CD, compte rendu critique. Rameau: Castor et Pollux. Pygmalion. Raphaël Pichon, direction (2 cd Harmonia Mundi).

rameau-castor-et-pollux-version-1754-raphael-pichon-pygmalion-cd-harmonia-mundi-2-cd-comptre-rendu-critique-classiquenews-juillet-2015CD. Rameau: Castor et Pollux. Pygmalion. Raphaël Pichon, direction (2 cd Harmonia Mundi). Même si elle ne manque pas d’éloquence instrumentale ni de délicatesse orchestrale (la direction du chef est de ce point de vue, idéalement équilibrée et minutieuse), cette lecture souffre d’un plateau de protagonistes trop disparate.  Le Castor  de Colin Ainsworth déçoit de bout en bout par un manque de soutien, des aigus contournés et un style empoulé et précieux dont les artifices dénaturent le simple récitatif de Rameau. Séjour de l’éternelle paix sans tenue s’effiloche, sans vrai accentuation : le chanteur reste à côté et du personnage et de la situation ; même constat pour la mezzo Clémentine Margaine : Phébé, surexpressive d’un bout à l’autre. Les deux solistes s’enferment dans une lecture linéaire, réductrice et finalement caricaturale de leur personnage respectif : Castor ne cesse de se lamenter, de s’alanguir mollement; Phebé perd toute justesse à force d’exhorter : ses imprécations répétitives s’enlisent; fautive / perfectible, leur conception même du récitatif français qui manque singulièrement de finesse comme de précision : l’art de Rameau est ainsi, il ne souffre aucune imperfection
Meilleurs sont la Telaire d’Emmanuelle de Negri (remarqiable intensité et doloriste contenue, subtilite de l’articulation) ; Pollux du baryton Florian Sempey, même si ce dernier affiche un timbre voilé qui gêne la parfaite clarté de son texte. Son chant semble continûment serré, engorgé.

Ambassadeur d’un Rameau ciselé, Pichon dévoile une remarquable sensibilité instrumentale pour la version de Castor et Pollux 1754

Réussite surtout orchestrale

Parmi les meilleures séquences celle d’Hébé qui ouvre la fin du IV, grâce à l’intervention de la soprano Sabine Devieilhe (rayonnante vocalité) qui diffuse ce parfum de sensualité enivrée dans l’un des tableaux les plus délicats et amoureux de tout le théâtre ramélien : “Voici les dieux. …” Les deux gavottes pour Hebe synthétisent tous les défis de la partition entre respiration et flexibilité comme suspendu et porté par les flûtes qui doivent être incandescentes et d’une subtilité rayonnante. Même français tendre et superbement articulé du ténor Philippe Talbot pour Mercure, et l’air victorieux lumineux de l’athlète. Assurément les piliers vocaux de cette version dont la plus remarquable réussite se situe chez les instruments.

Danses en légèreté volubile et instrumentalement détaillées mais parfois courtes, tous les intermèdes flattent l’oreille par un raffinement instrumental précis et équilibré qui sait nuancer dramatisme et suprême délicatesse. Raphaël Pichon pêche même par un excès de retenue qui s’apparente à de la froideur. Néanmoins parmi les remarquables prouesses de l’orchestre attestant d’une maîtrise des danses entre gracieuse suavité et nerf rythmique l’entrée d’Hébé, surtout, gorgées de saine aération, les gavottes pour la même Hébé décidément inspirante (l’époux de la soprano Devieilhe serait-il porté par l’angélisme suave que lui inspire sa compagne à la ville ?); la précision mordante trépidante des passe pieds pour les Ombres heureuses et la très longue ritournelle affligée pudique de Telaire au début du V restent elles aussi irrésistibles. Comme, pièce maîtresse, la chaconne finale subtil équilibre entre abandon enchanté et inéluctable finalisation le tout articulé et scintillant de milles éclats instrumentaux …
Les choeurs sont diversement convaincants selon les épisodes. A part les hommes (Demons : Brisons les chaines), le choeur manque de précision linguistique d’une façon générale, certes bons exécutants mais en retrait continu : la fête de l’univers qui clôt le drame manque singulièrement d’ampleur et d’aérienne majesté : c’est quand même l’apothéose des deux frères Dioscures à laquelle Rameau dédie son final.

Version essentiellement instrumentale ou la précision reste souveraine et sous le geste du chef affirme une délicatesse d’intonation passionnante; mais il manque le concours de solistes vrais personnalités dramatiques et dans l’enchaînement des tableaux, un sens du théâtre continu.

C’est donc une lecture intéressante du point de vue instrumentale, mais cette version ici et là encensée comme la nouvelle référence, est loin de la maturité des aînés, pionniers chez Rameau et d’une toute autre inspiration : Harnoncourt ou Christie décidément inégalables pour la compréhension profonde de l’opéra le plus joué du vivant de Rameau et après sa mort jusqu’à la chute de l’ancien régime sous le règne de Marie-Antoinette. Si Harmonia Mundi avait opté pour un disque d’extraits comme une Suite de danses, le geste affûté, ciselé et délicat de Pichon aurait mérité un CLIC de classiquenews, assurément.

CD. Rameau : Castor et Pollux (version 1754). Avec Philippe Talbot (Mercure, Un Athlète), Sabine Devieilhe (une Suivante d’Hébé), Emmanuelle de Negri (Télaïre), … ChÅ“ur et orchestre Pygmalion. Raphaël Pichon, direction. 2 cd Harmonia Mundi HMC 902212.13. Enregistré à Montpellier en juillet 2014

Compte rendu, opéra. Toulouse. Théâtre du Capitole, le 31 mars 2015. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Castor et Pollux, Tragédie en cinq actes, version de 1754 ; Mariame Clément, mise en scène ; Julia Hansen, décors et costumes ; Bernd Purkrabek , lumières ; FettFilm (Momme Hinrichs et Torge Møller), vidéo ; Antonio Figueroa, Castor ; Aimery Lefèvre, Pollux ; Hasnaa Bennani, Cléone / Une suivante/ Une Ombre heureuse ; Hélène Guilmette, Télaïre ; Gaëlle Arquez, Phébé ; Dashon Burton, Jupiter ; Sergey Romanovsky, L’Athlète / Mercure ; Konstantin Wolff, Le Grand Prêtre de Jupiter / Une Voix ; Choeur du Capitole ; Alfonso Caiani direction ; Les Talens Lyriques ; Christophe Rousset, direction musicale.

castor-pollux-rameau-Rameau au Capitole est bien servi, après Hippolyte et Aricie en 2009, les Indes Galantes en 2012, voici Castor et Pollux cette saison. Il ne manque plus que Platée pour que notre bonheur soit total. Rameau demande beaucoup. Certes la partition regorge de beautés mais il est important que la mise en scène soit habile afin que l‘intérêt du spectateur moderne soit maintenu. Même dans Castor et Pollux de 1754 l’intrigue est maigre et les ballets sont nombreux qui coupent tout élan dramatique. L‘intelligence de la mise en scène de Mariame Clément est parfaitement secondée par des costumes simples et beaux et un décor monumental, un double escalier central, qui permettent au spectacle de soutenir notre intérêt y compris dans les ballets. C’est un parti pris audacieux que cette absence de danses, remplacées par du théâtre et des mimes. L’histoire est ainsi déclinée dans le temps, par un habile retour vers l’enfance des quatre héros ; nous comprenons mieux les liens complexes qui les unissent. Tout avance donc sans temps morts. Les chœurs jouent très bien et les solistes, secondés par des enfants, prennent un relief passionnant.

Tendres et beaux Castor et Pollux à Toulouse

Le théâtre s’invite mais c’est bien les voix qui dominent le plateau, même avant l’orchestre. Nous le dirons d’emblée l’orchestre de Rameau pose un problème qui ce soir n’a pas été résolu par Christophe Rousset et ses superbes musiciens des Talens Lyriques. Très haut dans la fosse, l’orchestre sonne souvent trop fort et lourd. C’est un peu le défaut des instruments anciens lorsqu’ils sont sommés, comme ce soir de sonner trop pour montrer leur puissance après des années de trop modestes possibilités. La direction ferme et puissante de Christophe Rousset fait sensation mais les passages sensibles ne touchent pas assez. Les couleurs sombres de l‘orchestre avec des basses très présentes, manque de lumière. La direction est efficace, mais un peu trop sèche et manquant de moelleux. L’équilibre avec le plateau a fait défaut lors de la scène des enfers de l’acte IV lorsque la voix du «vaillant Pollux » se perd alors que Phébé, Mercure et les démons traversent la puissance orchestrale déchainée.

La fête vocale est magnifiée par les dames. En Phébé, Gaëlle Arquez brûle les planches et sa voix paraît d’une puissance enviable. Le beau mezzo de tempérament a une autorité indiscutable. La présence du personnage infernal séduit et inquiète à la fois. La Télaïre d’Hélène Guilmette a également une belle présence scénique et la voix fruitée de soprano lyrique sait galber les lignes de chant avec art. Tout au plus, un manque de fragilité en particulier dans l’air triste flambeau suscite des réserves. Mais la mise en scène lui demande une présence forte que la voix soutient parfaitement.
Le Castor d’Antonio Figueroa est vocalement d’une tendresse idéale. Voix de miel, le ténor sait chanter avec art son rôle d’amoureux que rien n’arrête. Aux Enfers il manquera un peu de vaillance mais l’essence de cette voix semble être de rendre des sentiments délicats seulement. En Pollux, Aimery Lefèvre est sensible et douloureux. La belle voix souple phrase à la perfection. Mais la grandeur du monarque et du fils d’un dieu, éternel lui même, fait défaut. Dashon Burton, campe un Jupiter inattendu et plein d‘humour. La voix est moelleuse et séduisante et le jeu du jeune baryton est parfait. Ce Dieux de l’argent est si vraisemblable et fantasque à la fois…
En Plusieurs rôles, dont une formidable « trompette », Sergey Romanovsky est un ténor impertinent par sa capacité de rivaliser avec des sons d ‘airains comme une grande noblesse dans la partie de Mercure. Voilà un engagement vocal impressionnant à suivre dans des rôles plus longs et complexes. Le chœur du capitole admirablement préparé par Alfonso Caiani a magnifié les si beaux chœurs de Rameau, oscillants entre douleur et splendeur avec des couleurs superbes. Tout particulièrement le pupitre de ténor a semblé pur et lumineux.

Cette production du Theater an der Wien a eu un beau succès à Toulouse. Ce parfait mélange de théâtre et de chant est digne du chef d ‘œuvre de Rameau. La distribution sans faiblesse, la mise en scène stimulante et la direction musicale énergique ont porté haut l’esprit de la Tragédie Lyrique au Capitole. L’équipe soudée pour ce spectacle total, en ces temps incertains réconforte par un tel engagement.

Castor et Pollux à Toulouse

RAMEAU 2014 : sélection cdToulouse, Capitole. Rameau: Castor et Pollux : 22 mars>14 avril 2015. Lors de sa création en 1737, le second opéra tragique de Rameau est d’autant plus attendu qu’il succède à deux ouvrages saisissants : le scandaleux et déjà génial Hyppolite et Aricie de 1733, puis l’opéra-ballet, les Indes Galantes de 1735. Suscitant l’ire des Lullistes, choqués par tant d’audaces inédites, Castor et Pollux n’est joué que 21 fois : c’est pour Rameau un semi échec : il pense aussitôt à réécrire l’opéra dont la seconde version très différente voit le jour en 1754. En 17 ans, le goût du public a sensiblement évolué.

Au centre de l’action le lien fraternel qui unit Pollux fils immortel de Jupiter et Léda, à son demi frère, Castor fils de Tyndare et a contrario simple mortel. S’ils aiment la même femme, Télaïre, Pollux s’efface et désire même après la mort de son frère, prendre sa place aux enfers; Phébé amoureuse de Castor, jalouse de Télaïre, ne cesse d’invoquer les forces maléfiques pour contraindre et faire échouer les projets de Pollux et Télaïre. Finalement, Jupiter ému par l’amour de Pollux pour Castor, lequel sait aussi se sacrifier pour son frère, accepte de ressusciter Castor, l’unir à Télaïre, leur offrir l’immortalité, après avoir foudroyé l’ignoble Phébé.

La version de 1754 prend en compte toutes les évolutions du goût : en plein cÅ“ur de la Querelle des Bouffons, le nouveau Castor éblouit et s’impose sur la scène : c’est le plus grand succès lyrique du XVIIIème siècle. Rameau y excelle à renforcer l’impact dramatique de l’action, tout en flattant l’oreille des spectateurs par des airs italiens des plus tendres et sensuels. En 1754, plus de prologue à la gloire du roi, une musique nouvelle qui enchaîne en un tout organique, chÅ“ur, air, récitatif, surtout ampleur et souffle “cosmique” de l’orchestre.

RameauLa couleur funèbre et lugubre du chÅ“ur des Spartiates : ” Que tout gémisse “, précédant la fameuse plainte / prière de Télaïre (” Tristes apprêts, pâles flambeaux… “), le monologue solitaire de Castor : ” Séjour de l’éternelle paix “, la grâce amoureuse de l’ariette du V : ” Tendre amour “, la noire haine de Phébé (” Soulevons tous les dieux “),  le pathétique noble et viril de Pollux tout au long des actes… bouleversent et saisissent par leur justesse poétique et leur profondeur sentimentale. Rameau réussit tout : l’implacable solitude des coeurs amoureux, la grandeur des sentiments partagées, la brûlure et la hideuse noirceur des âmes haineuses… Le compositeur offre un nouveau standard lyrique après Lully, l’égalant voire le dépassant par sa force dramatique, la pureté et la grandeur de son éloquence déclamatoire qui égale aussi le théâtre parlé déclamé de Corneille et Racine. Avec Rameau, l’opéra gagne ses lettre de noblesse et atteint une grandeur et un sublime jamais égalés avant lui ; théâtre d’action et de sublimation, c’est aussi une scène flamboyante qui culmine par la réussite des disciplines associées : où la danse toujours omniprésente avec le chÅ“ur et les solistes, chanteurs et danseurs, réalise les plus beaux “divertissements”, ballets combinés au drame chanté dont le dernier, l’ultime chaconne après le jugement de Jupiter et qui représente les planètes autour du Soleil (quand Castor nouvel immortel rejoint aux côtés de Pollux, le Zodiaque), demeure un sommet de l’écriture ramélienne.

 

 

 

Castor, modèle du bon goût français

 

Rameau_Carmontelle10 ans avant de mourir, Rameau laisse une oeuvre alliant la grandiose et le tendre, le pathétique et le sensuel qui s’exprime par un orchestre suractif et nuancé qui comme un creuset, transfigure chaque élément au contact de l’autre : danse, chant, musique pure se trouvent fusionnés comme jamais. Jusqu’en 1785, sous le règne de Marie-Antoinette et de Louis XVI, Castor et Pollux incarne la grandeur exemplaire de l’opéra français : même en pleine rivalité entre glukistes et piccinnistes, Castor incarne le modèle indépassable. Même Berlioz pourtant ardent gluckiste, savait reconnaître le génie unique de Rameau par la prière de Télaïre : “Tristes apprêts, pâles flambeaux”, cet air que Sofia Coppola dans son film Marie-Antoinette, fait paraître à l’opéra, sachant séduire et même enthousiasmer la jeune reine qui ose applaudir contre tout respect de l’étiquette… Au début du XXème siècle, quand les antiwagnériens tels D’Indy, et Bordes jouent Castor, l’emblème du bon goût français, Debussy est ému par la justesse lugubre du chÅ“ur des spartiates dont l’humanité le touche particulièrement. En 1991, Wiliam Christie fait retentir les notes magiciennes de Castor à Aix en Provence et l’année Rameau 2014 a vu le retour en force de l’opéra le plus célébré du compositeur.

 

 

 

 

RAMEAU 2014 : sélection cdCastor et Pollux de Rameau au Capitole de Toulouse,
du 24 mars au 2 avril 2015.

Christophe Rousset, direction
Marianne Clément, mise en scène
Les 24,27,29 31 mars puis le 2 avril 2015.

Tragédie lyrique en cinq actes
Livret de Pierre-Joseph Gentil-Bernard
créée le 24 octobre 1737 à l’Opéra de Paris (version révisée : 1754)

 

 

 

Gala Rameau 2014 dans la Galerie des glaces

Versailles. Galeries des glaces, Gala Rameau 2014. Samedi 22 novembre 2014, 21h. L’année Rameau, assez féconde et plutôt réussie sur le plan des (re)découvertes (Le temple de la Gloire, Zaïs, Rameau, maître à danser…) s’achève officiellement ce 22 novembre 2014 à 21h lors d’un grand gala Rameau donné dans l’exceptionnelle écrin de la Galerie des glaces du Château de Versailles, un événement à l’initiative du CMBV Centre de musique baroque de Versailles, grand coordinateur de l’année Rameau 2014 en France. 

galerie des glaces versailles concert gala rameau 2014A l’occasion du 250ème anniversaire de sa mort, voici un programme éclectique, foisonnant, récapitulatif tel qu’on aurait pu l’écouter dans la salle du Concert Spirituel au XVIIIe siècle.  Au menu, pages sacrées et profanes. Mêlés aux partitions lyriques et théâtrales, les Grands Motets, oeuvres de jeunesse, révélant avant les opéras dont le premier est Hippolyte et Aricie en 1733, la flamboyante inspiration du jeune Rameau organiste itinérant, alors inspiré par le genre du grand motet : choeur, solistes, orchestre, Rameau maîtrise déjà tous les effectifs, toutes les combinaisons possibles, offrant dans un contexte sacré, plusieurs oeuvres particulièrement … théâtrales. Trois Grands motets en témoignent ce soir par ordre de réalisation au cours de la soirée : Laboravi, Quam dilecta, In Convertendo.

Compositeur audacieux, réformateur même jusqu’à un âge avancé (songez à son ouvrage ultime Les Boréades de 1764, l’année de sa mort d’un souffle exceptionnel sur un thème délicat : la torture…), Rameau invente, explore, expérimente toujours ; son orchestre est le plus novateur et le plus original de son temps : ainsi les Suites extraites de La Princesse de Navarre et son opéra créé en 1737, révisé en 1754 : Castor et Pollux.

Castor et Pollux de Rameau (1737-1754)Pour nous l’intérêt majeur du gala Rameau à Versailles, demeure la Suite de danses de la trop peu jouée Princesse de Navarre : l’œuvre fait partie de la commande faite en 1745 au nouveau compositeur de la Chambre du Roi : Rameau ainsi célébré et honoré devient une figure majeure de la vie musicale française à 62 ans. Le Roi lui commande quatre œuvres lyriques dont la célèbre et atypique autant que déjanté Platée, pour le mariage du Dauphin. La danse est le cadre où se libère le riche tempérament dramatique du compositeur : son écriture est aussi savante et virtuose, de plus en plus italienne comme en témoigne l’air redoutable : Vents furieux. Génie du timbre, et grand coloriste, Rameau étonne tout autant dans Castor et Pollux dans l’usage spécifique du basson, comme le montre avec éloquence, la prière funèbre et de déploration de Télaïre, pleurant la mort de son bien-aimé Castor, dans Castor et Pollux : « tristes apprêts, pâles flambeaux », un air immédiatement applaudi à la création et repris régulièrement tout au long du XVIIIème.

La galerie des glaces du Château de Versailles. Longue de 73 mètres et large de 10,50 mètres, la Galerie des Glaces, ou Grande Galerie du Château de Versailles, a été imaginée par l’architecte Jules Hardouin-Mansart et décorée par le peintre Charles Lebrun. Souhaitée par Louis XIV pour éblouir ses visiteurs, elle arbore quelques 357 miroirs et 17 fenêtres, elle fut construite entre 1678 et 1684. Le décor actuel est celui réalisé à la fin du règne de Louis XV pour le mariage du Dauphin futur Louis XVI avec Marie-Antoinette.

Programme

La Princesse de Navarre, Suite de danses
Comédie ballet sur un livret de Voltaire, 1745
Contredanses en rondeau
Menuets
Sarabande
Prélude pour la descente de l’Amour
Gavottes
Air : Vents furieux (une Grâce)

Laboravi (motet à grand choeur a capella)
Quam Dilecta (motet pour solistes, choeur et orchestre)

entracte

Castor et Pollux, extraits
Tragédie lyrique, version de 1754, initialement créée en 1737
Choeur des spartiates : Que tout gémisse
Télaïre : Tristes apprêts, pâles flambeaux…
Marche
Choeur des spartiates : Que l’enfer applaudisse
Air pour les Athlètes

In convertendo : grand motet

distribution :

Katherine Watson, dessus
Anders J. Dahlin, haute-contre
Marc Mauillon, basse-taille
Marc Labonnette, basse

Les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles
Olivier Schneebeli, direction
Chœur et Orchestre du Concert Spirituel
Hervé Niquet, direction

Versailles. Galeries des glaces,
Gala Rameau 2014
Samedi 22 novembre 2014, 21h.

Compte rendu, opéra. Lille. Opéra de Lille, le 17 octobre 2014. Rameau : Castor et Pollux. Pascal Charbonneau, Henk Neven, Gaëlle Arquez… Le Concert d’Astrée, choeur et orchestre. Emmanuelle Haïm, direction. Barrie Kosky, mise en scène.

castor et pollux opera de lille emmanuelle haimL’année Rameau 2014 est fêtée à Lille avec une nouvelle production de Castor et Pollux ! Au Concert d’Astrée d’Emmanuelle Haïm associe une jeune et brillante distribution, très investie dans la mise en scène insolente et insolite, mais surtout pertinente, de Barrie Kosky, directeur de l’Opéra Comique de Berlin. Une soirée riche en émotions et en audace où Rameau est mis en valeur par la force des talents combinés ! Castor et Pollux voit le jour en 1737 dans une version plus longue avec un prologue allégorique sur le traité de Vienne. Les Lullystes acharnés sont alors très critiques et méprisants, ils ne savent pas encore qu’en 1754 l’opéra repris et remanié sera un exemple illustre de l’école française de musique effectivement créée par Lully et dont Rameau deviendra le dernier véritable représentant d’envergure, voire le sommet, avec le mélange de science et d’émotion qui lui sont propres. La version mise en scène pour cette production est celle de 1754, dont peut-être seul l’aspect dramaturgique est réellement amélioré.

Castor et Pollux de chair et de sang

La mise en scène de Barrie Kosky est une créature bizarre que l’on trouve rarement en France. En une transposition absolue de l’histoire et un expressionnisme certain, quoi que plus ou moins abstrait, la production est une recette qui ne plaira guère aux puristes, mais, en l’occurrence, une formule qui marche très bien et qui même rehausse l’oeuvre. Nous sommes donc dans un décor unique, une boîte en bois où les dieux et les chÅ“urs dansent, courent, se fracassent contre les murs, saignent, etc., ; un huis clos qui permet d’éclairer davantage l’histoire. Qui devient plus dramatique que tragique. La mise en scène parle par conséquent à l’auditeur contemporain, tandis que la performance de l’orchestre baroque nous emmène à imaginer et présumer comment la musique sonnait dans un temps révolu.

Dans ce cadre, la distribution des chanteurs est engageante et engagée. Castor et Pollux sont chantés avec brio par Pascal Charbonneau et Henk Neven respectivement. Si l’expressionnisme de la mise en scène (avec sa grande intensité physique) affecte parfois la voix du premier, il demeure un Castor alléchant par la beauté du timbre et la colorature facile. Henk Neven est un habitué du rôle, sa performance préserve l’accent noble de la tragédie, par la gravité de son chant et un jeu d’acteur émouvant. Leur complicité sur le plateau est une belle évidence. Nous trouvons une même entente à deux voix chez les sÅ“urs Télaïre et Phoebé, interprétées par Emmanuelle de Negri et Gaëlle Arquez respectivement. De Negri est une chanteuse de talent qui sait servir la musique de son personnage, sa voix a une certaine légèreté à laquelle nous ne pouvons pas rester insensibles, d’autant plus que son jeu d’actrice est aussi investi. Or, nous aurions préféré un chant plus nuancé, notamment lors du célèbre air « Tristes apprêts ». Nous nous demandons si c’était un choix stylistique du chef d’orchestre, que nous n’avons pas trouvé particulièrement impressionnant pour ce morceau normalement sublime. Arquez (qui nous a marqué dans Le Couronnement de Poppée à l’Opéra de Paris), quant à elle, montre au public les nombreux visages de son talent. Elle a une sensualité rayonnante sur scène que complète de façon exquise son chant envoûtant. Mais c’est surtout l’aspect dramatique de son jeu qui impressionne, elle réussit à nuancer le rôle de Phébé, lui donnant une gamme d’expressions élargie (quoi que, en tant que méchante, le tourment l’emporte ici sans alternative) et captive l’auditoire par son articulation de la langue française, par une prosodie immaculée. Une jeune étoile du firmament lyrique qu’on espère voir davantage sur scène.

Les rôles secondaires sont toujours remarquables d’un point de vue scénique. Musicalement, nous avons tout particulièrement apprécié la performance d’Erwin Aros en Mercure (et l’Athlète, personnage intégré dans le rôle de Mercure pour cette production). Il chante l’ariette virtuose « Eclatez, fières trompettes » d’une façon stylisée que nous trouvons… intéressante. S’il a un beau timbre brillant et une technique irréprochable, nous ne comprenons pas qu’il chante à mezza voce la section la plus aigüe (et donc héroïque) de l’ariette, sachant que Rameau, si mathématiquement précis dans ses partitions, ne le souhaitait pas. D’un point de vue dramaturgique l’effet est déconcertant, l’Athlète chante le texte suivant : « Eclatez, fières trompettes, faites briller dans ces retraites la gloire de nos héros », pourquoi le chanteur projette-t-il ses trompettes à mi-voix ? Cela nous interroge. En dépit de cette stylisation peut-être imposée, nous sommes à nouveau reconquis lors du génial trio de l’acte IV « Rentrez, rentrez dans l’esclavage ». Félicitons le choeur du Concert d’Astrée au bel investissement, toujours très réactif et polyvalent. Le Concert Astrée sous la direction d’Emmanuelle Haïm n’a rien perdu de l’alacrité qui lui est propre. L’équilibre entre fosse et plateau est maintenu tout au long des 5 actes. Si nous aurions peut-être préféré plus de nuances dans la performance, l’attaque et la vigueur des cordes, ainsi que la candeur particulière des vents, convainquent. Pour autant est ce réellement suffisant chez Rameau?

Compte rendu, opéra. Lille. Opéra de Lille, le 17 octobre 2014. Rameau : Castor et Pollux. Pascal Charbonneau, Henk Neven, Gaëlle Arquez… Le Concert d’Astrée, choeur et orchestre. Emmanuelle Haïm, direction. Barrie Kosky, mise en scène. Une Å“uvre rare à (re)découvrir à l’Opéra de Lille les 17, 19, 21, 23 et 25 octobre 2014.

Compte rendu, opéra. Paris. Théâtre des Champs Elysées, le 14 octobre 2014. Rameau : Castor et Pollux. John Tessies, Edwin Crossley-Mercer, Omo Bello, Reinoud van Mechelen… Le Concert Spirituel, choeur et orchestre. Hervé Niquet, direction. Christian Schairetti, mise en scène.

Castor pollux Décor-de-Castor-et-Pollux-c-Rudy-SabounghiCompte rendu, opéra. L’année Rameau est fêtée au Théâtre des Champs-Élysées avec un événement devenu rare : un opéra baroque mise en scène ! Voici donc la tragédie lyrique en 5 actes du maître de Dijon, Castor et Pollux, dont le livret de Gentil-Bernard est inspiré des Gémeaux légendaires de la mythologie grecque. C’est également l’occasion de retrouver Hervé Niquet et son orchestre Le Concert Spirituel, avec une jeune distribution des chanteurs beaux à entendre et à regarder. La mise en scène épurée est signée Christian Schiaretti.

Quel marbre si beau

Castor et Pollux voit le jour en 1737 dans une version plus longue avec un prologue allégorique sur le traité de Vienne. Les Lullystes acharnés sont alors très critiques et méprisants, ironie de l’histoire : en 1754 l’opéra repris et remanié sera l’ exemple illustre de l’école française de musique effectivement créée par Lully et dont Rameau sera le dernier véritable représentant d’envergure, voire le sommet, avec ce mélange de science et d’émotion qui lui sont propres. La version mise en scène pour cette nouvelle production et celle de 1754 dont peut-être seul l’aspect dramaturgique est amélioré. Comme dans toute tragédie lyrique, chÅ“urs et danses abondent. Les pages les plus impressionnantes de la partition leur sont dédiées. Ainsi le chÅ“ur du Concert Spirituel régale l’audience au cours des 5 actes, avec des passages fugués impressionnants, une complicité et une synchronie époustouflante avec l’orchestre, souvent vocalisants (remarquons que les fioritures et la base mélodique rappellent parfois l’Ecole napolitaine par le rythme et l’Ecole romaine par la gravité), que ce soit dans la joie révérencieuse du « Chantons l’éclatante victoire » au 1er acte, dans la solennité larmoyante du « Que tout gémisse », ou encore dans l’entrain innovateur et endiablé du chÅ“ur des démons au même acte : « Brisons tous nos fers », un véritable tour de force. Ce dernier chÅ“ur est précédé d’un trio « Rentrez, rentrez dans l’esclavage » d’une virtuosité et d’une vivacité, représentatives du génie cosmopolite de Rameau. Ici, sous un fond des cordes faisant penser aux procédés typiques du baroque tardif romain, Rameau ajoute les plus impressionnantes harmonies au chant des trois solistes, créant en effet un édifice musical dont la structure en elle-même charme l’ouïe et stimule l’intellect. Hervé Niquet dirige un orchestre à la réactivité et au brio évidents mais parfois galants. Même si nous trouvons qu’il aurait pu gagner en audace, l’orchestre suit la partition à la lettre et sert l’œuvre, qui, malgré les passages novateurs et de grande beauté (pensons toujours aux vents incroyables, en particulier les bassons si bien aimés de Rameau) donne parfois une sensation de … monotonie.

La jeune distribution offre une prestation vocale réussie. Les faux gémeaux sont interprétés par John Tessier en Castor et Edwin Crossley-Mercer en Pollux. Si le Castor de Tessier a un certain charme, il ne dépasse pas les limites du personnage moins développé que son frère divin. Son ariette virtuose « Quel bonheur règne dans mon âme » est interprété avec une certaine réserve, ce qui fait du morceau un moment de beauté certes mais qui manque d’éclat.  Edwin Crossley-Mercer a des pages plus riches et plus intéressantes. Sa performance est alléchante par la singularité de son timbre et une technique solide. Sa beauté plastique ne distrait donc pas, au contraire, elle paraît être en l’occurrence l’expression visuelle et naturelle de ses talents musicaux. Omo Bello dans le rôle de Télaïre, même si elle pouvait valoriser ses atouts avec un coach pour raffiner encore son articulation de la langue française, offre incontestablement une prestation d’une grande dignité. Sa fausse lamentation au 2e acte « Tristes apprêts, pâles flambeaux » est l’ un des plus beaux moments de la soirée, un grand moment au sein du catalogue Rameau en vérité. Nous ne pouvons pas rester insensibles à la riche couleur vocale de la soprano d’origine Nigérienne; elle remplit la salle facilement par l’ampleur du chant et captive l’auditoire par une prestance indéniable. Remarquons également la prestation de Hasnaa Bennani et Michèle Losier en Cléone et Phoebé, toutes deux charmantes et touchantes, avec une belle présence sur le plateau. La dernière chante le fabuleux trio de l’acte 4 « Rentrez, rentrez dans l’esclavage » avec une vivacité et un entrain confondants ! Finalement remarquons la superbe performance de Reinoud van Mechelen en Mercure (un spartiate et un athlète), il participe aussi à ce trio étonnant et fait preuve d’un grand talent. Nous avons été tout particulièrement saisis par son interprétation de l’ariette virtuose de l’athlète à la fin du 2e acte « Eclatez, fières trompettes », où il se distingue par ses vocalises héroïques, par l’attaque franche et précise, la candeur toute fraîche de son timbre.

La mise en scène de Christian Schiaretti, qui dit dans le programme que son métier est un art mineur (!), n’arrive pas à surprendre. Rudy Sabounghi signe des décors très élégants… du théâtre. En fait, sauf exceptions, la plus remarquable celle aux Enfers du 4e acte, le plateau realise une imitation du Théâtre des Champs Elysées, avec les peintures de Bourdelle et même la coupole de Maurice Denis. Le tout très beau, très élégant, même si l’idée n’est pas originale (pensons, entre autres, au Capriccio de Robert Carsen avec les décors du Palais Garnier). L’équipe artistique a souhaité insister sur l’idée d’abstraction, sans vraiment transposer, ni recréer non plus. Un sorte d’arte povera superbement maquillée, certes, mais … pauvre. Les acteurs-chanteurs sont souvent statiques malgré la multitude des rythmes de la pièce ; ils n’arrivent pas non plus à évoquer l’esprit altier de la tragédie. Que dire du chorégraphe Andonis Foniadakis qui met en mouvement 10 danseurs aux talents confirmés ? Les danses sont aussi belles et abstraites que hasardeuses ; elles n’éclairent la narration que très rarement. Or, quand elles le font, l’effet est frappant (nous pensons surtout au 4e acte aux Enfers, avec le dédoublement de Castor et de Pollux, le premier devant la scène, le dernier, dont on ne voit que l’ombre, derrière ; ou encore à un pas de deux représentant l’amour des gémeaux plein d’émotion).

Nonobstant nos réserves,   il faut courrir découvrir cette production: les opéras baroques mis en scène au Théâtre des Champs-Elysées, restent rares : une exception d’autant plus opportune pour l’année Rameau. Attendez-vous à une musique et des chÅ“urs époustouflants ; un orchestre, des chanteurs et danseurs très investis! A voir au TCE, Paris : les 13, 15, 17, 19 et 21 octobre 2014. VOIR aussi notre CLIP vidéo exclusif

Clip vidéo. Castor et Pollux de Rameau au TCE à Paris, jusqu’au 21 octobre 2014

Rameau-jean-philippe-portrait-600CLIP vidéo. Nouveau Castor et Pollux de Rameau au TCE à Paris, les 13, 15, 17, 19 et 21 octobre 2014. RAMEAU : Castor et Pollux, version 1754. Dossier. Dans sa première version de 1737, la seconde tragédie lyrique de Rameau (après Hippolyte et Aricie de 1733) renouvelle un choc esthétique dont seul était capable le génie dramatique et instrumental de Rameau. C’est cependant en 1754 que le compositeur présente une nouvelle version de l’opéra Castor et Pollux, sans prologue, avec de nouvelles séquences pour les actes II, III, IV et V, imposant en pleine Querelle des Bouffons (aux côté de titan et l’Aurore de Mondonville), la suprématie de l’opéra français malgré les délices de l’opéra buffa napolitain. Ainsi Rameau hier opposé à Lully (qu’il dénaturait), était devenu le meilleur représentant du génie français à l’opéra. Après la Révolution française, Castor et Pollux disparaît de la scène et ne ressuscite qu’en 1903 grâce à la Scola Cantorum de Paris, suscitant un nouveau choc esthétique chez Debussy. Rameau s’intéresse surtout à l’évolution psychologique des caractères, le profil et les aspirations des deux jumeaux Dioscures qui aiment une même femme (Télaïre) mais se retrouvent dans un même sens de la loyauté fraternelle et du sacrifice pour l’autre. Des deux spartiates, c’est surtout Pollux (baryton) qui affirme un sens moral supérieur, ne désirant que le bonheur de son frère et pour lui, renonçant à l’amour. En LIRE +

 

Castor et Pollux de Rameau (1737-1754)CLIP vidéo. Nouveau Castor et Pollux de Jean-Philippe Rameau (version de 1754), au TCE Théâtre des Champs Elysées à Paris, les 13, 15, 17, 19 et 21 octobre 2014. CLIP vidéo © CLASSIQUENEWS.COM 2014…

 

 

AGENDA 2014 :

Castor et Pollux de Rameau au TCE à Paris
nouvelle production
Les 13, 15, 17, 21 octobre 2014, 19h30
Le 19 octobre, 17h

John Tessier, Castor
Edwin Crossley-Mercer, Pollux
Omo Bello, Télaïre
Michèle Losier, Phœbé
Jean Teitgen Jupiter
Reinoud van Mechelen Mercure, un spartiate, un athlète

Hasnaa Bennani Cléone, une ombre heureuse
Marc Labonnette, Un grand prêtre

Le Concert Spirituel Chœur du Concert Spirituel
Hervé Niquet, direction musicale
Christian Schiaretti, mise en scène

Versailles. Chapelle royale, samedi 11 octobre 2014, 20h : Requiem Aeternam d’après Rameau

Rameau-jean-philippe-portrait-600Versailles. Chapelle royale, samedi 11 octobre 2014, 20h : Requiem Aeternam d’après Rameau. Et si Castor et Pollux, opéra funèbre et même ample et spectaculaire réflexion sur la mort, avait outrepasser son cadre lyrique stricte, jusqu’à inspirer par ses thèmes et sa couleur particulière tout un Requiem inédit ? C’est le constat qu’illustre le Requiem Aeternam, abordé par Olivier Schneebeli et ses effectifs choraux ce 11 octobre en un passionnant programme qui s’annonce prometteur : l’ensemble de la matière musicale que l’on écoute, s’inspire ouvertement de mélodies et compositions réalisés par Rameau pour son opéra Castor et Pollux dont la dernière et sublime version date de 1754. En brossant le portrait des frères spartiates Dioscures, Castor mort, Pollux prêt à le remplacer aux Enfers, Rameau a écrit l’une de ses partitions les plus poignantes, véritable succès inégalé pendant tout le XVIIIème siècle. La Messe de Requiem ressuscitée ainsi affirme la notoriété et l’impact des œuvres de Rameau de son vivant.

Thomas Leconte, chercheur et musicologue du CMBV Centre de musique baroque de Versailles explique l’intérêt de cette résurrection, d’autant plus opportune pour l’année Rameau (250 ans de sa disparition en 1764)…

chapelle-concert-gauche« La messe est écrite pour cinq voix récitantes (2 dessus, haute-contre, basse-taille, basse), un chœur à quatre voix (dessus, haute-contre, taille, basse-taille/basse), tous soutenus par trois dessus de violon (et flûtes pour les deux premiers), effectif instrumental assez fréquent dans les répertoires pratiqués dans les cathédrales de province, les maîtres de musique devant souvent se contenter, pour soutenir les voix d’ enfants et des chantres, de quelques instruments, à l’ordinaire comme à l’extraordinaire. Cette Messe de Requiem nous est parvenue sous forme de parties séparées (4 parties vocales : dessus, haute-contre, taille, basse-taille ; 3 parties de violon : 1er violon et flûtes, 2ème violon et flûtes, 3ème violon ; une partie de basse continue ; une partie de basson, pour le premier chœur seulement), complétées par deux fragments de partition: l’un, probablement de la main du compositeur, comporte quelques mesures de l’Introït et du Kyrie, avec des variantes plus ou moins importantes par rapport aux parties séparées ; l’autre, de la même main que les parties, donne une version remaniée pour la Post-communion (non retenue pour ce concert). Très fautives – on peut douter qu’elles aient pu servir en l’état à une exécution –, les parties séparées sont également incomplètes. La mise en partition et la comparaison avec les fragments de partitions ont en effet révélé qu’il manquait au moins deux parties séparées dans l’ensemble qui nous est parvenu : une partie de 2ème dessus et une partie de basse ou de 2ème basse-taille, que l’on peut partiellement restituer grâce au fragment autographe de l’Introït (2 dessus dans le duo « Te decet hymnus ») et du Kyrie (basse récitante). En revanche, aucun fragment ne permet de restituer la ligne vocale du Sanctus, très probablement confiée à l’une de ces deux voix. Enfin, pour le duo « Lux æterna » de la version originale de la Post-communion, pour lequel il ne subsiste que le dessus vocal, il est possible de déduire une ligne de basse vocale de la partie de basse continue «  précise encore Thomas Leconte dans la passionnante notice qui prépare au concert de Versailles.

Requiem inédit d’après Castor et Pollux de Rameau

Soit plus de 15 emprunts à l’opéra Castor et Pollux dans sa version 1754.  « Excepté pour « Et lux perpetua » du Graduel et « Sed signifer sanctus Michael » de l’Offertoire, conçus par combinaison de deux thèmes distincts, un mouvement de la Messe de Requiem se base généralement sur un seul emprunt musical. Il en résulte donc une grande variété d’emprunts, dans des sections généralement assez courtes et assez peu développées, ce probablement pour des nécessités liturgiques. Les citations sont de longueurs variables mais le plus souvent assez courtes, le compositeur ne reprenant parfois même qu’une idée, plus ou moins modifiée, qu’il adapte aux impératifs prosodiques du nouveau texte latin. Les emprunts se font sur plusieurs niveaux. Le plus simple est l’emprunt fidèle à Rameau, avec des aménagements relativement minimes (outre les adaptations prosodiques) portant essentiellement sur l’instrumentation, simplifiée ».

RAMEAU portrait 1761L’emprunt le plus marquant concerne le récit initial du Graduel (Requiem Aeternam…) qui reprend la déploration funèbre, célébrissime (même Sofia Coppola en fait une scène fameuse où Marie-Antoinette assiste à l’opéra dans son film pop psychédélique) celui quand Télaïre chante en regrettant la mort de son bien aimé Castor : « Tristes apprêts, pâles flambeaux… », l’un des airs les plus sublimes de la littérature ramélienne pour soprano et orchestre.  L’emprunt le plus fidèlement retranscrit a été réservé à l’Offertoire (Hostias et perces »), transposition littérale de l’air pour baryton de Pollux (« Séjour de l’éternelle paix », IV, scène 4). N’omettons pas non plus l’entrée solennelle et majestueuse dès l’ouverture du Requiem, si touchante grâce à la reprise du choeur des Spartiates pleurant la mort du même Castor (Que tout gémisse)… De l’opéra à l’église, la sensibilité et la qualité du recueillement reste intact. Le transfert d’un mode à l’autre, – du lyrique profane au sacré déploratif-, est tout fait légitime. Combien de compositeurs depuis les premiers temps baroques, ont écrit et ébloui indistinctement comme auteurs d’opéras ou d’église, Monteverdi le premier. Rameau ne déroge pas à la règle : il a même imposé son tempérament unique en son siècle, d’abord dans la forme du grand motet, avant de traiter les possibilités illimitées de la scène lyrique. Du vivant même de Rameau, ses opéras ont livré une formidable matière aux Messes données dans les cathédrales de province, messes ainsi élaborées par Louis Grénon (ca 1734-1769) ou aussi  Denoyé (mort en 1759). Dans le cas du Requiem de ce soir, les emprunts sont réalisés avec une intelligence et une pertinence rares propres à construire une arche fervente qui touche et convainc par la cohérence de son architecture global. Le résultat est loin de n’être qu’un composite d’airs recyclés sans unité ni gradation.

CMBV Schneebeli cmbv_web« On ne doit sans doute pas voir dans ses emprunts une facilité de composition, tant ce type de rhabillage musical est un exercice complexe, mais bien plutôt un hommage à la musique d’un compositeur reconnu de son vivant même comme l’un des plus grands maîtres français. À sa mort, survenue le 12 septembre 1764, tout le royaume célébra unanimement sa mémoire par de nombreux hommages musicaux. À Paris, le principal service, organisé par François Rebel et François FrancÅ“ur, fut donné en l’Oratoire du Louvre le 27 septembre 1764 et réunit les musiciens de l’Opéra et de la Musique de la cour. On y donna la célèbre Messe des morts de Jean Gilles, retouchée et agrémentée pour la circonstance d’extraits d’œuvres lyriques de Rameau, notamment le chÅ“ur « Que tout gémisse » de Castor & Pollux, adapté en Kyrie, ou l’air de Pollux « Séjour de l’éternelle paix », arrangé pour le Graduel. De nombreuses cérémonies furent organisées en province, notamment à Avignon, Orléans, Marseille, Dijon, Rouen… Peut-être la Messe de Requiem anonyme du fonds Raugel constitue-t-elle un témoin musical de ces très nombreux hommages rendus par tous les musiciens du royaume, qui reconnaissaient en Rameau l’un de leurs plus grands maîtres », conclue Thomas Leconte.

 

 

 

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Requiem Aeternam, d’après Castor et Pollux de Rameau, 1754

Versailles, Chapelle royale
Samedi 11 octobre 2014, 20h
Olivier Schneebeli, direction
Les Pages et les Chantres du CMBV
Les Folies Françoises

Céline Scheen, dessus
Robert Getchell, haute contre
Arnaud Richard, basse taille

 

 

 

Castor et Pollux de Rameau en direct du TCE

mezzo_logoRameauMezzo, direct. Rameau : Castor et Pollux, le 15 octobre 2014, 19h30. Depuis le TCE à Paris, Mezzo diffuse en direct l’opéra tragique de Rameau : Castor et Pollux (1754) dans la mise en scène de Christian Schiaretti (Le Concert Spirituel, Hervé Niquet, direction).  Composé après le choc d’Hippolyte et Aricie de 1733, Castor et Pollux commandé par Louis XV, renouvelle le genre lyrique français par son écriture raffinée, spectaculaire, profonde et tendre. La version de 1754, modifiant celle de la création en 1737, renforce encore les vertus dramatiques et expressives de l’opéra français alors très critiqué au moment de la concurrence du buffa italien et de la Querelle des Bouffons. L’action inspiré par l’idéal des Lumières et la loge maçonnique que fréquente Rameau, suit une tension continue des ténèbres (chœur funèbre d’entrée pleurant le corps mort de Castor, puis sublime prière funèbre de Télaïre : « tristes apprêts, pâles flambeaux, jours plus affreux que les ténèbres…… ») jusqu’à la pleine lumière finale, celle de l’apothéose des jumeaux immortalisés grâce à leur vertu morale par Jupiter.

La nouvelle production de Castor et Pollux au TCE Théâtre des Champs Elysées à Paris bénéficie de la fougue toujours enlevée d’Hervé Niquet. Restent la mise en scène et le plateau vocal qui donneront au spectacle sa couleur finale.

LIRE aussi notre dossier spécial CASTOR et POLLUX de RAMEAU 

Castor et Pollux
Jean-Philippe Rameau

à l’affiche du TCE, Paris, du 13 au 21 octobre 2014

Tragédie lyrique en cinq actes (version de 1754)
Livret de Pierre-Joseph Bernard

Hervé Niquet direction
Christian Schiaretti mise en scène
Florent Siaud  dramaturgie
Andonis Foniadakis  chorégraphie
Rudy Sabounghi  décors
Thibaut Welchlin  costumes
Laurent Castaingt  lumières

John Tessier Castor
Edwin Crossley-Mercer Pollux
Omo Bello Télaïre
Michèle Losier Phœbé
Jean Teitgen Jupiter
Reinoud van Mechelen Mercure, un spartiate, un athlète
Hasnaa Bennani Cléone, une ombre heureuse
Marc Labonnette Un grand prêtre

Le Concert Spirituel
Chœur du Concert Spirituel

Jeudi 9 octobre 2014  19h
Une heure avec… l’équipe artistique du spectacle

Inscription conferences@theatrechampselysees.fr

Rameau : Castor et Pollux en direct de Montpellier

rameau jean_philippeFrance Musique. Rameau : Castor Et Pollux, 1754. Jeudi 24 juillet 2014, 20h. En direct de Montpellier. Créé en 1737, dans le sillon scandaleux (et triomphal d’Hippolyte et Aricie), Castor et Pollux affirme le génie lyrique de Rameau. Le compositeur n’a cessé de réviser ses partitions et Castor connaît une nouvelle version en 1754 : le Prologue est supprimé ; tout le premier acte remanié afin d’exposer plus clairement l’histoire des deux frères. Pollux, roi de Sparte, doit épouser Télaïre qui aime en vérité le frère du souverain, Castor. Pollux décide alors de renoncer à Télaïre pour que son frère l’épouse.  Mais le palais essuie les attaques du roi Lyncée, lequel tue Castor. Pollux décide alors de se sacrifier encore pour chercher son frère aux Enfers et lui permettre de retrouver Télaïre sur terre. Dans la scène des enfers, Rameau renoue avec le souffle infernal de son précédent Hippolyte : langueurs lugubres et maléfiques, terreur désespérée de Télaïre (sublime prière de déploration : “Tristes apprêts, pâles flambeaux…” : le plus bel air de l’opéra français du règne de Louis XV), ardeur virile des guerriers spartiates, sans compter les danses jubilatoires des divertissements par lesquels Rameau en déployant aussi la lyre chorégraphique, sait renouveler le genre tragique ; excellence des recitatifs, ajouts d’ariettes italianisantes… Castor et Pollux reste l’opéra le plus impressionnant du théâtre ramélien.

Montpellier après Aix rend hommage à Rameau pour le 250ème anniversaire de sa mort.

France Musique. Rameau : Castor Et Pollux, 1754. Jeudi 24 juillet 2014, 20h. En direct de Montpellier.  Avec Colin Ainsworth, Castor. Florian Sempey, Pollux. Emmanuelle de Negri, Télaïre. Sabine Devieilhe, Cléone… Pygmalion. Raphaël Pichon, direction.