© devant tous). Le Comte rĂ©ceptionne le billet et s’en rĂ©jouit.

L’Acte IV s’ouvre avec un nouveau solo fĂ©minin (Les Noces sont bien l’opĂ©ra des femmes) : sublime air de dĂ©ploration tendre de Barbarina qui pleure de ne pouvoir retrouver l’Ă©pingle qu’elle devait remettre Ă  Suzanne (“L’ho perduta”). Profond et allusivement trĂšs juste, l’opĂ©ra dĂ©voile aussi l’amertume et le dĂ©sarroi de ses hĂ©ros : ainsi Figaro qui mĂȘme s’il sait le piĂšge tendu au Comte, doute un moment de la sincĂ©ritĂ© de Suzanne (superbe rĂ©citatif et l’air qui suit : “Tutto Ăš dispoto”… “Aprite un po’ quegl’occhi…”). L’ouvrage de Mozart est ainsi ponctuĂ© de miroitement psychique d’une infinie vĂ©ritĂ© dont la sincĂ©ritĂ© nous touche particuliĂšrement. La nuit est propice aux travestissements et troubles de toute sorte : chacun croyant voir ce qu’il redoutait, redouble de rage amĂšre Ă  peine voilĂ©e (La Comtesse habillĂ©e en Suzanne est courtisĂ©e par ChĂ©rubin) : Suzanne, dĂ©guisĂ©e en Comtesse est abordĂ©e par Le Comte. Puis Figaro dĂ©masquant Suzanne en Comtesse, la courtise sans mĂ©nagement au grand dam du Comte qui surgit et criant au scandale face Ă  son Ă©pouse indigne, s’agenouille finalement… reconnaissant sous le voile,… Suzanne qu’il venait de courtisĂ©e. La Comtesse obtient alors le pardon du Comte, Ă  dĂ©faut de la promesse de son amour. Car le lendemain, tout ce qui vient d’ĂȘtre rĂ©tabli ne va-t-il pas se dĂ©faire Ă  nouveau ? L’inconstance rĂšgne dans le cƓur des hommes…

Remarque : Rosina, Suzanna, mĂȘme gĂ©nĂ©ration. la tradition hĂ©ritĂ©e du XIXĂš remodĂšle (dĂ©nature) les rapports entre les personnages a contrario des tessitures d’origine. Soulignons dans la partition voulue par Mozart, la gemmĂ©litĂ© des timbres des deux sopranos : la Comtesse et Suzanne. Les deux rĂŽles doivent en rĂ©alitĂ© ĂȘtre chantĂ©s par deux voix claires, peut-ĂȘtre plus sombre pour Suzanne. EpousĂ©e adolescente par Almavivva, Rosina devenue Comtesse est Ă  peine plus ĂągĂ©e que sa camĂ©riste, Suzanne.

 

 

Cinéma : Les Noces de Figaro par McVicar

nozze di figaro, noces de figaro covent garden royal opera house londres david Mc Vicar presentation review announce classiquenewsCinĂ©ma, ce soir 19h30 : Les Noces de Figaro par McVicar depuis le Royal Opera House Covent Garden, Londres. Figaro romantique
 CrĂ©Ă©e dĂ©jĂ  en 2006 sur le mĂȘmes planches, cette production des Noces de Figaro de Mozart et son librettiste Da Ponte (1786), d’aprĂšs Beaumarchais (La Folle journĂ©e ou le Mariage de Figaro), transpose la fiĂšvre rĂ©volutionnaire des serviteurs, du XVIIIĂš d’avant 1789
 en 1830 soit Ă  l’Ă©poque de la Restauration. McVicar imagine donc un Figaro …. romantique. Mais si l’ordre monarchique fait son retour, le Figaro hier campĂ© par le baryton Erwin Schrott, a gagnĂ© en certitude et dĂ©termination, n’hĂ©sitant directement Ă  dĂ©fier le comte Almaviva, tandis que aux cĂŽtĂ©s de cette lutte des classes (dominĂ©s / dominants), se joue aussi une guerre sociale : la guerre des sexes Ă  travers l’alliance des femmes : la Comtesse et Suzanne, vraies maĂźtresses de cet Ă©chiquier fragile, innerve regards, jeu d’acteurs et mouvements, en une fresque Ă©motionnelle vive. DĂ©cors, gestes, dĂ©placements sont millimĂ©trĂ©s comme d’habitude chez David McVicar qui prĂ©serve toujours la parfaite lisibilitĂ© de l’action sans omettre l’expression des intentions parallĂšles. En 2015 pour la reprise de la production des Noces de Figaro de Mozart par Mc Vicar, l’opĂ©ra londonien affiche une nouvelle distribution : avec toujours l’infatigable et trĂšs fĂ©lin Erwin Shrott dans un rĂŽle qu’il sert Ă  merveille (Figaro), Anita Hartig (Susanna), StĂ©phane Degout (Almaviva), Ellie Dehn (la Comtesse), Kate Lindsey (Cherubino)…

 

 

Infos, réservation, salles de cinéma partenaires de la diffusion

Les Noces de Figaro par McVicar sur le site de la Royal Opera House Covent Garden Londres

 

 

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Erwin Shrott, Figaro Ă©ruptif et fĂ©lin Ă  Londres dans les Noces de Figaro de Mozart transposĂ© par Mc Vicar Ă  l’Ă©poque de la Restauration (DR)

 

 

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Extrait de la biographie portrait rĂ©alisĂ©e en 2008 par  notre rĂ©dacteur Lucas Irom : “Erwin Schrott, nouvelle icĂŽne lyrique ? Une basse qui barytone avec un magnĂ©tisme dramatique et colorĂ© comme peu autour de lui
 une diction amusĂ©e, hĂ©doniste, sanguine et palpitante offrant une incarnation nerveuse chez Mozart (Figaro, Les noces), mais aussi cette gravitĂ© sombre du timbre qui lui permet de jouer sur les registres du chant viril Don Giovanni, MĂ©phistophĂ©lĂšs
 : l’art vocal de l’uruguyen Erwin Schrott (36 ans en 2008, nĂ© Ă  Montevideo en 1972) se taille une part majeure parmi les jeunes tempĂ©raments de la scĂšne lyrique actuelle.

 

Acteur-chanteur
Le chanteur est dĂ©jĂ  un acteur aguerri. Sur les 8 personnages abordĂ©s dans son premier disque chez Decca, de Mozart, Verdi et Gounod Ă  Meyerbeer et Berlioz, l’interprĂšte a incarnĂ© sur scĂšne
 5 rĂŽles. Pas si mal, pour un talent rĂ©cent de plus en plus indiscutable
 Avant de chanter, le jeune homme lava des voitures et aida ses parents dans le restaurant familial, Ă  l’époque oĂč l’Uruguay traversait l’une de ses crises Ă©conomiques les plus difficiles. Du mĂ©tier de chanteur et de l’opĂ©ra en gĂ©nĂ©ral, le baryton-basse avoue avoir tout appris de la pianiste et metteuse en scĂšne, Emilia Rosa, aujourd’hui dĂ©cĂ©dĂ©e. Quittant l’AmĂ©rique du Sud, le jeune interprĂšte rejoint l’Italie pour parfaire son apprentissage vocal: Leo Nucci lui prodigue de prĂ©cieux conseils. A Montevideo, Erwin Schrott se distingue Ă  22 ans, en 1994, dans le rĂŽle de Roucher, d’Andrea ChĂ©nier, un rĂŽle qui lui offre une premiĂšre incarnation ample et dramatique. Suivant le conseil de Mirella Freni, le jeune artiste sait prĂ©server son talent en choisissant des rĂŽles expressifs “confortables”, au risque mesurĂ©: Colline (La BohĂšme), Masetto (Don Giovanni), Timur (Turandot), Ramfis (AĂŻda), 
 un apprentissage de longue haleine, Ă  l’implication progressive et constante qui lui permet de fouiller son approche psychologique des caractĂšres sans porter atteinte Ă  son timbre.

Leporello et Don Giovanni
En 1998, le baryton (26 ans) remporte le premier prix du Concours Operalia de Placido Domingo. L’ascension ne tarde comme l’exposition dans des rĂŽles plus audacieux: Pharaon (MoĂŻse et Pharaon de Rossini) sous la baguette de Muti, surtout Leporello et Don Giovanni (chantĂ© pour la premiĂšr fois en 2004 Ă  Whashington), comme Figaro, font de lui un mozartien Ă  la sanguinitĂ© extravertie, non dĂ©nuĂ© d’une exigence linguistique. Il ne s’agit pas de dĂ©ployer une palette vocale riche et ample, il faut aussi incarner les Ă©tats Ă©motionnels de la musique. Un dĂ©fi que le chanteur souhaite relever avec assiduitĂ©. Ainsi, trouvant son Figaro de 2006, un rien trop “volcanique”, l’interprĂšte veille Ă  ciseler davantage la vĂ©ritĂ© de son approche scĂ©nique et vocale.

Aujourd’hui, l’artiste recherche Ă  raffiner davantage chacun des rĂŽles qu’il a abordĂ©s sur scĂšne: Narbal (Les Troyens de Berlioz), Macbeth (Verdi), OnĂ©guine (TchaĂŻkovski), comme il recherche Ă  Ă©largir sa palette Ă©motionnelle grĂące Ă  de nouveaux rĂŽles, dont quelques Belliniens: Rodolfo (La Sonnambula), Giorgio (I Puritani)


erwin schrott don giovanni mozart baden baden 2013 1A l’étĂ© 2008, Erwin Schrott chante Leporello Ă  Salzbourg (dans la mise en scĂšne de Claus Guth sous la direction de Bertrand de Billy), avant d’aborder Don Giovanni au Metropolitan de New York, Escamillo (Carmen) Ă  la Scala sous la baguette de Barenboim, et Figaro, dans Les Noces de Figaro, Ă  Vienne, la capitale autrichienne oĂč, il y a quelques annĂ©es, il dĂ©sespĂ©rait de ne jamais trouver d’engagement aprĂšs avoir Ă©chouĂ© au Concours Hans Gabor Belvedere. A force de tĂ©nacitĂ©, l’artiste a su dĂ©montrĂ© son immense talent
 un talent qui pourrait devenir art majeur s’il travaille encore sa diction et la finesse de ses rĂŽles. Promis Ă  une belle carriĂšre, Erwin Schrott, compagnon Ă  la ville de la soprano autrichienne et russe, Anna Netrebko, nous offrira un prochain accomplissement en chantant avec sa compagne. En attendant ce duo miraculeux (Don Giovanni de Mozart filmĂ© en 2013 Ă  Baden Baden oĂč Netrebko joue Donna Anna), le baryton pourrait bien devenir la nouvelle icĂŽne lyrique des annĂ©es Ă  venir. “

erwin_schrott_arias_frizza_deccaPortrait rĂ©alisĂ© Ă  l’occasion de la sortie de son premier album chez Decca : Erwin Schrott : arias. un rĂ©cital lyrique qui mĂȘle Mozart (6 airs sur les 12 au total), Verdi (Don Carlos, Les VĂȘpres Siciliennes, chantĂ©s en Français), Berlioz (La Damnation de Faust), Gounod (Faust), Meyerbeer (Robert le diable)
 Mozartien, Verdien, mais aussi MĂ©phistophĂ©lĂšs au rire sardonique, le baryton-basse nous offre une palette dramatique particuliĂšrement riche et convaincante.  Erwin Schrott: Arias 1 cd Decca. Avec l’Orquestra de la Comunitat Valenciana. Riccardo Frizza, direction (2008)

 

Compte rendu, opĂ©ra. Paris. ThĂ©Ăątre des Champs ElysĂ©es, le 20 septembre 2015. Mozart : L’EnlĂšvement au sĂ©rail. Jane Archibald, Mischa Schelomianski
 Ensemble Aedes, choeur. Le Cercle de l’Harmonie, orchestre. JĂ©rĂ©mie Rhorer, direction.

Fabuleuse version de concert de L’EnlĂšvement au SĂ©rail de Mozart au ThĂ©Ăątre des Champs ElysĂ©es. Le Cercle de l’Harmonie sous la direction de JĂ©rĂ©mie Rhorer campe une performance d’une frappante vivacitĂ©. Jane Archibald est la chef de file de la distribution dans le rĂŽle extrĂȘmement virtuose de Constance, qu’elle honore avec le dĂ©ploiement de tous ses talents musicaux et thĂ©Ăątraux ! Les choeurs sont assurĂ©s par l’Ensemble Aedes tout aussi vivace et virtuose. Des ingrĂ©dients parfait pour un Ă©vĂ©nement unique.

 
 
 

Un Mozart d’amour presque parfait…

 

rhorer jeremie enlevement au serail mozart tce jane archibaldLe premier singspiel ou opĂ©ra allemand de la maturitĂ© de Mozart, est en fait une commande de l’Empereur Joseph II crĂ©Ă© en 1782. Il reprĂ©sente un vĂ©ritable Ă©largissement du genre, ouvrant la voie Ă  la FlĂ»te EnchantĂ©e, Ă  Fidelio, au FreischĂŒtz. VoilĂ  le premier grand opĂ©ra allemand et le plus grand succĂšs des opĂ©ras du vivant du gĂ©nie Salzbourgeois. Ici nous pouvons trouver, comme c’est le cas aussi pour Idomeneo, les germes de toute la musique de l’avenir de Mozart. Comme dans tous ses opĂ©ras, le thĂšme de base est celui de l’amour qui triomphe sur toutes les forces hostiles qui s’y opposent.  Il s’agĂźt Ă©galement d’une Ɠuvre d’art d’une grande difficultĂ© interprĂ©tative, l’Empereur mĂȘme dit Ă  Mozart “Trop beau pour nos oreilles, et beaucoup trop de notes”. Phrase souvent paraphrasĂ©e et devenue clichĂ© populaire, notamment grĂące au film de Milos Forman « Amadeus ».

Avec son librettiste Johann Gottlieb Stephanie, Mozart remanie et amĂ©liore la forme de l’opĂ©ra de sauvetage, typique au 18Ăšme siĂšcle. L’histoire d’une simplicitĂ© tout Ă  fait allemande raconte l’aventure de Belmonte, dont l’entreprise est d’enlever sa bien-aimĂ©e Constance, ainsi que sa servante Blondine et son ami Pedrillo, hors du palais du Pacha SĂ©lim. Celui-ci les a achetĂ©s auprĂšs des pirates et est Ă©pris de Constance, qui devient sa favorite malgrĂ© sa fidĂ©litĂ© immuable Ă  Belmonte. Blondine inspire la curiositĂ© d’Osmin, le gardien du sĂ©rail attirĂ© par elle, tandis que Pedrillo, amoureux d’elle aussi, concocte un plan pour aider Belmonte. AprĂšs une sĂ©rie de situations d’un lyrisme succulent, les protagonistes sont capturĂ©s par Osmin juste avant leur dĂ©part. Il insiste qu’on les pende pour trahison, chose Ă  laquelle le Pacha pense profondĂ©ment, surtout aprĂšs avoir dĂ©couvert que Belmonte est le fils d’un ancien ennemi. Il finit par choisir le chemin de la magnanimitĂ© ordonnant leur libĂ©ration immĂ©diate. D’une façon plutĂŽt audacieuse et insolente, mais toujours sublime, Mozart met en scĂšne son monarque Ă©clairĂ© en guise de Turc ! De quoi choquer et amuser le public cosmopolite de l’Empire Austro-Hongrois, mais aussi le public parisien de 2015… Ma non troppo.

Une version de concert de L’EnlĂšvement au SĂ©rail a la qualitĂ© d’Ă©pargner le public des trop frĂ©quentes lectures mĂ©diocres des metteurs en scĂšne. Certes, le livrait, riche en poĂ©sie, n’est pas le plus thĂ©Ăątral. Cependant un metteur en scĂšne de talent peut exploiter l’ouvrage au maximum. Or, il paraĂźt que les choix sont souvent fait par rapport Ă  la notoriĂ©tĂ© des directeurs scĂ©niques ou leur indisposition Ă  s’attaquer Ă  telle Ɠuvre ; consĂ©quence : on donne souvent la tĂąche Ă  ceux qui osent. Mais pas aux jeunes metteurs en scĂšne riches en idĂ©es, mais Ă  des artistes des domaines diffĂ©rents avec l’espoir que ce sera bien. Une attitude qui dessert l’art lyrique et que les directeurs de maisons d’opĂ©ra devraient revoir avec un esprit plus visionnaire et critique. Cependant, en ce qui concerne ce fabuleux opus de Mozart, la tĂąche de la distribution des chanteurs n’est pas facile non plus. Constance est un des rĂŽles les plus virtuoses pour soprano colorature, ainsi que celui d’Osmin, pour basse colorature (!). Ce soir au ThĂ©Ăątre des Champs ElysĂ©es, nous avons la grande chance de compter avec Jane Archibald dans le rĂŽle de Constance. Elle affirme une performance tout Ă  fait exemplaire ! Elle ose intervenir sur la partition et s’approprier le rĂŽle de façon trĂšs rĂ©ussie. Son « Ach ! Ich Liebte » du premier acte est davantage dramatique et cause des frissons, le « Traurigkeit » au deuxiĂšme tout simplement exquis, et l’archiredoutable « Martern Aller Artern », le sommet de virtuositĂ© sans aucun doute ! Que ce soit la projection, le timbre, l’intensitĂ©, le souffle ou l’agilitĂ©, en solo ou dans les nombreux passages d’ensemble, elle rayonne et Ă©tonne Ă  chaque moment. L’Osmin de la basse Russe Mischa Schelomianski est aussi au sommet d’expression. Il fait preuve d’une technique impeccable, d’une voix large comme le monde, tout en gardant l’esprit bouffe mais touchant du personnage. Son « Ha! Wie will Ich triumphieren » au troisiĂšme acte est fantastique. Il s’agĂźt du morceaux le plus virtuose pour basse colorature de tout le rĂ©pertoire
 et il est Ă  la hauteur !

Le Pedrillo du tĂ©nor amĂ©ricain David Portillo rayonne de candeur, il a un beau timbre et Ă©clipse par son talent et son charme l’autre tĂ©nor de la partition, dont nous parlerons bientĂŽt. Il est de mĂȘme trĂšs complice dans les ensembles et sa performance laisse un beau souvenir dans l’esprit. Pareillement pour la Blondine de Rachele Gilmore, dont la voix d’une lĂ©gĂšretĂ© et une agilitĂ© improbable, est aussi trĂšs charmante. Le rĂŽle de Belmonte est l’un des plus aigus du rĂ©pertoire mozartien, et aussi l’un des plus beaux, des plus romantiques dans le sens superficiel et le sens profond. Il est vrai que Mozart sacrifie un peu de vraisemblance et du sĂ©rieux en lui confiant des morceaux oĂč la virtuositĂ© technique peut mĂȘme distraire des propos plus sentimentaux que comiques, -l’une des difficultĂ©s pour les metteurs en scĂšne et les interprĂštes. Ce soir, le tĂ©nor AmĂ©ricain Norman Reinhardt ouvre l’oeuvre avec une belle voix, avec un beau timbre, mais avec une trop timide projection. Ensuite son duo fabuleux avec Osmin confirme notre crainte initiale : il se voit complĂštement Ă©clipsĂ© par la voix d’Osmin de grande ampleur et par l’orchestre que le jeune chef JĂ©rĂ©mie Rhorer dirige avec vivacitĂ© et attention. Pendant les trois actes, il a plusieurs interventions, mais n’arrive jamais Ă  se rattraper
 et paraĂźt malheureusement dĂ©passĂ© par le rĂŽle.

Le choeur Aedes dirigĂ© par Mathieu Romano quant Ă  lui s’accorde Ă  la vivacitĂ© et au brio gĂ©nĂ©ral du concert. L’ensemble s’affirme avec un dynamisme saisissant, plein de brio ! Tout comme le Cercle de l’Harmonie qui pilotĂ© par le jeune maestro, capture Ă  merveille l’entrain et l’aspect oriental de la partition. Remarquons un premier violon fabuleux, le concertino des vents brillants sans dĂ©faut ou encore les percussions « turques » pĂ©tillantes ! Un EnlĂšvement au SĂ©rail en concert presque parfait, un vĂ©ritable bonheur musical pour les auditeurs !

Illustration : Jérémie Rhorer (DR)