CD, coffret, événement, critique. BERLIOZ rediscovered / JE Gardiner (8 cd, 1 dvd Decca)

BERLIOZ-rediscovered-john-eliot-gardiner-8-cd-1-dvd-DECCA-review-critique-cd-classiquenews-dossier-BERLIOZ-2019-hector-berlioz-2019-dossier-berlioz-2019-classique-news-classiquenewsCD, coffret, Ă©vĂ©nement, critique. BERLIOZ rediscovered (8 cd, 1 dvd Decca). Pour les 150 ans du grand Berlioz, Decca exhume les enregistrements historiques rĂ©alisĂ©s par Gardiner pour Philips. Le chef a dirigĂ© Les Troyens au ChĂątelet, fait marquant de l’histoire du ThĂ©Ăątre parisien : Gardiner comme ses compatriotes et prĂ©dĂ©cesseurs Thomas Beecham ou Colin Davis, perpĂ©tue la flamme berliozienne depuis l’Angleterre. La noblesse nerveuse nĂ©oantique, nĂ©ogluckiste ici, d’Hector continue de fasciner nos voisins abonnĂ©s au Brexit. Leur culte de Berlioz (nĂ© le 11 dĂ©cembre 1803 Ă  la CĂŽte-Saint-AndrĂ© en IsĂšre ; et mort Ă  Paris le 8 mars 1869) prend une consistance particuliĂšre grĂące Ă  ce coffret Ă©vĂ©nement, regroupant 8 cd et 1 dvd. Berlioz redĂ©couvert dĂ©signe l’apport des instruments historiques, ceux de l’Orchestre RĂ©volutionnaire et Romantique sous la baguette fiĂšvreuse du Britannique John Eliot Gardiner. Depuis l’OpĂ©ra de Lyon aussi, oĂč avec l’orchestre maison, il enregistre la Damnation de Faust, en un geste aussi concis, affĂ»tĂ© qu’intense.
Les couleurs sont contrastĂ©es, vives, fouettĂ©es, mais mieux Ă©quilibrĂ©es qu’au concert, belle dynamique optimisĂ©e que permet l’enregistrement studio. Fougueux, Gardiner « ose » Berlioz davantage comme un rĂ©volutionnaire que comme un Romantique. Le compositeur qui se disait surtout « classique », dans l’adoration de Gluck, n’aurait peut-ĂȘtre pas adhĂ©rer Ă  tant de violents accents et de trĂ©pidante sensibilitĂ© musicale : n’empĂȘche, voici l’éloquente Messe Solennelle, premiĂšre partition d’envergure d’un compositeur de 22 ans (crĂ©Ă©e en 1825), restituĂ©e dans ses Ă©quilibres spatialisĂ©s d’origine, avec ce tranchant vif et ses couleurs fauves. Voici la Fantastique (la transe volcanique et bacchique de ses Ă©pisodes finaux : la Marche au supplice et du Songe d’une nuit de sabbat), Harold en Italie et Tristia, la sublime fresque shakespearienne de RomĂ©o et Juliette, enfin La Damnation de Faust, sommet de son inspiration lyrique et dramatique. Ici Berlioz Ă©ructe et colore, intensifie et enrichit le paysage sonore et orchestral : il rĂ©invente l’orchestre comme Turner rĂ©invente la peinture. En Berlioz, Gardiner voit Goya et Tintoret ; il fusionne dans le corps et l’ñme du Français, le fantastique chromatique du premier, l’élan, la construction du colossal du second. Avec Gardiner, Berlioz rime avec tempĂȘte et ouragan. Chez tous les pupitres.

MĂȘme si l’on trouve d’un certain cĂŽtĂ©, l’approche de un rien trop Ă©chevelĂ©e, moins Ă©quilibrĂ©e et raffinĂ©e qu’un Davis, sa comprĂ©hension du berlioz rĂ©formateur, affĂ»tĂ©, vindicatif grĂące au relief et au timbre des instruments d’époque, demeure indiscutablement passionnant. Gardiner reste donc la valeur sĂ»re pour cette annĂ©e 2019, cĂŽtĂ© instruments anciens. Bonus complĂ©mentaire et Ă©loquent sur la direction minutieuse et engagĂ©e de Gardiner, le DVD qui agrĂ©mente les 8 cd de ce cycle Berlioz sur instruments d’époque : Ă  l’image, sont rĂ©tablies ainsi la Fantastique et la fameuse Messe Solennelle du « gamin » gĂ©nial de 22 ans, dont certains thĂšmes mĂ©lodiques seront ensuite recyclĂ©s dans les Ɠuvres dramatiques et symphonique de la maturitĂ©.

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CD coffret, Ă©vĂ©nement, critique. BERLIOZ rediscovered – John Eliot Gardiner joue Berlioz – 8 cd, 1 dvd (DECCA)

Symphony fantastique op. 14
Symphony “Harold en Italie”
Tristia op. 18
Romeo et Juliette op. 17
La Damnation de Faust
Irlande op. 2
Le Trebuchet op. 13 No. 3
La Mort d’OphĂ©lie
8 Scenes de Faust
Messe solennelle
DVD “Berlioz Rediscovered”

GĂ©rard CaussĂ©, Catherine Robbin, Jean-Paul Fouchecourt, Gilles Cachemaille, Anne Sofie von Otter, Jean-Philippe Lafont, Fiona Wright, Robert Tear, Helen Watts, Viola Tunnard, Monteverdi Choir, Edinburgh Festival Chorus, Orchestre RĂ©volutionnaire et Romantique, Orchestre de l’OpĂ©ra National de Lyon, John Eliot Gardiner.

CD critique. RENEE FLEMING : LIEDER. Brahms, Schumann, Mahler (Thielemann, Höll – 1 cd DECCA, 2010, 2017)


fleming renee voice diva critique review cd classiquenews opera chant lyrique critique classiquenews 4832335CD critique. RENEE FLEMING : LIEDER. Brahms, Schumann, Mahler (1 cd DECCA 2010, 2017).
Comtesse Madeleine de rĂȘve, ou MarĂ©chale extatique, enivrante, RenĂ©e Fleming, « double crĂȘme » n’a cessĂ© de captiver chez Richard Strauss. Alors qu’on la croyait silencieuse, depuis ses adieux Ă  la scĂšne lyrique, – quoiqu’encore active dans le registre du cross over et de la comĂ©die musicale
, la revoici
 en cantatrice classique et en diseuse, dans le lied germanique, celui de Brahms et surtout Mahler.
Les lieder ici rĂ©sument le geste actuel, l’état de la voix d’une superdiva propre aux annĂ©es 2000. Brahms – Schumann – Mahler sont astucieusement abordĂ©s et dans le bon ordre, avec un tact et une Ă©lĂ©gance, faite sobriĂ©tĂ© et nuances. Le jeu du pianiste Hartmut Höll, accompagnateur reconnu de son Ă©pouse diseuse Mitsuko Shirai accrĂ©dite la valeur et la rĂ©ussite du rĂ©cital de dame RenĂ©e. Voix lyrique, l’amĂ©ricaine aborde Brahms et Schumann avec une classe et une intensitĂ© d’opĂ©ra, sans pourtant lisser ou attĂ©nuer l’impact du texte.
La justesse de l’intonation, le style toujours aussi raffinĂ© et nuancĂ© (mĂȘme si la voix n’a plus ni l’aisance ni le mordant d’antan), cette maĂźtrise des couleurs et de la ligne, ce goĂ»t de la caractĂ©risation hyperfĂ©minine (une qualitĂ© qu’elle partage avec les plus grandes : Callas, Norman, et actuellement Netrebko) font le prix de ce programme pas si intimiste que cela. S’il n’était le murmure ciselĂ© et sobre du piano
 qui Ă©quilibre ainsi la prestation thĂ©Ăątrale de la diva. L’ambivalence des piĂšces pseudo populaires et simples de Brahms est comprise : celle qui fut les plus grandes hĂ©roĂŻnes de Strauss ou Massenet (l’angĂ©lique mais tendre Manon et surtout ThaĂŻs la transfigurĂ©e) caractĂ©rise, habite, Ă©claire de l’intĂ©rieur, chaque sĂ©quence ; par sa fragilitĂ© sirupeuse, par son mordant facĂ©tieux aussi. VoilĂ  qui casse la sophistication parfois maniĂ©riste d’une Schwarzkopf (qui a chantĂ© les mĂȘmes hĂ©roĂŻnes straussiennes). Le veloutĂ© et la chair de Fleming contre la musicalitĂ© abstraite de son aĂźnĂ©e.
Belle rĂ©alisation au piano donc, mais aussi Ă  l’orchestre pour les RĂŒckert lieder de Mahler, ici restituĂ©s comme Ă  leur crĂ©ation en 1905, avec l’orchestre (Philharmonique de Munich) sous la direction de Christian Thielemann : gorge en extase et souverainement colorĂ©e, chaude, ronde, voluptueuse, aux couleurs fĂ©lines voire crĂ©pusculaires, « La » Fleming enivre et envoĂ»te, dans les 5 lieder d’un Mahler plus sensualisĂ©s que jamais
 straussiens. Pas sĂ»r que le contemporain de Strauss aurait ainsi apprĂ©ciĂ© une telle « contamination / recoloration » ; mais l’expertise et l’éloquence de la diva assure la pleine cohĂ©rence poĂ©tique de l’opĂ©ration. Convaincants dĂ©fis d’une fin de carriĂšre dĂ©cidĂ©ment surprenante.

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CLIC D'OR macaron 200CD critique. RENEE FLEMING : LIEDER. Brahms, Schumann, Mahler / Hartmut Höll (piano), Orchestre philharmonique de Munich, dir. Christian Thielemann (RĂŒckert-Lieder) – Decca 2010, 2017 – 483 23357. 1h

Johannes Brahms
Wiegenlied, op. 49, n° 4
StÀndchen, op. 106, n° 1
Lechengesang, op. 70, n° 2
Mondnacht, WoO 21
Des Liebsten Schwur, op. 69, n° 4
Die Mainacht, op. 43, n° 2
Du unten im Tale, WoO 33, n° 6
Vergebliches StÀndchen, op. 84, n° 4

Robert Schumann
Frauenliebe und leben, op. 42

Hartmut Höll, piano

Gustav Mahler
RĂŒckert-Lieder

Renée Fleming, soprano
Orchestre philharmonique de Munich
Christian Thielemann, direction

CD, annonce. LISE DAVIDSEN, soprano (Wagner, R. Strauss – 1 cd Decca)

davidsen-lise-soprano-cd-wagner-strauss-review-cd-critique-cd-classiquenews-annonce-Decca-critique-operaCD, annonce. LISE DAVIDSEN, soprano (Wagner, R. Strauss – 1 cd Decca). NĂ©e en 1987, la soprano dramatique norvĂ©gienne Lise Davidsen dĂ©ploie un timbre mĂ©tallique et corsĂ© somptueusement ourlĂ©, taillĂ© comme un diamant prĂȘt Ă  Ă©blouir dans la priĂšre d’Elisabeth (TannhaĂŒser de Wagner, un rĂŽle qu’elle chante sur scĂšne) ; son Ă©mission franche, directe, Ă  peine vibrĂ©e (ce qui est mieux) saisit immĂ©diatement l’écoute. Ses Strauss (Ariadne ivre et passionnelle, au bord de la panique Ă©motionnelle), les lieder avec orchestre (« Ruhe, meine Seele ») imposent un sens dramatique impĂ©rieux, affirmĂ© grĂące Ă  un legato solide et tenu jusqu’à la fin des phrases. Il y a du mĂ©tal et de l’incandescence dans son timbre, et une belle intelligence tendue dans l’émission et l’intonation. LaurĂ©ate du Prix Birgit Nilson et du Prix du public Operalia en 2015, Lise Davidsen sĂ©duit irrĂ©sistiblement car elle chante droit, douĂ©e d’aigus clairs et puissants, comme un instrument. Tandis que pour son premier cd chez Decca, les Quatre derniers lieder confirment son tempĂ©rament et sa grande assurance vocale : un vrai talent dramatique, sĂ»r et franc, doublĂ© d’une technique saine (elle les chantera Ă  la Philharmonie de Paris les 16 et 17 oct 2019). A suivre. Prochaine grande critique du cd Lise Davidsen Ă©ditĂ© par Decca, dans le mag cd dvd livres de classiquenews

 

 

CD, annonce. LISE DAVIDSEN, soprano (Wagner, R. Strauss – 1 cd Decca) – Philharmonia Orchestra / Esa-Pekka Salonen – Parution : 31 mai 2019.

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PLUS d’infos sur le site de Lise Davidsen
https://lisedavidsen.com

Prochains rĂŽles
Leonora (FIDELIO de Beethoven), Montréal
25, 27 oct 2019
puis, 1er – 17 mars 2020, Londres, Royal Opera House

Lisa (Dame de Pique de Tchaikovski), New York, MET
2 – 21 dĂ©c 2019

Sieglinde (Walkyrie, acte I) DR Koncerthuset (Danemark)
16 et 17 janvier 2020

 

 

 

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VIDEO de Lise Davidsen dans les 4 derniers lieder de STRAUSS
https://www.youtube.com/watch?v=PZB7E7IQhcA#action=share

CD, Ă©vĂ©nement, critique. SEIJI OZAWA : BEETHOVEN 9 – Mito Chamber Orchestra (1 cd Decca)

OZAWA SEIJI BEETHOVEN 9 MITO chamber orchestra concert cd critique cd review classiquenews 4832566_SO_B9_A_FC-240x240CD, Ă©vĂ©nement, critique. SEIJI OZAWA : BEETHOVEN 9 – Mito Chamber Orchestra (1 cd Decca). 45 ans aprĂšs son tout premier enregistrement pour Philips, le vĂ©tĂ©ran lĂ©gendaire, maestro Seiji Ozawa relit le sommet des symphonies romantiques germaniques : la 9Ăš de Beethoven; Ă  l’ñge de 83 ans, Ă  la tĂȘte du Mito Chamber Orchestra (fondĂ© en 1990), le chef – directeur musical de l’orchestre nippon Ă  partir de 2012-, montre en dĂ©pit d’une longue maladie dont il sort petit Ă  petit, une Ă©nergie nerveuse prĂȘte Ă  dĂ©coudre avec le massif beethovĂ©nien.

Le premier mouvement, frĂ©missant, tendu, incandescent reconnecte le sentiment tragique Ă  l’univers ; on y lit dans cette lecture nerveuse, mordante, Ă©ruptive, acĂ©rĂ©e et incisive, la volontĂ© d’en dĂ©coudre ou de faire surgir coĂ»te que coĂ»te, et en urgence, une rĂ©solution au conflit. C’est la rĂ©itĂ©ration de plus en plus prĂ©cise, claire d’une phrase qui rĂ©capitule toutes les guerres et leur essence tragique, extinction, barbarie, enfin reformulĂ©e de façon dĂ©finitive et enfin claire Ă  16mn : Ozawa, pilotant un effectif chambriste, sculpte la matiĂšre orchestrale avec une prĂ©cision de fauve, de loup en panique, pressĂ© par l’obligation et l’urgence de rĂ©solution. L’engagement des instrumentistes produit une tension d’ensemble, une motricitĂ© collective qui fait feu de tout bois. Quand enfin dans les derniĂšres mesures, s’énonce l’équation rĂ©ponse qui est une dĂ©claration affirmĂ©e, le sentiment de rĂ©solution peut s’accomplir. Tout est dit : tout est clair.

Le 2Ăš mouvement est d’une Ă©nergie primitive, Ă©purĂ©e, sautillante, vrai ballet, Ă  la fois pulsation pure, et ciselure cristalline, vif-argent, enfin sans contrainte ; une nouvel Ă©lan, celui d’un espoir neuf
 Si dans le premier mouvement il s’agissait de regretter et pleurer les morts et les victimes colatĂ©rales des batailles, ici, le courage recouvrĂ©, et l’espoir revivifiĂ©, transcendĂ© (cor, basson
), la volontĂ© de victoire, irrĂ©pressible et comme Ă©lectrisĂ©e, animent toutes les troupes pour un nouveau combat (le dernier?)/ timbales, piccolos indiquent la marche heureuse (inconsciente ?), Ă©nivrĂ©e, Ă©perdue. Ozawa redouble de nervositĂ© dĂ©taillĂ©e, d’une frĂ©nĂ©sie primitive, Ă©noncĂ©e avec l’urgence d’une force juvĂ©nile. Le travail du chef dans les nuances, l’élan, la clartĂ© de l’architecture y paraĂźt le plus manifeste et intelligible. C’est un concert parfaitement Ă©quilibrĂ© qui gagne un relief dĂ©cuplĂ© dans cette version recentrĂ©e sur un effectif essentiel (chambriste). La motricitĂ© et le souci de dĂ©tail sont superlatifs.
Voyez comme Ă  7:51 : une Ă©tape est franchie soudainement, dans le sens d’une organisation et d’un objectif nouveau, plus trĂ©pidant encore qui reprend la frĂ©nĂ©sie du dĂ©part, une armĂ©e se met en mouvement.

Dans l’Adagio, sans s’alanguir vraiment, Ozawa fait chanter cordes et bois, en un Ă©noncĂ© plus feutrĂ©, rentrĂ©, priĂšre fraternelle qui devient appel au renoncement accompagnĂ© des pleurs aux violons, un rien maniĂ©rĂ© (8:40) ; Beethoven aprĂšs l’évocation de la barbarie en un souffle tragique, ayant repris possession d’un espoir inespĂ©rĂ©, exprime ici une confession intime qui dans le sens de la fraternitĂ©, indique clairement l’espoir d’un monde nouveau. Il y manque certainement l’ampleur d’enivrement d’autres versions ; Ozawa semble demeurĂ© dans les instruments, Ă  hauteur de pupitre, dans les cordes spĂ©cifiquement. Il lui manque un soupçon de distance rĂ©conciliatrice, de souffle poĂ©tique.

 
 
 

Du chant des armes
à la priùre des cƓurs
OZAWA plus fraternel que jamais

 
 
 

OZAWA maestro felin CLASSIQUENEWS portrait juillet août 2015 Le-chef-d-orchestre-Seiji-Ozawa-de-retour_article_landscape_pm_v8

 
 
 

Le destin frappe alors dans le 4Ú mouvement « Presto »: urgence nouvelle qui est trÚs ralentie, exposée avec lenteur par les contrebasses.

On comprend bien la construction de ce massif ultime du gĂ©nie beethovĂ©nien : conscience foudroyĂ©e d’abord, puis reconstruction humaniste.

En passant par le chant du chƓur des homms d’abord puis des femmes, en s’incarnant par la voix des solistes, baryton qui exhorte, puis tĂ©nor qui invoque et prie, la parole de l’orchestre, s’apparentait Ă  celle des armes (premier mouvement) ; dĂ©sormais s’il y a levĂ©e de boucliers et chant de guerre, ils ne peuvent se rĂ©aliser que dans le sens d’une humanisation gĂ©nĂ©rale. Quelle vision prophĂ©tique qui vaut pour notre siĂšcle (XXIĂš) celui ultime et dĂ©cisif de tous les dĂ©fis : climatique et Ă©cologique, sociĂ©tal et politique
 Quelles valeurs voulons nous dĂ©fendre ? C’est bien ce rapport dĂ©sormais vital et dernier auquel nous invite Beethoven. VoilĂ  qui fait sa modernitĂ© et ses vertus cathartiques aussi. Car Ă  dĂ©faut d’en retrouver traces dans la rĂ©alitĂ© sociĂ©tale actuelle, le spectateur vit dĂ©jĂ  dans l’écoulement de la symphone, cette expĂ©rience salutaire et clairvoyante qui lui restitue ce qui n’a aucun prix et vaut d’ĂȘtre dĂ©fendu : le combat de l’homme pour l’homme.

Ozawa comprend les enjeux et la situation : c’est un cataclysme organisĂ©, un nouveau chaos produisant une Ăšre nouvelle qui s’accomplit alors, illuminĂ© par l’humanisme fraternel du chant des solistes et du choeur.
CLIC_macaron_2014L’appel Ă  l’amour universel et l’étreinte pacifique unit orchestre, chef et solistes en une course effrĂ©nĂ©e portĂ©e par l’urgence et la volontĂ© de l’esprit initial. Ivre de son exaltation, le compositeur dĂ©miurge s’adresse dĂšs lors au CrĂ©ateur divin, dans l’espoir de toucher sa misĂ©ricorde car il aurait dĂ©montrer que sa crĂ©ature (humaine) s’est enfin montrĂ©e digne de son crĂ©ateur. Dans ce sens, l’ultime Ă©lectrisation de tout l’orchestre, vĂ©ritable orgie et transe collective saisit par sa justesse, sa vĂ©ritĂ©. A 80 ans, Ozawa se montre d’une sincĂ©ritĂ© dĂ©sarmante ; son appĂ©tit, sa gourmandise affĂ»tĂ©e (quitte Ă  forcer parfois le trait, dans les tutti de la derniĂšre sĂ©quence chorale), son intelligence fĂ©line font le miel et le nerf de cette lecture en tout point captivante.

 
 
 

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CD, critique. SEIJI OZAWA : Symphonie n°9 de BEETHOVEN. Mito chamber Orchestra – Rie Miyake (soprano), Mihoko Fujimura (mezzo-soprano), Kei Fukui (tenor), Markus Eiche (baritone) – 1 cd Decca

 
 
 

Approfondir
En savoir plus sur http://www.clubdeutschegrammophon.com/albums/beethoven-9/#M1JfhPiFJeRPb6QQ.99

 
 
 

CD événement, critique. CECILIA BARTOLI / VIVALDI II (Decca)

bartoli-cecilia-cd-vivaldi-II-decca-concert-anniersary-30-decca-cecilia-bartoli-critique-cd-cd-reviewCD Ă©vĂ©nement, critique. CECILIA BARTOLI / VIVALDI II (Decca). 20 ans aprĂšs son premier album, lĂ©gendaire, historique, dĂ©diĂ© Ă  la furiĂ  du Pretre Rosso, Antonio Vivaldi le VĂ©nitien (maĂźtre de choeur Ă  l’Ospedale de la PietĂ ), « La » Bartoli, mezzo romaine Ă  l’agilitĂ© expressive irrĂ©sistible, rĂ©cidive et publie en novembre 2018, un second opus VIVALDI, avec ensemble sur instruments d’époque. En 2018, ce nouveau cycle d’inĂ©dits et de perles lyriques oubliĂ©es, accomplit-il un second prodige ? Va-t-il susciter le mĂȘme engouement (et les mĂȘmes ventes, historiques en 1999 : 700 000 exemplaires alors achetĂ©s) ?

 
 
 

LIRE notre dĂ©pĂȘche annonçant les projets cd de Cecilia Bartoli dont ce nouvel album VIVALDI 2018
http://www.classiquenews.com/cd-decca-news-les-3-nouveaux-cd-de-cecilia-bartoli-rossini-camarena-vivaldi-ii/

En moins d’une heure, le nouveau cd collectionne les arias vivaldiens, avec fureur et virtuositĂ©, ou intĂ©rioritĂ© et pudeur, selon la rĂšgle souveraine des contrastes. On note moins d’airs de pure bravoura, dĂ©montrant l’énergique coloratoura dont Bartoli est devenue un emblĂšme contemporain en particulier dans le rĂ©pertoire baroque
 et jusqu’au bel canto bellinien.

 
 
 

LIRE notre article «  premiÚres impressions du cd VIVALDI / BARTOLI 2018 » (6 nov 2018)
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-premieres-impressions-bartoli-vivaldi-ii-decca/

vivaldi opera giustinoLa diva en 2018 prolonge les qualitĂ©s de 1999 : une sorte de souplesse surexpressive qui par la force des choses est devenue naturelle, tel un ruban vocal Ă  la fois martelĂ© et suave. Ainsi comme nous l’avions dĂ©jĂ  observĂ© dĂšs dĂ©but novembre (premiĂšres impressions du cd VIVALDI / BARTOLI 2018), la mezzo dĂ©ploie une belle diversitĂ© de nuances propres Ă  l’articulation et Ă  la caractĂ©risation de chaque : comme l’écrivait le 6 novembre 2018 notre rĂ©dacteur Lucas Irom : « D’emblĂ©e, en ouverture l’air agitĂ© du dĂ©but de ce programme proclame sans fioritures ni hĂ©sitation la furiĂ  assumĂ©e de la partition, – cordes fouettĂ©es comme une crĂȘme liquide et souple ; voix trĂšs incarnĂ©e et engagĂ©e, laquelle a certes perdu de son Ă©lasticitĂ© comparĂ©e Ă  1999, avec des aigus parfois courts, mais dont l’économie des moyens (intelligence expressive) et la gestion de la ligne expressive architecturent le premier air de Zanaida (Argippo : « Selento ancora il fulmine ») avec un brio franc, naturel, contrastĂ© et vivace, riche en vertiges et accents mordants dans la premiĂšre section ; alanguis et murmurĂ©s dans la centrale, exprimant jusqu’à la hargne voire la frĂ©nĂ©sie hallucinĂ©e de cet appel Ă  la vengeance. Plus loin, l’air de Caio d’Ottone in villa (1713 : un ouvrage traversĂ© par un souffle pastorale inĂ©dit) qui exprime la blessure d’un coeur trahi face Ă  la cruautĂ© de son aimĂ©e, est abordĂ© avec une infinie tendresse, aux lignes amples et fluides ; la couleur vocale d’une torpeur triste mais ardente est idĂ©alement soutenue, avec un Ă©clairage intĂ©rieur qui renseigne tout Ă  fait la douleur presque lacrymale du cƓur en souffrance. Qui a dit que Vivaldi n’était que virtuositĂ© mĂ©canique ? C’est un peintre du coeur humain parmi le splus inspirĂ©s
 autant que BACH ou Haendel. Cecilia Bartoli enflamme les esprits dans le registre cantabile, ici suivant les pas du castrat crĂ©ateur Bartolomeo Bartoli.

 
 
   
 
 

BARTOLI 2018
Une voix qui s’est durcie et resserrĂ©e, avec des aigus durs, mais


Des phrasés toujours aussi magiciens

 
 
   
 
 

Parmi les arias les plus longs sĂ©lectionnĂ©s par Cecilia Bartoli, celui avec violon solo obligĂ©, l’air de PersĂ©e : « Sovente il sole » (Andromeda liberata) demeure le clou de ce programme riche en contrastes et ferveur dramatique. La mezzo dĂ©montre sa maĂźtrise du cantabile rond et sombre, capable aussi d’une puissance Ă©motionnelle inouĂŻe, car Vivaldi, invente ici un chant traversĂ© par le souffle de la nature, Ă©voquant orage et tumulte mais aussi cĂ©lĂ©brant le mystĂšre du sublime naturel. Dans cette analogie entre le cƓur qui dĂ©sire et se passionne, et la contemplation de la nature changeante, miroitante, naĂźt un sentiment dĂ©jĂ  
 romantique. La justesse de l’écriture vivaldienne, ses accents et mĂ©lodies proche du caractĂšre Ă  la fois contemplatif et tendre du texte, ont un impact singulier. D’autant que soucieuse de l’énoncĂ© du verbe, dont elle fait une vĂ©ritable poĂ©sie chantante, la diva Ă©claire chaque section de la partition avec une sensibilitĂ© lĂ  encore introspective qui convainc totalement.
Dommage Ă  notre avis que les instrumentistes autour d’elle ne partagent pas telle vision de l’implication et des couleurs du sentiment. Seule rĂ©serve dans cette collection d’incarnations trĂšs rĂ©ussies. Car ce que Bartoli sait exprimer est moins l’éclatante et mĂ©canique technicitĂ© virtuose, que l’introspection d’un Vivaldi
 prĂ©romantique ? VoilĂ  qui ne manque pas de saveur  »

Nous n’en dirons pas davantage, sauf Ă©videmment, une maĂźtrise intacte malgrĂ© l’oeuvre des annĂ©es (20 ans ont passĂ©) dans l’émission des phrasĂ©s (toujours trĂšs convaincants) rĂ©vĂ©lant un souci dĂ©lectable du texte. La couleur et le caractĂšre de chaque situation sont idĂ©alement compris et magnifiquement incarnĂ©s. Brava signora Bartoli.

 
 
   
 
 

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CD Ă©vĂ©nement, critique. CECILIA BARTOLI / VIVALDI II (1 cd Decca – 58 mn).

 
 
 
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DĂ©tail du programme :

 
 
 

Argippo, RV 697
1 « Se lento ancora il fulmine », Zanaida

Orlando furioso, RV 728
2 « Sol da te, mio dolce amore », Ruggiero

Orlando furioso RV Anh. 84 (version 1713-1714, attribuée à Ristori)
3 « Ah fuggi rapido », Astolfo

Il Giustino, RV 717
4 « VedrĂČ con mio diletto », Anastasio

La Silvia, RV 734
5 « Quell’augellin che canta », Silvia

Ottone in villa, RV 729
6 « Leggi almeno, tiranna infedele », Caio

La VeritĂ  in cimento, RV 739
7 « Solo quella guancia bella », Rosane

Andromeda liberata, RV Anh. 117
8 « Sovvente il sole », Perseo

Tito Manlio, RV 738
9 « Combatta un gentil cor », Lucio

Catone in Utica, RV 705
10 « Se mai senti spirarti sul volto », Cesare

Cecilia Bartoli, mezzo-soprano
Ensemble Matheus / Jean-Christophe Spinosi, direction musicale

1 CD Decca 2018
58mn

 
 
 

CD événement, premiÚres impressions. BARTOLI / VIVALDI II (Decca)

bartoli-cecilia-30-ans-decca-3-nouveaux-cd-cd-news-review-on-classiquenews-ROSSINI-box-Vivaldi-2-camarenaCD Ă©vĂ©nement, premiĂšres impressions. BARTOLI / VIVALDI II (1 cd Decca). Presque 20 ans aprĂšs son premier opus Ă©vĂ©nement dĂ©diĂ© Ă  Vivaldi (1999), la mezzo romaine Cecilia Bartoli revient Ă  ses premiĂšres amours et dĂ©clare Ă  nouveau sa flamme baroque pour le gĂ©nie dramatique et lyrique d’Antonio Vivaldi. AnnoncĂ© le 23 novembre prochain, l’album a sĂ©duit manifestement notre Ă©quipe de rĂ©dacteurs qui ont dĂ©jĂ  pu Ă©couter le programme dans sa totalité  Il en ressort que la diva confirme son excellent tempĂ©rament dramatique chez celui qui peine Ă  convaincre encore les directeurs d’opĂ©ras : bien rares sont Ă  prĂ©sent les opĂ©ras de Vivaldi ou les festivals qui « osent » programmer ses ouvrages lyriques. Une situation qui est difficile Ă  expliquer sinon par le manque d’audace des programmateurs, et aussi le manque de chanteurs capables comme « La Bartoli » de rĂ©ussir en virtuositĂ©, comme en intonations ciselĂ©es. Car il ne suffit pas de savoir techniquement bien chanter
 il faut encore exprimer et transmettre ce supplĂ©ment d’ñme qui confĂšre Ă  chaque aria, son Ă©paisseur voire son mystĂšre Ă©motionnel. De toute Ă©vidence, mĂȘme accompagnĂ©e par un continuo et un chef parfois trop durs ou trop lisses, Cecilia Bartoli, 30 ans aprĂšs, affirme toujours une Ă©tonnante santĂ© vivaldienne
 En tĂ©moignent ces 3 airs qui selon notre rĂ©dacteur Lucas Irom, demeurent emblĂ©matiques d’un programme ambitieux, trĂšs demandeur vocalement
 qui en compte 10. Voici en avant premiĂšre, un extrait de la critique complĂšte qui sera Ă©ditĂ©e le jour de la parution de l’album BARTOLI / VIVLADI II :

bartoli-cecilia-cd-vivaldi-II-decca-concert-anniersary-30-decca-cecilia-bartoli-critique-cd-cd-review  « D’emblĂ©e, en ouverture l’air agitĂ© du dĂ©but de ce programme proclame sans fioritures ni hĂ©sitation la furiĂ  assumĂ©e de la partition, – cordes fouettĂ©es comme une crĂȘme liquide et souple ; voix trĂšs incarnĂ©e et engagĂ©e, laquelle a certes perdu de son Ă©lasticitĂ© comparĂ©e Ă  1999, avec des aigus parfois courts, mais dont l’économie des moyens (intelligence expressive) et la gestion de la ligne expressive architecturent le premier air de Zanaida (Argippo : « Selento ancora il fulmine ») avec un brio franc, naturel, contrastĂ© et vivace, riche en vertiges et accents mordants dans la premiĂšre section ; alanguis et murmurĂ©s dans la centrale, exprimant jusqu’à la hargne voire la frĂ©nĂ©sie hallucinĂ©e de cet appel Ă  la vengeance. Plus loin, l’air de Caio d’Ottone in Villa (un ouvrage traversĂ© par un souffle pastorale inĂ©dit) qui exprime la blessure d’un coeur trahi face Ă  la cruautĂ© de son aimĂ©e, est abordĂ© avec une infinie tendresse, aux lignes amples et fluides ; la couleur vocale d’une torpeur triste mais ardente est idĂ©alement soutenue, avec un Ă©clairage intĂ©rieur qui renseigne tout Ă  fait la douleur presque lacrymale du cƓur en souffrance. Qui a dit que Vivaldi n’était que virtuositĂ© mĂ©canique ?

Parmi les arias les plus longs sĂ©lectionnĂ©s par Cecilia Bartoli, celui avec violon solo obligĂ©, l’air de PersĂ©e : « Sovente il sole » (Andromeda liberata) demeure le clou de ce programme riche en contrastes et ferveur dramatique. La mezzo dĂ©montre sa maĂźtrise du cantabile rond et sombre, capable aussi d’une puissance Ă©motionnelle inouĂŻe, car Vivaldi, invente ici un chant traversĂ© par le souffle de la nature, Ă©voquant orage et tumulte mais aussi cĂ©lĂ©brant le mystĂšre du sublime naturel. Dans cette analogie entre le cƓur qui dĂ©sire et se passionne, et la contemplation de la nature changeante, miroitante, naĂźt un sentiment dĂ©jĂ  
 romantique. La justesse de l’écriture vivaldienne, ses accents et mĂ©lodies proche du caractĂšre Ă  la fois contemplatif et tendre du texte, ont un impact singulier. D’autant que soucieuse de l’énoncĂ© du verbe, dont elle fait une vĂ©ritable poĂ©sie chantante, la diva Ă©claire chaque section de la partition avec une sensibilitĂ© lĂ  encore introspective qui convainc totalement.
bartoli-cecilia-vivaldi-edition-rossini-box-edition-critique-cd-cd-review-by-classiquenews-oct-2018Dommage Ă  notre avis que les instrumentistes autour d’elle ne partagent pas telle vision de l’implication et des couleurs du sentiment. Seule rĂ©serve dans cette collection d’incarnations trĂšs rĂ©ussies. Car ce que Bartoli sait exprimer est moins l’éclatante et mĂ©canique technicitĂ© virtuose, que l’introspection d’un Vivaldi
 prĂ©romantique ? VoilĂ  qui ne manque pas de saveur….” A suivre.

Prochaine critique complùte le jour de la sortie de l’album le 23 novembre 2018. 

CD, compte rendu critique. DVORAK : STABAT MATER (Belohlavek, Prague mars 2016, 1 cd Decca)

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CD, compte rendu critique. DVORAK : STABAT MATER (Belohlavek, Prague mars 2016, 1 cd Decca). Etrangement la Philharmonie TchĂšque / Czech Philharmonic sonne dĂ©mesurĂ©e dans une prise de son Ă  la rĂ©verbĂ©ration couvrante qui tant Ă  diluer et Ă  noyer le dĂ©tail des timbres, comme le relief des parties : orchestre, solistes, choeur (Prague Philharmonic Choir). Heureusement, la direction tendre du chef Jiri Belohlavek (rĂ©cemment dĂ©cĂ©dĂ© : il s’est Ă©teint le 31 mai 2017) Ă©vite d’écraser et d’épaissir, malgrĂ© l’importance des effectifs et le traitement sonore plutĂŽt rond et indistinct. C’est presque un contresens pour une partition qui plonge dans l’affliction la plus dĂ©chirante, celle d’un pĂšre (Dvorak) encore saisi par la perte de ses enfants Josefa en septembre 1875, puis ses ainĂ©es : Ruzenka et Ottokar.

 

Fini en 1877, crĂ©Ă© Ă  Prague en 1880, le Stabat Mater imposa un tempĂ©rament puissant, Ă  la fois naĂŻf et grandiose, qui alors, confirmait l’enthousiasme de Brahms (trĂšs admiratif la Symphonie n°3 de Dvorak). L’étonnante franchise et sincĂ©ritĂ© de la paritition valurent partout oĂč elle fut crĂ©Ă©e, un triomphe Ă  son auteur (dont Ă  Londres oĂč il dirigea lui-mĂȘme la fresque bouleversante en 1884). Comme le Requiem de Verdi, aux dimensions elles aussi colossales, le Stabat Mater de Dovrak n’en oublie pas l’humanitĂ© et l’intimitĂ© de son sujet : la ferveur Ă  la Vierge de compassion et de douleur ne pourrait s’exprimer sans pudeur et dĂ©licatesse.

C’est pourquoi l’oeuvre alterne constamment entre le dĂ©sir de paix et d’acceptation, et la profonde dĂ©chirure de la douleur et du sentiment immense, irrĂ©pressible d’impuissance comme d’injustice.  TrĂšs libre quant Ă  la liturgie, – comme Brahms et l’élaboration de son Requiem Allemand, Dvorak façonne son Stabat Mater comme un hymne personnel Ă  la Vierge douloureuse, rĂ©confortante, admirable.

 

L’Ampleur et l’épaisseur brahmsienne s’invitent ainsi dans la tenue de l’orchestre du cd2 – parfois trop solennelle, Ă©crasante mĂȘme, particuliĂšrement dans l’intro pour l’air de tĂ©nor (avec choeur) : « Fac me vere tecum flere », d’une attĂ©nuation plus tendre grĂące au timbre hĂ©roĂŻque et trĂšs rond du tĂ©nor amĂ©ricain Michael Spyres ; air de compassion, aux cĂŽtĂ©s  de la mĂšre endeuillĂ©e, face au Fils crucifiĂ©, rempli de recueillement et aussi de volontĂ© parfois colĂ©reuse
 LĂ  encore, le chanteur amĂ©ricain soigne sa ligne, arrondit les angles, caresse et rassĂ©rĂšne


 

AprĂšs la sĂ©quence purement chorale (tendresse souple du choeur Ă©voquant Marie / plage 2, cd2), le duo soprano et tĂ©nor (VIII. Fac ut portem Christi mortem / Fais que supporte la mort du Christ) affirme la trĂšs forte caractĂ©risation des parties solistes (lumineuse et fragile vorie sĂ©raphique Eri Nakamura) ; leur duo exprime le dĂ©sir des solistes : supporter l’affliction nĂ©e du deuil et de la perte, emportant tout l ‘effectif. Les deux voix s’engouffrent dans la peine divine et la souffrance du Fils.  Soprano et tĂ©nor trouvent l’intonation juste, entre dĂ©ploration et pudique exhortation, mais elles sont souvent noyĂ©es dans le magma orchestral (la prise de son est vraiment indigne).

 

Plus Ă©nergique et presque conquĂ©rant, l’air de l’alto Elisabeth Kulman (Inflammatus), prenant Ă  tĂ©moin aussi la Vierge courageuse et compatissante affirme le beau tempĂ©rament de la chanteuse au timbre noble et rond, trĂšs respectueuse de l’intĂ©rioritĂ© mesurĂ©e de cet andante maestoso : la voix Ă©carte toute solennitĂ©, elle intensifie la priĂšre individuelle d’une fervente « rĂ©chauffĂ©e par la grĂące », adoratrice apaisĂ©e de Marie, dans l’attĂ©nuation finale d’une douleur enfin mieux vĂ©cue.

 

Le chef trouve des accents plus pointillistes Ă  l’orchestre et idĂ©alement accordĂ©s au quatuor vocal, Ă  la fois attendri et sincĂšre dans des accents plus francs et directs ; toujours, le geste semble mesurer l’ampleur du dolorisme que la mort implacable et injuste suscite (vague du collectif renforcĂ© par le choeur grandiose), alternĂ© par une priĂšre fervente trĂšs incarnĂ©e, soudainement lumineuse Ă  l’énoncĂ© du Paradis promis Ă  l’ñme Ă©plorĂ©e.

Jiri Belohlavek force le trait dans la solennité, conférant à la fresque de Dvorak, une épaisseur majestueuse, quasi beethovénienne (Missa Solemnis) et une trÚs forte charge introspective (Brahmsienne).

 

Le finale est une arche plus impressionnante et spectaculaire (de surcroĂźt dans un espace trĂšs rĂ©verbĂ©rĂ©) que retenue ; et le chef joue sur le grandiose des effectifs en nombre. MalgrĂ© la spatialisation large et la prise de son diluĂ©e, Belholavek trouve l’intonation juste dans les derniĂšres mesures aux cordes qui dessinent l’espoir d’une aube nouvelle, rĂ©solvant la charge de tant de ferveur antĂ©rieure.

Dans la salle Dvorak au Rudolfinum de Prague, le cĂ©rĂ©moniel l’emporte sur la vĂ©ritable intimitĂ© de la ferveur. La fresque parfois dĂ©mesurĂ©e, dĂ©borde du sentiment individuel pourtant contenu dans une partition Ă  la trĂšs forte coloration autobiographique. Autour du maestro, les Ă©quipes rĂ©unies : chƓur (rendu ainsi confus par la prise de son indistincte et pĂąteuse), orchestre, solistes
 cĂ©lĂšbrent surtout un monument national, et aussi assurĂ©ment l’engagement d’un chef alors ĂągĂ©, reconnu pour sa dĂ©fense du rĂ©pertoire national. Pour les versions alternatives, avec solistes aussi impliquĂ©s et sobres, et surtout choeur enfin dĂ©taillĂ©, voyez du cĂŽtĂ© des chefs Herreweghe, Kubelik et Sinopoli (les deux derniers chez DG). RĂ©alisĂ© quelques semaines avant sa mort, ce Stabat Mater prend des allures de testament artistique du chef principal, dĂ©tenteur de toute une tradition esthĂ©tique que l’on ne peut dĂ©sormais ignorer.

 

 

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CD, compte rendu critique. DVORAK : STABAT MATER (Belohlavek, Prague mars 2016, 1 cd Decca)

CD événement, compte rendu critique. HOMAGES : Benjamin Grosvenor, piano (1 cd Decca)

homages benjamin grosvenor cd homages decca review classiquenews clic de classiquenews septembre 2016 573757_383e801f550a4543a1523b9e4ec3a169~mv2_d_1984_1984_s_2CD Ă©vĂ©nement, compte rendu critique. HOMAGES : Benjamin Grosvenor, piano (1 cd Decca). Les Liszt et Franck sublimĂ©s du pianiste Benjamin Grosvenor. D’emblĂ©e, nous savions qu’à la seule lecture du programme et la trĂšs subtile articulation des enchaĂźnements comme des compositeurs ainsi sĂ©lectionnĂ©s, nous tenions lĂ  mieux qu’une confirmation artistique 
 : un accomplissement majeur s’agissant du pianiste britannique le plus exceptionnel qui soit actuellement et qui en est dĂ©jĂ  Ă  son 4Ăš rĂ©cital discographique pour Decca. Benjamin Grosvenor, parmi la jeune colonie de pianistes Ă©lus par Deutsche Grammophon et Decca (Daniil Trifonov, Alice Sara Ott, Yuja Wang
 sans omettre les plus fugaces ou plus rĂ©cents: Elizabeth Joy-Roe, ambassadrice de rĂȘve pour Field chez Decca, ou surtout Seong Jin Cho, dernier laurĂ©at du Concours Chopin de Varsovie
), fait figure Ă  part d’une somptueuse maturitĂ© interprĂ©tative qui illumine de l’intĂ©rieur en particulier ses Liszt et ses Franck.


HOMAGES, le programme d’un immense nouveau gĂ©nie du piano

Benjamin Grosvenor sublime Liszt et Franck

grosvenor Benjamin Grosvenor-7333-Edit-EditLe pianiste est nĂ© dans le comtĂ© d’Essex en 1992. L’album « HOMAGES » est un chapelet de compositeurs aussi virtuoses que profonds, constituant – emblĂšme des rĂ©flexions artistiques exigeantes, un programme magnifiquement conçu, entre Ă©clats et murmures, dĂ©monstration Ă©chevelĂ©e et surgissements de la psychĂ©. De fait dans le cas des Liszt qu’il a choisis : Venezia e Napoli, S 162 (AnnĂ©es de pĂšlerinage II : Italie, 1839-1840), comme dans celui des non moins sublimes CĂ©sar Franck, magicien harmoniste, narrateur des mondes poĂ©tiques (trilogie synthĂ©tique et orchestrale de PrĂ©lude, Choral et fugue FWV 21, sommet esthĂ©tique de 1884), le jeune britannique affirme une sensibilitĂ© tissĂ©e dans la pudeur et l’intĂ©rioritĂ© ; la constance douceur opĂ©rante du toucher qui s’autorise aussi de somptueuses affirmations frĂ©nĂ©tiques, exprime l’éloquence d’une intelligence musicale d’une exceptionnelle justesse : c’est un Ă©quilibre trĂšs subtile entre une virtuositĂ© vĂ©loce et facile, voire dĂ©concertante (crĂ©pitement crĂ©pusculaire et suspensions enivrĂ©es de son JS BACH d’ouverture (la Chaconne BWV 1004, arrangĂ©e par Busoni Ă  partir de la piĂšce originelle pour violon), et une profondeur poĂ©tique spectaculaire Ă  laquelle le premiĂšre qualitĂ© est Ă©troitement et constamment infĂ©odĂ©e. Maitre des filiations, poĂšte des correspondances secrets et intimes, ses PrĂ©ludes et Fugues de Mendelssohn, d’un surgissement juvĂ©nile d’une incroyable tendresse rĂ©pondent en cela idĂ©alement aux mĂȘmes formes (augmentĂ©es du Chorale), de Franck. La vision en perspective subjugue.

Le programme dĂ©voile un aperçu de son immense talent qui ne s’autorise aucun effet, mais recherche essentiellement la plĂ©nitude et l’allusion. Un poĂšte du clavier en somme intiment douĂ© et certainement l’un des plus passionnants Ă  suivre aujourd’hui. Pour tous ses rĂ©citals discographiques, le pianiste sait construire un programme, agencer, combiner, associer 
 pour un pĂ©riple musical d’une trĂšs grande force poĂ©tique.

HOMAGES est donc le dĂ©jĂ  4Ăšme recueil rĂ©alisĂ© par Benjamin Grosvenor chez Decca : aprĂšs ses programmes / rĂ©citals : Chopin / Liszt / Ravel en 2011, date de sa signature avec le label d’Universal ; Saint-SaĂ«ns, Ravel, gershwin en 2012 ; « Dances » enregistrĂ© en 2013
).

CLIC_macaron_2014Le programme est ciselĂ© et enchanteur Ă  plus d’un titre : comment ne pas ĂȘtre littĂ©ralement envoĂ»tĂ© par le chant de la Barcarolle de Chopin ? L’extase des profondeurs mystiques et dĂ©moniaques simultanĂ©ment des Liszt ? Mais c’est certainement l’intelligence des Franck qui surclasse ses confrĂšres : mobile, ductile, versatile, et pourtant douĂ© d’une Ă©tonnante profondeur – qui assure et prĂ©serve la couleur tragique de chaque piĂšce, le jeu du jeune Grosvenor chez le vieux Franck dĂ©passe tout ce que nous espĂ©rions Ă  l’endroit de ses piĂšces formant un triptyque essentiel Ă  toute vie de mĂ©lomane. Merci Ă  Benjamin Grosvenor de nous ouvrir de telles portes oniriques, de permette que soient audibles et perceptibles de tels mondes sonores. La sensibilitĂ© du pianiste est somptueuse et fraternelle : un immense gĂ©nie du clavier se rĂ©vĂšle dans ce programme, CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre et octobre 2016. Et si le magicien nĂ© dans l’Essex donne une rĂ©cital dans votre ville, n’hĂ©sitez pas une seconde pour courir aller l’écouter. Un miracle de musicalitĂ© transcendante est au bout du chemin.

CD événement. Compte rendu critique. « HOMAGES » (JS Bach arrangé par Ferruccio Busoni, Mendelssohn, César Franck, Franz Liszt). Benjamin Grosvenor, piano. 1cd Decca. Enregistré à Wyastone concert Hall, du 10 au 13 décembre 2015. CLIC de CLASSIQUENEWS de la rentrée : septembre et octobre 2016.

CD événement, annonce. HOMAGES : Benjamin Grosvenor, piano (1 cd Decca, à paraßtre le 9 septembre 2016)

grosvenor benjamin cd decca homage liszt cesar franck cd review announce annonce compte rendu classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, annonce. HOMAGES : Benjamin Grosvenor, piano (1 cd Decca, Ă  paraĂźtre le 9 septembre 2016). Les Liszt et Franck sublimĂ©s du pianiste Benjamin Grosvenor. Benjamin Grosvenor, parmi la jeune colonie de pianistes Ă©lus par Deutsche Grammophon et Decca (Daniil Trifonov, Alice Sara Ott, Yuja Wang
 sans omettre les plus fugaces ou plus rĂ©cents : Elizabeth Joy-Roe, ambassadrice de rĂȘve pour Field chez Decca, ou surtout Seong Jin Cho, dernier laurĂ©at du Concours Chopin de Varsovie 2015
), fait figure Ă  part, d’emblĂ©e, d’une somptueuse maturitĂ© interprĂ©tative qui illumine de l’intĂ©rieur ses Liszt et ses Franck. Le pianiste est nĂ© dans le comtĂ© d’Essex en 1992. Decca annonce son nouvel album intitulĂ© « HOMAGES », chapelet de compositeurs aussi virtuoses que profonds, constituant – emblĂšme des rĂ©flexions artistiques exigeantes, un programme magnifiquement conçu, entre Ă©clats et murmures, dĂ©monstration Ă©chevelĂ©e et surgissements de la psychĂ©. De fait dans le cas des Liszt qu’il a choisis : Venezia e Napoli, S 162 (AnnĂ©es de pĂšlerinage II : Italie, 1839-1840), comme dans celui des non moins sublimes CĂ©sar Franck, magicien harmoniste, narrateur des mondes poĂ©tiques (trilogie synthĂ©tique et orchestrale de PrĂ©lude, Choral et fugue FWV 21, sommet esthĂ©tique de 1884), le jeune pianiste britannique affirme une sensibilitĂ© tissĂ©e dans la pudeur et l’intĂ©rioritĂ© ; un aperçu de son immense talent qui ne s’autorise aucun effet, mais recherche essentiellement la plĂ©nitude et l’allusion. Un poĂšte du clavier en somme infiniment douĂ© et certainement l’un des interprĂštes les plus passionnants Ă  suivre aujourd’hui. Pour tous ses rĂ©citals discographiques, le pianiste sait construire un programme, agencer, combiner, associer 
 pour un pĂ©riple musical d’une trĂšs grande force poĂ©tique.

HOMAGES est le dĂ©jĂ  4Ăšme recueil rĂ©alisĂ© par Benjamin Grosvenor chez Decca : aprĂšs ses programmes / rĂ©citals : Chopin / Liszt / Ravel en 2011, date de sa signature avec le label d’Universal ; “RHAPSODIE”, Saint-SaĂ«ns, Ravel, Gershwin en 2012 ; « Dances » enregistrĂ© en 2013 / CLIC de CLASSIQUENEWS d’aoĂ»t 2014
).

Grosvenor benjamin piano classiquenews 573757_a36fbf021e6a409ebc126e8442d0e554~mv1Programme enchanteur : prochaine grande critique et compte rendu complet de l’album 1cd Decca de Benjamin Grosvenor, « HOMAGES » (JS Bach arrangĂ© par Ferruccio Busoni, Mendelssohn, CĂ©sar Franck, Franz Liszt, Maurice Ravel), Ă  venir dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS, Ă  la date de parution annoncĂ©e par Decca, soit le 9 septembre 2016. CLIC de CLASSIQUENEWS de la rentrĂ©e 2016.

Coffret cd événement, annonce : HANDEL, The great oratorios (Decca 41 cd)

oratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423Coffret cd Ă©vĂ©nement, annonce : HANDEL, The great oratorios (Decca 41 cd). Decca cĂ©lĂšbre le gĂ©nie du Haendel londonien qui aprĂšs avoir tentĂ© (vainement) d’affirmer l’opĂ©ra seria italien, invente l’oratorio en langue anglaise. Sobre (en rouge avec fine quadrature jaune/or), le coffret de 41 cd regroupe 16 opus ou oratorios qui retracent chacun les jalons de la formidable aventure de l’opĂ©ra anglais version Handel : le Saxon en devenant plus britannique que les londoniens, abandonne toute ambition lyrique en italien, et invente un nouveau genre, l’oratorio anglais. Pour dĂ©fendre son Ă©criture, les chefs Sir John Eliot Gardiner, Trevor Pinnock, Christopher Hogwood, Marc Minkowski et Harry Christophers. Avec entre autres les oratorios :  La Resurrezione, La Messe du Couronnement, Acis et GalatĂ©e, Judas MacchabĂ©e, Salomon, Saul, Israel en Egypte, incarnĂ©s par les solistes Emma Kirkby, Joan Sutherland, Anne Sofie von Otter, Andreas Scholl, Anthony Rolfe Johnson, Arleen Auger. Soit plusieurs gĂ©nĂ©rations d’interprĂštes, relevant ou non de la pratique baroqueuse, historiquement informĂ©e. Mais jouer des instruments d’Ă©poque ne fait pas tout : car comme Ă ’opĂ©ra, l’Ă©criture handĂ©lienne, parmi les plus dramatiques qui soient, exige des voix Ă  tempĂ©raments, de vĂ©ritables personnalitĂ©s vocales…

haendel handel georg-friedrich-haendel_1_jpg_240x240_crop_upscale_q9530 ANS D’INTERPRETATION BAROQUE… L’éventail interprĂ©tatif est vaste et rend compte de plusieurs dĂ©cennies de styles variĂ©s selon les nationalitĂ©s du chef et des musiciens. Judas Maccabaeus est le plus ancien enregistrement : 1977, -sous la direction de Charles Mackerras (avec la crĂšme du chant anglais dont Felicity Palmer, Janet Baker, John Shirley Quirck) et l’ECO English Chamber Orchestra, sur instruments modernes. Lui succĂšdent par ordre chronologique de rĂ©alisation : Acis et GalatĂ©e (1978); La Resurrezione (1982), Esther (1985), Athalia (1986), le Messie et Alexander’s Feast (1988), Jephtha (1989), Saul et Belshazzar (1991), Semele (1993), Israel in Egypt, Coronation Anthems (1995), Solomon (1999), Theodora (2000), enfin Hercules (2002), donc le plus rĂ©cent, par Les Musiciens du Louvre et Marc Minkowski (avec Paul Groves, Anne Sofie von Otter
). Pour chacun, le style oratorien ne doit rien sacrifier Ă  l’éloquence du drame, ni Ă  la fiĂšvre Ă©pique, sans omettre Ă©videmment le souffle de la priĂšre spirituelle voire mystique.  Les plus engagĂ©s en nombre de rĂ©alisations sont ici Hogwood, Pinnock et surtout Gardiner.

 

 

Parution : début juillet 2016. Prochaine critique complÚte du coffret HANDEL / The great oratorios 41 cd Decca, à venir dans le mag cd de classiquenews.com

En savoir plus sur http://www.clubdeutschegrammophon.com/albums/handel-the-great-oratorios/#DiPUlsYVkgjVIRWQ.99

CD, compte rendu critique, coffret Ă©vĂ©nement. HAYDN : intĂ©grale des 107 Symphonies sur instruments anciens : BrĂŒggen, Hogwood, Dantone (35 cd DECCA).

HAYDN 107 symphonies period instruments hogwood bruggen dantone 36 cd decca mai 2016 accademia bizantina ottavio dantone review critique classiquenewsCD, compte rendu critique, coffret Ă©vĂ©nement. HAYDN : intĂ©grale des 107 Symphonies sur instruments anciens : BrĂŒggen, Hogwood, Dantone (35 cd DECCA). COFFRET SUPERLATIF. Le coffret de cette intĂ©grale du Haydn symphoniste est tout simplement superlatif. Le corpus rĂ©capitule l’apport grandiose et incontournable de Joseph Haydn (1732-1809), pĂšre gĂ©nial du Quatuor et surtout de la Symphonie, dont il fait des standards, emblĂšmes de la sociĂ©tĂ© civilisĂ©e et philosophique Ă  l’Ă©poque de la RĂ©volution française. PĂ©nĂ©trĂ©e par l’esprit des LumiĂšres, la centaine de Symphonies ainsi rĂ©estimĂ©es, – corpus dont nous suivons l’Ă©volution majeure, depuis les annĂ©es 1750, jusqu’aux accomplissements des annĂ©es 1790, quand Joseph compose des partitions applaudies et vĂ©nĂ©rĂ©es Ă  Londres et Ă  Paris, dans toute l’Europe-, est une somme orchestrale qui permet d’atteindre un Ăąge d’or formel, copiĂ© aprĂšs lui par tous les grands romantiques, y compris Beethoven… et Mozart, le premier d’entre tous.

Soit une intĂ©grale en 107 symphonies ; le sujet intĂ©resse les tenants de la rĂ©volution musicale sur instruments anciens ; l’Ă©quivalent de ce que fait aujourd’hui un JĂ©rĂ©mie Rhorer pour les opĂ©ras de Mozart (comme le dĂ©montre et le confirme son rĂ©cent live parisien de l’EnlĂšvement au SĂ©rail, Ă©ditĂ© chez Alpha, ce mois ci : lire la critique de l’EnlĂšvement au SĂ©rail de Mozart par JĂ©rĂ©mie Rhorer et Le Cercle de l’Harmonie… Des anciens, Hogwood et BrĂŒggen Ă  prĂ©sent dĂ©cĂ©dĂ©s, Ă  aujourd’hui Dantone et donc Rhorer, la vitalitĂ© expressive des instruments d’Ă©poque retrouve le format et l’esthĂ©tique original, pas encore (et jamais originelle : qui peut savoir ? Et techniquement cela reste impossible…), mais un nouveau spectre sonore, une nouvelle palette de couleurs et d’accents rĂ©volutionnent totalement notre comprĂ©hension profonde des oeuvres.

Ainsi s’agissant des Symphonies de Haydn, les grands chefs se retrouvent, confrontĂ©s chacun Ă  la fantaisie souvent ahurissante, voire expĂ©rimentale de Joseph Haydn, depuis son service chez le Comte Morzin puis pour les princes Esterhazy Ă  Esterhaza… Une matiĂšre complexe, exigeant un savoir faire, un lacher prise, une inventivitĂ© exceptionnellement dĂ©veloppĂ©e et une souplesse de ton qui rĂ©vĂšlent ainsi les meilleurs interprĂštes… A Hogwood et son Academy of Ancient Music revient dĂšs le dĂ©but des annĂ©es 1980 (1984 prĂ©cisĂ©ment pour les 100 et 104, puis 1985 pour le 96, soit les plus rĂ©centes dans le catalogue mais les anciennes quant aux dates d’enregistrement), pour le label l’Oiseau Lyre / Decca Ă  l’Ă©poque, – plus proches de nous, au cours des annĂ©es 1990: les Symphonies A, B, 1 Ă  25, 27-34, 36, 17, 40, 53-57 ; en 2000 et 2005, 60-64, 66-77 ;

BruggenA l’immense Frans BrĂŒggen revient deux cycles : l’un avec l’Orchestra of the Age of Enlightenment : soit les 19 “Sturm und Drang” (jalon primordial pour l’expression emblĂ©matique de ce courant esthĂ©tique entre Baroque et Romantisme), 26, 35, 38, 39, 41-52, 58, 59 et 65 ; le second avec l’Orchestra of the Eighteenth Century pour les Symphonies au style europĂ©en, emblĂ©matique de ce goĂ»t des LumiĂšres : et qui tĂ©moignent surtout de la diffusion exceptionnelle voire inĂ©dite d’un Symphoniste en Europe : les 6 “Paris” 82-87 ; les 88-92; La concertante London n°12, enfin les derniĂšres : 93-104. Le chef enregistre ses premiĂšres Symphonies Ă  Utrecht (n°90, live) dĂšs 1984), puis Ă  1986 (93) et 1987 (103); puis complĂšte son cycle Ă  Londres, Paris (Symphonies parisiennes, citĂ© de la musique, 1996)… de 1994 Ă  1997.

En fin au plus jeune, cadet des deux précédents : Ottavio Dantone, dont le tempérament latin apporte une conception renouvelée de la ciselure expressive et poétique : Symphonies 78-81, particuliÚrement appréciée par la Rédaction cd de classiquenews, enregistrées en juin, juillet et septembre 2015 en Italie (Bagnacavallo).

Le projet Decca marque l’Ă©coute en ce qu’il rĂ©unit 3 tempĂ©raments d’exception, 3 chefs de premiĂšre importance qui composent aussi les jalons de l’interprĂ©tation des orchestres sur instruments d’Ă©poque : oĂč l’Ă©loquence nouvelle des couleurs d’Ă©poque dans leur format d’origine redĂ©finit l’Ă©quilibre global, l’esthĂ©tique expressive et poĂ©tique, dĂ©voile surtout sur le plan du style et des idĂ©es, la vision du chef. Solaire, ou Apollinien, parfois distanciĂ© et comme en dehors de la matiĂšre palpitante et humaine du chant haydnien, le Britannique Christopher Hogwood dont le geste a marquĂ© avant tous les autres, l’approche historiquement informĂ©e des Symphonies de Haydn, avec un orchestre au format idĂ©al, en impose par son souverain Ă©quilibre, une Ă©loquence lisse, parfaite, sans aspĂ©ritĂ©s ni tensions contradictoires… pour autant captivante sur le long terme ?
De leurs cĂŽtĂ©s, et finalement de la mĂȘme Ă©cole, – alliant la souplesse et la vivacitĂ© coĂ»te que coĂ»te, les frĂ©missants Hans BrĂŒggen et l’espiĂšgle, trĂšs imaginatif et plus rĂ©cent, cadet des trois, Ottavio Dantone, saisit par leur subtilitĂ© expressive, un travail remarquablement caractĂ©risĂ©, qui n’hĂ©site pas Ă  rapprocher toutes les symphonies dans chacune de leur sĂ©quence, … de l’opĂ©ra. OpĂ©ras pour instruments, voilĂ  une conception qui prĂ©vaut chez chacun d’eux. Que vaut l’Ă©coute de quelques cd Ă©talons, pris Ă  la volĂ©e et presque en aveugle ? Que rĂ©vĂšlent-ils de chacun des maestros ?

Hogwood, BrĂŒggen, Dantone… 3 chefs viscĂ©ralement haydniens

bruggen CLASSIQUENEWS presentation review Frans-Bruggen-Annelies-van-der-VegtHANS BRÜGGEN, le poĂšte vif-argent. Noblesse passionnante, et triomphe sous jacente des idĂ©es des LumiĂšres, les Symphonies 90, 91 et 92 de 1788 et 1789 illuminent par l’effet d’une puissante certitude qui s’exprime essentiellement par le feu d’un orchestre suractif et aussi instrumentalement caractĂ©risĂ© : ce triplet, dont le finale est l’Ă©loquence vive et loquace de la Symphonie “Oxford” est l’une des plus mozartiennes de Haydn : une jubilation permanente qui est portĂ©e par un sourire lumineux, crĂ©pitant, d’une justesse humaine, souvent enthousiasmante. Ne serait-ce que pour ce seul cd, le geste vif, souple d’un BrĂŒggen admirable de vivacitĂ© convainc et surprend par son allure tendre et dĂ©terminĂ© : du nerf et de la douceur tour Ă  tour. Un modĂšle d’Ă©quilibre et une claire conscience des couleurs de chaque instruments d’Ă©poque.
MĂȘme aboutissement avec le cd 33 : la n°96 Ă  juste titre intitulĂ©e “Miracle” : grandeur solaire et pourtant trĂšs expressive, en particulier dans le sens de l’articulation instrumentale (hautbois dans le Menuetto) ; flĂ»te mordante incisive du Finale notĂ© Vivace assai : vitalitĂ© malicieuse, grandeur nimbĂ© de lueurs prĂ©romantiques propres au dĂ©but des annĂ©es 1790 (1791) ; facĂ©tie “Militaire” qui devient feu crĂ©pitant et ronde urbaine civilisĂ©e pour la n°100 en sol majeur : au dessin instrumental virevoltant : BrĂŒggen s’y montre fabuleusement espiĂšgle, totalement convaincant avec son orchestre du XVIIIĂš siĂšcle.

CHRISTOPHER HOGWOOD, solaire et apollinien,… trop parfait ? La mĂ©canique Hogwood est d’un Ă©quilibre parfait, parfois trop distanciĂ©e, et donc un rien trop huilĂ©e, sans vrai nĂ©cessitĂ©.
hogwood-christopher-582-594-une-actualite-classiquenews-coffret-oiseau-lyre-bach-vivaldi-mozart-haydnPropre aux annĂ©es dorĂ©es du support cd, soit les annĂ©es 1980, le geste, s’il tourne parfois Ă  l’exercice systĂ©matisĂ© (excĂšs de la demande marketing?), d’une rare exigence philologique du chef britannique fouille le legs haydnien dans ses moindres dĂ©tails : au point de prĂ©senter par exemple : la Symphonie n°54 dans ses deux versions (cd 16) : c’est un travail exigeant et jusqu’au boutiste qui souhaite comprendre de l’intĂ©rieur la fabrique du Haydn symphoniste. Versions diverses oĂč le magicien sorcier de la matiĂšre symphonique rĂ©gorganise l’ordre des mouvements, cherchant dans une expĂ©rimentation continuelle la meilleure formule : bousculant les premiers standards pour choisir en dĂ©finitive, deux adagios tout d’abord, auxquels succĂšdent le Menuet et le Presto final. Peu Ă  peu les idĂ©es se prĂ©cisent et s’organisent; de l’Ă©mergence premiĂšre Ă  l’organisation du discours : l’acuitĂ© et la probitĂ© de l’entreprise convainquent tout Ă  fait ; et l’on comprend que pour permettre aux BrĂŒggen et Dantone de poursuivre dans cette voie dĂ©cisive, en provenance d’Angleterre, il a fallu qu’un Hogwood ouvre la voie et prĂ©pare aux audaces suivantes. Ce cd 16 rĂ©sume Ă  lui seul toute la pertinence de la vision Hogwood. De sĂ©quence en Ă©pisode, chacun idĂ©alement caractĂ©risĂ©, se dessine et la justesse de l’interprĂšte, et la bouillonnante activitĂ© crĂ©atrice du compositeur (ici, en 1774 : au carrefour du baroque et du prĂ©romantisme…).
Dans une autre acoustique, plus proche, chambriste et mordante par son acuitĂ© instrumentale, la transposition des Symphonies 94 ” “, 100 “Militaire”, 104 “Londres”, signĂ©e Salomon, transcripteur et agent Ă  Londres de Haydn, toujours soucieux de diffuser sa musique, y compris dans des arrangements pour quelques instruments (pianoforte, flĂ»te et quatuor Ă  cordes ; ultime avatar du rayonnement des Ɠuvres de Haydn ainsi diffusĂ©es Ă  Londres en 1791, 1793, 94 et 95. LĂ  aussi la curiositĂ© de Hogwood et ses solistes de l’Academy of Ancient Music.

dantone ottavio-dantoneLE MIRACLE DANTONE. Quel sens du contraste chez Ottavio Dantone dont l’allegro spirituoso de la Symphonie 80, pleine de rebondissements et contrastes dramatiques, dĂ©voile cette fiĂšvre et ce dĂ©bridĂ© Ă©lĂ©gantissime si absent chez les Britaniques. L’Accademia Bizantina fait miracle de chaque trait instrumental, chaque pause, nĂ©gociant aussi les silences, restituant Ă  une musique courtoise et civilisĂ©e, prise de façon trop artificielle ou donc mĂ©canique ailleurs, regorge de vitalitĂ© simple, de nerf franc, de santĂ© premiĂšre : un miracle de jaillissement impĂ©tueux, cependant idĂ©alement canalisĂ© par ses intentions, son style, sa claire Ă©locution. De toute Ă©vidence, Dantone a clairement choisi le feu scintillant d’un BrĂŒggen plutĂŽt que la Rolls routiniĂšre Hogwood. Le sens des dynamiques, la balance sonore globale, l’Ă©quilibre des couleurs et des timbres par pupitre relĂšvent d’une direction miraculeuse. Jamais ici le chambrisme des cordes, propre Ă  l’orchestre de chambre ne sacrifie l’Ă©clat millimĂ©trĂ© des accents de chaque instruments. C’est bien le propre des instruments d’Ă©poque que d’affirmer une carte des identitĂ©s sonores nouvelles, plus intenses, pleine de caractĂšre, certes moins globalement puissante, mais plus finement caractĂ©risĂ©e. Ce dosage, cette alchimie sont parfaitement comprises et exploitĂ©s par Dantone (la ligne de la flĂ»te au dessus de cordes dans l’Adagio de la mĂȘme n°80 de 1784) : miracle d’inventivitĂ©, d’un nerf pulsionnel Strum und Drang ; mais aussi d’un raffinement de teintes et de couleurs d’une perfection allusive phĂ©nomĂ©nale. Ottavio Dantone relĂšve haut la main par sa trĂšs grande sensibilitĂ© : chaque Ă©clair dramatique est revitalisĂ©, dans une vision globale Ă©nergique qui saisit chaque contraste sans en gommer un seul : une dĂ©licatesse jamais maniĂ©rĂ©e qui enchante et s’enivre dans la nervositĂ© sanguine Sturm und Drang de l’Allegro ; la suprĂȘme lumiĂšre intĂ©rieure de l’Adagio, le movement le plus long, rĂ©solument par ses teintes et son caractĂšre plus introspectif, moins noble que nostalgique : Empfindsamkeit. Armida de Haydn en tournĂ©eCe dont le chef et son orchestre sont capables d’un Ă©pisode Ă  l’autre est stupĂ©fiant de vitalitĂ©, d’expressivitĂ© fine et ciselĂ©e, de couleurs… L’on avait jamais Ă©coutĂ© avant lui tant d’arguments, de rĂ©cits opposĂ©s, associĂ©s, accordĂ©s : l’imagination du maestro inspirĂ© (magicien par ses idĂ©es innombrables) rend le plus hommage Ă  Haydn. C’est fluide, allant, naturel et aussi d’une fantaisie espiĂšgle souvent absente de ses prĂ©dĂ©cesseurs. Alors oui, la comprĂ©hension de l’Accademia Bizantina affirme aujourd’hui, ce miracle sonore et expressif que seul apporte un orchestre d’instruments anciens. Comme affĂ»tĂ©es, mordantes, presque acides mais d’une ductilitĂ© lĂ  encore frĂ©missante (parfaitement accordĂ©es Ă  l’esthĂ©tique scintillante et surexpressive, trĂšs empfindsamkeit, les Symphonies du cd 24, plus tardives (n°78 et 79), harmoniquement plus tendue s’imposent tout autant, avec une gestion dramatique saisissante (tension/dĂ©tente du Vivace introductif de la 78), d’autant que Dantone semble ciseler le moindre accent, dĂ©voilant la subtile et souvent imprĂ©visible texture, souvent rugueuse et mĂ©tallique aux couleurs particuliĂšrement changeantes : vĂ©ritables Ă©clairs aux cors, caquetage des bois, permanente fantaisie, et parfois dĂ©lirante ivresse (excellent Menuetto de la 78). Trois maĂźtres de la baguette pour une intĂ©grale musicalement irrĂ©sistible et trĂšs Ă©loquente se rĂ©vĂšlent dans ce coffret majeur. CLIC de CLASSIQUENEWS de l’Ă©tĂ© 2016.

CLIC D'OR macaron 200CD, compte rendu critique, coffret Ă©vĂ©nement. HAYDN : intĂ©grale des 107 Symphonies sur instruments anciens : BrĂŒggen, Hogwood, Dantone (35 cd DECCA

CD, coffret, annonce. DECCA SOUND 55 great vocal recitals

DECCA SOUND couverture classiquenews 55 great vocal recitals opera classiquenews clic de classiquenews juin 2016 MI0004055710CD, coffret, annonce. DECCA SOUND 55 great vocal recitals. Une affiche Ă  faire pĂąlir toutes les maisons d’opĂ©ra : le coffret DECCA SOUND 55 great vocal recitals offre une rĂ©capitulation des plus grandes voix du siĂšcle dernier et de celui commençant, synthĂšse entre les XXĂš et XXIĂš, qui place de fait Decca parmi les labels qui ont le plus comptĂ© dans l’émergence et la diffusion des tempĂ©raments vocaux et lyriques les plus sidĂ©rants. Ce sont les archives du label d’Universal music, un filon inestimable qui retrace les gloires passĂ©es des annĂ©es 1950, 1960, 1970, 1980, 1990
 jusqu’aux Ă©toiles contemporaines : Kaufmann ou Calleja, deux tĂ©nors en or. Dans les domaines enviables et impressionnants tant ils exigent profondeur, finesse, agilitĂ© ou legato, soit opĂ©ra italien et français, Wagner et les lieder et mĂ©lodies, voici les grandes voix admirables qui nous ont bercĂ©, qui ont façonnĂ© aussi notre goĂ»t, touts et toutes uniques dans leur spĂ©cificitĂ© incarnĂ©e, parfois d’une vĂ©ritĂ© criante ou d’une blessure envoĂ»tante Ă  jamais mĂ©morable. Decca ne fait que livrer une partie infime de son immense catalogue vocal. Ce premier volet en appelĂ© d’autres : nous en sommes dĂ©jĂ  impatients.

55 récitals, 55 voix légendaires

Ici, chaque chanteur, tempĂ©rament singulier, rĂ©vĂ©lant sa propre identitĂ© sonore, sa marque artistique forte dans un rĂ©pertoire dĂ©sormais bien dĂ©limitĂ©, enregistre chez Decca relĂšve d’un accomplissement et d’une reconnaissance semblable aux pianistes qui donnent un rĂ©cital Ă  Carnegie Hall : un tremplin formidable et dĂ©jĂ , un statut Ă  part. De lĂ  Ă  passer au statut de lĂ©gende vivante, le pas est souvent vite franchi. Voyez ainsi dans les oeuvres qu’ils ont profondĂ©ment marquĂ© par la justesse de leur incarnation : pour les annĂ©es 1950 : Ferrier, Corena
; pour les 60’s : Berganza, Nilson, Crespin
 ; pour les 70’s : Pavarotti, Södeström
; pour les 80’s : Kanawa, Bartoli
 pour les 90’s : Gheorghiu, Fleming, 


DECCA SOUND 55 great recital singers for Decca coffret box cd review critique cd CLASSIQUENEWSChanteurs par date d’enregistrement de leur rĂ©cital titre : Suzanne Danco (1950-1956), Kathleen Ferrier (1950-1952), Cesare Siepi (1954-1958), Fernando Corena (1952-1956), Mario del Monaco (1952-1956), Kirsten Flagstad (1956-1958), Lisa della Casa (1952-1956), Giuletta Simionato (1955-1961), GĂ©rard Souzay (1950-1956), Carlo Bergonzi (1957-1965), Giuseppe di Stefano (1958), John Sutherland (1959-1962), Regina Resnik (1960-1967), Hilde Gueden (1951-1969), Teresa Berganza (1959-1962), Tom Krause (1965-1967), Peter Pears (WIntereise de Schubert avec au piano Benjamin Britten, 1963), Birgitt Nilson (1962-1963), Marilyn Horne (1964-1966), Renata Tebaldi (1958-1972), Hermann Prey (Schwanengesang de Schubert de 1963 avec Gerald Moore au piano), Elena Souliotis (1965-1967), RĂ©gine Crespin (1963-1967), Gwyneth Jones (1966-1968), Luciano Pavarotti (1964-1976), Nicolai Ghiaurov (1962-1974), Sherill Milnes (1971-1978), Hans Hotter (lieder et mĂ©lodies, 1973), Sylvia Sass (1977-1978), Pilar Lorengar (1966-1978), Elisabeth Söderström (mĂ©lodies russes avec Vladimir Ashkenzay au piano 1974-1977), Mirella Freni et Renata Scotto en duo (1978), Martti Talvela (1969, 1980), Paata Burchuladze (1984), Leo Nucci (1986), Susan Dunn (1987), Cecilia Bartoli (1988), Kiri Te Kanawa (1989), Brigitte Fassbaender (1990), Sumi Jo (1993), Angela Gheorghiu (1995), Andreas Scholl (1998), RenĂ© Fleming (Mozart, Tchaikovski, Strauss
 avec Solti, 1996), Barabara Bonney (1999), Matthias Goerne (2000), Juan Diego Florez (2002), Jonas Kaufmann (avec Claudio Abbado en 2008), Joseph Calleja (2010).

CLIC_macaron_2014Sans omettre les moins connus Virginia Zeani, Jennifer Vyvyan, Robert Merril et James McCracken (duo, 1963-1965), Huguette Tourangeau (1970-1975), Maria Chiara (1971-1977), Josephine Barstow (1989), Kiri Te Kanawa (1989)
 CD, coffret, annonce. DECCA SOUND 55 great vocal recitals. Prochaine grande critique dans le mag cd dvd livres de classiquenews. CLIC de CLASSIQUENEWS de juin 2016.

Cd, compte rendu critique. ELGAR : SYMPHONIE N1, 1908. Staatskappelle de Dresde, Daniel Barenboim  (1 cd Decca 2014). CLIC de classiquenews de mai et juin 2016.

Elgar-Barenboim-Stastskapelle-BerlinCd, compte rendu critique. ELGAR : SYMPHONIE N°1, 1908. Staatskappelle de Dresde, Daniel Barenboim  (1 cd Decca 2014). CLIC de classiquenews de mai et juin 2016. La symphonie nÂș 1 en la bĂ©mol majeur op. 55 a Ă©tĂ© Ă©crite par Edward Elgar en 1907. Le compositeur projetait dĂšs 1898 d’Ă©crire une symphonie à programme sur la vie du gĂ©nĂ©ral victorien Charles Gordon, mais il en abandonna peu Ă  peu l’idĂ©e pour Ă©crire une partition purement musicale. Il s’agit de la premiĂšre de ses trois symphonies (la troisiĂšme n’existe qu’Ă  l’Ă©tat d’amorce et laissĂ©e Ă  l’Ă©tat de fragments). La puissance et le souffle n’Ă©cartent pas un rĂ©el sens du raffinement en particulier orchestral. CrĂ©Ă©e le 3 dĂ©cembre 1908 sous la direction de Hans Richter, avec le HallĂ© Orchestra à Manchester, la premiĂšre symphonie de Elgar fut immĂ©diatement applaudie triomphalement, totalisant prĂšs de 80 rĂ©alisations des la premiĂšre annĂ©e. Pour Nikkish,  il s’agissait de la 5Ăšme symphonie de Brahms. A l’Ă©poque oĂč rĂšgne la sensibilitĂ© Belle Époque d’un Proust, qui vient de commencer l’Ă©criture de sa Recherche  (1906…), Elgar exprime simultanĂ©ment une vision tout autant raffinĂ©e, aux resonances multiples, d’une profondeur qui saisit malgrĂ© la langue des plus classiques, nĂ©o brahmsienne du musicien de l’Empire.

CLIC_macaron_2014La marche d’ouverture du premier mouvement indique clairement l’appartenance d’Elgar Ă  la grande tradition qui le lie Ă  Beethoven et Ă  Brahms mais aussi Ă  une certaine pompe cĂ©rĂ©monielle, majestueuse et noble  propre Ă  la grandeur de l’Empire britannique. La langue trĂšs classique et instrumentalement, extrĂȘmement raffinĂ©e d’Elgar montre combien le compositeur s’inscrit dans la grande Ă©criture philharmonique celle du post wagnĂ©rien et si original Franck, du flamboyant Richard Strauss dont l’excellente instrumentation et la grande sĂ©duction mĂ©lodique ont Ă©tĂ© idĂ©alement assimilĂ©s (la suavite mĂ©lodique d’un Puccini est aussi trĂšs prĂ©sente ). Elgar mĂȘle avec une fluiditĂ© pleine d’Ă©lĂ©gance, une prĂ©cision portĂ©e par une belle Ă©nergie, et la quĂȘte permanente d’une innocence (pourtant Ă  jamais perdue). MaĂźtre incomparable des alliages de timbres comme de l’Ă©quilibre gĂ©nĂ©ral, Daniel Barenboim soigne cette alliance subtile de sentiments et d’atmosphĂšres en apparence contradictoires : certitude majestueuse, tendresse nostalgique, entre pompe, circonstance et pudeur plus intime. ..

La rondeur impressionnante des cuivres somptueux, – d’une portĂ©e wagnĂ©rienne, et l’Ă©mergence des mĂ©lodies plus lĂ©gĂšres sont remarquables d’Ă©loquence et d’ intonation car la baguette n’est jamais Ă©paisse mais au contraire dĂ©taillĂ©e, analytique et finement dramatique, d’une expressivitĂ© intĂ©rieure et fluide.

Le chef sait aussi mette en lumiĂšre l’unitĂ© prĂ©servĂ©e du cycle dans son entier grĂące Ă  la rĂ©itĂ©ration cyclique de la mĂ©lodie Ă  la flĂ»te dont il sait exprimer cette insouciance enchanteresse spĂ©cifique.

Le 2Ăšme mouvement convainc idĂ©alement grĂące Ă  l’Ă©quilibre souverain des pupitres lĂ  encore ; Barenboim convainc par la motricitĂ© exemplaire, prĂ©cise, nuancĂ©e, par un allant gĂ©nĂ©ral jamais lourd, trĂ©pidant qui Ă©lectrise tout le grand corps orchestral mis en dialogue avec des Ă©clats tendres au bois et vents d’une douceur rĂ©ellement  ineffable; sa direction tĂ©moigne d’un art de la direction qui sait cultiver les effets et tout le potentiel d’un grand orchestre pourtant Ă©tonnement ciselĂ© et poĂ©tique,   avec un sens inouĂŻ des dĂ©tails de la fluiditĂ© dramatique (violon solo, harpe, cordes gorgĂ©es d’exaltante vitalitĂ©); c’est assurĂ©ment ce mouvement qui combine le mieux allusivement la pompe du dĂ©but, une innocence mĂ©lodieuse, cultivant aussi un souffle irrĂ©pressible, avant l’Ă©mergence  du superbe Adagio que le chef choisit de dĂ©ployer dans la continuitĂ© enchaĂźnĂ©e avec une pudeur et une profondeur impressionnante voire le sentiment d’une  grandeur impĂ©riale  (superbes cors). Le chef exprime tout ce que le mouvement contient de la blessure coupable (wagnĂ©rienne : alliance cors / timbales, rĂ©fĂ©rence Ă  Tristan), – sublime fusion de la noblesse et de la nostalgie.

Daniel Barenboim excelle dans la richesse de ton obtenue avec une prĂ©cision admirablement sculptĂ©e  (sens Ă©tonnant du dĂ©tail : chant des clarinettes, vibrato filigranĂ© des cordes) diffusant un sentiment de dĂ©tente, de suspension, de plĂ©nitude, alors dans la continuitĂ© de la Symphonie. En en rĂ©vĂ©lant comme peu avant lui, la profonde unitĂ© souterraine qui solidifie sa puissante structure, en sachant ciseler toute la somptueuse parure instrumentale, pointilliste et scintillante, le chef signe une lecture superlative, l’une de ses meilleures rĂ©alisations symphoniques de surcroĂźt au service d’un compositeur mĂ©connu, rĂ©guliĂšrement absent des salles de concerts. Clic de classiquenews de mai et juin 2016.

Cd, compte rendu critique. ELGAR : SYMPHONIE N°1, 1908. Staatskappelle de Dresde, Daniel Barenboim  (1 cd Decca 2014). CLIC de classiquenews de mai et juin 2016.

 

Barenboim-elgar-symphonie-1-decca-staatkapelle-dresden-critique-presentation-critique-cd-582

 

CD, compte rendu critique. John Field : intrégrale des Nocturnes. Elizabeth Joy-Roe, piano (1 cd Decca 2015)

ROE JOY Elizabeth nocturnes complete john field review cd critiques de cd presetnation CLASSIQUENEWS mai juin 2016 piano CLASSIQUENEWS -john-field-complete-nocturnes-2016CD, compte rendu critique. John Field : intrĂ©grale des Nocturnes. Elizabeth Joy-Roe, piano (1 cd Decca). L’ÂME IRLANDAISE AVANT CHOPIN : les CHAMPS ENCHANTEURS DE FIELD. On aurait tort de considĂ©rer l’anglo-saxon John Field (1782-1837) tel le prĂ©curseur inabouti de Chopin. L’irlandais, voyageur impressionnant, a certes inventĂ© la forme Ă©minemment romantique du Nocturne pour piano seul; il en a, avant Chopin, sculpter les mĂ©andres les plus tĂ©nues sur le plan expressif, trouvant une langue mĂ»re, sĂ»re et profonde assimilant avec un gĂ©nie crĂ©atif rare, et la bagatelle (hĂ©ritĂ©e de Beethoven) et la Fantaisie… La jeune pianiste Elizabeth Joy Roe trouve un dĂ©licat Ă©quilibre entre intĂ©rioritĂ©, fougue et pudeur dans un univers personnel et puissamment original qui verse constamment – avant Wagner et son Tristan empoisonnĂ© mais inoubliable, vers les enchantements visionnaires de la nuit ; nuits plus rĂ©confortantes et intimes, plutĂŽt vrais miroirs personnels et introspectifs que miroitements inquiĂ©tants ; la rĂȘverie qui s’en dĂ©gage invite peu Ă  peu Ă  un questionnement sur l’identitĂ© profonde. Une interrogation souvent Ă©noncĂ©e sur le mode suspendu, Ă©perdu, enivrĂ© : ans un style rarement rageur et violent comme peut l’ĂȘtre et de façon si gĂ©niale, Chopin, d’une toute autre mais Ă©gale maturitĂ©. Voici donc 18 Nocturnes (l’intĂ©grale de cette forme dans le catalogue de Field) sous les doigts d’une musicienne qui les a trĂšs longtemps et patiemment traversĂ©s, explorĂ©s, mesurĂ©s ; un Ă  un, quitte Ă  en rĂ©aliser comme ici, une Ă©dition critique inĂ©dite (Ă  partir du fonds Schirmer).

 

 

DĂ©diĂ©e au rĂȘve nocturne de Field, la jeune pianiste amĂ©ricaine Elizabeth Joy Roe nous permet de poser la question :

Et si Field Ă©tait plus bellinien que Chopin ?

 

field piano john field nocturnes review presentation critique cd CLASSIQUENEWS John_fieldLa souplesse du jeu caressant montre la filiation avec le songe mĂ©lancolique de Schubert (n°1 en mi bĂ©mol majeur h24) et aussi le rĂȘve tendre de Mozart. Le n°6 (“Cradle Song” en fa majeur h40) montre combien la source de Chopin fut et demeure Field dans cette formulationsecrĂštement et viscĂ©ralement inscrite dans les replis les plus secrets et imperceptibles de l’Ăąme. Songes enfouis, blessures tĂ©nue, silencieuses, Ă©blouissements scintillants… tout tend et se rĂ©sout dans l’apaisement et le sentiment d’un renoncement suprĂȘme : on est loin des tensions antagonistes qui font aussi le miel d’une certaine sauvagerie et rĂ©sistance chopiniennes; Ă  l’inverse de ce qui paraĂźt tel un dĂ©voilement explicitĂ©, la tension chez Field, infiniment pudique, vient de la construction harmonique au parcours sinueux, jamais prĂ©visible.
Field sait aussi ĂȘtre taquin, chaloupĂ© et d’un caractĂšre plus vif argent : n°12 “Nocturne caractĂ©ristique” h13… avec sa batterie rĂ©pĂ©tĂ©e (main droite) qui passe de l’espiĂšglerie insouciante au climat d’un pur enchantement Ă©vanescent, plus distanciĂ© et poĂ©tique.
La mĂ©lodie sans paroles (“song without words”) n°15 en rĂ© mineur exprime un cheminement plus aventureux, d’une mĂ©lancolie moins contrĂŽlĂ©e c’est Ă  dire plus inquiĂšte, mais d’une tension trĂšs mesurĂ©e cependant. La pudeur de Field reste extrĂȘme. Le n°16 en ut majeur (comme le n°17) h60 est le plus dĂ©veloppĂ© soit plus de 9 mn : d’une Ă©locution riche et harmoniquement captivante, d’une finesse suggestive qui annonce lĂ  encore directement Chopin.

CLIC_macaron_2014L’expressivitĂ© filigranĂ©e de la pianiste amĂ©ricaine nĂ©e Ă  Chicago, Ă©lĂšve de la Juilliard School, dĂ©tentrice d’un mĂ©moire sur le rĂŽle de la musique dans l’oeuvre de Thomas Mann et Marcel Proust, cible les mondes souterrains dont la nature foisonnante se dĂ©voile dans ce programme d’une activitĂ© secrĂšte et souterraine irrĂ©sistible. Au carrefour des esthĂ©tiques et des disciplines, le goĂ»t de la jeune pianiste, dĂ©jĂ  trĂšs cultivĂ©e, enchante littĂ©ralement chez Field dont elle sait Ă©clairer toute l’ombre propice et allusive : ne prenez que ce n°16, certes le plus long, mais en vĂ©ritĂ© volubile et contrastĂ©, vĂ©ritable compilation de trouvailles mĂ©lodiques et harmoniques comme s’il s’agissait d’un opĂ©ra bellinien mais sans parole. Au mĂ©rite de la pianiste revient cette coloration permanente qui l’inscrit dans l’accomplissement d’un rĂȘve Ă©veillĂ©, d’une nuit Ă©toilĂ©e et magicienne Ă  l’inĂ©narrable sĂ©duction. RĂ©cital trĂšs convaincant. D’auant plus recommandable qu’il rĂ©vĂšle et confirme la sensibilitĂ© poĂ©tique et profonde du compositeur pianiste irlandais. Et si Field se montrait plus Bellinien que Chopin ? L’Ă©coute de ce disque habitĂ©, cohĂ©rent nous permet de poser la question. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai et juin 2016.

 

 

 

CD, compte rendu critique. John Field : intégrale des Nocturnes (1-18). Elizabeth Joy Roe, piano (enregistrement réalisé dans le Suffolk, en septembre 2015). CLIC de CLASSIQUENEWS de mai et juin 2016. 1 cd DECCA 478 8189.

 

 

 

CD, compte rendu critique, opĂ©ra. Honegger, Ibert : L’Aiglon (2 cd, Nagano, 2015)

aiglon-honegger-ibert-kent-nagano-decca-clic-de-classiquenews-reportage-video-lausanne-tours-ossonceCD, compte rendu critique, opĂ©ra. Honegger, Ibert : L’Aiglon (2 cd, Nagano, 2015). RĂ©cemment exhumĂ© sur les scĂšnes francophones, Lausanne puis Tours, sous la direction de Jean-Yves Ossonce, en mai 2013, – et plus rĂ©cemment encore Ă  Marseille (avec D’Oustrac dans le rĂŽle-titre, fĂ©vrier 2016) l’opĂ©ra Ă  deux tĂȘtes, L’Aiglon de Arthur Honegger et Jacques Ibert, sort en disque, mais Ă  l’initiative de nos confrĂšres quĂ©bĂ©cois, depuis MontrĂ©al, prolongement d’une sĂ©rie de recrĂ©ations trĂšs applaudies (en mars 2015) sous la direction de Kent Nagano, ardent dĂ©fricheur Ă  la posture globale, impliquĂ©e donc convaincante.

Kent Nagano rend justice au drame lyrique de 1937, signĂ© par Jacques Ibert et Arthur Honegger…

Deux plumes inspirées pour un Aiglon sacrifié

Aux cĂŽtĂ©s de Cyrano, Rostand laisse avec L’Aiglon crĂ©Ă© en 1900 avec la coopĂ©ration lĂ©gendaire de Sara Bernhardt, un drame historique glaçant, qui retrace Ă  travers la relation sadique Metternich et le jeune prince impĂ©rial et Duc de Reichstag, l’Ă©popĂ©e malheureuse et tragique d’une destinĂ©e avortĂ©e. La partition datĂ©e de 193Ăš (crĂ©Ă©e Ă  Monte Carlo) s’empare en pleine Europe insouciante et dĂ©jĂ  terre de tensions exacerbĂ©e, de la figure du fils unique de NapolĂ©on Ier, otage odieusement traitĂ© Ă  Vienne, Prince de papier, vraie victime sacrifiĂ©e, dont le sort le destinait directement Ă  l’opĂ©ra. Evidemment, c’est un drame rĂ©trospectif, dont la couleur nostalgique, ressuscite l’ancien lustre impĂ©rial, alors dĂ©finitivement effacĂ© : c’est tout le jeu et le charme de la relation de Flambeau (superbe Marc Barrard qui profite de sa connaissance antĂ©rieure du personnage Ă  Tours et Ă  Lausanne justement : son aisance, le souffle du chant, l’intelligence expressive s’en ressentent Ă©videmment) et du Prince, jouant aux soldats sur une carte, convoquant l’ivresse conquĂ©rante de son pĂšre… (fin du II) ; mĂȘme Ă©vocation subtilement conduite pour la bataille victorieuse de Wagram. Le souci prosodique des deux auteurs contemporains construit cependant un opĂ©ra français d’une rĂ©elle force Ă©pique, oĂč le portrait d’un jeune homme trop frĂȘle Ă  porter le costume lĂ©guĂ© par son pĂšre demeure fin et d’une belle intelligence : sa faiblesse par nature Ă©tant parfaitement exprimĂ©e dans le fameux duo, implacable et terrible oĂč il trouve son geĂŽlier Ă  peine dĂ©guisĂ©, en la personne du ministre Metternich, d’une glaciale et cynique froideur dominatrice.
kent nagano l aiglon honegger ibert cd decca montrealJustement, le choix des solistes Ă©taye globalement la rĂ©ussite de l’interprĂ©tation oĂč rayonne la clartĂ© d’un français toujours audible : Anne-Catherine Gillet, qui chante Juliette chez Gounod, Ă©blouit dans le rĂŽle-titre, en souligne l’angĂ©lisme enivrĂ©, la droiture morale, l’esprit d’espĂ©rance… d’autant plus flamboyant qu’elle est “cassĂ©e” minutieusement par le chant ombrĂ©, sarcastique, souterrain du tĂ©nĂ©breux Prince de Metternich (excellent Etienne Dupuy dont on avait pu il y a quelques annĂ©es mesurer le beau chant français romantique chez Massenet dans une lecture de ThĂ©rĂšse, singuliĂšre et imprĂ©vue et caractĂ©risation ciselĂ©e aux cĂŽtĂ©s de Charles Castronovo). Seule rĂ©serve, le manque d’ampleur de Gillet qui la trouve dans les aigus Ă  soutenir dans la hauteur comme l’intensitĂ©, parfois Ă  la limite de ses justes possibilitĂ©s (il est vrai que le rĂŽle de l’Aiglon, rĂŽle travesti, est chantĂ© par des mezzos Ă  Lausanne comme Ă  Tours : Carine SĂ©chay avait relevĂ© les defis d’une partition redoutable pour la voix avec constance et finesse ; repris aussi Ă  Marseille avec D’Oustrac…). La crĂ©atrice du rĂŽle central Ă©tait Fanny Heldy, cantatrice aux tempĂ©rament explosif et aux ressources phĂ©nomĂ©nales, car elle chantait ThaĂŻs de Massenet, entre autres… c’est dire.

Ici mĂȘme sens du verbe, mĂȘme approche dramatique nuancĂ©e : Honegger et Ibert sont deux contemporains nĂ©s dans les annĂ©es 1890, qui quarantenaires en 1935, signent une parfaite comprĂ©hension du souffle thĂ©Ăątral chez Rostand, lui-mĂȘme respectĂ© par Henri Cain qui signe le livret.
Au mĂ©rite de Kent Nagano, revient tout l’art de rendre une partition Belle Epoque et Modern style, expressive et palpitante sans affectation (parfois idĂ©alement suave : la valse du III). TrĂšs belle rĂ©ussite globale, et belle redĂ©couverte d’un opĂ©ra trĂšs peu jouĂ©.

CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique, opĂ©ra. Ibert, Honegger : L’Aiglon (1935) d’aprĂšs Rostand. Anne-Catherine Gillet (L’Aiglon, Duc de Reichstag), Etienne Dupuis (Meternich), Marc Barrard( SĂ©raphin, Flambeau), Marie-Nicole Lemieux (Marie-Louise), … Choeur et Orchestre Symphonique de MontrĂ©al. Kent Nagano, direction (2 cd Decca 478 9502, enregistrĂ© en mars 2015)

 

LIRE aussi notre DOSSIER L’AIGLON d’Ibert et Honnegger

CD, compte rendu critique : Arminio de Haendel par Max Emanuel Cencic et George Petrou (2 cd Decca, septembre 2015)

ARMINIO Decca max emanuel cencic haendel handel annonce announce classiquenews review critique cd 61TCPTYOKYL._SL1400_CD, compte rendu critique : Arminio de Haendel par Max Emanuel Cencic et George Petrou (2 cd Decca, septembre 2015). C’est le dernier des opĂ©ras baroques ressuscitĂ©s par le contre-tĂ©nor entrepreneur Max Emanuel Cencic, et sa fidĂšle troupe de chanteurs rĂ©unie / recomposĂ©e pour chaque projet / ouvrage lyrique : collectif toujours investi Ă  exprimer en une caractĂ©risation affĂ»tĂ©e, jamais neutre, les passions dramatiques ici du gĂ©nie haendĂ©lien. En couverture, alors que sa consƓur romaine Cecilia Bartoli, elle aussi inspirĂ©e par des programmes insolites ou des rĂ©surrections captivantes, s’affichait en prĂȘtre exorciste (pour ses relectures dĂ©fricheuses de Steffani : en un album choc intitulĂ© non sans esprit de provoc “Mission”), voici Cencic, tel un acteur de cinĂ©ma sur un visuel sensĂ© nous sĂ©duire pour susciter le dĂ©sir d’en Ă©couter davantage : voyageur emperruquĂ© pistolet (encore fumant) Ă  la main, tel un espion en pleine mission…

ARMINIO… L’AVENTURE DU SERIA HAENDELIEN A LONDRES. CrĂ©Ă© en 6 reprĂ©sentations au Covent Garden de Londres en janvier et fĂ©vrier 1737, Arminio a visiblement marquĂ© les esprits de l’Ă©poque, certains tĂ©moins commentateurs n’hĂ©sitant pas Ă  parler de “miracle”… La partition n’a jamais pu depuis, Ă©tĂ© remontĂ©e jusqu’Ă  ce que Cencic s’y intĂ©resse. Le sujet emprunte Ă  l’histoire romaine (Tacite) : c’est mĂȘme un Ă©pisode peu glorieux pour les lĂ©gions de Rome confrontĂ©es en 49 avant JC, aux Germains, dans la forĂȘt de Teutoburg. Le gĂ©nĂ©ral Varus est fait prisonnier par le prince barbare prince Hermann Arminius, commandant des 7 valeureuses tribus germaines. La dĂ©faite des Romains enterre toute vellĂ©itĂ© de Rome Ă  assoir sa puissance sur une vaste zone au-delĂ  du Rhin.
L’opera seria s’attache Ă  ciseler chaque profil psychologique, (selon le livret signĂ© Antonio Salvi) chaque intention, chaque espoir silencieux, chaque noeud d’une situation conflictuelle (chĂšre Ă  Racine au siĂšcle prĂ©cĂ©dent, entre amour, dĂ©sir et jalousie) que l’action contredit ou prĂ©cipite, souvent de façon artificielle : ainsi la mort de Varus/Varo, le romain dĂ©fait, est-elle Ă©vacuĂ© en quelques mots Ă  la fin de l’ouvrage dans un rĂ©citatif lapidaire qui vaut dĂ©nouement. Auparavant, Arminio est capturĂ© par Varo qui a des vues sur l’Ă©pouse de son ennemi captif… Pour captiver l’audience londonienne qui n’entend pas l’italien pour la majoritĂ©, Haendel n’hĂ©site pas Ă  rĂ©duire le texte de Salvi, en particulier ses rĂ©citatifs, vĂ©ritables tunnels d’ennui pour qui peine Ă  goĂ»ter les subtilitĂ©s de l’italien.
Parmi les chanteurs vedettes, les castrats sont toujurs Ă  l’honneur ; aprĂšs la trahison du contralto Senesino, son chanteur contralto fĂ©tiche, rival de Farinelli, qui finalement quitte Haendel pour un troupe rivale en 1733, c’est dans le rĂŽle-titre, l’alto aigu Domenico Annibali qui relĂšve les dĂ©fis d’un personnage exigeant ; le castrat Sigismondo lui emboĂźte le pas, l’Ă©galant mĂȘme par sa partie non moins audacieuse : Ă  la crĂ©ation, rĂŽle tenu par le sopraniste Domenico Conti, surnommĂ© Gizziello, probablement le plus connu des solistes rĂ©unis par Haendel en 1737 : c’est le seul castrat soprano (en dehors des mezzos et contraltos) pour lequel le compositeur Ă©crira des rĂŽles Ă  Londres. CĂŽtĂ© chanteuses, la prima donna demeure dans le rĂŽle de Tusnelda, la soprano cĂ©lĂ©brĂ©e alors, Anna  Maria Strada del PĂČ, partenaire et interprĂšte familiĂšre de Haendel depuis le dĂ©but des annĂ©es 1730 dont la laideur lĂ©gendaire Ă©galait la finesse dramatique et l’engagement vocal. Le tĂ©nor anglais John Beard chante le commandant Vero. Le chanteur deviendra directeur du Covent Garden, et continuera de se produire comme chanteur pour Haendel dans de nombreux autres ouvrages lyriques et aussi dans ses futurs oratorios.

Le synopsis veille Ă  prĂ©senter de superbes profils psychologiques, tous impressionnĂ©s (les Romains), stimulĂ©s (les Germains) par l’hĂ©roĂŻsme stoĂŻcien du captif Arminio, prisonnier du gĂ©nĂ©ral romain Vero… Au dĂ©but, le Germain SĂ©geste livre le chef germain Arminio au gĂ©nĂ©ral romain Vero. La fille et le fils de SĂ©geste, Tusnelda (Ă©pouse d’Arminio) et Sigismondo payent trĂšs cher, la trahison de leur pĂšre : Tusnelda en l’absence d’Arminio, doit affronter les avances de Vero ; Sigismondo ne peut rien faire quand sa fiancĂ©e Ramise, la soeur d’Arminio, rompt leur vƓu… Pour augmenter les chances d’une paix avec Rome, SĂ©geste souhaite l’exĂ©cution d’Arminio pour que sa fille Tusnelda Ă©pouse Vero ; d’autant que Sigismondo a rejoint le parti de son pĂšre et accepte de pactiser avec les Romains. Figure hĂ©roĂŻque prĂȘte Ă  mourir, Arminio dans sa prison dĂ©clare qu’il ne cĂšdera pas quitte Ă  mourir. Son Ă©pouse Tusnelda lui reste fidĂšle.
A l’acte III, tout semble ĂȘtre jouĂ© : Arminio est conduit Ă  l’Ă©chafaud : mais Vero impressionnĂ© par la noblesse du prisonnier, reporte l’exĂ©cution quand on apprend que des Germains rebelles ont soumis les lĂ©gions de Rome. Les femmes Tusnelda et Ramise libĂšrent Arminio avec la complicitĂ© de Sigismondo ; Arminio prend la tĂȘte de la rĂ©bellion contre les Romains et tue Vero. SĂ©geste est soumis ; par clĂ©mence et grandeur morale, Arminio pardonne Ă  SĂ©geste en l’Ă©pargnant.
Arminio de 1737 incarne un jalon majeur de l’expĂ©rience de Haendel Ă  Londres ; l’ouvrage par son sujet Ă©difiant et moral contient aussi l’objectif finalement non exhaucĂ© : fidĂ©liser les spectateurs londoniens Ă  l’opera seria italien. MalgrĂ© toutes ses tentatives, Haendel Ă©chouera en y perdant des fortunes. Il se refera grĂące au nouveau genre de l’oratorio anglais (en anglais Ă©videmment et non plus en italien), format inĂ©dit, promis Ă  de nombreux triomphes.

cencic Arminio-Cencic-1024x680LA CRITIQUE DU CD ARMINIO DE HAENDEL PAR MAX EMANUEL CENCIC. InterprĂ©tation d’Arminio. Ecartons d’emblĂ©e le maillon faible du plateau vocal globalement Ă©quilibrĂ© et homogĂšne : le Sigismondo de la haute-contre Vince Yi : timbre clair certes mais le plus souvent aigre et trop mĂ©tallisĂ©, avec une rĂ©guliĂšre et persistante incomprĂ©henion au texte italien, dĂ©duite de ses respirations instables, des ses phrasĂ©s discutables (comprend-t-il rĂ©ellement ce qu’il chante?).
D’autant que le sopraniste faiblit sur la durĂ©e et dans le dĂ©roulement de l’action, sans aucune nuance dans l’Ă©mission ; il claironne rĂ©vĂ©lant de grandes failles dans ses rĂ©citatifs si peu colorĂ©s, comme expĂ©diĂ©s avec toujours la mĂȘme intonation, projetant avec intensitĂ© mais artifice tous ses airs, tel un instrument sans Ăąme. Tout cela contredit le travail des autres chanteurs dans le sens de la caractĂ©risation des passions.

En Arminio, rĂ©flĂ©chi, intĂ©rieur et souvent profond, Ă©videmment Max Emanuel Cencic se taille la part du lion, incarnant idĂ©alement la figure de l’hĂ©roĂŻsme et du stoicisme, prĂȘt Ă  se sacrifier pour la cause morale dont il est serviteur jusqu’au dĂ©nouement du drame. L’alto sĂ©duit toujours par la justesse de son intonation, mĂȘlant idĂ©alement tendresse grave, contredite ensuite par un indĂ©fectible esprit de revanche et de fiĂšre dĂ©termination (“Ritorno alle ritorte” qui ouvre le III).

MĂȘme sur un bon niveau vocal, la voix parfois poussĂ©e de la soprano Layla Claire (Tusnelda, Ă©pouse d’Arminio et fille de SĂ©geste) peine Ă  trouver une teinte affirmĂ©e dans le personnage tout autant loyal que celui de son Ă©poux Arminio. De toute Ă©vidence l’opĂ©ra de Haendel prend parti pour les Barbares… qui n’ont de barbare que leur (fausse) rĂ©putation, tant les Germains ici surclassent en grandeur morale leur rivaux romains.

Plus convaincant le Varo du tĂ©nor hĂ©roĂŻque Juan Sancho : il campe un romain colonisateur et conquĂ©rant par une voix claire et mĂ©tallique, idĂ©ale dans son air avec cor : “Mira il ciel”  (au III) ; la Ramise de l’alto fĂ©minin, cuivrĂ©e, incarnĂ©e de Ruxandra Donose s’affirme nettement (Voglio seguir) mĂȘme si l’on eĂ»t prĂ©fĂ©rĂ© articulation plus prĂ©cise et percutante.
De toute Ă©vidence, l’ouvrage fait l’apothĂ©ose des Germains, outrageusement dĂ©nigrĂ©s et finalement consolidĂ©s dans leur indĂ©fectible sens de l’honneur ; tout converge et prĂ©pare au duo final des Ă©poux enfin libĂ©rĂ©s, rĂ©confortĂ©s (aprĂšs la mort expĂ©diĂ©e de Vero) : duetto final d’Arminio et Tusnelda qui rĂ©alise le lieto finale, dĂ©nouement heureux de mise dans tout seria. Le tenue orchestrale d’Armonia Atenea, conduit par George Petrou confirme sa rĂ©putation : alliant nervositĂ© et fluiditĂ©, acuitĂ© et accent d’un continuo, vĂ©ritable acteur plutĂŽt qui suiveur. Belle rĂ©alisation rĂ©vĂ©lant un inĂ©dit de Haendel. La production Ă©tait l’Ă©vĂ©nement du dernier festival Haendel de Karlsruhe (fĂ©vrier 2016) : on souhaite Ă  l’Ă©vĂ©nement allemand bien d’autres rĂ©surrections dĂ©fendues par un engagement aussi partagĂ© (hormis les solistes nettement moins convaincants que leur partenaires). MalgrĂ© ces (petites) rĂ©serves, la prĂ©sente rĂ©surrection mĂ©rite le meilleur accueil.

CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. Haendel : Arminio HWV 36, recrĂ©ation. Max Emanuel Cencic (Arminio), Juan Sancho (Varo), Ruxandra Donose (Ramise), Layla Claire (Tusnelda), Xavier Sabata (Tullio)… Armonia Atenea. George Petrou, direction; EnregistrĂ© en septembre 2015 Ă  AthĂšnes — 2 cd Decca 478 8764. CLIC de CLASSIQUENEWS avril 2016.

CD, annonce. Eward Elgar : Symphonie n°2. Daniel Barenboim (2015, 1 cd Decca)

elgar symphony 1 daniel barenboim cd decca review compter endu critique classiquenews mars march 2016 cd review critique cd 4786677CD, annonce. Eward Elgar : Symphonie n°2. Daniel Barenboim (2015, 1 cd Decca). DĂ©but mars 2016, Daniel Barenboim publie un nouvel enregistrement symphonique avec la Staatskapelle Berlin, dĂ©fendant une partition rare en France : la Symphonie n°2 du britannique Edward Elgar. GrĂące Ă  l’acuitĂ© instrumentale du chef comme Ă  son souci de la tension dramatique, la Symphonie crĂ©Ă©e au dĂ©but du siĂšcle, en mai 1911 Ă  Londres, Ă©blouit littĂ©ralement parce que le chef sait dĂ©celer sous la solennitĂ© impĂ©rialiste “totally British” (l’ouvrage est dĂ©diĂ© au roi Edouard VII qui vient de s’Ă©teindre), la finesse de l’Ă©criture, en particulier dans le mouvement lent, le Larghetto en ut mineur (dont l’esprit est directement dĂ©diĂ© au roi Edouard VII). En avant premiĂšre, voici un extrait de la critique de notre rĂ©dactrice Elvire James, qui en distinguant ce nouvel enregistrement, dĂ©cerne un CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2016.

ELGAR symphony symphonie 2 review account of CLASSIQUENEWS Edward_Elgar_head2_copy2Extrait de la critique de notre consƓur Elvire James :  ”Bavarde ou d’une solennitĂ© raffinĂ©e, la Symphonie n°2 touche diversement, chacun selon sa sensibilitĂ©. La partition est crĂ©Ă©e en mai 1911 Ă  Londres sous la direction du compositeur. L’esprit de marche, l’ampleur majestueuse qui ouvre  tel un vaste portique, tout le cycle symphonique (en cela emblĂ©matique de l’adhĂ©sion d’Elgar Ă  l’idĂ©al impĂ©rial britannique) est conduit avec une ivresse dĂ©taillĂ©e instrumentale qui laisse la place Ă  de subtiles respirations, le chef sachant Ă©viter la lourdeur comme la grandiloquence : entre majestĂ© et sĂ©rĂ©nitĂ©, Barenboim insuffle une vraie tension, se gardant bien de rĂ©duire l’Ă©criture Ă  une seule dĂ©monstration de grandeur superphĂ©tatoire. AprĂšs l’Allegro initial dont la direction restitue la pulsion Ă©lectrique, c’est l’irrĂ©sistible Larghetto en ut mineur d’une plĂ©nitude enivrĂ©e, enchantĂ©e – autre rĂ©flexion sur l’esprit de la grandeur funĂšbre mais abordĂ©e dans l’esprit d’une musique de chambre oĂč rĂšgnent la clartĂ© et la transparence (superbes couleurs tristanesques aux cors et Ă  la magistrale harmonie des bois), comme la couleur sombre et de recueillement en conformitĂ© avec la dĂ©dicace de l’opus….

 

Prochaine critique complĂšte du cd Symphonie n°2 d’Elgar (1911) par Daniel Barenboim dans le mag cd, dvd, livres de classiquenews d’ici le 20 mars 2016. CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2016

CD, opéra baroque. ANNONCE : Arminio de Haendel par Max Emanuel Cencic et George Petrou (2 cd Decca)

ARMINIO Decca max emanuel cencic haendel handel annonce announce classiquenews review critique cd 61TCPTYOKYL._SL1400_CD, opĂ©ra baroque. ANNONCE : Arminio de Haendel par Max Emanuel Cencic et George Petrou (2 cd Decca). C’est le dernier des opĂ©ras baroques ressuscitĂ© par le contre-tĂ©nor entrepreneur Max Emanuel Cencic, et sa fidĂšle troupe de chanteurs : collectif toujours investi Ă  exprimer en une caractĂ©risation affĂ»tĂ©e, jamais neutre, les passions dramatiques ici du gĂ©nie haendĂ©lien. En couverture, alors que sa consƓur romaine Cecilia Bartoli, elle aussi inspirĂ©e par des programmes insolites ou des rĂ©surrections captivantes, s’affichait en prĂȘtre exorciste (pour ses relectures dĂ©fricheuses de Steffani), voici Cencic, tel un acteur de cinĂ©ma sur un visuel sensĂ© nous sĂ©duire pour susciter le dĂ©sir d’en Ă©couter davantage : voyageur emperruquĂ© pistolet (encore fumant)Ă  la main, tel un espion en pleine mission…

ARMINIO… L’AVENTURE DU SERIA HAENDELIEN A LONDRES. CrĂ©Ă© en 6 reprĂ©sentations au Covent Garden de Londres en janvier et fĂ©vrier 1737, Arminio a visiblement marquĂ© les esprits de l’Ă©poque, certains tĂ©moins commentateurs n’hĂ©sitant pas Ă  parler de “miracle”… La partition n’a jamais plu depuis Ă©tĂ© remontĂ©e jusqu’Ă  ce que Cencic s’y intĂ©resse. Le sujet emprunte Ă  l’histoire romaine (Tacite) : c’est mĂȘme un Ă©pisode peu glorieux pour les lĂ©gions de Rome confrontĂ©es en 49 avant JC, aux Germains, dans la forĂȘt de Teutoburg. Le gĂ©nĂ©ral Varus est fait prisonnier du prince Hermann Arminius, commandant de 7 valeureuses tribus germaines. La dĂ©faite des Romains enterre toute vellĂ©itĂ© de Rome Ă  assoir sa puissance sur une vaste zone au delĂ  du Rhin. L’opera seria s’attache Ă  ciseler chaque profil psychologique, (selon le livret signĂ© Antonio Salvi) chaque intention, chaque espoir silencieux, chaque noeud d’une situation conflictuelle (chĂšre Ă  Racine au siĂšcle prĂ©cĂ©dent, entre amour, dĂ©sir et jalousie) que l’action contredit ou prĂ©cipite, souvent de façon artificielle : ainsi la mort de Varus/Varo le romain dĂ©fait est-elle Ă©vacuĂ© en quelques mots Ă  la fin de l’ouvrage dans un rĂ©citatif lapidaire qui vaut dĂ©nouement. Auparavant, Arminio est capturĂ© par Varo qui a des vues sur l’Ă©pouse de son ennemi captif… Pour captiver l’audience londonienne qui n’entend pas l’italien pour la majoritĂ©, Haendel n’hĂ©site pas Ă  rĂ©duire le texte de Salvi, en particulier ses rĂ©citatifs, vĂ©ritables tunnels d’ennui pour qui ce peut goĂ»ter les subtilitĂ©s de l’italien.

Parmi les chanteurs vedettes, les castrats sont toujurs Ă  l’honneur ; aprĂšs la trahison du contralto Senesino, son chanteur contralto fĂ©tiche, rival de Farinelli, qui finalement quitte Haendel pour un troupe rivale en 1733, c’est dans le rĂŽle-titre, l’alto aigu Domenico Annibali qui relĂšve les dĂ©fis d’un personnage exigeant ; le castrat Sigismondo lui emboĂźte le pas, l’Ă©galant mĂȘme par sa partie non moins audacieuse : Ă  la crĂ©ation, rĂŽle tenu par le sopraniste Domenico Conti, surnommĂ© Gizziello, probablement le plus connu des solistes rĂ©unis par Haendel en 1737 : c’est le seul castrat soprano (en dehors des mezzos et contraltos) pour lequel le compositeur Ă©crira des rĂŽles Ă  Londres. CĂŽtĂ© chanteuses, la prima donna demeure dans le rĂŽle de Tusnelda, la soprano : Anna  Maria Strada del PĂČ, partenaire et interprĂšte familiĂšre de Haendel depuis le dĂ©but des annĂ©es 1730 dont la laideur lĂ©gendaire Ă©galait la finesse dramatique et l’engagement vocal. Le tĂ©nor anglais John Beard chante le commandant Vero. Le chanteur deviendra directeur du Covent Garden, et continuera de chanter pour Haendel dans de nombreux autres ouvrages lyriques et aussi ses futurs oratorios.

 

 

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Le synopsis veille Ă  prĂ©senter de superbes profils psychologiques, tous impressionnĂ©s (les Romains), stimulĂ©s (les Germains) par l’hĂ©roĂŻsme stoĂŻcien du captif Arminio, prisonnier du gĂ©nĂ©ral romain Vero…  Au dĂ©but, le Germain SĂ©geste livre le chef germain Arminio au gĂ©nĂ©ral romain Vero. La fille et le fils de SĂ©geste, Tusnelda (Ă©pouse d’Arminio) et Sigismondo payent trĂšs cher, la trahison de leur pĂšre : Tusnelda en l’absence d’Arminio, doit affronter les avances de Vero ; Sigismondo ne peut rien faire quand sa fiancĂ©e Ramise, la soeur d’Arminio, rompt leur vƓu…  Pour augmenter les chances d’une paix avec Rome, SĂ©geste souhaite l’exĂ©cution d’Arminio pour que sa fille Tusnelda Ă©pouse Vero ; d’autant que Sigismondo a rejoint le parti de son pĂšre et accepte de pactiser avec les Romains. Figure hĂ©roĂŻque prĂȘte Ă  mourir, Arminio dans sa prison dĂ©clare qu’il ne cĂšdera pas quitte Ă  mourir. Son Ă©pouse Tusnelda lui reste fidĂšle. A l’acte III, tout semble ĂȘtre jouĂ© : Arminio est conduit Ă  l’Ă©chafaud : mais Vero impressionnĂ© par la noblesse du prisonnier, reporte l’exĂ©cution quand on apprend que des Germains rebelles ont soumis les lĂ©gions de Rome. Les femmes Tusnelda et Ramise libĂ©rent Arminio avec la complicitĂ© de Sigismondo ; Arminio prend la tĂȘte de la rĂ©bellion contre les Romains et tue Vero. SĂ©geste est soumis ; par clĂ©mence et grandeur morale, Arminio pardonne Ă  SĂ©geste en l’Ă©pargnant. Toutes les sĂ©quences pointent finalement vers le duo des Ă©poux germains qui se retrouvent en fin d’action : duetto final qui souligne les vertus de la fidĂ©litĂ© et de la constance de l’amour entre Arminio et Tusnelda).

Arminio de 1737 incarne un jalon majeur de l’expĂ©rience de Haendel Ă  Londres ; l’ouvrage par son sujet Ă©difiant et moral contient aussi l’objectif finalement non exhaucĂ© : fidĂ©liser les spectateurs londoniens Ă  l’opera seria italien. MalgrĂ© toutes ses tentatives, Haendel Ă©chouera en y perdant des fortunes. Il se refera grĂące au nouveau de l’oratorio anglais promis Ă  de nombreux triomphes.

 

 

CD, annonce. Haendel : Arminio par Max Emanuel Cencic (2 cd Decca). Prochaine critique complete dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS.COM. Parution : le 25 mars 2016. La production d’Arminio ressuscitĂ© par Max Emanuel Cencic fait l’ouverture du festival Handel Ă  Karlsruhe, le 13 fĂ©vrier 2016. Le haute-contre, devenu metteur en scĂšne transpose l’intrigue romaine dans l’Europe de la RĂ©volution et de l’Ă©poque nĂ©opolĂ©onienne, tout en s’inspirant du film de Milos Forman “Les Ombres de Goya”… ambitieux projet.

 

 

 

CD, coffret événement, annonce. THE DECCA SOUND (50 cd Decca)

THE DECCA SOUND box coffret decca 50 cd cover review announce classiquenews CLIC de CLASSIQUENEWS classicalite-recording-news-the-decca-sound-dead-in-the-u-s-as-universal-music-classics-is-bornCD, coffret Ă©vĂ©nement, annonce. THE DECCA SOUND (50 cd Decca)... L’heure est au bilan rĂ©trospectif et Decca rĂ©Ă©dite en un coffret de 50 cd, autant de joyaux et perles discographiques, illustrant des dĂ©cades de perfection discographiques, soit les meilleures rĂ©alisations musicales sur 50 ans de politique d’enregistrement, bĂ©nĂ©ficiant de la meilleure prise de son de l’Ă©poque (avec Philips s’entend). Outre la qualitĂ© de chaque interprĂ©tation sĂ©lectionnĂ©e, l’Ă©diteur met en avant la qualitĂ© Ă©ditoriale du coffret (chaque album a sa couverture d’origine, un livret explicatif -sa couverture en papier glacĂ©e-, de 200 pages prĂ©sente l’intĂ©rĂȘt de la collection comprenant surtout deux chapitres dĂ©diĂ©s au “son Decca” et Ă  “50 ans d’excellence Decca”…). L’orchestre en vedette ici demeure le LSO (London Symphony Orchestra), le Wiener Philharmoniker (dont l’intĂ©grale du Ring de Wagner initiĂ© dĂšs 1958 – la premiĂšre intĂ©grale enregistrĂ©e en stĂ©rĂ©o par Solti, ici en extraits, finalement achevĂ©e en 1965 avec La Walkyrie) ; mais aussi les grands AmĂ©ricains (San Francisco, Cleveland, Detroit, Los Angeles…). Parmi les must Ă  Ă©couter, que tout mĂ©lomane qui se respecte se doit de connaĂźtre :
Parmi les plus anciennes bandes ici prĂ©sentĂ©es (Ă  juste titre) chacun pourra tirer bĂ©nĂ©fice de l’Ă©coute assidue de la baguette du chef Ataulfo Argenta, sensibilitĂ© latine pionniĂšre annonçant dĂšs 1956-1957, la fiĂšvre communicative d’un Dudamel aujourd’hui… ; The Planets / Les PlanĂštes de Holst par Karajan et le Wiener Philharmoniker, septembre 1961 ; War Requiem de et par Britten (Londres, 1963 comptant Vishnevskaya, Pears, Fischer-Dieskau), Istvan Kertesz (Symphonies de Dvorak, Bartok et Ravel en 1961-1963 et 1965-1968 avec le pianiste Julius Katchen) ; l’imagination thĂ©Ăątrale de Peter Maag dans Le songe d’une nuit d’Ă©tĂ© de Mendelssohn (Londres, 1957) ; le Borodin de martinon en 1958 ; Daphnis et ChloĂ© de Ravel par Pierre Monteux et le London SYmphony orchestra en avril 1959 ; … CĂŽtĂ©s voix lĂ©gendaires dans des prises lives ou chaleureuses : distinguons, La Fanciulla del West de Puccini avec en 1958, Mario del Monaco et Renata Tebaldi ; le concert romain des 3 tĂ©nors (1990 : Pavarotti, Domingo, Carreras : coup mĂ©diatique, coĂ»t artistique…) ; le rĂ©cital new yorkais de Pavarotti, Horne, Sutherland de 1981 ; le programme de mĂ©lodies italiennes par Beethoven, Schubert et Haydn (cantate Arianna) par la jeune Bartoli en 1992 …
DECCA SOUND presentation cd details review compte rendu critique classiquenews EnsemblePic2-1024x682CĂŽtĂ©s “grands chefs” et directions inspirĂ©es / habitĂ©es, vous vous dĂ©lecterez bien d’Une Symphonie alpestre de R. Strauss par Herbert Blomstedt (San Francisco Symphony, 1989), Riccardo Chailly (avec Jean-Yves Thibaudet au piano) dans la spectaculaire – vrai dĂ©fi spatial-, TurangalĂźla-symphonie (Amsterdam, 1992), Christoph von Dohnanyi (Erwartung de Schoenberg avec Anja Silja (1979), Antal Dorati (L’Oiseau de feu, Le Sacre du printemps, 1981-1982 avec le Detroit Symphony Orchestra) ; Ă©videmment Sir Georg Solti ne saurait ĂȘtre omis de l’Ăąge d’or du son Decca (rĂ©cital lyrique avec RenĂ©e Fleming : Mozart, Dvorak, Verdi et surtout la scĂšne finale de DaphnĂ© de Richard Strauss avec le LSO en 1996, claire rĂ©fĂ©rence aux prises de son hĂ©donistes d’un Karajan mais en peut-ĂȘtre moins clair et transparent…), Symphonies n°5 et 9 de Chostakovitch par Bernard Haitink (1980-1981)… comme Zubin Mehta (Symphonie n°2 de Charles Ives, Los Angeles Philharmonic Orchestra, mai 1975)
Parmi les pianistes, retrouvons avec plaisir Nelson Freire (l’incontournable, Alicia de Larrocha (Falla : Nuits dans les jardins d’Espagne sous la direction de Rafael FrĂŒbeck de Burgos, 1983), Radu Lupu (Sonates de Beethoven dont Clair de lune, PathĂ©tique, Waldstein, 1972), Clifford Curzon (Concertos pour piano n°20 et 27 de Mozart sous la direction de Britten en 1970!) ;
CLIC_macaron_2014Mention spĂ©ciale pour Vladimir Ashkenazy, le pianiste (Concertos 3 et 2 de Rachmaninov en 1963 sous la direction de Fistoulari) et presque 20 ans plus tard (1982-1984), le chef 1Ăšre de Sibelius et Tableaux d’une exposition de Moussorsgki ; mĂȘme le baroque n’est pas oubliĂ© grĂące au Didon et EnĂ©e de Purcell par Christopher Hogwood et ses Ă©quipes (dont complice familiĂšre du chef, Emma Kirkby, 1992) ; ce qui rend quand mĂȘme accessoire le son dĂ©passĂ© de Karl MĂŒnchinger et ses troupes de Stuttgart, dans le Magnificat de JS Bach (1968). Critique complĂšte du coffret THE DECCA SOUND Ă  venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

CD, coffret événement, annonce. THE DECCA SOUND, édition limitée (50 cd Decca). CLIC de CLASSIQUENEWS de février et mars 2016.

CD, coffret. Compte rendu critique. Charles Dutoit – The MontrĂ©al Years / Decca sound (35 cd Decca).

Dutoit charles decca montreal coffret box 35 cd review compte rendu critique classiquenews fevrier mars 2016CD, coffret. Compte rendu critique. Charles Dutoit – The MontrĂ©al Years / Decca sound (35 cd Decca). Symphonisme canadien des 80′s. Quelle tradition symphonique au Canada dans les annĂ©es 1980-2000 ? Ce coffret compose un legs symphonique de premier plan : le suisse Charles Dutoit nĂ© Ă  Lausanne en octobre 1936 (80 ans en 2016) cultive une connaissance spĂ©cifique de l’orchestre, ayant Ă©tĂ© avant la direction, passionnĂ© par le violon… qu’il joue excellement. Il a toujours et de façon pionniĂšre dĂ©fendu le rĂ©pertoire romantique et post romantique français : Ă  l’Ă©poque oĂč le bĂ©nĂ©fice des instruments d’Ă©poque n’Ă©tait pas encore aussi reconnu et lĂ©gitimement sollicitĂ©, le chef a ciselĂ© un travail particulier sur l’Ă©quilibre des pupitres, jusqu’Ă  un hĂ©donisme sonore alliant sensualitĂ© et dĂ©tail, – mais aussi plaidĂ© pour une architecture explicite, analytique et dramatique dans les Symphonies de Berlioz, Bizet et Franck, surtout plĂ©nitude sonore pour Saint-SaĂ«ns (Symphonie avec orgue). Pas moins de 4 cd Ravel (Daphnis et ChloĂ© – partition cĂ©lĂ©brĂ©e qui marque aussi le dĂ©but de la collaboration…, BolĂ©ro, Alborada del Gracioso, La Valse, Rhapsodie espagnole, Concertos pour piano avec Pascal RogĂ©, Menuet antique, Ma MĂšre l’Oye, Valses nobles et sentimentales….), 3 cd Debussy (Images, Nocturnes, La mer, Jeux, Le martyre de saint-SĂ©bastien, PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs midi d’un Faune, Children’s corner, La BoĂźte Ă  joujoux…) ; l’Ă©lĂ©gance de Dutoit se dĂ©voile chez SuppĂ© (ouvertures), FaurĂ© (Requiem avec les solistes, Kiri Te Kanawa et Sheril Milnes) ; symphoniste dans l’Ăąme, artisan de la texture orchestrale Ă  MontrĂ©al, Charles Dutoit se dĂ©die aussi pour les russes : Moussorgski et Rimsky, Stravinsky (le Chant du Rossignol, L’Oiseau de feu, Scherzo fantastique…), sans omettre Respighi (Pins et Fontaines de Rome…), Mendelssohn, mais aussi Bartok (Concerto pour orchestre), Orff (Carmina Burana), Holst (The Planets). Pour saisir le soin du dĂ©tail et du flux organique global, il faut se reporter Ă  son album Ibert (Escales…). Les choix de rĂ©pertoire sont finalement Ă©tendus mais cohĂ©rents. 

 

 

dutoit charles chef maestro classiquenews DECCA montreal years coffret box 35 cd review critique cdCollaboration chef/orchestre/label… Le coffret 35 cd illustre de façon exhaustive une collaboration chef/orchestre/label, amorcĂ©e au dĂ©but des annĂ©es 80, entre Charles Dutoit, l’Orchestre Symphonique de MontrĂ©al et Decca. Soit prĂšs de 25 annĂ©es d’une entente artistique semĂ©e de rĂ©alisations comme d’accomplissements. A mesure que les jalons de cette sensibilitĂ© surtout française romantique s’est prĂ©cisĂ©e et nuancĂ©e, Decca ciselait aussi ses modes d’enregistrement (le fameux son Decca des annĂ©es 1980, prenant naissance en particulier Ă  Paris, lors de sessions mĂ©morables Ă  l’Ă©glise Saint-Eustache). NommĂ© premier chef d’orchestre du Symphonique de MontrĂ©al en 1977, Charles Dutoit devait ainsi marquer en profondeur l’histoire de l’orchestre canadien jusqu’en 2002, soit 25 ans d’une coopĂ©ration passionnante, qui connaĂźt alors ses heures de gloire Ă  partir de 1980, quand le maestro signe un contrat exclusif avec Decca Londres. Amorçant un cycle discographique universellement saluĂ© (comme Karajan chez Deutsche Grammophon), avec Daphnis et ChloĂ© de Ravel (1981), le chef dirige son orchestre dans le monde entier, lors d’une tournĂ©e mondiale (Japon, Hong Kong, CorĂ©e du nord, AmĂ©rique du Sud, Europe…) assurant au duo maestro/orchestre, une notoriĂ©tĂ© international et une trĂšs solide rĂ©putation. Le coffret Decca sound regroupe les meilleures rĂ©alisations symphoniques, hors les deux intĂ©grales lyriques qui ont connu elles aussi un trĂšs grand succĂšs (PellĂ©as et MĂ©lisande, 1991 ; et Les Troyens de Berlioz, 1994, Ă©galement enregistrĂ©es par Decca).

Boulimie fatale… Le chef accepte en parallĂšle, la direction du Symphonique du Minnesota (1983), la direction estivale du Philhadelphia Orchestra (1990), mais aussi plusieurs engagements comme premier chef invitĂ© du National de France (1991-2001), et aussi la direction du NHK Symphony (1998-2003)… mais trop de fonctions ici et lĂ  prises au sacrifice d’une intĂ©gritĂ© artistique rĂ©ellement sereine et dĂ©diĂ©e, l’obligent Ă  remettre sa dĂ©mission auprĂšs du OSM (Orchestre Symphonique de MontrĂ©al), le 11 avril 2002 : ainsi se clĂŽturait une entente qui Ă©tait arrivĂ©e au bout de ses possibilitĂ©s au dĂ©but du XXĂš. Les relations d’un chef et des musiciens qui composent “son” orchestre, relĂšvent le plus souvent d’une histoire de couple : les enregistrements Decca Ă©voquent deux dĂ©cennies de travail oĂč le chef et le Symphonique de MontrĂ©al ont donnĂ© leur maximum, rĂ©alisant des enregistrements devenus des classiques du genre (Ravel, Stravinsky…). 35 cd d’une odyssĂ©e orchestrale passionnante.

 

CD, coffret. Compte rendu critique. Charles Dutoit – The MontrĂ©al Years / Decca sound (35 cd Decca). Sortie le 5 fĂ©vrier 2016.

 

CD, coffret. Alfred Brendel, The complete Philips recordings (114 cd Decca)

brendel-alfred-coffret-the-complete-philips-recordings-114-cd-review-critique-cd-classiquenews_deccaCD, coffret. Compte rendu critique: ALFRED BRENDEL, the complete Philips recordings (478 8827 edition limitĂ©e). ActualitĂ© hautement pianistique en ce mois de janvier 2016. AprĂšs un somptueux coffret Radu Lupu, et Ă  quelques jours de la parution trĂšs attendue du dernier album (Water) de la pianiste HĂ©lĂšne Grimaud (chez Deutsche Grammophon), Decca Ă©dite un exceptionnel coffret regroupant tous les enregistrements Philips du pianiste Alfred Brendel, ce pour ces 85 ans en 2016. The complete Philips recordings totalise ainsi 114 cd, rĂ©organisant l’intĂ©grale des enregistrements rĂ©alisĂ©s de la fin des annĂ©es 1960 au cycle des adieux, ceux de sa derniĂšre tournĂ©e en dĂ©cembre 2008. En plus d’un ouche feutrĂ© sobre et sensible, Brendel est un rare pianiste sachant mesurer la subtilitĂ© et l’humour. Un facĂ©tieux, Ă  la fois intellectuel et aussi, pour ceux qui l’ont connu personnellement douĂ© pour l’autodĂ©rision. Le legs de Bredenl est ici organisĂ© en 4 parties :

 

1- Mozart, Bach et surtout Haydn, avec en bonus le cycle complet des Concertos pour piano et orchestre de Mozart réalisé avec Neville Marriner

2- Beethoven : d’abord les 3 intĂ©grales des Concertos pour piano et orchestre (rĂ©alisĂ©es avec Rattle, Levine et Haitink) ; mais aussi les 2 cycles des Sonates pour piano (1970-1977 et 1992-1996).

3- Les Romantiques : les 2 cycles regroupant les oeuvres tardives pour piano de Schubert ; les Concertos pour piano et Totentanz de Liszt ; Tableaux d’une exposition de Moussorgski ; oeuvres de Berg, Busoni, Schoenberg.

4- enfin, le dernier volet comprend la musique de chambre, les lieder et les prises live : lieder de Schumann et Schubert avec l’immense baryton lĂ©gendaire Dietrich Fischer Dieskau, Matthais Goerne ; les Sonates pour violoncelle et piano de Beethoven avec son fils violoncelliste Adrian. Enfin l’intĂ©gralitĂ© de son dernier rĂ©cital, celui des adieux, donnĂ© Ă  Vienne le 18 dĂ©cembre 2018.

brendel_coffret_alfred brendel critique review piano clic de classiquenews janvier 2016 CLASSIQUENEWS review critique compte rendu inside

 

 

CLIC D'OR macaron 200Outre le soin apportĂ© Ă  cette intĂ©grale discographique de premier plan, saluons le superbe livre, vĂ©ritable mine et Ă©crin de clichĂ©s photographiques reprĂ©sentant l’interprĂšte en situation, concerts et hors concert dĂ©livrant la photogĂ©nie du passeur, Ă  la fois poĂšte, artiste habitĂ© par l’idĂ©al artistique et une pensĂ©e toujours Ă  l’affĂ»t (diversitĂ© des clichĂ©s provenant de fonds dĂ©jĂ  connus mais aussi des archives personnelles de la famille Brendel). L’homme au parapluie semble bien conserver intacte l’intensitĂ© d’une sensibilitĂ© qui s’est toujours prĂ©servĂ©e des contingences extĂ©rieures : un artiste qui nous a rĂ©galĂ© par cette capacitĂ© Ă  s’immerger dans chaque oeuvre qu’il a jouĂ©e, surtout Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert.  Coffret exceptionnel, incontournable. Donc CLIC de classiquenews de janvier 2016.

 

 

CD, coffret. ALFRED BRENDEL, the complete Philips recordings (478 8827 edition limitée) 114 cd + 1 Beaux-livre (richement illustré de photographies 114 cd Decca).

 

 

 

 

tracklisting :

 

 

 

BACH · HAYDN · MOZART

CD1:              Bach, J.S.: Italian Concerto; Chromatic Fantasia & Fugue

CD2:              Haydn: Piano Sonatas Nos. 20 & 49

CD3:              Haydn: Piano Sonatas Nos. 32, 34 & 42; Fantasia in C

CD4:              Haydn: Piano Sonatas Nos. 48, 50 & 51

CD5:              Haydn: Piano Sonatas Nos. 37, 40 & 52; Andante con variazioni

CD6:              Mozart: Piano Sonatas Nos. 8, 13 & 14

CD7:              Mozart: Piano Sonata No.11; Adagio in B Minor; Duport Variations K.573

CD8:              Mozart: Piano Sonatas Nos. 3, 4 & 18

CD9:              Mozart: Piano Sonatas Nos. 8, 9 & 15

CD10:            Mozart: Piano Sonatas Nos. 10, 11 & 17

CD11:            Mozart: Piano Sonatas Nos. 12, 13 & 14

CD12:            Mozart: Piano Sonatas Nos. 4 & 15

CD13:            Mozart: Piano Concertos Nos. 5, 6 & 10

CD14:            Mozart: Piano Concertos Nos. 7, 8 & 11

CD15:            Mozart: Piano Concertos Nos. 9 & 12; Rondo, K.386

CD16:            Mozart: Piano Concertos Nos. 13 & 17; Concert Rondo, K.382

CD17:            Mozart: Piano Concertos Nos. 14, 15 & 16

CD18:            Mozart: Piano Concertos Nos. 18 & 19

CD19:            Mozart: Piano Concertos Nos. 20 & 21

CD20:            Mozart: Piano Concertos Nos. 22 & 23

CD21:            Mozart: Piano Concertos Nos. 24 & 25

CD22:            Mozart: Piano Concertos Nos. 26 & 27

                       Academy of St. Martin in the Fields, Sir Neville Marriner

CD23:            Mozart: Piano Concertos Nos.20 & 24

CD24:            Mozart: Piano Concertos Nos. 22 & 27

CD25:            Mozart: Piano Concertos Nos. 9 & 25

CD26:            Mozart: Piano Concertos Nos. 12 & 17

                      Scottish Chamber Orchestra, Sir Charles Mackerras

CD27:            Mozart: Piano Quartet in E flat Major & Piano Concerto No.12 (arr. for piano & string quartet) with Alban Berg Quartet

CD28:            Mozart: Ch’io mi scordi di te - Jessye Norman, Sylvia McNair, Academy of St. Martin-in-the-Fields under Sir Neville Marriner

                      BEETHOVEN

CD29:            Beethoven: Piano Sonatas Nos.1, 2 & 3 [Analogue cycle]

CD30:            Beethoven: Piano Sonatas Nos.4, 15 & 20

CD31:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 5, 6 & 7

CD32:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 8, 9, 10 & 11

CD33:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 12, 13, 14 & 19

CD34:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 16, 17 & 18

CD35:            Beethoven: Piano Spnatas Nos. 21, 22 & 23

CD36:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 25, 24, 27 & 23

CD37:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 29 & 26

CD38:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 30, 31 & 32

CD39:            Beethoven: Pano Sonatas Nos. 1, 2 & 4 [digital cycle]

CD40:            Beethoven: Piano Sonatas Nos.3, 5, 6 & 8

CD41:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 7, 9, 10 & 11

CD42:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 12, 13, 14 & 15

CD43:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 16, 17, 18 & 19

CD44:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 20, 21, 22 & 23

CD45:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 24, 25, 26, 27 & 28

CD46:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 29 & 30

CD47:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 31 & 32

CD48:            Beethoven: Eroica Variations; Bagatelles Op.126, 6 Ecossaises WoO 83, 6 Piano Variations in F Op.34, etc.

CD49:            Beethoven: Bagatelles Op.33, 119 & 126

CD50:            Beethoven: Diabelli Variations (1988)

CD51:            Beethoven: Piano Concertos Nos. 1 & 2

CD52:            Beethoven: Piano Concertos Nos. 3 & 4

CD53:            Beethoven: Piano Concerto No.5 – Emperor”; Fantasia, Op.80 - London Philharmonic Orchestra, Bernard Haitink

CD54:            Beethoven: Piano Concertos Nos. 1 & 4

CD55:            Beethoven: Piano Concertos Nos. 2 & 3

CD56:            Beethoven: Piano Concerto No.5 – “Emperor”

                      Wiener Philharmoniker, Sir Simon Rattle

                      SCHUBERT · SCHUMANN · LISZT · BRAHMS

 

CD57:            Schubert: Piano Sonatas Nos. 4, 9 & 13 (analogue)

CD58:           Schubert: Piano Sonatas Nos. 14 & 16; Piano Sonata in C, D.840 (analogue)

CD59:            Schubert: Piano Sonatas Nos. 17 & 18 (analogue)

CD60:            Schubert: Piano Sonatas Nos. 19 & 20 (analogue)

CD61:            Schubert: Piano Sonata No.21; 3 KlavierstĂŒke, D.946 (analogue)

CD62:            Schubert: 4 Impromptus, D.899; 4 Impromptus, D.935 (analogue)

CD63:            Schubert: Wanderer Fantasy; 6 Moments Musicaux, D.780 (analogue)

CD64:            Schubert: Piano Sonatas Nos. 17 & 14 (digital)

CD65:            Schubert: Piano Sonata No.20 in A Major, D.959 (digital)

CD66:            Schubert: Piano Sonata No.19; 6 Moments Musicaux (digital)

CD67:            Schubert: Piano Sonata No.16; KlavierstĂŒcke, D.946 (digital)

CD68:            Schubert: Four Impromptus, D.90; Four Impromptus, D.935 (digital)

CD69:            Schubert: Piano Sonata No.18; Piano Sonata in C, D.840 (digital)

CD70:            Schubert: Piano Sonata No.21; Wanderer Fantasy (digital)

CD71:            Weber: KonzertstĂŒck in F Minor; Piano Sonata No.2

CD72:            Schumann: Piano Concerto; Fantasie

                       London Symphony Orchestra, Claudio Abbado

CD73:            Schumann: Piano Concerto, Fantasie

                       Philharmonia Orchestra, Kurt Sanderling

CD74:            Schumann: Kreisleriana; Kinderszenen

CD75:            Schumann: Symphonic Studies; Mussorgsky: Pictures at an Exhibition..

CD76:            Liszt: Piano Concertos Nos. 1 & 2 + Totentanz, etc.

CD77-78:      Liszt: Sonata; Années:Italie

CD79:            Liszt: AnnĂ©es de pĂ©lerinage – Suisse

CD80:            Liszt: Années de pÚlerinage

CD81:            Liszt: Harmonies poétiques et religieuses

CD82:            Brahms: Piano Concerto No.1 in D Minor

                       Royal Concertgebouw Orchestra, Hans Schmidt-Isserstedt

CD83:          Brahms: Piano Concerto No.1 in D Minor, Theme and Variations in D minor from String Sextet, Op. 18

                       Berliner Philharmoniker, Claudio Abbado

CD84:            Brahms: Piano Concerto No.2 in B Flat Major

                       Royal Concertgebouw Orchestra, Bernard Haitink

CD85:            Brahms: Piano Concerto No.2 in B Flat Major

                       Berliner Philharmoniker, Claudio Abbado

CD86:        Schoenberg: Piano Concerto; Busoni: Toccata; Berg: Piano Sonata, Op.1; Schoenberg: Piano Concerto* - Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, Rafael Kubelik - *SWF Sinfonie Orchester Baden-Baden, Michael Gielen      

                      CHAMBER MUSIC & LIVE RECORDINGS

CD87:           Mozart Quintet in E-flat major K452 & Beethoven Quintet in E-flat major, Op.16 with Heinz Holliger, Eduard Brunner, Hermann Baumann, Klaus Thunemann

CD88-89:     Beethoven: Complete Works for Piano & Cello | with Adrian Brendel (violoncelle)

CD90:           Schubert: Trout Quintet | with Cleveland Quartet

CD91:     Schubert: Trout quintet & Mozart: Piano Quartet In G Minor – Thomas Zehetmair, Tabea Zimmermann, Richard Duven, Peter Riegelbauer

CD92:           Schumann: Works for Oboe and Piano | with Heinz Holliger

CD93:           Schubert: Lieder | with Dietrich Fischer-Dieskau

CD94:            Schubert: Schwanengesang | with Dietrich Fischer-Dieskau

CD95:            Beethoven: An die ferne Geliebte & Schubert: Schwanengesang | with Matthias Goerne

CD96             Schubert: Winterreise | with Dietrich Fischer-Dieskau

CD97             Schubert: Winterreise | with Matthias Goerne

CD98:            Schumann: Dichterliebe (Waechter) | with Eberhard Wachter

CD99:            Schumann: Dichterliebe & Liederkreis | With Dietrich Fischer-Dieskau

CD100:          Beethoven: Diabelli Variations (1976 Live)

CD101:          Beethoven: Diabelli Variations (2001 Live)

CD102:          Beethoven: Piano Sonatas opp.106 & 78

CD103:          Bach, Haydn & Beethoven Recital

CD104-105:  Schubert: Piano Sonata No. 18; Piano Sonata no. 9; Piano Sonata No. 20; Piano Sonata No. 21 (Live)

CD106:

Live in Salzburg: Haydn: Variations in F Minor; Piano Sonata in C H.XVI no. 50, Schubert: Piano Sonata No. 14 in A Minor;

Piano Sonata in C, D.840, Wagner/Liszt: Isoldes Liebstod (piano transcription)

CD107:

Chopin Andante Spianato and Grand Polonaise in E flat op.22/ Mendelssohn:  Variations sérieuses op.54 / Busoni: Seven Elegies / Beethoven: Piano Sonata No.28 op.101 [BBC]

CD108-110:  Beethoven Piano Concertos Nos. 1-5

                       Chicago Symphony Orchestra, James Levine

CD111:          Birthday Tribute Disc 1: Brahms: Piano Concerto no. 1,Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, Colin Davis

CD112:

Birthday Tribute Disc 2: Mozart: Piano Concerto No. 25 K.503*;Beethoven: Piano Sonata No. 31; Schubert: Impromptu No. 1 in F Minor (from 4 Impromputs Op. 142)

*SWR Sinfonieorchester Baden-Baden und Freiburg, Hans Zender

CD113-114:   Farewell Concerts: Mozart: Piano Concerto no. 9*; Haydn: Variations in F Minor; Mozart: Piano Sonata no. 15;  Beethoven: Piano Sonata no. 13; Schubert: Piano Sonata no. 21; Beethoven: 4. Andante (from 7 Bagatelles op. 33); Schubert: No. 3 in G Flat Major (from 4 Impromptus op. 90); Bach: Nun komm, der Heiden Heiland BWV 659

*Wiener Philharmoniker, Sir Charles Mackerras

CD, compte rendu critique. Coffret Brahms : complete orchestral music. Integrale de la musique pour orchestre. Riccardo Chailly, direction. Gewandhaus Orchester Leipzig. 7 cd Decca (2006-2014)

brahms complete orchestral music coffret box Decca review compte rendu critique cd classiquenews Freire kavakos repin mork disques cd review compte rendu critique de disque, coffret Chailly classiquenewsCD, compte rendu critique. Coffret Brahms : complete orchestral music. Integrale de la musique pour orchestre. Riccardo Chailly, direction. Gewandhaus Orchester Leipzig. 7 cd Decca (2006-2014). EnregistrĂ©e en plusieurs coffrets sĂ©parĂ©s selon le calendrier des enregistrements rĂ©alisĂ©s, cette intĂ©grale Brahms par Riccardo Chailly prend forme en un coffret unique Ă©ditĂ© par Decca (7 cd). Avec sa rĂ©cente intĂ©grale Beethoven, Chailly impressionne par une ampleur du son, une puissance qui sait aussi prĂ©server le dĂ©tail et une certaine clartĂ© ; tout est canalisĂ© pour l’opulence d’un dramatisme brĂ»lĂ© qui compose dans une discographie une voie mediane, Ă©quilibrĂ©e qui s’affirme comme une rĂ©fĂ©rence jamais dĂ©cevante. Soucieux de clartĂ© et de lisibilitĂ©, le Brahms de Chailly sait trancher, caractĂ©riser sans Ă©paisseur et cette surenchĂšre produisant bien souvent une pĂąte dĂ©clamĂ©e, ampoulĂ©e, finalement indigeste. Chailly revient Ă  l’architecture primitive et originelle du Brahms bĂątisseur, prolongeant comme personne l’invention des formes depuis Beethoven. ComparĂ© Ă  ses premiĂšres lectures des Symphonies avec l’autre Gewandhaus (d’Amsterdam), le geste forgĂ© et peu Ă  peu sculpter Ă  Leipzig, comme profitant de la rĂ©volution interprĂ©tative opĂ©rĂ©e sur Bach, a conçu une direction plus lĂ©gĂšre et transparente dont la sensibilitĂ© instrumentale rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e, exalte les sens et fait la rĂ©ussite par exemple du mouvement lent (Andante) du Concerto pour piano n°2 (1881, cd 7), de loin la lecture la plus intĂ©ressante, profitant aussi il est vrai de l’exceptionnelle Nelson Freire (Live de 2005).

brahms serenades chailly gewandhaus de leipzig orchestra classiquenews compte rendu critique cd decca mai 2015Directeur musical du Gewandhaus de Leipzig depuis 2005, Riccardo Chailly signe donc une intĂ©grale qui malgrĂ© certains passages Ă  vide, comporte des instants de grĂące, comme suspendus, portĂ©s par cet idĂ©al personnel de la lisibilitĂ© et de la clartĂ© qui n’empĂȘche ce que nous aimons tant chez Brahms, l’ivresse et l’extase tendre, jaillissement Ă©perdu d’une innocence prĂ©servĂ©e, intacte malgrĂ© les blessures tues, les traumatismes (Ă©couter ce mĂȘme Andante et la place accordĂ©e au chant du violoncelle : un instant de grĂące).

L’intĂ©grale Brahms de Chailly demeure une leçon de musicalitĂ© respectueuse, soucieuse d’articulation et de lisibilitĂ©…

Vertus de la clarté allégée

C’est un Brahms plus nerveux, et osons dire mĂȘme audacieux au sens d’un Beethoven : les coups de timbales qui ouvrent la PremiĂšre Symphonie ne signifient-ils pas voici l’aube d’un monde nouveau comme Beethoven le dit lui-mĂȘme au terme de son propre cycle symphonique dans sa 9Ăšme ? Chailly retrouve ainsi le Brahms moderne et on pas classique, celui expurgĂ© de la tradition fin XIXĂš et mi XXĂšme, hĂ©ritĂ© de ses meilleurs dĂ©fenseurs Toscanini, FĂ©lix Weingartner. Brahms l’inventeur de formes nouvelles, capable de surprendre par un itinĂ©raire harmonique et rythmique neuf, rĂ©solument improbable, Brahms le rĂ©formiste ; voilĂ  le visage qui s’inscrit en lettres d’or sur le coffret Chailly : n’Ă©coutez que le dĂ©but et son dĂ©veloppement de la Symphonie n°1 (vrai poco sostenuto des cordes et transparence lĂ©gĂšre pour plus de mordant et d’ĂąpretĂ© voire de lumiĂšre dans cet irrĂ©pressible allant tragique initial) pour comprendre les apports du geste dĂ©poussiĂ©rĂ©, allĂ©gĂ©, nerveux, jamais surexpressif du chef italien. Sans perdre la puissance et le sentiment de la carrure colossale, le chef ajoute et soigne de bout en bout, le relief d’une lisibilitĂ© entre les pupitres qui reprĂ©cise la direction de l’architecture, les justes proportions entre les pupitres. La Symphonie n°3 dĂšs le dĂ©but peut ainsi compter sur une parfaite prĂ©cision lisible des bois qui citent avec d’autant plus de vitalitĂ©, la rĂ©fĂ©rence aux motifs folkloriques si prĂ©sents dans le tissu brahmsien. La construction globale, l’Ă©difice de Symphonies en Symphonies dĂ©voilent par un geste prĂ©cis, affinĂ©, des arĂȘtes vives, des passages et des modĂ©natures insoupçonnĂ©es (lissĂ©es ou expĂ©diĂ©es par les chefs moins scrupuleux).  ComplĂ©ment exaltants Ă  la clartĂ© architecturale des 4 Symphonies, les Ɠuvres concertantes, pour violon ; pour violon et violoncelle, Ă©clairent Ă©galement un mĂȘme souci d’Ă©locution : le Concerto en rĂ© (1879) s’impose Ă©videmment parmi les meilleures rĂ©ussites du coffret. C’est peu dire que le violon de Kavakos transcende le Concerto en rĂ© (prise de 2013) par la finesse sans aucune emphase de son instrument. C’est droit, vif, prĂ©cis, allĂ©gĂ© lui aussi, dans la lumiĂšre et d’une clartĂ© absolu (trilles aiguĂ«s inouies, d’une ciselure arachnĂ©enne), exprimant la fusion, cet esprit d’effusion souple et tendre unissant orchestre et violon dans une seule et mĂȘme caresse amoureuse : Leonidas Kavakos est Brahmsien comme Chailly : jamais dans la dĂ©monstration et la pure virtuositĂ©, rĂ©vĂ©lant des couleurs intĂ©rieures enfouies, intimes, pudiques d’une infinie douceur.

MĂȘme incandescence et mĂȘme entente partagĂ©es par les deux solistes du Double Concerto (live de 2008) : le violoncelle de Truls Mork et le violon de Vadim Repin, vif argents, d’une sobriĂ©tĂ© Ă©prise d’Ă©lĂ©gance chambriste, toujours articulĂ©e et d’une subtilitĂ© d’accents… Les nouveaux rĂ©glages de Chailly se ressentent d’autant mieux dans une Ɠuvre qui alterne de façon souvent vertigineuse les parties dĂ©volues Ă  tout l’orchestre et l’incise murmurĂ©e et plus ciselĂ©e du chant Ă  deux voix. Chambriste et concertant, comme un Concerto grosso, la partition semble diffĂ©rente Ă  tout ce qui fut jouĂ© jusque lĂ .

Riccardo Chailly dirigeantEn s’appuyant sur la tradition brahmsienne de l’orchestre de Leipzig, songeons que l’orchestre a crĂ©Ă© en 1859 le Premier Concerto pour piano,  Riccardo Chailly peut sculpter une sonoritĂ© qui a sa base romantique des plus lĂ©gitimes. En apportant un regard scrupuleux, veillant Ă  la lisibilitĂ© des timbres comme des pupitres, le chef rĂ©ussit son objectif : retrouver un Brahms plus incisif, plus transparent dont le souci de l’architecture et de la couleur se dĂ©voilent magistralement. En somme Brahms Ă©tait un moderne. Loin des clichĂ©s qui en font le suiveur conservateur et orthodoxe de Beethoven, rĂ©solument rival de Mahler Ă  Vienne. L’histoire d’un Brahms dĂ©poussiĂ©rĂ© s’Ă©crit maintenant grĂące Ă  son pionnier dĂ©sormais incontournable, Riccardo Chailly.

 

 

 

Tracklisting Intégrale pour orchestre de Brahms :

 

CD1: Symphonie no. 1  op.68; Symphonie no. 3  op.90

CD2: Symphonie no. 2 op.73; Symphonie no. 4  op.98; version alternative du début de la Symphonie n°4

CD3:  Ouverture tragique op.81; Intermezzo op.116 no. 4 (arr. Paul Klengel); Intermezzo op.117 no.1 (arr. Paul Klengel); Variations sur un Thùme de Haydn op.56a; Liebeslieder-Walzer op.52; Andante, Symphonie no. 1 – premiùre de la version originale; Academic Festival Overture op.80;  Danses hongroises nos. 1, 3 & 10

CD4: Serenade no. 1 op.11; Serenade no. 2 op.16

CD5: Concerto pour violon op.77 [Leonidas Kavikos]; Concerto for Violin & Violoncelle op.102 [Vadim Repin, Truls Mörk]

CD6: Concerto pour piano no. 1  op.15 [Nelson Freire]

CD7: Concerto pour piano no.2 in B flat op.83 [Nelson Freire]

Orchestre du Concertgebouw de Leipzig

Leipzig Gewandhausorchester
Riccardo Chailly, direction

 

 

 

CD, compte rendu critique. Coffret Brahms : complete orchestral music. Integrale de la musique pour orchestre. Riccardo Chailly, direction. Gewandhaus Orchester Leipzig. 7 cd Decca 4788994 (2006-2014). Parution : mi octobre 2015.

 

 

CD, coffret. Sibelius great performances : Collins, Gibson, Rosbaud, Beinoum, Tuxen, Monteux… (11 cd)

CLIC_macaron_2014Le Concerto pour violon de SibeliusCD, coffret. Compte rendu critique. Sibelius great performances : Collins, Gibson, Rosbaud, Beinoum, Tuxen, Monteux… (11 cd). D’emblĂ©e l’affiche promet le meilleur en effet : complĂ©ment au rĂ©cent coffret Warner regroupant les versions historiques propres aux annĂ©es 1930 (Sibelius : Historical recordings : 1928 – 1945 7 cd, CLIC de classiquenews lui aussi) et dĂ©jĂ  en majoritĂ© britanniques (preuve d’un engouement phĂ©nomĂ©nal pour Sibelius chez nos confrĂšres anglo-saxons dĂšs avant la seconde guerre mondiale), voici la preuve que la faveur anglaise pour le Finnois aprĂšs la guerre ne s’est pas dĂ©mentie, et comme le prouvent ces archives Decca, dans les annĂ©es 1950, a mĂȘme gagnĂ© une flamme exceptionnelle : les Symphonies par Anthony Collins (auteur d’une intĂ©grale londonienne entre 1952 et 1956, ou le Concerto pour violon par l’excellent, ardent, voire incandescent et super Ă©lĂ©gant soliste Ruggiero Ricci (1958) restent des accomplissements lĂ©gendaires. Comme la fiĂšvre millimĂ©trĂ©e d’une irrĂ©sistible Ă©lĂ©gance (Monteux), d’un dramatisme dĂ©taillĂ© (Gibson), des autres sibĂ©liens qui sur le mĂ©tier symphonique Ă©laborĂ© par un gĂ©nie de l’Ă©criture orchestrale, font preuve d’une Ă©gale implication sidĂ©rante. Aux cĂŽtĂ©s du LSO, le Concertgebouw d’Amsterdam (Beinoum) et le Berliner Philharmoniker (Rosbaud) affirment eux aussi un engagement suprĂȘme au service de partitions captivantes il faut bien le reconnaĂźtre. Aucun doute, mises en perspective, tant de lectures aussi passionnantes, confirment bien, aux cĂŽtĂ©s de la richesse diverse des interprĂ©tations, l’indiscutable gĂ©nie de SĂ©belius, le plus grand symphoniste du XXĂš aprĂšs Ravel, Mahler, Strauss.

 

 

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collins AnthonyCollins2Les 7 Symphonies, par le chef pionnier et visionnaire Anthony Collins, vĂ©ritable fleuron inestimable des archives Decca, dĂ©voilent Ă  qui ne le connaissait pas, l’exceptionnel talent de barde prophĂ©tique du chef britannique, capable d’insuffler la transe et la fiĂšvre, mais aussi une intensitĂ© de braise Ă  son orchestre (LSO), de surcroĂźt ici dans un traitement remastĂ©risĂ© : sens du dĂ©tail, sens de la construction, Ă©lan souverain, surtout fluiditĂ© organique d’un geste qui semble s’abreuver du lyrisme sibĂ©lien comme une source rĂ©gĂ©nĂ©ratrice. Bien avant les Bernstein ou les Karajan, visions si divergentes et somme toute complĂ©mentaires – le dyonisiaque et l’Appolonien-, voici le premier d’entre eux, redevable de l’ami Kajanus, chef et compositeur, fervent interprĂšte des symphonies de Sibelius hors de Finlande : dans les annĂ©es 1950, soit 20 ans aprĂšs Kajanus, Anthony Collins partage la mĂȘme foi passionnĂ©e, cette profondeur et cette Ă©nergie Ă©ruptive qui fait battre tout l’orchestre au diapason d’un seul cƓur, celui de la miraculeuse nature. Collins avait compris combien le langage de SibĂ©lius Ă©tait gĂ©nial en tant que dernier grand symphoniste post romantique. Sa lecture de la Symphonie n°7 (1954) est un modĂšle de prĂ©cision, d’engagement, Ă  la fois dĂ©taillĂ© et ciselĂ© mais aussi intense et dramatique. La houle qu’il y dĂ©ploie reste inĂ©galĂ©e, d’une irrĂ©pressible attractivitĂ© par sa puissance et sa justesse. Des mouvements enchaĂźnĂ©s en un seul, le chef tisse une fresque portĂ©e peu Ă  peu Ă  sa tempĂ©rature de fusion pour que se libĂšre en fin de cycle (Ă  16mn, aprĂšs 19mn), la formule clĂ© : ni rĂ©pĂ©tition, ni redite, ni dĂ©veloppement abusif, tout l’art de l’Ă©loquence resserrĂ©e de Sibelius se concentre ici dans une direction Ă©conome, dĂ©taillĂ©, surexpressive et Ă©tonnamment juste.

Entiers, souverains dans leur compréhension fortement personnalisés, dans le sillon de Collins, les autres chefs accréditent chacun par la justesse de leur approche, ce coffret plus que recommandable : nécessaire pour qui veut écouter plusieurs propositions de caractÚre, à des années lumiÚres de la sonorité lisse et fade servie par les uns et les autres plus récents.

De Anthony Collins Ă  Sir Alexander Gibson...

Sibelius : une tradition londonienne

NPG x129513; Sir Alexander Drummond Gibson by Sefton SamuelsCD11 : le top. Dans une prise magnifique (dĂ©taillĂ© et opulente de 1960), l’Ă©cossais Alexander Gibson (dĂ©cĂ©dĂ© en 1995) montre (avant Gergiev) la vitalitĂ© exubĂ©rante et mordorĂ©e des instrumentistes du LSO London symphony orchestra : vivifiant les vertiges et contrastes de la Symphonie n°5 il stupĂ©fait par sa direction souple et incisive. Houle ocĂ©ane et frĂ©missements Ă  la fois gorgĂ©s de vie et d’une puissance inquiĂ©tante, mais aussi baguette analytique oĂč scintillent tous les instruments en une course saisissante : la vision est Ă©lectrisante : Gibson est un sibĂ©lien de premiĂšre valeur. Plus olympien mais non moins dyonisiaque, Gibson semble 10 ans aprĂšs Collins, recueillir et rĂ©gĂ©nĂ©rer le flux organique et la transe lĂ©guĂ©e au mĂȘme orchestre par Anthony Collins. La science des climats intĂ©rieurs, la tension collective, surtout la construction et les Ă©quilibres sont remarquables… preuve qu’il y a bien une tradition organique et viscĂ©rale de l’interprĂ©tation sibĂ©lienne Ă  Londres. La dĂ©monstration est Ă©loquente et demeure l’enseignement le plus frappant de ce coffret anthologique. Dautant que la prise Decca de 1958 est Ă©blouissante : un modĂšle du genre, dĂ©taillant chaque pupitre, chaque instrument dans le respect des Ă©tagements naturels d’un orchestre en salle. Cuivres et cordes en Ă©tat de transe, lyrisme des bois et scintillement des vents sont Ă©poustouflants. A connaĂźtre en urgence. Gibson, Ă©galement trĂšs grand chef lyrique (il est devenu en 1957, l’annĂ©e qui prĂ©cĂšde cet enregistrement lĂ©gendaire, le plus jeune directeur du Sadler’s Wells Theatre), s’est taillĂ© une trĂšs solide rĂ©putation dans l’interprĂ©tation des rĂ©pertoires nordiques, Nielsen et Sibelius, mais c’est au service de ce dernier que sa direction Ă  la fois Ă©lĂ©gante et trĂšs dĂ©taillĂ©e comme intensĂ©ment dramatique suscite les honneurs. Les annĂ©es 1960 sont florissantes pour ce tempĂ©rament viril et d’une sensibilitĂ© rare : aprĂšs avoir fondĂ© l’OpĂ©ra d’Ecosse en 1962, il est anobli par la reine en 1967. HĂ©doniste certes, Ă  la façon d’un Bernstein qui paraĂźtrait presque plus dĂ©braillĂ© en comparaison, Gibson exprime l’Ă©quilibre des forces premiĂšres d’une nature rĂ©ellement indomptable oĂč par blocs entiers, il dĂ©place le curseur, imposant tour Ă  tour, l’harmonie des bois, la frĂ©nĂ©sie des cordes, l’ampleur hallucinante des cuivres (jusque dans leur dissonances vertigineuses), chacun affirmant au dessus des autres mais trĂšs sereinement sa propre Ă©nergie. Le troisiĂšme et dernier mouvement est d’une force et d’une limpiditĂ© inouĂŻe, exprimant ce dialogue sous-jacent entre toutes les parties, portĂ©s Ă  un degrĂ© d’intensitĂ© dansante (jusqu’au 7 accords finaux, taillĂ©s comme des gemmes). Rien que pour cette lecture, le coffret mĂ©rite toutes les palmes. Dautant que succĂšdent Ă  cette 5Ăšme exceptionnelle, les Suites Karela, Roi Christian II, et dans leur premiĂšre rĂ©alisation discographique : l’Intermezzo de pellĂ©as, la Valse triste, Finlandia.

monteux pierrePierre Monteux (cd 10) participe aussi au prestige sibĂ©lien du LSO dans une Symphonie n°2 (1952) Ă  tomber, rugueuse et Ăąpre d’une vitalitĂ© printaniĂšre et mordante quand il faut l’ĂȘtre ; animĂ©e, hallucinĂ©e, et pourtant sculptĂ©e comme peu autour de lui, avec un goĂ»t (français?), une Ă©lĂ©gance dĂ©taillĂ©e et analytique qui saisit. Ce dramatisme Ă©pique, cette vision scintillante se distinguent aussi nettement par son souffle et sa prĂ©cision, un goĂ»t et un style admirables. D’autant quen immense chef lyrique, Monteux sait aussi caractĂ©riser un climat, un Ă©pisode avec une rythmique organique trĂ©pidante (Vivacissimo du 3me mouvement jouĂ© trĂšs nerveux et vif, sans Ă©quivalent dans la discographie, contrastant avec le lento e suave, en un geste ample, fluide, vertigineux : la science de la direction est magistrale., et quelle sonoritĂ© des cuivres, aussi nobles et spectaculaires que sous la direction de Gibson.

Van Beinem avec le London Philharmoonic orchestra et le soliste Jan Damen offre une intĂ©ressante lecture du Concerto pour violon (1953) : beaucoup de fiĂšvre dans l’esprit de Collins mais dĂ©jĂ  la flamme s’est assagie.

rosbaud Hans-Rosbaud-350Hans Rosbaud Ă  la tĂȘte du Berliner Philharmoniker (1954, 1955, 1957, 1958) dans une esthĂ©tique plus compacte, nĂ©anmoins riche en sursauts et souci du dĂ©tail, montre combien Sibelius relĂšve de Wagner, Bruckner et des russes dont TchaĂŻkovski Ă©videmment, n’hĂ©sitant pas Ă  obtenir des tensions telluriques entre les pupitres de l’orchestre. De Finlandia, il fait surgir le monstre indomptable puis dansant en une transe assourdissante. Le geste reste viscĂ©ralement enflammĂ©.

L’heureux couplage prĂ©sente aussi les Ɠuvres chambristes dont le Quatuor Voces intimae qui rĂ©vĂšle au fond le vrai tempĂ©rament de Sibelius : celui d’un contemplatif introspectif, grave sans ĂȘtre dĂ©pressif (Griller Quartet, 1951).

tuxen erikSur le mĂȘme cd 6, la version de la Symphonie 5 opus 82 par Erik Tuxen et l’orchestre national symphonique de la Radio Danoise en 1952, est toute de finesse et de mystĂšre sensuel : preuve que dans les rivages nordiques proches, le massif sibĂ©lien, riche en paysage, inspire particuliĂšrement un chef visiblement habitĂ© par le souci et la conscience du gĂ©nial compositeur. Tuxen libĂšre la force sauvage et le feu printanier, – encore bien prĂ©sents au terme des 7 derniers accords-, une activitĂ© souterraine et primitive, ses Ă©clairs intimes comme sa furieuse Ă©nergie avec toujours un souci de l’Ă©quilibre et du relief des instruments qui s’avĂšre passionnant. Tuxen emporte avec une rage conquĂ©rante Finlandia en 1954 :geste vif, fusion lumineuse des instruments, surtout fiĂšvre collective, miroir emblĂšme de toute une nation qui se lĂšve et affirme son indĂ©pendance.

CD, compte rendu critique. Coffret Jean Sibelius : great performances. Symphonies, musiques de scÚne et poÚmes symphoniques: Alexander Gibson, Anthony Collins, Bertil Bokstedt, Charles Mackerras, Eduard Beinum, Hans Rosbaud, Pierre Monteux. London Symphony orchestra, Danish state radio symphony orchestra, Concert gebouw orchestra, Berliner Philharmoniker, London Proms symphony orchestra. Mélodies : Birgit Nilsson, Kirsten Flagstad. Enregistrements réalisés de 1950 à 1960 (11 cd Decca 478 8589). CLIC de classiquenews octobre 2015.

CD, compte rendu critique. Max Emanuel Cencic : Arie Napoletane (1 cd Decca)

cencic arie napolitane cd decca review account of compte rendu critique du cd CLASSIQUENEWS cover Arie NapoletaneCD, compte rendu critique. Max Emanuel Cencic : Arie Napoletane (1 cd Decca). Le chanteur croate, Max Emanuel Cencic, rĂ©cent locataire de l’OpĂ©ra royal de Versailles pour des recrĂ©ations lyriques passionnantes, se dĂ©die dans ce nouvel album Decca, Ă  la flamme dramatique des Napolitains, lesquels au dĂ©but du XVIIIĂš, s’emparent de la scĂšne lyrique au dĂ©triment de Venise ou de Rome. Associant subtilement virtuositĂ© et dramatisme, les auteurs Napolitains incarnent l’Ăąge d’or de l’opĂ©ra baroque du XVIIIĂš ainsi que les chanteurs spĂ©cifiques, fruits des Ospedale de la cite partĂ©nopĂ©enne : les castrats. Max Emanuel Cencic rend hommage et Ă  l’essor de Naples comme nouvelle capitale de l’opĂ©ra au XVIIIĂš, et aux fabuleux “divos”, les castrats dont les contre-tĂ©nors contemporains tentent de rĂ©tablir les prouesses vocales. AprĂšs son prĂ©cĂ©dent cd Rokoko, inaugurant sa collaboration chez Decca, Max Emanuel Cencic dans Arie Napoletane confirme la justesse artistique de ses programmes discographiques.

Max Emanuel Cencic dĂ©voile Siroe de HasseMedium Ă©largi et facilitĂ© coloratoure, le contre tĂ©nor altiste Max Emanuel Cencic se dĂ©die aux compositeurs napolitains ici, dont le plus ancien, Alessandro Scarlatti (1660-1725) ouvre une constellation heureuse de tempĂ©raments dramatiques. La collection dĂ©bute avec Porpora et ses acrobaties dĂ©lirantes d’une virtuositĂ© vertigineuse dans des intervalles extrĂȘmes (Polifemo). Puis plus amoureux et solennel, l’air de Demetrio de Leonardo Leo (1694-1744) se distingue : c’est un air langoureux qui exige un legato et un souffle infaillibles, des couleurs riches et  chaudes… que Cencic affirme sans dĂ©faillir.
L’Eraclea de Leonardo Vinci (1690-1730), compositeur que le contre-tĂ©nor apprĂ©cie particuliĂšrement (voir Artaxerse, rĂ©cemment recrĂ©Ă© par ses soins), fait montre d’une mĂȘme agilitĂ© vocale, avec en bonus l’ĂąpretĂ© mordante et bondissante des instrumentistes affĂ»tĂ©s d’Il Pomo d’oro.
Plus introspectif et mélancolique Il Progioniero fortunato de Scarlatti permet à Cenci de nuancer et colorer tout autant sur le registre nostalgique.
Somptueuse contribution dans une myriade de premiĂšres (le programme n’en est pas avare en regroupant nombre de recrĂ©ations mondiales), le Pergolesi captive : L’infelice in questo stato de L’Olimpiade par ses teintes tendres, et sa profondeur plus mesurĂ©e, nuancĂ©e, caressante, mĂȘme s’il n’est pas inĂ©dit, confirme une Ă©vidente sĂ©duction.
Les deux Leo qui suivent soulignent une caractĂ©risation plus vive, exploitant l’assise de graves Ă©panouis et toujours l’agilitĂ© du medium souple et chaud (Demetrio), sans empĂȘcher une ample gravitĂ© tendre (Siface).
Enfin , la rayonnante sensibilitĂ© du dernier Porpora impressionne par son ampleur et son souffle d’une ineffable tendresse hĂ©roĂŻque, le Germanico in Germania accrĂ©dite encore l’apport du prĂ©sent rĂ©cital : lĂ  encore, le medium parfaitement conduit aux couleurs chaudes, convainc continuement.
Le dernier Scarlatti : “Vago mio sole” de Massimo Puppieno dĂ©veloppe une mĂȘme langueur extatique qui s’appuie sur les seules capacitĂ©s de l’interprĂšte; idĂ©alement inspirĂ©. On note seulement un manque d’expressivitĂ© ou de surenchĂšre parfois opportune dans les reprises da capo : et mĂȘme si l’articulation est parfois lisse moins consomnĂ©e, le feu vocal et la pure virtuositĂ© demeure prenante ; c’est aprĂšs tout,castrats oblige, le marqueur principale de la fabrique napolitaine baroque.

En bonus, les instrumentistes jouent Ă©galement en premiĂšre mondiale, les trois mouvements du Concerto en rĂ© majeur pour deux violons et clavecin de Domenico Auletta (1723-1753) dont le feu napolitain, Ă  la fois fantasque et capricieux, d’une bonhommie franche et espiĂšgle (et mĂȘme dĂ©licatement suave dans le largo central) ajoute Ă  ce portrait vocal et instrumental de la vitalitĂ© de l’Ă©cole napolitaine, y compris dans le genre concertant strictement instrumental. L’intelligence du chanteur recentre le chant sur le medium de la voix dĂ©sormais ample et charnu, Ă©vitant soigneusement les suraigus problĂ©matiques. Aux cĂŽtĂ©s de son discernement sur l’Ă©volution irrĂ©sistible de l’organe, la recherche de couleur, de caractĂšre comme de tension expressive reste son souci exemplaire.

CD, compte rendu critique. Arie Napoletane, Max Emanuel Cencic. 1 cd Decca.
Enregistrement réalisé en février 2015.

Tournée 2016. Le programme lyrique Arie Napoletane de Max Emanuel Cencic est en tournée en 2016 : 20 janvier 2016 (Paris, TCE), 22 janvier (Lyon, chapelle de la Trinité), puis 29 mars (Opéra de Rouen).

Cd, compte rendu critique. Schumann : Lederkreis opus 39. Frauenliebe und leben. Berg : 7 lieder de jeunesse. Dorothea Röschmann, soprano. Mitsuka Uchida, piano. 1 cd Decca

Cd, compte rendu critique. Schumann : Lederkreis opus 39. Frauenliebe und leben. Berg : 7 lieder de jeunesse. Dorothea Röschmann, soprano. Mitsuka Uchida, piano. 1 cd Decca. Le sens du verbe, l’Ă©locution ardente et prĂ©cise de Dorothea Röschmann rĂ©tablit les climats proches malgrĂ© leur disparitĂ© esthĂ©tique, des lieder de Schumann et de Berg. Schumann vit de l’intĂ©rieur le drame sentimental ; Berg en exprime avec distanciation tous les questionnements. En apparence Ă©trangers l’un Ă  l’autre, les deux Ă©critures pourtant s’abandonnent Ă  une intensitĂ© lyrique, des Ă©panchements irrĂ©pressibles, clairement inspirĂ©s par l’univers profond voire mystĂ©rieux de la nuit, que le timbre mĂ»r de la soprano allemande sert avec un tact remarquable. L’exquise interprĂšte Ă©coute tous les vertiges intĂ©rieurs des mots. C’est une diseuse soucieuse de l’intelligibilitĂ© vivante de chaque poĂšme. L’engagement vocal exprime chez Schumann comme Berg, le haut degrĂ© d’une conscience marquĂ©e, Ă©prouvĂ©e qui nĂ©anmoins est en quĂȘte de reconstruction permanente.

CLIC_macaron_2014schumann-cd-review-critique-CLASSIQUENEWS-dorothea-roschmann-mitsuko-uchida-lieder-decca-&-cd-critique-review-CLASSIQUENEWSComposĂ©s en 1840, pour cĂ©lĂ©brer son union enfin rĂ©alisĂ©e avec la jeune pianiste Clara Wieck, les Frauenliebe und leben lieder affirme l’exaltation du jeune Ă©poux Schumann qui Ă©crit dans un jaillissement presque exclusif (aprĂšs n’avoir Ă©crit que des piĂšce pour piano seul), une sĂ©rie de lieder inspirĂ©s par son amour pour Clara. Les poĂšmes d’Adelbert von Chamisso, d’origine française, dĂ©peint la vie d’une femme mariĂ©e. “J’ai aimĂ© et vĂ©cu”, chante-t-elle dans le dernier des huit lieder, et le cycle retrace son voyage de son premier amour, en passant par les fiançailles, le mariage, la maternitĂ©, jusqu’au deuil. L’hommage d’un amant admiratif au delĂ  de tout mot se lit ici dans une joie indicible que l’articulation sans prĂ©tention ni affectation de la soprano, Ă©claire d’une intensitĂ©, naturelle, flexible. D’une rare cohĂ©rence, puisque certain passage du dernier rappelle l’Ă©noncĂ© du premier, le cycle suit pas Ă  pas chaque sentiment fĂ©minin avec un tact subtil, mettant en avant l’impact du verbe. De ce point de vue, Ich kann’s nicht fassen, nicht glauben, trĂšs proche du parlĂ©, fusionne admirablement les vertiges musicaux et le sens du poĂšme. D’une infinie finesse de projection, gĂ©rant un souffle qui se fait oublier tellement la prononciation est exemplaire, Dorothea Röschmann Ă©claire chaque sĂ©quence d’une sensibilitĂ© naturelle qui porte entre autres, l’exultation Ă  peine mesurĂ©e mais d’un abattage linguistique parfait des 5Ăš et 6Ăš mĂ©lodies (Helft mir, ihr Schwestern… et SĂŒĂŸer Freund, du blackest…). Sans dĂ©cors ni prolongement visuel, ce live restitue l’impact dramatique de chaque Ă©pisode, la force de la situation ; l’essence du thĂ©Ăątre ans le chant. Le cycle s’achĂšve sur l’abĂźme de douleur de la veuve Ă©plorĂ©e au chant tragique et lugubre (Nun hast du mir den ersten Schmerz getan…) : l’attention de la soprano Ă  chaque couleur du poĂšme rĂ©alise un sommet de justesse sincĂšre par sa diversitĂ© nuancĂ©e, son Ă©locution lĂ  aussi millimĂ©trĂ©e en pianissimi tĂ©nus d’une indicible langueur doloriste. D’autant que Schumann y cite les premiers Ă©lans des premiers lieder : une rĂ©itĂ©ration d’une pudeur allusive bouleversante sous les doigts Ă  l’Ă©coute, divins de l’autre magicienne de ce rĂ©cital exceptionnel: Mitsuko Uchida. Cette derniĂšre phrase essentiellement pianistique est la meilleure fin offerte au chant irradiĂ©, embrasĂ© de l’immense soprano qui a tout donnĂ© auparavant. La complicitĂ© est rayonnante; la comprĂ©hension et l’entente indiscutable. Le rĂ©sultat : un rĂ©cital d’une force suggestive et musicale mĂ©morable.

MĂ©lodies de Schumann et de Berg Ă  Londres

Röschmann et Uchida : l’Ă©coute et le partage

 

DatĂ©s de mai 1840 mais publiĂ©s en 1842, les Liederkreis, opus 39 sont eux-aussi portĂ©s par un jaillissement radical des forces du dĂ©sir, et du bonheur conjugal enfin vĂ©cu. Die Stille (5) est un chant embrasĂ© par une nuit d’extase infinie oĂč la tendresse et l’innocence Ă©tendent leur ombre carressante. Le piano file un intimisme qui se fait repli d’une pudeur prĂ©servĂ©e : toute la dĂ©licatesse et l’implicite dont est capable la magicienne de la suggestion Mitsuko Uchida, sont lĂ , synthĂ©tisĂ©s dans un Schumann serviteur d’une effusion premiĂšre, idĂ©ale, comme virginale.
En fin de cycle , trois mĂ©lodies retiennent plus prĂ©cisĂ©ment notre attention : Wehmut, (9), plus apaisĂ©, est appel au pardon, tissĂ© dans un sentiment de rĂ©conciliation tendre ; puis Zwielicht (10) souligne les ressources de la diseuse embrasĂ©e, diseuse perfectionniste surtout, et d’une prĂ©cision archanĂ©enne, quant Ă  la coloration et l’intention de chaque mot, n’hĂ©sitant pas Ă  dĂ©clamer une imprĂ©cation habitĂ©e qui convoque les rĂ©fĂ©rences fantastiques du texte (de fait la poĂ©sie d’Eichendorff est constellĂ© de dĂ©tails parfois terrifiants comme ces arbres frissonnants sous l’effet d’une puissance occulte et inconnue). Enfin, l’ultime : FrĂŒhlingsnacht (retour Ă  la nuit, 12) s’affirme en son Ă©lan printanier, palpitant, celui d’une ardeur souveraine et conquĂ©rante, porteur d’un irrĂ©pressible sentiment d’extase, avec cette coloration rĂ©guliĂšre crĂ©pusculaire, rĂ©fĂ©rence Ă  la nuit du rĂȘve et de l’onirisme.

 

 

Dorothea-Roeschmann--Mitsuko-Uchida

 

 

Au centre du cycle se trouvent deux lieder liĂ©s : “Auf einer Burg” et “In der Fremde”. Le premier, avec sa subtile tapisserie contrapuntique, est Ă©crit dans un style ancien, et son atmosphĂšre austĂšre prĂ©figure le cĂ©lĂšbre mouvement Ă©voquant la “CathĂ©drale de Cologne” dans la Symphonie “RhĂ©nane” de Schumann. La tonalitĂ© rĂ©elle du lied n’est pas le mi mineur dans lequel il commence, mais un la mineur suggestif. La musique aboutit Ă  une demi-cadence sur l’accord de mi majeur, formant une transition avec le lied suivant, dont la ligne mĂ©lodique est clairement issue de la mĂȘme graine.
Les autres lieder du Liederkreis op. 39 sont parmi les plus cĂ©lĂšbres de Schumann : “Intermezzo”, (“Dein Bildnis wunderselig”), avec son accompagnement de piano syncopĂ© d’une excitation Ă  peine contenue ; l’évocation magique d’une nuit au clair de lune dans “Mondnacht”, avec la ligne vocale rĂ©pĂ©tĂ©e hypnotiquement est lui aussi paysage nocturne, du moins jusqu’au retour chez lui du poĂšte mais enivrĂ© et exaltĂ© dans le “FrĂŒhlingsnacht” final, oĂč il voit son amour comblĂ© au retour du printemps.
Les paysages nocturnes des Sept Lieder de jeunesse d’Alban Berg, remontent Ă  ses Ă©tudes quand il Ă©tait Ă©lĂšve de composition en 1904 dans la classe de Schoenberg, et furent regroupĂ©s et minutieusement Ă©ditĂ©s avec accompagnement orchestral en 1928. Dorothea Röschmann chante leur transcription pour piano. Le plus Ă©perdu (plage 15) demeure Die Nachtigall (le Rossignol) lequel marquĂ© par le romantisme d’un Strauss semble rĂ©capituler par son souffle et son intensitĂ©, toute la littĂ©rature romantique tardive, synthĂ©tisant et Schumann et Brahms. Pianiste et chanteuse abordent avec un soin quasi clinique chaque changement de climat et de caractĂšre, offrant une ciselure du mot d’une intensitĂ© sidĂ©rante : impressionnisme de Nacht, traumgekrönt plus wagnĂ©rien, ou Sommertage (jours d’Ă©tĂ©) clairement influencĂ© par son maĂźtre d’alors Schoenberg : fondĂ© sur une dĂ©construction et un style Ă  rebours caractĂ©ristique Ă©lĂ©ments dont le piano Ă  la fois mesurĂ©, incandescent de Uchida souligne l’embrasement harmonique, jusqu’Ă  l’ultime rĂ©sonance de la derniĂšre note du dernier lied. D’aprĂšs Nikolaus Lenau, Theodor Storm et Rainer Maria Rilke —, Berg cultive ses goĂ»ts littĂ©raires avec une exigence digne des grands maĂźtres qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©. Dorothea Röschmann semble en connaĂźtre les moindres recoins sĂ©mantiques, les plus infimes allusions poĂ©tiques qui fait de son chant un geste vocal qui retrouve l’essence thĂ©Ăątrale et l’enivrement lyrique les plus justes.

schumann-cd-review-critique-CLASSIQUENEWS-dorothea-roschmann-mitsuko-uchida-lieder-decca-&-cd-critique-review-CLASSIQUENEWSCd, compte rendu critique. Schumann : Lederkreis opus 39. Frauenliebe und leben. Berg : 7 lieder de jeunesse. Dorothea Röschmann, soprano. Mitsuka Uchida, piano. 1 cd Decca 00289 478 8439. Enregistrement live réalisé au Wigmore Hall, London, 2 & 5 Mai 2015.

ROBERT SCHUMANN (1810–1856)
Liederkreis, op.39

1 I In der Fremde 1.45
2 II Intermezzo 1.53
3 III WaldesgesprÀch 2.38
4 IV Die Stille 1.49
5 V Mondnacht 3.52
6 VI Schöne Fremde 1.22
7 VII Auf einer Burg 3.19
8 VIII In der Fremde 1.25
9 IX Wehmut 2.40
10 X Zwielicht 3.29
11 XI Im Walde 1.35
12 XII FrĂŒhlingsnacht 1.28

ALBAN BERG (1885–1935)
Sieben frĂŒhe Lieder
Seven Early Songs · Sept Lieder de jeunesse

13 I Nacht 4.14
14 II Schilflied 2.18
15 III Die Nachtigall 2.14
16 IV Traumgekrönt 2.41
17 V Im Zimmer 1.21
18 VI Liebesode 1.57
19 VII Sommertage 2.00

ROBERT SCHUMANN
Frauenliebe und -leben, op.42

20 I Seit ich ihn gesehen 2.39
21 II Er, der Herrlichste von allen 3.41
22 III Ich kann’s nicht fassen, nicht glauben 1.58
23 IV Du Ring an meinem Finger 3.01
24 V Helft mir, ihr Schwestern 2.15
25 VI SĂŒĂŸer Freund, du blickest 4.43
26 VII An meinem Herzen, an meiner Brust 1.33
27 VIII Nun hast du mir den ersten Schmerz getan 4.39

DOROTHEA RÖSCHMANN soprano
MITSUKO UCHIDA piano

CD/Download 00289 478 8439
Recording Location: Wigmore Hall, London, 2 & 5 mai 2015 (enregistrement live ).

 

 

 

Opera de poche : la nouvelle Playlist de Decca et Deutsche Grammophon

opera-de-poche-decca-deutsche-grammophon-playlist-cdINTERNET. Decca / DG lance la Playlist OpĂ©ra de poche. A l’occasion de l’actualitĂ© lyrique en France, Universal music lance une nouvelle offre numĂ©rique. En complĂ©ment Ă  l’opĂ©ra de Puccini, Madama Butterfly, actuellement Ă  l’affiche de l’OpĂ©ra Bastile Ă  Paris, (jusqu’au 13 octobre 2015), composez votre propre playlist, constituĂ© d’extraits, les sĂ©quences les plus fortes de l’ouvrage, Ă  partir des meilleures interprĂ©tations enregistrĂ©es chez Decca, Deustche Grammophon
  le principe est simple : (re)dĂ©couvrir un opĂ©ra Ă  travers ses tubes dans des versions de rĂ©fĂ©rence en un peu plus d’1h. Avant Madama Butterfly, dĂ©couvrez les ressources de ce projet avec Don Giovanni, l’opĂ©ra des opĂ©ras signĂ©s Mozart et son librettiste, Da Ponte. DĂ©couvrez parmi les trĂšs nombreuses versions disponibles, les extraits et les temps forts de celles qui sont les plus convaincantes


DĂ©couvrez la playlist OPERA DE POCHE #1 DON GIOVANNI : une histoire entre comĂ©die et tragĂ©die oĂč le cĂ©lĂšbre sĂ©ducteur Don Juan (accompagnĂ© de son fidĂšle servant Leporello) court les femmes avant d’ĂȘtre rattrapĂ©e par ses pires dĂ©mons.

En savoir plus sur http://www.clubdeutschegrammophon.com/playlists/opera-poche-1-don-giovanni/#dsUoOq7WhCbAYc0D.99

Opera de poche : la nouvelle Playlist de Decca et Deutsche Grammophon : (re)dĂ©couvrir un opĂ©ra Ă  partir des versions lĂ©gendaires de Decca et Deutsche GrammophonDisponible en streaming sur toutes les plateformes, connectez-vous oĂč que vous soyez et dĂ©veloppez votre culture musicale en un seul clic. Appuyez sur Play et laissez-vous emporter comme par magie. Libre Ă  vous par la suite de continuer en profondeur la dĂ©couverte de l’opĂ©ra en cliquant sur les versions de rĂ©fĂ©rences choisies sur notre playlist.

En Ă©coute sur DEEZER et sur SPOTIFY.

APPROFONDIR : LIRE notre dossier spécial DON Giovanni de Mozart

CD, compte rendu critique. Stephen Kovacevich : the complete Philips recordings (25 cd Decca)

kovacevich stephen decca complete decca philips recordings Stephen_Kovacevich_Credit_David_Thompson_EMI_Classics_-_CD, compte rendu critique. Stephen Kovacevich : the complete Philips recordings (25 cd Decca). Le pianiste et chef d’orchestre amĂ©ricain (il a Ă©tĂ© directeur musical de l’Orchestre de chambre d’Europe), Stephen Kovacevich (Stephen Bishop-Kovacevich de son vrai nom) est nĂ© le 17 octobre 1940 Ă  San Pedro (Californie) d’un pĂšre serbe originaire de Croatie (rĂ©gion de Lika) et d’une mĂšre amĂ©ricaine. A 11 ans, il jouait dĂ©jĂ  Ă  San Francisco en 1951 le Concertino pour piano de Jean Françaix. A Londres, le jeune homme de 18 ans parfait sa technique et sa musicalitĂ© auprĂšs de Myra Hess. Sa carriĂšre dĂ©bute officiellement en 1961 lors d’un rĂ©cital, au Wigmore Hall de Londres (au programme : la Sonate de Berg, trois PrĂ©ludes et Fugues de Bach et les Variations Diabelli de Beethoven).

 

 

kovacevich stephen decca the complete recordings on Philips presentation review compte rendu cd coffret decca CLASSIQUENEWS

 

 

kovacevich stephen coffret double view review compte rendu critique cd philips decca Le coffret regroupant toutes les archives anciennement Philips, souligne les grands dĂ©fis interprĂ©tatifs qui sont aussi les territoires particuliĂšrement apprĂ©ciĂ©s par le pianiste amĂ©ricain : Beethoven (concertos, Sonates, Bagatelles), Brahms surtout (Concertos, Scherzos, Valses, Intermezzos, Rhapsodies, KlavierstĂŒcke
), Bartok (Concertos), Mozart (Concertos). Piliers de cet hĂ©ritage pianistique, les rĂ©alisations avec les orchestres londoniens BBC Symphonic orchestra, London Symphony orchestra LSO (en particulier sous la direction de Colin Davis), sont les arguments majeurs du coffret Kovacevich 2015. Compagnon de la fĂ©line et irrĂ©sistible Martha Argerich, Stephen Kovacevich rayonne ici par son jeu carrĂ© et fin, douĂ© d’une clartĂ© communicante et vive qui s’est affirmĂ©e sans rĂ©serves chez Beethoven, Mozart, Schumann, Ravel ou Bartok. Le partenaire et compagnon de Martha Argerich, a construit sa carriĂšre sur l’engagement et la rĂ©flexion critique des partitions : leur fille StĂ©phanie a rĂ©cemment rĂ©alisĂ© un film documentaire d’une Ă©criture libre qui laisse la part belle Ă  l’évocation pudique de leur vie de famille : Bloody daughter, 2013 : LIRE notre compte rendu du dock Bloody Daughter par StĂ©phanie Argerich Kovacevich.

 

Stephen Kovacevich : the complete Philips recordings (25 cd Decca)

 

 

 

CD annonce. cd Arie napolitaine par Max Emanuel Cencic (Decca). A paraĂźtre le 2 octobre 2015

cencic arie napolitane cd decca review account of compte rendu critique du cd CLASSIQUENEWS cover Arie NapoletaneCD annonce. cd Arie napolitaine par Max Emanuel Cencic (Decca). A paraĂźtre le 2 octobre 2015. AprĂšs le formidable Artaserse (1730, rĂ©vĂ©lĂ© dĂšs 2012) de Leonardo Vinci (auteur prĂ©sent Ă  nouveau ici), Ă  la fois tremplin des jeune nouveaux hautes contres (Fagioli, Berna Sabadus, Mynenko
) et ouvrage d’un flamboyant lyrisme propre Ă  la Naples du XVIIĂš, le contre tĂ©nor croate nĂ© en 1976 (altiste) Max Emanuel Cencic affirme un goĂ»t sĂ»r pour le dĂ©frichement rare et d’autant plus admirable : il continue d’explorer les trĂ©sors oubliĂ©s partĂ©nopĂ©ens avec un nouvel album Ă©ditĂ© par Decca, dĂ©but octobre 2015 : Arie Napoletane, nouveau rĂ©cital, comportant plusieurs rĂ©vĂ©lations, joyaux de l’opera seria napolitain du dĂ©but du XVIII e siĂšcle  (soit 10 enregistrements en premiĂšre mondiale); le travail du chanteur observe et la sensualitĂ© virtuose des airs d’hĂ©roĂŻsme ou de langueur et l’impact linguistique des rĂ©citatifs qui mettent en avant le texte, Ă©lĂ©ment essentiel de la lyre italienne baroque. A l’époque, la machine napolitaine doit sa grande rĂ©putation et son extraordinaire sĂ©duction au chant des castrats (Farinelli, Senesino ou encore Caffarelli s’y sont rĂ©vĂ©lĂ©s), enfants musiciens virtuoses produits des quatre conservatoires de Naples sur lesquels rĂ©gnĂšrent des auteurs attentionnĂ©s et soucieux de l’essor de leurs Ă©lĂšves chanteurs : Alessandro Scarlatti, Leonardo Leo, Leonardo Vinci, Nicola Porpora ou encore Giovanni Battista Pergolesi
 Les amateurs de chant passionnĂ© autant que contournĂ© retrouvent ici Max Emanuel Cencic, cette voix flexible, corsĂ©e, contrastĂ©e qui aime cultiver les dĂ©fis vocaux. Comme Cecilia Bartoli, Cencic aime approfondir et bien prĂ©parer chaque rĂ©cital lyrique… Celui-lĂ  en est un, aprĂšs un prĂ©cĂ©dent dĂ©diĂ© Ă  Adolf Hasse, “Apollon europĂ©en”, auteur de virtuositĂ©s elles aussi langoureuses et hĂ©roĂŻques
 (LIRE notre compte rendu du cd Rokoko, Ă©ditĂ© par Decca dĂ©jĂ  en janvier 2014 avec l’excellent ensemble Armonia Atenea de George Petrou). Prochaine critique dĂ©veloppĂ©e du cd Arie napolitaine par Max Emanuel Cencic dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

 

LIRE aussi notre critique développée du DVD Artaserse de Leonardo Vinci

 

 

 

CD, annonce. TURANDOT nouvelle avec le Calaf d’Andrea Bocelli (Decca, à paraütre le 31 juillet 2015)

TURANDOT-puccini-zubin-mehta-500-cd-decca-andrea-bocelli-CD, annonce. TURANDOT nouvelle avec le Calaf d’Andrea Bocelli. AnnoncĂ© le 31 juillet 2015, un nouveau coffret Decca met Ă  l’honneur le Calaf du tĂ©nor Andrea Bocelli (nĂ© en 1958) : voix franche, Ă©mission directe et musicalement assurĂ©e, le prince futur Ă©poux de la princesse frigide Turandot gagne ici aprĂšs les Pavarotti, Carreras, Domingo, un ardent interprĂšte soucieux d’exprimer la vaillance de celui qui au mĂ©pris des risques encourus, dĂ©mĂȘle les 3 Ă©nigmes Ă©noncĂ©es par la fille de l’Empereur de Chine
 InspirĂ© de Gozzi (Turandot, 1761), et enregistrĂ© dans la Valence ibĂ©rique, l’opĂ©ra de Puccini, laissĂ© inachevĂ© en 1924 par le compositeur italien, semble une Ă©nergie narrative intacte grĂące Ă  l’instinct Ă©lectrique et fiĂ©vreux du chef requis pour conduire les troupes impressionnantes de la fresque orientale (Zubin Mehta, familier de la partition pour l’avoir entre autres dirigĂ©e Ă  PĂ©kin, Ă  la CitĂ© Interdite dans une production spectaculaire et fĂ©Ă©rique), d’autant que l’ouvrage Ă  la fois fĂ©Ă©rie sentimentale et fresque grandiose, mĂȘlant sentimental et terrifiant, nĂ©cessite un orchestre colossal et des choeurs au format hollywoodien. Face Ă  Andrea Bocelli, la soprano amĂ©ricaine Jennifer Wilson, campe une femme dĂ©jĂ  mĂ»re mais vierge, aux aigus tranchants qui cependant sait inflĂ©chir sa duretĂ© primitive et rĂ©pondre Ă  l’amour pur d’un Calaf compatissant… a presque 60 ans, le tĂ©nor Bocelli dĂ©montre qu’il peut tout chanter avec un aplomb et une musicalitĂ© toujours prĂȘts Ă  en dĂ©coudre. Prochaine critique dĂ©veloppĂ©e dans le mag cd, dvd, livres de classiquenews.com

 

CD, annonce. Une nouvelle TURANDOT avec le Calaf d’Andrea Bocelli. AnnoncĂ© le 31 juillet 2015. 2 cd Decca.

CD, coffret événement. Wagner : der Ring des Nibelungen (Georg Solti 1958 -1964, cd DECCA)

decca ring wagner solti culshaw presentation critique coffret cd Decca CLASSIQUENEWS CLIC de classiquenews 2015 juin 2015CD, coffret Ă©vĂ©nement. Wagner : der Ring des Nibelungen  (Georg  Solti 1958 -1964, cd DECCA). Dans l’histoire  de l’enregistrement stĂ©rĂ©o  cette premiĂšre intĂ©grale au disque enregistrĂ©e pour le studio amorcĂ©e Ă  Vienne en 1958, fait date : c’est le producteur britannique chez Decca, John Culshaw qui ayant le projet d’enregistrer tout le Ring choisit le jeune Georg Solti plutĂŽt que le vieux Knappertsbuch : l’odyssĂ©e discographique durera jusqu’en 1964 (non sans mal car le tempĂ©rament de Solti surtout dans sa jeune maturitĂ© de quadra a  souvent heurtĂ© l’éducation des instrumentistes viennois
 Qu’importe, l’obsession du dĂ©tail, le rouleau compresseur et le bourreau de travail qu’est Solti avec ses maniĂšres parfois Ăąpres, exploitent au maximum les qualitĂ©s du Philharmonique de Vienne ce jusqu’en 1964, annĂ©e du dernier volume : GötterdĂ€mmerung / Le CrĂ©puscule des dieux. Une esthĂ©tique spĂ©cifique marque l’interprĂ©tation wagnĂ©rienne car dĂ©sormais plus besoin d’aller Ă  Bayreuth pour ressentir la sensation de la scĂšne ni les performances particuliĂšres d’une spacialisation spĂ©cialement conçue pour clarifier l’enjeu de chaque situation et aussi le jeu psychologique opposant ou rapprochant les personnages ; c’est peu dire que la manipulation prĂ©vaut dans le Ring wagnĂ©rien
 et que le pouvoir occulte, cachĂ© mais rendu audible par le chant orchestral, de la psychĂ©, pĂšse essentiellement dans le cheminement dramatique du cycle des 4 opĂ©ras.

 

 

 

PremiĂšre intĂ©grale du Ring pour le disque, la rĂ©alisation dirigĂ©e par Solti saisit toujours par la grande cohĂ©rence et l’acuitĂ© dramatique de sa conception

Heroic Fantaisy post romantique

Richard WagnerA l’heure de Penny dreadfull ou surtout du fantastique Ă©pique et magique  rĂ©gĂ©nĂ©rĂ© par une sĂ©rie mondialement hors normes comme Game  of thrones,  force est de constater que dĂ©jĂ  en 1876, le gĂ©nie  de Wagner, revivifiant et synthĂ©tisant de nombreuses lĂ©gendes et mythes du passĂ©, avait  tout envisagĂ© et conceptualisĂ© : la construction dramatique,  la puissance vĂ©nĂ©neuse d’images / tableaux Ă©motionnellement irrĂ©sistibles, sublimĂ©es par une musique qui rendant explicite grĂące au tissu trĂšs complexe des fameux leitmotive, d’une fluiditĂ© souterraine, exprime par les notes, tout ce que les personnages ne disent pas mais pensent prĂ©cisĂ©ment. Le dĂ©coupage et l’approfondissement psychologique de chaque sĂ©quence comme l’enchaĂźnement des scĂšnes dĂ©montrent l’une des facettes de l’immense gĂ©nie du Wagner dramaturge.

Jamais musique n’aura Ă  ce point sonder les Ăąmes, reconstituer par une mosaĂŻque scintillante et subtilement tissĂ©e, l’Ă©cheveau des pensĂ©es qui composent en s’entremĂȘlant  le caractĂšre et les pulsions souvent contradictoires et changeantes de chaque protagoniste : terreau fĂ©cond des traumas, dĂ©sirs ou rĂȘves les plus intimes qui motivent et dĂ©terminent les actes de chacun par rĂ©percussion. …

Un exemple parmi tant d’autres ? Une sĂ©quence purement symphonique se distingue dans le panthĂ©on des moments les mieux Ă©laborĂ©s et les plus riches en connotations du Ring. On sera toujours sidĂ©rĂ©s de mesurer ainsi la sublime solitude de BrĂŒnnhilde en sa foi  amoureuse sublime pour Siegfried bientĂŽt dĂ©truite par ce dernier qui vient la violenter absent Ă  lui mĂȘme et manipulĂ© par l’infĂąme et dĂ©moniaque Hagen  (passage de la premiĂšre partie Ă  la seconde, du premier acte du CrĂ©puscule des dieux). Cet intermĂšde symphonique chef d’oeuvre absolu du thĂ©Ăątre wagnĂ©rien (et qui montre contre tout ce qu’on Ă©crit encore que Wagner et l’un des symphonistes le plus subtils du XIXĂš) vaut toutes les dĂ©monstrations sur le pouvoir de la musique comme chant de la psychĂ©. Wagner nous dit tout ici: les forces dĂ©moniaques du pervers Hagen que l’on vient juste de quitter : c’est lui dĂ©sormais et jusqu’Ă  la mort du hĂ©ros, le maĂźtre de Siegfried ; la puretĂ© morale de l’ex Walkyrie  devenue femme Ă©pouse par amour et par compassion, son sacrifice annoncĂ©, la perte de tout bonheur Ă  cause de la malĂ©diction de l’anneau qu’elle porte alors, et donc  de la fin de l’humanitĂ©. … ce CrĂ©puscule n’est pas celui des dieux : il s’agit bien de la fin de l’homme  et de la civilisation sous le poids de ses pulsions les plus noires comme les plus contemporaines : soif du pouvoir, soif de l’or au mĂ©pris de l’amour vĂ©ritable. Dans cette transition symphonique, veritable tableau commentaire des forces agissantes, Wagner dĂ©peint la violence tragique et cynique que infĂ©ode hĂ©ros et situations.

 

 

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Georg Solti et John Culshaw le producteur du Ring historique de 1958 (DR)

 

 

C’est un Ă©pisode de musique pure oĂč le cheminement du hĂ©ros manipulé  (qui va rejoindre le rocher de son aimĂ©e dont il n’a plus le souvenir et qu’il va honteusement trahir), la sublime passion de BrĂŒnnhilde  (exposĂ©e Ă  la clarinette), mais aussi l’Ă©noncĂ© du drame qui se joie au moment oĂč l’auditeur Ă©coute comme un acteur complice la situation sont exprimĂ©s dans une clartĂ© Ă©conome. Solti ouvre une nouvelle perspective mentale et psychologique oĂč Wagner Ă©tirant le temps et l’espace appelle Ă  un traitement discographique : l’imagination, la sensation libĂ©rĂ©es du dictĂąt visuel peuvent se dĂ©ployer sans limites. VoilĂ  inscrit dans l’Ă©criture mĂȘme de Wagner, des composantes qui rendent au XX Ăšme tout traitement de la TĂ©tralogie, hors scĂšne, absolument captivant. Solti a façonné  son Ring au niveau de cette architecture poĂ©tique et musicale conçue  par Wagner. .. une conception qui dĂ©passe la simple exĂ©cution en studio prĂ©fĂ©rant comme le fera Karajan aprĂšs lui dans les annĂ©es 1960 mais Ă  Berlin avec le Berliner  Philharmoniker, l’idĂ©e de fĂ©erie ou de fantaisie ou mieux, de thĂ©Ăątre total et sonore grĂące au disque. Celui qui Ă©choua  Ă  Bayreuth (il ne dirige qu’une seule annĂ©e en 1982 et en plus sans comprendre vĂ©ritablement les spĂ©cificitĂ©s de la fosse),  Ă©difie ici sa propre TĂ©tralogie dont la ciselure instrumentale, le souffle de la conception orchestrale, le choix des voix solistes  bien sĂ»r affirment une pensĂ©e globale douĂ©e d’imagination et d’une rare efficacitĂ© dramatique (une rĂ©fĂ©rence Ă  laquelle puise Karajan et qu’il s’ingĂ©niera Ă  dĂ©passer).

Pour autant en s’appuyant sur les seules et immenses ressources de la texture orchestrale, fallait-il  rajouter  des effets dignes d’Hollywood comme le coup  de tonnerre comme pour annoncer la catastrophe Ă  venir  (trahison de Siegfried, humiliation de BrĂŒnnhilde
), justement dans la sĂ©quence purement orchestrale que nous venons de distinguer prĂ©cĂ©demment.

 

A chacun de se forger sa propre idĂ©e : trĂšs articulĂ©e et nerveuse, la vision du jeune Solti (46 ans) s’impose toujours grĂące Ă  cette acuitĂ© expressive plus fĂ©line que le thĂ©Ăątre sensuel intellectuel d’un Karajan infiniment plus introspectif, par exemple-, dans une rĂ©Ă©dition d’autant plus nĂ©cessaire qu’elle a fait l’objet d’une remasterisation trĂšs bĂ©nĂ©fique (en rĂ©alitĂ© qui remonte Ă  2012, alors rĂ©alisĂ© pour le centenaire Solti).  GrĂące Ă  l’intelligence de cette premiĂšre intĂ©grale stĂ©rĂ©o du Ring, Decca  s’affirmait bel et bien comme un label majeur pour l’opĂ©ra, et Solti gagnait ses galons de chef internationalement reconnu qui ne ne tardera pas aprĂšs cet accomplissement wagnĂ©rien, à diriger entre autres le Royal Opera House Covent  Garden avec le succĂšs  que l’on sait.

Produit d’une collaboration oĂč le producteur de Decca a comptĂ© de façon dĂ©cisive, le livret comporte toute les prĂ©sentations de chaque opĂ©ra par John Culshaw (le vrai concepteur de ce Ring pionnier), approche et note d’intention captivante qui explique ce qui s’offre Ă  notre Ă©coute (options interprĂ©tatives, enjeux et genĂšse de chaque ouvrage
  : cette TĂ©tralogie a Ă©tĂ© prĂ©alablement analysĂ©e et l’enregistrement est le fruit d’une pensĂ©e attentive et scrupuleuse Ă  en dĂ©fendre l’acuitĂ© dramatique comme le sens humaniste souvent mĂ©sestimĂ©). Il n’est que la TĂ©tralogie par Karajan Ă  Berlin Ă  partir de 1966, soit 8 ans aprĂšs l’initiative de Solti/Culshaw, – Ă©galement conçue pour le studio-, qui atteigne un tel approfondissement esthĂ©tique et interprĂ©tatif sur l’oeuvre wagnĂ©rienne. En outre, 3 cd en bonus complĂštent la comprĂ©hension du cycle du Ring : 2 cd constituent l’introduction au Ring par Deryck Cooke, 1 ultime cd regroupe l’ensemble des livrets anglais / français (compatible Adobe acrobat 6.0)

Richard Wagner
Le Ring des Nibelungen
Der Ring des Nibelungen

The Ring of the Nibelung
Das Rheingold — Die WalkĂŒre — Siegfried — GötterdĂ€mmerung

George London, Kirsten Flagstad, James King, RĂ©gine Crespin, Hans Hotter, Birgit Nilsson, Christa Ludwig, Wolfgang Windgassen, Dietrich Fischer-Dieskau

Wiener Staatsopernchor, Wiener Philharmoniker. Georg Solti, direction. John Culshaw, production, conception artistique.

 

 

Prochaine critique complÚte du Ring Wagner par Georg  Solti  (1958-1964 / 16 cd) dans le mag cd dvd, livres  de CLASSIQUENEWS.COM

 

 

CD, opéra. Compte rendu critique. Vinci : Catone in Utica, 1728 (Cencic, 3 cd Decca 2014)

cd vinci metastase catone in utica opera max emanuel cencic franco fagioli cd opera critique CLIC de classiquenews juin 2015CD, opĂ©ra. Compte rendu critique. Vinci : Catone in Utica, 1728 (Cencic, 3 cd Decca 2014). Contre la tyrannie impĂ©riale… Siroe (1726), Semiramide riconosciuta (1729), Alessandro nell’India (1729), Artaserse (1730)… Leonardo Vinci a crĂ©Ă©e nombre de livrets de MĂ©tastase sur la scĂšne lyrique, assurant pour beaucoup leur longĂ©vitĂ© sur les planches comme en tĂ©moigne le nombre de leurs reprises et les traitements musicaux par des compositeurs diffĂ©rents (dont Ă©videmment Haendel) : 24 fois pour Catone, 68 fois pour Alessandro, 83 fois pour Artaserse (ouvrage prĂ©cĂ©demment abordĂ© par Cencic et sa brillante Ă©quipe, sujet d’un passionnant DVD chez Warner classics). Leonardo Vinci, homonyme du cĂ©lĂšbre peintre de la Renaissance est donc une figure majeure de l’essor du genre seria napolitain au dĂ©but du XVIIIĂšme siĂšcle.
C’est l’enseignement que dĂ©fend aujourd’hui Max Emanuel Cencic ; c’est aussi le cas naturellement de Catone in Utica, crĂ©Ă© en 1728 Ă  Rome dans lequel Vinci dĂ©ploie une urgence et une hargne sans pareil pour incarner la rĂ©sistance de l’idĂ©al rĂ©publicain romain (incarnĂ©e par Caton et ses partisans) contre la tyrannie impĂ©riale incarnĂ©e par CĂ©sar. A travers l’opposition guerriĂšre en Utique du vieux rĂ©publicain et du jeune Empereur, se joue aussi le destin d’une famille, celle de Caton et de sa fille Marzia… laquelle aime contre l’idĂ©alisme et les combats moraux de son pĂšre,… Cesare. La passion dĂ©sespĂ©rĂ©e du pĂšre qui apprend un tel sentiment se dĂ©verse en un air foudroyant de haine et de dĂ©ploration impuissante Ă  la fois, lequel illumine tout l’acte II (L’ira soffrir saprei / Je saurai toujours endurer.. : coeur du politique endurci pourtant atteint dans sa chair, cd3 plage2).
Du reste l’entĂȘtĂ©e jeune fille ne fait pas seulement le dĂ©pit de son pĂšre, mais aussi celui de son prĂ©tendant Arbace, alliĂ© de Catone et qui doit bien reconnaĂźtre lui aussi la suprĂ©matie de Cesare dans le coeur de son aimĂ©e (superbe air de lamentation langoureuse, cd3, plage7 : Che sia la gelosia / Il est vai que la jalousie…)
Le rĂ©alisme (outrancier pour l’audience romaine… qui y voyait trop ouvertement l’engagement de Vinci et Metastase contre l’impĂ©rialisme des Habsbourg en Italie…) se dĂ©voile surtout dans l’acte III et ses coupes nerveuses, convulsives que l’ensemble Il Pomo d’oro saisit Ă  bras le corps. DĂ©termination de Fulvio partisan de Cesare, certitude de Cesare au triomphalisme aigu, portĂ© par l’amour que lui porte la propre fille de son vieil ennemi, laquelle s’embrase en vertiges et panique inquiĂšte (air confusa, smarrita / confuse, Ă©garĂ©e, cd3 plage12), c’est finalement la dĂ©faite de Cesare sur le plan moral et sentimental qui Ă©clate en fin d’action : car l’Empereur ici perd et la reconnaissance de son plus ardent rival (Caton se suicide, scĂšne XII) et l’amour de celle qui avait Ă©treint son cƓur, Marzia qui finalement le rejette par compassion pour la mort de son pĂšre… Autant de passions affrontĂ©es, exacerbĂ©es surgissent Ă©clatantes dans le trĂšs impressionnant quatuor (pour l’Ă©poque) qui conclue la scĂšne 8 : une sĂ©quence parfaitement rĂ©ussie, dramatiquement aussi ciselĂ©e qu’efficace dans l’exposition des enjeux simultanĂ©s. Un modĂšle du genre seria. Et le meilleur argument pour redĂ©couvrir l’Ă©criture de Vinci.

 

 

 

 

Catone in Utica (1728) confirme les affinitĂ©s du contre-tĂ©nor Cencic avec l’opĂ©ra seria metastasien du dĂ©but XVIIIĂšme

Seria napolitain, idéalement expressif et caractérisé

 

 

CLIC_macaron_2014vinci leonardo portrait compositeur napolitainDans le sillon de ses prĂ©cĂ©dentes rĂ©alisations qui ont rĂ©uni sur la mĂȘme scĂšne, un plateau de contre tĂ©nors caractĂ©risĂ©s (Siroe de Hasse, Artaserse de Vinci), Max Emanuel Cencic, chanteur initiateur de la production, rend hommage Ă  l’Ăąge d’or du seria napolitain. C’est Ă  nouveau une pleine rĂ©ussite qui s’appuie surtout sur l’engagement vocale et expressif des solistes dans les rĂŽles dessinĂ©s avec soin par Vinci et MĂ©tastase : le cĂŽtĂ© des vertueux rĂ©publicains, opposĂ©s Ă  Cesare est trĂšs finement dĂ©fendu. Saluons ainsi le Catone palpitant et subtile du tĂ©nor Juan Sancho, comme le veloutĂ© plus langoureux de Max Emanuel Cencic dans le rĂŽle d’Arbace. Le sopraniste Valer Sabadus trouve souvent l’intonation juste et la couleur fĂ©minine nuancĂ©e dans le rĂŽle de la fille d’abord infidĂšle Ă  son pĂšre puis obĂ©issante (Marzia). Reste que face Ă  eux, les vocalisations et la tension dramatique qu’apporte Franco Faggioli au personnage de Cesare consolident la grande cohĂ©rence artistique de la production. D’autant que les chanteurs peuvent s’appuyer sur le tapis vibrant et mĂȘme parfois trop bondissant des instrumentistes d’Il Pomo d’Oro pilotĂ© par Riccardo Minasi.
De toute Ă©vidence, en ces temps de pĂ©nuries de nouvelles productions lyriques liĂ©es au disque, ce Catone in Utica renouvelle l’accomplissement des prĂ©cĂ©dentes rĂ©surrections promues par le contre tĂ©nor Max Emanuel Cencic dont n’on avait pas mesurĂ© suffisamment l’esprit dĂ©fricheur. Les fruits de ses recherches et son intuition inspirĂ©e apportent leurs indiscutables apports.

Les amateurs de baroque hĂ©roĂŻque, enflammĂ© pourront dĂ©couvrir l’ouvrage de Vinci et MĂ©tastase en version scĂ©nique Ă  l’OpĂ©ra de Versailles, pour 4 dates, les 16,19,21 juin 2015. N’y paraissent que des chanteurs masculins en conformitĂ© avec le dĂ©cret pontifical de Sixtus V (1588) interdisant aux femmes de se produire sur une scĂšne. Le disque rĂ©alisĂ© en mars 2014 et publiĂ© par Decca a particuliĂšrement sĂ©duit la rĂ©daction cd de classiquenews, c’est donc un CLIC de classiquenews.

CD, opĂ©ra. Compte rendu critique. Vinci : Catone in Utica, 1728 (Cencic, 3 cd Decca 2014). Avec Max Emanuel Cencic (Arbace) · Franco Fagioli (Cesare) – Juan Sancho (Catone) · Valer Sabadus (Marzia) · Vince Yi (Emilia) – Martin Mitterrutzner (Fulvio) – Il Pomo D’oro · Riccardo Minasi, direction. 3 cd DECCA 0289 478 8194 – PremiĂšre mondiale. Enregistrement rĂ©alisĂ© en mars 2014.

Illustration : Leonardo Vinci (DR)

CD, compte rendu critique. Brahms : Serenades. Chailly (1 cd Decca)

brahms serenades chailly gewandhaus de leipzig orchestra classiquenews compte rendu critique cd decca mai 2015CD, compte rendu critique. Brahms : Serenades. Chailly (1 cd Decca). C’est avant tout la rencontre (Ă©blouissante) d’un chef et d’un orchestre : l’aventure entre Riccardo Chailly et les instrumentistes du Gewandhaus de Leipzig se poursuit sous les cieux enchantĂ©s comme ce nouvel opus en tĂ©moigne : Brahms va idĂ©alement au chef et Ă  l’orchestre allemand : ainsi ses deux SĂ©rĂ©nades, composĂ©es entre 1858 et 1860, dont la force et la vitalitĂ© de l’approche ici feraient presque oublier parfois leur dĂ©sĂ©quilibre structurel, entre Ă©pisodes profondĂ©ment inspirĂ©s et vraies longueurs un rien artificielle de musique pure. Le maestro milanais montre Ă  quel point l’Ă©criture raffinĂ©e, furieuse, bondissante (Ă  la fois doublement viennoise, mozartienne et beethovĂ©nienne) de Brahms regarde en dĂ©finitive vers la symphonie (la SĂ©rĂ©nade 1 est rĂ©visĂ©e et achevĂ©e simultanĂ©ment Ă  la Symphonie n°1 et elle partage aussi d’indiscutables affinitĂ©s avec la Symphonie n°3 de Johannes)… Brahms revisite en hommage Ă  Mozart, cet esprit de l’Ă©lĂ©gance virtuose mozartienne, esprit de divertissement trĂšs habilement Ă©crit lĂ©guĂ© par le XVIIIĂš. L’Ă©lan chorĂ©graphique, la vitalitĂ© dansante, l’exaltation toujours lĂ©gĂšre et transparente attestent de l’excellente santĂ© du Gewandhaus. D’un prĂ©jugĂ© tenace les tenants pour des Ɠuvres austĂšres, voire secondaires et d’un moindre fini vis Ă  vis des Symphonies, voici que Chailly trĂšs inspirĂ©, capable de galvaniser ses troupes, montre toute l’Ă©nergie imprĂ©visible des deux SĂ©rĂ©nades qui dans les mouvements lents, savent aussi exprimer une dĂ©chirante nostalgie : les deux Adagios non troppo (celui de la SĂ©rĂ©nade 1 frappe par sa caresse mĂ©ditative en si bĂ©mol majeur ; tandis que celui en la mineur de la 2, convainc irrĂ©sistiblement par sa densitĂ© grave et aĂ©rĂ©e). Souffler un vent puissant et exaltĂ©, d’une impĂ©rieuse juvĂ©nilitĂ© : voilĂ  l’un des aspects et non des moindres de cette lecture en tout point convaincante. La quasi intĂ©grale Brahms par Chailly chez Decca s’affirme bel et bien comme l’une des meilleures rĂ©ussites symphoniques rĂ©centes en Allemagne.

Johannes Brahms (1833-1897) : Sérénades 1 (opus 11)  et 2 (opus 16). Gewandhausorchester. Riccardo Chailly, direction. Enregistré à Leipzig en 2014. 1 cd Decca  0289 478 6775 3.

DVD, compte rendu critique. Verdi : Otello. Fleming, Botha (Bychkov, Metropolitan, octobre 2012, 1 dvd Decca)

Otelo verdi renee fleming semyon bichkov metropolitan opera dvd decca 2012 critique compte rendu operaDVD, compte rendu critique. Verdi : Otello. Fleming, Botha (Bychkov, Metropolitan, octobre 2012, 1 dvd Decca). Le dernier Verdi sait crĂ©er de sublimes atmosphĂšres psychologiques dont profite Ă©videmment son Otello. Suivant son cher Shakespeare dans l’expression d’un drame noir et Ă©touffant, le compositeur outre le rĂŽle d’Otello confiĂ© Ă  un tĂ©nor stentor (au format wagnĂ©rien) offre surtout au rĂŽle de Desdemona, l’Ă©pouse abusivement outragĂ©e d’Otello, par son mari mĂȘme, un sublime personnage lyrique pour les sopranos, qui tire sa dignitĂ© et sa profonde loyautĂ©, sa bouleversante sincĂ©ritĂ© dans l’air du saule et sa priĂšre au IV, avant que le maure ivre de jalousie (et manipulĂ© par Iago) ne la tue en l’asphyxiant dans l’oreiller de sa couche. Verdi offre sa meilleure intrigue : resserrĂ©e, nuancĂ©e, contrastĂ©e et profonde. Avec Boito, il a rĂ©visĂ© son Boccanegra (1881) et s’apprĂȘte bientĂŽt Ă  composer Falstaff. CrĂ©Ă© en 1887 Ă  La Scala, Otello est un immense succĂšs. Au cƓur du sujet, portĂ© par les vers taillĂ©s, ciselĂ©s de Boito, Verdi rejoint l’arĂȘte vive et sanglante des drames abrupts et profonds, pourtant poĂ©tiques de Shakespeare.

DĂ©jĂ  prĂ©sentĂ©e en fĂ©vrier et mars 2008, cette production a montrĂ© ses qualitĂ©s, classiques certes mais efficaces et claires. Les vertus viennent surtout des chanteurs (en l’occurrence de la diva que l’on attendait et qui n’a pas déçu). Si sous la direction du mĂȘme chef (Semyon Bychkov), RenĂ©e Fleming (Desdemona), Johan Botha (Otello) rempilent ici en octobre 2012, le reste de la distribution a changĂ© Ă  commencer par le pĂ©ril dans la demeure, l’infĂąme intriguant Iago (Falk Struckmann) et Cassio (Michael Fabiano).

Fleming : bouleversante Desdemona
otello-fleming-verdi-opera-metropolitan-opera-new-york-octobre-2012-dvd-decca-classiquenews-renee-fleming-desdemona-johan-botha-otelloAu I, RenĂ©e Fleming sait revĂȘtir sa couleur vocale d’une rĂ©elle candeur, celle d’une adolescente encore pure, d’une sensualitĂ© lumineuse sans l’ombre d’aucune pensĂ©e inquiĂšte (“GiĂ  nella notte”). La diva nuance avec habiletĂ© l’Ă©volution de son personnage, de la beautĂ© lisse Ă  l’inquiĂ©tude de plus en plus sombre enfin vers la rĂ©signation suicidaire (IV). La façon dont elle construit son personnage et le colore progressivement de prĂ©monition noire, demeure exemplaire : la chanteuse sait ĂȘtre une actrice. C’est bien ce que souhaitait Boito comme Verdi : le dernier rĂąle de la victime Ă  l’adresse de sa suivante Emilia (Addio) rejoint la grandeur tragique et intimiste du thĂ©Ăątre : voilĂ  la force de Verdi et l’intelligence de RenĂ©e Fleming. L’ouvrage aurait Ă©videmment pu s’intituler Desdemona : la performance de la diva amĂ©ricaine le dĂ©montre sans rĂ©serve.
Le sens des nuance et l’intelligence intĂ©rieure de la soprano contraste de fait avec le style sans guĂšre de finesse du sud africain Johan Botha qui a la puissance mais pas la sincĂ©ritĂ© du personnage d’Otello. Quel dommage. Certes au III, son monologue ( “Dio mi potevi scagliar”) exprime l’intensitĂ© de ses dĂ©chirements intĂ©rieurs mais le style comme la projection (faciles) demeurent unilatĂ©raux, sans ambiguitĂ©, avec force dĂ©monstration.
Il y a du Scarpia dans le Iago verdien : vivacitĂ© noire, manipulation, perversitĂ© rationalisĂ©e et donc dĂ©monisme efficace … Falk Struckmann se tire trĂšs honnĂȘtement des dĂ©fis d’un personnage aux apparitions courtes mais denses qui exigent une franchise et une subtilitĂ© crĂ©pitante immĂ©diates. Pari relevĂ© car lĂ  aussi on s’Ă©tonne de dĂ©masquer chez lui, des trĂ©fonds de souffrances silencieuses, un abĂźme de ressentiments illimitĂ©s, en somme ce qui a intĂ©ressĂ© Shakespeare avant de fasciner Verdi et Boito : les vertiges et tourments que cause la folie humaine.
Dans la fosse Bychkov Ă©claire les orages et les passions d’une partition essentiellement shakespearienne. Du nerf, du muscle, mais peu de nuances au diapason de Fleming, pourtant souvent les brĂ»lures tragiques sont bien lĂ  et entraĂźnent le spectateur jusqu’au choc tragique final.

‹‹‹DVD, compte rendu critique. Verdi : Otello. Johan Botha · RenĂ©e Fleming, Falk Struckmann… The Metropolitan Opera Orchestra, Chorus and Ballet. Semyon Bychkov, direction. Elijah Moshinsky, mise en scĂšne.  Enregistrement live rĂ©alisĂ© au Metropolitan Opera de new York en octobre 2012. Parution internationale le 4 mai 2015. 1 dvd 0440 074 3862 6. DurĂ©e : 2:42. 1 dvd Decca

CD, compte rendu critique. EMMA KIRKBY, the complete recitals editions de L’Oiseau-Lyre

Kirkby Emma Kirkby The-Complete-Recitals oiseau lyre coffret decca classiquenews critique compte renduCD, compte rendu critique. EMMA KIRKBY, the complete recitals editions de L’Oiseau-Lyre : songs, Bach, Haendel, Mozart… Anthony Rooley, Christopher Hogwood : 1978-1990 12 cd Decca L’Oiseau Lyre 478 7863. NĂ©e en 1949, formĂ© dans le sĂ©rail d’Oxford puis se perfectionnant comme soliste d’ensembles de chambre, la soprano britannique Emma Kirkby est fĂȘtĂ©e en avril 2015 par la firme L’Oiseau Lyre. Voici la muse et l’interprĂšte la plus emblĂ©matique de cette esthĂ©tique baroqueuse Ă  l’anglaise, qui de l’autre cĂŽtĂ© de la Manche fut l’Ă©quivalente d’une Montserrat figueras auprĂšs de Jordi Savall. La soprano Britannique Emma Kirkby dĂ©bute sa carriĂšre dans les annĂ©es 1970, en collaboration avec le luthiste Anthony Rooley, musicologue et interprĂšte qui relit ausi bien les rĂ©pertoires britanniques qu’italien (on lui doit une intĂ©grale des Madrigaux de Monteverdi, cycle blanc, certes proche du texte mais qui s’interdit souvent tout dĂ©bordement expressif, toute sensualitĂ© suspecte). Puis sa coopĂ©ration avec Christopher Hogwood chez les grands baroques, de Bach Ă  Haendel accomplit une carriĂšre dĂ©diĂ©e aux passions baroques, en particulier dans la sphĂšre rĂ©glĂ©e mesurĂ©e du rĂ©pertoire sacrĂ© (cantates, oratorios… jusqu’aux motets de Mozart).

Partenaire de Rooley et Hogwood, la soprano vedette des 80s inspire Ă  Decca L’Oiseau Lyre un coffret portrait

Kirkby, voix et muse du Baroque anglais

Le coffret portrait dĂ©diĂ© Ă  la cantatrice emblĂ©matique des annĂ©es 1980-1990, rĂ©capitule ses choix artistiques et ses collaborations enregistrĂ©s par les ingĂ©nieurs de Decca L’Oiseau-Lyre de 1978 Ă  1990. Du style tricotĂ©, minutieux, appliquĂ© parfois un peu trop scrupuleux si frappant dĂšs son premier disque ici prĂ©sentĂ© (Lady Musik, cycle de songs elisabethains de 1978 avec Rooley), aux cantates de Bach et de Haendel, “La Kirkby” sert les partitions avec une prĂ©cision ciselĂ©e, proche du texte, mais parfois sans guĂšre de souffle ni de vertiges hallucinĂ©s.
Le timbre lumineux convient aux partitions sacrĂ©es indiscutablement ; et son style dentelĂ© rappelle les premiers essais de lecture informĂ©e dans les annĂ©es 1980… Mais ici l’excĂšs de prĂ©cision sacrifie souvent l’architecture. Le dĂ©tail oublie l’intention globale.
Pour preuve Disserratervi, o porte d’Averno de la Resurrezione de Haendel dont Hogwood et la soprano font une piĂšce de tapisserie habilement articulĂ©e sans rebond dramatique. La prĂ©cision dĂ©licate et claire de la soprano sied beaucoup mieux aux inflexions introspectives et mĂ©ditatives du Messiah (Bonus du cd 10 de 1981 et 1982 avec Hogwood toujours). Mais oublions la style hachĂ© et laborieux de ses airs dans La CrĂ©ation (Hogwood, 1990).

Voix droite, d’une puretĂ© distante et comme dĂ©sincarnĂ©e, le soprano sans vibrato peine quand mĂȘme Ă  Ă©mouvoir dans Mozart ( et ses motets dont l’Exsultate, jubilate… bien sage – Hogwood, 1983). On lui prĂ©fĂ©rera nettement son programme d’airs mozartiens en particulier les airs metastasiens, idĂ©alement tendres d’Il rĂš pastore ou les airs Ah lo previdi (et sa rĂ©solution Ă  7mn avec hautbois obligĂ©, suave et caressant) ou Ch’io mi scordi di te? d’une application moins contrainte et librement dramatique Ă  laquelle rĂ©pond la vitalitĂ© trĂšs pointilliste, comme taillĂ©e au scalpel du chef Hogwood (cd 12, Londres 1988).

Du reste, le chef anglais disparu un mois aprĂšs Frans BrĂŒggen (et Lorin Maazel) en septembre 2014, a marquĂ© l’Ă©volution tardive de la soprano dont il partageait le mĂȘme idĂ©al : prĂ©cision mĂ©tallique et sens du dĂ©tail, mais texte toujours en avant, pilotant ses Bach, Haendel, Mozart, cherchant une voie mĂ©diane / idĂ©ale entre abstraction spirituelle et suavitĂ© sĂ©duisante. Avec son orchestre Acadamy of Ancient Music (fondĂ© en 1973 et dirigĂ© jusqu’en 2006), chef et soprano auront rĂ©alisĂ© une esthĂ©tique sonore cohĂ©rente mĂȘme si nous on voyons aujourd’hui les limites (tiĂ©deur, surprĂ©cision jusqu’Ă  la fragmentation…).

Emma Kirkby demeure convaincante dans les emplois rĂ©servĂ©s Ă  son “modĂšle” la chanteuse Ă©pouse de Thomas Arne, Cecilia Young chantant les songs de son mari ou les Haendel qui lui ont Ă©tĂ© destinĂ©s (Alcina, Ariodante, Alexander’s Feast, Saul…). Soin du verbe, musicalitĂ© prĂ©cise, tension vocale, voici indiscutablement en 12 cd les apports les plus spĂ©cifiques d’Emma Kirkby, ambassadrice du chant informĂ© chez Bach et Haendel ; plus tendue et ciselĂ©e parfois dure (minaudante diront les plus critiques) chez Mozart. La soprano vedette de Christopher Hogwood aura marquĂ© l’interprĂ©tation en Grande Bretagne dans les annĂ©es 1970 et 1980. Coffret indispensable.

CD, compte rendu critique. EMMA KIRKBY, the complete recitals editions de L’Oiseau-Lyre : songs, Bach, Haendel, Mozart…Anthony Rooley, Christopher Hogwood : 1978-1990 12 cd Decca L’Oiseau Lyre 478 7863.

1. CD “Elizabethan Songs” – Lautenlieder von Bartlett, Campion, Danyel, Dowland, Edwards, Jones, Morley, Pilkington (1978)
2. CD “Pastoral Dialogues” – Werke von Jones, Corkine, Dowland, Johnson, Lawes, Foggia, Peri, Falconieri, D’India, Grandi, Rovetta, Merula (1980)
3. CD “Amorous Dialogues” – Arien & Duette von Morley, Lawes, India, Ferrari, Monteverdi
4. CD “Duetti da camera” – Werke von Monteverdi, d’India, Sabbatini
5. CD Purcell: Lieder & Arien (Hark, how all things; If Music be the food of love; Evening hymn u. a.)
6. CD Bach: Kantaten BWV 211 “Kaffee-Kantate” & BWV 212 “Bauern-Kantate”
7. CD Bach: Hochzeits-Kantaten BWV 202 & 210; Arien BWV 208 & 509; Rezitativ & Arie “Schlummert ein” aus Kantate BWV 82
8. CD Emma Kirkby sings Mr. Arne – Arien von HĂ€ndel, Arne, Lampe
9. & 10. CD HĂ€ndel: Italienische Kantaten HWV 81, 123b, 136a, 170 171, 189, 192, 196, 201
11. CD Mozart: Exsultate jubilate KV 165; Regina coeli KV 108 & KV 127; Ergo interest KV 143
12. CD Mozart: Arien aus Il re pastore & Zaide; Konzertarien KV 217, 272, 383, 505

DVD, compte rendu critique. Rossini : Guillaume Tell. Diego Florez, Rebeka, Alaimo (Pesaro 2013, 2 dvd Decca)

Tell guillaume rossini Juan diego florez decca dvdDVD, compte rendu critique. Rossini : Guillaume Tell. Diego Florez, Rebeka, Alaimo (Pesaro 2013, 2 dvd Decca). Pesaro retrouve un ambassadeur de rĂȘve en la personnage du tĂ©nor pĂ©ruvien Juan Diego Florez, trĂ©sor national vivant dans son pays, et ici, nouveau hĂ©ros toutes catĂ©gories en matiĂšre de beau chant rossinien. Les dĂ©tracteurs ont boudĂ© leur plaisir en lui reprochant une absence de medium charnu et une vrai assise virile dans un style rien que… idĂ©alisĂ© non incarnĂ© : or la vaillance et l’intonation sont continument Ă©poustouflants et le grand genre, celui du grand opĂ©ra Ă  la française que Rossini inaugure ainsi sur la scĂšne parisienne en 1829 marque Ă©videmment l’histoire lyrique, grĂące Ă  l’Ă©clat de cette voix unique Ă  ce jour. Juan Diego Florez reste difficilement attaquable et les puristes dĂ©clarĂ©s qui brandissent les mannes d’Adolphe Nourrit (crĂ©ateur du rĂŽle) auront bien du mal Ă  dĂ©montrer la lĂ©gitimitĂ© de leur rĂ©serve.

 

 

A l’Ă©tĂ© 2013, le festival de Pesaro offre l’un de ses meilleurs spectacles…

Le superbe Tell de Pesaro 2013

 

CLIC_macaron_20dec13juan diego florez arnold guillaume tell pesaro 2013Florez apporte la preuve que le rĂŽle d’Arnold peut ĂȘtre incarnĂ© par un tĂ©nor di grazia non hĂ©roĂŻque, tant l’intelligence de son jeu et de son chant donnent chair et Ăąme au personnage de Rossini : d’autant que Pesaro n’a pas lĂ©sinĂ© sur les moyens ni surtout la qualitĂ© artistique pour rĂ©ussir manifestement l’une de ses plus belles rĂ©alisations. Aux cĂŽtĂ©s du solaire Florez, Arnold noble et lumineux, aux aigus ardents, la Mathilde de Marina Rebeka n’est que tendresse et miel vocal ; le baryton Nicola Alaimo affirme lui aussi une noblesse humaine totalement convaincante, d’autant plus mĂ©ritoire que la mise en scĂšne de Graham Vick est comme Ă  son habitude claire et politique mais clinique et trĂšs glaciale. Vick transpose le drame suisse gothique dans l’Italie du Risorgimento oĂč la soldatesque autrichienne humilie continument les paysans suisses, offrant de facto Ă  la figure ignoble et abjecte du conquĂ©rant Gessler (le meurtrier du pĂšre d’Arnold), une rare perversitĂ© souvent insupportable. Le ballet du III (qui prĂ©cĂšde la fameuse Ă©preuve de la pomme) est totalement restituĂ© en une scĂšne collective de soumission / oppression du petit peuple par les occupants arrogants. Alberghini fait un pĂšre d’Arnold trĂšs solide. Dommage que les rĂ©pĂ©titeurs du français pour les comprimari (seconds rĂŽles) et les choeurs n’aient pas rĂ©ussi totalement leur objectif : beaucoup de scĂšnes Ă©chappent Ă  la comprĂ©hension, le texte français Ă©tant inintelligible. De lĂ  Ă  penser que le spectacle reste dĂ©sĂ©quilibrĂ© : rien de tel. Ce Tell comble les attentes, car le duo miraculeux (Arnold / Mathilde) et portĂ© comme tous par la baguette fine et nerveuse du chef Michele Mariotti. Ce pourrait ĂȘtre mĂȘme de mĂ©moire de festivalier depuis l’aprĂšs guerre, l’un des meilleurs spectacles rossiniens de Pesaro, festival italien qui semble avoir renouĂ© avec les grands moments de son histoire.

rossini guillaume tell juan diego florez nicola alaimo pesaro aout 2013 2 dvd Decca clic de classiquenews avril 2015

 

Juan Diego FLorez et Nicola Alaimo (Arnold et Guillaume Tell)

Rossini : Guillaume Tell, 1829. Juan Diego Florez (Arnold Melcthall), Nicola alaimo (Guillaume Tell), Marina Rebeka (Mathilde)… Michele Mariotti, direction. Graham Vick, mise en scĂšne. EnregistrĂ© en aoĂ»t 2013 au Festival Rossini de Pesaro (Italie). 2 dvd Decca.

 

 

CD. Coffret. Sviatoslav Richter, piano. Complete Decca, Philips, DG recordings (51 cd Decca 1956-1994)

sviatoslav richter pianoCD. Coffret. Sviatoslav Richter, piano. Complete Decca, Philips, DG recordings (51 cd Decca 1956-1994). Un gĂ©ant venu de l’Est
 A 45 ans, Sviatoslav Richter (1915-1997), dĂ©jĂ  annoncĂ© par Gilels lui-mĂȘme passĂ© Ă  l’ouest, fait entendre Ă  l’Europe mĂ©dusĂ©e sa formidable expressivitĂ©. Un colosse russe Ă  la conquĂȘte de l’Europe et des States. Autodidacte, Richter s’est formĂ©, avant son passage Ă  l’ouest, dans la classe de Heinrich Neuhaus au Conservatoire Tchaikovski de Moscou. Âpre, puissant, profond, jamais dĂ©monstratif, le jeu de Richter Ă©voque l’improvisation tellurique d’un FurtwĂ€ngler, une vision qui fouille en profondeur le sens des Ɠuvres et dont l’engagement presque austĂšre donne l’illusion de l’improvisation. Scriabine, Stravinsky, Prokofiev, Rachma, Chostakovitch, Poulenc puis Berg et surtout Britten dont il devient proche : les deux vivait une homosexualitĂ©, source d’ostracisme et de soupçons de la part des autoritĂ©s plus ou moins complaisantes. Les français paraissent aussi en bon nombre et essentiels mĂȘme par le volume des piĂšces enregistrĂ©es : Debussy, Ravel
 Richter est un soliste solide, mais aussi un partenaire chambriste vĂ©nĂ©rĂ© (il crĂ©e ainsi en Union soviĂ©tique le Concerto pour piano de Britten). Pour chaque rĂ©cital, Richter qui connaĂźt pourtant les Ɠuvres par cƓur, joue avec la partition : antisĂšche et remĂšde contre le trou de mĂ©moire, surtout proximitĂ© directe sans affĂšterie ni maquillage avec les notes : la garantie d’un approfondissement supĂ©rieur ? Longtemps le cas Richer incarna ce provincialisme crasse propre Ă  la Russie soviĂ©tique ; d’autant plus minorĂ© qu’alors, l’amĂ©ricain Van Cliburn, hĂ©ros amĂ©ricain du Concours Tchaikovski de Moscou en 1958 imposait la supĂ©rioritĂ© artistique de l’Ouest sur l’Est, outrage mĂ©diatisĂ© Ă  l’époque de la guerre froide et jusque derriĂšre le rideau de fer. Richter / Cliburn rĂ©gĂ©nĂ©rait l’antagonisme Orient / Occident, charriant les pires raccourcis abjects que l’on peut Ă©videmment imaginer.

CLIC D'OR macaron 200L’artiste aima la France : il y fonda le festival prĂšs de Tours dans un grange oĂč il accueillit les plus grands instrumentistes de 1960 Ă  1980. Insaisissable, l’homme Richter cultivait la contradiction, la provocation parfois grossiĂšre : le propre d’une insatisfaction existentielle qui appliquĂ©e Ă  l’exercice musical, produisit comme en tĂ©moigne ce coffret indispensable, un gĂ©nie de l’interprĂ©tation.

sviatoslav richter piano piano coffret complete recordingsPour le centenaire de Sviatoslav Richter, Decca ressort les joyaux de son inestimable fonds.   Parmi une diversitĂ© jubilatoire, ses Bach de 1991 (soit enregistrĂ©s 4 ans avant sa disparition), sont carrĂ©s structurĂ©s, austĂšres et profonds ; ses Haydn (1986,1966) regorgent de saine facĂ©tie et d’humour classique ; ses Mozart (1989) se montrent caressants, Ă©tonnamment tendres et nostalgiques. Des annĂ©es 1990 aussi, les Beethoven prolongent la recherche de clartĂ© et de profondeur des Bach contemporains : les Variations Diabelli (1986) captivent par leur sagacitĂ© poĂ©tique ; notons les perles : la Sonate en si de Liszt de 1966, les Schubert de 1966 (D575), 1989 (D894) ; l’intĂ©grale des Sonates de Brahms de 1986-1988 ; suave, ondoyant, insaisissable : son Schumann palpitant des annĂ©es 1950 : scĂšnes de la forĂȘt et FantasiestĂŒcke
 AprĂšs les programmes monographiques, le coffret prĂ©sente les rĂ©citals conçus comme des totalitĂ©s Ă©clectiques : celui de 1961 pour DG regroupant Haydn, Debussy, Prokofiev, puis le rĂ©cital de Sofia (1958 : dĂ©diĂ© surtout Ă  Moussorgski) attestent de la carrure du soliste, dragon aux mains agiles. Il y aurait tant Ă  dire et exprimer face Ă  une telle somme interprĂ©tative : tout le « cas » Richter est lĂ  : Ă©nigmatique et fascinant, ambivalent et profond, gĂ©nĂ©reux mais mystĂ©rieux ; divers et multiple mais finalement insaisissable. Coffret incontournable.

CD. Coffret. Sviatoslav Richter, piano. Complete Decca, Philips, DG recordings (51 cd Decca 1956-1994)

CD. Coffret Phase 4 stereo, stereo concert series. Coffret 40 cd Decca (1964-1977).

decca-phase-4-stereo-stereo-concert-series-coffret-visuel-carreCD. Coffret Phase 4 stereo, stereo concert series. Coffret 40 cd Decca (1964-1977). Phase 4 stereo ou le son Decca des sixties and seventies… En 1962, Decca lance sa communication sur la technologie d’enregistrement “phase 4 stereo” : en nombre (la console du mixage son dispose Ă  prĂ©sent de 20 canaux diffĂ©rents, tous tout autant individualisĂ©s), les micros multiplient les pistes rĂ©vĂ©lant les dĂ©tails de l’orchestration, une nouvelle conception de l’espace sonore aussi se prĂ©cise, qui permet Ă  l’auditeur de (re)dĂ©couvrir les Ɠuvres avec une richesse d’informations plus fine et plus variĂ©e. Avec le nombre des micros pendant la prise, le nombre des musiciens peut aussi s’accroĂźtre sans Ă©paississement du son global. D’oĂč la surenchĂšre parfois dans le choix de programmes rĂ©solument spectaculaires, c’est Ă  dire sur le plan du marketing, plus prometteurs, donc vendables et juteux (les grandes Ɠuvres symphoniques type 9Ăšme de Beethoven, les thĂ©matiques Ă  grands effets – cf. le 41Ăšme cd “bonus”, intitulĂ© “Battle stereo”…), les pages au symphonisme flamboyant du style Capriccio espagnol de RImsky, Bolero de Ravel, sans omettre les valses populaires singĂ©es Strauss, ou Offenbach… tout cela compose une mĂ©moire musicale qui croisĂ©e avec une technologie audacieuse a trouvĂ© ses publics dans les annĂ©es 1960 et 1970, deux dĂ©cennies miraculeuses pour l’industrie du disque vinyle…. avant l’avĂšnement du compact dans les annĂ©es 1990. Dommage qu’avec une telle volontĂ© de renouvellement, les producteurs n’aient pas trouvĂ© alors les interprĂštes capables de relever les dĂ©fis de partitions complexes et spectaculaire comme les Gurrelieder de Schönberg, la Symphonie n°8 des Mille de Mahler -, … qu’importe la diversitĂ© des oeuvres et des effectifs dont il est question dans cette (premiĂšre?) compilation, remplit aisĂ©ment le contenu du coffret Decca.

 

 

 

Decca phase 4 : le nouveau son des sixties…

 

A partir de 1964, les tests ayant tous Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©s, et s’avĂ©rant positifs, le classique investit lui aussi la nouvelle technologie “phase 4″ : l’esthĂ©tique qui en dĂ©coule relĂšve d’un pari oĂč les rĂ©actions suscitĂ©es sont radicalisĂ©es. Trop brillante et sĂ©duisante, trop riche en effets, – Ɠuvre des ingĂ©nieurs du son qui relisent et dĂ©naturent les partitions, plutĂŽt qu’approfondissement de vĂ©ritables musiciens, chaque lecture technologiquement habile et attractive paraĂźt creuse et artificielle pour les puristes. A chacun de juger… De fait, l’oreille capte des dĂ©tails infimes, mais peut ĂȘtre dĂ©concertĂ©e par une sensation spatiale et sonore totalement nouvelle. Tout cela ne change en rien l’esprit et les caractĂšres propres d’une interprĂ©tation : mieux, la technologie plus fine ici dĂ©voile les limites ou les qualitĂ©s de chaque lecture.

N’Ă©coutez par exemple que le cd 23 : la Symphonie n°1 “Titan” de Gustav Mahler par Erich Leinsdorf Ă  la tĂȘte du Royal Philharmonic Orchestra prend un relief rĂ©gĂ©nĂ©rĂ© oĂč tous les pupitres sont quasiment traitĂ©s Ă  Ă©galitĂ©, avec une prĂ©cision et une dĂ©finition accrues. Un spectre dĂ©taillĂ© qui n’existe pas pour l’auditeur/spectateur dans une salle de concert (enregistrĂ© en avril 1971) : une dĂ©monstration de clartĂ© qui prĂ©sente toutes les ressources de l’orchestre, ses facettes combinĂ©es, comme un acte de pĂ©dagogie instrumentale.

Certainement beaucoup de jeunes et nouveaux mĂ©lomanes sĂ©duits par l’objet vinylique ont Ă©tĂ© attirĂ©s par une technique d’enregistrement plus flatteuse, mais le clinquant parfois dĂ©goulinant – avec des micros qui exacerbent la portĂ©e sonore naturelle des instruments provoquant des distorsions dans le format global peut s’avĂ©rer contreproductif… par exemple Lorin Maazel dans Strauss et surtout TchaĂŻkovsky (Francesca da Rimini cd 22) en rebutera plus d’un… “kitsh”, outrageusement pathĂ©tique voire aguicheur, le geste de certains, – chefs et orchestre- veulent trop en montrer : plus tapageur et bruyant que vraiment ciselĂ©, suggestif…; au coeur de cette esthĂ©tique accessible et sĂ©duisante, Ă©videmment la gĂ©nĂ©rositĂ© du London festival orchestra and chorus sous la direction de Stanley Black (avec le concours de l’inĂ©vitable producteur requis d’office pour de grandes messes orchestrales et populaires : Tony d’Amato…) : le rĂ©cital “Capriccio !”, comprenant le BolĂ©ro de Ravel, les Polovtsiennes de Borodin, et surtout le morceau toujours irrĂ©sistible : Capriccio espagnol de Rimsky (couplĂ© avec l’Italien de … TchaĂŻkovski), dĂšs juin 1964, donc aux origines de l’aventures musicale et technique- ; puis, “Spectacular Dances (Dvorak, Johann Strauss II, Ponchielli : danse des heures de La Gioconda-, Brahms, Falla, Smetana et Berlioz… vĂ©ritable pot pourri de standards valsĂ©s pour orchestre et ici souvent rĂ©Ă©crit pour les besoins de la cause (1966, 1969)… sans omettre le lyrisme sucrĂ© mais trĂšs affinĂ© du Royal Philharmonic orchestra et Eric Rogers dans ” The immortal works of Ketelbey” (et ses sifflements d’oiseaux en veux-tu en voilĂ …), programme symphonique et choral conçu comme un opĂ©ra orchestral… riche lui aussi en guimauve sonore (fĂ©vrier 1969). Les grandes messes symphoniques ont toujours cours dans les annĂ©es 1970, relectures des grands ballets romantiques dont Le lac des cygnes et Casse noisette de Piotr Illiytch : en particulier par le Philharmonique de la Radio nĂ©erlandaise dirigĂ© par Anatole Fistoulari, avec une fiĂšvre nerveuse jamais Ă©teinte (1972-1973).

Beaucoup plus convaincantes les gravures rĂ©alisĂ©es sous la houlette d’Antal Dorati : Ă©quilibre entre prĂ©cision de la prise et Ă©lĂ©gance du chef qui prĂ©serve malgrĂ© la volontĂ© de dĂ©monstration technologique, une parfaite dose de musicalitĂ©, comme de goĂ»t (certains diront trop classique et lisse, mais la lisibilitĂ© s’avĂšre ici une bel argument qui sait profiter des ressources de la technologie) : Symphonie n°9 du Nouveau Monde de Dvorak (1966) ; Pierre et le loup (avec Sean Connery en narrateur) couplĂ© avec The young Person’s Guide to the Orchestra de Britten (1966 Ă©galement) ; Suite de ballet extraite de la Boutique fantasque de Rossini (narrative et humoristique puis fĂ©erique dans le nocturne) couplĂ©e avec la Suite Rossiniana de Respighi (Londres 1976, cd 10) ; mĂȘme date (1976) pour Carmina Burana portĂ© par une trĂšs bonne distribution (Norma Burrowes, John Shirley-Quirk…).

Il est naturel qu’un autre chef soucieux de pĂ©dagogie et d’accessibilitĂ© du rĂ©pertoire au plus grand nombre tel que Leopold Stokowski (et Ă  un Ăąge canonique) se soit engouffrĂ© dans la brĂȘche “Phase 4″, avec une Ă©nergie souvent bouleversante : jamais en panne d’inspiration, le chef hyperactif qui aimait transposer voire rĂ©Ă©crire, a enregistrĂ© selon cette technologie, proposant aux ingĂ©nieurs Decca, des programmes de son cru : on relĂšve ainsi rĂ©alisĂ©s dĂšs 1964 Sheherazade et le Capriccio espagnol de Rimsky, puis en 1966 : la 5Ăšme de Tchaikovski et le Concerto pour violon de Glazounov ; l’Ă©blouissant programme wagnĂ©rien composĂ© Ă  partir de fragments du Ring (ChevauchĂ©e des Walkyries, murmures de la forĂȘt ; entrĂ©e au Walhalla ; voyage de Siegfried sur le Rhin ; Mort de Siegfried)… l’engagement du chef est total : il y exprime un hommage – vĂ©ritable acte de ferveur caractĂ©risĂ© pour le gĂ©nie dramatique de Wagner, par le seul chant finement dĂ©taillĂ© de l’orchestre seul ; une Ă©tonnante et trĂšs articulĂ©e autant que passionnĂ©e Symphonie n°9 de Beethoven, portĂ© par un indiscutable souffle dramatique – du trĂšs grand Stokowski de septembre 1967 (solistes Heather harper, Helen Watts, Donald McIntyre…)- ; les Tableaux d’une exposition de Moussorgski dans la transcription du chef, complĂ©tĂ©e par sa propre synthĂšse symphonique d’aprĂšs Boris Godounov… MĂȘme sens du scintillement instrumental pour le programme français comprenant la Fantastique de Berlioz de 1968 et la Suite n°2 de Daphnis et ChloĂ© de Ravel (1970)…

Distinguons aussi les deux volumes dirigĂ©s par l’agile et subtil Charles Munch : le ballet intĂ©gral de La GaietĂ© parisienne de 1965 (dont la facĂ©tie dĂ©taillĂ©e n’a rien Ă  envier aux plus fins standards de Johann Strauss II… sĂ©rie de perles enjouĂ©es que termine la Barcarolle des Contes d’Hoffmann), couplĂ© avec Pins et Fontaines de Rome de Respighi (1967) ; mĂȘme inventivitĂ© fiĂ©vreuse pour les Suites de Carmen et de l’ArlĂ©sienne de janvier 1967.

Dans une prise de son plus globale oĂč perce moins le dĂ©tail de chaque instrument (voir avant Maazel ou Stokowski), les Valses straussiennes (Beau Danube Bleu, Voix de printemps) par le Boston Pops orchestra sous la directon d’Arthur Fiedler en 1975 s’avĂšre un excellent compromis entre la prise trĂšs aĂ©rĂ©e et la tenue “haute couture et frou frou” de l’orchestre et du chef (cd14).

Autre perle, le legs du compositeur pour Hitchcock entre autres, Bernard Hermann auquel Decca dĂ©die 2 cd : Music from the great Hitchcock movie thrillers (Psycho, Marnie, Vertigo… 1968) ; puis ” The fantasy film World of Bernard Herrmann (Voyage au centre de la terre, le 7Ăš voyage de Sindbad, Fahrenheit 451… 1973).

Et ce n’est pas tout : le mĂ©lomane curieux et ouvert prendra plaisir Ă  redĂ©couvrir des artistes alors plĂ©biscitĂ©s par les ingĂ©nieurs et les producteurs Decca : le guitariste Paco Peña (Flamenco pur “live”,aoĂ»t 1971); la pianiste pure icĂŽne des seventies, Ilana Vered (Yellow River Concerto et n°21 de Mozart, 1974)… MĂȘme un rien tapageur voire dĂ©monstratif, la plupart des programmes, actes pĂ©dagogiques actifs, ont sĂ©duit des gĂ©nĂ©rations de nouveaux mĂ©lomanes. Les contributions des chefs Dorati, Munch, Stokowski rehaussent encore la valeur hautement musicale et esthĂ©tique de ce coffret de 40 cd, idĂ©al pour les fĂȘtes (et pour tester aussi les performances en prĂ©cision et dĂ©finition du spectre sonore, de vos appareils hifi…).

 

 

 

CD. Coffret Phase 4 stereo, stereo concert series. Coffret 40 cd Decca (1964-1977). La boĂźte contient aussi un livret important comportant le tĂ©moignage des ingĂ©nieurs du son, des producteurs Decca, des anecdotes variĂ©es sur les sessions d’enregistrements et sur les chefs et artistes qui y ont participĂ© (124 pages, en anglais uniquement).

 

OpĂ©ra, annonce. Siroe de Hasse Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles

cencic siroe hasse Max-Emanuel-Cencic-Hasse-Siroe-George-Petrou-Armonia-AteneaVersailles, les 26,28 30 novembre 2014. Max Emanuel Cencic chante SiroĂ© de Hasse sur la scĂšne et au disque (novembre 2014). Fervent interprĂšte des passions baroques, le contre tĂ©nor Max emanuel Cencic offre en premiĂšre française, la recrĂ©ation de l’opĂ©ra seria Siroe d’un contemporain de Haendel et de Rameau, Hasse… Au moment oĂč Rameau rĂ©volutionne de façon scandaleuse la tragĂ©die lyrique française avec son premier opĂ©ra : Hippolyte et Aricie (1733), soulignant la spĂ©cificitĂ© gauloise quand toute l’Europe s’entiche pour l’opĂ©ra italien en particulier napolitain, le gĂ©nial Saxon Hasse assure justement l’essor irrĂ©pressible du seria napolitain avec son Siroe que rĂ©vĂšle aujourd’hui le contre tĂ©nor aux graves agiles, Max Emanuel Cencic. Le disque paraĂźt dĂ©but novembre chez Decca et le chanteur met en scĂšne les reprĂ©sentations de novembre 2014 Ă  l’opĂ©ra royal de Versailles. En LIRE +

 

Siroe scena da Siroehasse siroe cencic cd deccaL’histoire de SiroĂ© associe un contexte historique et des intrigues amoureuses croisĂ©es: en 628, le belliqueux Roi des Perses CosroĂ© (ChosroĂšs II), en guerre depuis des annĂ©es, avec l’Empereur ChrĂ©tien HĂ©raclius et lui ayant pris l’Egypte, la Syrie et la Palestine, dĂ©cide de ne pas donner sa succession Ă  son fils aĂźnĂ© SiroĂ©. Celui-ci se rĂ©volte devant cette injustice et fait assassiner son pĂšre. SiroĂ© devient Roi des Perses en 628. Il Ă©crit aussitĂŽt Ă  HĂ©raclius pour signer la paix, permettant Ă  l’Asie Centrale de vivre une pĂ©riode de splendeur et de sĂ©rĂ©nitĂ©. Tout en brossant le portrait d’un prince Ă©clairĂ© et vrtueux, Hasse exploite l’opposition des chrĂ©tiens et des perses, exacerbe les rivalitĂ©s et multiplie les situations conflictuelles, les confrontations tendues et passionnĂ©es qu’il traite toujours en privilĂ©giant la virtuositĂ© de ses solistes. C’est aussi une claire illustration selon les principes pronĂ©s par MĂ©tastase, de la figure du prince providentiel, tout d’abord victime puis peu Ă  peu puissant mais lumineux,  c’est Ă  dire civilisateur et pacifique.  L’incarnation renouvelĂ©e d’un nouvel Alexandre.

Agenda
Versailles, Opéra royal
Les 26, 28 novembre 2014, 20h
Le 30 novembre, 15h
avec
Max Emanuel Cencic, Siroé
Julia Lezhneva, Laodice
Mary-Ellen Nesi, Medarse
Juan Sancho, Cosroe
Laureen Snouffer, Arasse
Dilyara Idrisova, Emira
Armonia Atenea
George Petrou, direction
Max Emanuel Cencic, mise en scĂšne
DurĂ©e : 3h30 entracte inclus Tarif : de 35 Ă  140 €

CD
Hasse : Siroe, Max Emanuel Cencic. Double cd Decca, réf. 478 6768 : parution le 3 novembre 2014

 

CD, coffret. Wiener Philharmoniker : The Orchestral Edition (64 cd DECCA)

wiener-philharmoniker-decca-coffret-the-orchestral-edition-decca-CD, coffret. Wiener Philharmoniker : The Orchestral Edition (64 cd DECCA). Depuis 1842, l’Orchestre Philharmonique de Vienne, le Wiener Philharmoniker, crĂ©Ă© par Otto Nicolai, incarne le rĂȘve de tout orchestre : la phalange, vĂ©ritable mythe musical, enchante le monde par ses qualitĂ©s interprĂ©tatives et surtout une sonoritĂ© fluide, voluptueuse, coulante, magistralement onctueuse qui ne cesse de convaincre : chaque Concert du Nouvel retransmis sur toutes les chaĂźnes du monde renouvelle le miracle attendu : on y dĂ©cĂšle l’Ă©loquence oxygĂ©nĂ©e de ses cordes  flexibles, la puissance ronde et chaude de ses cuivres (les cors en particulier), la clartĂ© individuelle de son harmonie (bois)… et l’on se dit Ă  chaque concert, voici indiscutablement le meilleur orchestre au monde. Et pourtant depuis l’essor des orchestres sur instruments d’Ă©poque, notre perception a changĂ© : timbres petits, dĂ©licats caractĂ©risĂ©s contre puissance et cohĂ©rence lisse voire creuse. Or parmi les phalanges sur instruments modernes, le Wiener Philharmoniker se distingue toujours par son Ă©loquence suprĂȘme, majestueuse et raffinĂ©e, une Ă©lĂ©gance superlative (la respiration des cordes, ce matelas sonore transparent et ductile qui s’accorde idĂ©alement Ă  tous les solistes qu’ils soient chanteurs ou instrumentistes…- qui fait le plus souvent les plus grandes expĂ©riences au concert comme Ă  l’ opĂ©ra… VoilĂ  pourquoi l’Orchestre outre ses compĂ©tences symphoniques, excelle dans le ballet et donc le programme de musique lĂ©gĂšre infiniment Ă©lĂ©gante et subtile qui caractĂ©rise essentiellement les valses de Strauss II… Superbement Ă©ditĂ©, le coffret publiĂ© par Decca pour les fĂȘtes de fin d’annĂ©e ravira tous les passionnĂ©s de symphonisme  grande classe, dont les annĂ©es d’enregistrements couvrent au final une pĂ©riode riche en maniĂšres personnelles, celles des grands chefs du XXĂšme siĂšcle , des annĂ©es 1950 aux annĂ©es 1980: c’est donc une mine, une somme passionnante qui constitue aujourd’hui la mĂ©moire vive de l’orchestre viennois. Evidemment pas de romantique français, ni mĂȘme d’impressionisme debussyste ni ravĂ©lien… mais un rĂ©pertoire “viennois” depuis l’aprĂšs guerre centrĂ© sur Haydn, Mozart (Concertos pour piano, clarinette, Symphoies…), Beethoven, quelques Schubert, Bruckner, surtout Brahms… dont les intĂ©grales s’agissant des B (Beethoven, Bruckner, Brahms, constituent les piliers du rĂ©pertoire).

CLIC_macaron_2014Pierre Monteux, Herbert von Karajan (dĂšs 1959), Karl MĂŒnchinger (1967), Leonard Bernstein (1966), Georg Szell (1964), Hans Schmidt-Isserstedt (1966 et dont le fils fut producteur chez Decca), en particulier Erich Kleiber (programme Beethoven de 1954 et  1955 : le pĂšre de Carlos n’a pas usurpĂ© sa rĂ©putation); Solti (1958) et Abbado (1969), Böhm (1953), Mehta et Haitink (1982-1984)… Christoph von Dohnanyi dont sont hautement recommandables : le Mandarin merveilleux de Bartok de 1977 couplĂ© avec le Concerto pour piano de Dvorak (Andras Schiff, piano en 1986)… sans omettre Istvan Kertesz dont Decca garde fortuitement la trace des Ă©vĂ©nements de sa disparition brutale Ă  44 ans en 1973, fixant ses derniers enregistrements (Variations sur un thĂšme de Haydn de Brahms)…

Si l’on analyse le contenu par compositeurs : le classement se prĂ©cise. Par ordre de compositeurs les plus jouĂ© sur la pĂ©riode : Johann Strauss II, Beethoven, Brahms, Bruckner, Mozart, Richard Strauss, Wagner, Mahler puis Schubert, Mendelssohn, Schumann sont reprĂ©sentĂ©s pareillement. Sibelius, Tchaikovski, Verdi y font presque figures d’exception.

nicolai-otto-maestro-chef-wiener-philharmoniker-orchestre-philharmonique-de-vienne-1843Parmi les perles de ce coffret exceptionnel : notons la Symphonie n°3 de Brahms couplĂ©e avec les Quatre dernier lieder de Richard Strauss (Lisa della Casa par Böhm, 1953), les Symphonies n°4 de Brahms et n°5 de Schubert par Istvan KertĂ©sz (1971,1973), les danses hongroises de Brahms couplĂ©es avec Till l’espiĂšgle et Mort et transfiguration de Strauss par Fritz Reiner (1956, 1960), Ma Vlast de Smetana par Rafael Kubelik (1958), la Symphonie n°2 de Bruckner (Ă©dition Haas, 1872) par Horst Stein (1973), les Symphonies n°4 et 7 de Sibelius (l’hĂ©donisme sonore transfigure le souffle tragique et panthĂ©iste de ces deux sommets symphoniques du XXĂš) par Lorin Maazel couplĂ©es avec Tapiola (1966-1969) ; les Suites de Casse-Noisette, du Lac des cygnes par Karajan (1965), toute la musique du ballet Giselle d’Adam par le mĂȘme Karajan (1961), le Requiem de Verdi par Solti de 1968 (avec un plateau inimaginable mais qui porte l’estampille Decca : Sutherland, Horne, Pavarotti, Talvela !), Ă©videment la compilation Wagner par le mĂȘme Solti (1961-1982)… perle des perles les Wesendonck lieder et Kindertotenlieder oĂč Kirsten Flagstad chante et Wagner et Mahler sous la direction de sir Adrian Boult (1956 et 1957)… autres joyaux : la Symphonie n°2 (1962), les extraits des ballets Spartacus et Gayaneh de Khachaturian par le compositeur lui-mĂȘme (1977) ; l’excellent programme Janacek par Mackerras (Sinfonietta, Taras Bulba, Suite orchestral de la Petite renarde rusĂ©e, 1980).

Le rayon Mahler est particuliĂšrement bien documentĂ© et regroupe des gravures lĂ©gendaires Ă  possĂ©der de toute urgence, – pas d’intĂ©grale des Symphonies or Mahler fut directeur de l’OpĂ©ra de Vienne, mais une contribution marquante de ses cycles pour voix et orchestre : Symphonie n°2 RĂ©ssurection par Zubin Mehta (1975 avec Ileana Cotrubas et Christa Ludwig !) ; Das lied von der Erde par Kathleen Ferrier et Julius Patzak sous la baguette de Bruno Walter (1952 : c’est l’une des plus anciennes bandes du coffret : un must Ă©videmment) ; le mĂȘme Chant de la terre par Bernstein avec un duo masculin Ă  jamais lĂ©gendaire, d’ampleur et de poĂ©sie (Dietrich Fischer-Dieskau et James King sous la direction embrasĂ©e ardente de Leonard bernstein, 1966) …
CĂŽtĂ© Richard Strauss, les Karajan sont prĂ©sents (Also sprach Zarathustra (1959, couplĂ© avec les planĂštes de Holst de 1961) ; mais aussi les lectures d’un proche du compositeur, et par lui validĂ© : Clemens Krauss qui est le coauteur de Capriccio (Don Quixote, Aus Italien de 1953 – Sinfonia Domestica et Le Bourgeois gentilhomme de 1951 et 1962). Ce sont aussi : Ein Heldenleben par Solti, couplĂ© avec les Quatre derniers lieder de Te Kanawa en 1990.

Et le Wiener ne serait pas l’institution qu’il est devenu sans l’effervescence Ă©lĂ©gantissime des programmes Johann Strauss II qui font toujours les dĂ©lices des Concert du Nouvel An : Ă©coutez ainsi pour vous remettre Ă  la page d’une histoire prestigieuse telle qu’elle s’est Ă©crit entre autre sous la direction de l’excellent Willi Boskovsky (programme Strauss II rĂ©unissant des bandes de 1957 Ă  1973), surtout le Concert du Nouvel An 1979. Pas d’Ă©lĂ©gance viennoise sans frou frou, sans ivresse nostalgique dont les instrumentistes autrichiens ont le secret comme l’impeccable sens du brio.

wiener-philharmoniker-box-coffret-the-orchestral-edition-details-booklet-cd-decca-wiener-philharmonikerWiener Philhamroniker, The orchestral edition. 64 cd DECCA ; coffret avec livret booklet de 196 pages (textes en anglais, allemand, japonais – pas de français). Soulignons la qualitĂ© Ă©ditoriale du coffret, en particulier le livret qui accompagne les cd : format Ă  l’italienne, pochettes d’origine toutes reproduites, tĂ©moignages des ingĂ©nieurs du son et des producteurs DECCA sur l’Ă©popĂ©e discographiiue ainsi rĂ©alisĂ©e depuis l’aprĂšs guerre, textes d’introduction sur l’histoire de la collaboration du Wiener Philharmoniker avec Decca depuis le dĂ©but des annĂ©es 1950, le plus vaste projet discographique rĂ©unissant les deux firmes demeurant le Ring de Wagner par Solti en 1958, premier Ring stĂ©rĂ©ophonique de l’histoire de l’enregistrement… CLIC de classiquenews de novembre 2014.

Illustration : Otto Nicolai, le fondateur du Wiener Philharmoniker en 1843.

CD. Renée Fleming : Winter in New York (1 cd Decca): la nouvelle diva jazz ?

fleming renee soprano decca renee fleming cd deccaRenĂ©e Fleming : Winter in New York (1 cd Decca). NoĂ«l Ă  New York… La nouvelle diva jazz ? Une affiche de partenaires somptueuse. Les chanteurs Kurt Elling, Gregory Porter, Rufus Wainwright, les trompettistes Chris Botti et Wynton Marsalis, le pianiste surdouĂ© et roi de l’impro, Brad Mehldau…. autant dire que pour ce nouveau disque non lyrique, la superdiva amĂ©ricaine RenĂ©e Fleming a su s’entourer de pointures particuliĂšrement aguerries et les plus raffinĂ©es mĂȘme comme les plus originales de la planĂšte jazz … Ils sont tous, chacun dans leur registre, des stars de la scĂšne amĂ©ricaine…  Sous la neige Ă  Central Park (Serenade de la plage 10), Ă  la nuit tombĂ©e ou reprenant certains standards parmi les plus connus du rĂ©pertoire de NoĂ«l, la diva s’accordent plusieurs duos musicalement sertis et ciselĂ©s qui montrent que si la voix lyrique a Ă©voluĂ©, la cantatrice n’a rien perdu de sa musicalitĂ©. Les fans de la diva amĂ©ricaine seront enchantĂ©s de retrouver leur interprĂšte dans des atours glamour, blues, folk, groove d’une nouvelle voix retravaillĂ©e en sirĂšne jazzy au service d’un rĂ©pertoire qu’elle sert avec la finesse,  l’Ă©lĂ©gance,  le style que nous lui connaissons: la straussienne diseuse enchanteresse n’a rien perdu de son Ă©lĂ©gance, ni sa prodigieuse musicalitĂ© que le micro et le format intimiste du studio soulignent avec une subtilitĂ© rĂ©ellement dĂ©lectable ; serait-ce une nouvelle carriĂšre vocale pour celle qui aprĂšs avoir chantĂ© tous les grands rĂŽles de soprano lyrique et mĂȘme dramatique (vĂ©riste), a confirmĂ© prendre se retraite des scĂšnes d’opĂ©ra ?  N’Ă©coutez que pour vous en convaincre la totale rĂ©ussite de Sleigh ride (plage 7) en toute et parfaite complicitĂ© avec le trompettiste Wynston Marsalis une Ă©vidente oeuvre de complicitĂ© collective et si musicale que ne renierons pas les amateurs de jazz: la fĂ©minitĂ© suave un rien facĂ©tieuse de la diva son abattage, son instinct motorique, font mouche accompagnĂ©e par des cuivres d’une finesse de ton irrĂ©sistible. MĂȘme Ă©nergie trĂšs “comĂ©die musicale” mais avec un sens du verbe qui doit Ă  son passĂ© de cantatrice,  ce relief linguistique fruitĂ© trĂšs particulier dans l’excellent portrait du PĂšre NoĂ«l : The man with the bag (plage 11)… Rares, les cantatrices capable d’une “reconversion” musicale. les hommes ont la facultĂ© de changer de tessiture sans perdre la maĂźtrise de leur organe lyrique (voyez le tĂ©nor Placido Domingo, devenu nouveau baryton vaillant) ; RenĂ©e Fleming incarne un autre type de reclassement, plus audacieux car il y faut apprendre de nouveaux codes : et si la diva de l’opĂ©ra rĂ©ussissait son nouveau dĂ©fi comme chanteuse de jazz ?

 

 

 

RenĂ©e Fleming amoureuse enneigĂ©e…

La Nouvelle diva jazz

 

CLIC_macaron_2014Le programme s’ouvre par le premier duo avec le trompettiste Wynton Marsalis (Winter Wonderland), oĂč brillent les superbes accents mordants enjouĂ©s de son instrument bouchĂ©;  RenĂ©e Fleming y redouble de sensualitĂ© narrative,  un medium fourni et charnel dĂ©licieusement lĂ©ger que sublime la complicitĂ© nuancĂ©e et ciselĂ©e des timbres cuivrĂ©s. Puis dans Have yourself a Merry Little Christmas, on aimerait pouvoir bĂ©nĂ©ficier de chanteurs aussi parfaits dans l’insouciance enchantĂ©e pour le temps de NoĂ«l que ce deux lĂ  : ce sont deux voix instrumentales d’une claire et vive entente : Gregory Porter et RenĂ©e Fleming signent le meilleur duo du programme (avec les deux suivants rĂ©alisĂ©s avec Kurt Elling). TrĂšs influencĂ© par la musique soul de Marvin Gaye et le jazz de Nat King Cole, Gregory Porter apporte Ă  lui seul cette couleur fine, elle aussi trĂšs rythmique et corsĂ©e qui s’accorde idĂ©alement Ă  la musicalitĂ© classique de sa complice.
Jazzy, le programme est capable de varier les climats et les associations de timbres comme l’indique clairement le duo fĂ©minin qui suit : Silver Bells comme une ballade de deux folk singers associe le grain median de RenĂ©e Fleming au clair soprano Kelli Ohara – perfection de deux timbres sur le mĂȘme mode tendre,  Ă©pique,  celui d’une confession sereine, enivrĂ©e qui revisite pourant un standard tant de fois repris du temps de NoĂ«l. MĂȘme reprise et plus nuancĂ©e encore, Merry Christmas darling joue la carte d’une berceuse sensualitĂ© aux scintillements instrumentaux avec l’excellent Chris Botti (trompette feutrĂ©e idĂ©alement crĂ©pusculaire murmurĂ©e faisant halo pour la voix d’une amoureuse Ă  NoĂ«l).

PlutĂŽt marquĂ©e “annĂ©es 1990″, Snowbound rĂ©alise le duo amoureux le plus convaincant de l’album : il affirme une sensualitĂ© partagĂ©e avec la voix du chanteur au timbre incroyable Kurt Elling nĂ© en 1967 Ă  Chicago : ballade de deux Ăąmes complices. Dans In the bleak midwinter, saluons tout autant la couleur folk et un nouveau chambrisme feutrĂ© avec voix de tĂ©nor de Rufus Wainwright : la diva y retrouve presque son legato et le registre aigu de son ancien emploi de chanteuse lyrique.  Une immersion tendre qui touche elle aussi par son sens de la nuance et de la subtilitĂ©. .. un modĂšle de duo millimĂ©trĂ© Ă  rebours de la variĂ©tĂ© qui ne s’encombre plus d’une telle maĂźtrise et de tant de dĂ©tails contrĂŽlĂ©s…
Nous l’avons dĂ©jĂ  citĂ© : “The man with the bag…” est une grande rĂ©ussite, clin d’oeil Ă  une instrumentation annĂ©es 1960 oĂč scintillent les grelots du traĂźneau du PĂšre NoĂ«l… (c’est dire le soin des ingĂ©nieurs du son dans leur montage) avec les Marimba, dans une mĂ©lodie plutĂŽt trĂšs chantĂ© : RenĂ©e fait valoir son abattage instrumental,  le veloutĂ© feutrĂ© du timbre d’une voix qui rĂ©sonne surtout dans le mĂ©dium et le semi grave.

Plus introverti, comme une priĂšre presque grave, Love and hard times, fait jaillir aux cĂŽtĂ©s du saxo, le piano en vrai dialogue du complice Brad Mehldau : le claviĂ©riste improvisateur, nĂ© Ă  Jacksonville sur la cĂŽte Est des USA en 1970, a un sens du swing gĂ©nial, idĂ©alement Ă  l’Ă©coute de sa partenaire… Pour RenĂ©e Fleming, la magie de NoĂ«l c’est peut-ĂȘtre moins le PĂšre NoĂ«l et les sapins dĂ©corĂ©s qu’un climat d’effusion, une entente nĂ©e d’une rencontre improbable ; ce que la diva nous rappelle, en guise de conclusion (Still, Still, Still), dernier duo qui fonctionne rĂ©ellement bien avec Kurt Elling, mĂȘme complicitĂ© que dans leur premier duo, plage centrale du disque (Snowbound, qui est aussi le morceau le plus long de l’album). Pour nous la reconversion de RenĂ©e est rĂ©ussie, gageons que ce disque trouvera son public.

Renée Fleming : Winter in New York. Avec Gregory Porter,  Kurt Elling,  Rufus Wainwright,  Wynton Marsalis,  Brad Melhau. .. 1 cd Decca 478 7905. Parution: 17 novembre 2014.

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