ZAHIR : 4 saxophones enivrés

klarthe records ZAHIR quatuor de saxos critique CLIC de classiquenewsCD événement, critique. ZAHIR (1 cd Klarthe records). ZAHIR signifie en arabe, ce qui est “visible”, ce qui occupe en permanence la vision et l’esprit… Ce quatuor de saxos (né en 2015) écartent tous ses concurrents par son audace, la liberté du geste, une virtuosité naturelle et souple, sa ligne artistique, ses lumineux engagements. Velours mordant et caractérisé : le son du Quatuor ZAHIR enchante littéralement et berce dans l’excellente transcription du Quatuor de Borodine (réalisée par le sxo soprano Guillaume Berceau) ; un Borodine revivifié, transcript, sublimé dont le charme d’esprit populaire dès son premier Allegro caressant séduit immédiatement par l’équilibre des quatre instruments (quatuor vocal plutôt que quatuor à cordes : c’est à dire saxophones soprano, alto, ténor, baryton). Le souci de la caractérisation, le sens du dialogue entre les parties, la très fine conception du format sonore, d’une subtilité réjouissante, la fluidité de l’écriture qui fait passer d’un instrument à l’autre, de surcroît dans une prise de son « tournante », ni trop proche ni trop éloignée, mais ronde et presque dansante, souligne l’extrême ductilité lumineuse des Zahir (pulsion dansée, organiquement très soignée du Scherzo). La tendresse simple du Notturno seduit tout autant, jusqu’au très beau mystère grave du début du Finale avant la séquence plus vive, très animée, idéalement caractérisée elle aussi dans l’enchaînement des séquences successives. Jaillit une expressivité assumée, jamais tendue ni outrée grâce à la recherche constante et exaucuée d’un sublime équilibre sonore.
L’audace de ce premier cd fait miroir avec une curiosité tout azimut, qui fait de ZAHIR, outre un idéal esthétique, un laboratoire musicale. D’où une implication totale dans la défense des partitions contemporaines. LIRE notre critique complète du cd ZAHIR (Klarthe records)

VIDEO, teaser, annonce. MARIA REPUBLICA de François Paris, création mondiale

maria-republica-vignette-carre-classiquenewsVIDEO, teaser. OPERA, création : MARIA REPUBLICA à. NANTES, Théâtre Graslin. Premières impressions d’un événement lyrique à ne pas manquer. Classiquenews a pu assister aux premières sessions de travail de l’équipe artistique portant la prochaine création de l’opéra MARIA REPUBLICA. Le premier ouvrage lyrique du compositeur François Paris d’après la pièce et le roman de l’espagnol  Agustin Gomez-Arcos cible très précisément le combat d’une femme détruite sur l’autel du despotisme et de l’hypocrisie en particulier celle de l’église. Arcos cite le franquisme et sa politique de terreur comme la complicité de l’église, machine à rééduquer les âmes égarées.

Anarchiste et rebelle contre les tenants du pouvoir tyrannique, Maria pourtant condamnée, défend la sainte liberté : pas de liberté supérieure à celle du choix de sa propre mort. Et la pute rouge, incarcérée mais en réalité insoumise, ménage le temps qui lui est imposé pour réaliser sa vengeance : tout faire sauter dans ce couvent de fausses religieuses aux agissements sataniques à vomir.

D’un traumatisme vécu sous le franquisme, le metteur en scène Gilles Rico dont c’est la première mise en scène, signe une réalisation directe et franche qui sait tout dénoncer avec une mesure visuelle et un sens exceptionnel de l’élégance esthétique : exprimer, dénoncer tout en sensibilité picturale et visions fantastiques.

 

 

MARIA REPUBLICA : une rebelle mystique

 

Gilles Rico maîtrise l’essence de l’opéra comme action théâtrale, soucieux de la clarté dramatique et construit l’épreuve de Maria, comme un combat universel.

CREATION majeure à NANTES : MARIA REPUBLICA, rebelle mystique

 
 

gilles-rico-c-jef-rabillon MARIA REPUBLICA -798x576 On y dénote certaines références aux gravures démoniaques et dénonciatrices que Goya a  produit entre réalisme cynique et horreur crépusculaire. Gilles Rico fait son propre terreau du baroque anarchiste d’Arcos, en déduit ce grand macabre, théâtre écoeurant de la manipulation et de la corruption humaine : dans ce jeu du dégoût magnifique, les officiants – ici la Révérende mère et ses acolytes voilées professent une religion démoniaque et pratiquent des rituels sataniques où la pure cruauté s’expose et torture les pauvres âmes à “réformater”. La force des tableaux (scène de spiritisme, de possession, de viol…; parodie religieuse quand Maria prononce ses voeux..), leur beauté onirique, le rythme du drame musical qui se déroule en 2h sans entracte comme un film noir, une odyssée au souffle inextinguible jusqu’au dénouement expiatoire… construisent un nouvel opéra dense, barbare, qui en respectant sa source littéraire, est surtout drame musical efficace et cohérent  où le raffinement de l’écriture apporte aussi sa couleur hypnotique.

 

 

maria-republica-photo-2-582-390-homepage-annonce-teaser-classiquenews

 

 

PARIS-francois-opera-maria-republica-angers-nantes-opera-avril-2016-2048x1536-fit_laquomanca-ouvre-nouveaux-horizons-musiquesraquo-CARRE-vignette-300-300 L’une des qualités maîtresses de l’écriture de Francois Paris est son souci permanent dune vocalité constamment audible, sertie d’éclats millimetrés à l’orchestre dont la parure sonore s’enrichit d’une bande sonore électronique produite en temps réel et respectant les tempi du chef (excellent Daniel Kawka, pilotant ses musiciens de l’Ensemble Orchestral Contemporain). En découlent plusieurs séquences envoûtantes, d’une vérité à la fois déchirante et poétique, entre songe et réalité, … celle entre autres où au comble de la souffrance Maria et son frère devenu Christ de supplice derrière elle, entonnent un chant viscéral, beau et lugubre, cri-berceuse des opprimés désespérés mais tenaces. La distribution promet de tenir les promesses d’une partition envoûtante, mêlant horreur et onirisme. A travers le corps supplicié de Maria, se dresse le cri des grands martyrs, des rebelles mythiques. Superbe création.

 

 

CLIC D'OR macaron 200Angers Nantes Opéra sous la direction de Jean-Paul Davois affirme ainsi nettement son attachement a un théâtre engagé, fort, critique… Le spectacle promet d’être l’événement lyrique de ce printemps 2016. Et c’est à Nantes et nul part ailleurs qu’il se produira en 5 dates incontournables : les 19, 21, 24, 26 et 28 avril 2016. Coup de coeur de CLASSIQUENEWS, donc logiquement CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2016.

 

 

 

Réservations, informations sur le site d’Angers Nantes Opéra

 

 

MARIA-REPUBLICA-angers-nantes-opera-582-390

Illustrations : Maria (bras ouverts et poings serrés) et le Christ sauvage © photo Jeff Rabillon Angers Nantes Opéra 2016 – Maria et ses visions, maria et Rosa © photos studios CLASSIQUENEWS.COM 2016

 

 

 

MARIA REPUBLICA de François Paris, création lyrique à Nantes et à Angers

Agustín-Gomez-Arcos-582-MARIA-REPUBLICANANTES. Maria Republica, création. 19-28 avril 2016. Création attendue, prometteuse portée par Angers Nantes Opéra en 5 soirées événements. Tragédie contemporaine inspirée par la barbarie du Franquisme, celle relatée par l’Espagnol Agustín Gómez-Arcos (né Andalou en 1933), dès les années 1960, l’opéra en création, Maria Republica, dresse fièrement l’étendard de ses valeurs, d’autant plus actuelles et marquantes que l’actualité la plus récente à Paris, a démontré les vertus fondamentales de la République pour affirmer la volonté du vivre ensemble, contre la haine du vivre contre les autres. Liberté contre terreur. Fraternité, égalité, … contre haine et barbarie. La verve cynique, lyrique, nourrie de saine espérance et de dépression décisive de l’écrivain ibérique imagine la transformation d’une prostituée condamnée et maudite en rebelle Carmen, figure rouge de la résistance magnifique (tout est perdu mais tout est possible) ; entre les murs du couvent où elle doit se repentir, Maria Republica se relève meurtrie, accablée mais plus forte que jamais. La souffrance et l’obstination qui a percé, l’a régénérée. Le texte de 1966, âpre et mordant, enivré et tendre aussi, inspire au compositeur François Paris, un nouvel opéra, nouvel écrin pour contenir et projeter la violence d’un drame édifiant, fraternel, bouleversant.


PARIS francois opera maria republica angers nantes opera avril 2016 2048x1536-fit_laquomanca-ouvre-nouveaux-horizons-musiquesraquoLA RESISTANCE PLUS FORTE QUE LA HAINE. La vie d’Agustín Gómez-Arcos (décédé en 1998) est à elle seule un roman, semée d’épreuves comme de défis. Né en 1933 à Enix (Andalousie), l’enfant d’une fratrie de 9, connaît privation, brimades, tyrannie quand Franco s’empare du pouvoir en 1939. Le fascisme muselle les libertés, torture toute forme de résistance. Inquiété à cause de son homosexualité, l’écrivain rejoint Barcelone, puis l’Angleterre enfin la France à partir de 1966 ; catharsie libératoire, activité de reconstruction comme de résistance aussi, l’écriture prend une importance vitale. Textes, romans et pièces de théâtre précisent une sensibilité ardente qui a lutté contre la dictature, s’est exilée, a choisi une nouvelle langue pour exprimer et diffuser sa propre voix militante et engagée (L’Agneau carnivore, écrit en français, publié en 1975), dénonçant la passivité silencieuse, la lâcheté collective, l’échec de la vie et de la société quand s’affirment l’absence de solidarité, de résistance fraternelle. Après L’Agneau carnivore, Maria Republica paru en 1983, prolonge les figures féminines du refus après Ana Non (1977). Suivront Mère Justice, en 1992, La Femme d’emprunt, en 1993, L’Ange de chair, en 1995… Une grande écriture pour souhaitons-le, un grand opéra.
Grâce à la direction affûtée de Jean-Paul Davois, Angers Nantes Opéra  poursuit sa quête de sens, une exigence rare dans l’espace lyrique en France. Exigence qui honore la direction de l’actuelle maison d’opéra entre Angers et Nantes : encore marquée par les attentats de Paris, notre société a besoin de s’interroger en profondeur sur elle-même : l’opéra, porteur d’une culture critique et engagée, doit certes divertir tout en posant les bonnes questions : une humanité fraternelle est-elle encore possible ?

 

 

 

Maria Republica de François Paris
d’après Agustín Gómez-Arcos
Création, première mondiale
Daniel Kawka, direction musicale
Gilles Rico, mise en scène

NANTES Théâtre GraslinANO-maria-republica-classiquenews-home-582-390-annonce-opera-creation-angers-nantes-opera
5 représentations
mardi 19, jeudi 21, dimanche 24, mardi 26, jeudi 28 avril 2016
en semaine à 20h, le dimanche à 14h30

Opéra pour 7 chanteurs, 15 instrumentistes et ensemble électronique
Livret de Jean-Claude Fall, d’après le roman Maria Republica de Agustín Gómez-Arcos.
Créé au Théâtre Graslin de Nantes, le mardi 19 avril 2016.

avec
Sophia Burgos, Maria Republica
Noa Frenkel, La révérende Mère

Solistes XXI
Direction : Rachid Safir
Marie Albert, Céline Boucard, Benoît-Joseph Meier,
Els Janssens-Vanmunster,
Raphaële Kennedy

Ensemble orchestral contemporain
Direction : Daniel Kawka

CIRM, centre national de création musicale
Direction:  François Paris

Production Angers Nantes Opéra
[Opéra en français avec surtitres]

 

 

 

MARIA-REPUBLICA-creation-nantes-angers-nantes-opera-classiquenews-presentation-coup-de-coeur-clic-de-classiquenews

 

 

 

CREATION : Maria Republica à Nantes et à Angers

Agustín-Gomez-Arcos-582-MARIA-REPUBLICANANTES. Maria Republica, création. 19-28 avril 2016. Création attendue, prometteuse portée par Angers Nantes Opéra. Tragédie contemporaine inspirée par la barbarie du Franquisme, celle relatée par l’Espagnol Agustín Gómez-Arcos (né Andalou en 1933), dès les années 1960, l’opéra en création, Maria Republica, dresse fièrement l’étendard de ses valeurs, d’autant plus actuelles et marquantes que l’actualité la plus récente à Paris, a démontré les vertus fondamentales de la République pour affirmer la volonté du vivre ensemble, contre la haine du vivre contre les autres. Liberté contre terreur. Fraternité, égalité, … contre haine et barbarie. La verve cynique, lyrique, nourrie de saine espérance et de dépression décisive de l’écrivain ibérique imagine la transformation d’une prostituée condamnée et maudite en rebelle Carmen, figure rouge de la résistance magnifique (tout est perdu mais tout est possible) ; entre les murs du couvent où elle doit se repentir, Maria Republica se relève meurtrie, accablée mais plus forte que jamais. La souffrance et l’obstination qui a percé, l’a régénérée. Le texte de 1966, âpre et mordant, enivré et tendre aussi, inspire au compositeur François Paris, un nouvel opéra, nouvel écrin pour contenir et projeter la violence d’un drame édifiant, fraternel, bouleversant.


PARIS francois opera maria republica angers nantes opera avril 2016 2048x1536-fit_laquomanca-ouvre-nouveaux-horizons-musiquesraquoLA RESISTANCE PLUS FORTE QUE LA HAINE. La vie d’Agustín Gómez-Arcos (décédé en 1998) est à elle seule un roman, semée d’épreuves comme de défis. Né en 1933 à Enix (Andalousie), l’enfant d’une fratrie de 9, connaît privation, brimades, tyrannie quand Franco s’empare du pouvoir en 1939. Le fascisme muselle les libertés, torture toute forme de résistance. Inquiété à cause de son homosexualité, l’écrivain rejoint Barcelone, puis l’Angleterre enfin la France à partir de 1966 ; catharsie libératoire, activité de reconstruction comme de résistance aussi, l’écriture prend une importance vitale. Textes, romans et pièces de théâtre précisent une sensibilité ardente qui a lutté contre la dictature, s’est exilée, a choisi une nouvelle langue pour exprimer et diffuser sa propre voix militante et engagée (L’Agneau carnivore, écrit en français, publié en 1975), dénonçant la passivité silencieuse, la lâcheté collective, l’échec de la vie et de la société quand s’affirment l’absence de solidarité, de résistance fraternelle. Après L’Agneau carnivore, Maria Republica paru en 1983, prolonge les figures féminines du refus après Ana Non (1977). Suivront Mère Justice, en 1992, La Femme d’emprunt, en 1993, L’Ange de chair, en 1995… Une grande écriture pour souhaitons-le, un grand opéra.
Grâce à la direction affûtée de Jean-Paul Davois, Angers Nantes Opéra  poursuit sa quête de sens, une exigence rare dans l’espace lyrique en France. Exigence qui honore la direction de l’actuelle maison d’opéra entre Angers et Nantes : encore marquée par les attentats de Paris, notre société a besoin de s’interroger en profondeur sur elle-même : l’opéra, porteur d’une culture critique et engagée, doit certes divertir tout en posant les bonnes questions : une humanité fraternelle est-elle encore possible ?

 

 

 

Maria Republica de François Paris
d’après Agustín Gómez-Arcos
Création, première mondiale
Daniel Kawka, direction musicale
Gilles Rico, mise en scène

NANTES Théâtre GraslinANO-maria-republica-classiquenews-home-582-390-annonce-opera-creation-angers-nantes-opera
5 représentations
mardi 19, jeudi 21, dimanche 24, mardi 26, jeudi 28 avril 2016
en semaine à 20h, le dimanche à 14h30

Opéra pour 7 chanteurs, 15 instrumentistes et ensemble électronique
Livret de Jean-Claude Fall, d’après le roman Maria Republica de Agustín Gómez-Arcos.
Créé au Théâtre Graslin de Nantes, le mardi 19 avril 2016.

avec
Sophia Burgos, Maria Republica
Noa Frenkel, La révérende Mère

Solistes XXI
Direction : Rachid Safir
Marie Albert, Céline Boucard, Benoît-Joseph Meier,
Els Janssens-Vanmunster,
Raphaële Kennedy

Ensemble orchestral contemporain
Direction : Daniel Kawka

CIRM, centre national de création musicale
Direction:  François Paris

Production Angers Nantes Opéra
[Opéra en français avec surtitres]

 

 

 

MARIA-REPUBLICA-creation-nantes-angers-nantes-opera-classiquenews-presentation-coup-de-coeur-clic-de-classiquenews

 

 

 

Compte rendu, concert. Marseille, Bibliothèques G Defferre, le 5 février 2016 : Le Chevalier déconcertant.

1 AgnèsCompte rendu, concert. Marseille, Bibliothèques G Defferre, le 5 février 2016 : Le Chevalier déconcertant. Moins déconcertant chevalier que concertant car tout concerte ici, musique, mise en scène et texte pour faire de ce Münchhausen en herbe, bavard baron, bavasseur bambin barré, bardé de bobards, de phrases, pris au mot, aux jeux de mots, non un concert sinon ce qu’au XVIIIe siècle, après Rousseau et son Pygmalion, on appellera, au sens strict du mot, un mélodrame, du théâtre déclamé entre et sur de la musique (le Tchèque Benda s’en fera une spécialité et même Mozart sacrifiera au genre avec Thamos, roi d’Égypte, le Pierrot lunaire de Schönberg en étant un moderne avatar). Mélodrame, mini drame de minots en l’occurrence, sans outrance minimisé grâce au charme d’un texte de Raoul Lay et Charles-Éric Petit qui sait jouer, sans emphase, de l’enfance sans infantilisme, déjouant le piège dramatique de la cruauté enfantine des cours de récré, des bancs impitoyables de l’école, où Rudolf, jouant malgré lui les têtes de turc, va devenir, par le jeu, la tête d’un groupe d’amis,Wolf, Bolto, Flynt et Owen, se jouant du harcèlement, des persécutions, résistant à l’agression par l’arme du verbe : les mots contre les maux. Plutôt que de devenir une grande âme d’avance trahie par la vie, il met de l’art, de l’imaginaire dans la vie.

Concertant chevalier déconcertant

Les six musiciens arrivent (et repartiront) au grand galop désordonné d’écoliers turbulents dans la salle de classe quand la cloche sonne l’entrée et la sortie et les instruments deviennent faciles facéties, clarinette longue-vue, cordes pincées du clavier, bâillement de l’accordéon, miaulements, couinements, prélude forain étirant les tonalités, qui n’a pas oublié la valsante fête foraine de Wozzeck, comme la rythmique parfois cligne du coin de l’œil vers L’Histoire du soldat de Stravinsky. Directeur de l’Ensemble Télémaque voué à la musique contemporaine qui court l’Europe et créateur du PIC qui la reçoit (Pôle Instrumental Contemporain), le compositeur Raoul Lay, dont on sait la vaste culture musicale, nous offre en souriant ses citations amicales insérées dans son complexe tissu personnel musical, et dirige du piano, avec la minutieuse rigueur et la gestuelle géométrique qu’on lui connaît, ses musiciens ravis.
Le texte s’amuse à être amusant et nous amuse, nous prenant dans son jeu, mais sans abus d’enfant ou d’enfantillage, semé de jeux de mots pas trop téléphonés : l’écrivain qui se livre »,  « le canard qui se confie », « le canard laquais », sur des cocasses caquètements cancannants de la musique, et les images plaisantes fusent : « le binoclard, têtard à hublots », « la meute des mâles », « l’agité du bocal ».
C’est plaisant sans forcer la note, mais les notes suivent : onomatopées musicales, transcriptions sonores de bulles de bandes dessinées qui font partie d’un répertoire devenu aujourd’hui patrimoine moderne : coups de timbales, vibrations du vibraphone, pépiement de flûte, éclat décalé expirant de trompette comme un pneu qui se dégonfle. La musique dessine, anime par ses figures ces figurations de dessin animé.
Tous les musiciens entrent dans un jeu autant réglé par la musique que par la mise en scène, pratiquement musicale, d’Olivier Pauls. Il est vrai qu’il joue et jouit d’un instrument exceptionnel avec la comédienne Agnès Audiffren, aussi à l’aise dans les grands rôles tragiques que dans cette comédie qui l’insère étroitement, chorégraphiquement, en musique, dans la musique et entre les musiciens. Chaussée de bottes,  chemise à jabot, jaquette dix-huitième siècle, affublée et offusquée d’une fantaisiste perruque bicolore, elle se glisse avec souplesses ou fausse maladresse garçonnière entre les musiciens, entre notes et mots qu’elle nous distille avec une grâce et un humour, irrésistibles, nous tenant en haleine pendant près de cinquante minutes, sans répit, avec un texte à une voix, paradoxale monodie polyphonique, unique par le narrateur impersonnel qui conte, et multiple par les personnages qui racontent, la bande des cinq, les cinq galopins attendrissants. Coulée dans la musique, admirablement dirigée, elle joue une partition physique, visuelle de tout son corps et de son mobile visage où passent toutes les émotions.
Finalement, cette parabole, sans fariboles, s’envole, à son échelle modeste, du côté des grands fous dont la folle sagesse rachète la folle folie du monde : Don Quichotte au grandiose et poétique et éternel esprit d’enfance.
Bon enfant mais non infantilisant, pour enfants et grands, inscrit dans le programme de Télémaque, Grandes musiques pour petites oreilles, ce récit musical nous invite sympathiquement à les ouvrir toutes grandes, même nous, qui ne sommes pas petits.

LE CHEVALIER DÉCONCERTANT
Récit en musique de Raoul Lay, à partir de 9 ans.
Livret de Raoul Lay et Charles-Éric Petit, d’après E. Raspe
Création  – Vendredi 5 février 2016 – Marseille, Bibliothèques Départementales Gaston-Defferre
Livret : Raoul Lay et Charles-Eric Petit, d’après E. Raspe
Mise en scène : Olivier Pauls
Comédienne : Agnès Audiffren
Musiciens : Charlotte Campana, flûte; Linda Amrani, clarinette ;  Gérard Occello, Trompette ; Solange Baron, accordéon ;  Christian Bini, percussions ; Raoul Lay, Clavier Electrique, samples et direction.
Photo ©ensembletelemaque : Agnès Audiffren

PROJET PÉDAGOGIQUE
Entre janvier et mai 2016, une centaine de collégiens – Henri Barnier (16ème), Jean Moulin (15ème), Darius Milhaud (12ème) – vont suivre des ateliers de pratique vocale et percussions pour donner, aux côtés des musiciens de Télémaque, une version « enrichie » du Chevalier Déconcertant en mai 2016 à l’Alhambra.

CALENDRIER DES REPRÉSENTATIONS
Jeudi 4 février à 14h30 au PIC – 16ème arr. (Séance scolaire)
Vendredi 5 février à 14h30 à la Bibliothèque Départementale Gaston Defferre – 3ème arr. (Séance scolaire)
Vendredi 5 février à 19h00 aux Bibliothèques Départementales Gaston-Defferre – 3ème arr.
Samedi 6 février à 15h00 au Château de la Buzine – 11ème arr.
Mercredi 10 février à 15h00 au Musée du Château Borély – 8ème arr.
Jeudi 11 février à 10h00 et 15h00 à l’Atelier des Arts – 9ème arr. (séance centres aérés).

PROGRAMME DU PIC (Pôle Instrumental Contemporain)
36 montée Antoine Castejon,
13016 MARSEILLE
Réservations : 04 91 39 29 13


13 mars 2016, à 17h30:
MALUCA BELEZA Quintet musique brésilienne – jazz

25 mars, 19h :
CHŒURS DE FEMMES -Biennale des écritures du réel

26 avril 19h30 :
 ENSEMBLE TÉLÉMAQUE
 Concert en partenariat avec la Casa de Velázquez
 de Madrid

31 mai 19h30 : 
COMME JE L’ENTENDS
Benjamin Dupé

Poitiers. Théâtre, le 11 février 2016. Andrea Liberovici (né en 1962) : Faust’s box (création). Helga Davis,Andrea Liberovici.Ars Nova Ensemble. Philippe Nahon

Faust en création à PoitiersDe tous les mythes existants, celui de Faust est celui qui réussit l’exploit de concentrer le plus grand nombre d’oeuvres littéraires, cinématographiques ou musicales depuis son apparition. Parmi les plus célèbres, figurent le Faust de Johann Wolfgang Von Goethe (1749-1832), celui de Charles Gounod (1818-1893) ou celui de René Clair (1898-1981). Dans cet univers de chefs d’oeuvres, le dernier opus du compositeur italien Andrea Liberovici (né en 1962) ne fait que confirmer le succès jamais démenti du mythe de Faust. Faust’s box est la dernière commande d’Ars Nova Ensemble et de son directeur musical Philippe Nahon. A l’occasion de la création mondiale de Faust’s Box, c’est Helga Davis, actrice et chanteuse à la voix assez jazzy, qui a été invitée à chanter et à déclamer l’oeuvre présentée en création à Poitiers, une partition particulièrement exigeante de Liberovici.

Création saluée unanimement, le mythe de Faust réinventé par Andrea Liberovici

Faust’s box au TAP de Poitiers

Comme nombre de compositeurs contemporains, Liberovici utilise une bande son sur laquelle est enregistrée la voix de Robert Wilson, le «narrateur de l’ombre», mêlée à des sons captés dans la ville et dans la nature. Quant à l’orchestre, outre les cordes et les timbales, paraissent des «instruments» surprenants que Liberovici est allé chercher dans la vie quotidienne : marteaux, cravaches, roues à eau par exemple. Faust damné après son pacte avec Mephistophélès, arrivé en enfer, s’échappe comme il peut pour tenter de rendre sa situation vivable, à défaut d’être acceptable. L’actrice et chanteuse Helga Davis s’intègre dans le spectacle avec talent ; d’une voix chaleureuse, l’artiste alterne texte chanté et parlé et fait transparaître avec talent le désespoir de Faust enfermé dans sa boite infernale. Le miroir installé au fond de la boîte où se trouve Faust, oblige le malheureux damné à affronter son passé et les raisons qui l’ont poussé à accepter de passer un pacte avec le diable.
Philippe Nahon dirige Ars Nova avec souplesse et rigueur ; la battue est claire, nette, précise ; d’ailleurs la musique de Liberovici ne permet pas vraiment d’improviser. Musicalement et textuellement, Liberovici alterne avec talent, espoir, désespoir, tentative d’évasion, résignation. C’est la complicité entre Nahon et ses musiciens qui forme le socle du succès de la soirée, alliée à une artiste exceptionnelle, Helga Davis, et à un compositeur talentueux, Andrea Liberovici ; le collectif s’est approprié le mythe de Faust en une œuvre absolument personnelle qui ne copie ni ne s’inspire de personne.

N’oublions pas qu’Ars Nova réalise une création à peu près chaque année. Après « A l’agité du bocal » de Bernard Cavanna en 2013 et ” Courte longue vie au grand petit roi » d’Alexandros Markéas, en 2014, Faust’s box » d’Andréa Liberovici qui voit le jour en ce mois de février 2016, s’impose à nous avec force et poésie. Le public venu nombreux réserve un accueil triomphal à chacun, et Liberovici, présent, car il assurait lui même la mise en espace, reçoit largement sa part des «bravos» qui fusent ici et là. Souhaitons longue vie à ce «Faust’s box» dont la création a reçu comme rarement, un accueil spontané et plutôt très chaleureux du public venu pour sa création. Preuve qu’il y a bien une audience pour la musique contemporaine, et que le TAP à Poitiers a su parfaitement le fidéliser.

Poitiers. Théâtre, le 11 février 2016. Andrea Liberovici (né en 1962) : Faust’s box. Helga Davis, voix, Robert Wilson, narrateur de l’ombre, Andrea Liberovici, musique, texte, mise en scène, Ars Nova Ensemble. Philippe Nahon, direction.

Présences 2016, concert n°5 : créations de Cattaneo et Movio. Francesconi, Grisey et Romitelli.

MDI ensemble (c)Mario TedeschiPARIS, Festival Présences 2016. Ce soir, Studio 105, 20h : créations Cattaneo, Movio. Grisey et Romitelli. 5ème volet de l’exploration par le public parisien des écritures contemporaines italiennes… Ce soir pour le concert n°5 du Festival Présences 2016 de Radio France, le Studio 105 de la Maison de la Radio à Paris accueille plusieurs créations attendues signées Cattaneo et Movio, mais aussi plusieurs autres oeuvres de Luca Francesconi (compositeur mis à l’honneur en 2016 : ainsi ses 2 partitions sont jouées, “Charlie Chan” pour alto et “Animus II”) et aussi Romitelli (“Domeniche alla periferia dell’imperio”, hommage à Gérad Grisey )et Grisey (“Vortex Temporum I,II,III”). On connaît à présent le souci de Luca Francesconi pour revenir à une écriture “corporelle”, c’est à dire plus incarnée, humaine comme organique, faisant le bilan critique – comme un archéologue- des années de “diktact” dogmatique où le concept et un trop plein de cérébralisme étaient de mise. A l’intellect, il préfère no sans raison, la musique du corps. Ses œuvres signeraient-elle (enfin) le grand retour d’une musique contemporaine plus accessible pour le grand public ?
La première soirée inaugurale qui présentait la création française de “Bread, Water and Salt” d’après les premiers discours de Mandela (avec la soprano sud africaine Pumeza qui l’avait créée précédemment en octobre 2015 à Rome) fut un grand moment de musique contemporaine, où la conscience d’un destin hors normes et exemplaire, exprimé par la voix de la soliste et du chœur, restituait la présence physique du combat mené, entre souffrance, ténacité et espérance. Un hymne “pour la fraternité” selon l’auteur.

Festival Présences 2016 à ParisCe soir, lundi 8 février au Studio 105 (20h), autre temps fort, place aux deux créations des Italiens Aureliano Cattaneo (né en 1974) et de Simone Movio qui a suivi le cursus de l’Ircam (composition et informatique musicale en 2010-2011). Présences 2016 programme aussi Fausto Romitelli, disparu trop tôt (2004) et qui a travaillé à partir de l’écriture spectrale transmise par Grisey (également représenté ce soir avec Vortex Temporum I,II,III). La partition de Romitelli est d’ailleurs un hommage à Grisey. Il s’agit donc aussi d’une histoire de filiation, d’hommage, de fraternités artistiques… Fabuleux programme, ouvert, généreux, inédit que cette soirée dont l’écriture des 5 compositeurs affichés est défendue par l’ensemble invité, MDI, soit 6 instrumentistes qui cultivent la précision, l’intensité, l’écoute collective à un très haut degré d’accomplissement.

Les références à l’essence de la musique de chambre sont multiples dans ce programme des six musiciens de l’ensemble MDI. A-t-on besoin d’un titre emblématique pour s’en convaincre ? Aureliano Cattaneao choisit Insieme (ensemble).

Aureliano Cattaneo : 
Insieme (CF – CRF/Milano Musica)
Luca Francesconi :
Charlie Chan pour alto
Simone Movio
: Logos II (CM-CRF/Milano Musica)
Luca Francesconi: 
Animus II
Fausto Romitelli: 
Domeniche alla periferia dell’Impero (Hommage à Gérard Grisey)
Gérard Grisey: 
Vortex Temporum I, II, III

Ensemble MDI
Sonia Formenti, flûte
Paolo Casiraghi, clarinette
Lorenzo Gentili-Tedeschi, violon
Paolo Fumagalli, alto
Giorgio Casati, violoncelle
Luca Leracitano, piano
Benjamin Miller, réalisation informatique musicale GRM

 

 

 

 

boutonreservationRAPPEL : LE PASS PRESENCES 2016. L’achat du Pass Présences au tarif unique de 15 € vous donne accès à tous les concerts du festival, dans la limite d’une place par concert et par pass et dans la limite des places disponibles.
Infos et réservation sur le site du Festival Présences 2016, Maison de la Radio à Paris

 

Toutes les modalités de réservations sur le site de la Maison de la Radio / Festival Présences 2016, “Oggi l’Italia”, du 5 au 14 février 2016

 

 

VOIR aussi notre reportage vidéo exclusif Présences 2016, Oggi l’Italia, du 5 au 14 février 2016 (Présentation du festival Présence 2016 par Jean-Pierre Derrien, conseiller artistique, entretiens exclusifs avec les compositeurs Luca Francesconi et Lara Morciano à propos d’une école italienne de musique contemporaine…© studio CLASSIQUENEWS.COM