CD, compte rendu critique. DVORAK : STABAT MATER (Belohlavek, Prague mars 2016, 1 cd Decca)

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CD, compte rendu critique. DVORAK : STABAT MATER (Belohlavek, Prague mars 2016, 1 cd Decca). Etrangement la Philharmonie Tch√®que / Czech Philharmonic sonne d√©mesur√©e dans une prise de son √† la r√©verb√©ration couvrante qui tant √† diluer et √† noyer le d√©tail des timbres, comme le relief des parties : orchestre, solistes, choeur (Prague Philharmonic Choir). Heureusement, la direction tendre du chef Jiri Belohlavek (r√©cemment d√©c√©d√© : il s‚Äôest √©teint le 31 mai 2017) √©vite d‚Äô√©craser et d‚Äô√©paissir, malgr√© l‚Äôimportance des effectifs et le traitement sonore plut√īt rond et indistinct. C‚Äôest presque un contresens pour une partition qui plonge dans l‚Äôaffliction la plus d√©chirante, celle d‚Äôun p√®re (Dvorak) encore saisi par la perte de ses enfants Josefa en septembre 1875, puis ses ain√©es : Ruzenka et Ottokar.

 

Fini en 1877, cr√©√© √† Prague en 1880, le Stabat Mater imposa un temp√©rament puissant, √† la fois na√Įf et grandiose, qui alors, confirmait l‚Äôenthousiasme de Brahms (tr√®s admiratif la Symphonie n¬į3 de Dvorak). L‚Äô√©tonnante franchise et sinc√©rit√© de la paritition valurent partout o√Ļ elle fut cr√©√©e, un triomphe √† son auteur (dont √† Londres o√Ļ il dirigea lui-m√™me la fresque bouleversante en 1884). Comme le Requiem de Verdi, aux dimensions elles aussi colossales, le Stabat Mater de Dovrak n‚Äôen oublie pas l‚Äôhumanit√© et l‚Äôintimit√© de son sujet : la ferveur √† la Vierge de compassion et de douleur ne pourrait s‚Äôexprimer sans pudeur et d√©licatesse.

C’est pourquoi l’oeuvre alterne constamment entre le désir de paix et d’acceptation, et la profonde déchirure de la douleur et du sentiment immense, irrépressible d’impuissance comme d’injustice.  Très libre quant à la liturgie, Рcomme Brahms et l’élaboration de son Requiem Allemand, Dvorak façonne son Stabat Mater comme un hymne personnel à la Vierge douloureuse, réconfortante, admirable.

 

L‚ÄôAmpleur et l‚Äô√©paisseur brahmsienne s‚Äôinvitent ainsi dans la tenue de l‚Äôorchestre du cd2 – parfois trop solennelle, √©crasante m√™me, particuli√®rement dans l‚Äôintro pour l‚Äôair de t√©nor (avec choeur) : ¬ę¬†Fac me vere tecum flere¬†¬Ľ, d‚Äôune att√©nuation plus tendre gr√Ęce au timbre h√©ro√Įque et tr√®s rond du t√©nor am√©ricain Michael Spyres ; air de compassion, aux c√īt√©s¬† de la m√®re endeuill√©e, face au Fils crucifi√©, rempli de recueillement et aussi de volont√© parfois col√©reuse‚Ķ L√† encore, le chanteur am√©ricain soigne sa ligne, arrondit les angles, caresse et rass√©r√®ne‚Ķ

 

Apr√®s la s√©quence purement chorale (tendresse souple du choeur √©voquant Marie / plage 2, cd2), le duo soprano et t√©nor (VIII. Fac ut portem Christi mortem / Fais que supporte la mort du Christ) affirme la tr√®s forte caract√©risation des parties solistes (lumineuse et fragile vorie s√©raphique Eri Nakamura) ; leur duo exprime le d√©sir des solistes : supporter l‚Äôaffliction n√©e du deuil et de la perte, emportant tout l¬†‚Äėeffectif. Les deux voix s‚Äôengouffrent dans la peine divine et la souffrance du Fils.¬† Soprano et t√©nor trouvent l‚Äôintonation juste, entre d√©ploration et pudique exhortation, mais elles sont souvent noy√©es dans le magma orchestral (la prise de son est vraiment indigne).

 

Plus √©nergique et presque conqu√©rant, l‚Äôair de l‚Äôalto¬†Elisabeth Kulman (Inflammatus), prenant √† t√©moin aussi la Vierge courageuse et compatissante affirme le beau temp√©rament de la chanteuse au timbre noble et rond, tr√®s respectueuse de l‚Äôint√©riorit√© mesur√©e de cet andante maestoso : la voix √©carte toute solennit√©, elle intensifie la pri√®re individuelle d‚Äôune fervente ¬ę¬†r√©chauff√©e par la gr√Ęce¬†¬Ľ, adoratrice apais√©e de Marie, dans l‚Äôatt√©nuation finale d‚Äôune douleur enfin mieux v√©cue.

 

Le chef trouve des accents plus pointillistes √† l‚Äôorchestre et id√©alement accord√©s au quatuor vocal, √† la fois attendri et sinc√®re dans des accents plus francs et directs ; toujours, le geste semble mesurer l‚Äôampleur du dolorisme que la mort implacable et injuste suscite (vague du collectif renforc√© par le choeur grandiose), altern√© par une pri√®re fervente tr√®s incarn√©e, soudainement lumineuse √† l‚Äô√©nonc√© du Paradis promis √† l‚Äô√Ęme √©plor√©e.

Jiri Belohlavek force le trait dans la solennité, conférant à la fresque de Dvorak, une épaisseur majestueuse, quasi beethovénienne (Missa Solemnis) et une très forte charge introspective (Brahmsienne).

 

Le finale est une arche plus impressionnante et spectaculaire (de surcro√ģt dans un espace tr√®s r√©verb√©r√©) que retenue ; et le chef joue sur le grandiose des effectifs en nombre. Malgr√© la spatialisation large et la prise de son dilu√©e, Belholavek trouve l‚Äôintonation juste dans les derni√®res mesures aux cordes qui dessinent l‚Äôespoir d‚Äôune aube nouvelle, r√©solvant la charge de tant de ferveur ant√©rieure.

Dans la salle Dvorak au Rudolfinum de Prague, le c√©r√©moniel l‚Äôemporte sur la v√©ritable intimit√© de la ferveur. La fresque parfois d√©mesur√©e, d√©borde du sentiment individuel pourtant contenu dans une partition √† la tr√®s forte coloration autobiographique. Autour du maestro, les √©quipes r√©unies : chŇďur (rendu ainsi confus par la prise de son indistincte et p√Ęteuse), orchestre, solistes‚Ķ c√©l√®brent surtout un monument national, et aussi assur√©ment l‚Äôengagement d‚Äôun chef alors √Ęg√©, reconnu pour sa d√©fense du r√©pertoire national. Pour les versions alternatives, avec solistes aussi impliqu√©s et sobres, et surtout choeur enfin d√©taill√©, voyez du c√īt√© des chefs Herreweghe, Kubelik et Sinopoli (les deux derniers chez DG). R√©alis√© quelques semaines avant sa mort, ce Stabat Mater prend des allures de testament artistique du chef principal, d√©tenteur de toute une tradition esth√©tique que l‚Äôon ne peut d√©sormais ignorer.

 

 

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CD, compte rendu critique. DVORAK : STABAT MATER (Belohlavek, Prague mars 2016, 1 cd Decca)

CD événement, compte rendu critique. HOMAGES : Benjamin Grosvenor, piano (1 cd Decca)

homages benjamin grosvenor cd homages decca review classiquenews clic de classiquenews septembre 2016 573757_383e801f550a4543a1523b9e4ec3a169~mv2_d_1984_1984_s_2CD √©v√©nement, compte rendu critique. HOMAGES : Benjamin Grosvenor, piano (1 cd Decca). Les Liszt et Franck sublim√©s du pianiste Benjamin Grosvenor. D‚Äôembl√©e, nous savions qu‚Äô√† la seule lecture du programme et la tr√®s subtile articulation des encha√ģnements comme des compositeurs ainsi s√©lectionn√©s, nous tenions l√† mieux qu‚Äôune confirmation artistique ‚Ķ : un accomplissement majeur s‚Äôagissant du pianiste britannique le plus exceptionnel qui soit actuellement et qui en est d√©j√† √† son 4√® r√©cital discographique pour Decca. Benjamin Grosvenor, parmi la jeune colonie de pianistes √©lus par Deutsche Grammophon et Decca (Daniil Trifonov, Alice Sara Ott, Yuja Wang‚Ķ sans omettre les plus fugaces ou plus r√©cents:¬†Elizabeth Joy-Roe, ambassadrice de r√™ve pour Field chez Decca, ou surtout Seong Jin Cho, dernier laur√©at du Concours Chopin de Varsovie‚Ķ), fait figure √† part d‚Äôune somptueuse maturit√© interpr√©tative qui illumine de l‚Äôint√©rieur en particulier ses Liszt et ses Franck.


HOMAGES, le programme d’un immense nouveau génie du piano

Benjamin Grosvenor sublime Liszt et Franck

grosvenor Benjamin Grosvenor-7333-Edit-EditLe pianiste est n√© dans le comt√© d‚ÄôEssex en 1992. L‚Äôalbum ¬ę¬†HOMAGES¬†¬Ľ est un chapelet de compositeurs aussi virtuoses que profonds, constituant – embl√®me des r√©flexions artistiques exigeantes, un programme magnifiquement con√ßu, entre √©clats et murmures, d√©monstration √©chevel√©e et surgissements de la psych√©. De fait dans le cas des Liszt qu‚Äôil a choisis : Venezia e Napoli, S 162 (Ann√©es de p√®lerinage II : Italie, 1839-1840), comme dans celui des non moins sublimes C√©sar Franck, magicien harmoniste, narrateur des mondes po√©tiques (trilogie synth√©tique et orchestrale de Pr√©lude, Choral et fugue FWV 21, sommet esth√©tique de 1884), le jeune britannique affirme une sensibilit√© tiss√©e dans la pudeur et l‚Äôint√©riorit√© ; la constance douceur op√©rante du toucher qui s‚Äôautorise aussi de somptueuses affirmations fr√©n√©tiques, exprime l‚Äô√©loquence d‚Äôune intelligence musicale d‚Äôune exceptionnelle justesse : c‚Äôest un √©quilibre tr√®s subtile entre une virtuosit√© v√©loce et facile, voire d√©concertante (cr√©pitement cr√©pusculaire et suspensions enivr√©es de son JS BACH d‚Äôouverture (la Chaconne BWV 1004, arrang√©e par Busoni √† partir de la pi√®ce originelle pour violon), et une profondeur po√©tique spectaculaire √† laquelle le premi√®re qualit√© est √©troitement et constamment inf√©od√©e. Maitre des filiations, po√®te des correspondances secrets et intimes, ses Pr√©ludes et Fugues de Mendelssohn, d‚Äôun surgissement juv√©nile d‚Äôune incroyable tendresse r√©pondent en cela id√©alement aux m√™mes formes (augment√©es du Chorale), de Franck. La vision en perspective subjugue.

Le programme dévoile un aperçu de son immense talent qui ne s’autorise aucun effet, mais recherche essentiellement la plénitude et l’allusion. Un poète du clavier en somme intiment doué et certainement l’un des plus passionnants à suivre aujourd’hui. Pour tous ses récitals discographiques, le pianiste sait construire un programme, agencer, combiner, associer … pour un périple musical d’une très grande force poétique.

HOMAGES est donc le d√©j√† 4√®me recueil r√©alis√© par Benjamin Grosvenor chez Decca : apr√®s ses programmes / r√©citals : Chopin / Liszt / Ravel en 2011, date de sa signature avec le label d‚ÄôUniversal ; Saint-Sa√ęns, Ravel, gershwin en 2012 ; ¬ę¬†Dances¬†¬Ľ enregistr√© en 2013‚Ķ).

CLIC_macaron_2014Le programme est cisel√© et enchanteur √† plus d‚Äôun titre : comment ne pas √™tre litt√©ralement envo√Ľt√© par le chant de la Barcarolle de Chopin ? L‚Äôextase des profondeurs mystiques et d√©moniaques simultan√©ment des Liszt ? Mais c‚Äôest certainement l‚Äôintelligence des Franck qui surclasse ses confr√®res : mobile, ductile, versatile, et pourtant dou√© d‚Äôune √©tonnante profondeur – qui assure et pr√©serve la couleur tragique de chaque pi√®ce, le jeu du jeune Grosvenor chez le vieux Franck d√©passe tout ce que nous esp√©rions √† l‚Äôendroit de ses pi√®ces formant un triptyque essentiel √† toute vie de m√©lomane. Merci √† Benjamin Grosvenor de nous ouvrir de telles portes oniriques, de permette que soient audibles et perceptibles de tels mondes sonores. La sensibilit√© du pianiste est somptueuse et fraternelle : un immense g√©nie du clavier se r√©v√®le dans ce programme, CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre et octobre 2016. Et si le magicien n√© dans l’Essex donne une r√©cital dans votre ville, n‚Äôh√©sitez pas une seconde pour courir aller l‚Äô√©couter. Un miracle de musicalit√© transcendante est au bout du chemin.

CD √©v√©nement. Compte rendu critique. ¬ę¬†HOMAGES¬†¬Ľ (JS Bach arrang√© par Ferruccio Busoni, Mendelssohn, C√©sar Franck, Franz Liszt). Benjamin Grosvenor, piano. 1cd Decca. Enregistr√© √† Wyastone concert Hall, du 10 au 13 d√©cembre 2015. CLIC de CLASSIQUENEWS de la rentr√©e : septembre et octobre 2016.

CD √©v√©nement, annonce. HOMAGES : Benjamin Grosvenor, piano (1 cd Decca, √† para√ģtre le 9 septembre 2016)

grosvenor benjamin cd decca homage liszt cesar franck cd review announce annonce compte rendu classiquenewsCD √©v√©nement, annonce. HOMAGES : Benjamin Grosvenor, piano (1 cd Decca, √† para√ģtre le 9 septembre 2016). Les Liszt et Franck sublim√©s du pianiste Benjamin Grosvenor. Benjamin Grosvenor, parmi la jeune colonie de pianistes √©lus par Deutsche Grammophon et Decca (Daniil Trifonov, Alice Sara Ott, Yuja Wang‚Ķ sans omettre les plus fugaces ou plus r√©cents : Elizabeth Joy-Roe, ambassadrice de r√™ve pour Field chez Decca, ou surtout Seong Jin Cho, dernier laur√©at du Concours Chopin de Varsovie¬†2015‚Ķ), fait figure √† part, d‚Äôembl√©e, d‚Äôune somptueuse maturit√© interpr√©tative qui illumine de l‚Äôint√©rieur ses Liszt et ses Franck. Le pianiste est n√© dans le comt√© d‚ÄôEssex en 1992. Decca annonce son nouvel album intitul√© ¬ę¬†HOMAGES¬†¬Ľ, chapelet de compositeurs aussi virtuoses que profonds, constituant – embl√®me des r√©flexions artistiques exigeantes, un programme magnifiquement con√ßu, entre √©clats et murmures, d√©monstration √©chevel√©e et surgissements de la psych√©. De fait dans le cas des Liszt qu‚Äôil a choisis : Venezia e Napoli, S 162 (Ann√©es de p√®lerinage II : Italie, 1839-1840), comme dans celui des non moins sublimes C√©sar Franck, magicien harmoniste, narrateur des mondes po√©tiques (trilogie synth√©tique et orchestrale de Pr√©lude, Choral et fugue FWV 21, sommet esth√©tique de 1884), le jeune pianiste britannique affirme une sensibilit√© tiss√©e dans la pudeur et l‚Äôint√©riorit√© ; un aper√ßu de son immense talent qui ne s‚Äôautorise aucun effet, mais recherche essentiellement la pl√©nitude et l‚Äôallusion. Un po√®te du clavier en somme infiniment dou√© et certainement l‚Äôun des interpr√®tes les plus passionnants √† suivre aujourd‚Äôhui. Pour tous ses r√©citals discographiques, le pianiste sait construire un programme, agencer, combiner, associer ‚Ķ pour un p√©riple musical d‚Äôune tr√®s grande force po√©tique.

HOMAGES est le d√©j√† 4√®me recueil r√©alis√© par Benjamin Grosvenor chez Decca : apr√®s ses programmes / r√©citals : Chopin / Liszt / Ravel en 2011, date de sa signature avec le label d‚ÄôUniversal ; “RHAPSODIE”, Saint-Sa√ęns, Ravel, Gershwin en 2012 ; ¬ę¬†Dances¬†¬Ľ enregistr√© en 2013 / CLIC de CLASSIQUENEWS d’ao√Ľt 2014‚Ķ).

Grosvenor benjamin piano classiquenews 573757_a36fbf021e6a409ebc126e8442d0e554~mv1Programme enchanteur : prochaine grande critique et compte rendu complet de l‚Äôalbum 1cd Decca de Benjamin Grosvenor, ¬ę¬†HOMAGES¬†¬Ľ (JS Bach arrang√© par Ferruccio Busoni, Mendelssohn, C√©sar Franck, Franz Liszt, Maurice Ravel), √† venir dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS, √† la date de parution annonc√©e par Decca, soit le 9 septembre 2016. CLIC de CLASSIQUENEWS de la rentr√©e 2016.

Coffret cd événement, annonce : HANDEL, The great oratorios (Decca 41 cd)

oratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423Coffret cd √©v√©nement, annonce : HANDEL, The great oratorios (Decca 41 cd). Decca c√©l√®bre le g√©nie du Haendel londonien qui apr√®s avoir tent√© (vainement) d’affirmer l’op√©ra seria italien, invente l’oratorio en langue anglaise. Sobre (en rouge avec fine quadrature jaune/or), le coffret de 41 cd regroupe 16 opus ou oratorios qui retracent chacun les jalons de la formidable aventure de l’op√©ra anglais version Handel : le Saxon en devenant plus britannique que les londoniens, abandonne toute ambition lyrique en italien, et invente un nouveau genre, l’oratorio anglais. Pour d√©fendre son √©criture, les chefs¬†Sir John Eliot Gardiner, Trevor Pinnock, Christopher Hogwood, Marc Minkowski et Harry Christophers. Avec entre autres les oratorios : ¬†La Resurrezione,¬†La Messe du Couronnement,¬†Acis et Galat√©e,¬†Judas Macchab√©e,¬†Salomon,¬†Saul,¬†Israel en Egypte, incarn√©s par les solistes¬†Emma Kirkby, Joan Sutherland, Anne Sofie von Otter, Andreas Scholl, Anthony Rolfe Johnson, Arleen Auger. Soit plusieurs g√©n√©rations d’interpr√®tes, relevant ou non de la pratique baroqueuse, historiquement inform√©e. Mais jouer des instruments d’√©poque ne fait pas tout : car comme √†’op√©ra, l’√©criture hand√©lienne, parmi les plus dramatiques qui soient, exige des voix √† temp√©raments, de v√©ritables personnalit√©s vocales…

haendel handel georg-friedrich-haendel_1_jpg_240x240_crop_upscale_q9530 ANS D’INTERPRETATION BAROQUE… L‚Äô√©ventail interpr√©tatif est vaste et rend compte de plusieurs d√©cennies de styles vari√©s selon les nationalit√©s du chef et des musiciens. Judas Maccabaeus est le plus ancien enregistrement : 1977, -sous la direction de Charles Mackerras (avec la cr√®me du chant anglais dont Felicity Palmer, Janet Baker, John Shirley Quirck) et l‚ÄôECO English Chamber Orchestra, sur instruments modernes. Lui succ√®dent par ordre chronologique de r√©alisation : Acis et Galat√©e (1978); La Resurrezione (1982), Esther (1985), Athalia (1986), le Messie et Alexander‚Äôs Feast (1988), Jephtha (1989), Saul et Belshazzar (1991), Semele (1993), Israel in Egypt, Coronation Anthems (1995), Solomon (1999), Theodora (2000), enfin Hercules (2002), donc le plus r√©cent, par Les Musiciens du Louvre et Marc Minkowski (avec Paul Groves, Anne Sofie von Otter‚Ķ). Pour chacun, le style oratorien ne doit rien sacrifier √† l‚Äô√©loquence du drame, ni √† la fi√®vre √©pique, sans omettre √©videmment le souffle de la pri√®re spirituelle voire mystique. ¬†Les plus engag√©s en nombre de r√©alisations sont ici Hogwood, Pinnock et surtout Gardiner.

 

 

Parution : début juillet 2016. Prochaine critique complète du coffret HANDEL / The great oratorios 41 cd Decca, à venir dans le mag cd de classiquenews.com

En savoir plus sur http://www.clubdeutschegrammophon.com/albums/handel-the-great-oratorios/#DiPUlsYVkgjVIRWQ.99

CD, compte rendu critique, coffret √©v√©nement. HAYDN : int√©grale des 107 Symphonies sur instruments anciens : Br√ľggen, Hogwood, Dantone (35 cd DECCA).

HAYDN 107 symphonies period instruments hogwood bruggen dantone 36 cd decca mai 2016 accademia bizantina ottavio dantone review critique classiquenewsCD, compte rendu critique, coffret √©v√©nement. HAYDN : int√©grale des 107 Symphonies sur instruments anciens : Br√ľggen, Hogwood, Dantone (35 cd DECCA). COFFRET¬†SUPERLATIF. Le coffret de cette int√©grale du Haydn symphoniste est tout simplement superlatif. Le corpus r√©capitule l’apport grandiose et incontournable de Joseph Haydn (1732-1809), p√®re g√©nial du Quatuor et surtout de la Symphonie, dont il fait des standards, embl√®mes de la soci√©t√© civilis√©e et philosophique √† l’√©poque de la R√©volution fran√ßaise. P√©n√©tr√©e par l’esprit des Lumi√®res, la centaine de Symphonies ainsi r√©estim√©es, – corpus dont nous suivons l’√©volution majeure, depuis les ann√©es 1750, jusqu’aux accomplissements des ann√©es 1790, quand Joseph compose des partitions applaudies et v√©n√©r√©es √† Londres et √† Paris, dans toute l’Europe-, est une somme orchestrale qui permet d’atteindre un √Ęge d’or formel, copi√© apr√®s lui par tous les grands romantiques, y compris Beethoven… et Mozart, le premier d’entre tous.

Soit une int√©grale en 107 symphonies ; le sujet int√©resse les tenants de la r√©volution musicale sur instruments anciens ; l’√©quivalent de ce que fait aujourd’hui un J√©r√©mie Rhorer pour les op√©ras de Mozart (comme le d√©montre et le confirme son r√©cent live parisien de l’Enl√®vement au S√©rail, √©dit√© chez Alpha, ce mois ci : lire la critique de l’Enl√®vement au S√©rail de Mozart par J√©r√©mie Rhorer et Le Cercle de l’Harmonie… Des anciens, Hogwood et Br√ľggen √† pr√©sent d√©c√©d√©s, √† aujourd’hui Dantone et donc Rhorer, la vitalit√© expressive des instruments d’√©poque retrouve le format et l’esth√©tique original, pas encore (et jamais originelle : qui peut savoir ? Et techniquement cela reste impossible…), mais un nouveau spectre sonore, une nouvelle palette de couleurs et d’accents r√©volutionnent totalement notre compr√©hension profonde des oeuvres.

Ainsi s’agissant des Symphonies de Haydn, les grands chefs se retrouvent, confront√©s chacun √† la fantaisie souvent ahurissante, voire exp√©rimentale de Joseph Haydn, depuis son service chez le Comte Morzin puis pour les princes Esterhazy √† Esterhaza… Une mati√®re complexe, exigeant un savoir faire, un lacher prise, une inventivit√© exceptionnellement d√©velopp√©e et une souplesse de ton qui r√©v√®lent ainsi les meilleurs interpr√®tes… A Hogwood et son Academy of Ancient Music revient d√®s le d√©but des ann√©es 1980 (1984 pr√©cis√©ment pour les 100 et 104, puis 1985 pour le 96, soit les plus r√©centes dans le catalogue mais les anciennes quant aux dates d’enregistrement), pour le label l’Oiseau Lyre / Decca √† l’√©poque, – plus proches de nous, au cours des ann√©es 1990: les Symphonies A, B, 1 √† 25, 27-34, 36, 17, 40, 53-57 ; en 2000 et 2005, 60-64, 66-77 ;

BruggenA l’immense Frans Br√ľggen revient deux cycles : l’un avec l’Orchestra of the Age of Enlightenment : soit les 19 “Sturm und Drang” (jalon primordial pour l’expression embl√©matique de ce courant esth√©tique entre Baroque et Romantisme), 26, 35, 38, 39, 41-52, 58, 59 et 65 ; le second avec l’Orchestra of the Eighteenth Century pour les Symphonies au style europ√©en, embl√©matique de ce go√Ľt des Lumi√®res : et qui t√©moignent surtout de la diffusion exceptionnelle voire in√©dite d’un Symphoniste en Europe : les 6 “Paris” 82-87 ; les 88-92; La concertante London n¬į12, enfin les derni√®res : 93-104. Le chef enregistre ses premi√®res Symphonies √† Utrecht (n¬į90, live) d√®s 1984), puis √† 1986 (93) et 1987 (103); puis compl√®te son cycle √† Londres, Paris (Symphonies parisiennes, cit√© de la musique, 1996)… de 1994 √† 1997.

En fin au plus jeune, cadet des deux précédents : Ottavio Dantone, dont le tempérament latin apporte une conception renouvelée de la ciselure expressive et poétique : Symphonies 78-81, particulièrement appréciée par la Rédaction cd de classiquenews, enregistrées en juin, juillet et septembre 2015 en Italie (Bagnacavallo).

Le projet Decca marque l’√©coute en ce qu’il r√©unit 3 temp√©raments d’exception, 3 chefs de premi√®re importance qui composent aussi les jalons de l’interpr√©tation des orchestres sur instruments d’√©poque : o√Ļ l’√©loquence nouvelle des couleurs d’√©poque dans leur format d’origine red√©finit l’√©quilibre global, l’esth√©tique expressive et po√©tique, d√©voile surtout sur le plan du style et des id√©es, la vision du chef. Solaire, ou Apollinien, parfois distanci√© et comme en dehors de la mati√®re palpitante et humaine du chant haydnien, le Britannique Christopher Hogwood dont le geste a marqu√© avant tous les autres, l’approche historiquement inform√©e des Symphonies de Haydn, avec un orchestre au format id√©al, en impose par son souverain √©quilibre, une √©loquence lisse, parfaite, sans asp√©rit√©s ni tensions contradictoires… pour autant captivante sur le long terme ?
De leurs c√īt√©s, et finalement de la m√™me √©cole, – alliant la souplesse et la vivacit√© co√Ľte que co√Ľte, les fr√©missants Hans Br√ľggen et l’espi√®gle, tr√®s imaginatif et plus r√©cent, cadet des trois, Ottavio Dantone, saisit par leur subtilit√© expressive, un travail remarquablement caract√©ris√©, qui n’h√©site pas √† rapprocher toutes les symphonies dans chacune de leur s√©quence, … de l’op√©ra. Op√©ras pour instruments, voil√† une conception qui pr√©vaut chez chacun d’eux. Que vaut l’√©coute de quelques cd √©talons, pris √† la vol√©e et presque en aveugle ? Que r√©v√®lent-ils de chacun des maestros ?

Hogwood, Br√ľggen, Dantone… 3 chefs visc√©ralement haydniens

bruggen CLASSIQUENEWS presentation review Frans-Bruggen-Annelies-van-der-VegtHANS BR√úGGEN, le po√®te vif-argent. Noblesse passionnante, et triomphe sous jacente des id√©es des Lumi√®res, les Symphonies 90, 91 et 92 de 1788 et 1789 illuminent par l’effet d’une puissante certitude qui s’exprime essentiellement par le feu d’un orchestre suractif et aussi instrumentalement caract√©ris√© : ce triplet, dont le finale est l’√©loquence vive et loquace de la Symphonie “Oxford” est l’une des plus mozartiennes de Haydn : une jubilation permanente qui est port√©e par un sourire lumineux, cr√©pitant, d’une justesse humaine, souvent enthousiasmante. Ne serait-ce que pour ce seul cd, le geste vif, souple d’un Br√ľggen admirable de vivacit√© convainc et surprend par son allure tendre et d√©termin√© : du nerf et de la douceur tour √† tour. Un mod√®le d’√©quilibre et une claire conscience des couleurs de chaque instruments d’√©poque.
M√™me aboutissement avec le cd 33 : la n¬į96 √† juste titre intitul√©e “Miracle” : grandeur solaire et pourtant tr√®s expressive, en particulier dans le sens de l’articulation instrumentale (hautbois dans le Menuetto) ; fl√Ľte mordante incisive du Finale not√© Vivace assai : vitalit√© malicieuse, grandeur nimb√© de lueurs pr√©romantiques propres au d√©but des ann√©es 1790 (1791) ; fac√©tie “Militaire” qui devient feu cr√©pitant et ronde urbaine civilis√©e pour la n¬į100 en sol majeur : au dessin instrumental virevoltant : Br√ľggen s’y montre fabuleusement espi√®gle, totalement convaincant avec son orchestre du XVIII√® si√®cle.

CHRISTOPHER HOGWOOD, solaire et apollinien,… trop parfait ? La m√©canique Hogwood est d’un √©quilibre parfait, parfois trop distanci√©e, et donc un rien trop huil√©e, sans vrai n√©cessit√©.
hogwood-christopher-582-594-une-actualite-classiquenews-coffret-oiseau-lyre-bach-vivaldi-mozart-haydnPropre aux ann√©es dor√©es du support cd, soit les ann√©es 1980, le geste, s’il tourne parfois √† l’exercice syst√©matis√© (exc√®s de la demande marketing?), d’une rare exigence philologique du chef britannique fouille le legs haydnien dans ses moindres d√©tails : au point de pr√©senter par exemple : la Symphonie n¬į54 dans ses deux versions (cd 16) : c’est un travail exigeant et jusqu’au boutiste qui souhaite comprendre de l’int√©rieur la fabrique du Haydn symphoniste. Versions diverses o√Ļ le magicien sorcier de la mati√®re symphonique r√©gorganise l’ordre des mouvements, cherchant dans une exp√©rimentation continuelle la meilleure formule : bousculant les premiers standards pour choisir en d√©finitive, deux adagios tout d’abord, auxquels succ√®dent le Menuet et le Presto final. Peu √† peu les id√©es se pr√©cisent et s’organisent; de l’√©mergence premi√®re √† l’organisation du discours : l’acuit√© et la probit√© de l’entreprise convainquent tout √† fait ; et l’on comprend que pour permettre aux Br√ľggen et Dantone de poursuivre dans cette voie d√©cisive, en provenance d’Angleterre, il a fallu qu’un Hogwood ouvre la voie et pr√©pare aux audaces suivantes. Ce cd 16 r√©sume √† lui seul toute la pertinence de la vision Hogwood. De s√©quence en √©pisode, chacun id√©alement caract√©ris√©, se dessine et la justesse de l’interpr√®te, et la bouillonnante activit√© cr√©atrice du compositeur (ici, en 1774 : au carrefour du baroque et du pr√©romantisme…).
Dans une autre acoustique, plus proche, chambriste et mordante par son acuit√© instrumentale, la transposition des Symphonies 94 ” “, 100 “Militaire”, 104 “Londres”, sign√©e Salomon, transcripteur et agent √† Londres de Haydn, toujours soucieux de diffuser sa musique, y compris dans des arrangements pour quelques instruments (pianoforte, fl√Ľte et quatuor √† cordes ; ultime avatar du rayonnement des Ňďuvres de Haydn ainsi diffus√©es √† Londres en 1791, 1793, 94 et 95. L√† aussi la curiosit√© de Hogwood et ses solistes de l’Academy of Ancient Music.

dantone ottavio-dantoneLE MIRACLE DANTONE. Quel sens du contraste chez Ottavio Dantone dont l’allegro spirituoso de la Symphonie 80, pleine de rebondissements et contrastes dramatiques, d√©voile cette fi√®vre et ce d√©brid√© √©l√©gantissime si absent chez les Britaniques. L’Accademia Bizantina fait miracle de chaque trait instrumental, chaque pause, n√©gociant aussi les silences, restituant √† une musique courtoise et civilis√©e, prise de fa√ßon trop artificielle ou donc m√©canique ailleurs, regorge de vitalit√© simple, de nerf franc, de sant√© premi√®re : un miracle de jaillissement imp√©tueux, cependant id√©alement canalis√© par ses intentions, son style, sa claire √©locution. De toute √©vidence, Dantone a clairement choisi le feu scintillant d’un Br√ľggen plut√īt que la Rolls routini√®re Hogwood. Le sens des dynamiques, la balance sonore globale, l’√©quilibre des couleurs et des timbres par pupitre rel√®vent d’une direction miraculeuse. Jamais ici le chambrisme des cordes, propre √† l’orchestre de chambre ne sacrifie l’√©clat millim√©tr√© des accents de chaque instruments. C’est bien le propre des instruments d’√©poque que d’affirmer une carte des identit√©s sonores nouvelles, plus intenses, pleine de caract√®re, certes moins globalement puissante, mais plus finement caract√©ris√©e. Ce dosage, cette alchimie sont parfaitement comprises et exploit√©s par Dantone (la ligne de la fl√Ľte au dessus de cordes dans l’Adagio de la m√™me n¬į80 de 1784) : miracle d’inventivit√©, d’un nerf pulsionnel Strum und Drang ; mais aussi d’un raffinement de teintes et de couleurs d’une perfection allusive ph√©nom√©nale. Ottavio Dantone rel√®ve haut la main par sa tr√®s grande sensibilit√© : chaque √©clair dramatique est revitalis√©, dans une vision globale √©nergique qui saisit chaque contraste sans en gommer un seul : une d√©licatesse jamais mani√©r√©e qui enchante et s’enivre dans la nervosit√© sanguine Sturm und Drang de l’Allegro ; la supr√™me lumi√®re int√©rieure de l’Adagio, le movement le plus long, r√©solument par ses teintes et son caract√®re plus introspectif, moins noble que nostalgique : Empfindsamkeit. Armida de Haydn en tourn√©eCe dont le chef et son orchestre sont capables d’un √©pisode √† l’autre est stup√©fiant de vitalit√©, d’expressivit√© fine et cisel√©e, de couleurs… L’on avait jamais √©cout√© avant lui tant d’arguments, de r√©cits oppos√©s, associ√©s, accord√©s : l’imagination du maestro inspir√© (magicien par ses id√©es innombrables) rend le plus hommage √† Haydn. C’est fluide, allant, naturel et aussi d’une fantaisie espi√®gle souvent absente de ses pr√©d√©cesseurs. Alors oui, la compr√©hension de l’Accademia Bizantina affirme aujourd’hui, ce miracle sonore et expressif que seul apporte un orchestre d’instruments anciens. Comme aff√Ľt√©es, mordantes, presque acides mais d’une ductilit√© l√† encore fr√©missante (parfaitement accord√©es √† l’esth√©tique scintillante et surexpressive, tr√®s empfindsamkeit, les Symphonies du cd 24, plus tardives (n¬į78 et 79), harmoniquement plus tendue s’imposent tout autant, avec une gestion dramatique saisissante (tension/d√©tente du Vivace introductif de la 78), d’autant que Dantone semble ciseler le moindre accent, d√©voilant la subtile et souvent impr√©visible texture, souvent rugueuse et m√©tallique aux couleurs particuli√®rement changeantes : v√©ritables √©clairs aux cors, caquetage des bois, permanente fantaisie, et parfois d√©lirante ivresse (excellent Menuetto de la 78). Trois ma√ģtres de la baguette pour une int√©grale musicalement irr√©sistible et tr√®s √©loquente se r√©v√®lent dans ce coffret majeur. CLIC de CLASSIQUENEWS de l’√©t√© 2016.

CLIC D'OR macaron 200CD, compte rendu critique, coffret √©v√©nement. HAYDN : int√©grale des 107 Symphonies sur instruments anciens : Br√ľggen, Hogwood, Dantone (35 cd DECCA

CD, coffret, annonce. DECCA SOUND 55 great vocal recitals

DECCA SOUND couverture classiquenews 55 great vocal recitals opera classiquenews clic de classiquenews juin 2016 MI0004055710CD, coffret, annonce. DECCA SOUND 55 great vocal recitals. Une affiche √† faire p√Ęlir toutes les maisons d‚Äôop√©ra : le coffret DECCA SOUND 55 great vocal recitals offre une r√©capitulation des plus grandes voix du si√®cle dernier et de celui commen√ßant, synth√®se entre les XX√® et XXI√®, qui place de fait Decca parmi les labels qui ont le plus compt√© dans l‚Äô√©mergence et la diffusion des temp√©raments vocaux et lyriques les plus sid√©rants. Ce sont les archives du label d‚ÄôUniversal music, un filon inestimable qui retrace les gloires pass√©es des ann√©es 1950, 1960, 1970, 1980, 1990‚Ķ jusqu‚Äôaux √©toiles contemporaines : Kaufmann ou Calleja, deux t√©nors en or. Dans les domaines enviables et impressionnants tant ils exigent profondeur, finesse, agilit√© ou legato, soit op√©ra italien et fran√ßais, Wagner et les lieder et m√©lodies, voici les grandes voix admirables qui nous ont berc√©, qui ont fa√ßonn√© aussi notre go√Ľt, touts et toutes uniques dans leur sp√©cificit√© incarn√©e, parfois d‚Äôune v√©rit√© criante ou d‚Äôune blessure envo√Ľtante √† jamais m√©morable. Decca ne fait que livrer une partie infime de son immense catalogue vocal. Ce premier volet en appel√© d‚Äôautres : nous en sommes d√©j√† impatients.

55 récitals, 55 voix légendaires

Ici, chaque chanteur, tempérament singulier, révélant sa propre identité sonore, sa marque artistique forte dans un répertoire désormais bien délimité, enregistre chez Decca relève d’un accomplissement et d’une reconnaissance semblable aux pianistes qui donnent un récital à Carnegie Hall : un tremplin formidable et déjà, un statut à part. De là à passer au statut de légende vivante, le pas est souvent vite franchi. Voyez ainsi dans les oeuvres qu’ils ont profondément marqué par la justesse de leur incarnation : pour les années 1950 : Ferrier, Corena…; pour les 60’s : Berganza, Nilson, Crespin… ; pour les 70’s : Pavarotti, Södeström…; pour les 80’s : Kanawa, Bartoli… pour les 90’s : Gheorghiu, Fleming, …

DECCA SOUND 55 great recital singers for Decca coffret box cd review critique cd CLASSIQUENEWSChanteurs par date d’enregistrement de leur r√©cital titre : Suzanne Danco (1950-1956), Kathleen Ferrier (1950-1952), Cesare Siepi (1954-1958), Fernando Corena (1952-1956), Mario del Monaco (1952-1956), Kirsten Flagstad (1956-1958), Lisa della Casa (1952-1956), Giuletta Simionato (1955-1961), G√©rard Souzay (1950-1956), Carlo Bergonzi (1957-1965), Giuseppe di Stefano (1958), John Sutherland (1959-1962), Regina Resnik (1960-1967), Hilde Gueden (1951-1969), Teresa Berganza (1959-1962), Tom Krause (1965-1967), Peter Pears (WIntereise de Schubert avec au piano Benjamin Britten, 1963), Birgitt Nilson (1962-1963), Marilyn Horne (1964-1966), Renata Tebaldi (1958-1972), Hermann Prey (Schwanengesang de Schubert de 1963 avec Gerald Moore au piano), Elena Souliotis (1965-1967), R√©gine Crespin (1963-1967), Gwyneth Jones (1966-1968), Luciano Pavarotti (1964-1976), Nicolai Ghiaurov (1962-1974), Sherill Milnes (1971-1978), Hans Hotter (lieder et m√©lodies, 1973), Sylvia Sass (1977-1978), Pilar Lorengar (1966-1978), Elisabeth S√∂derstr√∂m (m√©lodies russes avec Vladimir Ashkenzay au piano 1974-1977), Mirella Freni et Renata Scotto en duo (1978), Martti Talvela (1969, 1980), Paata Burchuladze (1984), Leo Nucci (1986), Susan Dunn (1987), Cecilia Bartoli (1988), Kiri Te Kanawa (1989), Brigitte Fassbaender (1990), Sumi Jo (1993), Angela Gheorghiu (1995), Andreas Scholl (1998), Ren√© Fleming (Mozart, Tchaikovski, Strauss‚Ķ avec Solti, 1996), Barabara Bonney (1999), Matthias Goerne (2000), Juan Diego Florez (2002), Jonas Kaufmann (avec Claudio Abbado en 2008), Joseph Calleja (2010).

CLIC_macaron_2014Sans omettre les moins connus Virginia Zeani, Jennifer Vyvyan, Robert Merril et James McCracken (duo, 1963-1965), Huguette Tourangeau (1970-1975), Maria Chiara (1971-1977), Josephine Barstow (1989), Kiri Te Kanawa (1989)… CD, coffret, annonce. DECCA SOUND 55 great vocal recitals. Prochaine grande critique dans le mag cd dvd livres de classiquenews. CLIC de CLASSIQUENEWS de juin 2016.

Cd, compte rendu critique. ELGAR : SYMPHONIE N1, 1908. Staatskappelle de Dresde, Daniel Barenboim  (1 cd Decca 2014). CLIC de classiquenews de mai et juin 2016.

Elgar-Barenboim-Stastskapelle-BerlinCd, compte rendu critique. ELGAR : SYMPHONIE N¬į1, 1908. Staatskappelle de Dresde, Daniel Barenboim ¬†(1 cd Decca 2014). CLIC de classiquenews de mai et juin 2016. La¬†symphonie n¬ļ 1 en¬†la b√©mol majeur¬†op.¬†55¬†a √©t√© √©crite par¬†Edward Elgar¬†en¬†1907. Le compositeur projetait d√®s¬†1898¬†d’√©crire une¬†symphonie¬†√† programme sur la vie du g√©n√©ral victorien¬†Charles Gordon, mais il en abandonna peu √† peu l’id√©e pour √©crire une partition purement musicale. Il s’agit de la premi√®re de ses trois symphonies (la troisi√®me n’existe qu’√† l’√©tat d’amorce et laiss√©e √† l’√©tat de fragments). La puissance et le souffle n’√©cartent pas un r√©el sens du raffinement en particulier orchestral. Cr√©√©e le¬†3¬†d√©cembre¬†1908¬†sous la direction de¬†Hans Richter, avec le¬†Hall√© Orchestra¬†√†¬†Manchester, la premi√®re symphonie de Elgar fut imm√©diatement applaudie triomphalement, totalisant pr√®s de 80 r√©alisations des la premi√®re ann√©e. Pour Nikkish,¬† il s’agissait de la 5√®me symphonie de Brahms. A l’√©poque o√Ļ r√®gne la sensibilit√© Belle √Čpoque d’un Proust, qui vient de commencer l’√©criture de sa Recherche¬† (1906…), Elgar exprime simultan√©ment une vision tout autant raffin√©e, aux resonances multiples, d’une profondeur qui saisit malgr√© la langue des plus classiques, n√©o brahmsienne du musicien de l’Empire.

CLIC_macaron_2014La marche d’ouverture du premier mouvement indique clairement l’appartenance d’Elgar √† la grande tradition qui le lie √† Beethoven et √† Brahms mais aussi √† une certaine pompe c√©r√©monielle, majestueuse et noble¬† propre √† la grandeur de l’Empire britannique. La langue tr√®s classique et instrumentalement, extr√™mement raffin√©e d’Elgar montre combien le compositeur s’inscrit dans la grande √©criture philharmonique celle du post wagn√©rien et si original Franck, du flamboyant Richard Strauss dont l’excellente instrumentation et la grande s√©duction m√©lodique ont √©t√© id√©alement assimil√©s (la suavite m√©lodique d’un Puccini est aussi tr√®s pr√©sente ). Elgar m√™le avec une fluidit√© pleine d’√©l√©gance, une pr√©cision port√©e par une belle √©nergie, et la qu√™te permanente d’une innocence (pourtant √† jamais perdue). Ma√ģtre incomparable des alliages de timbres comme de l’√©quilibre g√©n√©ral, Daniel Barenboim soigne cette alliance subtile de sentiments et d’atmosph√®res en apparence contradictoires : certitude majestueuse, tendresse nostalgique, entre pompe, circonstance et pudeur plus intime. ..

La rondeur impressionnante des cuivres somptueux, – d’une port√©e wagn√©rienne, et l’√©mergence des m√©lodies plus l√©g√®res sont remarquables d’√©loquence et d’ intonation car la baguette n’est jamais √©paisse mais au contraire d√©taill√©e, analytique et finement dramatique, d’une expressivit√© int√©rieure et fluide.

Le chef sait aussi mette en lumi√®re l’unit√© pr√©serv√©e du cycle dans son entier gr√Ęce √† la r√©it√©ration cyclique de la m√©lodie √† la fl√Ľte dont il sait exprimer cette insouciance enchanteresse sp√©cifique.

Le 2√®me mouvement convainc id√©alement gr√Ęce √† l’√©quilibre souverain des pupitres l√† encore ; Barenboim convainc par la motricit√© exemplaire, pr√©cise, nuanc√©e, par un allant g√©n√©ral jamais lourd, tr√©pidant qui √©lectrise tout le grand corps orchestral mis en dialogue avec des √©clats tendres au bois et vents d’une douceur r√©ellement¬† ineffable; sa direction t√©moigne d’un art de la direction qui sait cultiver les effets et tout le potentiel d’un grand orchestre pourtant √©tonnement cisel√© et po√©tique,¬†¬† avec un sens inou√Į des d√©tails de la fluidit√© dramatique (violon solo, harpe, cordes gorg√©es d’exaltante vitalit√©); c’est assur√©ment ce mouvement qui combine le mieux allusivement la pompe du d√©but, une innocence m√©lodieuse, cultivant aussi un souffle irr√©pressible, avant l’√©mergence¬† du superbe Adagio que le chef choisit de d√©ployer dans la continuit√© encha√ģn√©e avec une pudeur et une profondeur impressionnante voire le sentiment d’une¬† grandeur imp√©riale¬† (superbes cors). Le chef exprime tout ce que le mouvement contient de la blessure coupable (wagn√©rienne : alliance cors / timbales, r√©f√©rence √† Tristan), – sublime fusion de la noblesse et de la nostalgie.

Daniel Barenboim excelle dans la richesse de ton obtenue avec une pr√©cision admirablement sculpt√©e¬† (sens √©tonnant du d√©tail : chant des clarinettes, vibrato filigran√© des cordes) diffusant un sentiment de d√©tente, de suspension, de pl√©nitude, alors dans la continuit√© de la Symphonie. En en r√©v√©lant comme peu avant lui, la profonde unit√© souterraine qui solidifie sa puissante structure, en sachant ciseler toute la somptueuse parure instrumentale, pointilliste et scintillante, le chef signe une lecture superlative, l’une de ses meilleures r√©alisations symphoniques de surcro√ģt au service d’un compositeur m√©connu, r√©guli√®rement absent des salles de concerts. Clic de classiquenews de mai et juin 2016.

Cd, compte rendu critique. ELGAR : SYMPHONIE N¬į1, 1908. Staatskappelle de Dresde, Daniel Barenboim ¬†(1 cd Decca 2014). CLIC de classiquenews de mai et juin 2016.

 

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CD, compte rendu critique. John Field : intrégrale des Nocturnes. Elizabeth Joy-Roe, piano (1 cd Decca 2015)

ROE JOY Elizabeth nocturnes complete john field review cd critiques de cd presetnation CLASSIQUENEWS mai juin 2016 piano CLASSIQUENEWS -john-field-complete-nocturnes-2016CD, compte rendu critique. John Field : intr√©grale des Nocturnes. Elizabeth Joy-Roe, piano (1 cd Decca).¬†L’√āME IRLANDAISE AVANT CHOPIN : les CHAMPS ENCHANTEURS DE FIELD. On aurait tort de consid√©rer l’anglo-saxon John Field (1782-1837) tel le pr√©curseur inabouti de Chopin. L’irlandais, voyageur impressionnant, a certes invent√© la forme √©minemment romantique du Nocturne pour piano seul; il en a, avant Chopin, sculpter les m√©andres les plus t√©nues sur le plan expressif, trouvant une langue m√Ľre, s√Ľre et profonde assimilant avec un g√©nie cr√©atif rare, et la bagatelle (h√©rit√©e de Beethoven) et la Fantaisie… La jeune pianiste Elizabeth Joy Roe trouve un d√©licat √©quilibre entre int√©riorit√©, fougue et pudeur dans un univers personnel et puissamment original qui verse constamment – avant Wagner et son Tristan empoisonn√© mais inoubliable, vers les enchantements visionnaires de la nuit ; nuits plus r√©confortantes et intimes, plut√īt vrais miroirs personnels et introspectifs que miroitements inqui√©tants ; la r√™verie qui s’en d√©gage invite peu √† peu √† un questionnement sur l’identit√© profonde. Une interrogation souvent √©nonc√©e sur le mode suspendu, √©perdu, enivr√© : ans un style rarement rageur et violent comme peut l’√™tre et de fa√ßon si g√©niale, Chopin, d’une toute autre mais √©gale maturit√©. Voici donc 18 Nocturnes (l’int√©grale de cette forme dans le catalogue de Field) sous les doigts d’une musicienne qui les a tr√®s longtemps et patiemment travers√©s, explor√©s, mesur√©s ; un √† un, quitte √† en r√©aliser comme ici, une √©dition critique in√©dite (√† partir du fonds Schirmer).

 

 

Dédiée au rêve nocturne de Field, la jeune pianiste américaine Elizabeth Joy Roe nous permet de poser la question :

Et si Field était plus bellinien que Chopin ?

 

field piano john field nocturnes review presentation critique cd CLASSIQUENEWS John_fieldLa souplesse du jeu caressant montre la filiation avec le songe m√©lancolique de Schubert (n¬į1 en mi b√©mol majeur h24) et aussi le r√™ve tendre de Mozart. Le n¬į6 (“Cradle Song” en fa majeur h40) montre combien la source de Chopin fut et demeure Field dans cette formulationsecr√®tement et visc√©ralement inscrite dans les replis les plus secrets et imperceptibles de l’√Ęme. Songes enfouis, blessures t√©nue, silencieuses, √©blouissements scintillants… tout tend et se r√©sout dans l’apaisement et le sentiment d’un renoncement supr√™me : on est loin des tensions antagonistes qui font aussi le miel d’une certaine sauvagerie et r√©sistance chopiniennes; √† l’inverse de ce qui para√ģt tel un d√©voilement explicit√©, la tension chez Field, infiniment pudique, vient de la construction harmonique au parcours sinueux, jamais pr√©visible.
Field sait aussi √™tre taquin, chaloup√© et d’un caract√®re plus vif argent : n¬į12 “Nocturne caract√©ristique” h13… avec sa batterie r√©p√©t√©e (main droite) qui passe de l’espi√®glerie insouciante au climat d’un pur enchantement √©vanescent, plus distanci√© et po√©tique.
La m√©lodie sans paroles (“song without words”) n¬į15 en r√© mineur exprime un cheminement plus aventureux, d’une m√©lancolie moins contr√īl√©e c’est √† dire plus inqui√®te, mais d’une tension tr√®s mesur√©e cependant. La pudeur de Field reste extr√™me.¬†Le n¬į16 en ut majeur (comme le n¬į17) h60 est le plus d√©velopp√© soit plus de 9 mn : d’une √©locution riche et harmoniquement captivante, d’une finesse suggestive qui annonce l√† encore directement Chopin.

CLIC_macaron_2014L’expressivit√© filigran√©e de la pianiste am√©ricaine n√©e √† Chicago, √©l√®ve de la Juilliard School, d√©tentrice d’un m√©moire sur le r√īle de la musique dans l’oeuvre de Thomas Mann et Marcel Proust, cible les mondes souterrains dont la nature foisonnante se d√©voile dans ce programme d’une activit√© secr√®te et souterraine irr√©sistible. Au carrefour des esth√©tiques et des disciplines, le go√Ľt de la jeune pianiste, d√©j√† tr√®s cultiv√©e, enchante litt√©ralement chez Field dont elle sait √©clairer toute l’ombre propice et allusive : ne prenez que ce n¬į16, certes le plus long, mais en v√©rit√© volubile et contrast√©, v√©ritable compilation de trouvailles m√©lodiques et harmoniques comme s’il s’agissait d’un op√©ra bellinien mais sans parole. Au m√©rite de la pianiste revient cette coloration permanente qui l’inscrit dans l’accomplissement d’un r√™ve √©veill√©, d’une nuit √©toil√©e et magicienne √† l’in√©narrable s√©duction. R√©cital tr√®s convaincant. D’auant plus recommandable qu’il r√©v√®le et confirme la sensibilit√© po√©tique et profonde du compositeur pianiste irlandais. Et si Field se montrait plus Bellinien que Chopin ? L’√©coute de ce disque habit√©, coh√©rent nous permet de poser la question. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai et juin 2016.

 

 

 

CD, compte rendu critique. John Field : intégrale des Nocturnes (1-18). Elizabeth Joy Roe, piano (enregistrement réalisé dans le Suffolk, en septembre 2015). CLIC de CLASSIQUENEWS de mai et juin 2016. 1 cd DECCA 478 8189.

 

 

 

CD, compte rendu critique, op√©ra. Honegger, Ibert : L’Aiglon (2 cd, Nagano, 2015)

aiglon-honegger-ibert-kent-nagano-decca-clic-de-classiquenews-reportage-video-lausanne-tours-ossonceCD, compte rendu critique, op√©ra. Honegger, Ibert : L’Aiglon (2 cd, Nagano, 2015). R√©cemment exhum√© sur les sc√®nes francophones, Lausanne puis Tours, sous la direction de Jean-Yves Ossonce, en mai 2013, – et plus r√©cemment encore √† Marseille (avec D’Oustrac dans le r√īle-titre, f√©vrier 2016) l’op√©ra √† deux t√™tes, L’Aiglon de Arthur Honegger et Jacques Ibert, sort en disque, mais √† l’initiative de nos confr√®res qu√©b√©cois, depuis Montr√©al, prolongement d’une s√©rie de recr√©ations tr√®s applaudies (en mars 2015) sous la direction de Kent Nagano, ardent d√©fricheur √† la posture globale, impliqu√©e donc convaincante.

Kent Nagano rend justice au drame lyrique de 1937, sign√© par Jacques Ibert et Arthur Honegger…

Deux plumes inspirées pour un Aiglon sacrifié

Aux c√īt√©s de Cyrano, Rostand laisse avec L’Aiglon cr√©√© en 1900 avec la coop√©ration l√©gendaire de Sara Bernhardt, un drame historique gla√ßant, qui retrace √† travers la relation sadique Metternich et le jeune prince imp√©rial et Duc de Reichstag, l’√©pop√©e malheureuse et tragique d’une destin√©e avort√©e. La partition dat√©e de 193√® (cr√©√©e √† Monte Carlo) s’empare en pleine Europe insouciante et d√©j√† terre de tensions exacerb√©e, de la figure du fils unique de Napol√©on Ier, otage odieusement trait√© √† Vienne, Prince de papier, vraie victime sacrifi√©e, dont le sort le destinait directement √† l’op√©ra. Evidemment, c’est un drame r√©trospectif, dont la couleur nostalgique, ressuscite l’ancien lustre imp√©rial, alors d√©finitivement effac√© : c’est tout le jeu et le charme de la relation de Flambeau (superbe Marc Barrard qui profite de sa connaissance ant√©rieure du personnage √† Tours et √† Lausanne justement : son aisance, le souffle du chant, l’intelligence expressive s’en ressentent √©videmment) et du Prince, jouant aux soldats sur une carte, convoquant l’ivresse conqu√©rante de son p√®re… (fin du II) ; m√™me √©vocation subtilement conduite pour la bataille victorieuse de Wagram. Le souci prosodique des deux auteurs contemporains construit cependant un op√©ra fran√ßais d’une r√©elle force √©pique, o√Ļ le portrait d’un jeune homme trop fr√™le √† porter le costume l√©gu√© par son p√®re demeure fin et d’une belle intelligence : sa faiblesse par nature √©tant parfaitement exprim√©e dans le fameux duo, implacable et terrible o√Ļ il trouve son ge√īlier √† peine d√©guis√©, en la personne du ministre Metternich, d’une glaciale et cynique froideur dominatrice.
kent nagano l aiglon honegger ibert cd decca montrealJustement, le choix des solistes √©taye globalement la r√©ussite de l’interpr√©tation o√Ļ rayonne la clart√© d’un fran√ßais toujours audible : Anne-Catherine Gillet, qui chante Juliette chez Gounod, √©blouit dans le r√īle-titre, en souligne l’ang√©lisme enivr√©, la droiture morale, l’esprit d’esp√©rance… d’autant plus flamboyant qu’elle est “cass√©e” minutieusement par le chant ombr√©, sarcastique, souterrain du t√©n√©breux Prince de Metternich (excellent Etienne Dupuy dont on avait pu il y a quelques ann√©es mesurer le beau chant fran√ßais romantique chez Massenet dans une lecture de Th√©r√®se, singuli√®re et impr√©vue et caract√©risation cisel√©e aux c√īt√©s de Charles Castronovo). Seule r√©serve, le manque d’ampleur de Gillet qui la trouve dans les aigus √† soutenir dans la hauteur comme l’intensit√©, parfois √† la limite de ses justes possibilit√©s (il est vrai que le r√īle de l’Aiglon, r√īle travesti, est chant√© par des mezzos √† Lausanne comme √† Tours : Carine S√©chay avait relev√© les defis d’une partition redoutable pour la voix avec constance et finesse ; repris aussi √† Marseille avec D’Oustrac…). La cr√©atrice du r√īle central √©tait Fanny Heldy, cantatrice aux temp√©rament explosif et aux ressources ph√©nom√©nales, car elle chantait Tha√Įs de Massenet, entre autres… c’est dire.

Ici m√™me sens du verbe, m√™me approche dramatique nuanc√©e : Honegger et Ibert sont deux contemporains n√©s dans les ann√©es 1890, qui quarantenaires en 1935, signent une parfaite compr√©hension du souffle th√©√Ętral chez Rostand, lui-m√™me respect√© par Henri Cain qui signe le livret.
Au m√©rite de Kent Nagano, revient tout l’art de rendre une partition Belle Epoque et Modern style, expressive et palpitante sans affectation (parfois id√©alement suave : la valse du III). Tr√®s belle r√©ussite globale, et belle red√©couverte d’un op√©ra tr√®s peu jou√©.

CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique, op√©ra. Ibert, Honegger : L’Aiglon (1935) d’apr√®s Rostand. Anne-Catherine Gillet (L’Aiglon, Duc de Reichstag), Etienne Dupuis (Meternich), Marc Barrard( S√©raphin, Flambeau), Marie-Nicole Lemieux (Marie-Louise), … Choeur et Orchestre Symphonique de Montr√©al. Kent Nagano, direction (2 cd Decca 478 9502, enregistr√© en mars 2015)

 

LIRE aussi notre DOSSIER L’AIGLON d’Ibert et Honnegger

CD, compte rendu critique : Arminio de Haendel par Max Emanuel Cencic et George Petrou (2 cd Decca, septembre 2015)

ARMINIO Decca max emanuel cencic haendel handel annonce announce classiquenews review critique cd 61TCPTYOKYL._SL1400_CD, compte rendu critique : Arminio de Haendel par Max Emanuel Cencic et George Petrou (2 cd Decca, septembre 2015). C’est le dernier des op√©ras baroques ressuscit√©s par le contre-t√©nor entrepreneur Max Emanuel Cencic, et sa fid√®le troupe de chanteurs r√©unie / recompos√©e pour chaque projet / ouvrage lyrique : collectif toujours investi √† exprimer en une caract√©risation aff√Ľt√©e, jamais neutre, les passions dramatiques ici du g√©nie haend√©lien. En couverture, alors que sa consŇďur romaine Cecilia Bartoli, elle aussi inspir√©e par des programmes insolites ou des r√©surrections captivantes, s’affichait en pr√™tre exorciste (pour ses relectures d√©fricheuses de Steffani : en un album choc intitul√© non sans esprit de provoc “Mission”), voici Cencic, tel un acteur de cin√©ma sur un visuel sens√© nous s√©duire pour susciter le d√©sir d’en √©couter davantage : voyageur emperruqu√© pistolet (encore fumant) √† la main, tel un espion en pleine mission…

ARMINIO… L’AVENTURE DU SERIA HAENDELIEN A LONDRES. Cr√©√© en 6 repr√©sentations au Covent Garden de Londres en janvier et f√©vrier 1737, Arminio a visiblement marqu√© les esprits de l’√©poque, certains t√©moins commentateurs n’h√©sitant pas √† parler de “miracle”… La partition n’a jamais pu depuis, √©t√© remont√©e jusqu’√† ce que Cencic s’y int√©resse. Le sujet emprunte √† l’histoire romaine (Tacite) : c’est m√™me un √©pisode peu glorieux pour les l√©gions de Rome confront√©es en 49 avant JC, aux Germains, dans la for√™t de Teutoburg. Le g√©n√©ral Varus est fait prisonnier par le prince barbare prince Hermann Arminius, commandant des 7 valeureuses tribus germaines. La d√©faite des Romains enterre toute vell√©it√© de Rome √† assoir sa puissance sur une vaste zone au-del√† du Rhin.
L’opera seria s’attache √† ciseler chaque profil psychologique, (selon le livret sign√© Antonio Salvi) chaque intention, chaque espoir silencieux, chaque noeud d’une situation conflictuelle (ch√®re √† Racine au si√®cle pr√©c√©dent, entre amour, d√©sir et jalousie) que l’action contredit ou pr√©cipite, souvent de fa√ßon artificielle : ainsi la mort de Varus/Varo, le romain d√©fait, est-elle √©vacu√© en quelques mots √† la fin de l’ouvrage dans un r√©citatif lapidaire qui vaut d√©nouement. Auparavant, Arminio est captur√© par Varo qui a des vues sur l’√©pouse de son ennemi captif… Pour captiver l’audience londonienne qui n’entend pas l’italien pour la majorit√©, Haendel n’h√©site pas √† r√©duire le texte de Salvi, en particulier ses r√©citatifs, v√©ritables tunnels d’ennui pour qui peine √† go√Ľter les subtilit√©s de l’italien.
Parmi les chanteurs vedettes, les castrats sont toujurs √† l’honneur ; apr√®s la trahison du contralto Senesino, son chanteur contralto f√©tiche, rival de Farinelli, qui finalement quitte Haendel pour un troupe rivale en 1733, c’est dans le r√īle-titre, l’alto aigu Domenico Annibali qui rel√®ve les d√©fis d’un personnage exigeant ; le castrat Sigismondo lui embo√ģte le pas, l’√©galant m√™me par sa partie non moins audacieuse : √† la cr√©ation, r√īle tenu par le sopraniste Domenico Conti, surnomm√© Gizziello, probablement le plus connu des solistes r√©unis par Haendel en 1737 : c’est le seul castrat soprano (en dehors des mezzos et contraltos) pour lequel le compositeur √©crira des r√īles √† Londres. C√īt√© chanteuses, la prima donna demeure dans le r√īle de Tusnelda, la soprano c√©l√©br√©e alors, Anna ¬†Maria Strada del P√≤, partenaire et interpr√®te famili√®re de Haendel depuis le d√©but des ann√©es 1730 dont la laideur l√©gendaire √©galait la finesse dramatique et l’engagement vocal. Le t√©nor anglais John Beard chante le commandant Vero. Le chanteur deviendra directeur du Covent Garden, et continuera de se produire comme chanteur pour Haendel dans de nombreux autres ouvrages lyriques et aussi dans ses futurs oratorios.

Le synopsis veille √† pr√©senter de superbes profils psychologiques, tous impressionn√©s (les Romains), stimul√©s (les Germains) par l’h√©ro√Įsme sto√Įcien du captif Arminio, prisonnier du g√©n√©ral romain Vero… Au d√©but, le Germain S√©geste livre le chef germain Arminio au g√©n√©ral romain Vero. La fille et le fils de S√©geste, Tusnelda (√©pouse d’Arminio) et Sigismondo payent tr√®s cher, la trahison de leur p√®re : Tusnelda en l’absence d’Arminio, doit affronter les avances de Vero ; Sigismondo ne peut rien faire quand sa fianc√©e Ramise, la soeur d’Arminio, rompt leur vŇďu… Pour augmenter les chances d’une paix avec Rome, S√©geste souhaite l’ex√©cution d’Arminio pour que sa fille Tusnelda √©pouse Vero ; d’autant que Sigismondo a rejoint le parti de son p√®re et accepte de pactiser avec les Romains. Figure h√©ro√Įque pr√™te √† mourir, Arminio dans sa prison d√©clare qu’il ne c√®dera pas quitte √† mourir. Son √©pouse Tusnelda lui reste fid√®le.
A l’acte III, tout semble √™tre jou√© : Arminio est conduit √† l’√©chafaud : mais Vero impressionn√© par la noblesse du prisonnier, reporte l’ex√©cution quand on apprend que des Germains rebelles ont soumis les l√©gions de Rome. Les femmes Tusnelda et Ramise lib√®rent Arminio avec la complicit√© de Sigismondo ; Arminio prend la t√™te de la r√©bellion contre les Romains et tue Vero. S√©geste est soumis ; par cl√©mence et grandeur morale, Arminio pardonne √† S√©geste en l’√©pargnant.
Arminio de 1737 incarne un jalon majeur de l’exp√©rience de Haendel √† Londres ; l’ouvrage par son sujet √©difiant et moral contient aussi l’objectif finalement non exhauc√© : fid√©liser les spectateurs londoniens √† l’opera seria italien. Malgr√© toutes ses tentatives, Haendel √©chouera en y perdant des fortunes. Il se refera gr√Ęce au nouveau genre de l’oratorio anglais (en anglais √©videmment et non plus en italien), format in√©dit, promis √† de nombreux triomphes.

cencic Arminio-Cencic-1024x680LA CRITIQUE DU CD ARMINIO DE HAENDEL PAR MAX EMANUEL CENCIC. Interpr√©tation d’Arminio. Ecartons d’embl√©e le maillon faible du plateau vocal globalement √©quilibr√© et homog√®ne : le Sigismondo de la haute-contre Vince Yi : timbre clair certes mais le plus souvent aigre et trop m√©tallis√©, avec une r√©guli√®re et persistante incompr√©henion au texte italien, d√©duite de ses respirations instables, des ses phras√©s discutables (comprend-t-il r√©ellement ce qu’il chante?).
D’autant que le sopraniste faiblit sur la dur√©e et dans le d√©roulement de l’action, sans aucune nuance dans l’√©mission ; il claironne r√©v√©lant de grandes failles dans ses r√©citatifs si peu color√©s, comme exp√©di√©s avec toujours la m√™me intonation, projetant avec intensit√© mais artifice tous ses airs, tel un instrument sans √Ęme. Tout cela contredit le travail des autres chanteurs dans le sens de la caract√©risation des passions.

En Arminio, r√©fl√©chi, int√©rieur et souvent profond, √©videmment Max Emanuel Cencic se taille la part du lion, incarnant id√©alement la figure de l’h√©ro√Įsme et du stoicisme, pr√™t √† se sacrifier pour la cause morale dont il est serviteur jusqu’au d√©nouement du drame. L’alto s√©duit toujours par la justesse de son intonation, m√™lant id√©alement tendresse grave, contredite ensuite par un ind√©fectible esprit de revanche et de fi√®re d√©termination (“Ritorno alle ritorte” qui ouvre le III).

M√™me sur un bon niveau vocal, la voix parfois pouss√©e de la soprano Layla Claire (Tusnelda, √©pouse d’Arminio et fille de S√©geste) peine √† trouver une teinte affirm√©e dans le personnage tout autant loyal que celui de son √©poux Arminio. De toute √©vidence l’op√©ra de Haendel prend parti pour les Barbares… qui n’ont de barbare que leur (fausse) r√©putation, tant les Germains ici surclassent en grandeur morale leur rivaux romains.

Plus convaincant le Varo du t√©nor h√©ro√Įque Juan Sancho : il campe un romain colonisateur et conqu√©rant par une voix claire et m√©tallique, id√©ale dans son air avec cor : “Mira il ciel”¬† (au III) ; la Ramise de l’alto f√©minin, cuivr√©e, incarn√©e de Ruxandra Donose s’affirme nettement (Voglio seguir) m√™me si l’on e√Ľt pr√©f√©r√© articulation plus pr√©cise et percutante.
De toute √©vidence, l’ouvrage fait l’apoth√©ose des Germains, outrageusement d√©nigr√©s et finalement consolid√©s dans leur ind√©fectible sens de l’honneur ; tout converge et pr√©pare au duo final des √©poux enfin lib√©r√©s, r√©confort√©s (apr√®s la mort exp√©di√©e de Vero) : duetto final d’Arminio et Tusnelda qui r√©alise le lieto finale, d√©nouement heureux de mise dans tout seria. Le tenue orchestrale d’Armonia Atenea, conduit par George Petrou confirme sa r√©putation : alliant nervosit√© et fluidit√©, acuit√© et accent d’un continuo, v√©ritable acteur plut√īt qui suiveur. Belle r√©alisation r√©v√©lant un in√©dit de Haendel. La production √©tait l’√©v√©nement du dernier festival Haendel de Karlsruhe (f√©vrier 2016) : on souhaite √† l’√©v√©nement allemand bien d’autres r√©surrections d√©fendues par un engagement aussi partag√© (hormis les solistes nettement moins convaincants que leur partenaires). Malgr√© ces (petites) r√©serves, la pr√©sente r√©surrection m√©rite le meilleur accueil.

CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. Haendel : Arminio HWV 36, recr√©ation. Max Emanuel Cencic (Arminio), Juan Sancho (Varo), Ruxandra Donose (Ramise), Layla Claire (Tusnelda), Xavier Sabata (Tullio)… Armonia Atenea. George Petrou, direction; Enregistr√© en septembre 2015 √† Ath√®nes ‚ÄĒ 2 cd Decca 478 8764. CLIC de CLASSIQUENEWS avril 2016.

CD, annonce. Eward Elgar : Symphonie n¬į2. Daniel Barenboim (2015, 1 cd Decca)

elgar symphony 1 daniel barenboim cd decca review compter endu critique classiquenews mars march 2016 cd review critique cd 4786677CD, annonce. Eward Elgar : Symphonie n¬į2. Daniel Barenboim (2015, 1 cd Decca). D√©but mars 2016, Daniel Barenboim publie un nouvel enregistrement symphonique avec la Staatskapelle Berlin, d√©fendant une partition rare en France : la Symphonie n¬į2 du britannique Edward Elgar. Gr√Ęce √† l’acuit√© instrumentale du chef comme √† son souci de la tension dramatique, la Symphonie cr√©√©e au d√©but du si√®cle, en mai 1911 √† Londres, √©blouit litt√©ralement parce que le chef sait d√©celer sous la solennit√© imp√©rialiste “totally British” (l’ouvrage est d√©di√© au roi Edouard VII qui vient de s’√©teindre), la finesse de l’√©criture, en particulier dans le mouvement lent, le Larghetto en ut mineur (dont l’esprit est directement d√©di√© au roi Edouard VII). En avant premi√®re, voici un extrait de la critique de notre r√©dactrice Elvire James, qui en distinguant ce nouvel enregistrement, d√©cerne un CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2016.

ELGAR symphony symphonie 2 review account of CLASSIQUENEWS Edward_Elgar_head2_copy2Extrait de la critique de notre consŇďur Elvire James : ¬†”Bavarde ou d’une solennit√© raffin√©e, la Symphonie n¬į2 touche diversement, chacun selon sa sensibilit√©. La partition est cr√©√©e en mai 1911 √† Londres sous la direction du compositeur. L’esprit de marche, l’ampleur majestueuse qui ouvre¬† tel un vaste portique, tout le cycle symphonique (en cela embl√©matique de l’adh√©sion d’Elgar √† l’id√©al imp√©rial britannique) est conduit avec une ivresse d√©taill√©e instrumentale qui laisse la place √† de subtiles respirations, le chef sachant √©viter la lourdeur comme la grandiloquence : entre majest√© et s√©r√©nit√©, Barenboim insuffle une vraie tension, se gardant bien de r√©duire l’√©criture √† une seule d√©monstration de grandeur superph√©tatoire. Apr√®s l’Allegro initial dont la direction restitue la pulsion √©lectrique, c’est l’irr√©sistible Larghetto en ut mineur d’une pl√©nitude enivr√©e, enchant√©e – autre r√©flexion sur l’esprit de la grandeur fun√®bre mais abord√©e dans l’esprit d’une musique de chambre o√Ļ r√®gnent la clart√© et la transparence (superbes couleurs tristanesques aux cors et √† la magistrale harmonie des bois), comme la couleur sombre et de recueillement en conformit√© avec la d√©dicace de l’opus….

 

Prochaine critique compl√®te du cd Symphonie n¬į2 d’Elgar (1911) par Daniel Barenboim dans le mag cd, dvd, livres de classiquenews d’ici le 20 mars 2016. CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2016

CD, opéra baroque. ANNONCE : Arminio de Haendel par Max Emanuel Cencic et George Petrou (2 cd Decca)

ARMINIO Decca max emanuel cencic haendel handel annonce announce classiquenews review critique cd 61TCPTYOKYL._SL1400_CD, op√©ra baroque. ANNONCE : Arminio de Haendel par Max Emanuel Cencic et George Petrou (2 cd Decca). C’est le dernier des op√©ras baroques ressuscit√© par le contre-t√©nor entrepreneur Max Emanuel Cencic, et sa fid√®le troupe de chanteurs : collectif toujours investi √† exprimer en une caract√©risation aff√Ľt√©e, jamais neutre, les passions dramatiques ici du g√©nie haend√©lien. En couverture, alors que sa consŇďur romaine Cecilia Bartoli, elle aussi inspir√©e par des programmes insolites ou des r√©surrections captivantes, s’affichait en pr√™tre exorciste (pour ses relectures d√©fricheuses de Steffani), voici Cencic, tel un acteur de cin√©ma sur un visuel sens√© nous s√©duire pour susciter le d√©sir d’en √©couter davantage : voyageur emperruqu√© pistolet (encore fumant)√† la main, tel un espion en pleine mission…

ARMINIO… L’AVENTURE DU SERIA HAENDELIEN A LONDRES. Cr√©√© en 6 repr√©sentations au Covent Garden de Londres en janvier et f√©vrier 1737, Arminio a visiblement marqu√© les esprits de l’√©poque, certains t√©moins commentateurs n’h√©sitant pas √† parler de “miracle”… La partition n’a jamais plu depuis √©t√© remont√©e jusqu’√† ce que Cencic s’y int√©resse. Le sujet emprunte √† l’histoire romaine (Tacite) : c’est m√™me un √©pisode peu glorieux pour les l√©gions de Rome confront√©es en 49 avant JC, aux Germains, dans la for√™t de Teutoburg. Le g√©n√©ral Varus est fait prisonnier du prince Hermann Arminius, commandant de 7 valeureuses tribus germaines. La d√©faite des Romains enterre toute vell√©it√© de Rome √† assoir sa puissance sur une vaste zone au del√† du Rhin. L’opera seria s’attache √† ciseler chaque profil psychologique, (selon le livret sign√© Antonio Salvi) chaque intention, chaque espoir silencieux, chaque noeud d’une situation conflictuelle (ch√®re √† Racine au si√®cle pr√©c√©dent, entre amour, d√©sir et jalousie) que l’action contredit ou pr√©cipite, souvent de fa√ßon artificielle : ainsi la mort de Varus/Varo le romain d√©fait est-elle √©vacu√© en quelques mots √† la fin de l’ouvrage dans un r√©citatif lapidaire qui vaut d√©nouement. Auparavant, Arminio est captur√© par Varo qui a des vues sur l’√©pouse de son ennemi captif… Pour captiver l’audience londonienne qui n’entend pas l’italien pour la majorit√©, Haendel n’h√©site pas √† r√©duire le texte de Salvi, en particulier ses r√©citatifs, v√©ritables tunnels d’ennui pour qui ce peut go√Ľter les subtilit√©s de l’italien.

Parmi les chanteurs vedettes, les castrats sont toujurs √† l’honneur ; apr√®s la trahison du contralto Senesino, son chanteur contralto f√©tiche, rival de Farinelli, qui finalement quitte Haendel pour un troupe rivale en 1733, c’est dans le r√īle-titre, l’alto aigu Domenico Annibali qui rel√®ve les d√©fis d’un personnage exigeant ; le castrat Sigismondo lui embo√ģte le pas, l’√©galant m√™me par sa partie non moins audacieuse : √† la cr√©ation, r√īle tenu par le sopraniste Domenico Conti, surnomm√© Gizziello, probablement le plus connu des solistes r√©unis par Haendel en 1737 : c’est le seul castrat soprano (en dehors des mezzos et contraltos) pour lequel le compositeur √©crira des r√īles √† Londres. C√īt√© chanteuses, la prima donna demeure dans le r√īle de Tusnelda, la soprano : Anna ¬†Maria Strada del P√≤, partenaire et interpr√®te famili√®re de Haendel depuis le d√©but des ann√©es 1730 dont la laideur l√©gendaire √©galait la finesse dramatique et l’engagement vocal. Le t√©nor anglais John Beard chante le commandant Vero. Le chanteur deviendra directeur du Covent Garden, et continuera de chanter pour Haendel dans de nombreux autres ouvrages lyriques et aussi ses futurs oratorios.

 

 

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Le synopsis veille √† pr√©senter de superbes profils psychologiques, tous impressionn√©s (les Romains), stimul√©s (les Germains) par l’h√©ro√Įsme sto√Įcien du captif Arminio, prisonnier du g√©n√©ral romain Vero…¬† Au d√©but, le Germain S√©geste livre le chef germain Arminio au g√©n√©ral romain Vero. La fille et le fils de S√©geste, Tusnelda (√©pouse d’Arminio) et Sigismondo payent tr√®s cher, la trahison de leur p√®re : Tusnelda en l’absence d’Arminio, doit affronter les avances de Vero ; Sigismondo ne peut rien faire quand sa fianc√©e Ramise, la soeur d’Arminio, rompt leur vŇďu…¬† Pour augmenter les chances d’une paix avec Rome, S√©geste souhaite l’ex√©cution d’Arminio pour que sa fille Tusnelda √©pouse Vero ; d’autant que Sigismondo a rejoint le parti de son p√®re et accepte de pactiser avec les Romains. Figure h√©ro√Įque pr√™te √† mourir, Arminio dans sa prison d√©clare qu’il ne c√®dera pas quitte √† mourir. Son √©pouse Tusnelda lui reste fid√®le. A l’acte III, tout semble √™tre jou√© : Arminio est conduit √† l’√©chafaud : mais Vero impressionn√© par la noblesse du prisonnier, reporte l’ex√©cution quand on apprend que des Germains rebelles ont soumis les l√©gions de Rome. Les femmes Tusnelda et Ramise lib√©rent Arminio avec la complicit√© de Sigismondo ; Arminio prend la t√™te de la r√©bellion contre les Romains et tue Vero. S√©geste est soumis ; par cl√©mence et grandeur morale, Arminio pardonne √† S√©geste en l’√©pargnant. Toutes les s√©quences pointent finalement vers le duo des √©poux germains qui se retrouvent en fin d’action : duetto final qui souligne les vertus de la fid√©lit√© et de la constance de l’amour entre Arminio et Tusnelda).

Arminio de 1737 incarne un jalon majeur de l’exp√©rience de Haendel √† Londres ; l’ouvrage par son sujet √©difiant et moral contient aussi l’objectif finalement non exhauc√© : fid√©liser les spectateurs londoniens √† l’opera seria italien. Malgr√© toutes ses tentatives, Haendel √©chouera en y perdant des fortunes. Il se refera gr√Ęce au nouveau de l’oratorio anglais promis √† de nombreux triomphes.

 

 

CD, annonce. Haendel : Arminio par Max Emanuel Cencic (2 cd Decca). Prochaine critique complete dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS.COM. Parution : le 25 mars 2016. La production d’Arminio ressuscit√© par Max Emanuel Cencic fait l’ouverture du festival Handel √† Karlsruhe, le 13 f√©vrier 2016. Le haute-contre, devenu metteur en sc√®ne transpose l’intrigue romaine dans l’Europe de la R√©volution et de l’√©poque n√©opol√©onienne, tout en s’inspirant du film de Milos Forman “Les Ombres de Goya”… ambitieux projet.

 

 

 

CD, coffret événement, annonce. THE DECCA SOUND (50 cd Decca)

THE DECCA SOUND box coffret decca 50 cd cover review announce classiquenews CLIC de CLASSIQUENEWS classicalite-recording-news-the-decca-sound-dead-in-the-u-s-as-universal-music-classics-is-bornCD, coffret √©v√©nement, annonce. THE DECCA SOUND (50 cd Decca)... L’heure est au bilan r√©trospectif et Decca r√©√©dite en un coffret de 50 cd, autant de joyaux et perles discographiques, illustrant des d√©cades de perfection discographiques, soit les meilleures r√©alisations musicales sur 50 ans de politique d’enregistrement, b√©n√©ficiant de la meilleure prise de son de l’√©poque (avec Philips s’entend). Outre la qualit√© de chaque interpr√©tation s√©lectionn√©e, l’√©diteur met en avant la qualit√© √©ditoriale du coffret (chaque album a sa couverture d’origine, un livret explicatif -sa couverture en papier glac√©e-, de 200 pages pr√©sente l’int√©r√™t de la collection comprenant surtout deux chapitres d√©di√©s au “son Decca” et √† “50 ans d’excellence Decca”…). L’orchestre en vedette ici demeure le LSO (London Symphony Orchestra), le Wiener Philharmoniker (dont l’int√©grale du Ring de Wagner initi√© d√®s 1958 – la premi√®re int√©grale enregistr√©e en st√©r√©o par Solti, ici en extraits, finalement achev√©e en 1965 avec La Walkyrie) ; mais aussi les grands Am√©ricains (San Francisco, Cleveland, Detroit, Los Angeles…). Parmi les must √† √©couter, que tout m√©lomane qui se respecte se doit de conna√ģtre :
Parmi les plus anciennes bandes ici pr√©sent√©es (√† juste titre) chacun pourra tirer b√©n√©fice de l’√©coute assidue de la baguette du chef Ataulfo Argenta, sensibilit√© latine pionni√®re annon√ßant d√®s 1956-1957, la fi√®vre communicative d’un Dudamel aujourd’hui… ; The Planets / Les Plan√®tes de Holst par Karajan et le Wiener Philharmoniker, septembre 1961 ; War Requiem de et par Britten (Londres, 1963 comptant Vishnevskaya, Pears, Fischer-Dieskau), Istvan Kertesz (Symphonies de Dvorak, Bartok et Ravel en 1961-1963 et 1965-1968 avec le pianiste Julius Katchen) ; l’imagination th√©√Ętrale de Peter Maag dans Le songe d’une nuit d’√©t√© de Mendelssohn (Londres, 1957) ; le Borodin de martinon en 1958 ; Daphnis et Chlo√© de Ravel par Pierre Monteux et le London SYmphony orchestra en avril 1959 ; … C√īt√©s voix l√©gendaires dans des prises lives ou chaleureuses : distinguons, La Fanciulla del West de Puccini avec en 1958, Mario del Monaco et Renata Tebaldi ; le concert romain des 3 t√©nors (1990 : Pavarotti, Domingo, Carreras : coup m√©diatique, co√Ľt artistique…) ; le r√©cital new yorkais de Pavarotti, Horne, Sutherland de 1981 ; le programme de m√©lodies italiennes par Beethoven, Schubert et Haydn (cantate Arianna) par la jeune Bartoli en 1992 …
DECCA SOUND presentation cd details review compte rendu critique classiquenews EnsemblePic2-1024x682C√īt√©s “grands chefs” et directions inspir√©es / habit√©es, vous vous d√©lecterez bien d’Une Symphonie alpestre de R. Strauss par Herbert Blomstedt (San Francisco Symphony, 1989), Riccardo Chailly (avec Jean-Yves Thibaudet au piano) dans la spectaculaire – vrai d√©fi spatial-, Turangal√ģla-symphonie (Amsterdam, 1992), Christoph von Dohnanyi (Erwartung de Schoenberg avec Anja Silja (1979), Antal Dorati (L’Oiseau de feu, Le Sacre du printemps, 1981-1982 avec le Detroit Symphony Orchestra) ; √©videmment Sir Georg Solti ne saurait √™tre omis de l’√Ęge d’or du son Decca (r√©cital lyrique avec Ren√©e Fleming : Mozart, Dvorak, Verdi et surtout la sc√®ne finale de Daphn√© de Richard Strauss avec le LSO en 1996, claire r√©f√©rence aux prises de son h√©donistes d’un Karajan mais en peut-√™tre moins clair et transparent…), Symphonies n¬į5 et 9 de Chostakovitch par Bernard Haitink (1980-1981)… comme Zubin Mehta (Symphonie n¬į2 de Charles Ives, Los Angeles Philharmonic Orchestra, mai 1975)
Parmi les pianistes, retrouvons avec plaisir Nelson Freire (l’incontournable, Alicia de Larrocha (Falla : Nuits dans les jardins d’Espagne sous la direction de Rafael Fr√ľbeck de Burgos, 1983), Radu Lupu (Sonates de Beethoven dont Clair de lune, Path√©tique, Waldstein, 1972), Clifford Curzon (Concertos pour piano n¬į20 et 27 de Mozart sous la direction de Britten en 1970!) ;
CLIC_macaron_2014Mention sp√©ciale pour Vladimir Ashkenazy, le pianiste (Concertos 3 et 2 de Rachmaninov en 1963 sous la direction de Fistoulari) et presque 20 ans plus tard (1982-1984), le chef 1√®re de Sibelius et Tableaux d’une exposition de Moussorsgki ; m√™me le baroque n’est pas oubli√© gr√Ęce au Didon et En√©e de Purcell par Christopher Hogwood et ses √©quipes (dont complice famili√®re du chef, Emma Kirkby, 1992) ; ce qui rend quand m√™me accessoire le son d√©pass√© de Karl M√ľnchinger et ses troupes de Stuttgart, dans le Magnificat de JS Bach (1968). Critique compl√®te du coffret THE DECCA SOUND √† venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

CD, coffret événement, annonce. THE DECCA SOUND, édition limitée (50 cd Decca). CLIC de CLASSIQUENEWS de février et mars 2016.

CD, coffret. Compte rendu critique. Charles Dutoit РThe Montréal Years / Decca sound (35 cd Decca).

Dutoit charles decca montreal coffret box 35 cd review compte rendu critique classiquenews fevrier mars 2016CD, coffret. Compte rendu critique. Charles Dutoit – The Montr√©al Years / Decca sound (35 cd Decca).¬†Symphonisme canadien des 80′s. Quelle tradition symphonique au Canada dans les ann√©es 1980-2000 ? Ce coffret compose un legs symphonique de premier plan : le suisse Charles Dutoit n√© √† Lausanne en octobre 1936 (80 ans en 2016) cultive une connaissance sp√©cifique de l’orchestre, ayant √©t√© avant la direction, passionn√© par le violon… qu’il joue excellement. Il a toujours et de fa√ßon pionni√®re d√©fendu le r√©pertoire romantique et post romantique fran√ßais : √† l’√©poque o√Ļ le b√©n√©fice des instruments d’√©poque n’√©tait pas encore aussi reconnu et l√©gitimement sollicit√©, le chef a cisel√© un travail particulier sur l’√©quilibre des pupitres, jusqu’√† un h√©donisme sonore alliant sensualit√© et d√©tail, – mais aussi plaid√© pour une architecture explicite, analytique et dramatique dans les Symphonies de Berlioz, Bizet et Franck, surtout pl√©nitude sonore pour Saint-Sa√ęns (Symphonie avec orgue). Pas moins de 4 cd Ravel (Daphnis et Chlo√© – partition c√©l√©br√©e qui marque aussi le d√©but de la collaboration…, Bol√©ro, Alborada del Gracioso, La Valse, Rhapsodie espagnole, Concertos pour piano avec Pascal Rog√©, Menuet antique, Ma M√®re l’Oye, Valses nobles et sentimentales….), 3 cd Debussy (Images, Nocturnes, La mer, Jeux, Le martyre de saint-S√©bastien, Pr√©lude √† l’apr√®s midi d’un Faune, Children’s corner, La Bo√ģte √† joujoux…) ; l’√©l√©gance de Dutoit se d√©voile chez Supp√© (ouvertures), Faur√© (Requiem avec les solistes, Kiri Te Kanawa et Sheril Milnes) ; symphoniste dans l’√Ęme, artisan de la texture orchestrale √† Montr√©al, Charles Dutoit se d√©die aussi pour les russes : Moussorgski et Rimsky, Stravinsky (le Chant du Rossignol, L’Oiseau de feu, Scherzo fantastique…), sans omettre Respighi (Pins et Fontaines de Rome…), Mendelssohn, mais aussi Bartok (Concerto pour orchestre), Orff (Carmina Burana), Holst (The Planets). Pour saisir le soin du d√©tail et du flux organique global, il faut se reporter √† son album Ibert (Escales…). Les choix de r√©pertoire sont finalement √©tendus mais coh√©rents.¬†

 

 

dutoit charles chef maestro classiquenews DECCA montreal years coffret box 35 cd review critique cdCollaboration chef/orchestre/label… Le coffret 35 cd illustre de fa√ßon exhaustive une collaboration chef/orchestre/label, amorc√©e au d√©but des ann√©es 80, entre Charles Dutoit, l‚ÄôOrchestre Symphonique de Montr√©al et Decca. Soit pr√®s de 25 ann√©es d’une entente artistique sem√©e de r√©alisations comme d’accomplissements. A mesure que les jalons de cette sensibilit√© surtout fran√ßaise romantique s’est pr√©cis√©e et nuanc√©e, Decca ciselait aussi ses modes d’enregistrement (le fameux son Decca des ann√©es 1980, prenant naissance en particulier √† Paris, lors de sessions m√©morables √† l’√©glise Saint-Eustache). Nomm√© premier chef d’orchestre du Symphonique de Montr√©al en 1977, Charles Dutoit devait ainsi marquer en profondeur l’histoire de l’orchestre canadien jusqu’en 2002, soit 25 ans d’une coop√©ration passionnante, qui conna√ģt alors ses heures de gloire √† partir de 1980, quand le maestro signe un contrat exclusif avec Decca Londres. Amor√ßant un cycle discographique universellement salu√© (comme Karajan chez Deutsche Grammophon), avec Daphnis et Chlo√© de Ravel (1981), le chef dirige son orchestre dans le monde entier, lors d’une tourn√©e mondiale (Japon, Hong Kong, Cor√©e du nord, Am√©rique du Sud, Europe…) assurant au duo maestro/orchestre, une notori√©t√© international et une tr√®s solide r√©putation. Le coffret Decca sound regroupe les meilleures r√©alisations symphoniques, hors les deux int√©grales lyriques qui ont connu elles aussi un tr√®s grand succ√®s (Pell√©as et M√©lisande, 1991 ; et Les Troyens de Berlioz, 1994, √©galement enregistr√©es par Decca).

Boulimie fatale… Le chef accepte en parall√®le, la direction du Symphonique du Minnesota (1983), la direction estivale du Philhadelphia Orchestra (1990), mais aussi plusieurs engagements comme premier chef invit√© du National de France (1991-2001), et aussi la direction du NHK Symphony (1998-2003)… mais trop de fonctions ici et l√† prises au sacrifice d’une int√©grit√© artistique r√©ellement sereine et d√©di√©e, l’obligent √† remettre sa d√©mission aupr√®s du OSM (Orchestre Symphonique de Montr√©al), le 11 avril 2002 : ainsi se cl√īturait une entente qui √©tait arriv√©e au bout de ses possibilit√©s au d√©but du XX√®. Les relations d’un chef et des musiciens qui composent “son” orchestre, rel√®vent le plus souvent d’une histoire de couple : les enregistrements Decca √©voquent deux d√©cennies de travail o√Ļ le chef et le Symphonique de Montr√©al ont donn√© leur maximum, r√©alisant des enregistrements devenus des classiques du genre (Ravel, Stravinsky…). 35 cd d’une odyss√©e orchestrale passionnante.

 

CD, coffret. Compte rendu critique. Charles Dutoit РThe Montréal Years / Decca sound (35 cd Decca). Sortie le 5 février 2016.

 

CD, coffret. Alfred Brendel, The complete Philips recordings (114 cd Decca)

brendel-alfred-coffret-the-complete-philips-recordings-114-cd-review-critique-cd-classiquenews_deccaCD, coffret. Compte rendu critique: ALFRED BRENDEL, the complete Philips recordings (478 8827 edition limitée). Actualité hautement pianistique en ce mois de janvier 2016. Après un somptueux coffret Radu Lupu, et à quelques jours de la parution très attendue du dernier album (Water) de la pianiste Hélène Grimaud (chez Deutsche Grammophon), Decca édite un exceptionnel coffret regroupant tous les enregistrements Philips du pianiste Alfred Brendel, ce pour ces 85 ans en 2016. The complete Philips recordings totalise ainsi 114 cd, réorganisant l’intégrale des enregistrements réalisés de la fin des années 1960 au cycle des adieux, ceux de sa dernière tournée en décembre 2008. En plus d’un ouche feutré sobre et sensible, Brendel est un rare pianiste sachant mesurer la subtilité et l’humour. Un facétieux, à la fois intellectuel et aussi, pour ceux qui l’ont connu personnellement doué pour l’autodérision. Le legs de Bredenl est ici organisé en 4 parties :

 

1- Mozart, Bach et surtout Haydn, avec en bonus le cycle complet des Concertos pour piano et orchestre de Mozart réalisé avec Neville Marriner

2- Beethoven : d’abord les 3 intégrales des Concertos pour piano et orchestre (réalisées avec Rattle, Levine et Haitink) ; mais aussi les 2 cycles des Sonates pour piano (1970-1977 et 1992-1996).

3- Les Romantiques : les 2 cycles regroupant les oeuvres tardives pour piano de Schubert ; les Concertos pour piano et Totentanz de Liszt ; Tableaux d’une exposition de Moussorgski ; oeuvres de Berg, Busoni, Schoenberg.

4- enfin, le dernier volet comprend la musique de chambre, les lieder et les prises live : lieder de Schumann et Schubert avec l’immense baryton légendaire Dietrich Fischer Dieskau, Matthais Goerne ; les Sonates pour violoncelle et piano de Beethoven avec son fils violoncelliste Adrian. Enfin l’intégralité de son dernier récital, celui des adieux, donné à Vienne le 18 décembre 2018.

brendel_coffret_alfred brendel critique review piano clic de classiquenews janvier 2016 CLASSIQUENEWS review critique compte rendu inside

 

 

CLIC D'OR macaron 200Outre le soin apport√© √† cette int√©grale discographique de premier plan, saluons le superbe livre, v√©ritable mine et √©crin de clich√©s photographiques repr√©sentant l‚Äôinterpr√®te en situation, concerts et hors concert d√©livrant la photog√©nie du passeur, √† la fois po√®te, artiste habit√© par l‚Äôid√©al artistique et une pens√©e toujours √† l‚Äôaff√Ľt (diversit√© des clich√©s provenant de fonds d√©j√† connus mais aussi des archives personnelles de la famille Brendel). L‚Äôhomme au parapluie semble bien conserver intacte l‚Äôintensit√© d‚Äôune sensibilit√© qui s‚Äôest toujours pr√©serv√©e des contingences ext√©rieures : un artiste qui nous a r√©gal√© par cette capacit√© √† s‚Äôimmerger dans chaque oeuvre qu‚Äôil a jou√©e, surtout Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert.¬† Coffret exceptionnel, incontournable. Donc CLIC de classiquenews de janvier 2016.

 

 

CD, coffret. ALFRED BRENDEL, the complete Philips recordings (478 8827 edition limitée) 114 cd + 1 Beaux-livre (richement illustré de photographies 114 cd Decca).

 

 

 

 

tracklisting :

 

 

 

BACH · HAYDN · MOZART

CD1:              Bach, J.S.: Italian Concerto; Chromatic Fantasia & Fugue

CD2:              Haydn: Piano Sonatas Nos. 20 & 49

CD3:              Haydn: Piano Sonatas Nos. 32, 34 & 42; Fantasia in C

CD4:              Haydn: Piano Sonatas Nos. 48, 50 & 51

CD5:              Haydn: Piano Sonatas Nos. 37, 40 & 52; Andante con variazioni

CD6:              Mozart: Piano Sonatas Nos. 8, 13 & 14

CD7:              Mozart: Piano Sonata No.11; Adagio in B Minor; Duport Variations K.573

CD8:              Mozart: Piano Sonatas Nos. 3, 4 & 18

CD9:              Mozart: Piano Sonatas Nos. 8, 9 & 15

CD10:            Mozart: Piano Sonatas Nos. 10, 11 & 17

CD11:            Mozart: Piano Sonatas Nos. 12, 13 & 14

CD12:            Mozart: Piano Sonatas Nos. 4 & 15

CD13:            Mozart: Piano Concertos Nos. 5, 6 & 10

CD14:            Mozart: Piano Concertos Nos. 7, 8 & 11

CD15:            Mozart: Piano Concertos Nos. 9 & 12; Rondo, K.386

CD16:            Mozart: Piano Concertos Nos. 13 & 17; Concert Rondo, K.382

CD17:            Mozart: Piano Concertos Nos. 14, 15 & 16

CD18:            Mozart: Piano Concertos Nos. 18 & 19

CD19:            Mozart: Piano Concertos Nos. 20 & 21

CD20:            Mozart: Piano Concertos Nos. 22 & 23

CD21:            Mozart: Piano Concertos Nos. 24 & 25

CD22:            Mozart: Piano Concertos Nos. 26 & 27

                       Academy of St. Martin in the Fields, Sir Neville Marriner

CD23:            Mozart: Piano Concertos Nos.20 & 24

CD24:            Mozart: Piano Concertos Nos. 22 & 27

CD25:            Mozart: Piano Concertos Nos. 9 & 25

CD26:            Mozart: Piano Concertos Nos. 12 & 17

                      Scottish Chamber Orchestra, Sir Charles Mackerras

CD27:            Mozart: Piano Quartet in E flat Major & Piano Concerto No.12 (arr. for piano & string quartet) with Alban Berg Quartet

CD28: ¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† Mozart: Ch’io mi scordi di te -¬†Jessye Norman, Sylvia McNair, Academy of St. Martin-in-the-Fields under Sir Neville Marriner

                      BEETHOVEN

CD29:            Beethoven: Piano Sonatas Nos.1, 2 & 3 [Analogue cycle]

CD30:            Beethoven: Piano Sonatas Nos.4, 15 & 20

CD31:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 5, 6 & 7

CD32:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 8, 9, 10 & 11

CD33:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 12, 13, 14 & 19

CD34:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 16, 17 & 18

CD35:            Beethoven: Piano Spnatas Nos. 21, 22 & 23

CD36:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 25, 24, 27 & 23

CD37:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 29 & 26

CD38:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 30, 31 & 32

CD39:            Beethoven: Pano Sonatas Nos. 1, 2 & 4 [digital cycle]

CD40:            Beethoven: Piano Sonatas Nos.3, 5, 6 & 8

CD41:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 7, 9, 10 & 11

CD42:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 12, 13, 14 & 15

CD43:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 16, 17, 18 & 19

CD44:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 20, 21, 22 & 23

CD45:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 24, 25, 26, 27 & 28

CD46:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 29 & 30

CD47:            Beethoven: Piano Sonatas Nos. 31 & 32

CD48:            Beethoven: Eroica Variations; Bagatelles Op.126, 6 Ecossaises WoO 83, 6 Piano Variations in F Op.34, etc.

CD49:            Beethoven: Bagatelles Op.33, 119 & 126

CD50:            Beethoven: Diabelli Variations (1988)

CD51:            Beethoven: Piano Concertos Nos. 1 & 2

CD52:            Beethoven: Piano Concertos Nos. 3 & 4

CD53: ¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† Beethoven: Piano Concerto No.5 – Emperor”; Fantasia, Op.80 -¬†London Philharmonic Orchestra, Bernard Haitink

CD54:            Beethoven: Piano Concertos Nos. 1 & 4

CD55:            Beethoven: Piano Concertos Nos. 2 & 3

CD56: ¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† Beethoven: Piano Concerto No.5 – “Emperor”

                      Wiener Philharmoniker, Sir Simon Rattle

                      SCHUBERT · SCHUMANN · LISZT · BRAHMS

 

CD57:            Schubert: Piano Sonatas Nos. 4, 9 & 13 (analogue)

CD58:           Schubert: Piano Sonatas Nos. 14 & 16; Piano Sonata in C, D.840 (analogue)

CD59:            Schubert: Piano Sonatas Nos. 17 & 18 (analogue)

CD60:            Schubert: Piano Sonatas Nos. 19 & 20 (analogue)

CD61: ¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† Schubert: Piano Sonata No.21; 3 Klavierst√ľke, D.946 (analogue)

CD62:            Schubert: 4 Impromptus, D.899; 4 Impromptus, D.935 (analogue)

CD63:            Schubert: Wanderer Fantasy; 6 Moments Musicaux, D.780 (analogue)

CD64:            Schubert: Piano Sonatas Nos. 17 & 14 (digital)

CD65:            Schubert: Piano Sonata No.20 in A Major, D.959 (digital)

CD66:            Schubert: Piano Sonata No.19; 6 Moments Musicaux (digital)

CD67: ¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† Schubert: Piano Sonata No.16; Klavierst√ľcke, D.946 (digital)

CD68:            Schubert: Four Impromptus, D.90; Four Impromptus, D.935 (digital)

CD69:            Schubert: Piano Sonata No.18; Piano Sonata in C, D.840 (digital)

CD70:            Schubert: Piano Sonata No.21; Wanderer Fantasy (digital)

CD71: ¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† Weber: Konzertst√ľck in F Minor; Piano Sonata No.2

CD72:            Schumann: Piano Concerto; Fantasie

                       London Symphony Orchestra, Claudio Abbado

CD73:            Schumann: Piano Concerto, Fantasie

                       Philharmonia Orchestra, Kurt Sanderling

CD74:            Schumann: Kreisleriana; Kinderszenen

CD75:            Schumann: Symphonic Studies; Mussorgsky: Pictures at an Exhibition..

CD76:            Liszt: Piano Concertos Nos. 1 & 2 + Totentanz, etc.

CD77-78:      Liszt: Sonata; Années:Italie

CD79:            Liszt: Années de pélerinage РSuisse

CD80:            Liszt: Années de pèlerinage

CD81:            Liszt: Harmonies poétiques et religieuses

CD82:            Brahms: Piano Concerto No.1 in D Minor

                       Royal Concertgebouw Orchestra, Hans Schmidt-Isserstedt

CD83:          Brahms: Piano Concerto No.1 in D Minor, Theme and Variations in D minor from String Sextet, Op. 18

                       Berliner Philharmoniker, Claudio Abbado

CD84:            Brahms: Piano Concerto No.2 in B Flat Major

                       Royal Concertgebouw Orchestra, Bernard Haitink

CD85:            Brahms: Piano Concerto No.2 in B Flat Major

                       Berliner Philharmoniker, Claudio Abbado

CD86:        Schoenberg: Piano Concerto; Busoni: Toccata; Berg: Piano Sonata, Op.1; Schoenberg: Piano Concerto* - Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, Rafael Kubelik - *SWF Sinfonie Orchester Baden-Baden, Michael Gielen      

                      CHAMBER MUSIC & LIVE RECORDINGS

CD87:           Mozart Quintet in E-flat major K452 & Beethoven Quintet in E-flat major, Op.16 with Heinz Holliger, Eduard Brunner, Hermann Baumann, Klaus Thunemann

CD88-89:     Beethoven: Complete Works for Piano & Cello | with Adrian Brendel (violoncelle)

CD90:           Schubert: Trout Quintet | with Cleveland Quartet

CD91:     Schubert: Trout quintet & Mozart: Piano Quartet In G Minor РThomas Zehetmair, Tabea Zimmermann, Richard Duven, Peter Riegelbauer

CD92:           Schumann: Works for Oboe and Piano | with Heinz Holliger

CD93:           Schubert: Lieder | with Dietrich Fischer-Dieskau

CD94:            Schubert: Schwanengesang | with Dietrich Fischer-Dieskau

CD95:            Beethoven: An die ferne Geliebte & Schubert: Schwanengesang | with Matthias Goerne

CD96             Schubert: Winterreise | with Dietrich Fischer-Dieskau

CD97             Schubert: Winterreise | with Matthias Goerne

CD98:            Schumann: Dichterliebe (Waechter) | with Eberhard Wachter

CD99:            Schumann: Dichterliebe & Liederkreis | With Dietrich Fischer-Dieskau

CD100:          Beethoven: Diabelli Variations (1976 Live)

CD101:          Beethoven: Diabelli Variations (2001 Live)

CD102:          Beethoven: Piano Sonatas opp.106 & 78

CD103:          Bach, Haydn & Beethoven Recital

CD104-105:  Schubert: Piano Sonata No. 18; Piano Sonata no. 9; Piano Sonata No. 20; Piano Sonata No. 21 (Live)

CD106:

Live in Salzburg: Haydn: Variations in F Minor; Piano Sonata in C H.XVI no. 50, Schubert: Piano Sonata No. 14 in A Minor;

Piano Sonata in C, D.840, Wagner/Liszt: Isoldes Liebstod (piano transcription)

CD107:

Chopin Andante Spianato and Grand Polonaise in E flat op.22/ Mendelssohn:  Variations sérieuses op.54 / Busoni: Seven Elegies / Beethoven: Piano Sonata No.28 op.101 [BBC]

CD108-110:  Beethoven Piano Concertos Nos. 1-5

                       Chicago Symphony Orchestra, James Levine

CD111:          Birthday Tribute Disc 1: Brahms: Piano Concerto no. 1,Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, Colin Davis

CD112:

Birthday Tribute Disc 2: Mozart: Piano Concerto No. 25 K.503*;Beethoven: Piano Sonata No. 31; Schubert: Impromptu No. 1 in F Minor (from 4 Impromputs Op. 142)

*SWR Sinfonieorchester Baden-Baden und Freiburg, Hans Zender

CD113-114:   Farewell Concerts: Mozart: Piano Concerto no. 9*; Haydn: Variations in F Minor; Mozart: Piano Sonata no. 15;  Beethoven: Piano Sonata no. 13; Schubert: Piano Sonata no. 21; Beethoven: 4. Andante (from 7 Bagatelles op. 33); Schubert: No. 3 in G Flat Major (from 4 Impromptus op. 90); Bach: Nun komm, der Heiden Heiland BWV 659

*Wiener Philharmoniker, Sir Charles Mackerras

CD, compte rendu critique. Coffret Brahms : complete orchestral music. Integrale de la musique pour orchestre. Riccardo Chailly, direction. Gewandhaus Orchester Leipzig. 7 cd Decca (2006-2014)

brahms complete orchestral music coffret box Decca review compte rendu critique cd classiquenews Freire kavakos repin mork disques cd review compte rendu critique de disque, coffret Chailly classiquenewsCD, compte rendu critique. Coffret Brahms : complete orchestral music. Integrale de la musique pour orchestre. Riccardo Chailly, direction. Gewandhaus Orchester Leipzig. 7 cd Decca (2006-2014). Enregistr√©e en plusieurs coffrets s√©par√©s selon le calendrier des enregistrements r√©alis√©s, cette int√©grale Brahms par Riccardo Chailly prend forme en un coffret unique √©dit√© par Decca (7 cd). Avec sa r√©cente int√©grale Beethoven, Chailly impressionne par une ampleur du son, une puissance qui sait aussi pr√©server le d√©tail et une certaine clart√© ; tout est canalis√© pour l’opulence d’un dramatisme br√Ľl√© qui compose dans une discographie une voie mediane, √©quilibr√©e qui s’affirme comme une r√©f√©rence jamais d√©cevante. Soucieux de clart√© et de lisibilit√©, le Brahms de Chailly sait trancher, caract√©riser sans √©paisseur et cette surench√®re produisant bien souvent une p√Ęte d√©clam√©e, ampoul√©e, finalement indigeste. Chailly revient √† l’architecture primitive et originelle du Brahms b√Ętisseur, prolongeant comme personne l’invention des formes depuis Beethoven. Compar√© √† ses premi√®res lectures des Symphonies avec l’autre Gewandhaus (d’Amsterdam), le geste forg√© et peu √† peu sculpter √† Leipzig, comme profitant de la r√©volution interpr√©tative op√©r√©e sur Bach, a con√ßu une direction plus l√©g√®re et transparente dont la sensibilit√© instrumentale r√©g√©n√©r√©e, exalte les sens et fait la r√©ussite par exemple du mouvement lent (Andante) du Concerto pour piano n¬į2 (1881, cd 7), de loin la lecture la plus int√©ressante, profitant aussi il est vrai de l’exceptionnelle Nelson Freire (Live de 2005).

brahms serenades chailly gewandhaus de leipzig orchestra classiquenews compte rendu critique cd decca mai 2015Directeur musical du Gewandhaus de Leipzig depuis 2005, Riccardo Chailly signe donc une int√©grale qui malgr√© certains passages √† vide, comporte des instants de gr√Ęce, comme suspendus, port√©s par cet id√©al personnel de la lisibilit√© et de la clart√© qui n’emp√™che ce que nous aimons tant chez Brahms, l’ivresse et l’extase tendre, jaillissement √©perdu d’une innocence pr√©serv√©e, intacte malgr√© les blessures tues, les traumatismes (√©couter ce m√™me Andante et la place accord√©e au chant du violoncelle : un instant de gr√Ęce).

L’int√©grale Brahms de Chailly demeure une le√ßon de musicalit√© respectueuse, soucieuse d’articulation et de lisibilit√©…

Vertus de la clarté allégée

C’est un Brahms plus nerveux, et osons dire m√™me audacieux au sens d’un Beethoven : les coups de timbales qui ouvrent la Premi√®re Symphonie ne signifient-ils pas voici l’aube d’un monde nouveau comme Beethoven le dit lui-m√™me au terme de son propre cycle symphonique dans sa 9√®me ? Chailly retrouve ainsi le Brahms moderne et on pas classique, celui expurg√© de la tradition fin XIX√® et mi XX√®me, h√©rit√© de ses meilleurs d√©fenseurs Toscanini, F√©lix Weingartner. Brahms l’inventeur de formes nouvelles, capable de surprendre par un itin√©raire harmonique et rythmique neuf, r√©solument improbable, Brahms le r√©formiste ; voil√† le visage qui s’inscrit en lettres d’or sur le coffret Chailly : n’√©coutez que le d√©but et son d√©veloppement de la Symphonie n¬į1 (vrai poco sostenuto des cordes et transparence l√©g√®re pour plus de mordant et d’√Ępret√© voire de lumi√®re dans cet irr√©pressible allant tragique initial) pour comprendre les apports du geste d√©poussi√©r√©, all√©g√©, nerveux, jamais surexpressif du chef italien. Sans perdre la puissance et le sentiment de la carrure colossale, le chef ajoute et soigne de bout en bout, le relief d’une lisibilit√© entre les pupitres qui repr√©cise la direction de l’architecture, les justes proportions entre les pupitres. La Symphonie n¬į3 d√®s le d√©but peut ainsi compter sur une parfaite pr√©cision lisible des bois qui citent avec d’autant plus de vitalit√©, la r√©f√©rence aux motifs folkloriques si pr√©sents dans le tissu brahmsien. La construction globale, l’√©difice de Symphonies en Symphonies d√©voilent par un geste pr√©cis, affin√©, des ar√™tes vives, des passages et des mod√©natures insoup√ßonn√©es (liss√©es ou exp√©di√©es par les chefs moins scrupuleux).¬† Compl√©ment exaltants √† la clart√© architecturale des 4 Symphonies, les Ňďuvres concertantes, pour violon ; pour violon et violoncelle, √©clairent √©galement un m√™me souci d’√©locution : le Concerto en r√© (1879) s’impose √©videmment parmi les meilleures r√©ussites du coffret. C’est peu dire que le violon de Kavakos transcende le Concerto en r√© (prise de 2013) par la finesse sans aucune emphase de son instrument. C’est droit, vif, pr√©cis, all√©g√© lui aussi, dans la lumi√®re et d’une clart√© absolu (trilles aigu√ęs inouies, d’une ciselure arachn√©enne), exprimant la fusion, cet esprit d’effusion souple et tendre unissant orchestre et violon dans une seule et m√™me caresse amoureuse : Leonidas Kavakos est Brahmsien comme Chailly : jamais dans la d√©monstration et la pure virtuosit√©, r√©v√©lant des couleurs int√©rieures enfouies, intimes, pudiques d’une infinie douceur.

M√™me incandescence et m√™me entente partag√©es par les deux solistes du Double Concerto (live de 2008) : le violoncelle de Truls Mork et le violon de Vadim Repin, vif argents, d’une sobri√©t√© √©prise d’√©l√©gance chambriste, toujours articul√©e et d’une subtilit√© d’accents… Les nouveaux r√©glages de Chailly se ressentent d’autant mieux dans une Ňďuvre qui alterne de fa√ßon souvent vertigineuse les parties d√©volues √† tout l’orchestre et l’incise murmur√©e et plus cisel√©e du chant √† deux voix. Chambriste et concertant, comme un Concerto grosso, la partition semble diff√©rente √† tout ce qui fut jou√© jusque l√†.

Riccardo Chailly dirigeantEn s’appuyant sur la tradition brahmsienne de l’orchestre de Leipzig, songeons que l’orchestre a cr√©√© en 1859 le Premier Concerto pour piano,¬† Riccardo Chailly peut sculpter une sonorit√© qui a sa base romantique des plus l√©gitimes. En apportant un regard scrupuleux, veillant √† la lisibilit√© des timbres comme des pupitres, le chef r√©ussit son objectif : retrouver un Brahms plus incisif, plus transparent dont le souci de l’architecture et de la couleur se d√©voilent magistralement. En somme Brahms √©tait un moderne. Loin des clich√©s qui en font le suiveur conservateur et orthodoxe de Beethoven, r√©solument rival de Mahler √† Vienne. L’histoire d’un Brahms d√©poussi√©r√© s’√©crit maintenant gr√Ęce √† son pionnier d√©sormais incontournable, Riccardo Chailly.

 

 

 

Tracklisting Intégrale pour orchestre de Brahms :

 

CD1: Symphonie no. 1  op.68; Symphonie no. 3  op.90

CD2: Symphonie no. 2 op.73; Symphonie no. 4¬† op.98; version alternative du d√©but de la Symphonie n¬į4

CD3:¬† Ouverture tragique op.81; Intermezzo op.116 no. 4 (arr. Paul Klengel); Intermezzo op.117 no.1 (arr. Paul Klengel); Variations sur un Th√®me de Haydn op.56a; Liebeslieder-Walzer op.52; Andante, Symphonie no. 1 ‚Äď premi√®re de la version originale; Academic Festival Overture op.80;¬† Danses hongroises nos. 1, 3 & 10

CD4: Serenade no. 1 op.11; Serenade no. 2 op.16

CD5: Concerto pour violon op.77 [Leonidas Kavikos]; Concerto for Violin & Violoncelle op.102 [Vadim Repin, Truls Mörk]

CD6: Concerto pour piano no. 1  op.15 [Nelson Freire]

CD7: Concerto pour piano no.2 in B flat op.83 [Nelson Freire]

Orchestre du Concertgebouw de Leipzig

Leipzig Gewandhausorchester
Riccardo Chailly, direction

 

 

 

CD, compte rendu critique. Coffret Brahms : complete orchestral music. Integrale de la musique pour orchestre. Riccardo Chailly, direction. Gewandhaus Orchester Leipzig. 7 cd Decca 4788994 (2006-2014). Parution : mi octobre 2015.

 

 

CD, coffret. Sibelius great performances : Collins, Gibson, Rosbaud, Beinoum, Tuxen, Monteux… (11 cd)

CLIC_macaron_2014Le Concerto pour violon de SibeliusCD, coffret. Compte rendu critique. Sibelius great performances : Collins, Gibson, Rosbaud, Beinoum, Tuxen, Monteux… (11 cd). D’embl√©e l’affiche promet le meilleur en effet : compl√©ment au r√©cent coffret Warner regroupant les versions historiques propres aux ann√©es 1930 (Sibelius : Historical recordings : 1928 – 1945 7 cd, CLIC de classiquenews lui aussi) et d√©j√† en majorit√© britanniques (preuve d’un engouement ph√©nom√©nal pour Sibelius chez nos confr√®res anglo-saxons d√®s avant la seconde guerre mondiale), voici la preuve que la faveur anglaise pour le Finnois apr√®s la guerre ne s’est pas d√©mentie, et comme le prouvent ces archives Decca, dans les ann√©es 1950, a m√™me gagn√© une flamme exceptionnelle : les Symphonies par Anthony Collins (auteur d’une int√©grale londonienne entre 1952 et 1956, ou le Concerto pour violon par l’excellent, ardent, voire incandescent et super √©l√©gant soliste Ruggiero Ricci (1958) restent des accomplissements l√©gendaires. Comme la fi√®vre millim√©tr√©e d’une irr√©sistible √©l√©gance (Monteux), d’un dramatisme d√©taill√© (Gibson), des autres sib√©liens qui sur le m√©tier symphonique √©labor√© par un g√©nie de l’√©criture orchestrale, font preuve d’une √©gale implication sid√©rante. Aux c√īt√©s du LSO, le Concertgebouw d’Amsterdam (Beinoum) et le Berliner Philharmoniker (Rosbaud) affirment eux aussi un engagement supr√™me au service de partitions captivantes il faut bien le reconna√ģtre. Aucun doute, mises en perspective, tant de lectures aussi passionnantes, confirment bien, aux c√īt√©s de la richesse diverse des interpr√©tations, l’indiscutable g√©nie de S√©belius, le plus grand symphoniste du XX√® apr√®s Ravel, Mahler, Strauss.

 

 

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collins AnthonyCollins2Les 7 Symphonies, par le chef pionnier et visionnaire Anthony Collins, v√©ritable fleuron inestimable des archives Decca, d√©voilent √† qui ne le connaissait pas, l’exceptionnel talent de barde proph√©tique du chef britannique, capable d’insuffler la transe et la fi√®vre, mais aussi une intensit√© de braise √† son orchestre (LSO), de surcro√ģt ici dans un traitement remast√©ris√© : sens du d√©tail, sens de la construction, √©lan souverain, surtout fluidit√© organique d’un geste qui semble s’abreuver du lyrisme sib√©lien comme une source r√©g√©n√©ratrice. Bien avant les Bernstein ou les Karajan, visions si divergentes et somme toute compl√©mentaires – le dyonisiaque et l’Appolonien-, voici le premier d’entre eux, redevable de l’ami Kajanus, chef et compositeur, fervent interpr√®te des symphonies de Sibelius hors de Finlande : dans les ann√©es 1950, soit 20 ans apr√®s Kajanus, Anthony Collins partage la m√™me foi passionn√©e, cette profondeur et cette √©nergie √©ruptive qui fait battre tout l’orchestre au diapason d’un seul cŇďur, celui de la miraculeuse nature. Collins avait compris combien le langage de Sib√©lius √©tait g√©nial en tant que dernier grand symphoniste post romantique. Sa lecture de la Symphonie n¬į7 (1954) est un mod√®le de pr√©cision, d’engagement, √† la fois d√©taill√© et cisel√© mais aussi intense et dramatique. La houle qu’il y d√©ploie reste in√©gal√©e, d’une irr√©pressible attractivit√© par sa puissance et sa justesse. Des mouvements encha√ģn√©s en un seul, le chef tisse une fresque port√©e peu √† peu √† sa temp√©rature de fusion pour que se lib√®re en fin de cycle (√† 16mn, apr√®s 19mn), la formule cl√© : ni r√©p√©tition, ni redite, ni d√©veloppement abusif, tout l’art de l’√©loquence resserr√©e de Sibelius se concentre ici dans une direction √©conome, d√©taill√©, surexpressive et √©tonnamment juste.

Entiers, souverains dans leur compréhension fortement personnalisés, dans le sillon de Collins, les autres chefs accréditent chacun par la justesse de leur approche, ce coffret plus que recommandable : nécessaire pour qui veut écouter plusieurs propositions de caractère, à des années lumières de la sonorité lisse et fade servie par les uns et les autres plus récents.

De Anthony Collins à Sir Alexander Gibson...

Sibelius : une tradition londonienne

NPG x129513; Sir Alexander Drummond Gibson by Sefton SamuelsCD11 : le top. Dans une prise magnifique (d√©taill√© et opulente de 1960), l’√©cossais Alexander Gibson (d√©c√©d√© en 1995) montre (avant Gergiev) la vitalit√© exub√©rante et mordor√©e des instrumentistes du LSO London symphony orchestra : vivifiant les vertiges et contrastes de la Symphonie n¬į5 il stup√©fait par sa direction souple et incisive. Houle oc√©ane et fr√©missements √† la fois gorg√©s de vie et d’une puissance inqui√©tante, mais aussi baguette analytique o√Ļ scintillent tous les instruments en une course saisissante : la vision est √©lectrisante : Gibson est un sib√©lien de premi√®re valeur. Plus olympien mais non moins dyonisiaque, Gibson semble 10 ans apr√®s Collins, recueillir et r√©g√©n√©rer le flux organique et la transe l√©gu√©e au m√™me orchestre par Anthony Collins. La science des climats int√©rieurs, la tension collective, surtout la construction et les √©quilibres sont remarquables… preuve qu’il y a bien une tradition organique et visc√©rale de l’interpr√©tation sib√©lienne √† Londres. La d√©monstration est √©loquente et demeure l’enseignement le plus frappant de ce coffret anthologique. Dautant que la prise Decca de 1958 est √©blouissante : un mod√®le du genre, d√©taillant chaque pupitre, chaque instrument dans le respect des √©tagements naturels d’un orchestre en salle. Cuivres et cordes en √©tat de transe, lyrisme des bois et scintillement des vents sont √©poustouflants. A conna√ģtre en urgence. Gibson, √©galement tr√®s grand chef lyrique (il est devenu en 1957, l’ann√©e qui pr√©c√®de cet enregistrement l√©gendaire, le plus jeune directeur du Sadler’s Wells Theatre), s’est taill√© une tr√®s solide r√©putation dans l’interpr√©tation des r√©pertoires nordiques, Nielsen et Sibelius, mais c’est au service de ce dernier que sa direction √† la fois √©l√©gante et tr√®s d√©taill√©e comme intens√©ment dramatique suscite les honneurs. Les ann√©es 1960 sont florissantes pour ce temp√©rament viril et d’une sensibilit√© rare : apr√®s avoir fond√© l’Op√©ra d’Ecosse en 1962, il est anobli par la reine en 1967. H√©doniste certes, √† la fa√ßon d’un Bernstein qui para√ģtrait presque plus d√©braill√© en comparaison, Gibson exprime l’√©quilibre des forces premi√®res d’une nature r√©ellement indomptable o√Ļ par blocs entiers, il d√©place le curseur, imposant tour √† tour, l’harmonie des bois, la fr√©n√©sie des cordes, l’ampleur hallucinante des cuivres (jusque dans leur dissonances vertigineuses), chacun affirmant au dessus des autres mais tr√®s sereinement sa propre √©nergie. Le troisi√®me et dernier mouvement est d’une force et d’une limpidit√© inou√Įe, exprimant ce dialogue sous-jacent entre toutes les parties, port√©s √† un degr√© d’intensit√© dansante (jusqu’au 7 accords finaux, taill√©s comme des gemmes). Rien que pour cette lecture, le coffret m√©rite toutes les palmes. Dautant que succ√®dent √† cette 5√®me exceptionnelle, les Suites Karela, Roi Christian II, et dans leur premi√®re r√©alisation discographique : l’Intermezzo de pell√©as, la Valse triste, Finlandia.

monteux pierrePierre Monteux (cd 10) participe aussi au prestige sib√©lien du LSO dans une Symphonie n¬į2 (1952) √† tomber, rugueuse et √Ępre d’une vitalit√© printani√®re et mordante quand il faut l’√™tre ; anim√©e, hallucin√©e, et pourtant sculpt√©e comme peu autour de lui, avec un go√Ľt (fran√ßais?), une √©l√©gance d√©taill√©e et analytique qui saisit. Ce dramatisme √©pique, cette vision scintillante se distinguent aussi nettement par son souffle et sa pr√©cision, un go√Ľt et un style admirables. D’autant quen immense chef lyrique, Monteux sait aussi caract√©riser un climat, un √©pisode avec une rythmique organique tr√©pidante (Vivacissimo du 3me mouvement jou√© tr√®s nerveux et vif, sans √©quivalent dans la discographie, contrastant avec le lento e suave, en un geste ample, fluide, vertigineux : la science de la direction est magistrale., et quelle sonorit√© des cuivres, aussi nobles et spectaculaires que sous la direction de Gibson.

Van Beinem avec le London Philharmoonic orchestra et le soliste Jan Damen offre une int√©ressante lecture du Concerto pour violon (1953) : beaucoup de fi√®vre dans l’esprit de Collins mais d√©j√† la flamme s’est assagie.

rosbaud Hans-Rosbaud-350Hans Rosbaud √† la t√™te du Berliner Philharmoniker (1954, 1955, 1957, 1958) dans une esth√©tique plus compacte, n√©anmoins riche en sursauts et souci du d√©tail, montre combien Sibelius rel√®ve de Wagner, Bruckner et des russes dont Tcha√Įkovski √©videmment, n’h√©sitant pas √† obtenir des tensions telluriques entre les pupitres de l’orchestre. De Finlandia, il fait surgir le monstre indomptable puis dansant en une transe assourdissante. Le geste reste visc√©ralement enflamm√©.

L’heureux couplage pr√©sente aussi les Ňďuvres chambristes dont le Quatuor Voces intimae qui r√©v√®le au fond le vrai temp√©rament de Sibelius : celui d’un contemplatif introspectif, grave sans √™tre d√©pressif (Griller Quartet, 1951).

tuxen erikSur le m√™me cd 6, la version de la Symphonie 5 opus 82 par Erik Tuxen et l’orchestre national symphonique de la Radio Danoise en 1952, est toute de finesse et de myst√®re sensuel : preuve que dans les rivages nordiques proches, le massif sib√©lien, riche en paysage, inspire particuli√®rement un chef visiblement habit√© par le souci et la conscience du g√©nial compositeur. Tuxen lib√®re la force sauvage et le feu printanier, – encore bien pr√©sents au terme des 7 derniers accords-, une activit√© souterraine et primitive, ses √©clairs intimes comme sa furieuse √©nergie avec toujours un souci de l’√©quilibre et du relief des instruments qui s’av√®re passionnant. Tuxen emporte avec une rage conqu√©rante Finlandia en 1954 :geste vif, fusion lumineuse des instruments, surtout fi√®vre collective, miroir embl√®me de toute une nation qui se l√®ve et affirme son ind√©pendance.

CD, compte rendu critique. Coffret Jean Sibelius : great performances. Symphonies, musiques de scène et poèmes symphoniques: Alexander Gibson, Anthony Collins, Bertil Bokstedt, Charles Mackerras, Eduard Beinum, Hans Rosbaud, Pierre Monteux. London Symphony orchestra, Danish state radio symphony orchestra, Concert gebouw orchestra, Berliner Philharmoniker, London Proms symphony orchestra. Mélodies : Birgit Nilsson, Kirsten Flagstad. Enregistrements réalisés de 1950 à 1960 (11 cd Decca 478 8589). CLIC de classiquenews octobre 2015.

CD, compte rendu critique. Max Emanuel Cencic : Arie Napoletane (1 cd Decca)

cencic arie napolitane cd decca review account of compte rendu critique du cd CLASSIQUENEWS cover Arie NapoletaneCD, compte rendu critique. Max Emanuel Cencic : Arie Napoletane (1 cd Decca). Le chanteur croate, Max Emanuel Cencic, r√©cent locataire de l’Op√©ra royal de Versailles pour des recr√©ations lyriques passionnantes, se d√©die dans ce nouvel album Decca, √† la flamme dramatique des Napolitains, lesquels au d√©but du XVIII√®, s’emparent de la sc√®ne lyrique au d√©triment de Venise ou de Rome. Associant subtilement virtuosit√© et dramatisme, les auteurs Napolitains incarnent l’√Ęge d’or de l’op√©ra baroque du XVIII√® ainsi que les chanteurs sp√©cifiques, fruits des Ospedale de la cite part√©nop√©enne : les castrats. Max Emanuel Cencic rend hommage et √† l’essor de Naples comme nouvelle capitale de l’op√©ra au XVIII√®, et aux fabuleux “divos”, les castrats dont les contre-t√©nors contemporains tentent de r√©tablir les prouesses vocales. Apr√®s son pr√©c√©dent cd Rokoko, inaugurant sa collaboration chez Decca, Max Emanuel Cencic dans Arie Napoletane confirme la justesse artistique de ses programmes discographiques.

Max Emanuel Cencic d√©voile Siroe de HasseMedium √©largi et facilit√© coloratoure, le contre t√©nor altiste Max Emanuel Cencic se d√©die aux compositeurs napolitains ici, dont le plus ancien, Alessandro Scarlatti (1660-1725) ouvre une constellation heureuse de temp√©raments dramatiques. La collection d√©bute avec Porpora et ses acrobaties d√©lirantes d’une virtuosit√© vertigineuse dans des intervalles extr√™mes (Polifemo). Puis plus amoureux et solennel, l’air de Demetrio de Leonardo Leo (1694-1744) se distingue : c’est un air langoureux qui exige un legato et un souffle infaillibles, des couleurs riches et¬† chaudes… que Cencic affirme sans d√©faillir.
L’Eraclea de Leonardo Vinci (1690-1730), compositeur que le contre-t√©nor appr√©cie particuli√®rement (voir Artaxerse, r√©cemment recr√©√© par ses soins), fait montre d’une m√™me agilit√© vocale, avec en bonus l’√Ępret√© mordante et bondissante des instrumentistes aff√Ľt√©s d’Il Pomo d’oro.
Plus introspectif et mélancolique Il Progioniero fortunato de Scarlatti permet à Cenci de nuancer et colorer tout autant sur le registre nostalgique.
Somptueuse contribution dans une myriade de premi√®res (le programme n’en est pas avare en regroupant nombre de recr√©ations mondiales), le Pergolesi captive : L’infelice in questo stato de L’Olimpiade par ses teintes tendres, et sa profondeur plus mesur√©e, nuanc√©e, caressante, m√™me s’il n’est pas in√©dit, confirme une √©vidente s√©duction.
Les deux Leo qui suivent soulignent une caract√©risation plus vive, exploitant l’assise de graves √©panouis et toujours l’agilit√© du medium souple et chaud (Demetrio), sans emp√™cher une ample gravit√© tendre (Siface).
Enfin , la rayonnante sensibilit√© du dernier Porpora impressionne par son ampleur et son souffle d’une ineffable tendresse h√©ro√Įque, le Germanico in Germania accr√©dite encore l’apport du pr√©sent r√©cital : l√† encore, le medium parfaitement conduit aux couleurs chaudes, convainc continuement.
Le dernier Scarlatti : “Vago mio sole” de Massimo Puppieno d√©veloppe une m√™me langueur extatique qui s’appuie sur les seules capacit√©s de l’interpr√®te; id√©alement inspir√©. On note seulement un manque d’expressivit√© ou de surench√®re parfois opportune dans les reprises da capo : et m√™me si l’articulation est parfois lisse moins consomn√©e, le feu vocal et la pure virtuosit√© demeure prenante ; c’est apr√®s tout,castrats oblige, le marqueur principale de la fabrique napolitaine baroque.

En bonus, les instrumentistes jouent √©galement en premi√®re mondiale, les trois mouvements du Concerto en r√© majeur pour deux violons et clavecin de Domenico Auletta (1723-1753) dont le feu napolitain, √† la fois fantasque et capricieux, d’une bonhommie franche et espi√®gle (et m√™me d√©licatement suave dans le largo central) ajoute √† ce portrait vocal et instrumental de la vitalit√© de l’√©cole napolitaine, y compris dans le genre concertant strictement instrumental. L’intelligence du chanteur recentre le chant sur le medium de la voix d√©sormais ample et charnu, √©vitant soigneusement les suraigus probl√©matiques. Aux c√īt√©s de son discernement sur l’√©volution irr√©sistible de l’organe, la recherche de couleur, de caract√®re comme de tension expressive reste son souci exemplaire.

CD, compte rendu critique. Arie Napoletane, Max Emanuel Cencic. 1 cd Decca.
Enregistrement réalisé en février 2015.

Tournée 2016. Le programme lyrique Arie Napoletane de Max Emanuel Cencic est en tournée en 2016 : 20 janvier 2016 (Paris, TCE), 22 janvier (Lyon, chapelle de la Trinité), puis 29 mars (Opéra de Rouen).

Cd, compte rendu critique. Schumann : Lederkreis opus 39. Frauenliebe und leben. Berg : 7 lieder de jeunesse. Dorothea Röschmann, soprano. Mitsuka Uchida, piano. 1 cd Decca

Cd, compte rendu critique. Schumann : Lederkreis opus 39. Frauenliebe und leben. Berg : 7 lieder de jeunesse. Dorothea R√∂schmann, soprano. Mitsuka Uchida, piano. 1 cd Decca. Le sens du verbe, l’√©locution ardente et pr√©cise de Dorothea R√∂schmann r√©tablit les climats proches malgr√© leur disparit√© esth√©tique, des lieder de Schumann et de Berg. Schumann vit de l’int√©rieur le drame sentimental ; Berg en exprime avec distanciation tous les questionnements. En apparence √©trangers l’un √† l’autre, les deux √©critures pourtant s’abandonnent √† une intensit√© lyrique, des √©panchements irr√©pressibles, clairement inspir√©s par l’univers profond voire myst√©rieux de la nuit, que le timbre m√Ľr de la soprano allemande sert avec un tact remarquable. L’exquise interpr√®te √©coute tous les vertiges int√©rieurs des mots. C’est une diseuse soucieuse de l’intelligibilit√© vivante de chaque po√®me. L’engagement vocal exprime chez Schumann comme Berg, le haut degr√© d’une conscience marqu√©e, √©prouv√©e qui n√©anmoins est en qu√™te de reconstruction permanente.

CLIC_macaron_2014schumann-cd-review-critique-CLASSIQUENEWS-dorothea-roschmann-mitsuko-uchida-lieder-decca-&-cd-critique-review-CLASSIQUENEWSCompos√©s en 1840, pour c√©l√©brer son union enfin r√©alis√©e avec la jeune pianiste Clara Wieck, les¬†Frauenliebe und leben lieder affirme l’exaltation du jeune √©poux Schumann qui √©crit dans un jaillissement presque exclusif (apr√®s n’avoir √©crit que des pi√®ce pour piano seul), une s√©rie de lieder inspir√©s par son amour pour Clara. Les po√®mes d‚ÄôAdelbert von Chamisso, d‚Äôorigine fran√ßaise, d√©peint la vie d‚Äôune femme mari√©e. ‚ÄúJ‚Äôai aim√© et v√©cu‚ÄĚ, chante-t-elle dans le dernier des huit lieder, et le cycle retrace son voyage de son premier amour, en passant par les fian√ßailles, le mariage, la maternit√©, jusqu‚Äôau deuil. L’hommage d’un amant admiratif au del√† de tout mot se lit ici dans une joie indicible que l’articulation sans pr√©tention ni affectation de la soprano, √©claire d’une intensit√©, naturelle, flexible. D’une rare coh√©rence, puisque certain passage du dernier rappelle l’√©nonc√© du premier, le cycle suit pas √† pas chaque sentiment f√©minin avec un tact subtil, mettant en avant l’impact du verbe. De ce point de vue, Ich kann’s nicht fassen, nicht glauben, tr√®s proche du parl√©, fusionne admirablement les vertiges musicaux et le sens du po√®me. D’une infinie finesse de projection, g√©rant un souffle qui se fait oublier tellement la prononciation est exemplaire, Dorothea R√∂schmann √©claire chaque s√©quence d’une sensibilit√© naturelle qui porte entre autres, l’exultation √† peine mesur√©e mais d’un abattage linguistique parfait des 5√® et 6√® m√©lodies (Helft mir, ihr Schwestern… et S√ľ√üer Freund, du blackest…). Sans d√©cors ni prolongement visuel, ce live restitue l’impact dramatique de chaque √©pisode, la force de la situation ; l’essence du th√©√Ętre ans le chant. Le cycle s’ach√®ve sur l’ab√ģme de douleur de la veuve √©plor√©e au chant tragique et lugubre (Nun hast du mir den ersten Schmerz getan…) : l’attention de la soprano √† chaque couleur du po√®me r√©alise un sommet de justesse sinc√®re par sa diversit√© nuanc√©e, son √©locution l√† aussi millim√©tr√©e en pianissimi t√©nus d’une indicible langueur doloriste. D’autant que Schumann y cite les premiers √©lans des premiers lieder : une r√©it√©ration d’une pudeur allusive bouleversante sous les doigts √† l’√©coute, divins de l’autre magicienne de ce r√©cital exceptionnel: Mitsuko Uchida. Cette derni√®re phrase essentiellement pianistique est la meilleure fin offerte au chant irradi√©, embras√© de l’immense soprano qui a tout donn√© auparavant. La complicit√© est rayonnante; la compr√©hension et l’entente indiscutable. Le r√©sultat : un r√©cital d’une force suggestive et musicale m√©morable.

Mélodies de Schumann et de Berg à Londres

R√∂schmann et Uchida : l’√©coute et le partage

 

Dat√©s de mai 1840 mais publi√©s en 1842, les Liederkreis, opus 39 sont eux-aussi port√©s par un jaillissement radical des forces du d√©sir, et du bonheur conjugal enfin v√©cu. Die Stille (5) est un chant embras√© par une nuit d’extase infinie o√Ļ la tendresse et l’innocence √©tendent leur ombre carressante. Le piano file un intimisme qui se fait repli d’une pudeur pr√©serv√©e : toute la d√©licatesse et l’implicite dont est capable la magicienne de la suggestion Mitsuko Uchida, sont l√†, synth√©tis√©s dans un Schumann serviteur d’une effusion premi√®re, id√©ale, comme virginale.
En fin de cycle , trois m√©lodies retiennent plus pr√©cis√©ment notre attention : Wehmut, (9), plus apais√©, est appel au pardon, tiss√© dans un sentiment de r√©conciliation tendre ; puis Zwielicht (10) souligne les ressources de la diseuse embras√©e, diseuse perfectionniste surtout, et d’une pr√©cision archan√©enne, quant √† la coloration et l’intention de chaque mot, n’h√©sitant pas √† d√©clamer une impr√©cation habit√©e qui convoque les r√©f√©rences fantastiques du texte (de fait la po√©sie d’Eichendorff est constell√© de d√©tails parfois terrifiants comme ces arbres frissonnants sous l’effet d’une puissance occulte et inconnue). Enfin, l’ultime : Fr√ľhlingsnacht (retour √† la nuit, 12) s’affirme en son √©lan printanier, palpitant, celui d’une ardeur souveraine et conqu√©rante, porteur d’un irr√©pressible sentiment d’extase, avec cette coloration r√©guli√®re cr√©pusculaire, r√©f√©rence √† la nuit du r√™ve et de l’onirisme.

 

 

Dorothea-Roeschmann--Mitsuko-Uchida

 

 

Au centre du cycle se trouvent deux lieder li√©s : ‚ÄúAuf einer Burg‚ÄĚ et ‚ÄúIn der Fremde‚ÄĚ. Le premier, avec sa subtile tapisserie contrapuntique, est √©crit dans un style ancien, et son atmosph√®re aust√®re pr√©figure le c√©l√®bre mouvement √©voquant la ‚ÄúCath√©drale de Cologne‚ÄĚ dans la Symphonie ‚ÄúRh√©nane‚ÄĚ de Schumann. La tonalit√© r√©elle du lied n‚Äôest pas le mi mineur dans lequel il commence, mais un la mineur suggestif. La musique aboutit √† une demi-cadence sur l‚Äôaccord de mi majeur, formant une transition avec le lied suivant, dont la ligne m√©lodique est clairement issue de la m√™me graine.
Les autres lieder du Liederkreis op. 39 sont parmi les plus c√©l√®bres de Schumann : ‚ÄúIntermezzo‚ÄĚ, (‚ÄúDein Bildnis wunderselig‚ÄĚ), avec son accompagnement de piano syncop√© d’une excitation √† peine contenue ; l‚Äô√©vocation magique d‚Äôune nuit au clair de lune dans ‚ÄúMondnacht‚ÄĚ, avec la ligne vocale r√©p√©t√©e hypnotiquement est lui aussi paysage nocturne, du moins jusqu‚Äôau retour chez lui du po√®te mais enivr√© et exalt√© dans le ‚ÄúFr√ľhlingsnacht‚ÄĚ final, o√Ļ il voit son amour combl√© au retour du printemps.
Les paysages nocturnes des Sept Lieder de jeunesse d‚ÄôAlban Berg, remontent √† ses √©tudes quand il √©tait √©l√®ve de composition en 1904 dans la classe de Schoenberg, et furent regroup√©s et minutieusement √©dit√©s avec accompagnement orchestral en 1928. Dorothea R√∂schmann chante leur transcription pour piano. Le plus √©perdu (plage 15) demeure Die Nachtigall (le Rossignol) lequel marqu√© par le romantisme d’un Strauss semble r√©capituler par son souffle et son intensit√©, toute la litt√©rature romantique tardive, synth√©tisant et Schumann et Brahms. Pianiste et chanteuse abordent avec un soin quasi clinique chaque changement de climat et de caract√®re, offrant une ciselure du mot d’une intensit√© sid√©rante : impressionnisme de Nacht, traumgekr√∂nt plus wagn√©rien, ou Sommertage (jours d’√©t√©) clairement influenc√© par son ma√ģtre d’alors Schoenberg : fond√© sur une d√©construction et un style √† rebours caract√©ristique √©l√©ments dont le piano √† la fois mesur√©, incandescent de Uchida souligne l’embrasement harmonique, jusqu’√† l’ultime r√©sonance de la derni√®re note du dernier lied. D’apr√®s Nikolaus Lenau, Theodor Storm et Rainer Maria Rilke ‚ÄĒ, Berg cultive ses go√Ľts litt√©raires avec une exigence digne des grands ma√ģtres qui l’ont pr√©c√©d√©. Dorothea R√∂schmann semble en conna√ģtre les moindres recoins s√©mantiques, les plus infimes allusions po√©tiques qui fait de son chant un geste vocal qui retrouve l’essence th√©√Ętrale et l’enivrement lyrique les plus justes.

schumann-cd-review-critique-CLASSIQUENEWS-dorothea-roschmann-mitsuko-uchida-lieder-decca-&-cd-critique-review-CLASSIQUENEWSCd, compte rendu critique. Schumann : Lederkreis opus 39. Frauenliebe und leben. Berg : 7 lieder de jeunesse. Dorothea Röschmann, soprano. Mitsuka Uchida, piano. 1 cd Decca 00289 478 8439. Enregistrement live réalisé au Wigmore Hall, London, 2 & 5 Mai 2015.

ROBERT SCHUMANN (1810‚Äď1856)
Liederkreis, op.39

1 I In der Fremde 1.45
2 II Intermezzo 1.53
3 III Waldesgespräch 2.38
4 IV Die Stille 1.49
5 V Mondnacht 3.52
6 VI Schöne Fremde 1.22
7 VII Auf einer Burg 3.19
8 VIII In der Fremde 1.25
9 IX Wehmut 2.40
10 X Zwielicht 3.29
11 XI Im Walde 1.35
12 XII Fr√ľhlingsnacht 1.28

ALBAN BERG (1885‚Äď1935)
Sieben fr√ľhe Lieder
Seven Early Songs · Sept Lieder de jeunesse

13 I Nacht 4.14
14 II Schilflied 2.18
15 III Die Nachtigall 2.14
16 IV Traumgekrönt 2.41
17 V Im Zimmer 1.21
18 VI Liebesode 1.57
19 VII Sommertage 2.00

ROBERT SCHUMANN
Frauenliebe und -leben, op.42

20 I Seit ich ihn gesehen 2.39
21 II Er, der Herrlichste von allen 3.41
22 III Ich kann’s nicht fassen, nicht glauben 1.58
23 IV Du Ring an meinem Finger 3.01
24 V Helft mir, ihr Schwestern 2.15
25 VI S√ľ√üer Freund, du blickest 4.43
26 VII An meinem Herzen, an meiner Brust 1.33
27 VIII Nun hast du mir den ersten Schmerz getan 4.39

DOROTHEA R√ĖSCHMANN soprano
MITSUKO UCHIDA piano

CD/Download 00289 478 8439
Recording Location: Wigmore Hall, London, 2 & 5 mai 2015 (enregistrement live ).

 

 

 

Opera de poche : la nouvelle Playlist de Decca et Deutsche Grammophon

opera-de-poche-decca-deutsche-grammophon-playlist-cdINTERNET. Decca / DG lance la Playlist Opéra de poche. A l’occasion de l’actualité lyrique en France, Universal music lance une nouvelle offre numérique. En complément à l’opéra de Puccini, Madama Butterfly, actuellement à l’affiche de l’Opéra Bastile à Paris, (jusqu’au 13 octobre 2015), composez votre propre playlist, constitué d’extraits, les séquences les plus fortes de l’ouvrage, à partir des meilleures interprétations enregistrées chez Decca, Deustche Grammophon…  le principe est simple : (re)découvrir un opéra à travers ses tubes dans des versions de référence en un peu plus d’1h. Avant Madama Butterfly, découvrez les ressources de ce projet avec Don Giovanni, l’opéra des opéras signés Mozart et son librettiste, Da Ponte. Découvrez parmi les très nombreuses versions disponibles, les extraits et les temps forts de celles qui sont les plus convaincantes…

D√©couvrez la playlist OPERA DE POCHE #1 DON GIOVANNI : une histoire entre com√©die et trag√©die o√Ļ le c√©l√®bre s√©ducteur Don Juan (accompagn√© de son fid√®le servant Leporello) court les femmes avant d‚Äô√™tre rattrap√©e par ses pires d√©mons.

En savoir plus sur http://www.clubdeutschegrammophon.com/playlists/opera-poche-1-don-giovanni/#dsUoOq7WhCbAYc0D.99

Opera de poche : la nouvelle Playlist de Decca et Deutsche Grammophon : (re)d√©couvrir un op√©ra √† partir des versions l√©gendaires de Decca et Deutsche GrammophonDisponible en streaming sur toutes les plateformes, connectez-vous o√Ļ que vous soyez et d√©veloppez votre culture musicale en un seul clic. Appuyez sur Play et laissez-vous emporter comme par magie. Libre √† vous par la suite de continuer en profondeur la d√©couverte de l‚Äôop√©ra en cliquant sur les versions de r√©f√©rences choisies sur notre playlist.

En écoute sur DEEZER et sur SPOTIFY.

APPROFONDIR : LIRE notre dossier spécial DON Giovanni de Mozart

CD, compte rendu critique. Stephen Kovacevich : the complete Philips recordings (25 cd Decca)

kovacevich stephen decca complete decca philips recordings Stephen_Kovacevich_Credit_David_Thompson_EMI_Classics_-_CD, compte rendu critique. Stephen Kovacevich : the complete Philips recordings (25 cd Decca).¬†Le pianiste et chef d‚Äôorchestre am√©ricain (il a √©t√© directeur musical de l‚ÄôOrchestre de chambre d‚ÄôEurope), Stephen Kovacevich (Stephen Bishop-Kovacevich de son vrai nom) est n√© le 17 octobre 1940 √† San Pedro (Californie) d’un p√®re serbe originaire de Croatie (r√©gion de Lika) et d’une m√®re am√©ricaine. A 11 ans, il jouait d√©j√† √† San Francisco en 1951 le Concertino pour piano de Jean Fran√ßaix. A Londres, le jeune homme de 18 ans parfait sa technique et sa musicalit√© aupr√®s de Myra Hess. Sa carri√®re d√©bute officiellement en 1961 lors d‚Äôun r√©cital, au Wigmore Hall de Londres (au programme : la Sonate de Berg, trois Pr√©ludes et Fugues de Bach et les Variations Diabelli de Beethoven).

 

 

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kovacevich stephen coffret double view review compte rendu critique cd philips decca Le coffret regroupant toutes les archives anciennement Philips, souligne les grands d√©fis interpr√©tatifs qui sont aussi les territoires particuli√®rement appr√©ci√©s par le pianiste am√©ricain : Beethoven (concertos, Sonates, Bagatelles), Brahms surtout (Concertos, Scherzos, Valses, Intermezzos, Rhapsodies, Klavierst√ľcke‚Ķ), Bartok (Concertos), Mozart (Concertos). Piliers de cet h√©ritage pianistique, les r√©alisations avec les orchestres londoniens BBC Symphonic orchestra, London Symphony orchestra LSO (en particulier sous la direction de Colin Davis), sont les arguments majeurs du coffret Kovacevich 2015. Compagnon de la f√©line et irr√©sistible Martha Argerich, Stephen Kovacevich rayonne ici par son jeu carr√© et fin, dou√© d‚Äôune clart√© communicante et vive qui s‚Äôest affirm√©e sans r√©serves chez Beethoven, Mozart, Schumann, Ravel ou Bartok. Le partenaire et compagnon de Martha Argerich, a construit sa carri√®re sur l‚Äôengagement et la r√©flexion critique des partitions : leur fille St√©phanie a r√©cemment r√©alis√© un film documentaire d‚Äôune √©criture libre qui laisse la part belle √† l‚Äô√©vocation pudique de leur vie de famille : Bloody daughter, 2013 : LIRE notre compte rendu du dock Bloody Daughter par St√©phanie Argerich Kovacevich.

 

Stephen Kovacevich : the complete Philips recordings (25 cd Decca)

 

 

 

CD annonce. cd Arie napolitaine par Max Emanuel Cencic (Decca). A para√ģtre le 2 octobre 2015

cencic arie napolitane cd decca review account of compte rendu critique du cd CLASSIQUENEWS cover Arie NapoletaneCD annonce. cd Arie napolitaine par Max Emanuel Cencic (Decca). A para√ģtre le 2 octobre 2015.¬†Apr√®s le formidable Artaserse (1730, r√©v√©l√© d√®s 2012) de Leonardo Vinci (auteur pr√©sent √† nouveau ici), √† la fois tremplin des jeune nouveaux hautes contres (Fagioli, Berna Sabadus, Mynenko‚Ķ) et ouvrage d‚Äôun flamboyant lyrisme propre √† la Naples du XVII√®, le contre t√©nor croate n√© en 1976 (altiste) Max Emanuel Cencic affirme un go√Ľt s√Ľr pour le d√©frichement rare et d‚Äôautant plus admirable : il continue d‚Äôexplorer les tr√©sors oubli√©s part√©nop√©ens avec un nouvel album √©dit√© par Decca, d√©but octobre 2015 : Arie Napoletane, nouveau r√©cital, comportant plusieurs r√©v√©lations, joyaux de l‚Äôopera seria napolitain du d√©but du XVIII e si√®cle¬† (soit 10 enregistrements en premi√®re mondiale); le travail du chanteur observe et la sensualit√© virtuose des airs d‚Äôh√©ro√Įsme ou de langueur et l‚Äôimpact linguistique des r√©citatifs qui mettent en avant le texte, √©l√©ment essentiel de la lyre italienne baroque. A l‚Äô√©poque, la machine napolitaine doit sa grande r√©putation et son extraordinaire s√©duction au chant des castrats (Farinelli, Senesino ou encore Caffarelli s‚Äôy sont r√©v√©l√©s), enfants musiciens virtuoses produits des quatre conservatoires de Naples sur lesquels r√©gn√®rent des auteurs attentionn√©s et soucieux de l‚Äôessor de leurs √©l√®ves chanteurs : Alessandro Scarlatti, Leonardo Leo, Leonardo Vinci, Nicola Porpora ou encore Giovanni Battista Pergolesi‚Ķ Les amateurs de chant passionn√© autant que contourn√© retrouvent ici Max Emanuel Cencic, cette voix flexible, cors√©e, contrast√©e qui aime cultiver les d√©fis vocaux. Comme Cecilia Bartoli, Cencic aime approfondir et bien pr√©parer chaque r√©cital lyrique… Celui-l√† en est un, apr√®s un pr√©c√©dent d√©di√© √† Adolf Hasse, “Apollon europ√©en”, auteur de virtuosit√©s elles aussi langoureuses et h√©ro√Įques‚Ķ (LIRE notre compte rendu du cd Rokoko, √©dit√© par Decca d√©j√† en janvier 2014 avec l‚Äôexcellent ensemble Armonia Atenea de George Petrou). Prochaine critique d√©velopp√©e du cd Arie napolitaine par Max Emanuel Cencic dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

 

LIRE aussi notre critique développée du DVD Artaserse de Leonardo Vinci

 

 

 

CD, annonce. TURANDOT nouvelle avec le Calaf d‚ÄôAndrea Bocelli (Decca, √† para√ģtre le 31 juillet 2015)

TURANDOT-puccini-zubin-mehta-500-cd-decca-andrea-bocelli-CD, annonce. TURANDOT nouvelle avec le Calaf d‚ÄôAndrea Bocelli. Annonc√© le 31 juillet 2015, un nouveau coffret Decca met √† l‚Äôhonneur le Calaf du t√©nor Andrea Bocelli (n√© en 1958) : voix franche, √©mission directe et musicalement assur√©e, le prince futur √©poux de la princesse frigide Turandot gagne ici apr√®s les Pavarotti, Carreras, Domingo, un ardent interpr√®te soucieux d‚Äôexprimer la vaillance de celui qui au m√©pris des risques encourus, d√©m√™le les 3 √©nigmes √©nonc√©es par la fille de l‚ÄôEmpereur de Chine‚Ķ Inspir√© de Gozzi (Turandot, 1761), et enregistr√© dans la Valence ib√©rique, l‚Äôop√©ra de Puccini, laiss√© inachev√© en 1924 par le compositeur italien, semble une √©nergie narrative intacte gr√Ęce √† l‚Äôinstinct √©lectrique et fi√©vreux du chef requis pour conduire les troupes impressionnantes de la fresque orientale (Zubin Mehta, familier de la partition pour l‚Äôavoir entre autres dirig√©e √† P√©kin, √† la Cit√© Interdite dans une production spectaculaire et f√©√©rique), d‚Äôautant que l‚Äôouvrage √† la fois f√©√©rie sentimentale et fresque grandiose, m√™lant sentimental et terrifiant, n√©cessite un orchestre colossal et des choeurs au format hollywoodien. Face √† Andrea Bocelli, la soprano am√©ricaine Jennifer Wilson, campe une femme d√©j√† m√Ľre mais vierge, aux aigus tranchants qui cependant sait infl√©chir sa duret√© primitive et r√©pondre √† l‚Äôamour pur d‚Äôun Calaf compatissant… a presque 60 ans, le t√©nor Bocelli d√©montre qu’il peut tout chanter avec un aplomb et une musicalit√© toujours pr√™ts √† en d√©coudre. Prochaine critique d√©velopp√©e dans le mag cd, dvd, livres de classiquenews.com

 

CD, annonce. Une nouvelle TURANDOT avec le Calaf d’Andrea Bocelli. Annoncé le 31 juillet 2015. 2 cd Decca.

CD, coffret événement. Wagner : der Ring des Nibelungen (Georg Solti 1958 -1964, cd DECCA)

decca ring wagner solti culshaw presentation critique coffret cd Decca CLASSIQUENEWS CLIC de classiquenews 2015 juin 2015CD, coffret √©v√©nement. Wagner : der Ring des Nibelungen¬† (Georg¬† Solti 1958 -1964, cd DECCA).¬†Dans l’histoire¬† de l’enregistrement st√©r√©o¬† cette premi√®re int√©grale¬†au disque enregistr√©e pour le studio amorc√©e √† Vienne en 1958, fait date : c’est le producteur britannique chez Decca, John Culshaw qui ayant le projet d‚Äôenregistrer tout le Ring choisit le jeune Georg Solti plut√īt que le vieux Knappertsbuch : l‚Äôodyss√©e discographique durera jusqu‚Äôen 1964 (non sans mal car le temp√©rament de Solti surtout dans sa jeune maturit√© de quadra a¬† souvent heurt√© l‚Äô√©ducation des instrumentistes viennois‚Ķ¬†Qu‚Äôimporte, l‚Äôobsession du d√©tail, le rouleau compresseur et le bourreau de travail qu’est Solti avec ses mani√®res parfois √Ępres, exploitent au maximum les qualit√©s du Philharmonique de Vienne ce jusqu’en 1964, ann√©e du dernier volume : G√∂tterd√§mmerung / Le Cr√©puscule des dieux.¬†Une esth√©tique sp√©cifique marque l’interpr√©tation wagn√©rienne car d√©sormais plus besoin d’aller √† Bayreuth pour ressentir la sensation de la sc√®ne ni les performances particuli√®res d’une spacialisation sp√©cialement con√ßue pour clarifier l’enjeu de chaque situation et aussi le jeu psychologique opposant ou rapprochant les personnages ; c’est peu dire que la manipulation pr√©vaut dans le Ring wagn√©rien‚Ķ et que le pouvoir occulte, cach√© mais rendu audible par le chant orchestral, de la psych√©, p√®se essentiellement dans le cheminement dramatique du cycle des 4 op√©ras.

 

 

 

Première intégrale du Ring pour le disque, la réalisation dirigée par Solti saisit toujours par la grande cohérence et l’acuité dramatique de sa conception

Heroic Fantaisy post romantique

Richard WagnerA l’heure de Penny dreadfull ou surtout du fantastique √©pique et magique¬† r√©g√©n√©r√© par une s√©rie mondialement hors normes comme Game¬† of thrones,¬† force est de constater que d√©j√† en 1876, le g√©nie¬† de Wagner, revivifiant et synth√©tisant de nombreuses l√©gendes et mythes du pass√©,¬†avait¬† tout envisag√© et conceptualis√© : la construction dramatique,¬† la puissance v√©n√©neuse d’images / tableaux √©motionnellement irr√©sistibles, sublim√©es par une musique qui rendant explicite gr√Ęce au tissu tr√®s complexe des fameux leitmotive, d’une fluidit√© souterraine, exprime par les notes, tout ce que les personnages ne disent pas mais pensent pr√©cis√©ment. Le d√©coupage et l’approfondissement psychologique de chaque s√©quence comme l’encha√ģnement des sc√®nes d√©montrent l’une des facettes de l’immense g√©nie du Wagner dramaturge.

Jamais musique n’aura √† ce point sonder les √Ęmes, reconstituer par une mosa√Įque scintillante et subtilement tiss√©e, l’√©cheveau des pens√©es qui composent en s‚Äôentrem√™lant¬† le caract√®re et les pulsions souvent contradictoires et changeantes de chaque protagoniste : terreau f√©cond des traumas, d√©sirs ou r√™ves les plus intimes qui motivent et d√©terminent les actes de chacun¬†par r√©percussion. …

Un exemple parmi tant d’autres ?¬†Une s√©quence purement symphonique se distingue dans le panth√©on des moments les mieux √©labor√©s et les plus riches en connotations du Ring. On sera toujours sid√©r√©s de mesurer¬†ainsi la sublime solitude de Br√ľnnhilde en sa foi¬† amoureuse sublime pour Siegfried bient√īt d√©truite par ce dernier qui vient la violenter absent √† lui m√™me et manipul√© par l’inf√Ęme et d√©moniaque Hagen¬† (passage de la premi√®re partie √† la seconde, du premier acte du Cr√©puscule des dieux). Cet interm√®de symphonique chef d’oeuvre absolu du th√©√Ętre wagn√©rien (et qui montre contre tout ce qu‚Äôon √©crit encore que Wagner et l‚Äôun des symphonistes le plus subtils du XIX√®) vaut toutes les d√©monstrations sur le pouvoir de la musique comme chant de la psych√©. Wagner nous dit tout ici: les forces d√©moniaques du pervers Hagen que l’on vient juste de quitter : c’est lui d√©sormais et jusqu’√† la mort du h√©ros, le ma√ģtre de Siegfried ; la puret√© morale de l’ex Walkyrie¬† devenue femme √©pouse par amour et par compassion, son sacrifice annonc√©, la perte de tout bonheur √† cause de la mal√©diction de l’anneau qu’elle porte alors, et donc¬† de la fin de l’humanit√©. … ce Cr√©puscule n’est pas celui des dieux : il s’agit bien de la fin de l’homme¬† et de la civilisation sous le poids de ses pulsions les plus noires comme les plus contemporaines : soif du pouvoir, soif de l’or au m√©pris de l’amour v√©ritable. Dans cette transition symphonique, veritable tableau commentaire des forces agissantes, Wagner d√©peint la violence tragique et cynique que inf√©ode h√©ros et situations.

 

 

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Georg Solti et John Culshaw le producteur du Ring historique de 1958 (DR)

 

 

C’est un √©pisode de musique pure o√Ļ le cheminement du h√©ros manipul√©¬† (qui va rejoindre le rocher de son aim√©e dont il n’a plus le souvenir et qu’il va honteusement trahir), la sublime passion de Br√ľnnhilde¬† (expos√©e √† la clarinette), mais aussi l’√©nonc√© du drame qui se joie au moment o√Ļ l’auditeur √©coute comme un acteur complice la situation sont exprim√©s dans une clart√© √©conome. Solti ouvre une nouvelle perspective mentale et psychologique o√Ļ Wagner √©tirant le temps et l’espace appelle √† un traitement discographique : l’imagination, la sensation lib√©r√©es du dict√Ęt visuel peuvent se d√©ployer sans limites. Voil√† inscrit dans l’√©criture m√™me de Wagner, des composantes qui rendent au XX √®me tout traitement de la T√©tralogie, hors sc√®ne, absolument captivant. Solti a fa√ßonn√©¬† son Ring au niveau de cette architecture po√©tique et musicale con√ßue¬† par Wagner. .. une conception qui d√©passe la simple ex√©cution¬†en studio pr√©f√©rant comme le fera Karajan apr√®s lui dans les ann√©es 1960 mais √† Berlin avec le Berliner¬† Philharmoniker, l’id√©e de f√©erie ou de fantaisie ou mieux, de th√©√Ętre total¬†et sonore gr√Ęce au disque. Celui qui √©choua¬† √† Bayreuth (il ne dirige qu’une seule ann√©e en 1982 et en plus sans comprendre v√©ritablement les sp√©cificit√©s de la fosse),¬† √©difie ici sa propre T√©tralogie dont la ciselure instrumentale, le souffle de la conception orchestrale, le choix des voix solistes¬† bien s√Ľr affirment une pens√©e globale dou√©e d’imagination et d’une rare efficacit√© dramatique (une r√©f√©rence √† laquelle puise Karajan et qu‚Äôil s‚Äôing√©niera √† d√©passer).

Pour autant en s’appuyant sur les seules et immenses ressources de la texture orchestrale, fallait-il¬† rajouter¬† des effets dignes d’Hollywood comme le coup¬† de tonnerre¬†comme pour annoncer la catastrophe √† venir¬† (trahison de Siegfried, humiliation de Br√ľnnhilde‚Ķ), justement dans la s√©quence purement orchestrale que nous venons de distinguer pr√©c√©demment.

 

A chacun de se forger sa propre id√©e : tr√®s articul√©e et nerveuse, la vision du jeune Solti (46 ans) s’impose toujours gr√Ęce √† cette acuit√© expressive plus f√©line que le th√©√Ętre sensuel intellectuel d‚Äôun Karajan infiniment plus introspectif, par exemple-, dans une r√©√©dition d’autant plus n√©cessaire qu’elle¬†a fait l’objet d’une remasterisation tr√®s b√©n√©fique (en r√©alit√© qui remonte √† 2012, alors r√©alis√© pour le centenaire Solti).¬† Gr√Ęce √† l‚Äôintelligence de cette premi√®re int√©grale st√©r√©o du Ring, Decca¬† s’affirmait bel et bien comme un label majeur pour l‚Äôop√©ra, et Solti gagnait ses galons de chef internationalement reconnu qui ne ne tardera pas apr√®s cet accomplissement wagn√©rien, √†¬†diriger entre autres le Royal¬†Opera House¬†Covent¬† Garden avec le succ√®s¬† que l’on sait.

Produit d‚Äôune collaboration o√Ļ le producteur de Decca a compt√© de fa√ßon d√©cisive, le livret comporte toute les pr√©sentations de chaque op√©ra par John Culshaw (le vrai concepteur de ce Ring pionnier), approche et note d‚Äôintention captivante qui explique ce qui s‚Äôoffre √† notre √©coute (options interpr√©tatives, enjeux et gen√®se de chaque ouvrage‚Ķ¬† : cette T√©tralogie a √©t√© pr√©alablement analys√©e et l‚Äôenregistrement est le fruit d‚Äôune pens√©e attentive et scrupuleuse √† en d√©fendre l‚Äôacuit√© dramatique comme le sens humaniste souvent m√©sestim√©). Il n‚Äôest que la T√©tralogie par Karajan √† Berlin √† partir de 1966, soit 8 ans apr√®s l‚Äôinitiative de Solti/Culshaw, – √©galement con√ßue pour le studio-, qui atteigne un tel approfondissement esth√©tique et interpr√©tatif sur l‚Äôoeuvre wagn√©rienne. En outre, 3 cd en bonus compl√®tent la compr√©hension du cycle du Ring : 2 cd constituent l‚Äôintroduction au Ring par Deryck Cooke, 1 ultime cd regroupe l‚Äôensemble des livrets anglais / fran√ßais (compatible Adobe acrobat 6.0)

Richard Wagner
Le Ring des Nibelungen
Der Ring des Nibelungen

The Ring of the Nibelung
Das Rheingold ‚ÄĒ Die Walk√ľre ‚ÄĒ Siegfried ‚ÄĒ G√∂tterd√§mmerung

George London, Kirsten Flagstad, James King, Régine Crespin, Hans Hotter, Birgit Nilsson, Christa Ludwig, Wolfgang Windgassen, Dietrich Fischer-Dieskau

Wiener Staatsopernchor, Wiener Philharmoniker. Georg Solti, direction. John Culshaw, production, conception artistique.

 

 

Prochaine critique complète du Ring Wagner par Georg  Solti  (1958-1964 / 16 cd) dans le mag cd dvd, livres  de CLASSIQUENEWS.COM

 

 

CD, opéra. Compte rendu critique. Vinci : Catone in Utica, 1728 (Cencic, 3 cd Decca 2014)

cd vinci metastase catone in utica opera max emanuel cencic franco fagioli cd opera critique CLIC de classiquenews juin 2015CD, op√©ra. Compte rendu critique. Vinci : Catone in Utica, 1728 (Cencic, 3 cd Decca 2014). Contre la tyrannie imp√©riale… Siroe (1726), Semiramide riconosciuta (1729), Alessandro nell’India (1729), Artaserse (1730)… Leonardo Vinci a cr√©√©e nombre de livrets de M√©tastase sur la sc√®ne lyrique, assurant pour beaucoup leur long√©vit√© sur les planches comme en t√©moigne le nombre de leurs reprises et les traitements musicaux par des compositeurs diff√©rents (dont √©videmment Haendel) : 24 fois pour Catone, 68 fois pour Alessandro, 83 fois pour Artaserse (ouvrage pr√©c√©demment abord√© par Cencic et sa brillante √©quipe, sujet d’un passionnant DVD chez Warner classics). Leonardo Vinci, homonyme du c√©l√®bre peintre de la Renaissance est donc une figure majeure de l’essor du genre seria napolitain au d√©but du XVIII√®me si√®cle.
C’est l’enseignement que d√©fend aujourd’hui Max Emanuel Cencic ; c’est aussi le cas naturellement de Catone in Utica, cr√©√© en 1728 √† Rome dans lequel Vinci d√©ploie une urgence et une hargne sans pareil pour incarner la r√©sistance de l’id√©al r√©publicain romain (incarn√©e par Caton et ses partisans) contre la tyrannie imp√©riale incarn√©e par C√©sar. A travers l’opposition guerri√®re en Utique du vieux r√©publicain et du jeune Empereur, se joue aussi le destin d’une famille, celle de Caton et de sa fille Marzia… laquelle aime contre l’id√©alisme et les combats moraux de son p√®re,… Cesare. La passion d√©sesp√©r√©e du p√®re qui apprend un tel sentiment se d√©verse en un air foudroyant de haine et de d√©ploration impuissante √† la fois, lequel illumine tout l’acte II (L’ira soffrir saprei / Je saurai toujours endurer.. : coeur du politique endurci pourtant atteint dans sa chair, cd3 plage2).
Du reste l’ent√™t√©e jeune fille ne fait pas seulement le d√©pit de son p√®re, mais aussi celui de son pr√©tendant Arbace, alli√© de Catone et qui doit bien reconna√ģtre lui aussi la supr√©matie de Cesare dans le coeur de son aim√©e (superbe air de lamentation langoureuse, cd3, plage7 : Che sia la gelosia / Il est vai que la jalousie…)
Le r√©alisme (outrancier pour l’audience romaine… qui y voyait trop ouvertement l’engagement de Vinci et Metastase contre l’imp√©rialisme des Habsbourg en Italie…) se d√©voile surtout dans l’acte III et ses coupes nerveuses, convulsives que l’ensemble Il Pomo d’oro saisit √† bras le corps. D√©termination de Fulvio partisan de Cesare, certitude de Cesare au triomphalisme aigu, port√© par l’amour que lui porte la propre fille de son vieil ennemi, laquelle s’embrase en vertiges et panique inqui√®te (air confusa, smarrita / confuse, √©gar√©e, cd3 plage12), c’est finalement la d√©faite de Cesare sur le plan moral et sentimental qui √©clate en fin d’action : car l’Empereur ici perd et la reconnaissance de son plus ardent rival (Caton se suicide, sc√®ne XII) et l’amour de celle qui avait √©treint son cŇďur, Marzia qui finalement le rejette par compassion pour la mort de son p√®re… Autant de passions affront√©es, exacerb√©es surgissent √©clatantes dans le tr√®s impressionnant quatuor (pour l’√©poque) qui conclue la sc√®ne 8 : une s√©quence parfaitement r√©ussie, dramatiquement aussi cisel√©e qu’efficace dans l’exposition des enjeux simultan√©s. Un mod√®le du genre seria. Et le meilleur argument pour red√©couvrir l’√©criture de Vinci.

 

 

 

 

Catone in Utica (1728) confirme les affinit√©s du contre-t√©nor Cencic avec l’op√©ra seria metastasien du d√©but XVIII√®me

Seria napolitain, idéalement expressif et caractérisé

 

 

CLIC_macaron_2014vinci leonardo portrait compositeur napolitainDans le sillon de ses pr√©c√©dentes r√©alisations qui ont r√©uni sur la m√™me sc√®ne, un plateau de contre t√©nors caract√©ris√©s (Siroe de Hasse, Artaserse de Vinci), Max Emanuel Cencic, chanteur initiateur de la production, rend hommage √† l’√Ęge d’or du seria napolitain. C’est √† nouveau une pleine r√©ussite qui s’appuie surtout sur l’engagement vocale et expressif des solistes dans les r√īles dessin√©s avec soin par Vinci et M√©tastase : le c√īt√© des vertueux r√©publicains, oppos√©s √† Cesare est tr√®s finement d√©fendu. Saluons ainsi le Catone palpitant et subtile du t√©nor Juan Sancho, comme le velout√© plus langoureux de Max Emanuel Cencic dans le r√īle d’Arbace. Le sopraniste Valer Sabadus trouve souvent l’intonation juste et la couleur f√©minine nuanc√©e dans le r√īle de la fille d’abord infid√®le √† son p√®re puis ob√©issante (Marzia). Reste que face √† eux, les vocalisations et la tension dramatique qu’apporte Franco Faggioli au personnage de Cesare consolident la grande coh√©rence artistique de la production. D’autant que les chanteurs peuvent s’appuyer sur le tapis vibrant et m√™me parfois trop bondissant des instrumentistes d’Il Pomo d’Oro pilot√© par Riccardo Minasi.
De toute √©vidence, en ces temps de p√©nuries de nouvelles productions lyriques li√©es au disque, ce Catone in Utica renouvelle l’accomplissement des pr√©c√©dentes r√©surrections promues par le contre t√©nor Max Emanuel Cencic dont n’on avait pas mesur√© suffisamment l’esprit d√©fricheur. Les fruits de ses recherches et son intuition inspir√©e apportent leurs indiscutables apports.

Les amateurs de baroque h√©ro√Įque, enflamm√© pourront d√©couvrir l’ouvrage de Vinci et M√©tastase en version sc√©nique √† l’Op√©ra de Versailles, pour 4 dates, les 16,19,21 juin 2015. N’y paraissent que des chanteurs masculins en conformit√© avec le d√©cret pontifical de Sixtus V (1588) interdisant aux femmes de se produire sur une sc√®ne. Le disque r√©alis√© en mars 2014 et publi√© par Decca a particuli√®rement s√©duit la r√©daction cd de classiquenews, c’est donc un CLIC de classiquenews.

CD, op√©ra. Compte rendu critique. Vinci : Catone in Utica, 1728 (Cencic, 3 cd Decca 2014). Avec Max Emanuel Cencic (Arbace) ¬∑ Franco Fagioli (Cesare) – Juan Sancho (Catone) ¬∑ Valer Sabadus (Marzia) ¬∑ Vince Yi (Emilia) – Martin Mitterrutzner (Fulvio) – Il Pomo D’oro ¬∑ Riccardo Minasi, direction. 3 cd DECCA 0289 478 8194 – Premi√®re mondiale. Enregistrement r√©alis√© en mars 2014.

Illustration : Leonardo Vinci (DR)

CD, compte rendu critique. Brahms : Serenades. Chailly (1 cd Decca)

brahms serenades chailly gewandhaus de leipzig orchestra classiquenews compte rendu critique cd decca mai 2015CD, compte rendu critique. Brahms : Serenades. Chailly (1 cd Decca).¬†C’est avant tout la rencontre (√©blouissante) d’un chef et d’un orchestre : l’aventure entre Riccardo Chailly et les instrumentistes du Gewandhaus de Leipzig se poursuit sous les cieux enchant√©s comme ce nouvel opus en t√©moigne : Brahms va id√©alement au chef et √† l’orchestre allemand : ainsi ses deux S√©r√©nades, compos√©es entre 1858 et 1860, dont la force et la vitalit√© de l’approche ici feraient presque oublier parfois leur d√©s√©quilibre structurel, entre √©pisodes profond√©ment inspir√©s et vraies longueurs un rien artificielle de musique pure. Le maestro milanais montre √† quel point l’√©criture raffin√©e, furieuse, bondissante (√† la fois doublement viennoise, mozartienne et beethov√©nienne) de Brahms regarde en d√©finitive vers la symphonie (la S√©r√©nade 1 est r√©vis√©e et achev√©e simultan√©ment √† la Symphonie n¬į1 et elle partage aussi d’indiscutables affinit√©s avec la Symphonie n¬į3 de Johannes)… Brahms revisite en hommage √† Mozart, cet esprit de l’√©l√©gance virtuose mozartienne, esprit de divertissement tr√®s habilement √©crit l√©gu√© par le XVIII√®. L’√©lan chor√©graphique, la vitalit√© dansante, l’exaltation toujours l√©g√®re et transparente attestent de l’excellente sant√© du Gewandhaus. D’un pr√©jug√© tenace les tenants pour des Ňďuvres aust√®res, voire secondaires et d’un moindre fini vis √† vis des Symphonies, voici que Chailly tr√®s inspir√©, capable de galvaniser ses troupes, montre toute l’√©nergie impr√©visible des deux S√©r√©nades qui dans les mouvements lents, savent aussi exprimer une d√©chirante nostalgie : les deux Adagios non troppo (celui de la S√©r√©nade 1 frappe par sa caresse m√©ditative en si b√©mol majeur ; tandis que celui en la mineur de la 2, convainc irr√©sistiblement par sa densit√© grave et a√©r√©e). Souffler un vent puissant et exalt√©, d’une imp√©rieuse juv√©nilit√© : voil√† l’un des aspects et non des moindres de cette lecture en tout point convaincante. La quasi int√©grale Brahms par Chailly chez Decca s’affirme bel et bien comme l’une des meilleures r√©ussites symphoniques r√©centes en Allemagne.

Johannes Brahms (1833-1897) : Sérénades 1 (opus 11)  et 2 (opus 16). Gewandhausorchester. Riccardo Chailly, direction. Enregistré à Leipzig en 2014. 1 cd Decca  0289 478 6775 3.

DVD, compte rendu critique. Verdi : Otello. Fleming, Botha (Bychkov, Metropolitan, octobre 2012, 1 dvd Decca)

Otelo verdi renee fleming semyon bichkov metropolitan opera dvd decca 2012 critique compte rendu operaDVD, compte rendu critique. Verdi : Otello. Fleming, Botha (Bychkov, Metropolitan, octobre 2012, 1 dvd Decca). Le dernier Verdi sait cr√©er de sublimes atmosph√®res psychologiques dont profite √©videmment son Otello. Suivant son cher Shakespeare dans l’expression d’un drame noir et √©touffant, le compositeur outre le r√īle d’Otello confi√© √† un t√©nor stentor (au format wagn√©rien) offre surtout au r√īle de Desdemona, l’√©pouse abusivement outrag√©e d’Otello, par son mari m√™me, un sublime personnage lyrique pour les sopranos, qui tire sa dignit√© et sa profonde loyaut√©, sa bouleversante sinc√©rit√© dans l’air du saule et sa pri√®re au IV, avant que le maure ivre de jalousie (et manipul√© par Iago) ne la tue en l’asphyxiant dans l’oreiller de sa couche. Verdi offre sa meilleure intrigue : resserr√©e, nuanc√©e, contrast√©e et profonde. Avec Boito, il a r√©vis√© son Boccanegra (1881) et s’appr√™te bient√īt √† composer Falstaff. Cr√©√© en 1887 √† La Scala, Otello est un immense succ√®s. Au cŇďur du sujet, port√© par les vers taill√©s, cisel√©s de Boito, Verdi rejoint l’ar√™te vive et sanglante des drames abrupts et profonds, pourtant po√©tiques de Shakespeare.

D√©j√† pr√©sent√©e en f√©vrier et mars 2008, cette production a montr√© ses qualit√©s, classiques certes mais efficaces et claires. Les vertus viennent surtout des chanteurs (en l’occurrence de la diva que l’on attendait et qui n’a pas d√©√ßu). Si sous la direction du m√™me chef (Semyon Bychkov), Ren√©e Fleming (Desdemona), Johan Botha (Otello) rempilent ici en octobre 2012, le reste de la distribution a chang√© √† commencer par le p√©ril dans la demeure, l’inf√Ęme intriguant Iago (Falk Struckmann) et Cassio (Michael Fabiano).

Fleming : bouleversante Desdemona
otello-fleming-verdi-opera-metropolitan-opera-new-york-octobre-2012-dvd-decca-classiquenews-renee-fleming-desdemona-johan-botha-otelloAu I, Ren√©e Fleming sait rev√™tir sa couleur vocale d’une r√©elle candeur, celle d’une adolescente encore pure, d’une sensualit√© lumineuse sans l’ombre d’aucune pens√©e inqui√®te (‚ÄúGi√† nella notte‚ÄĚ). La diva nuance avec habilet√© l’√©volution de son personnage, de la beaut√© lisse √† l’inqui√©tude de plus en plus sombre enfin vers la r√©signation suicidaire (IV). La fa√ßon dont elle construit son personnage et le colore progressivement de pr√©monition noire, demeure exemplaire : la chanteuse sait √™tre une actrice. C’est bien ce que souhaitait Boito comme Verdi : le dernier r√Ęle de la victime √† l’adresse de sa suivante Emilia (Addio) rejoint la grandeur tragique et intimiste du th√©√Ętre : voil√† la force de Verdi et l’intelligence de Ren√©e Fleming. L’ouvrage aurait √©videmment pu s’intituler Desdemona : la performance de la diva am√©ricaine le d√©montre sans r√©serve.
Le sens des nuance et l’intelligence int√©rieure de la soprano contraste de fait avec le style sans gu√®re de finesse du sud africain Johan Botha qui a la puissance mais pas la sinc√©rit√© du personnage d’Otello. Quel dommage. Certes au III, son monologue ( ‚ÄúDio mi potevi scagliar‚ÄĚ) exprime l’intensit√© de ses d√©chirements int√©rieurs mais le style comme la projection (faciles) demeurent unilat√©raux, sans ambiguit√©, avec force d√©monstration.
Il y a du Scarpia dans le Iago verdien : vivacit√© noire, manipulation, perversit√© rationalis√©e et donc d√©monisme efficace … Falk Struckmann se tire tr√®s honn√™tement des d√©fis d’un personnage aux apparitions courtes mais denses qui exigent une franchise et une subtilit√© cr√©pitante imm√©diates. Pari relev√© car l√† aussi on s’√©tonne de d√©masquer chez lui, des tr√©fonds de souffrances silencieuses, un ab√ģme de ressentiments illimit√©s, en somme ce qui a int√©ress√© Shakespeare avant de fasciner Verdi et Boito : les vertiges et tourments que cause la folie humaine.
Dans la fosse Bychkov √©claire les orages et les passions d’une partition essentiellement shakespearienne. Du nerf, du muscle, mais peu de nuances au diapason de Fleming, pourtant souvent les br√Ľlures tragiques sont bien l√† et entra√ģnent le spectateur jusqu’au choc tragique final.

‚Ä®‚Ä®‚Ä®DVD, compte rendu critique. Verdi : Otello. Johan Botha ¬∑ Ren√©e Fleming, Falk Struckmann… The Metropolitan Opera Orchestra, Chorus and Ballet. Semyon Bychkov, direction. Elijah Moshinsky, mise en sc√®ne.¬† Enregistrement live r√©alis√© au Metropolitan Opera de new York en octobre 2012. Parution internationale le 4 mai 2015. 1 dvd 0440 074 3862 6. Dur√©e : 2:42. 1 dvd Decca

CD, compte rendu critique. EMMA KIRKBY, the complete recitals editions de L’Oiseau-Lyre

Kirkby Emma Kirkby The-Complete-Recitals oiseau lyre coffret decca classiquenews critique compte renduCD, compte rendu critique. EMMA KIRKBY, the complete recitals editions de L’Oiseau-Lyre : songs, Bach, Haendel, Mozart… Anthony Rooley, Christopher Hogwood : 1978-1990 12 cd Decca L’Oiseau Lyre 478 7863. N√©e en 1949, form√© dans le s√©rail d’Oxford puis se perfectionnant comme soliste d’ensembles de chambre, la soprano britannique Emma Kirkby est f√™t√©e en avril 2015 par la firme L’Oiseau Lyre. Voici la muse et l’interpr√®te la plus embl√©matique de cette esth√©tique baroqueuse √† l’anglaise, qui de l’autre c√īt√© de la Manche fut l’√©quivalente d’une Montserrat figueras aupr√®s de Jordi Savall. La soprano Britannique Emma Kirkby d√©bute sa carri√®re dans les ann√©es 1970, en collaboration avec le luthiste Anthony Rooley, musicologue et interpr√®te qui relit ausi bien les r√©pertoires britanniques qu’italien (on lui doit une int√©grale des Madrigaux de Monteverdi, cycle blanc, certes proche du texte mais qui s’interdit souvent tout d√©bordement expressif, toute sensualit√© suspecte). Puis sa coop√©ration avec Christopher Hogwood chez les grands baroques, de Bach √† Haendel accomplit une carri√®re d√©di√©e aux passions baroques, en particulier dans la sph√®re r√©gl√©e mesur√©e du r√©pertoire sacr√© (cantates, oratorios… jusqu’aux motets de Mozart).

Partenaire de Rooley et Hogwood, la soprano vedette des 80s inspire √† Decca L’Oiseau Lyre un coffret portrait

Kirkby, voix et muse du Baroque anglais

Le coffret portrait d√©di√© √† la cantatrice embl√©matique des ann√©es 1980-1990, r√©capitule ses choix artistiques et ses collaborations enregistr√©s par les ing√©nieurs de Decca L’Oiseau-Lyre de 1978 √† 1990. Du style tricot√©, minutieux, appliqu√© parfois un peu trop scrupuleux si frappant d√®s son premier disque ici pr√©sent√© (Lady Musik, cycle de songs elisabethains de 1978 avec Rooley), aux cantates de Bach et de Haendel, “La Kirkby” sert les partitions avec une pr√©cision cisel√©e, proche du texte, mais parfois sans gu√®re de souffle ni de vertiges hallucin√©s.
Le timbre lumineux convient aux partitions sacr√©es indiscutablement ; et son style dentel√© rappelle les premiers essais de lecture inform√©e dans les ann√©es 1980… Mais ici l’exc√®s de pr√©cision sacrifie souvent l’architecture. Le d√©tail oublie l’intention globale.
Pour preuve Disserratervi, o porte d’Averno de la Resurrezione de Haendel dont Hogwood et la soprano font une pi√®ce de tapisserie habilement articul√©e sans rebond dramatique. La pr√©cision d√©licate et claire de la soprano sied beaucoup mieux aux inflexions introspectives et m√©ditatives du Messiah (Bonus du cd 10 de 1981 et 1982 avec Hogwood toujours). Mais oublions la style hach√© et laborieux de ses airs dans La Cr√©ation (Hogwood, 1990).

Voix droite, d’une puret√© distante et comme d√©sincarn√©e, le soprano sans vibrato peine quand m√™me √† √©mouvoir dans Mozart ( et ses motets dont l’Exsultate, jubilate… bien sage – Hogwood, 1983). On lui pr√©f√©rera nettement son programme d’airs mozartiens en particulier les airs metastasiens, id√©alement tendres d’Il r√® pastore ou les airs Ah lo previdi (et sa r√©solution √† 7mn avec hautbois oblig√©, suave et caressant) ou Ch’io mi scordi di te? d’une application moins contrainte et librement dramatique √† laquelle r√©pond la vitalit√© tr√®s pointilliste, comme taill√©e au scalpel du chef Hogwood (cd 12, Londres 1988).

Du reste, le chef anglais disparu un mois apr√®s Frans Br√ľggen (et Lorin Maazel) en septembre 2014, a marqu√© l’√©volution tardive de la soprano dont il partageait le m√™me id√©al : pr√©cision m√©tallique et sens du d√©tail, mais texte toujours en avant, pilotant ses Bach, Haendel, Mozart, cherchant une voie m√©diane / id√©ale entre abstraction spirituelle et suavit√© s√©duisante. Avec son orchestre Acadamy of Ancient Music (fond√© en 1973 et dirig√© jusqu’en 2006), chef et soprano auront r√©alis√© une esth√©tique sonore coh√©rente m√™me si nous on voyons aujourd’hui les limites (ti√©deur, surpr√©cision jusqu’√† la fragmentation…).

Emma Kirkby demeure convaincante dans les emplois r√©serv√©s √† son “mod√®le” la chanteuse √©pouse de Thomas Arne, Cecilia Young chantant les songs de son mari ou les Haendel qui lui ont √©t√© destin√©s (Alcina, Ariodante, Alexander’s Feast, Saul…). Soin du verbe, musicalit√© pr√©cise, tension vocale, voici indiscutablement en 12 cd les apports les plus sp√©cifiques d’Emma Kirkby, ambassadrice du chant inform√© chez Bach et Haendel ; plus tendue et cisel√©e parfois dure (minaudante diront les plus critiques) chez Mozart. La soprano vedette de Christopher Hogwood aura marqu√© l’interpr√©tation en Grande Bretagne dans les ann√©es 1970 et 1980. Coffret indispensable.

CD, compte rendu critique. EMMA KIRKBY, the complete recitals editions de L’Oiseau-Lyre : songs, Bach, Haendel, Mozart…Anthony Rooley, Christopher Hogwood : 1978-1990 12 cd Decca L’Oiseau Lyre 478 7863.

1. CD “Elizabethan Songs” ‚Äď Lautenlieder von Bartlett, Campion, Danyel, Dowland, Edwards, Jones, Morley, Pilkington (1978)
2. CD “Pastoral Dialogues” – Werke von Jones, Corkine, Dowland, Johnson, Lawes, Foggia, Peri, Falconieri, D’India, Grandi, Rovetta, Merula (1980)
3. CD “Amorous Dialogues” – Arien & Duette von Morley, Lawes, India, Ferrari, Monteverdi
4. CD “Duetti da camera” ‚Äď Werke von Monteverdi, d’India, Sabbatini
5. CD Purcell: Lieder & Arien (Hark, how all things; If Music be the food of love; Evening hymn u. a.)
6. CD Bach: Kantaten BWV 211 “Kaffee-Kantate” & BWV 212 “Bauern-Kantate”
7. CD Bach: Hochzeits-Kantaten BWV 202 & 210; Arien BWV 208 & 509; Rezitativ & Arie “Schlummert ein” aus Kantate BWV 82
8. CD Emma Kirkby sings Mr. Arne РArien von Händel, Arne, Lampe
9. & 10. CD Händel: Italienische Kantaten HWV 81, 123b, 136a, 170 171, 189, 192, 196, 201
11. CD Mozart: Exsultate jubilate KV 165; Regina coeli KV 108 & KV 127; Ergo interest KV 143
12. CD Mozart: Arien aus Il re pastore & Zaide; Konzertarien KV 217, 272, 383, 505

DVD, compte rendu critique. Rossini : Guillaume Tell. Diego Florez, Rebeka, Alaimo (Pesaro 2013, 2 dvd Decca)

Tell guillaume rossini Juan diego florez decca dvdDVD, compte rendu critique. Rossini : Guillaume Tell. Diego Florez, Rebeka, Alaimo (Pesaro 2013, 2 dvd Decca). Pesaro retrouve un ambassadeur de r√™ve en la personnage du t√©nor p√©ruvien Juan Diego Florez, tr√©sor national vivant dans son pays, et ici, nouveau h√©ros toutes cat√©gories en mati√®re de beau chant rossinien. Les d√©tracteurs ont boud√© leur plaisir en lui reprochant une absence de medium charnu et une vrai assise virile dans un style rien que… id√©alis√© non incarn√© : or la vaillance et l’intonation sont continument √©poustouflants et le grand genre, celui du grand op√©ra √† la fran√ßaise que Rossini inaugure ainsi sur la sc√®ne parisienne en 1829 marque √©videmment l’histoire lyrique, gr√Ęce √† l’√©clat de cette voix unique √† ce jour. Juan Diego Florez reste difficilement attaquable et les puristes d√©clar√©s qui brandissent les mannes d’Adolphe Nourrit (cr√©ateur du r√īle) auront bien du mal √† d√©montrer la l√©gitimit√© de leur r√©serve.

 

 

A l’√©t√© 2013, le festival de Pesaro offre l’un de ses meilleurs spectacles…

Le superbe Tell de Pesaro 2013

 

CLIC_macaron_20dec13juan diego florez arnold guillaume tell pesaro 2013Florez apporte la preuve que le r√īle d’Arnold peut √™tre incarn√© par un t√©nor di grazia non h√©ro√Įque, tant l’intelligence de son jeu et de son chant donnent chair et √Ęme au personnage de Rossini : d’autant que Pesaro n’a pas l√©sin√© sur les moyens ni surtout la qualit√© artistique pour r√©ussir manifestement l’une de ses plus belles r√©alisations. Aux c√īt√©s du solaire Florez, Arnold noble et lumineux, aux aigus ardents, la Mathilde de Marina Rebeka n’est que tendresse et miel vocal ; le baryton Nicola Alaimo affirme lui aussi une noblesse humaine totalement convaincante, d’autant plus m√©ritoire que la mise en sc√®ne de Graham Vick est comme √† son habitude claire et politique mais clinique et tr√®s glaciale. Vick transpose le drame suisse gothique dans l’Italie du Risorgimento o√Ļ la soldatesque autrichienne humilie continument les paysans suisses, offrant de facto √† la figure ignoble et abjecte du conqu√©rant Gessler (le meurtrier du p√®re d’Arnold), une rare perversit√© souvent insupportable. Le ballet du III (qui pr√©c√®de la fameuse √©preuve de la pomme) est totalement restitu√© en une sc√®ne collective de soumission / oppression du petit peuple par les occupants arrogants. Alberghini fait un p√®re d’Arnold tr√®s solide. Dommage que les r√©p√©titeurs du fran√ßais pour les comprimari (seconds r√īles) et les choeurs n’aient pas r√©ussi totalement leur objectif : beaucoup de sc√®nes √©chappent √† la compr√©hension, le texte fran√ßais √©tant inintelligible. De l√† √† penser que le spectacle reste d√©s√©quilibr√© : rien de tel. Ce Tell comble les attentes, car le duo miraculeux (Arnold / Mathilde) et port√© comme tous par la baguette fine et nerveuse du chef Michele Mariotti. Ce pourrait √™tre m√™me de m√©moire de festivalier depuis l’apr√®s guerre, l’un des meilleurs spectacles rossiniens de Pesaro, festival italien qui semble avoir renou√© avec les grands moments de son histoire.

rossini guillaume tell juan diego florez nicola alaimo pesaro aout 2013 2 dvd Decca clic de classiquenews avril 2015

 

Juan Diego FLorez et Nicola Alaimo (Arnold et Guillaume Tell)

Rossini : Guillaume Tell, 1829. Juan Diego Florez (Arnold Melcthall), Nicola alaimo (Guillaume Tell), Marina Rebeka (Mathilde)… Michele Mariotti, direction. Graham Vick, mise en sc√®ne. Enregistr√© en ao√Ľt 2013 au Festival Rossini de Pesaro (Italie). 2 dvd Decca.

 

 

CD. Coffret. Sviatoslav Richter, piano. Complete Decca, Philips, DG recordings (51 cd Decca 1956-1994)

sviatoslav richter pianoCD. Coffret. Sviatoslav Richter, piano. Complete Decca, Philips, DG recordings (51 cd Decca 1956-1994).¬†Un g√©ant venu de l‚ÄôEst‚Ķ A 45 ans, Sviatoslav Richter (1915-1997), d√©j√† annonc√© par Gilels lui-m√™me pass√© √† l‚Äôouest, fait entendre √† l‚ÄôEurope m√©dus√©e sa formidable expressivit√©. Un colosse russe √† la conqu√™te de l‚ÄôEurope et des States. Autodidacte, Richter s‚Äôest form√©, avant son passage √† l‚Äôouest, dans la classe de Heinrich Neuhaus au Conservatoire Tchaikovski de Moscou. √āpre, puissant, profond, jamais d√©monstratif, le jeu de Richter √©voque l‚Äôimprovisation tellurique d‚Äôun Furtw√§ngler, une vision qui fouille en profondeur le sens des Ňďuvres et dont l‚Äôengagement presque aust√®re donne l‚Äôillusion de l‚Äôimprovisation. Scriabine, Stravinsky, Prokofiev, Rachma, Chostakovitch, Poulenc puis Berg et surtout Britten dont il devient proche : les deux vivait une homosexualit√©, source d‚Äôostracisme et de soup√ßons de la part des autorit√©s plus ou moins complaisantes. Les fran√ßais paraissent aussi en bon nombre et essentiels m√™me par le volume des pi√®ces enregistr√©es : Debussy, Ravel‚Ķ Richter est un soliste solide, mais aussi un partenaire chambriste v√©n√©r√© (il cr√©e ainsi en Union sovi√©tique le Concerto pour piano de Britten). Pour chaque r√©cital, Richter qui conna√ģt pourtant les Ňďuvres par cŇďur, joue avec la partition : antis√®che et rem√®de contre le trou de m√©moire, surtout proximit√© directe sans aff√®terie ni maquillage avec les notes : la garantie d‚Äôun approfondissement sup√©rieur ? Longtemps le cas Richer incarna ce provincialisme crasse propre √† la Russie sovi√©tique ; d‚Äôautant plus minor√© qu‚Äôalors, l‚Äôam√©ricain Van Cliburn, h√©ros am√©ricain du Concours Tchaikovski de Moscou en 1958 imposait la sup√©riorit√© artistique de l‚ÄôOuest sur l‚ÄôEst, outrage m√©diatis√© √† l‚Äô√©poque de la guerre froide et jusque derri√®re le rideau de fer. Richter / Cliburn r√©g√©n√©rait l‚Äôantagonisme Orient / Occident, charriant les pires raccourcis abjects que l‚Äôon peut √©videmment imaginer.

CLIC D'OR macaron 200L‚Äôartiste aima la France : il y fonda le festival pr√®s de Tours dans un grange o√Ļ il accueillit les plus grands instrumentistes de 1960 √† 1980. Insaisissable, l‚Äôhomme Richter cultivait la contradiction, la provocation parfois grossi√®re : le propre d‚Äôune insatisfaction existentielle qui appliqu√©e √† l‚Äôexercice musical, produisit comme en t√©moigne ce coffret indispensable, un g√©nie de l‚Äôinterpr√©tation.

sviatoslav richter piano piano coffret complete recordingsPour le centenaire de Sviatoslav Richter, Decca ressort les joyaux de son inestimable fonds.¬†¬†¬†Parmi une diversit√© jubilatoire, ses Bach de 1991 (soit enregistr√©s 4 ans avant sa disparition), sont carr√©s structur√©s, aust√®res et profonds ; ses Haydn (1986,1966) regorgent de saine fac√©tie et d‚Äôhumour classique ; ses Mozart (1989) se montrent caressants, √©tonnamment tendres et nostalgiques. Des ann√©es 1990 aussi, les Beethoven prolongent la recherche de clart√© et de profondeur des Bach contemporains : les Variations Diabelli (1986) captivent par leur sagacit√© po√©tique ; notons les perles : la Sonate en si de Liszt de 1966, les Schubert de 1966 (D575), 1989 (D894) ; l‚Äôint√©grale des Sonates de Brahms de 1986-1988 ; suave, ondoyant, insaisissable : son Schumann palpitant des ann√©es 1950 : sc√®nes de la for√™t et Fantasiest√ľcke‚Ķ Apr√®s les programmes monographiques, le coffret pr√©sente les r√©citals con√ßus comme des totalit√©s √©clectiques : celui de 1961 pour DG regroupant Haydn, Debussy, Prokofiev, puis le r√©cital de Sofia (1958 : d√©di√© surtout √† Moussorgski) attestent de la carrure du soliste, dragon aux mains agiles. Il y aurait tant √† dire et exprimer face √† une telle somme interpr√©tative : tout le ¬ę¬†cas¬†¬Ľ Richter est l√† : √©nigmatique et fascinant, ambivalent et profond, g√©n√©reux mais myst√©rieux ; divers et multiple mais finalement insaisissable. Coffret incontournable.

CD. Coffret. Sviatoslav Richter, piano. Complete Decca, Philips, DG recordings (51 cd Decca 1956-1994)

CD. Coffret Phase 4 stereo, stereo concert series. Coffret 40 cd Decca (1964-1977).

decca-phase-4-stereo-stereo-concert-series-coffret-visuel-carreCD. Coffret Phase 4 stereo, stereo concert series. Coffret 40 cd Decca (1964-1977). Phase 4 stereo ou le son Decca des sixties and seventies… En 1962, Decca lance sa communication sur la technologie d’enregistrement “phase 4 stereo” : en nombre (la console du mixage son dispose √† pr√©sent de 20 canaux diff√©rents, tous tout autant individualis√©s), les micros multiplient les pistes r√©v√©lant les d√©tails de l’orchestration, une nouvelle conception de l’espace sonore aussi se pr√©cise, qui permet √† l’auditeur de (re)d√©couvrir les Ňďuvres avec une richesse d’informations plus fine et plus vari√©e. Avec le nombre des micros pendant la prise, le nombre des musiciens peut aussi s’accro√ģtre sans √©paississement du son global. D’o√Ļ la surench√®re parfois dans le choix de programmes r√©solument spectaculaires, c’est √† dire sur le plan du marketing, plus prometteurs, donc vendables et juteux (les grandes Ňďuvres symphoniques type 9√®me de Beethoven, les th√©matiques √† grands effets – cf. le 41√®me cd “bonus”, intitul√© “Battle stereo”…), les pages au symphonisme flamboyant du style Capriccio espagnol de RImsky, Bolero de Ravel, sans omettre les valses populaires sing√©es Strauss, ou Offenbach… tout cela compose une m√©moire musicale qui crois√©e avec une technologie audacieuse a trouv√© ses publics dans les ann√©es 1960 et 1970, deux d√©cennies miraculeuses pour l’industrie du disque vinyle…. avant l’av√®nement du compact dans les ann√©es 1990. Dommage qu’avec une telle volont√© de renouvellement, les producteurs n’aient pas trouv√© alors les interpr√®tes capables de relever les d√©fis de partitions complexes et spectaculaire comme les Gurrelieder de Sch√∂nberg, la Symphonie n¬į8 des Mille de Mahler -, … qu’importe la diversit√© des oeuvres et des effectifs dont il est question dans cette (premi√®re?) compilation, remplit ais√©ment le contenu du coffret Decca.

 

 

 

Decca phase 4 : le nouveau son des sixties…

 

A partir de 1964, les tests ayant tous √©t√© r√©alis√©s, et s’av√©rant positifs, le classique investit lui aussi la nouvelle technologie “phase 4″ : l’esth√©tique qui en d√©coule rel√®ve d’un pari o√Ļ les r√©actions suscit√©es sont radicalis√©es. Trop brillante et s√©duisante, trop riche en effets, – Ňďuvre des ing√©nieurs du son qui relisent et d√©naturent les partitions, plut√īt qu’approfondissement de v√©ritables musiciens, chaque lecture technologiquement habile et attractive para√ģt creuse et artificielle pour les puristes. A chacun de juger… De fait, l’oreille capte des d√©tails infimes, mais peut √™tre d√©concert√©e par une sensation spatiale et sonore totalement nouvelle. Tout cela ne change en rien l’esprit et les caract√®res propres d’une interpr√©tation : mieux, la technologie plus fine ici d√©voile les limites ou les qualit√©s de chaque lecture.

N’√©coutez par exemple que le cd 23 : la Symphonie n¬į1 “Titan” de Gustav Mahler par Erich Leinsdorf √† la t√™te du Royal Philharmonic Orchestra prend un relief r√©g√©n√©r√© o√Ļ tous les pupitres sont quasiment trait√©s √† √©galit√©, avec une pr√©cision et une d√©finition accrues. Un spectre d√©taill√© qui n’existe pas pour l’auditeur/spectateur dans une salle de concert (enregistr√© en avril 1971) : une d√©monstration de clart√© qui pr√©sente toutes les ressources de l’orchestre, ses facettes combin√©es, comme un acte de p√©dagogie instrumentale.

Certainement beaucoup de jeunes et nouveaux m√©lomanes s√©duits par l’objet vinylique ont √©t√© attir√©s par une technique d’enregistrement plus flatteuse, mais le clinquant parfois d√©goulinant – avec des micros qui exacerbent la port√©e sonore naturelle des instruments provoquant des distorsions dans le format global peut s’av√©rer contreproductif… par exemple Lorin Maazel dans Strauss et surtout Tcha√Įkovsky (Francesca da Rimini cd 22) en rebutera plus d’un… “kitsh”, outrageusement path√©tique voire aguicheur, le geste de certains, – chefs et orchestre- veulent trop en montrer : plus tapageur et bruyant que vraiment cisel√©, suggestif…; au coeur de cette esth√©tique accessible et s√©duisante, √©videmment la g√©n√©rosit√© du London festival orchestra and chorus sous la direction de Stanley Black (avec le concours de l’in√©vitable producteur requis d’office pour de grandes messes orchestrales et populaires : Tony d’Amato…) : le r√©cital “Capriccio !”, comprenant le Bol√©ro de Ravel, les Polovtsiennes de Borodin, et surtout le morceau toujours irr√©sistible : Capriccio espagnol de Rimsky (coupl√© avec l’Italien de … Tcha√Įkovski), d√®s juin 1964, donc aux origines de l’aventures musicale et technique- ; puis, “Spectacular Dances (Dvorak, Johann Strauss II, Ponchielli : danse des heures de La Gioconda-, Brahms, Falla, Smetana et Berlioz… v√©ritable pot pourri de standards vals√©s pour orchestre et ici souvent r√©√©crit pour les besoins de la cause (1966, 1969)… sans omettre le lyrisme sucr√© mais tr√®s affin√© du Royal Philharmonic orchestra et Eric Rogers dans ” The immortal works of Ketelbey” (et ses sifflements d’oiseaux en veux-tu en voil√†…), programme symphonique et choral con√ßu comme un op√©ra orchestral… riche lui aussi en guimauve sonore (f√©vrier 1969). Les grandes messes symphoniques ont toujours cours dans les ann√©es 1970, relectures des grands ballets romantiques dont Le lac des cygnes et Casse noisette de Piotr Illiytch : en particulier par le Philharmonique de la Radio n√©erlandaise dirig√© par Anatole Fistoulari, avec une fi√®vre nerveuse jamais √©teinte (1972-1973).

Beaucoup plus convaincantes les gravures r√©alis√©es sous la houlette d’Antal Dorati : √©quilibre entre pr√©cision de la prise et √©l√©gance du chef qui pr√©serve malgr√© la volont√© de d√©monstration technologique, une parfaite dose de musicalit√©, comme de go√Ľt (certains diront trop classique et lisse, mais la lisibilit√© s’av√®re ici une bel argument qui sait profiter des ressources de la technologie) : Symphonie n¬į9 du Nouveau Monde de Dvorak (1966) ; Pierre et le loup (avec Sean Connery en narrateur) coupl√© avec The young Person’s Guide to the Orchestra de Britten (1966 √©galement) ; Suite de ballet extraite de la Boutique fantasque de Rossini (narrative et humoristique puis f√©erique dans le nocturne) coupl√©e avec la Suite Rossiniana de Respighi (Londres 1976, cd 10) ; m√™me date (1976) pour Carmina Burana port√© par une tr√®s bonne distribution (Norma Burrowes, John Shirley-Quirk…).

Il est naturel qu’un autre chef soucieux de p√©dagogie et d’accessibilit√© du r√©pertoire au plus grand nombre tel que Leopold Stokowski (et √† un √Ęge canonique) se soit engouffr√© dans la br√™che “Phase 4″, avec une √©nergie souvent bouleversante : jamais en panne d’inspiration, le chef hyperactif qui aimait transposer voire r√©√©crire, a enregistr√© selon cette technologie, proposant aux ing√©nieurs Decca, des programmes de son cru : on rel√®ve ainsi r√©alis√©s d√®s 1964 Sheherazade et le Capriccio espagnol de Rimsky, puis en 1966 : la 5√®me de Tchaikovski et le Concerto pour violon de Glazounov ; l’√©blouissant programme wagn√©rien compos√© √† partir de fragments du Ring (Chevauch√©e des Walkyries, murmures de la for√™t ; entr√©e au Walhalla ; voyage de Siegfried sur le Rhin ; Mort de Siegfried)… l’engagement du chef est total : il y exprime un hommage – v√©ritable acte de ferveur caract√©ris√© pour le g√©nie dramatique de Wagner, par le seul chant finement d√©taill√© de l’orchestre seul ; une √©tonnante et tr√®s articul√©e autant que passionn√©e Symphonie n¬į9 de Beethoven, port√© par un indiscutable souffle dramatique – du tr√®s grand Stokowski de septembre 1967 (solistes Heather harper, Helen Watts, Donald McIntyre…)- ; les Tableaux d’une exposition de Moussorgski dans la transcription du chef, compl√©t√©e par sa propre synth√®se symphonique d’apr√®s Boris Godounov… M√™me sens du scintillement instrumental pour le programme fran√ßais comprenant la Fantastique de Berlioz de 1968 et la Suite n¬į2 de Daphnis et Chlo√© de Ravel (1970)…

Distinguons aussi les deux volumes dirig√©s par l’agile et subtil Charles Munch : le ballet int√©gral de La Gaiet√© parisienne de 1965 (dont la fac√©tie d√©taill√©e n’a rien √† envier aux plus fins standards de Johann Strauss II… s√©rie de perles enjou√©es que termine la Barcarolle des Contes d’Hoffmann), coupl√© avec Pins et Fontaines de Rome de Respighi (1967) ; m√™me inventivit√© fi√©vreuse pour les Suites de Carmen et de l’Arl√©sienne de janvier 1967.

Dans une prise de son plus globale o√Ļ perce moins le d√©tail de chaque instrument (voir avant Maazel ou Stokowski), les Valses straussiennes (Beau Danube Bleu, Voix de printemps) par le Boston Pops orchestra sous la directon d’Arthur Fiedler en 1975 s’av√®re un excellent compromis entre la prise tr√®s a√©r√©e et la tenue “haute couture et frou frou” de l’orchestre et du chef (cd14).

Autre perle, le legs du compositeur pour Hitchcock entre autres, Bernard Hermann auquel Decca d√©die 2 cd : Music from the great Hitchcock movie thrillers (Psycho, Marnie, Vertigo… 1968) ; puis ” The fantasy film World of Bernard Herrmann (Voyage au centre de la terre, le 7√® voyage de Sindbad, Fahrenheit 451… 1973).

Et ce n’est pas tout : le m√©lomane curieux et ouvert prendra plaisir √† red√©couvrir des artistes alors pl√©biscit√©s par les ing√©nieurs et les producteurs Decca : le guitariste Paco Pe√Īa (Flamenco pur “live”,ao√Ľt 1971); la pianiste pure ic√īne des seventies, Ilana Vered (Yellow River Concerto et n¬į21 de Mozart, 1974)… M√™me un rien tapageur voire d√©monstratif, la plupart des programmes, actes p√©dagogiques actifs, ont s√©duit des g√©n√©rations de nouveaux m√©lomanes. Les contributions des chefs Dorati, Munch, Stokowski rehaussent encore la valeur hautement musicale et esth√©tique de ce coffret de 40 cd, id√©al pour les f√™tes (et pour tester aussi les performances en pr√©cision et d√©finition du spectre sonore, de vos appareils hifi…).

 

 

 

CD. Coffret Phase 4 stereo, stereo concert series. Coffret 40 cd Decca (1964-1977). La bo√ģte contient aussi un livret important comportant le t√©moignage des ing√©nieurs du son, des producteurs Decca, des anecdotes vari√©es sur les sessions d’enregistrements et sur les chefs et artistes qui y ont particip√© (124 pages, en anglais uniquement).

 

Op√©ra, annonce. Siroe de Hasse √† l’Op√©ra royal de Versailles

cencic siroe hasse Max-Emanuel-Cencic-Hasse-Siroe-George-Petrou-Armonia-AteneaVersailles, les 26,28 30 novembre 2014. Max Emanuel Cencic chante Siro√© de Hasse sur la sc√®ne et au disque (novembre 2014). Fervent interpr√®te des passions baroques, le contre t√©nor Max emanuel Cencic offre en premi√®re fran√ßaise, la recr√©ation de l’op√©ra seria Siroe d’un contemporain de Haendel et de Rameau, Hasse… Au moment o√Ļ Rameau r√©volutionne de fa√ßon scandaleuse la trag√©die lyrique fran√ßaise avec son premier op√©ra : Hippolyte et Aricie (1733), soulignant la sp√©cificit√© gauloise quand toute l’Europe s’entiche pour l’op√©ra italien en particulier napolitain, le g√©nial Saxon Hasse assure justement l’essor irr√©pressible du seria napolitain avec son Siroe que r√©v√®le aujourd’hui le contre t√©nor aux graves agiles, Max Emanuel Cencic. Le disque para√ģt d√©but novembre chez Decca et le chanteur met en sc√®ne les repr√©sentations de novembre 2014 √† l’op√©ra royal de Versailles. En LIRE +

 

Siroe scena da Siroehasse siroe cencic cd deccaL‚Äôhistoire de Siro√© associe un contexte historique et des intrigues amoureuses crois√©es: en 628, le belliqueux Roi des Perses Cosro√© (Chosro√®s II), en guerre depuis des ann√©es, avec l‚ÄôEmpereur Chr√©tien H√©raclius et lui ayant pris l‚ÄôEgypte, la Syrie et la Palestine, d√©cide de ne pas donner sa succession √† son fils a√ģn√© Siro√©. Celui-ci se r√©volte devant cette injustice et fait assassiner son p√®re. Siro√© devient Roi des Perses en 628. Il √©crit aussit√īt √† H√©raclius pour signer la paix, permettant √† l‚ÄôAsie Centrale de vivre une p√©riode de splendeur et de s√©r√©nit√©. Tout en brossant le portrait d’un prince √©clair√© et vrtueux, Hasse exploite l’opposition des chr√©tiens et des perses, exacerbe les rivalit√©s et multiplie les situations conflictuelles, les confrontations tendues et passionn√©es qu’il traite toujours en privil√©giant la virtuosit√© de ses solistes. C’est aussi une claire illustration selon les principes pron√©s par M√©tastase, de la figure du prince providentiel, tout d’abord victime puis peu √† peu puissant mais lumineux,¬† c’est √† dire civilisateur et pacifique.¬† L’incarnation renouvel√©e d’un nouvel Alexandre.

Agenda
Versailles, Opéra royal
Les 26, 28 novembre 2014, 20h
Le 30 novembre, 15h
avec
Max Emanuel Cencic, Siroé
Julia Lezhneva, Laodice
Mary-Ellen Nesi, Medarse
Juan Sancho, Cosroe
Laureen Snouffer, Arasse
Dilyara Idrisova, Emira
Armonia Atenea
George Petrou, direction
Max Emanuel Cencic, mise en scène
Dur√©e : 3h30 entracte inclus Tarif : de 35 √† 140 ‚ā¨

CD
Hasse : Siroe, Max Emanuel Cencic. Double cd Decca, réf. 478 6768 : parution le 3 novembre 2014

 

CD, coffret. Wiener Philharmoniker : The Orchestral Edition (64 cd DECCA)

wiener-philharmoniker-decca-coffret-the-orchestral-edition-decca-CD, coffret. Wiener Philharmoniker : The Orchestral Edition (64 cd DECCA). Depuis 1842, l’Orchestre Philharmonique de Vienne, le Wiener Philharmoniker, cr√©√© par Otto Nicolai, incarne le r√™ve de tout orchestre : la phalange, v√©ritable mythe musical, enchante le monde par ses qualit√©s interpr√©tatives et surtout une sonorit√© fluide, voluptueuse, coulante, magistralement onctueuse qui ne cesse de convaincre : chaque Concert du Nouvel retransmis sur toutes les cha√ģnes du monde renouvelle le miracle attendu : on y d√©c√®le l’√©loquence oxyg√©n√©e de ses cordes¬† flexibles, la puissance ronde et chaude de ses cuivres (les cors en particulier), la clart√© individuelle de son harmonie (bois)… et l’on se dit √† chaque concert, voici indiscutablement le meilleur orchestre au monde. Et pourtant depuis l’essor des orchestres sur instruments d’√©poque, notre perception a chang√© : timbres petits, d√©licats caract√©ris√©s contre puissance et coh√©rence lisse voire creuse. Or parmi les phalanges sur instruments modernes, le Wiener Philharmoniker se distingue toujours par son √©loquence supr√™me, majestueuse et raffin√©e, une √©l√©gance superlative (la respiration des cordes, ce matelas sonore transparent et ductile qui s’accorde id√©alement √† tous les solistes qu’ils soient chanteurs ou instrumentistes…- qui fait le plus souvent les plus grandes exp√©riences au concert comme √† l’ op√©ra… Voil√† pourquoi l’Orchestre outre ses comp√©tences symphoniques, excelle dans le ballet et donc le programme de musique l√©g√®re infiniment √©l√©gante et subtile qui caract√©rise essentiellement les valses de Strauss II… Superbement √©dit√©, le coffret publi√© par Decca pour les f√™tes de fin d’ann√©e ravira tous les passionn√©s de symphonisme¬† grande classe, dont les ann√©es d’enregistrements couvrent au final une p√©riode riche en mani√®res personnelles, celles des grands chefs du XX√®me si√®cle , des ann√©es 1950 aux ann√©es 1980: c’est donc une mine, une somme passionnante qui constitue aujourd’hui la m√©moire vive de l’orchestre viennois. Evidemment pas de romantique fran√ßais, ni m√™me d’impressionisme debussyste ni rav√©lien… mais un r√©pertoire “viennois” depuis l’apr√®s guerre centr√© sur Haydn, Mozart (Concertos pour piano, clarinette, Symphoies…), Beethoven, quelques Schubert, Bruckner, surtout Brahms… dont les int√©grales s’agissant des B (Beethoven, Bruckner, Brahms, constituent les piliers du r√©pertoire).

CLIC_macaron_2014Pierre Monteux, Herbert von Karajan (d√®s 1959), Karl M√ľnchinger (1967), Leonard Bernstein (1966), Georg Szell (1964), Hans Schmidt-Isserstedt (1966 et dont le fils fut producteur chez Decca), en particulier Erich Kleiber (programme Beethoven de 1954 et¬† 1955 : le p√®re de Carlos n’a pas usurp√© sa r√©putation); Solti (1958) et Abbado (1969), B√∂hm (1953), Mehta et Haitink (1982-1984)… Christoph von Dohnanyi dont sont hautement recommandables : le Mandarin merveilleux de Bartok de 1977 coupl√© avec le Concerto pour piano de Dvorak (Andras Schiff, piano en 1986)… sans omettre Istvan Kertesz dont Decca garde fortuitement la trace des √©v√©nements de sa disparition brutale √† 44 ans en 1973, fixant ses derniers enregistrements (Variations sur un th√®me de Haydn de Brahms)…

Si l’on analyse le contenu par compositeurs : le classement se pr√©cise. Par ordre de compositeurs les plus jou√© sur la p√©riode : Johann Strauss II, Beethoven, Brahms, Bruckner, Mozart, Richard Strauss, Wagner, Mahler puis Schubert, Mendelssohn, Schumann sont repr√©sent√©s pareillement. Sibelius, Tchaikovski, Verdi y font presque figures d’exception.

nicolai-otto-maestro-chef-wiener-philharmoniker-orchestre-philharmonique-de-vienne-1843Parmi les perles de ce coffret exceptionnel : notons la Symphonie n¬į3 de Brahms coupl√©e avec les Quatre dernier lieder de Richard Strauss (Lisa della Casa par B√∂hm, 1953), les Symphonies n¬į4 de Brahms et n¬į5 de Schubert par Istvan Kert√©sz (1971,1973), les danses hongroises de Brahms coupl√©es avec Till l’espi√®gle et Mort et transfiguration de Strauss par Fritz Reiner (1956, 1960), Ma Vlast de Smetana par Rafael Kubelik (1958), la Symphonie n¬į2 de Bruckner (√©dition Haas, 1872) par Horst Stein (1973), les Symphonies n¬į4 et 7 de Sibelius (l’h√©donisme sonore transfigure le souffle tragique et panth√©iste de ces deux sommets symphoniques du XX√®) par Lorin Maazel coupl√©es avec Tapiola (1966-1969) ; les Suites de Casse-Noisette, du Lac des cygnes par Karajan (1965), toute la musique du ballet Giselle d’Adam par le m√™me Karajan (1961), le Requiem de Verdi par Solti de 1968 (avec un plateau inimaginable mais qui porte l’estampille Decca : Sutherland, Horne, Pavarotti, Talvela !), √©videment la compilation Wagner par le m√™me Solti (1961-1982)… perle des perles les Wesendonck lieder et Kindertotenlieder o√Ļ Kirsten Flagstad chante et Wagner et Mahler sous la direction de sir Adrian Boult (1956 et 1957)… autres joyaux : la Symphonie n¬į2 (1962), les extraits des ballets Spartacus et Gayaneh de Khachaturian par le compositeur lui-m√™me (1977) ; l’excellent programme Janacek par Mackerras (Sinfonietta, Taras Bulba, Suite orchestral de la Petite renarde rus√©e, 1980).

Le rayon Mahler est particuli√®rement bien document√© et regroupe des gravures l√©gendaires √† poss√©der de toute urgence, – pas d’int√©grale des Symphonies or Mahler fut directeur de l’Op√©ra de Vienne, mais une contribution marquante de ses cycles pour voix et orchestre : Symphonie n¬į2 R√©ssurection par Zubin Mehta (1975 avec Ileana Cotrubas et Christa Ludwig !) ; Das lied von der Erde par Kathleen Ferrier et Julius Patzak sous la baguette de Bruno Walter (1952 : c’est l’une des plus anciennes bandes du coffret : un must √©videmment) ; le m√™me Chant de la terre par Bernstein avec un duo masculin √† jamais l√©gendaire, d’ampleur et de po√©sie (Dietrich Fischer-Dieskau et James King sous la direction embras√©e ardente de Leonard bernstein, 1966) …
C√īt√© Richard Strauss, les Karajan sont pr√©sents (Also sprach Zarathustra (1959, coupl√© avec les plan√®tes de Holst de 1961) ; mais aussi les lectures d’un proche du compositeur, et par lui valid√© : Clemens Krauss qui est le coauteur de Capriccio (Don Quixote, Aus Italien de 1953 – Sinfonia Domestica et Le Bourgeois gentilhomme de 1951 et 1962). Ce sont aussi : Ein Heldenleben par Solti, coupl√© avec les Quatre derniers lieder de Te Kanawa en 1990.

Et le Wiener ne serait pas l’institution qu’il est devenu sans l’effervescence √©l√©gantissime des programmes Johann Strauss II qui font toujours les d√©lices des Concert du Nouvel An : √©coutez ainsi pour vous remettre √† la page d’une histoire prestigieuse telle qu’elle s’est √©crit entre autre sous la direction de l’excellent Willi Boskovsky (programme Strauss II r√©unissant des bandes de 1957 √† 1973), surtout le Concert du Nouvel An 1979. Pas d’√©l√©gance viennoise sans frou frou, sans ivresse nostalgique dont les instrumentistes autrichiens ont le secret comme l’impeccable sens du brio.

wiener-philharmoniker-box-coffret-the-orchestral-edition-details-booklet-cd-decca-wiener-philharmonikerWiener Philhamroniker, The orchestral edition. 64 cd DECCA ; coffret avec livret booklet de 196 pages (textes en anglais, allemand, japonais – pas de fran√ßais). Soulignons la qualit√© √©ditoriale du coffret, en particulier le livret qui accompagne les cd : format √† l’italienne, pochettes d’origine toutes reproduites, t√©moignages des ing√©nieurs du son et des producteurs DECCA sur l’√©pop√©e discographiiue ainsi r√©alis√©e depuis l’apr√®s guerre, textes d’introduction sur l’histoire de la collaboration du Wiener Philharmoniker avec Decca depuis le d√©but des ann√©es 1950, le plus vaste projet discographique r√©unissant les deux firmes demeurant le Ring de Wagner par Solti en 1958, premier Ring st√©r√©ophonique de l’histoire de l’enregistrement… CLIC de classiquenews de novembre 2014.

Illustration : Otto Nicolai, le fondateur du Wiener Philharmoniker en 1843.

CD. Renée Fleming : Winter in New York (1 cd Decca): la nouvelle diva jazz ?

fleming renee soprano decca renee fleming cd deccaRen√©e Fleming : Winter in New York (1 cd Decca). No√ęl √† New York… La nouvelle diva jazz ?¬†Une affiche de partenaires somptueuse. Les chanteurs Kurt Elling, Gregory Porter, Rufus Wainwright, les trompettistes Chris Botti et Wynton Marsalis, le pianiste surdou√© et roi de l’impro, Brad Mehldau…. autant dire que pour ce nouveau disque non lyrique, la superdiva am√©ricaine¬†Ren√©e Fleming a su s’entourer de pointures particuli√®rement aguerries et les plus raffin√©es m√™me comme les plus originales de la plan√®te jazz … Ils sont tous, chacun dans leur registre, des stars de la sc√®ne am√©ricaine…¬† Sous la neige √† Central Park (Serenade de la plage 10), √† la nuit tomb√©e ou reprenant certains standards parmi les plus connus du r√©pertoire de No√ęl, la diva s’accordent plusieurs duos musicalement sertis et cisel√©s qui montrent que si la voix lyrique a √©volu√©, la cantatrice n’a rien perdu de sa musicalit√©. Les fans de la diva am√©ricaine seront enchant√©s de retrouver leur interpr√®te dans des atours glamour, blues, folk, groove d’une nouvelle voix retravaill√©e en sir√®ne jazzy au service d’un r√©pertoire qu’elle sert avec la finesse,¬† l’√©l√©gance,¬† le style que nous lui connaissons: la straussienne diseuse enchanteresse n’a rien perdu de son √©l√©gance, ni sa prodigieuse musicalit√© que le micro et le format intimiste du studio soulignent avec une subtilit√© r√©ellement d√©lectable ; serait-ce une nouvelle carri√®re vocale pour celle qui apr√®s avoir chant√© tous les grands r√īles de soprano lyrique¬†et m√™me dramatique (v√©riste), a confirm√© prendre se retraite des sc√®nes d’op√©ra ?¬† N’√©coutez que pour vous en convaincre la totale r√©ussite de Sleigh ride (plage 7) en toute et parfaite complicit√© avec le trompettiste Wynston Marsalis une √©vidente oeuvre de complicit√© collective et si musicale que ne renierons pas les amateurs de jazz: la f√©minit√© suave un rien fac√©tieuse de la diva son abattage, son instinct motorique, font mouche accompagn√©e par des cuivres d’une finesse de ton irr√©sistible. M√™me √©nergie tr√®s “com√©die musicale” mais avec un sens du verbe qui doit √† son pass√© de cantatrice,¬† ce relief linguistique fruit√© tr√®s particulier dans l’excellent portrait du P√®re No√ęl : The man with the bag (plage 11)… Rares, les cantatrices capable d’une “reconversion” musicale. les hommes ont la facult√© de changer de tessiture sans perdre la ma√ģtrise de leur organe lyrique (voyez le t√©nor Placido Domingo, devenu nouveau baryton vaillant) ; Ren√©e Fleming incarne un autre type de reclassement, plus audacieux car il y faut apprendre de nouveaux codes : et si la diva de l’op√©ra r√©ussissait son nouveau d√©fi comme chanteuse de jazz ?

 

 

 

Ren√©e Fleming amoureuse enneig√©e…

La Nouvelle diva jazz

 

CLIC_macaron_2014Le programme s’ouvre par le premier duo avec le trompettiste Wynton Marsalis (Winter Wonderland), o√Ļ brillent les superbes accents mordants enjou√©s de son instrument bouch√©;¬† Ren√©e Fleming y redouble de sensualit√© narrative,¬† un medium fourni et charnel d√©licieusement l√©ger que sublime la complicit√© nuanc√©e et cisel√©e des timbres cuivr√©s.¬†Puis dans Have yourself a Merry Little Christmas, on aimerait pouvoir b√©n√©ficier de chanteurs aussi parfaits dans l’insouciance enchant√©e pour le temps de No√ęl que ce deux l√† : ce sont deux voix instrumentales d’une claire et vive entente : Gregory Porter et Ren√©e Fleming signent le meilleur duo du programme (avec les deux suivants r√©alis√©s avec Kurt Elling). Tr√®s influenc√© par la¬†musique soul¬†de Marvin Gaye¬†et le¬†jazz¬†de¬†Nat King Cole, Gregory Porter apporte √† lui seul cette couleur fine, elle aussi tr√®s rythmique et cors√©e qui s’accorde id√©alement √† la musicalit√© classique de sa complice.
Jazzy, le programme est capable de varier les climats et les associations de timbres comme l’indique clairement le duo f√©minin qui suit : Silver Bells comme une ballade de deux folk singers associe le grain median de Ren√©e Fleming au clair soprano Kelli Ohara – perfection de deux timbres sur le m√™me mode tendre,¬† √©pique,¬† celui d’une confession sereine, enivr√©e qui revisite pourant un standard tant de fois repris du temps de No√ęl.¬†M√™me reprise et plus nuanc√©e encore, Merry Christmas darling joue la carte d’une berceuse sensualit√© aux scintillements instrumentaux avec l’excellent Chris Botti (trompette feutr√©e id√©alement cr√©pusculaire murmur√©e faisant halo pour la voix d’une amoureuse √† No√ęl).

Plut√īt marqu√©e “ann√©es 1990″, Snowbound r√©alise le duo amoureux le plus convaincant de l’album : il affirme une sensualit√© partag√©e avec la voix du chanteur au timbre incroyable Kurt Elling n√© en 1967 √† Chicago : ballade de deux √Ęmes complices. Dans¬†In the bleak midwinter, saluons tout autant la couleur folk et un nouveau chambrisme feutr√© avec voix de t√©nor de Rufus Wainwright : la diva y retrouve presque son legato et le registre aigu de son ancien emploi de chanteuse lyrique.¬† Une immersion tendre qui touche elle aussi par son sens de la nuance et de la subtilit√©. .. un mod√®le de duo millim√©tr√© √† rebours de la vari√©t√© qui ne s’encombre plus d’une telle ma√ģtrise et de tant de d√©tails contr√īl√©s…
Nous l’avons d√©j√† cit√© : “The man with the bag…” est une grande r√©ussite, clin d’oeil √† une instrumentation ann√©es 1960 o√Ļ scintillent les grelots du tra√ģneau du P√®re No√ęl… (c’est dire le soin des ing√©nieurs du son dans leur montage) avec les Marimba, dans une m√©lodie plut√īt tr√®s chant√© : Ren√©e fait valoir son abattage instrumental,¬† le velout√© feutr√© du timbre d’une voix qui r√©sonne surtout dans le m√©dium et le semi grave.

Plus introverti, comme une pri√®re presque grave, Love and hard times, fait jaillir aux c√īt√©s du saxo, le piano en vrai dialogue du complice Brad Mehldau : le clavi√©riste improvisateur, n√© √† Jacksonville sur la c√īte Est des USA en 1970, a un sens du swing g√©nial, id√©alement √† l’√©coute de sa partenaire… Pour Ren√©e Fleming, la magie de No√ęl c’est peut-√™tre moins le P√®re No√ęl et les sapins d√©cor√©s qu’un climat d’effusion, une entente n√©e d’une rencontre improbable ; ce que la diva nous rappelle, en guise de conclusion (Still, Still, Still), dernier duo qui fonctionne r√©ellement bien avec Kurt Elling, m√™me complicit√© que dans leur premier duo, plage centrale du disque (Snowbound, qui est aussi le morceau le plus long de l’album). Pour nous la reconversion de Ren√©e est r√©ussie, gageons que ce disque trouvera son public.

Renée Fleming : Winter in New York. Avec Gregory Porter,  Kurt Elling,  Rufus Wainwright,  Wynton Marsalis,  Brad Melhau. .. 1 cd Decca 478 7905. Parution: 17 novembre 2014.

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CD. Coffret. Lorin Maazel, The Cleveland years, complete recordings (19 cd Decca)

Maazel cleveland years deccaCD. Coffret. Lorin Maazel, The Cleveland years, complete recordings (19 cd Decca). D√©c√©d√© en juillet dernier √† 84 ans, Lorin Maazel (n√© en 1930 √† Neuilly sur Seine) laisse un h√©ritage important au disque, non pas un catalogue discographique tel que celui de Carlos Kleiber – mince mais essentiel et d’une finesse po√©tique rare-, ni comme celui de Karajan, celui d’un esth√®te qui a pens√© le son comme il a pens√© l’approche de chaque partition ; en comparaison, Maazel le virtuose et le surdou√© de la baguette, impose un profil plus artificiel, celui d’un consommateur fr√©n√©tique, voire compulsif qui a enregistr√© … √† tout va : op√©ras, symphonies, Ňďuvres concertantes avec une ivresse parfois creuse qui n’emp√™che pas certaines √©blouissantes r√©alisations comme son Don Giovanni, bande originale du film de Losey en 1979 : alors enregistr√© avec la cr√™me des chanteurs vedettes mozartiens (te Kanawa, Berganza, Moser en t√™te, sans omettre Ruggero Raimondi dans le r√īle-titre et dans le r√īle de sa carri√®re…).

En liaison avec son d√©c√®s de cet √©t√©, Decca r√©√©dite pour lui rendre hommage ses ann√©es glorieuses √† la t√™te de l’un des top five am√©ricains, le Symphonique de Cleveland dont il fut directeur musical pendant 10 ans, de 1972 √† 1982, laissant apr√®s lui pour son successeur Christoph von Dohnanyi, une machine rutilante et souple… sans aucune identit√© artistique claire : tout est l√† ; Maazel fut un lyrique au geste facile et habile parfois strictement d√©coratif Pas de plan sur la com√®te, mais souvent un opportuniste qui fit feu de chaque instant avec un aplomb inou√Į. Ce manque de profondeur comme d’urgence est l’empreinte la plus significative de son style. C’est la d√©cennie des engagements internationaux : en 1977, il travaille tr√®s √©troitement avec le National de France dont il avait r√©ussi de superbes lectures de Ravel et de Debussy. La sensualit√© raffin√©e fran√ßaise lui va comme un gant : elle exalte m√™me ses qualit√©s d’orf√®vre du son. C’est encore l’√©poque o√Ļ il est invit√© par le Phiharmonique de Vienne pour y diriger le Concert du nouvel An (1980 √† 1986) : couronn√© par les Viennois, Maazel deviendra directeur musical de l’Op√©ra en 1982 ! Les noces seront de courtes dur√©e cepandant car il restera simplement deux ans. Le charmeur pouvait √™tre aussi arrogant voire m√©prisant : trop conscient de sa sup√©riorit√© de musicien quasi parfait. Dou√© artistiquement, l’homme √©tait discutable… il partira ensuite du c√īt√© du Symphonique de Pittsburgh jusqu’en 1996. Le coup de th√©√Ętre d’un esprit trop s√Ľr de lui reste en 1989 ce coup d’√©clat fugace, quand certain d’avoir √©t√© choisi par les instrumentistes du Berliner Philharmoniker pour √™tre leur chef, Maazel convoque d√©j√† la presse pour les en remercier : gifle spectaculaire qui √©pingle son arrogance, l’Orchestre berlinois infirme la nouvelle et Maazel jure de ne plus jamais travailler avec la phalange laiss√©e vacante √† la mort de Karajan… Jusqu’√† sa mort, Maazel √©tait devenu une ic√īne sans √Ęge au style dispendieux mais sans √Ęme, au sein de l’Orchestre de Valence en Espagne, depuis 2004 : une d√©cennie creuse et pr√©tentieuse d’o√Ļ √©mergent cependant quelques r√©alisations personnelles : son op√©ra 1984 d’apr√®s Orwell mont√© √† Londres au Covent Garden en 2005 en t√©moigne…
M√©canique et virtuose, Maazel savait cependant mais rarement √™tre soudainement engag√© et inspir√© en r√©p√©tition ou en concert (jamais les deux √† la fois…).
Parmi les incontournables de ce coffret en 19 cd, on soulignera la valeur et la profondeur d’un chef fran√ßais de grande classe comme en t√©moigne ses Ravel (int√©gral du ballet Daphnis et Chlo√© de 1974, cd 2) et Debussy (La mer, Nocturnes, Ib√©ria de 1977 et 1978, cd1). Ses gravures russes (Sheherazade de 1978, ou le po√®me de l’extase de Scriabine de 1979 font briller sa verve color√©e et sensuelle ; notons surtout √©galement son Requiem de Berlioz (emphatique, noble, triomphal avec le t√©nor Kenneth Riegel de 1979, ce dernier fut √©galement engag√© pour Don Ottavio dans le Don Giovanni l√©gendaire de Losey √† la m√™me √©poque (1979), cd 6 et 7 ; le cd 8 promettait beaucoup sur le papier : L’Arl√©sienne, suites 1 et 2 et Jeux d’enfant de Bizet (finalement d√©monstratifs et assez creux), m√™me la Symphonie en r√© mineur de C√©sar Franck (1976), sommet du symphonisme fran√ßais postwagn√©rien de 1889, est emmen√© sans fi√®vre (dernier mouvement et ses m√©tamorphoses sur tapis de harpe, sans r√©elle√©l√©vation spirituelle).

On note une √Ępret√© presque fi√©vreuse et dans un sens, dramatiquement plus approfondie dans son int√©grale du ballet de Prokofiev, Rom√©o et Juliette (cd 9 et 10, 1973) ; Porgy and Bess de Gershwin reste d’une neutralit√© lisse sans tensions r√©elles, malgr√© une belle distribution , avec entre autre Willard White en Porgy…¬† (cd 11,12,13 de 1975) ; ses Brahms (les quatre Symphonies, 1976-1977) montrent une mise en place parfaite mais sans transe ni prise de risques l√† aussi : du Maazel pur jus, pr√©visible, facile, ais√© mais sans implication. Enfin, les ballets de Verdi d√©montrent la belle m√©canique du Cleveland orchestra ; et m√™me avec la violoncelliste Lynn Harrel (Concerto d’Elgar et Variations Rococo de Tchaikovsky, de 1979, cd 19), orchestre et chef demeurent trop neutres l√† encore. N’est pas Kleiber fils ni Karajan ou Fricsay qui veut. En bien des points, ces derniers ont autrement plus de choses √† nous dire que le virtuose Lorin Maazel, f√Ľt-il prodige mais artistiquement trop correct.

Lorin Maazel. The Cleveland Years (1972-1982). Complete recordings, 19 cd Decca. 478 77 79.

CD événement. Hasse : Siroe,1763. Max Emanuel Cencic, George Petrou (2 cd Decca 2013)

hasse siroe cencic cd deccaCD √©v√©nement. Hasse : Siroe,1763. Max Emanuel Cencic, George Petrou (2 cd Decca 2013). Depuis Faramondo qu’il a port√© seul, Cencic a montr√© de quelle √©nergie il √©tait capable dans le registre du d√©frichement lyrique. Apr√®s Haendel, voici Hasse : un compositeur embl√©matique de l’op√©ra seria m√©tastasien, auteur de pr√®s de 60 ouvrages lyriques qui lui assur√®rent une gloire plus grande encore que l’autre Saxon. De Hambourg √† Dresde, de Vienne √† Venise, Hasse, √©poux √† la ville de la diva mezzo Faustina Bordoni (adule par Haendel), n’a cess√© de faire √©voluer l’√©criture op√©ratique du baroque m√Ľr vers le classicisme naissant, veillant toujours √† un juste et subtil √©quilibre entre virtuosit√© du chanteur et coh√©rence dramatique. Il partage avec Jommelli, cette facilit√© souvent irr√©sistible, affirmant toujours une maestri√† indiscutable, de style ouvertement napolitain. Enregistr√©e en juillet 2014 √† Ath√®nes et sur le vif lors de la cr√©ation de cette production nouvelle qui arrive en France √† Versailles en novembre 2014, la lecture s’appuie sur la complicit√© superlative d’un orchestre en tout point id√©alement articul√©, diversement nuanc√© (dirig√© par l’excellent George Petrou) ; la r√©alisation r√©ussit indiscutablement gr√Ęce aussi au plateau de solistes, marjoritairement remarquables d’engagement et de sensibilit√© : Lauren Snouffer (Arasse), Mary-Ellen Nesi (Emira)…

Hasse, po√®te du cŇďur

CLIC_macaron_2014Chacune des sopranos exprime les d√©sirs, les √©preuves de coeurs √©prouv√©s : Emira travesti en Idapse √† la Cour de Cosroe balance entre son amour pour Siroe et sa vengeance contre le roi de Perse qui a fait tuer son propre p√®re : devoir ou bonheur personnel, tel est l’√©ternelle question. La jubilation vocale tout en finesse de son air au II (d’un pastoralisme enchant√© et presque badin : Non vi piacque…) s’accorde au raffinement t√©nu de la parti orchestrale avec cor, subtilement dirig√© par¬† George Petrou : air d’une r√™verie suggestive et en m√™me temps d’une justesse remarquable,¬† profonde et int√©rieure comme si le personnage se d√©doublait et faisait sa propre autocritique… accord√©e √† la finesse du chef et des musiciens d’Armonia Atenea, la subtilit√© de l’interpr√®te se r√©v√®le irr√©sistible.Un accomplissement enivrant. L’√©criture de Hasse fait valoir son g√©nie de la vocalise dont on comprend parfaitement qu’il ait port√© les chanteurs mitraillettes et ports de voix soucieux d’en d√©montrer ; mais outre la pure performance, il y a surtout une sensibilit√© tr√®s aff√Ľt√©e √† exprimer les caract√®res et climats √©motionnels les plus nuanc√©s… de quoi r√©aliser pour les artistes et interpr√®tes les plus fins de vrais portraits sup√©rieurs et profonds. Une qualit√© partag√© avec le meilleur Haendel.

Juan Sancho laisse percevoir l’ampleur du r√īle du p√®re Cosroe, √Ęme palpitante elle aussi, marqu√©e voire d√©pass√©e par le pouvoir et la rivalit√© entre ses deux fils (en fin d’action il abdiquera) : le personnage est d√©j√† mozartien, d’une subtilit√© fr√©missante qui annonce Idomeneo, rien de moins : dans son grand air de 8mn au III, ” Gelido in ogni vena ” : le t√©nor √† l’aise malgr√© les intervalles redoutables de l’air, laisse se pr√©ciser la vision √©mue du p√®re face √† son fils emprisonn√© et condamn√© √† mort (Siroe)… A travers la ligne acrobatique et vertigineuse du chant se glisse le frisson de la terreur et de la compassion : tout Hasse est concentr√© dans cet air aux couleurs doubles, aussi virtuose que profond. Et le continuo se montre lui aussi remarquable de relief expressif. L’acm√© √©motionnel de l’op√©ra demeure ce qui suit : l’air fun√®bre (un Florestan avant l’heure) de Siro√© dans son cachot ab√ģm√© dans les pens√©es les plus sombres : un air que les interpr√®tes empruntent au Tito Vespasiano de Hasse, pr√©c√©d√© ici par un recitatif accompagnato du propre Siroe de … Haendel. Cencic, plus grave et sombre que jamais se r√©v√®le d’une intensit√© juste, convaincant dans le portrait du fils a√ģn√© vertueux, d√©cri√©, solitaire qui finalement triomphe. Contrepoint aussi habit√© et furieusement agile, le Medarse de Franco Fagioli, d’une trempe pr√©cise, tranchante, fulgurante. Dans le r√īle du fr√®re cadet jaloux, menteur, ” Mr Bartolo ” enchante litt√©ralement par la tenue parfaite de ses vocalises √† foison, v√©ritable mitraillette √† cascades vocales toutes nuanc√©es, caract√©ris√©es, d’une diversit√© de ton admirable et projet√©es sur un souffle long, id√©alement g√©r√©. Quel acteur et quel chanteur (air final : ” Torrente cresciuto per torbida piena “). Seule r√©serve, le soprano pour le coup plus m√©canique que les autres, de Julia Lezhneva (Leodice, la ma√ģtresse de Cosroe le p√®re, amoureuse du fils Siroe), certes virtuose mais souvent totalement artificiel (√©couter son ultime air, caricature de tunnel de vocalises emprunt√© au Britannicus de Graun): son absence d’√©motivit√© et de sensibilit√© ardente comme nuanc√©e para√ģt un contre sens dans cet ar√©opage de temp√©raments vocaux si finement caract√©ris√©s. En soulignant combien le seria de Hasse est port√© par une sinc√©rit√© √©motionnelle inscrite dans son √©criture, les interpr√®tes ne pouvaient mieux faire. Une remarquable r√©surrection servie par un chef et un plateau vocal globalement superlatifs. Courrez d√©couvrir cet oeuvre palpitante, d√©fendue avec sensibilit√© et intelligence par les m√™mes interpr√®tes √† l’Op√©ra royal de Versailles (et avec mise en sc√®ne de Cencic lui-m√™me), les 26,28,30 novembre 2014.

Hasse : Siroe (version Dresde II, 1763). Max Emanuel Cencic (Siroe), Franco Fagioli (Medarse), Juan Sancho (Cosroe), Lauren Snouffer (Arasse), Mary-Ellen Nesi (Emira)… Armonia Atenea. George Petrou, direction. 2 cd DECCA. Enregistrement r√©alis√© √† Ath√®nes en¬† juillet 2013.

 

 

 

Argument synopsis

Acte I. Le roi des perses Cosroe convoque ses deux fils, le cadet Medarse apparemment gentil et favori du souverain et Siroe plus inflexible face √† l’autorit√© paternel. Survient Emira qui aime Siroe mais se cache sous le nom d’Idaspe : elle jeure de venger son p√®re en tuant Cosroe son assassin. De son c√īt√© la ma√ģtresse de Cosroe, Laodice aime Siroe mais jalouse est pr√™te √† l’accuser de parjure. Devant Cosroe, tous accuse Siroe de trahison (alros que Siroe a √©crit une lettre √† son p√®re pour le mettre en garde). A la fin de l’acte, Siroe le vertueux est d√©cri√© par tous.

Acte II. Medarse et Emira complotent contre Siroe et Cosroe. Le premier veut faire tuer sonfr√®re pour prendre le tr√īne de son p√®re ; le seconde m√™me si elle aime Siroe, veut tuer Cosroe pour venger la m√©moire de son p√®re… Au comble du travestissement, Emira, toujours v√™tu en Idaspe, affirme aimer Loadice…¬† Siroe est de plus en plus seul et son p√®re l’exhorte √† avouer son crime contre le tr√īne et d√©noncer ses complices.

Acte III. Leodice, Emira, Arasse prennent la d√©fense de Siroe vis √† vis de Cosroe. A Idaspe/Emira, Medarse r√©v√®le sa volont√© de nuire √† Siroe pour prendre le tr√īne… Emprisonn√©, Siroe se lamente sur son sort (temps fort de l’op√©ra o√Ļ le fils vertueux d√©cri√© exprime sa souffrance int√©rieure) mais il est lib√©r√© par Arasse : tous, – Loedice, Emira/Idaspe, Cosroe souhaite son pardon : il est couronn√© √† la place de son p√®re qui abdique. Le final c√©l√®bre les vertus du pardon et de la loyaut√© morale incarn√©e par Siroe.

CD, coffret. Jonas Kaufmann : So great arias (4 cd Decca)

jonas_kaufmann_coffret so great ariasCD, coffret. Jonas Kaufmann : So great arias (4 cd Decca).¬†B√™te de sc√®ne (il l‚Äôa confirm√© encore par ce chant irradi√©, f√©lin, sauvage, id√©alement dyonisiaque, dans la derni√®re production d‚ÄôAriane Auf Naxos – de surcro√ģt dans sa version originelle de 1912, pr√©sent√©e en 2012 au festival de Salzbourg : un inoubliable √©v√©nement s‚Äôil n‚Äô√©tait la direction certes fluide mais d√©sincarn√©e et peu subtil de Daniel Harding). Mais ce charisme tendu, viril, √©rotique qui passe dans le fil d‚Äôune voix animale demeure le plus grand apport sur la sc√®ne musicale et lyrique au carrefour des deux si√®cles.¬†Decca r√©√©dite en un coffret incontournable la quintessence d‚Äôun¬† chant investi, affin√©, subtil, celui¬† d‚Äôun immense interpr√®te fin et intense, au timbre cuivr√© toujours √©poustouflant. V√©risme, wagn√©risme, chambrisme aussi en diseur schubertien (de premi√®re classe pour les lieder r√©cemment, mais aussi d√©j√† audacieux pour l‚Äôune de ses premi√®res apparitions sur sc√®ne dans Alfonso und Estrella, l‚Äôop√©ra oubli√© de Schubert et que l‚ÄôOp√©ra de Zurich remontait avec justesse‚Ķ). Sa franchise sc√©nique, son autorit√© vocale, son √©loquence nuanc√©e qui en font un superbe Lohengrin, un √©tonnant Parsifal, embras√©, spirituel, fraternel et √©loquemment l√† encore compatissant chez Wagner, et aussi √©videmment, un √©tonnant Florestan pour le Fidelio de Beethoven.

CLIC D'OR macaron 200A Zurich, comme Bartoli, Jonas Kaufmann, en artisan,¬†a pu colorer, et ciseler un chant filigran√© jamais couvert par le chef : la fosse complice permet ici au chanteur d‚Äôarticuler plut√īt que¬† de projeter comme un porte voix : le caract√®re et l‚Äôintention plut√īt que le volume √† tout prix. La largeur et la richesse harmonique naturelle dans le registre m√©dian feront de lui certainement comme Placido Domingo, apr√®s de nouveaux accomplissement en heldentenor, le grand baryton de demain. Mais pour l‚Äôheure sachez savourer ce talent d√©lectable qui se d√©die pour le moment aux grands r√īles romantiques et v√©ristes, de Verdi √† Wagner et passant le temps d‚Äôun programme intitul√© ¬ę¬†verismo arias¬†¬Ľ, par Zandonai, Cilea (Adriana Lecouvreur qu‚Äôil a chant√© sur sc√®ne avec ¬ę¬†La Georghiu¬†¬Ľ), Leoncavallo, surtout Arrigo Boito (superbe Mefistofele) et en particulier Giordano dans un non moins excellent et si ardent Andrea Ch√©nier.

4 récitals Jonas Kaufmann : JK, le ténor divin

En 2014, Jonas Kaufmann, n√© munichois en 1969, a la quarantaine radieuse : son palmar√®s est remarquablement r√©alis√©, dont l‚Äôintelligence des choix nous touche totalement. Pour se reposer de tant de prises de r√īles en particulier verdiens (il nous annonce un prochain Otello √©tonnant, cr√©pusculaire et furieusement shakespearien, d√©j√† amorc√© dans son album Sony classical intitul√© sobrement mais intens√©ment ¬ę¬†Verdi Album¬†¬Ľ), le grand Jonas qui sait prendre le recul et le temps n√©cessaires, approfondit l‚Äôunivers allusif, √©vocateur, murmur√© du lied Schubertien avec le pianiste Helmut Deutsch (plusieurs albums sont √©galement parus chez Sony classical).

Aujourd‚Äôhui pass√© de Decca / Universal √† Sony classical, le divin t√©nor joue les oeillades plus l√©g√®res sur le ton du crooner berlinois des ann√©es 1920 : d√©tente, all√®gement dramatique, cure de d√©dramatisation lyrique vers la com√©die l√©g√®re non moins investie‚Ķ on lui pardonne si c‚Äôest pour mieux revenir aux incarnations sc√©niques d√©j√† attendues. Le disque vient de sortir √† l‚Äôautomne 2014 sous le titre : Du bist die Welt f√ľr mich (Tu es le monde pour moi / You mean the entire world to me) d‚Äôapr√®s Richard Tauber : une d√©claration amoureuse personnelle ?

Kaufmann jonas cd sony du bist die weltPour revivre le grand frisson, voici donc en un coffret de 4 cd (avec pochettes d‚Äôorigines et un livret notice r√©√©crit commun aux quatre), l‚Äôincomparable, l‚Äôin√©galable ¬ę¬†JK¬†¬Ľ : Romantic arias (cd1, 2007) souligne combien son soleil √† lui est noir, d‚Äôune incandescente finesse, comme a contrario, celui de Pavarotti √©tait lumineux et √©tincelant‚Ķ Chez Massenet : voici Werther et DesGrieux en force et en gr√Ęce, le suicidaire et fauve Jos√© (Carmen), et Faust chez Berlioz (invocation √† la nature de La Damnation) ; puis en 2008 (cd2), un programme germanique (Mozart, Schubert, Beethoven, Wagner) en des hauteurs orf√®vres gr√Ęce aussi √† la direction scintillante transparente de Claudio Abbado et du Mahler chambre orchestra, entre autre pour son Siegmund de La Walkyrie r√©ellement anthologique) ; virage en 2010 en italien avec ¬ę¬†Verismo arias¬†¬Ľ¬†(cd3), qui r√©v√®le et souligne l‚Äôintensit√© de l‚Äôacteur ; enfin ¬†(cd4), figurant en couverture de son r√©cital Wagner, tel un bad boy, inspir√© par un sombre et romantique dessein, JK √©blouit tout autant par un programme d‚Äôune coh√©rence absolue encha√ģnant des r√īles taill√©s pour son m√©tal humain, √Ępre, passionn√© ett toujours magnifiquement, sup√©rieurement articul√© : le Schwert monolog de La Walkyrie, Siegfried, Rienzi, Tannha√ľser, Lohengrin et au sommet d‚Äôune musicalit√© tendre et enivr√©e, les 5 Wesendonck lieder, dont le dernier Tra√ľme plonge dans les langueurs du poison √©motionnel con√ßu par Wagner au del√† de nos attentes. ne serait ce que par ces 4 disques l√†, le g√©nie vocal du plus grand t√©nor actuel nous est r√©v√©l√©. Coffret lyrique indispensable.

CD, coffret. Jonas Kaufmann : So great arias (4 cd Decca)

CD, coffret. Rachmaninov : the complete works, integrale (32 cd Decca)

decca-rachmaninov-the-complete-works-box-coffret-32-cd-ashkenazy-jarviCD, coffret. Rachmaninov : the complete works, integrale (32 cd Decca). Serge Rachmaninov (1873-1943) a longtemps souffert d’un surplus de pathos mi√®vre et sirupeux que bon nombre de ses interpr√®tes au disque comme au concert semblent vouloir toujours et encore nous ass√©ner… en toute m√©connaissance profonde de sa personnalit√© comme de sa sensibilit√©. Quand certains aiment souligner avec force effets de poignets au clavier ou √† la direction, ce romantisme classicisant, sentimental et outrageusement path√©tique, d’autres comme Vladimir Ashkenazy ont cultiv√©, comme pianiste et comme chef, une voie m√©diane, plus d√©licate, mais plus juste d√©fendant un Rachma, d√©finitivement et essentiellement pudique, √©l√©gant, d’une mesure suggestive, sp√©cifiquement allusive (en rien d√©monstrative).

Tel peut-√™tre l’enseignement de ce coffret somptueux et finalement r√©capitulatif qu’√©dite Decca, comme un hommage √† l’affinit√© de l’interpr√®te pour un compositeur qu’il a servi avec une ind√©fectible √©nergie, d√©fendant avec la m√™me ardeur, l’√©clat lunaire, voire m√©lancolique et m√™me saturnien d’un compositeur russe aussi m√©connu que peuvent √™tre mieux servis √† l’inverse, ses contemporains, les modernes Stravinsky et Prokofiev.

CLIC_macaron_2014Rachmaninoff_1906Les 32 cd de cette int√©grale impressionnante par sa coh√©rence artistique et sa grande unit√© esth√©tique offre une palette compl√®te, le legs d’une recherche interpr√©tative qui dans le cas de Vladimir Ashkenazy remonte √† 40 ans, les premiers enregistrements au piano datant du milieu des ann√©es 1970 (1975 pour le premier cd : les 24 Pr√©ludes, enregistr√©s entre 1974 et 1975) et les plus r√©cents remontant √† 2012 (cd 8 comprenant Morceaux de salon opus 10, 3 Nocturnes, 4 Pi√®ces opus 1). Aux c√īt√©s d’Ashkenazy, le coffret pr√©sente √©galement des alternatives compl√©mentaires fameuses : ainsi dans le CD3, les variations sur un th√®me de Chopin par Jorge Bolet (1986), ou la Sonate n¬į1 en r√© mineur opus 28 par Alexis Weissenberg (1987), … √©galement entre autres, la complicit√© devenue l√©gendaire √† deux pianos d’Argerich et Freire dans la transcription des Danses Symphoniques opus 45 (2009). Simultan√©ment √† ses enregistrement des Ňďuvres pour piano seul (septembre 1974), Ashkenazy enregistre les m√©lodies avec Elisabeth Sodestr√∂m, soit un cycle de 3 cd √©blouissants, d’une profondeur et d’une sinc√©rit√© intactes, r√©alis√©s jusqu’en 1980.

Mais les premiers enregistrements r√©alis√©s par Ashkenazy chez Decca concerne les Concertos pour piano mis en bo√ģte d√®s le d√©but des ann√©es 1970 : ainsi le n¬į1 (1970) comme soliste avec le London Symphony Orchestra sous la direction d’Andr√© Pr√©vin, puis l’ann√©e suivante, en 1971, les n¬į2,3 et 4. Le coffret comprend aussi les versions originales des n¬į1 et 4 enregistr√©es par Ashkenazy chef d’orchestre (soliste : Alexander Ghindin) avec le Philharmonique d’Helsinki en mars 2001.

Les pages symphoniques suivent l’enregistrement des Concertos pour piano ; Ashkenazy enregistrant les Symphonies 1 et 3 dans les ann√©es 1980. Et aussi la Symphonie Jeunesse de 1891 en 1983 avec le Concertgebouw Orchestra.¬† Compl√©tant le volet strictement symphonique, la Symphonie n¬į2 (opus 27) est ici celle dirig√©e par Edo de Waart, enregistr√©e d√®s mai 1973. Parmi les fresques orchestrales, les plus r√©ussies citons les Danses Symphoniques opus 45 (1983), surtout les sublimes Cloches – Kolokola opus 35 d’apr√®s Edgar Allan Poe (1984) enregistr√© avec le m√™me Concertgebouw Orchestra.

sergei-rachmaninov-russian-composer1Les 4 op√©ras de Rachmaninov. Les raret√©s du coffret concernent surtout les op√©ras de Rachmaninov, au symphonisme flamboyant dont on ne comprend pas bien pourquoi ils ne sont pas¬† plus souvent jou√©s car leur dramatisme intense y est souvent conjugu√© √† un d√©veloppement condens√©, tr√®s efficace ; ainsi : Aleko (1892, compos√© par l’√©tudiant du Conservatoire de Moscou,¬† d√©j√† admir√© par Tchaikovski), Le chevalier ladre opus 24 (1904, inspir√© comme Aleko de Pouchkine) dont l’ouverture saisit imm√©diatement par le sens de la couleur, le climat de mal√©diction sombre auquel r√©pond des √©clairs scintillants d’espoir (c’est un huit clos entre un p√®re fortun√© mais pingre et son fils)…, surtout l’exceptionnel Francesca da Rimini opus 25 (1905) sur le livret de Modeste Tchaikovski, aux poudroiements cr√©pusculaires … les 3 ouvrages sont enregistr√©s de fa√ßon tr√®s convaincantes par Neeme J√§rvi √† l’√©t√© 1996. On comprend Tcha√Įkovski d√©couvrant √† Moscou le feu dramatique du jeune Rachma alors √©tudiant pr√©coce de seulemnt 19 ans… S’il n’avait √©t√© s√©duit par d’autres formes, en particulier celles d√©riv√©es du piano dont il √©tait virtuose, Rachmaninov se r√©v√®le passionnant dramaturge. L’op√©ra, plus d√©velopp√© dans son Ňďuvre, aurait probablement atteint le m√™me essor que celui de Piotr Illyitch… le compositeur sait en quelques mesures faire surgir le tr√©fonds des √Ęmes √©prouv√©es, exprimer tous les enjeux dramatiques de la situation : n’√©coutez que le monologue du baron avare, si dur envers son fils Albert (l’introduction orchestrale √©gale La Dame de Pique de Tcha√Įkovski), longue tirade tourment√© √† l’√©criture pr√©cise et souterraine qui au d√©part √©tait destin√© √† l’immense Chaliapine… Rachmaninov s’y montre parfait assimilateur du Wagner de Bayreuth, un mod√®le qui lui inspire une orchestration riche et transparente. C’est pourquoi les 4 op√©ras ici regroup√©s sont de premi√®re importance et d’un plaisir inou√Į. Le feu tr√®s articul√© de J√§rvi toujours soucieux de lisibilit√© y compris dans les sc√®nes avec choeur, se r√©v√®le passionnant d’autant qu’il r√©unit une distribution luxueuse comptant entre autres : le l√©gendaire et passionn√© Sergei Larin dans le r√īle d’Albert fils du baron avare, l’incandescent et ph√©nom√©nal Sergei Leiferkus, Maria Gulhina (leur duo dans la derni√®re partie de Francesca est captivant-) … ; m√™me d√©couverte fructueuse avec Monna Vanna, sc√®ne 1,2 3 de l’acte I (1907 : dans l’enregistrement r√©alis√© en 1991 par Igor Buketoff, direction qui en proposait alors √† la demande des descendants, la premi√®re restitution du seul premier acte : en anglais, la distribution n’a pas l’assise ni l’unit√© dramatique des J√§rvi ; seul Sherrill Milnes en Guido convainc).

Les fleurons de la musique de chambre ne sont pas √©cart√©s (int√©grale oblige) : les 2 trios √©l√©giaques par le Beaux Arts Trio (1986) ni les Quatuors √† cordes n¬į1 et n¬į2 (Goldner string Quartet, 2009)… Tr√®s complet le coffret compl√®te l’apport d’Ashkenazy par la lecture d’autres interpr√®tes tout autant convaincants, c’est le cas pour les Concertos pour piano de Sviastoslav Richter (n¬į2, 1959), Argerich / Chailly (n¬į3, 1982), Zoltan Kocsis (n¬į4, 1982). Mais rien ne vaut au final, l’√©coute du compositeur lui-m√™me grand pianiste c√©l√©br√© de son vivant, gr√Ęce au cd32 qui r√©unit les fameux enregistrements de Rachmaninov conserv√©s sur rouleaux Ampico et r√©alis√©s entre 1919 et 1929 : le compositeur y joue ses propres oeuvres (Morceaux de fantaisie opus 3, Etudes tableaux opus 39 n¬į4 et 6…) mais aussi plusieurs transcriptions de son cru d’apr√®s Moussorgksi, Rimsky (le vol du bourdon), Kreisler… le dernier cd comprend un entretien audio avec Vladimir Ashkenazy √† propors du “vrai Rachamaninov” (en anglais).

CD, coffret. Rachmaninov : the complete works, integrale (32 cd Decca)

CD. St Petersburg par Cecilia Bartoli. Feuilleton 2/3 : Araia et Raupach à la Cour impériale de Russie

BartolispCD. St Petersburg par Cecilia Bartoli. Feuilleton 2/3 : Araia et Raupach √† la Cour imp√©riale de Russie. Dans ce nouveau feuillton d√©velopp√© √† l’occasion du nouvel album de Cecilia Bartoli (intitul√© St Petersburg, parution le 13 octobre 2014), classiquenews pr√©cise le sujet du programme musical d√©fendu par la diva romaine Bartoli. Nouveau album, nouvelles d√©couvertes… Apr√®s avoir √©clairer notre connaissance sur les castrats napolitains, en en d√©non√ßant la pratique historique d’√©masculation des jeunes gar√ßons au nom d’un art d’excellence (cf. son album √©galement √©dit√© par Decca, intitul√© √† juste titre ” Sacrificium “, 2009), voici r√©v√©l√©s l’Ňďuvre et le style des compositeurs napolitains principalement jusqu’en 1750, √† la Cour de Russie : Araia puis Raupach, dans les ann√©es 1730 puis 1740 et 1750, pour les Tsarines Anna et Elisabeth,- donc avant l’av√®nement du r√®gne de Catherine la Grande (Tsarine en 1762),¬† livrent plusieurs joyaux lyriques en rapport avec le go√Ľt europ√©en des Imp√©ratrices √† l’√©poque des Lumi√®res. Contemporains de Vivaldi, Bach, Haendel et Rameau, Aria et Raupach¬† (contemporain aussi du compositeur √©l√©gantissime Steffani que la diva a auparavant d√©voil√© dans son album ” Mission “,¬† 2012) cultivent le style du Baroque tardif d√©j√† classique et galant, affirmant la supr√©matie des Italiens surtout napolitains √† la Cour Imp√©riale… Classiquenews, dans ce feuilleton 2, (apr√®s le volet 1 qui offrait une pr√©sentation g√©n√©rale du projet St Petersburg par Cecilia Bartoli), souligne la valeur artistique des compositeurs ainsi ressuscit√©s, d’autant plus vivaces et captivants qu’ils sont d√©fendus par la furi√† expressive et cisel√©e de la diva, qui la quarantaine rayonnante, s’engage derechef pour un nouveau r√©pertoire – certes qu’elle conna√ģt bien, mais qui dans son prolongement jusqu’√† Saint-Petersbourg (St Petersburg) pr√©sente de nouveaux d√©fis : vocaux, dramatiques, linguistiques (Bartoli y chante pour la premi√®re fois en russe). dans ce nouveau feuilleton, CLASSIQUENEWS pr√©sente 5 airs du r√©cital St Petersburg de Cecilia Bartoli qui compte 11 in√©dits.

 

 

 

CD. St Petersburg par Cecilia Bartoli (2/3)

Araia et Raupach √† la Cour imp√©riale russe …

 

st-petersburg-versailles-russe-jardin-xviiiSt Petersburg √† l’heure napolitaine … Comme dans le reste des Cours √©clair√©es d’Europe, la Russie “fa√ßonn√©e” par Pierre Ier se met √† la page de la culture moderne, celle bient√īt des Lumi√®res o√Ļ r√®gne le parler fran√ßais et le chanter italien. Versailles depuis Louis XIV dicte les mani√®res et l’art de vivre d√©coratif et architectural, mais les italiens r√®gnent sur l’op√©ra : aucune cour ne peut pr√©tendre √† un certain statut prestigieux si elle ne cultive pas son propre op√©ra italien : est-ce un hasard si les compositeurs germaniques : Haydn, Mozart et avant eux, Haendel ou Hasse se soient mis √† l’italien ? Seule la France pr√©servant sa singularit√© nationale cultive sa propre tradition (qu’incarne alors le savant autant qu’exp√©rimental Rameau, de 1733 √† 1764). Dans son album St Petersburg, la mezzo romaine Cecilia Bartoli s’int√©resse √† la nombreuse colonie des compositeurs italiens qui ont travaill√© pour la Cour imp√©riale Russe : Galuppi, Paisiello, Cimarosa ou Sarti, et m√™me¬† Giuseppe Verdi, dont La forza deldestino est cr√©√© en 1862 au Th√©√Ętre imp√©rial de Saint-P√©tersbourg. La diva remonte encore plus loin dans le temps : en particulier √† l’√Ęge des b√Ętisseurs, dans ce premier XVIII√® baroque et exub√©rant qui saisit par sa science expressive et caract√©ris√©e .Si Pierre Ier fonde la grande Russie moderne, c’est surtout Catherine II, “la Grande” qui au temps des Lumi√®res (1762-1796) favorise particuli√®rement l’op√©ra italien. Jusqu’√† Glinka et son op√©ra national “Une vie pour le Tsar” (1836), l’op√©ra en Russie reste surtout italien. Cecilia Bartoli √©claire la p√©riode de l’histoire russe o√Ļ au XVIII√®me, les compositeurs baroques italiens ont particuli√®rement compt√©.

 

 

3 Tsarines pro europ√©ennes …
anna-ioannovna-anna ivanovna 1730-1740Trois imp√©ratrices au go√Ľt proche se distinguent alors, d√©voilant la faveur d’une sensibilit√© occidentale et culturellement europ√©enne, en particulier italienne : Anna Ivanovna ou Anne I√®re (1730‚Äď1740, portrait ci contre), √Člisabeth I√®re (1741‚Äď1761) enfin la plus prestigieuse, Catherine II¬† dite “la Grande” (1762‚Äď1796). Chacune prolongent le grand dessein de Pierre Ier : b√Ętir une nation russe puissante et moderne qui favorise aussi un certain art de vivre. Anna a v√©cu surtout en Courlande (Lettonie de l’Ouest), se d√©sint√©ressant de la vie traditionnelle russe. √Člisabeth Petrovna, fille de la seconde √©pouse de Pierre le Grand, n√©e en Courlande, est √©duqu√©e √† la fran√ßaise. Catherine quant √† elle, n√©e en Pom√©ranie (Stettin) est allemande : elle demeure toute sa vie fortement influenc√©e par les tendances artistiques venues d’Europe. Le fondateur de Saint-Petersbourg n’a pas le temps d’enraciner une riche vie culturelle locale : c’est l’Ňďuvre des trois imp√©ratrices qui lui succ√®dent.

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Anna Ivanovna  et Francesco Araia

 

anna-ivanovna-tsarine-cecilia-bartoli-st-petersburg-decca-cdA la tsarine Anna Ivanovna revient l‚Äôinstallation d‚Äôune troupe italienne d‚Äôop√©ra √† Saint- P√©tersbourg. En font partie,¬† le violoniste et compositeur Domenico Dall‚ÄôOglio, √©l√®ve probable¬† de Vivaldi et de Tartini. Dans le courant des ann√©es 1730, Anna favorise l’essor de la vie musicale √† Saint-Petersbourg : en 1732, elle cr√©√©e la premi√®re Acad√©mie de musique en Russie, tout en Ňďuvrant √† la professionnalisation de l’orchestre de la Cour. Jug√©e s√©v√®rement par les historiens, le r√®gne d’Anna, trop dispendieux voire “d√©cadent”, invite le compositeur napolitain Francesco Araia (1709-1770) comme premier compositeur de la cour, apr√®s le refus de Nicolo Porpora.¬† Apr√®s sa cr√©ation milanaise en 1734, l’op√©ra La forza dell‚Äôamore e dell‚Äôodio est repr√©sent√© en 1736 au Th√©√Ętre du Palais d‚ÄôHiver : c’est le premier op√©ra italien repr√©sent√© en Russie. Le livret italien est alors traduit en russe.

BartolispCecilia Bartoli a choisi d’incarner Minerve qui s’adressant √† son p√®re, au bord tragique de la mort, s’√©panche dans un air de plus de 7mn (Vado a morir : je vais mourir… ) : contemporain du dernier Vivaldi, l’ouvrage d’Araia d√©ploie une somptueuse √©toffe instrumentale plut√īt sombre et grave, que le chant tendu, √©ruptif, souvent incandescent de la mezzo r√©inscrit dans la d√©ploration digne et bless√©e (Plage 1).
Est ce parce qu’elle ne souhaitait pas mettre surtout en avant la pure virtuosit√©, mais bien en premier choix, la langueur fun√®bre et noire que Cecilia Bartoli a choisi ainsi d’ouvrir son r√©cital St Petersburg dans la pudeur afflig√©e d’un air tr√®s introspectif ? La d√©cision est juste. Ceux qui aime leur diva dans les cascades acrobatiques seront n√©anmoins satisfaits (et ce d√®s l’air qui suit : le chant rageur conqu√©rant d’Hercule aux portes des enfers extraits de l’Alceste de Raupach, devenu dans le livret de l’√©crivain russe Alexander Sumarokov : Altsesta, premier op√©ra chant√© en russe…, plage 2).

Chaque repr√©sentation d’un op√©ra d’Araia souligne un temps fort du calendrier dynastique : la f√™te de la tsarine, le couronnement, puis chaque jour anniversaire de l‚Äôintronisation. Entre temps, ballets, oratorios, concerts innombrables donn√©s pour grands banquets hebdomadaires et surtout les bals. De nombreux chŇďurs sont constitu√©s √† partir de chanteurs venus de toute la Russie.

BartolispEmbl√©matique de la veine seria, solennel mais aussi tendre et carressant : le style d’Araia transpara√ģt davantage dans l’extrait de Seleuco (livret de Giuseppe Bonecchi) : son √©criture tr√®s brillante (avec hautbois oblig√© d√®s l’ouverture puis dialoguant avec la voix soliste qu’il ne cesse pendant tout l’air de plus de 10 mn, d’accompagner, de commenter, de doubler…), pr√©figure les Haydn et Mozart de la g√©n√©ration suivante. Cecilia Bartoli chante l’air d’apaisement voire d’extase pastorale de D√©m√©trius (Demetrio) o√Ļ les sentiments entre crainte et esp√©rance, d’un berger amoureux perdu dans les bois la nuit venue, s’√©veille aux sons de la myst√©rieuse et impr√©visible nature : pr√©texte √† une s√©rie de coloratoure impressionannte, dialogu√©e avec le hautbois omnipr√©sent (Plage 7).

Les repr√©sentations d’op√©ras sont les moments les plus solennels du calendrier musical officiel : Araia est principalement jou√©, ainsi en est il jusqu’aux ann√©es 1750, exception faite donc de l’op√©ra La Cl√©mence de Titus (hommage aux Politiques √©clair√©s) de Hasse, repr√©sent√© donc √† Moscou en 1742, pour le couronnement de l’Imp√©ratrice Elisabeth et pour lequel Dall‚ÄôOglio, musicien faisant partie de la troupe italienne favoris√©e par Anna Ivanovna-, et son confr√®re Luigi Madonis, composent le prologue. En un air avec fl√Ľte oblig√©e, colorant l’√©pisode en teintes pastorales, l’air de Rutenia est un appel √† la paix int√©rieure : “nous sommes fatigu√©s de pleurer, nous sommes las de souffrir”…

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Elisabeth m√©lomane, l’arriv√©e de Raupach en 1755…

 

elizabeta-petrovna-elizabeth-1ere-de-Russie-cecilia-bartoli-st-petersburg-cd-deccaTr√®s diff√©rente d’Anna, Elisabeth n’en poursuit pas moins la politique musicale proitalienne, en particulier napolitaine : l’Imp√©ratrice succombe comme tous les rois et princes europ√©ens au culte des castrats, invention proprement napolitaine. Ainsi en 1755, pour la cr√©ation √† Saint-Petersbourg, de l’op√©ra Alessandro nell’Indie d’Araia, d√©cid√©ment tr√®s en faveur, Elisabeth fait venir le castrat Carestini, favori de Haendel dont il chanta tant de r√īles majeurs dans ses op√©ras serias. La m√™me ann√©e, Elisabeth autorise la cr√©ation du premier op√©ra en langue russe Tsefal i Prokris (‚ÄúC√©phale et Procris‚ÄĚ). L’Ňďuvre est d√©cisive car son livret est √©crit par l’√©crivain russe Alexandre Soumarokov… d’inspiration pastorale, l’op√©ra est chant√© par de jeunes solistes provenant des chŇďurs russes fond√©s par Anna. En 1755 aussi, arrive de Stralsund, Hermann Friedrich Raupach (1728-1778), comme claveciniste de l‚ÄôOrchestre de la cour. Tr√®s vite, Raupachest sollicit√© comme compositeur : ainsi en 1758, Rapauch livre son nouvel op√©ra : Altsesta, Alceste, drame √©crit par Soumarokov √©galement et chant√© lors de sa cr√©ation dans le palais d’√©t√© de Peterhof, par des enfants chanteurs issus des chŇďurs russes de la Chapelle imp√©riale. Le succ√®s aupr√®s de l’Imp√©ratrice est total : Raupach gagne de nouveaux galons : il succ√®de en 1759 √† Araia, cong√©di√© par Elisabeth.

BartolispComme Araia ainsi d√©voil√©, Raupach occupe une place importante dans le r√©cital de Cecilia Bartoli : sa furi√† d’agilit√©, dramatique fr√©n√©tique (pr√©gluckiste) s’affirme surtout dans le premier air s√©lectionn√© extrait de l’Alceste russe de Sumarokov de 1758 : Cecilia Bartoli incarne la stature d√©termin√©e, conqu√©tante du h√©ros Hercule. Chantant pour la premi√®re fois en russe, la diva √©voque l’entr√©e du lib√©rateur du couple Adm√®te/Alceste, dans la gueule des enfers : la s√©rie d’acrobatie vocale exprime l’ardente √©nergie d’un h√©ros pr√™t √† en d√©coudre (“j’y entrerai et l√†, tout, je torublerai”). Hercule entend d√©fendre l’int√©grit√© d’Alceste d√©cid√©e √† remplacer son √©poux Adm√®te aux Enfers. La vitalit√© des cordes, les accents des trompettes guerri√®res, convoquant dans cet air de bravoure exacerb√©e, le lustre des futurs exploits militaires, composent un air saisissant, exigeant virtuosit√© et dramatisme, soit un souffle illimit√©… que Cecilia Bartoli, soucieuse de caract√©risation juste et habit√©e, d√©fend avec une intensit√© rare (plage 2).
BartolispL’opera seria exalte la grandeur morale des protagoniste tout en soignant dans le d√©roulement dramatique, l’arche tendue et vive des contrastes : le second extrait s√©lectionn√© par Cecilia Bartoli, d’apr√®s le premier op√©ra russe, Altsesta, est l’air le plus long du r√©cital, lui aussi d’une langueur et d’une gravit√© toute napolitaine (courbe ondulante et grave des cordes rappelant Pergol√®se et Scarlatti entre autres) : √©cho de l’air de minerve d’Aria lui aussi frapp√© du sceau de la mort souveraine, l’air d’Alceste : “ Je vais √† la mort et je n’ai pas peur … impose le temp√©rament vocal d’une h√©ro√Įne pr√™te √† l’ultime sacrifice pour sauver son √©poux, le Roi Adm√®te. Ici pas de vent ou bois ou cuivres oblig√©s mais la seule vague suspendue des cordes, baignant l’air chant√© en russe, dans une atmosph√®re sombre et apais√©e √† la fois : Alceste reste sereine dans sa d√©cision fatale. Car c’est son amour absolue qui la guide… au del√† de toute souffrance, au del√† de toute r√©volte. Cecilia Bartoli a manifestement choisi cet air pour son amplitude introspective, les qualit√©s de caract√©risation int√©rieures qu’il exige (plage 3).
Le dernier air soulignant la ma√ģtrise de Raupach dans le style napolitain seria est extrait de Siroe, re di Persia : d’apr√®s un livret de M√©tastase, Laudice exprime la dignit√© de sa posture morale : l’air est de d√©termination et de bravoure, exigeant vocalises d√©ferlantes, sur un tapis orchestral qui exprime la houle marine soumise aux vissicitudes du vent inconstant. Le d√©chainement des √©l√©ments faisant m√©taphore des passions qui animent le cŇďur et l’√Ęme de la soliste (plage 4).

st-petersburg-cecilia-bartoli-vue-palais-roseAraia comme Raupach s’illustrent parfaitement dans le mod√®le baroque tardif de l’op√©ra seria avec airs da capo. Si la virtuosit√© vocale est particuli√®rement exig√©e, le chromatisme nouveau annonce d√©j√† la sensibilit√© classique et galante.¬† Comme dans les cours d’Europe, apr√®s l’engouement pour les roucoulades virtuoses des castrats, et pour l’opera seria napolitain, la Cour imp√©riale Russe s’enthousiasme pour les com√©dies italiennes, en particulier quand en 1757, la troupe d’op√©ra de Giovanni Battista Locatelli joue les commedie italiennes √† la Cour (entre autres celles de Galuppi), dans les cercles priv√©s et les th√©√Ętres public… Vincenzo Manfredini, jeune et fringuant kapellmeister de la troupe, est remarqu√© et entre √† la Chapelle imp√©riale, au moment o√Ļ Pierre, nouvel h√©ritier nomm√© par Elisabeth, devient Tsar (Pierre III) √† la mort de la Tsarine en 1761. Manfredini devient de facto, le nouveau compositeur officiel apr√®s Raupach. Mais c’est une toute autre histoire qui s’√©crit alors… √† suivre dans notre prochain feuilleton 3/3 : le go√Ľt et les r√©formes de la Grande Catherine, les compositeur Manfredini, Galuppi, Cimarosa.

Lire aussi notre volet 1/3 : présentation générale du nouveau cd de Cecilia Bartoli

Nouveau cd. Cecilia Bartoli : St-Petersburg. Feuilleton 1/3

BARTOLI-cecilia-cd-decca-new-dc-st-peterburg-saint-petersbourg-DECCA-review-complete-reviewNouveau cd. Cecilia Bartoli : St-Petersburg. Feuilleton 1/3. Quels sont les oeuvres ressuscit√©es ? Quels en sont les compositeurs et le go√Ľt des imp√©ratrices qui les ont favoris√©s ? CLASSIQUENEWS s’int√©resse au nouvel album de Cecilia Bartoli intitul√© “ St-Petersburg “. Feuilleton en 3 volets…¬† Volet 1 : pr√©sentation g√©n√©rale du programme St Petersburg. A partir des archives m√©connues du Th√©√Ętre Marinsky, Cecilia Bartoli a s√©lectionn√© un corpus lyrique de 11 m√©lodies in√©dites r√©v√©lant le statut privil√©gi√© des compositeurs italiens dans le go√Ľt musical de 3 imp√©ratrices russes et non des moindres. Les perles ainsi r√©v√©l√©es t√©moignent de la forte attraction de l‚Äôart occidental dans la Saint-P√©tersbourg imp√©riale au XVIII√®me si√®cle.¬† La ville cr√©√©e sur les marais par Pierre Ier d√©montre l‚Äôambition d‚Äôun Russie forte et puissante qui veut s’imposer sur l‚Äô√©chiquier europ√©en‚Ķ A la suite de la politique proeurop√©enne de Pierre Ier, les Tsarines Anna Ivanovna (1730‚Äď40), √Člisabeth Petrovna (√Člisabeth I√®re, 1741‚Äď1762) et Catherine¬†II (¬ę¬†la Grande¬†¬Ľ, 1762‚Äď1796) se tournent elles aussi vers l‚ÄôEurope afin d‚Äôenrichir la vie culturelle de leur vaste pays : elles y font entendre les musiques les plus applaudies et les plus modernes √† leur √©poque, preuve d‚Äôun go√Ľt raffin√© et s√Ľr. Alors que L‚ÄôEurope des Lumi√®res go√Ľte surtout les id√©es des philosophes fran√ßais (Catherine II √©crit en fran√ßais √† Voltaire √† la fin du si√®cle), la musique favorite reste surtout italienne. Les femmes de pouvoir cultivent un go√Ľt audacieux dans la suite du Tsar Pierre Ier, lequel √† sa mort en 1725, laisse un empire occidentalis√© dont Saint-Petersbourg est l‚Äôembl√®me le plus prestigieux.

 

 

 

3 imp√©ratrices au go√Ľt europ√©en et… italien

 

Catherine la grande_Pietro_Antonio_Conte_Rotari,_Portrait_de_la_grande-duchesse_Catherine_Alekse√ĮevnaSa ni√®ce, Anna, imp√©ratrice √† partir de 1730, d√©veloppe les arts √† grande √©chelle. Elle fait venir √† la cour imp√©riale des musiciens italiens et allemands, et avec eux l‚Äôop√©ra, l‚Äôop√©ra-bouffe, le ballet.¬†En 1741, par un coup d‚Äô√Čtat pacifique, √Člisabeth 1√®re (fille d‚Äôun second mariage de Pierre le Grand) s‚Äôempare du pouvoir d√©tenu par l‚Äôh√©ritier d√©sign√© d‚ÄôAnna, son petit-neveu Ivan, encore nourrisson. Elisabeth 1√®re prend la cour de France comme mod√®le, et, grande admiratrice du th√©√Ętre fran√ßais, s‚Äôengage √©galement en faveur de la musique avec passion. Elle chante dans le chŇďur de sa propre chapelle, d√©veloppe la musique profane, met sur pied le premier op√©ra chant√© en russe (La forza dell‚Äôamore e dell‚Äôodio de Francesco Araia, cr√©√© au Palais d‚Äôhiver, en 1736).¬†Le successeur imm√©diat d‚Äô√Člisabeth est son neveu Pierre, esprit d√©rang√© et malingre qui est bient√īt √©cart√© par sa femme, celle-ci acc√®de au anna-ioannovna-anna ivanovna 1730-1740pouvoir sous le nom de Catherine II. Durant les trente-quatre ann√©es de son long r√®gne (1762-1796), Catherine la Grande (photo ci-contre), interlocutrice de Louis XV et Louis XVI, poursuit le travail de ses pr√©d√©cesseurs (en particulier l‚ÄôŇďuvre de Pierre Ier) et fait de l‚ÄôEmpire russe une puissance mondiale de premier ordre.¬† Au d√©but, peu musicienne (dans son enfance elle aurait dit-on, utilis√© un clavicorde pour fabriquer un toboggan‚Ķ !!), Catherine invite √† Saint-P√©tersbourg les musiciens de renomm√©e internationale ; √©crit des livrets d‚Äôop√©ra… les premiers th√©√Ętres d‚Äôop√©ra russes voient le jour durant son r√®gne.

elisabeth petrovna 1741-1762Elizabeth_of_Russia_by_V.EriksenCherchant √† restituer √† travers trois portraits d‚Äôimp√©ratrice, selon leur go√Ľt musical propre,¬† l‚Äô√©volution de la faveur europ√©enne, surtout italienne √† la Cour de Saint-Petersbourg, la mezzo romaine Cecilia Bartoli choisit les Ňďuvres les plus embl√©matiques de chaque compositeurs invit√©s ou jou√©s en Russie¬†: Francesco Araia (1735‚Äď1759), Hermann Friedrich Raupach (1759‚Äď1761), Vincenzo Manfredini (1761‚Äď1763) et Domenico Cimarosa (1787‚Äď1791).

Aria francescoLe napolitain Francesco Araia est le premier compositeur dont on joua un op√©ra en Russie (La forza dell‚Äôamore e dell‚Äôodio, au Palais d‚Äôhiver, en 1736). Il compose surtout le premier op√©ra sur un livret russe (Tsefal i Prokris,¬† – C√©phale et Procris-, repr√©sent√© pour la premi√®re fois en 1755). Cecilia Bartoli chante deux airs d‚ÄôAraia, l‚Äôun d‚Äôeux √©tant emprunt√© √† l‚Äôouvrage pionnier La forza dell‚Äôamore e dell‚Äôodio. ¬†Araia eut pour successeur le claveciniste et compositeur allemand Hermann Friedrich Raupach… qui fut au service de l‚Äôimp√©ratrice pendant deux ans seulement : son style classique n‚Äô√©carte pas un dramatise tr√®s intense. Malheureusement, la part de ses oeuvres parvenues est bien mince. Cecilia Bartoli a choisi deux airs de son op√©ra russe Altsesta, les premiers airs que Cecilia Bartoli chante en russe¬†!

Le jeune Vincenzo Manfredini dont figurent ici trois extraits de l‚Äôop√©ra Carlo Magno, notamment le chŇďur anim√© et victorieux qui termine le disque, occupe son poste en Russie‚Ķ moins de deux ans. Nomm√© par Pierre, le pr√©d√©cesseur √©ph√©m√®re de Catherine, ne lui rendit sans doute pas service sur le plan professionnel¬†! C‚Äô√©tait pourtant un compositeur de grand talent dont Cecilia Bartoli d√©voile le temp√©rament taill√© lui aussi pour l‚Äôexpression des passions et le th√©√Ętre.¬†Autre r√©v√©lation du programme con√ßu par Cecilia Bartoli : La Cl√©mence de Titus de Johann Adolf Hasse ‚Ķ qui pr√©c√®de La Cl√©mence de Mozart dat√©e de 1791, de pr√®s de cinquante ans. √Čcrit pour le couronnement de la tsarine √Člisabeth, en 1742, le prologue r√©unit l’√©criture de deux compositeurs italiens actifs en Russie :¬†Domenico Dall‚ÄôOglio (probablement un √©l√®ve de Vivaldi et de Tartini) et le violoniste Luigi Madonis.

cimarosa domenicoEnfin Domenico Cimarosa, – seul auteur encore connu de nos jours-, passe quatre ans √† la cour de Saint-P√©tersbourg avant de s‚Äôinstaller √† Vienne o√Ļ il entre au service de l‚Äôempereur du Saint-Empire romain germanique, L√©opold II. Catherine II avait beau s‚Äôint√©resser √† la litt√©rature et au th√©√Ętre fran√ßais, Cimarosa qui travaille d‚Äôarrache-pied et donne naissance √† un flot constant de musique de premier ordre, ne reste pas en Russie. L‚Äôair retenu dans le programme, issu de La vergine del sole, comporte un solo de clarinette particuli√®rement brillant. Catherine avait bel et bien perdu un compositeur de qualit√©‚Ķ¬†Le fonds des archives de la biblioth√®que du Th√©√Ętre Mariinsky de Saint-P√©tersbourg est particuli√®rement riche et comprend une collection m√©sestim√©e de perles lyriques depuis le XVII√®me jusqu‚Äôau XIX√®me‚Ķ la partition originale de La Force du destin de Verdi, repr√©sent√©e pour la premi√®re fois √† Saint-P√©tersbourg en 1862 y figure entre autres. Pour son projet¬† ¬ę¬†St Petersburg¬†¬Ľ, Cecilia Bartoli retrouve Diego Fasolis et son ensemble I Barocchisti, complices pr√©c√©dents pour la red√©couverte des op√©ras d‚ÄôAgostino Steffani.

Cecilia Bartoli : St Petersburg. 1 cd Decca, sortie internationale le 13 octobre 2014.

 

 

 

bartoli st petersburg cecilia bartoli saint petersbourg

 

 

 

Tracklisting : programme du cd St-Petersburg :

1. Francesco Domenico Araia (1709-1770): La forza del amore e dell‚Äô odio ‚Äď ‘Vado a morir’

2. Hermann Raupach (1728-1778): Altsesta ‚Äď ‚ÄėRazverzi pyos gortani, laja‚Äô

3. Hermann Raupach: Altsesta ‚Äď ‚ÄėIdu na smert‚Äô

4. Hermann Raupach: Siroe, re di Persia ‚Äď ‘O placido il mare’

5. Domenico Dall’Oglio (1699-1764), Luigi Madonis (1690-1767): prologue to La clemenza di tito (Hasse) ‚Äď ‚ÄėDe‚Äô miei figli’

6. Vincenzo Manfredini (1737-1799): Carlo Magno ‚Äď ‚ÄėFra‚Äô lacci tu mi credi’

7. Francesco Domenico Araia: Seleuco ‚Äď ‘Pastor che a notte ombrosa’

8. Hermann Raupach: Altsesta ‚Äď ‚ÄėMarcia‚Äô

9. Vincenzo Manfredini: Carlo Magno ‚Äď ‚ÄėNon turbar que’ vaghi rai’

10. Domenico Cimarosa (1749-1801): La vergine del sole ‚Äď ‘Agitata in tante pene’

11. Vincenzo Manfredini: Carlo Magno ‚Äď ‚ÄėA noi vivi, donna eccelsa’

 

 

 

BARTOLI-cecilia-cd-decca-new-dc-st-peterburg-saint-petersbourg-DECCA-review-complete-reviewBartoli on stage : 13 dates d‚Äôune tourn√©e incontournable, au programme : les 11 airs in√©dits de l’album St-Petersburg

I Barocchisti · Diego Fasolis

October 22, 2014 Berlin, Konzerthaus

26 octobre 2014 : Amsterdam, Het Concertgebouw

28 octobre 2014 Cologne, Philharmonie

1er & 7 novembre 2014 Paris, Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, 20h

10 novembre 2014 Mannheim, Rosengarten

13 novembre 2014 Brussels, Palais des Beaux-Arts

15 novembre 2014 Baden-Baden, Festspielhaus

17 novembre 2014 Essen, Philharmonie

19 novembre  2014 Hamburg, Laeiszhalle

22 novembre 2014 Regensburg, Audimax der Universität

24 novembre 2014 Prague, Rudolfinum

26 novembre 2014 Munich, Herkulessaal

28 novembre 2014 Vienna, Konzerthaus

 

Illustrations : Catherine II la Grande, Anna Ivanovna, Elisabeth I√®re, Araia, Cimarosa … (DR)¬†