JEUNES ENSEMBLES. Entretien avec Gaétan Jarry, directeur musical de l’ensemble Marguerite Louise.

jarry-gaetan-chef-maestro-oganiste-marguerite-louise-ensemble-portrait-classiquenews-f-griersJEUNES ENSEMBLES. Entretien avec Gaétan Jarry, directeur musical de l’ensemble Marguerite Louise. A l’occasion de leur soirée exceptionnelle programmée dans l’enceinte du Petit Trianon à Versailles, les musiciens du jeune ensemble Marguerite Louise pourront donner le 9 juillet prochain, à partir de 19h30, la mesure de leur (très) grand talent au service des Baroques français, de Charpentier à Rameau. L’organiste et directeur musical de l’ensemble sur instrument anciens, Gaétan Jarry précise ce qui caractérise son ensemble et aussi les enjeux d’une soirée pas comme les autre qui varie les plaisirs des convives spectateurs, en changeant les lieux et les programmes, soit un marathon musical de pas moins 27 performances en une soirée unique !

 

 

 

Quelles sont les caractères de votre ensemble, qui lui confèrent sa singularité et son identité ?

GAÉTAN JARRY : L’ensemble Marguerite Louise est né d’un grand désir d’interpréter ce répertoire assez spécifique en lui privilégiant toujours un naturel, une spontanéité qui irait constamment chercher l’élan intrinsèque de cette musique. Je dirais qu’il ne s’agit pas d’exhumer une œuvre pour “l’autopsier” mais bien au contraire pour tenter de lui redonner un vrai souffle de vie.
Plus concrètement cela passe par exemple par le respect de l’authenticité des voix de chacun des chanteurs, et ainsi d’éviter de tomber dans un certain formatage qui bien souvent nuit à l’épanouissement du geste vocal. Tout cela nécessite de partager une totale confiance avec mes musiciens qui fréquemment doivent se contenter d’images plus ou moins abstraites, ou volontairement très anachroniques, voire quelques fois triviales, afin de saisir l’esprit de telle ou telle section. Avec le temps, des codes se sont établis, et lorsque je souhaite une couleur particulière, elle a son nom, et chacun sait ce qu’il a à faire !

 

 

En quoi le programme de votre premier cd est-il emblématique de votre approche musicale ? Quels sont vos projets artistiques pour le futur ?

Tout d’abord, je pense qu’il faut beaucoup d’humilité pour s’attaquer à un géant comme Charpentier surtout pour un premier disque. Par chance la musique de Charpentier se révèle elle-même d’une grande humilité et se laisse aisément modeler par les diverses conceptions qu’elle subit. Son langage en perpétuel renouvellement au travers de ce programme nous a offert la possibilité d’exploiter un certain nombre de couleurs, d’affects et de jeux d’intensité, peut-être pas “emblématiques”, mais je pense assez caractéristiques de la façon dont nous concevons cette musique. L’orgue tient également une place prépondérante dans ce programme, son rôle étant de permettre une respiration entre deux motets et de faire naturellement écho au texte. Le choix de l’instrument ne fut pas anodin non plus, il s’agit d’un orgue neuf (Dominique Thomas) de style franco-flamand du 17ème siècle, instrument pour lequel j’ai eu un coup de foudre extraordinaire et dont l’idée de contemporanéité d’une esthétique ancienne correspondait profondément à notre approche musicale.
Pour l’avenir, nous avons de très nombreux projets, dont certains étendront quelque peu notre effectif habituel ; notamment un disque de grands motets de Lalande qui s’échafaude, ainsi que quelques projets de scène lyrique mais je n’en dirai pas plus !

 

 

Quels sont les défis d’un programme comme celui du 9 juillet ; en particulier l’exercice de la mobilité et du plein air peuvent-ils être pénalisant ou à l’inverse stimulants pour les interprètes ?

Se produire dans un tel lieu est évidemment extrêmement stimulant pour nous tous, et d’autant plus un privilège que le Petit Trianon ne fait pas du tout partie des lieux habituels de concerts au Château. L’un des plus grands défis de cette soirée, sera le combat contre la météo ; Il n’est évidemment pas envisageable qu’une goutte de pluie vienne se poser sur un violon historique ! L’autre défi du plein-air, concerne la gestion de l’acoustique. Pour le premier concert dans la cour d’honneur, nous jouerons tout à fait sur le perron et bénéficierons du mur de la façade ainsi que des pavés de la cour pour canaliser le son de l’orchestre. La petite formation qui chantera sous le temple de l’Amour sera, elle, aidée par la coupole de l’édifice.
L’autre gageure pour les musiciens consistera à donner plusieurs fois de suite le même concert, afin que tout le public (qui sera réparti en plusieurs groupes) puisse profiter de chaque prestation. Sur l’ensemble de la soirée, c’est donc 27 concerts qui seront programmés, et tout cela quasiment à la minute près !

 

 

Propos recueillis en juin 2016

 

 

 

LIRE notre présentation du concert de l’ensemble Marguerite Louise à Versailles, Petit Triano, le 9 juillet 2016, soirée exceptionnelle à partir de 19h30

 

 

L'Ensemble Marguerite Louise à Versailles