CD événement, critique. Karine Deshayes, Delphine Haidan. Deux mezzos sinon rien (1 cd Klarthe records)

deux-mezzos-sinon-rien-cd-concert-critique-classiquenews-CLIC-de-classiquenews-compte-rendu-annonce-KLARTHE-recordsCLIC D'OR macaron 200CD événement, critique. Karine Deshayes, Delphine Haidan. Deux mezzos sinon rien (1 cd Klarthe records) – Il revient ainsi à Klarthe de fixer l’entente et la douce complicité de deux mezzos françaises particulièrement bien associées. Le programme est à la hauteur de la promesse : habilement équilibré, lieder de Brahms et de Mendelssohn auxquels répondent plusieurs mélodies également en duo, de Gounod, Saint-Saëns, Fauré, Massenet… parmi les moins connues et les plus évocatrices. Le jeu du compositeur et chef Johan Farjot apporte un tapis pianistique des plus articulés, opérant dans le registre que les deux voix déploient sans peine : l’écoute complice, la complémentarité poétique.
En ouverture, les Quatre mélodies de Brahms sont abordées avec légèreté, un allant sans affectation dès la première (« Die Schwestern » / les sœurs, titre bien choisi) une attention partagée dans l’écoute à l’autre ; les deux voix de mezzos, proches et pourtant caractérisées, interchangeables et distinctes, semblent exprimer la double face d’une même intention : insouciance, introspection plus secrète et intime pour le second lied – achevé comme une interrogation (Klosterfräulein) ; souple et presque sensuelle, « Phenomen » s’énonce comme une douce prière, celle adressée à un cœur chenu qui peut encore aimer…
Les amateurs de mélodies françaises seront ravis à l’écoute des perles et joyaux qui suivent. Karine Deshayes déploie sa soie flexible d’abord dans la première séquence « D’un cœur qui t’aime », timbre clair, aigus naturels et rayonnants auquel répond le chant plus sombre de sa consœur Delphine Haidan. Les deux fils vocaux tissant ensuite une tresse souple et équilibrée où les deux timbres se répondent et dialoguent sur le texte de Racine.
Les 3 oiseaux de Delibes se distingue par sa coupe précise et sobre, son intensité tragique progressive, jusqu’à la dernière strophe qui fixe une situation … perdue.
Révélateur d’un génie opératique et d’un raffinement supérieur, le cycle des deux mélodies de Saint-Saëns captivent tout autant : sur un rythme mi habanera / boléro pour la première (El Desdichado, – texte du librettiste Jules Barbier) et sur le sujet d’un cœur pris dans les rêts de l’amour cruel ; plus insouciante et presque fleurie, La Pastorale d’après le texte de Destouches est d’un délicieux parfum néo baroque.
La première des 3 mélodies de Massenet  « Rêvons c’est l’heure » (d’après Paul Verlaine) charme comme un nocturne enivré et suspendu; la tendresse rayonne dans « Marine » cultivant un climat éthéré, murmuré; enfin « Joie » s’électrise grâce aux deux voix admirablement accordées.
L’une des plus longues mélodies : « Bienheureux le cœur sincère » de Gounod,  est une prière ardente qui célèbre à la façon d’un cantique la justice divine et la bonheur des Justes… Chausson diffuse son romantisme subtil et sombre d’une enivrante intériorité (sublime « La nuit ») ; quand Fauré (« Puisqu’ici bas… ») sait exploiter toutes les nuances suaves des deux lignes vocales comme enlacées / torsadées. Le poids des mots, la nuance et l’équilibre des timbres, la caresse du piano font toute la valeur de ce programme dédoublé mais unitaire, original et cohérent. Un album qui est aussi déclaration musicale car le duo « Deux mezzos sinon rien » entend à présent conquérir à deux voix, scènes et théâtres. On s’en réjouit. Prochain concert le 28 octobre au Bal Blomet (Paris)…

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CD événement, critique. Karine Deshayes, Delphine Haidan. Deux mezzos sinon rien (1 cd Klarthe records)  enregistrement réalisé en mai 2019  —  CLIC de classiquenews, automne 2020.

Johannes BRAHMS | 4 duos, opus 61
Charles GOUNOD | D’un coeur qui t’aime
Léo DELIBES | Les 3 oiseaux
Camille SAINT-SAËNS | El Desdichado
Camille SAINT-SAËNS | Pastorale
Jules MASSENET | Rêvons, c’est l’heure
Félix MENDELSSOHN | 4 duos, opus 63
Jules MASSENET | 2 Duos, op 2
Charles GOUNOD | Bienheureux le coeur sincère
Ernest CHAUSSON | La nuit – op 11, n°1
Gabriel FAURÉ | Pleurs d’or – op 72
Gabriel FAURÉ | Puisqu’ici bas toute âme – op 10
Johannes BRAHMS | Die Meere – op 20, n°3

Karine Deshayes | Delphine Haidan
Johan Farjot, piano

VOIR toutes les infos sur le site du label KLARTHE records
https://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/deux-mezzos-sinon-rien-detail

 

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CONCERT
Karine Deshayes | Delphine Haidan
Quatuor Ardeo
le 28 octobre 2020 – 20h30
au Bal Blomet à Paris

Réservations
http://www.balblomet.fr/events/ardeo/

DVD, BLU RAY, critique. COPPELIA : Bolshoi Ballet HD collection (Vikharev, Sorokin 2018 – 1 dvd BelAir classiques)

coppelia-delibes-bolshoiballet-critique-danse-compte-rendu-review-dvd-ballet-classiquenews-musique-classique-classiquenews-bac163-cover-coppliarectoDVD, BLU RAY, critique. COPPELIA : Bolshoi Ballet HD collection (Vikharev, Sorokin 2018 – 1 dvd BelAir classiques). Depuis 2012, le Ballet du Bolshoi ressuscite une nouvelle version plus romantique, assurément plus traditionnelle (décors, costumes, pantomime très inscrits dans l’esthétique d’un XVIIè repensé par la France des classes du XIXè, au début des années 1870). Ainsi dans cette chorégraphie repensée par le moderne Sergey Vikharev, d’après Enrico Cecchetti et Marius Petipa, la vision sociétale est simpliste parfois sommaire : les villageois dont font partie Swanilda (et son blé proclamé), et son fiancé, un temps volage, Frantz. La soldatesque d’autre part, celle qui fait l’admiration du jeune homme, qui chahute un tantinet le vieux Coppelius au début du II ; puis devant le seigneur, le spectacle, apothéose de la ballerina, la fiancée qui a su démasquer la poupée séductrice, la naïveté de Frantz, et aussi tuer le piège dans lequel le professeur Coppelius souhaitait emporter jusqu’à l’âme du jeune amoureux transi.

 
 
 

Coppelia version Vikharev (2009)

Le Bolshoï, un certain Classicisme nostalgique

 
 
 

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L’astuce de Swanilda, sa loyauté pour Frantz, son désir de rompre l’enchantement dont est victime ce dernier, sa compétence pour faire échouer l’œuvre machiavélique et mécanique de Coppelius, tout en le trompant, … triomphent dans l’acte III. Après la scène où la danseuse prend la place de la poupée – tableau d’une ambivalence délicieuse où la jeune fiancée illusionne la naïveté du pseudoscientifique (en lui faisant croire qu’une mécanique pouvait atteindre la vie elle-même, et donc la grâce d’une danseuse réelle), l’acte III est un tremplin somptueux où rayonne cette même élégance d’une Swanilda, jeune épouse victorieuse. Petipa révise le conte originel d’ETA HOFMANN dont le fantastique noir et tragique réservait un destin différent au jeune couple amoureux.

La production filmée par Bel Air classiques a été diffusée en juin 2018 en direct au cinéma, depuis la scène du Bolshoi. En voici la trace. Vikharev a déjà traité parmi les grands ballets du XIXè : La Belle au bois dormant, La Bayadère, Raymonda… en s’inspirant des témoignages d’époque, en particulier les usages et la pratique dansante à Saint-Pétersbourg. On se délecte ainsi du ballet des heures totalement restitué en déploiement collectif et force groupes de danseurs.

La magie de la partition de Delibes concourt beaucoup à la réussite de ce spectacle : les danses Czardas, Mazurka (début du II) – éléments du folklore d’Europe de l’Est, en gagnent une vivacité régénérée. Portés par le tapis orchestral, d’un raffinement inouï, et d’une très belle tendresse mélodique (proche des valses de Strauss), les deux rôles principaux brillent par un naturel élastique, aussi acrobatique qu’élégant : Margarita Shrayner dans le rôle de la courageuse Swanilda captive par sa grâce constante : légère, sincère, presque naïve au I ; puis astucieuse et plus dramatique au II ; impériale et souveraine au III. L’intelligence de la danseuse suit pas à pas l’évolution de son caractère selon les péripéties de l’action… laquelle est beaucoup moins décorative qu’il n’y paraît. Loin d’être nunuche, Swanilda ose déniaiser les mâles en présence : l’amoureux transi et pâlot Frantz, le fou laborantin Coppelius, convaincu qu’il peut donner vie à une mécanique en lui transférant l’âme d’un mortel… La victoire de la danseuse passe au III par la sublimation de sa chorégraphie qui en fait une héroïne de chair, une âme valeureuse qui pense et agit.  Un modèle du genre. L’interprète requise sait ciseler ses pas et ses figures avec une flexibilité admirable et un naturel qui rompt avec la pure technicité, ailleurs, froide et glacée. A ses côtés, malgré la fragilité et la minceur psychologique du personnage de Frantz, Artem Ovcharenko, habitué de l’œuvre, convainc lui aussi, comme le rôle de comédien moins de danseur, de Coppelius dont le mûr Alexey Loparevich fait une figure de caractère, cependant parfois un peu caricaturale.
La volonté de Vikharev est d’exalter le patrimoine russe quitte à manquer parfois de légèreté ou d’équilibre dans costumes et décors. Pour être concret, l’étalage de détails et d’accessoires comme de couleurs dans l’essor des costumes brouille souvent la lisibilité des mouvements. Ce culte nostalgique d’un âge d’or de la danse au Bolshoï marque les esprits par cet hyper classicisme de la forme, auquel la souplesse naturelle des deux solistes (Swanilda et Frantz) apporte une sincérité salvatrice. A connaître indiscutablement.

 
 
 

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Delibes : Coppélia [DVD & Blu-ray]
Ballet en trois actes

Musique : Léo Delibes (1836-1891)
Livret : Charles Nuitter & Arthur Saint-Léon d’après les contes fantastiques de E.T.A. Hoffmann

Swanilda : Margarita Shrayner
Frantz Artem : Ovcharenko
Coppélius : Alexey Loparevich
Huit amies : Xenia Averina, Daria Bochkova, Bruna Cantanhede Gaglianone, Antonina Chapkina, Anastasia Denisova, Elizaveta Kruteleva, Svetlana Pavlova, Yulia Skvortsova
Coppélia (Automate) : Nadezhda Blagova
Seigneur du manoir : Alexander Fadeyechev
Bourgmestre : Yuri Ostrovsky
Chronos : Nikolay Mayorov
Mazurka : Oksana Sharova, Alexander Vodopetov, Ekaterina Besedina, Dmitry Ekaterinin
Czardas : Kristina Karasyova, Vitali Biktimirov
Aurore : Anastasia Denisova
Prière : Antonina Chapkina
Travail : Daria Bochkova, Ksenia Averina, Maria Mishina, Stanislava Postnova, Tatiana Tiliguzova
Folie : Elizaveta Kruteleva

Corps de Ballet, Acteurs et Actrices du Théâtre Bolchoï
Élèves de l’Académie Chorégraphique de Moscou

Orchestre et Chœur du Théâtre Bolchoï
Direction musicale : Pavel Sorokin

Chorégraphie Marius Petipa, Enrico Cecchetti
Nouvelle version chorégraphique Sergey Vikharev
Scénographie : Boris Kaminsky
Costumes : Tatiana Noginova
Lumières : Damir Ismagilov

 
 
 

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Enregistrement HD : Théâtre du Bolchoï, 06/2018
Réalisation : Isabelle Julien
Date de parution : 12 avril 2019 / 1 dvd, Blu ray Bel Air classiques

 
 
 

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Delibes : Sylvia, Coppelia sur Brava HD

delibes Léo_Delibes_1891BRAVA HD. Delibes : Sylvia, Coppelia, le 21 février 2016, 20h30 puis 22h.  Hommage spécial à Léo Delibes pour les 125 ans de sa disparition. 2016 marque les 125 ans de la disparition du compositeur romantique Léo Delibes (1836-1891). La musique de Delibes a gagné ses galons de la renommée grâce à ses deux ballets, devenus sommets romantiques,  « Sylvia » et « Coppélia ». Tchaïkovski était grand admirateur de Delibes : il préférait « Sylvia » à son propre « Lac de cygnes ». Chose curieuse, « Sylvia » n’a pas été dansé pendant des décennies, jusqu’à ce que la chorégraphie de 1952 de Sir Frederick Ashton soit réinterprétée par le Royal Ballet de Londres. Brava diffuse la production à 20h30, ce 21 février. Ensuite, à 22h04, place à « Coppélia », la figure légendaire qui mêle féerie et fantastique. Le chorégraphe Eduardo Lao et son Ballet Víctor Ullate redonnent vie à cette œuvre. Le jour du 180e anniversaire de sa naissance, Brava honore Léo Delibes en présentant deux productions qui soulignent la brava 2016 logo brava logopertinence poétique et la puissance dramatique de son œuvre. Récemment (2011), le Palais Garnier a ressuscité avec faste et magie le ballet La Source de 1866 que Degas a peint, lui aussi subjugué par la force onirique de la musique de Delibes… LIRE notre compte rendu de La Source de Delibes à l’Opéra de Paris en octobre 2011

 

 

delibes degas 1868 Mlle-Fiocre-in-the-Ballet-The-Source-Edgar-Degas-1867-68

Edgar Degas : Melle Fiocre dans le ballet La Source, musique de Delibes (1868)

 

Dimanche 21 février 2016 à 20h30 
Delibes – Sylvia 

brava-hd-leaderboard-ete-2015-from-20-juillet-2015« Un homme aime une femme, la femme est capturée par un méchant, la femme est rendue à l’homme par Dieu. » C’est la façon dont Sir Frederick Ashton a décrit l’histoire du ballet Sylvia en quelques mots. Sa chorégraphie a rendu ce ballet à la vie et l’a révélé au monde entier en 1952. Les représentations avant cette date n’étaient pas très réussies, peu scrupuleuses dans la restitution de la danse, malgré la musique magnifique, et le ballet n’était guère représenté pendant des années. Depuis Ashton, l’œuvre a retrouvé sa place dans le répertoire classique de toutes les grandes compagnies. Production enregistrée au Royal Opera House en 2007, avec entre autres Darcey Bussel, Roberto Bolle, Thiago Soares.

Compositeur : Léo Delibes

Chef d’orchestre : Graham Bond

Solistes : Sylvia: Sylvia: Darcey Bussell, Aminta: Roberto Bolle, Orion: Thiago Soares, Eros: Martin Harvey, Diana: Mara Galeazzi

Ballet : Ballet de la Royal Opera House

Chorégraphie : Frederick Ashton

Orchestre : Orchestre de la Royal Opera House

Producteur : BBC, Royal Opera House

Réalisateur : Ross MacGibbon

Lieu : Royal Opera House, Londres

Année : 2007

Pertinent Delibes. Grâce à sa Sylvia, le monde de la forêt, des suivantes de Diane, des chasseresses et des bergers n’a rien de la fantaisie légère et décorative du pastoralisme d’un Rameau ou des compositeurs du XVIIIè, lorsque ce dernier par exemple mettait en scène la mythologie grecque.
Sylvia est un ballet “moderne” créé spécialement pour le nouvel Opéra de Charles Garnier en 1876. Les scénographes selon les productions renforce sa séduction “contemporaine”, sa construction nette et franche, qui nous éloigne ô combien des poncifs larmoyants et romantiques du ballet classique.
Ici, les hommes restent seules, incompris. Ils souffrent: Aminta, amoureux de la belle nymphe chasseresse, Sylvia, suivante de Diane, aime sans retour. Et même Diane qui se souvient de son bel Endymion, reste in fine, en fin de ballet, irrémédiablement seule.
L’amour est une souffrance, un délice mortel qui blesse et afflige. Voici donc un ballet bien peu conforme et complaisant qui offre un quatuor de rôles superbes pour des solistes rompus à l’élégance acrobatique. Diane se languit d’Endymion, veut séparer Aminta de Sylvia, mais ne connaît aucun bonheur ; Aminta reste un peu lisse et sans guère d’aplomb, un peu comme Ottavio dans le Don Giovanni de Mozart: un benêt fade qui admire sans se battre: est-il réellement digne d’être aimé de Sylvia ?….. D’abord, Sylvia, tendre, juvénile, d’une nervosité fière et idéale : elle est prête pour se laisser séduire par le bel et tentateur Orion (Amour déguisé). Sur la scène de l’Opéra de Paris en 2005, Aurélie Dupont devenue directrice de la Danse depuis quelques jours (février 2016) incarnait une chaste et suave Sylvia, prête à croquer la fruit défendu… La chorégraphie de John Neumeier souligne alors la défaite du bonheur, la tension fatale auquel sont livrés les êtres les uns contre les autres: Orion/Amour/Thyrsis est seul vainqueur. Rien ne résiste à son élan trop désirable: “Amor vincit omnia “. Superbe spectacle pour une chorégraphie en rien minaudante malgré son sujet.

 

 

 

Dimanche 21 février 2016 à 22h04 
Delibes – Coppelia (1870)

brava-hd-leaderboard-ete-2015-from-20-juillet-2015Avec « Coppélia » de Delibes, le Ballet Víctor Ullate ajoute une nouvelle version d’un ballet de renommée internationale à son répertoire. Le chorégraphe et directeur artistique Eduardo Lao s’est donné pour tâche de réinventer « Coppélia » ; sa compagnie polyvalente de 23 danseurs l’aide à réaliser sa vision personnelle. Lao accentue l’esprit comique de « Coppélia », tout en gardant la partition originale écrite par Léo Délibes en 1870. La création de Lao se déroule dans un laboratoire cybernétique spécialisé en intelligence artificielle, où le docteur Coppélius tente de créer un robot androïde qui se comporte comme un être humain. Cette production de « Coppélia » permet aux danseurs du Ballet Víctor Ullate d’étaler leur savoir-faire technique et artistique, en combinant plusieurs styles de danse et en mettant à jour un ballet classique.

Le collectif espagnol ajoute une nouvelle version du ballet romantique avec la ferme intention selon son directeur artistique Eduardo Lao de réinventer « Coppélia » ; sa compagnie de 23 danseurs accentue ainsi l’esprit comique de « Coppélia », tout en adoptant la partition originale écrite par Léo Délibes en 1870. Le thème de la vie artificielle, de l’automate, de la poupée mécanique se pose avec acuité, inscrite dès l’origine dans le sujet du ballet (inspiré d’une nouvelle de ETA Hoffmann). La création de Lao se déroule dans un laboratoire cybernétique spécialisé en intelligence artificielle, où le docteur Coppélius tente de créer un robot androïde qui se comporte comme un être humain. Cette production de « Coppélia » offre aux danseurs du Ballet Víctor Ullate de faire valoir leur savoir-faire technique et artistique, en combinant plusieurs styles de danse dont le vocabulaire du ballet classique et romantique. Outre le jeu fécond entre nature et artifice, le ballet ainsi réadapté exploite les ressources de l’art en ciselant les références multiples et les styles de danses historiques et contemporains.

On sait avec quel éclat en 1973 sur la scène du Palais Garnier, Pierre Lacotte si scrupuleux et si respectueux de la chorégraphie comme du plan originels avait reconstitué le ballet Coppélia, sublime ballet d’action, conçu par Saint-Léon et Delibes en 1870. La musique de Delibes (qui intègre une csardas sur la scène parisienne, volonté folkloriste oblige dans le I) apporte un supplément d’âme à l’action dansée, que Tchaikovski saura assimilé pour ses chefs d’oeuvres postérieurs (Le Lac des cygnes ou Casse noisette).  A travers le thème et la figure de la poupée mécanique, c’est le fantasme d’un corps fantasmé, idéal qui s’impose sur la scène : l’art chorégraphique est-il humain ? La danse, défi contre la pesanteur en forçant le corps naturel, n’a-t-elle pas une origine irréelle voire magique ?

Le grand ballet à l’époque industrielle

A l’origine, c’est Charles Nuitter, légendaire archiviste de l’Opéra, devenu librettiste et dramaturge pour les spectacles parisiens qui adapte une nouvelle de ETA Hofmann : « la fille aux yeux d’émail : Coppélia ».  Avec Saint-Léon (qui vivait alors entre Paris et Saint-Pétersbourg et était sous l’emprise de samuse, la danseuse étoile Adèle Grantzow), il se concentre surtout sur les épisodes originels qui favorisent l’attraction qu’exerce sur Nathanaël devenu dan sel ballet, Frantz, le poupée Coppélia, ainsi que la relation du docteur Coppélus avec Olimpia (Swanilda). Le fantastique surnaturel est quelque peu atténué, vers une comédie plus légère proche de la farce de la Fille mal gardée. Ici, c’est Swanilda qui sauve Frantz, son fiancé de l’enchantement dont il est victime, en prenant l’aspect de la poupée maléfique / fascinante, sirène mécanique : Coppélia.  Pour réussir le ballet nouveau, on emploie une virtuose âgée de 16 ans : Giuseppina Bozzacchi, qui assurant l’éclat spécifique du rôle de Swanilda, pilier du ballet, contribue au succès de la création (25 mai 1870).  A la fin du XIXè, surtout dans les années 1870, le romantisme a cédé la place à un rationalisme issu de la Révolution industrielle qui se manifeste sur la scène du ballet, dans une réflexion formelle interrogeant la forme du grand spectacle musical et chorégraphique, alternance de solos et duos et d’ensembles impressionnants, destinés à faire danser tout le corps de ballet. Illustration : portrait de Delibes.

 

 

Coppelia, Chorégraphie d’Eduardo Lao
Ballet Victor Ullate Comunidad de Madrid
Musique : Léo Delibes
Enregistré à l’Opéra Royal de Versailles, 2013

Avec
Sophie Cassegrain (Coppélia)
Yester Mulens (Docteur Coppélius)
Cristian Oliveri (Franz)
Zhengyja Yu (La Diva spectrale)
Leyre Castresana (Betty)
Albia Tapia (Rosi)
Zara Calero (Andreina) Dorian Acosta (D.J.)

Artistes chorégraphiques du Ballet Victor Ullate :

Ksenia Abbazova – Federica Bagnera – Marlen Fuerte – Laura Rosillo – Reika Sato – Lorenzo Agramonte – Mariano Cardano – Mikael Champs – Matthew Edwardson – Oliver Edwardson – Jonatan Luján – Andrew Pontius – Josué Ullate

 

 

 

 

delibesLéo Delibes (1836-1891), comme Gouvy fait partie des compositeurs romantiques français méconnus, mésestimés à torts. Le jeune choriste à la création du Prophète de Meyerbeer, élève d’Adam, auteur d’opérettes finement troussées, se fait remarquer en livrant la musique pour l’acte II du ballet La Source de Minkus à l’Opéra de Paris (1863). La partition plaît tant qu’on lui demande alors un ballet complet : Coppelia, créé en 1870, sommet de l’orchestration française, et aussi de la musique chorégraphique, synthétisant le style Second Empire. Tchaïkovski pour Le Lac des Cygnes et La Belle au bois dormant saura assimiler l’élégance instrumentale et le raffinement dont fut capable Delibes dans l’écriture orchestrale, y compris pour le ballet. Son opéra Lakmé (1883) marque l’apothéose de cet orientalisme à la française d’un raffinement absolu au mélodisme suave irrésistible (air des clochettes)

Télé BRAVA HD : consulter la page dédiée à Léo Delibes sur le site de BRAVA HD

 

 

 

 

Delibes : Lakmé (1883)

Paris. Opéra Comique. Delibes : Lakmé. 10-20 janvier 2014. FX Roth, direction. Léo Delibes (1836-1891), comme Gouvy fait partie des compositeurs romantiques français méconnus, mésestimés à torts. Le jeune choriste à la création du Prophète de Meyerbeer, élève d’Adam, auteur d’opérettes finement troussées,  se fait remarquer en livrant la musique pour l’acte II du ballet La Source de Minkus à l’Opéra de Paris (1863). La partition plaît tant qu’on lui demande alors un ballet complet : Coppelia, créé en 1870, sommet de l’orchestration française, et aussi de la musique chorégraphique, synthétisant le style Second Empire. Tchaïkovski pour Le Lac des Cygnes et La Belle au bois dormant saura assimiler l’élégance instrumentale et le raffinement dont fut capable Delibes dans l’écriture orchestrale, y compris pour le ballet.

 

 

 

Eclectisme orientaliste
Lakmé sur instruments d’époque

 

delibesAprès la guerre, Léo Delibes livre un nouveau ballet tout aussi applaudi, Sylvia (1876) d’une prodigieuse invention mélodique. Mais c’est à l’opéra que le compositeur offre ses meilleurs musiques : Jean de Nivelle, 1880 puis surtout Lakmé, 1883, – ces deux derniers ouvrages pour l’Opéra-Comique. En trois actes, Lakmé, chef d’oeuvre orientaliste incarne le raffinement de l’orchestre de Delibes : en Inde à l’époque colonialiste, la fille du brahmane fanatique, Lakmé aime le beau soldat anglais Gerald. Mais le devoir militaire et l’intrigue de son père, auront raison de l’amour éperdu de la belle indienne qui ne survira pas à cette histoire amoureuse qui vaut surtout pour les effusions sentimentales et les captivantes évocations à l’orchestre. L’air des clochettes (aux terribles vocalises) a fixé dans l’imaginaire collectif l’art de Delibes, une écriture majeure dans l’histoire du romantisme français, à la fois éclectique, tendre et brillante, surtout suave quand parait le couple des amants. Ici l’effusion supplante le réalisme des situations et c’est essentiellement l’orchestre flamboyant et transparent qui assure la cohérence de l’ouvrage.

Paris, Opéra-Comique. Les 10,12,14,16,18,20 janvier 2014

France Musique, samedi 18 janvier 2014, 20h
En direct

 

 

Léo Delibes: Lakmé
Opéra en trois actes.
Livret d’Edmond Gondinet et Philippe Gille
Créé le 14 avril 1883 à l’Opéra Comique

Sabine Devieilhe, soprano, Lakmé
Frédéric Antoun, ténor, Gérald
Elodie Mechain, alto, Mallika
Paul Gay, basse, ilakhanta
Jean-Sébastien Bou, baryton, Frédéric
Marion Tassou, soprano, Ellen
Roxane Chalard, Rose
Hanna Schaer, Mistress Bentson
Antoine Normand, ténor, Hadji
Laurent Deleuil, Un Domben
Accentus
Les Siècles
François-Xavier Roth, direction