CD, critique. HANDEL / HAENDEL : Serse (1738) / Fagioli, Genaux (Emelyanychev, 2017) – 3cd Deutsche Grammophon

Handel fagioli serse haendel cd review critique cd par classiquenews opera baroque par classiquenews genaux aspromonte Serse-CoffretCD, critique. HANDEL / HAENDEL : Serse (1738) / Fagioli, Genaux (Emelyanychev, 2017 – 3 cd DG Deutsche Grammophon, 2017). Voilà une production présentée en concert (Versailles, novembre 2017) et conçue pour la vocalità de Franco Fagioli dans le rôle-titre (il rempile sur les traces du créateur du rôle (à Londres en 1738, Caffarelli, le castrat fétiche de Haendel) ; le contre-ténor argentin est porté, dès son air « « Ombra mai fu » », voire stimulé par un orchestre électrique et énergique, porté par un chef prêt à en découdre et qui de son clavecin, se lève pour mieux magnétiser les instrumentistes de l’ensemble sur instruments anciens, Il Pomo d’Oro : Maxim Emelyanychev. La fièvre instillée, canalisée par le chef était en soi, pendant les concerts, un spectacle total. Physiquement, en effets de mains et de pieds, accents de la tête et regards hallucinés, le maestro ne s’économise en rien.
L’enregistrement prolonge la vitalité du concert et rend compte d’un esprit de troupe, sachant pour chaque chanteur caractériser idéalement chaque personnage.
En Serse / Xerxes 1er, Franco Fagioli démontre une maîtrise parfaite des mélismes et acrobaties vocales écrites par Haendel. Fagioli vocalise sans peine, dans les aigus comme dans les graves, sur l’étendue de sa tessiture, indiquant combien les ornements sont porteurs de sens, signifient idéalement la volonté du Roi Perse, dans le grave engorgé, en un chant qui dans un seul souffle sait distiller piani et forte sans césure (cf l’ambitus ahurissant de l’air « « Crude furie » », de l’extrême aigu aux graves souterrains). Le caprice, le désir, le plaisir du prince (amoureux volatile) s’exprime et prend forme avec un naturel … désarmant.
Autour du Divo, comme on disait des castrats idolâtrés au XVIIIè, Fagioli, ses partenaires défendent avec beaucoup de classe et d’intensité, le relief émotionnel de leur personnage : Inga Kalna incarne une Romilda, solide, parfois instable, mais toujours très volontaire et expressive (en rien cette féminité fragile et fébrile, ailleurs portée par des sopranos pointues). Il est vrai que la soprano chante à présent Rodelinda avec une vérité irrésistible.
En Arsamene, la mezzo coloratoure canadienne (originaire de Fairbanks), Vivica Genaux (enfin voilà dans le rôle du frère de Serse une voix féminine de poids, plutôt qu’un contre-ténor trop lisse et pas assez typé) qui confirme son immense facilité vocale et dramatique, un tempérament exceptionnellement ciselé et percutant qui fait d’elle la mezzo baroque de l’heure (avec Ann Hallenberg). Amastre gagne une épaisseur réelle grâce à la tessiture élargie, soutenue aux extrémités, de l’alto Delphine Galou, voix sûre, droite, profonde.
Jeune diva à suivre désormais, Francesca Aspromonte offre une remarquable couleur, entre brio et tendresse au personnage d’Atalanta, moins piquante intrigante que vrai tempérament amoureux, elle aussi prête à en découdre.
CLIC_macaron_2014Acteur en diable, se jouant des travestissements (en jardinier, en marchande de fleurs, voix de tête drôlissime à l’envi), le baryton Biagio Pizzuti éclaire la figure d’Elviro, d’une vérité humaine, comique certes, mais très proche du spectateur / auditeur.
Un pilier efficace dans la trame dramatique qui contraste parfaitement avec la noblesse plus digne de ses partenaires.
Autant le profil de l’empereur Serse est lumineux, autant celui de Ariodate (Andrea Mastroni) est lugubre et sombre, qui ferait résonner jusqu’aux cintres. Et l’auditeur.

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CD, critique. HANDEL / HAENDEL : Serse (1738). Dramma per musica en 3 actes, livret d’après Nicolò Minato et Silvio Stampiglia / Créé à Londres en avril 1738

Serse : Franco Fagioli
Arsamene, son frère : Vivica Genaux
Romilda : Inga Kalna
Atalanta : Francesca Aspromonte
Ariodate : Andrea Mastroni
Amastre : Delphine Galou
Elviro : Biagio Pizzuti

Il Pomo d’Oro / Maxim Emelyanychev, direction.

 

 

 

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LIRE nos autres critiques des cd et concerts par Franco Fagioli

CD, compte rendu critique. Gluck: Orfeo ed Euridice, 1762 (Franco Fagioli, Laurence Equilbey, 3 cd Archiv, avril 2015)
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-gluck-orfeo-ed-euridice-1762-franco-fagioli-laurence-equilbey-3-cd-archiv-avril-2015/

CD événement, annonce. FRANCO FAGIOLI : ROSSINI (1 cd Deutsche Grammophon, à venir le 30 septembre 2016).
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-franco-fagioli-rossini-1-cd-deutsche-grammophon-a-venir-le-30-septembre-2016/

Compte rendu, opéra. Paris, Palais Garnier, le 16 septembre 2016. Cavalli : Eliogabalo (1667), recréation. Franco Fagioli… Leonardo Garcia Alarcon, direction musicale. Thomas Jolly, mise en scène
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-paris-palais-garnier-le-16-septembre-2016-cavalli-eliogabalo-recreation-franco-fagioli-leonardo-garcia-alarcon-direction-musicale-thomas-jolly-mise-en-scene/

Compte-rendu critique, opéra. Nancy. Opéra National de Lorraine, le 7 mai 2017. Gioachino Rossini : Semiramide. Salome Jicia, Franco Fagioli, Nahuel Di Pierro, Matthews Grills. Domingo Hindoyan, direction musicale. Nicola Raab, mise en scène
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-critique-opera-nancy-opera-le-7-mai-2017-rossini-semiramide-jicia-fagioli-hindoyan-raab/

CD, compte rendu critique. FRANCO FAGIOLI, contre ténor : Handel Arias (1 cd Deutsche Grammophon). Parmi les contre ténors actuels, ceux qui savent caractériser un personnage, au lieu de déployer toujours la même technique, l’argentin Franco Fagioli réalise une belle prouesse, sur le sillon de son aîné Max Emanuel Cencic, qui lui accuse les signes inquiétants de son âge vocal : medium certes élargi mais…
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-franco-fagioli-contre-tenor-handel-arias-1-cd-deutsche-grammophon/

Compte rendu, opéra. Paris, Palais Garnier, le 16 septembre 2016. Cavalli : Eliogabalo, recréation. Franco Fagioli… Leonardo Garcia Alarcon, direction musicale. Thomas Jolly, mise en scène.

Compte rendu, opéra. Paris, Palais Garnier, le 16 septembre 2016. Cavalli : Eliogabalo, recréation. Franco Fagioli… Leonardo Garcia Alarcon, direction musicale. Thomas Jolly, mise en scène. D’emblée, on savait bien à voir l’affiche du spectacle (un homme torse nu, les bras croisés, souriant au ciel, à la fois agité et peut-être délirant… comme Eliogabalo?) que la production n’allait pas être féerique. D’ailleurs, le dernier opéra du vénitien Cavalli, célébrité européenne à son époque, et jamais joué de son vivant, met en musique un livret cynique et froid probablement du génial Busenello : une action d’une crudité directe, parfaitement emblématique de cette désillusion poétique, oscillant entre perversité politique et ivresse sensuelle…

 

 

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Chez Giovanni Francesco Busenello, l’amour s’expose en une palette des plus contrastées : d’un côté, les dominateurs, manipulateurs et pervers ; de l’autre les épris transis, mis à mal parce qu’ils souffrent de n’être pas aimés en retour. Aimer c’est souffrir ; feindre d’aimer, c’est posséder et tirer les ficelles. La lyre amoureuse est soit cruelle, soit douloureuse. Pas d’issue entre les deux extrêmes. LIRE NOTRE COMPTE RENDU CRITIQUE COMPLET de la production ELIOGABALO de CAVALLI au Palais Garnier à Paris, jusqu’au 15 octobre 2016

CD événement, annonce. FRANCO FAGIOLI : ROSSINI (1 cd Deutsche Grammophon, à venir le 30 septembre 2016)

Franco Fagioli il divinoCD événement, annonce. FRANCO FAGIOLI : ROSSINI (1 cd Deutsche Grammophon, à venir le 30 septembre 2016). Nouveaux défis rossiniens pour Franco Fagioli… C’est son second album chez Deutsche Grammophon : après un Orfeo ed Euridice de Gluck (version 1762, paru en octobre 2015), assez passe partout, paru il y a peu dont classiquenews  (mitigé) a rendu compte, voici « Rossini » , un nouveau album dans lequel le contre-ténor argentin Franco Fagioli entend démonter outre son agilité vocale, ses talents de bel cantiste. Sa rage coloratoure, cette agilité de passage passant du grave à l’aigu (en voix de tête admirablement maîtrisée, rappelant une Cecilia Bartoli pétaradante en ses débuts faramineux), un timbre généreux, charnu, et cette furie immédiatement remarquée ont affirmé le talent vocal et dramatique du chanteur.
Engagé, vif-argent, c’est à dire, doué d’une agilité dans la caractérisation tragique des personnages, Franco Fagioli aborde dans « Rossini », nouvel album à paraître le 30 septembre 2016, les rôles avant lui dévolus aux mezzos féminins particulièrement agiles (telles hier Maryline Horne ou aujourd’hui Vivica Genaux voire Joyce DiDonato…).
Mais le contre-ténor argentin ajoute la couleur de sa voix, qui tout en troublant l’écoute, par sa densité, son intensité, reste immédiatement reconnaissable. Voici donc les Ottone et Edoardo des opéras Adelaïde di Borgogna (airs des actes I, et II), surtout Matilde de Shabran et son grand air (introduit par un fabuleux solo de cor… naturel évidemment) : « Ah, perché, perché la morte »… prière et lamento pour lesquels Fagioli dit aussi « Monsieur Bartoli » (en raison de sa parenté évidente avec l’art vocal de la mezzo romaine Cecilia Bartoli), offre de superbes graves, ronds et gras, des aigus claironnants et brillants, affichant cette santé vocale et l’ampleur d’une tessiture exceptionnellement étendue, qui assure tous les passages dont nous avons parlé : dans les rôles travestis ici choisis (en général ceux d’hommes, composés par Rossini pour les mezzos féminins après l’interdiction des castrats sous Napoléon), l’expressivité de la voix se met au diapason des instruments d’époque (l’orchestre sur instruments d’époque, Armonia Atenea sous la direction de George Petrou) ; accents, rugosité, intensité. Ce qui frappe chez le phénomène Fagioli, ce sont sa capacité à caractériser un personnage, et son expressivité portée par un organe élastique d’une sureté musicale souvent très juste.

 

 

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Outre Adelaïde et Matilde, figurent aussi les opéras Demetrio e Polibio, Tancredi (« O sospirato lido », avec violon solo, et « Dolci d’amor parole »), Semiramide (airs d’Arsace), Eduardo e Cristina (opéra recyclant des airs d’Adélaïde…). Voilà qui ressuscite aujourd’hui cette fascination légendaire de Rossini pour les voix mâles et aigus, et évidemment les castrats dont précisément Giambattista Velluti pour lequel le compositeur écrivit les rôles d’Arsace dans Aureliano in Palmira et celui d’Alceo dans la cantate Il Vero omaggio… Les rôles blessés, celui des princesses trahies mais dignes, dont les vocalises en tunnels et toboggans expriment les langueurs ineffables, permettent aujourd’hui à l’interprète de ciseler un chant certes de virtuosité mais aussi de justesse et souvent de vérité. Un défi relevé avec une verve et un panache indiscutable, d’autant que les instrumentistes qui l’accompagnent colorent et trépignent à ses pieds, nous régalant des timbres finement caractérisés. Assurément voici le second cd événement qu’édite Deutsche Grammophon, en cette rentrée 2016, aux côtés de “VERISMO”  l’album vedette où Anna Netrebko ose chanter Turandot de Puccini, avec … un aplomb admirable. Car comme Fagioli, Anna Netrebko sait heureusement allier audace et musicalité, gage de défis saisissants. Sur a couverture, derrière San Michele à Venise, l’audacieux et rossinien contre-ténor tombe ou envole la veste : il est prêt à tout, torse bombé, bras levés…

 

 

rossini franco fagioli rossini cd review critique classiquenews cdCD événement : Franco Fagioli : Rossini, 1 cd Deutsche Grammophon, à paraître le 30 septembre 2016. CLIC de CLASSIQUENEWS de la rentrée 2016. Prochaine critique complète de l’album Rossini de Franco Fagioli sur CLASSIQUENEWS, le jour de la sortie de l’album, soit le 30 septembre 2016.

 

 

 

 

 

AGENDA : Franco Fagioli est l’affiche du Palais Garnier à Paris, dans le rôle-titre d’Eliogabalo de Cavalli, en septembre et octobre 2016 (du 16 septembre au 15 octobre) ; autre défi d’ampleur dans l’opéra de maturité de Cavalli, jamais joué de son vivant et figure trouble du pouvoir, fascinant et repoussant à la fois. Un rôle taillé pour la démesure ambivalente et la fièvre dramatique du chanteur dont l’engagement vocal ne laisse jamais de marbre. LIRE notre présentation d’Eliogabalo de Cavalli recréé à l’Opéra de Paris…

LIRE aussi notre présentation complète d’Eliogabalo de Cavalli au Palais Garnier à Paris avec Franco Fagioli

LIRE notre compte rendu critique complet du cd PORPORA, opéras napolitains par Franco Fagioli (édité en septembre 2014)

 

CD, compte rendu critique. Gluck: Orfeo ed Euridice, 1762 (Franco Fagioli, Laurence Equilbey, 3 cd Archiv, avril 2015)

gluck orfeo ed euridice 1762 Vienne castrat Archiv produktion cd review account of compte rendu CLASSIQUENEWSCD, compte rendu critique. Gluck: Orfeo ed Euridice, 1762 (Franco Fagioli, Laurence Equilbey, 3 cd Archiv, avril 2015). Laurence Equilbey et son orchestre sur instruments d’époque, Insula orchestra jouent ici la première version d’Orfeo de Gluck, tel qu’il fut créé à Vienne en 1762 avec un castrat dans le rôle-titre – quand la reprise dix années plus tard à Paris (1774 précisément) pour la Cour de Marie-Antoinette sera réalisée avec ballets et un ténor pour plaire au goût français. Avec le librettiste Ranieri de Calzabigi, Gluck réinvente ici l’opéra : langage resserré sur l’intensité de l’action, la nécessité dramatique et non plus les caprices des chanteurs vedettes. Il en ressort une esthétique épurée, dense, économe, où la force des choeurs très sollicités relance la tension du huit clos psychologique composé par le trio vocal tragique : Amour, Orfeo, Euridice.  Efficace, fulgurant, le 5 octobre 1762 au Burgtheater de Vienne, Gluck ouvre son opéra avec les lamentations déchirantes du choeur funèbre, électrisé encore par les pleurs de son époux endeuillé Orfeo : Euridice est déjà morte.

Franco Fagioli il divinoD’une partition riche et poétiquement très élaborée dans ses passages et transitions d’un tableau à l’autre, la chef réunit ses deux phalanges : Insula l’orchestre, Accentus, le choeur. Dans le rôle d’Orfeo, reprenant la partie créée pour la création par le castrat Gaetano Guadagni, Franco Fagioli, vraie vedette de cette production enregistrée live à Poissy en avril 2015, convainc par son chant surexpressif mais sincère et mesuré, où justement la virtuosité et la surperformance de l’interprète (dont la vocalità à la Cecilia Bartoli a conquis un très large public depuis ses débuts fracassants) ne contredit pas le souci d’expressivité ni le culte de la poésie pure, souvent élégiaque, défendus du début à la fin par Gluck et Calzabigi.  Le contre-ténor argentin maîtrise même la ligne vocale, le phrasé spécifique de Gluck, – ce pathétique intérieur souvent sublime qui cultive la réflexion et le sentiment / préromantique, sur l’action à tout craint-, son attention au texte, favorisant les piani plutôt que les cascades creuses et décoratives. La lyre de Gluck est celle d’une profondeur tragique qui sait être aussi tendre et remarquablement juste. Avec le Chavalier réformateur, l’opéra est devenu un relief antique qui sur le sujet mythologique qu’il sert, ressuscite les passions humaines les plus déchirantes. Dignité, noblesse mais humanité et vérité des intentions musicales.
Malin Hartelius, ­-Eurydice aimable, surtout l’Amour tendre, compatissant et souvent salvateur d‘Emmanuelle de Negri éclairent elles aussi cette lecture dramatiquement séduisante. Pour compléter le tableau, Laurence Equilbey ajoute en bonus, les points forts de la version parisienne créée en 1774, l’année de la mort de Louis XV, et pour le public français dont Rousseau, un choc mémorable : les modernes contre Rameau, reconnaissent alors en Gluck, leur nouveau champion lyrique. Soucieuse de montrer qu’elle connaît et maîtrise la partition gluckiste dans ses avatars multiples, la chef qui ne parvient pas cependant à convaincre totalement par un manque manifeste d’orientation globale, de structuration claire, ajoute donc, propres à la version parisienne si admirée par l’ex élève de Gluck à Vienne, Marie-Antoinette soi-même : les fameux épisodes dramatiques d’une inspiration neuve et dramatiquement irrésistible : l’hyper expressive Danse des Furies, vraie défi pour les orchestre à cordes, tiré en vérité d’un ballet précédent (Don Giovanni / Don Juan), et les ombres heureuses aux Champs-Elysées comprenant le solo de flûte, enchantement d’une innocence exquise qui est l’autre versant pudique, enivré, tendre de l’inspiration autrement frénétique du Chevalier Gluck.

Télé. Diffusion le 8 octobre 2015, à 00h30 : France 2 programme le concert d’Orfeo par Laurence Equilbey, donné au Théâtre de Poissy en avril dernier. Le concert est aussi en accès permanent pendant 4 mois sur culturebox.

CD, compte rendu critique. Christoph Willibald Gluck (1714-1787): Orfeo ed Euridice, opéra en trois actes, version viennoise de 1762 (pour castrat). Avec Franco Fagioli (Orfeo), Malin Hartelius (Euridice), Emmanuelle de Negri (Amore / Amour). Choeur Accentus, orchestre Insula. Laurence Equilbey, direction. 3 cd Archiv Produktion 4795315. Enregistrement live réalisé à Poissy en avril 2015.

People, signature. Le contre ténor vedette Franco Fagioli signe chez Deutsche Grammophon

fagioli franco opera magazine Porpora_04People, signature. Le contre ténor vedette Franco Fagioli signe chez Deutsche Grammophon. En septembre 2015, un Orfeo de Gluck déjà attendu, puis son premier récital DG en 2016. Très sollicité sur la scène, miroir au masculin de Cecilia Bartoli (sa muse et son modèle), le chanteur argentin détonant Franco Fagioli, (3 octaves à sons actif) qui dégaine les notes comme une mitraillette (à la façon de Bartoli justement d’où son surnom « Monsieur Bartolo »), après avoir publié ses premiers albums chez Naïve (récitals discographiques Cafarelli puis Porpora), vient de signer un contrat d’exclusivité chez Deutsche Grammophon. C’est le premier contre ténor à intégrer la prestigieuse étiquette en or. Vocalises claires et articulées, timbre soyeux, flexibilité dans tous les registres, voix impétueuse et intense, articulation technicienne et précise, none compte plus les qualités expressives et musicales du plus grand contre-ténor actuel, dont le sens dramatique et l’instinct de caractérisation supplante aisément ses ainés pourtant célébrés à leur époque, Jaroussky ou Lesne. Habituel partenaire de son confrère et ainé Max Emanuel Cencic (artiste chez Decca), Franco Fagioli suscite l’adhésion par ses prises de risques mettant sa voix puissante et fine au service de partitions ou de programmes originaux. Monteverdi, Frescobaldi, les Napolitains virtuoses dans la sillon de Porpora (sans omettre Leonardo Vinci), Handel évidemment mais aussi Hasse, Le Fagioli affirme un goût du défrichement attachant et souvent pleinement convaincant.

Prochaine parution : Orfeo e Euridice de Gluck, version originelle (italienne, créée à Vienne dès 1762, chez Archiv Produktion), annoncée le 11 septembre 2015 : Franco Fagioli y chante le rôle-titre. Son premier récital comme soliste sortira chez Deutsche Grammophon en 2016.

En LIRE + sur la page de Franco Fagioli sur club Deutsche grammophon

Et bientôt, la critique développée du cd Orfeo e Euridice de Gluck (version Vienne 1762) dans le mag cd, dvd, livres de classiquenews.com

LIRE aussi notre critique complète du cd Arias de Porpora (Naïve, 2013) par Franco Fagioli, cd élu CLIC de classiquenews en septembre 2014.

 

Versailles : Catone, le nouvel opéra recréé de Leonardo Vinci

vinci leonardo portrait compositeur napolitainVersailles, Opéra royal. Vinci : Catone in Utica: 16,19,21 juin 2015. Création. Après Artaserse, déjà recréation mondiale imposant le cahnt désormais souverain des nouveaux contreténors, voici un nouvel événement lyrique baroque, conçu par le chanteur Max Emanul Cencic : Catone in Utica. On connaît l’opéra de Vivaldi qui lui est postérieur.  Le sujet met en avant la valeur moral du politique vertueux : le romain Caton, mort à Utique en Tunisie en 46 avant JC. Ennemi de la corruption et des abus financiers, républicain convaincu, Caton ose se dresser contre la tyrannie de Jules César (-59). Défenseur de Pompée, Caton doit fuir en Afrique avec l’armée des républicains… Austère et stoïque, Caton incarne un idéal politique. Aux portes de la défaite, il préfère se tuer à Utique tout en méditant le dialogue Phédron de Platon qui y disserte sur l’immortalité de l’âme  ; le suicide de Cation est documenté et relaté par Plutarque (Vies parallèle des hommes illustres). L’opéra prend prétexte de l’histoire de Caton pour aborder une figure passionnante de la loyauté et du devoir… prémonition de ce que sera l’opera seria inspiré au XVIIIè par l’esprit des Lumières.

catone-utica-lethiere-nu-allongeFlamboyant napolitain, Leonardo Vinci (1690-1730) aborde le sérieux du sujet avec une verve musicale et lyrique aussi irrésistible que son opéra précédemment créé (et présenté aussi à Versailles, Artaserse : l’opéra qui marque le sommet de carrière comme maître de chapelle à la Cour royal de Naples et qui est aussi l’oeuvre contemporaine de sa disparition en 173 donc à seulement 40 ans). Le compositeur comme Porpora conçoit son ouvrage pour les castrats, selon l’esthétique proprement napolitaine : virtuosité, expressivité, franchise. Habile artisan des contrastes dramatiques, Vinci construit tout son opéra sur l’opposition entre les deux ennemis politiques : l’ambitieux tyranique Jules Cesare et le républicain vertueux, à l’inflexible éthique, Caton.
Arguments forts de la production versaillaise, sa distribution qui promet de nouvelles pyrotechnies vocales grâce aux 3 contre ténors réunis : Max Emanuel Cencic, surtout les deux étoiles de la nouvelle génération : Franco Fagioli (altiste) et Valer Sabadus (sopraniste) dont l’intensité du chant, l’engagement rare, l’éclat mitraillette, l’autorité technique marquent chaque prestation. L’enregistrement au disque est annoncé chez Decca simultanément en juin 2015.
Hier défendu et pour la majorité des gravures produites alors, recréé par les artistes de la Capella de’Turchini (Antonio Florio, direction), Leonardo Vinci connaît un regain de faveur auprès des directeurs et producteurs de théâtre : le public suit naturellement, heureux de redécouvrir les perles du seria napolitain du premier Settecento, d’autant plus convaincant grâce à une génération nouvelle de contreténors experts dans ce répertoire.

 
 

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Vinci : Catone in Utica à l’Opéra royal de Versailles
Les 16, 19 et 21 juin 2015

Première en France / nouvelle production
Opera seria en trois actes. Livret de Métastase.
Créé au Teatro delle Dame de Rome, le 19 janvier 1728.

Franco Fagioli, Cesare
Juan Sancho, Catone
Max Emanuel Cencic, Arbace
Valer Sabadus, Marzia
Martin Mitterrutzner, Fulvio
Vince Yi, Emilia

Jakob Peters-Messer, mise en scène

Il Pomo d’Oro
Riccardo Minasi, direction

 
 
 
Illustration : Mort de Caton à Utique par Guillon Lethière, 1795. Caton se donne la mort par Laurens (1863)

 
 
 

Opéra magazine n°99, octobre 2014. En couverture Franco Fagioli

99 couvertureOpéra magazine n°99, octobre 2014. En couverture Franco Fagioli. A la une, grand entretien : Franco Fagioli : Proclamé vedette grâce à sa performance dans Artaserse de Vinci, en 2012, à la scène comme au disque, le contre-ténor argentin est l’un des artistes les plus sollicités du moment. Alors que sort son nouveau récital en CD chez Naïve, entièrement dédié à la musique de Porpora (1 cd Porpora il Maestro, sélection d’airs d’opéras du compositeur napolitain), il prépare ses débuts comme Idamante, dans une nouvelle production d’Idomeneo à l’affiche du Covent Garden de Londres, à partir du 3 novembre 2014. Entretien…

Rencontres

Roselyne Bachelot : Fondé en décembre 1714, l’Opéra-Comique fête son 300ème anniversaire, pour la saison 2014-2015. Un comité d’honneur a été constitué, présidé par l’ancienne ministre, dont la passion pour l’art lyrique n’est plus une surprise (cf. sa biographie du Verdi amoureux).

Thierry Fontaine : le directeur général de Pathé Live, distributeur français des retransmissions en direct du Metropolitan Opera, explique son rôle et dresse le bilan à la veille du Macbeth de Verdi qui inaugurera la saison, le samedi 11 octobre, avec Anna Netrebko.

Marie-Pierre de Surville : en fonctions depuis juin, la nouvelle directrice de France Musique, qui a pris la succession d’Olivier Morel-Maroger, a lancé sa première grille de programmes, le 1er septembre 2014. Elle nous explique ses choix.

Marie-Ève Signeyrole : deux nouvelles productions, cet automne, pour la jeune réalisatrice française : Owen Wingrave à Nancy, le 5 octobre, puis les quatre petits opéras radiophoniques composés en 1955 par Germaine Tailleferre, à Limoges, le 11 novembre.

Omo Bello : à partir du 13 octobre, la jeune soprano franco-nigériane est en vedette dans Castor et Pollux au TCE, l’un des temps forts de l’anniversaire Rameau à Paris.

Magdalena Anna Hofmann : le 11 octobre, la soprano revient en France pour ses débuts dans Der fliegende Holländer à l’Opéra de Lyon.

Événement : Les Caprices de Marianne d’Henri Sauguet

Le retour des Caprices de Marianne. Grâce au Centre Français de Promotion Lyrique, présidé par Raymond Duffaut, l’« opéra-comique » inspiré en 1954 à Henri Sauguet par la célèbre pièce d’Alfred de Musset va revivre dans quatorze théâtres français, et un suisse. Quarante représentations jusqu’en 2016, avec deux distributions en alternance… Le compositeur bordelais, disparu en 1989, ne pouvait rêver plus bel hommage ! La tournée commence le 17 octobre prochain, à l’Opéra de Reims, où Opéra Magazine a eu l’opportunité de suivre les premières répétitions.

En coulisse : Lille

En décembre 2003, l’Opéra de Lille a réouvert ses portes après cinq années de fermeture, avec une nouvelle directrice. Fidèle au poste près de onze ans après, Caroline Sonrier dresse le bilan et présente sa saison 2014-2015 : inaugurée le 30 septembre, avec Matsukaze de Toshio Hosokawa, elle se poursuivra, le 17 octobre, avec Castor et Pollux de Rameau.

Comptes rendus

Les festivals

Guide pratique

La sélection CD, DVD, livres et l’agenda international des spectacles

Opéra magazine n°99, octobre 2014. En couverture Franco Fagioli. Sortie : mercredi 1er octobre 2014.

CD. Franco Fagioli, contre ténor. Porpora il maestro (1 cd Naïve, juin 2013).

fagioli franco porpora cd naive il maestro porporaCD. Franco Fagioli, contre ténor. Porpora il maestro (1 cd Naïve, juin 2013). En moins de 5 ans, – un micro intervalle dans l’histoire d’une carrière, le contre ténor Franco Fagioli dit “monsieur Bartoli”, parce qu’il partage avec la diva romaine, le tempérament dramatique, le feu éruptif, l’intensité et jusqu’à la couleur du timbre…-, est devenu un phénomène – osons le dire, beaucoup plus intéressant que Philippe Jaroussky qui se cantonne par exemple et de dépuis le début de son parcours musical et lyrique toujours au même registre (larmoyant et langoureux : cette réserve n’ôte rien à son talent). en revanche dans le cas de Fagioli, l’étendue des possibilités expressives est indiscutablement plus large, l’étoffe vocale comme le tempérament, plus novateurs et audacieux.

Parmi les contre ténors de la nouvelle génération (avec David Hansen, autre personnalité saisissante mais lui sopraniste), Fagioli fait figure de modèle par son audace, sa volonté d’en découdre à chaque récital ou rôle lyrique … comme s’il jouait sa vie sur l’instant.  En abordant à ce moment de sa carrière, pourtant encore courte, l’immense dieu de la voix et du chant napolitain, Niccolo Porpora (1686-1768), maître et mentor des Farinelli, Senesino, ou Cafarelli (soit les plus grands castrats du XVIIIème)-, Fagioli s’inscrit d’emblée très haut dans l’intention et l’interprétation : ses moyens sont certes très grands. De fait, le résultat satisfait la promesse qu’il a laissé suspendue, tant par l’intelligence stylistique, que l’audace surtout, et l’imagination des moyens vocaux: le chanteur affirme ici un sacré tempérament.

Dans son hommage à Porpora, Franco Fagiolo affirme un tempérament vocal irrésistible

Monsieur Bartoli embrase la lyre porporienne…

CLIC D'OR macaron 200Comme galvanisé par l’écriture elle-même pyrotechnique et acrobatique du compositeur napolitain, Fagioli se dépasse lui-même (trilles, coloratoure, ligne vocale illimitée, sauts d’intervalles, passages entre les registres, agilité comme expressivité, projection comme intonation…) tout relève chez Fagioli d’un interprète au calcul millimétré qui rétablit la pure virtuosité technicienne avec la profondeur et la vérité poétique. alliance auparavant incertaine, désormais réalisable, c’est un exemple pour tout.
Fagioli semble faire renaître par son intensité et cette couleur si habitée ce bel canto spécifique incarnée au XVIIIè par Cafarelli ou Farinelli, divinis, diseurs et acrobates capables ne l’oublions pas d’enchanter et d’apaiser la torpeur mélancolique du Roi d’Espagne Philippe V. Le plus grand maître de chant à son époque … on veut bien le croire à l’écoute du seul premier air de Valentiniano extrait d’Ezio (un standard de l’opéra seria métastasien mis  en musique par tous les grands dont Handel ; Porpora rétablit immédiatement la pure virtuosité avec les inflexions intérieures d’une âme agitée conquérante qui exprime sa vision de l’aigle victorieux… Agité et même inquiet, l’air de Scitalce (vorrei spiegar l’affanno) de Semiramide riconosciuta développe à travers un air long (plus de 6mn), la panique intérieure d’une âme touchée, en pleine effloresence émotive que le timbre épanoui, flexible, agile du contre ténor argentin embrase littéralement.

fagioli franco opera magazine Porpora_04Les deux airs les plus longs de ce récital porporien (qui donne la mesure du génie virevoltant éclatant d’un Porpora, – vrai rival de Haendel à Londres dans les années 1730, donne la pleine idée du talent dramatique de Fagioli et de sa souplesse vocale dans des cascades de vocalises et des aigus étourdissants, couverts et longs, soutenus avec une intensité égale (une performance admirable!) : d’abord: l’air d’Adalgiso extrait de Carlo il Calvo : Spesso di nubi cinto (plus de 7mn45) : un air qui use de la métaphore solaire avec une finesse éloquente et une caractérisation scintillante à laquelle Fagioli maître absolu des vocalises en mitraillette apporte une sincérité de ton, irrésistible. L’ultime séquence est la plus longue (presque 10 mn : air de Vulcain de Vulcano, cantate a voce sola : non lasciar chi t’ama tanto… il exprime avec pudeur et subtilité le désarroi d’un Vulcain impuissant, démuni, épris de l’inaccessible Venus (qui lui préfère Mars): jouant moins sur l’acrobatie, l’écriture offre des variations de couleurs sur la tenue de la voix dont le vibrato et l’accentuation doivent être millimétrés. Imaginer un Vulcain en contre-ténor et non plus en basse ou bayrton profond relève d’une sensibilité juste : la couleur même de la voix trahit l’émotion et l’impuissance du dieu amoureux…  Ici rien d’affecté ni d’artificiel grâce à la maîtrise exemplaire du souffle et de la ligne, des trilles tenues, des passages sur la durée.. en un arc tendu, souverrain d’un esprit funambulesque. La voix exprime l’intensité de l’âme éprouvée avec un tact et une élégance étonnante… qui font le brio et l’éclat intérieur de ce style galant dont Porpora est passé maître depuis Venise dans les années 1720, puis qu’il a ensuite développé à Londres.
Evidemment, l’ombre du grand Farinelli, l’élève et la créature favorite du système Porpora, est évoqué dans l’air de Polifemo (1735), composé à Londres  pour le castrat légendaire : dans le 2 airs sélectionnés (Nell’attendere il mio bene puis alto Giove…), le berger Acis chante son émoi nouveau à l’idée de l’apparition de la belle Galatée… il remercie ensuite Jupiter / Giove en un air de gratitude, littéralement irradié. L’ivresse, l’extase qui se dégagent du chant d’un Fagioli ému, pudique (bien à rebours de la soi disante artificialité d’un Porpora rien que performant et creux) emportent toute réserve : la franchise et l’intensité du timbre, l’égalité du souffle, la couleur du timbre s’imposent d’eux mêmes. Jamais démonstratifs ou surexpressifs, les instrumentistes de l’Academia Montis Regalis dirigés par Alessandro de Marchi savent s’inscrire au diapason de ce chant mesurée, fin, subtil. Voici l’affirmation d’un immense vocaliste et d’un interprète au chant irrésistible.

fagioli franco porpora cd naive il maestro porporaFranco Fagioli, contre-ténor. Propora il maestro : airs d’opéras de Niccolo Porpora : Carlo il calvo, Didone abbandonnata, Ezio, Il ritiro, il verbo in carne, Meride e Selinunte, Polifemo, Semiramide riconosciuta, Vulcano (cantate). Academia Montis Regalis. Alessandro De Marchi, direction. Enregistrement réalisé en juin 2013 à Mondovi (Italie). 1 cd Naïve V 5369.

CD. Franco Fagioli : Arias for Caffarelli (1 cd Naïve)

CLICK_classiquenews_dec13Premier récital lyrique du jeune contre-ténor assoluto Franco Fagioli. Un must absolu. Il y a en qui se mesure aux airs tissés pour Farinelli (Philippe Jaroussky et surtout l’excellent jeune David Hansen, récente révélation mémorable), et d’autres comme le divo ” Bartolo ” (le masculin de Bartoli) qui, vocalises agiles et flexibles, aigus mordants et timbrés, ose se confronter à l’autre castrat légendaire : Caffarelli lequel doit sa légende exceptionnelle comme interprète favori entre autres de Haendel.
Avouons d’emblée que Fagioli appartient aux nouveaux champions des contre ténors immensément doués et pleins d’ardeur dramatique, de la trempe de son confrère et contemporain, David Hansen (cd DHM, ” Rivals “, qui a suscité l’enthousiasme de la rédaction cd de classiquenews).

 
 

nouveau divo assoluto :
il Bartolo double ” ff ” (Franco Fagioli)

 
 

Fagioli_franco_caffarelli_arias_for_cd_naiveMême sens du risque, même musicalité, surtout exigence artistique délectable qui compose in fine un programme des plus jubilatoires.
Le chanteur argentin renouvelle la performance de son semblable récemment révélé : voici un style franc, immédiat, claironnant comme une trompette qui tourne définitivement la page des pionniers tels Deller ou Bowman, adeptes de l’élégance et de la langueur hédoniste d’un beau son, parfois réducteur.
Ici, en plus de la musicalité, le contre-ténor new style, ajoute la flexibilité, l’expressionnisme qui écrase totalement le mythe habituel du castrat au métal étriqué. De la rondeur, du tempérament, de la suavité généreuse et onctueuse même, une richesse harmonique naturelle, l’Argentin en a à revendre. L’agilité pétarandante dont est capable Fagioli l’assimile sans peine à ce que fit une Bartoli à ses débuts tout aussi prometteurs et spectaculaires (d’où le surnom du contre-ténor, baptisé ” Bartolo “). Ici ressuscite l’immense champion du chant haendélien (quand Farnielli était plutôt défenseur du style concurrent de … Porpora) : Caffarelli en personne (1710-1783). Serviteur ou vedette des compositeurs baroques tels Pergolesi, Hasse, Leo, surtout les méconnus pourtant très habiles Cafaro (L’Ipermestra), Sarro (Valdemarro), Manna (Lucio Vero et Lucio Papiro)… sans omettre Porpora décidément incontournable.

Du début à la fin, on reste médusé par l’aplomb vocal, la sûreté technique, l’aisance interprétative d’un soliste né fin musicien. Quand la virtuosité égale la subtilité, le résultat est tout simplement à couper le souffle. Et ce n’est pas l’accompagnement tout en relief et en finesse d’Il Pomo doro (Ricardo Minasi, direction) qui abaisse la note générale du cd. Un must absolu.
Voici avec David Hansen, le contre-ténor le plus passionnant de l’heure.

 

Franco Fagioli : Arias for Caffarelli. Il Pomo d’oro. Ricardo Minasi, direction. Livre cd de 76 pages avec une riche notice de présentation comportant un dossier intitulé ” Naples et la musique “. Enregistrement réalisé à Vicence (Italie) en août et septembre 2012. 1 cd Naïve