CD, Ă©vĂ©nement, critique. GrĂ©try : RAOUL Barbe Bleue, 1789, recrĂ©ation – Orkester Nord / Martin WĂ„hlberg (2 cd  -  ApartĂ© nov 2018)

grĂ©try portraitCD, Ă©vĂ©nement, critique. GrĂ©try : RAOUL Barbe Bleue, 1789, recrĂ©ation – Orkester Nord / Martin WĂ„hlberg (2 cd  -  ApartĂ© nov 2018). GrĂ©try, maĂźtre de l’opĂ©ra-comique entre 1770 et 1790, demeure le plus grand gĂ©nie musical et dramatique de l’Ancien RĂ©gime ; dans Raoul, il mĂȘle les genres merveilleux voire terrifiant sur un arriĂšre fond mĂ©diĂ©val dans cette intrigue qui comme La Belle et la BĂȘte est inspirĂ© de Perrault, mais un Perrault comme rationalisĂ© et plus contrastĂ© encore par Sedaine. L’ouvrage n’a rien de « comique », sinon ses dialogues parlĂ©s empruntĂ©s au thĂ©Ăątre (y compris la gouaille bouffe effĂ©minĂ©e, dĂ©lirante d’Osman le serviteur de Raoul qui tempĂšre le tragique horrifiĂ© d’Isaure, Ă©pouse sĂ©questrĂ©e, confrontĂ©e Ă  l’indicible horreur).

 

 

________________________________________________________________________________________________

 

Grétry en NorvÚge


Orkester Nord / Martin WĂ„hlberg
jouent Raoul de 1789 :
Saisissante vitalitĂ© de l’orkester Nord

 

 

 

gretry raoul barbe bleue opera critique classiquenews cd aparte 3149028133691Le gĂ©nie de GrĂ©try s’affirme dans l’intelligence de sĂ©quences dont la situation dramatique lui inspire des tableaux admirablement orchestrĂ©s (le pastoralisme ramĂ©lien de la bergĂšre qui conclut l’acte II, -divertissement des bergers-, aprĂšs que Isaure dans la scĂšne prĂ©cĂ©dente, horrifiĂ©e par ce qu’elle dĂ©couverte – dans le cabinet des tĂȘtes coupĂ©es, ne s’épanche sur l’épaule de Vergy travesti en demoiselle Anne-, et d’Osman surtout qui compatit Ă  sa douleur). L’intensitĂ© expressive rĂ©vĂšle surtout l’imagination exemplaire voire superlative du chef, vrai tempĂ©rament qui caractĂ©rise, sculpte le relief orchestral, apporte la vie, le nerf Ă  une partition qui sur le papier pourrait sonner dĂ©corative et maniĂ©rĂ©e. Rien de tel : Martin WĂ„hlberg apporte une palpitation frĂ©missante Ă  chaque tableau, 
 amorçant loin des chefs français pourtant plus connus en France, et souvent « incontournables » dans ce rĂ©pertoires, une route interprĂ©tative qu’il faut dĂ©sormais suivre.

La verve des instrumentistes est Ă©poustouflante du dĂ©but Ă  la fin. Le chef comprend combien GrĂ©try souffle un vent vivifiant, incessamment renouvelĂ© : la sincĂ©ritĂ© des sentiments, de nouveaux hĂ©ros tirĂ©s de la fable amoureuse ou fantastique (loin des sorciĂšres, dĂ©mons et rois mythologiques et royaux) captivent; cette science exprime la couleur dĂ©jĂ  romantique de l’orchestre (les cors somptueusement mordants annoncent Weber). Le maestro nordique imprimant Ă  la partition une vitalitĂ© Ă©tonnante, – absente en France actuellement parmi les chefs les plus aguerris et pourtant rĂ©guliĂšrement invitĂ©s Ă  « dĂ©fendre » les opĂ©ras de la pĂ©riode rĂ©volutionnaire et postĂ©rieurs (nĂ©oclassiques et prĂ©romantiques). Ce parti pris d’articulation et du nuances expressives permanentes se justifiant par la genĂšse mĂȘme de l’ouvrage, crĂ©Ă© par la troupe des comĂ©diens italiens « ordinaires ». Il y a de fait un plaisir Ă  jouer pour les musiciens et pour certains chanteurs, proche de la Commedia dell’Arte.

Voici le GrĂ©try de la maturitĂ© ; de toute Ă©vidence, vrai, profond – sincĂšre, dĂ©licat et grave Ă  la fois (proche du Requiem d’un certain Mozart). Il est vrai que reprĂ©sentĂ© devant le Roi en mars 1789 et sur le livret de Sedaine, Raoul Barbe Bleue sous son masque de galanterie mĂ©diĂ©vale horrifique a tout d’un drame Ă  multiples entrĂ©es qui contient la trĂšs mature inspiration de GrĂ©try, comme permĂ©able aux Ă©volutions de son temps, l’annĂ©e 1789 restant marquante dans l’histoire française Ă  juste titre.
L’enregistrement rĂ©alisĂ© en NorvĂšge en nov 2018 apporte la preuve que GrĂ©try n’a aucun mal Ă  renouveler sa maniĂšre : Ă  48 ans, – il mourra en 1813, le compositeur maĂźtrise parfaitement tous les rouages et les possibilitĂ©s offerts par le genre opĂ©ra-comique.

 

 

LES CHANTEURS PLUTÔT QUE LES CHANTEUSES
 Parmi les solistes d’une distribution inĂ©gale, regrettons le choix de la soprano française Chantal Santon qui omniprĂ©sente dans le rĂŽle d’Isaure, finit par agacer par son maniĂ©risme expressif en commande automatique ; par ses aigus vibrĂ©s monotones et souvent tendus, avec cerise sur le gĂąteau un français inexistant, constamment inintelligible, en particulier dans son fameux air des bijoux (Acte I, scĂšne 8) oĂč la coquette se rĂ©vĂšle alors, trop faible, cƓur vĂ©nal, permĂ©able Ă  l’or et aux pierreries
 – mais sans la prĂ©sence du texte, l’écoute perd beaucoup de la finesse rĂ©elle de cette sĂ©quence ; mĂȘme dĂ©ception de la part d’EugĂ©nie Lefebvre (bergĂšre lisse et sans relief, elle aussi inintelligible et de surcroĂźt fatiguĂ©e dans le dit divertissement de la fin du II). Dommage. Ici les chanteuses ont perdu tout Ă©clat.

CLIC D'OR macaron 200Par contre saluons la prestance des hommes, tous mieux articulĂ©s et plus nuancĂ©s car il n’oublient jamais le texte
 Mathieu LĂ©croart (sombre Raoul), trĂšs prĂ©sent et vocalement colorĂ© François Rougier (Vergy, l’amoureux dĂ©fenseur de la belle Isaure), comme la verve thĂ©Ăątrale du pĂ©tillant Manuel Nuñez Camelino et son accent hilarant (Osman) ; les deux nobles, frĂšres d’Isaure Enguerrand de Hys et JĂ©rĂŽme Boutillier (Carabi et Carabas). A nouveau, on s’étonne qu’il ne soit pas proposĂ© cette production en France. L’opĂ©ra comique français ressuscite Ă  l’étranger, affirme ses vertus Ă  travers le disque. Une vertu de dĂ©frichement qui accrĂ©dite cette version malgrĂ© les dĂ©ficiences Ă©videntes du plateau. L’orchestre, lui, rend justice au style mozartien et prĂ©offenbachien de GrĂ©try, gĂ©nie de l’opĂ©ra comique.

 
 
 

 
________________________________________________________________________________________________

 

CD, Ă©vĂ©nement, critique. GrĂ©try : RAOUL Barbe Bleue, 1789, recrĂ©ation – Orkester Nord / Martin WĂ„hlberg (2 cd  -  ApartĂ© nov 2018). DurĂ©e totale : 1h27mn  -  Parution le 15 nov 2019.

 

 

 

AndrĂ© E M GrĂ©try (1741 – 1813) : Raoul Barbe Bleue, opĂ©ra-comique en 3 actes, livret de Michel Sedaine – CrĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra-Comique, le 2 mars 1789

Isaure : Chantal Santon-Jeffery
Vergi : François Rougier
Raoul : Matthieu LĂ©croart
Osman : Manuel Nuñez Camelino
Jeanne / Une BergÚre : Eugénie Lefebvre
Jacques : Maine Lafdal-Franc
Le vicomte de Carabi : Enguerrand de Hys
Le marquis de Carabas : JĂ©rĂŽme Boutillier

Orkester Nord – Martin WĂ„hlberg, direction.

 
  

 

COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. LYON, le 24 juin 2019. OFFENBACH : Barbe-Bleue. Orchestre et chƓur de l’opĂ©ra de Lyon, Michele Spotti

offenbach-jacques-concerts-opera-presentation-par-classiquenews-Jacques_Offenbach_by_NadarCOMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. LYON, le 24 juin 2019. OFFENBACH : Barbe-Bleue. Orchestre et chƓur de l’opĂ©ra de Lyon, Michele Spotti. La collaboration entre Laurent Pelly et Offenbach est dĂ©sormais une valeur sĂ»re. Cette production qui clĂŽt la saison lyonnaise, s’inscrit avec bonheur dans le sillon qui a vu les succĂšs de la Belle HĂ©lĂšne ou d’OrphĂ©e aux enfers et de huit autres merveilles du « Petit Mozart des Champs-ElysĂ©es ». Tout est marquĂ© du sceau de l’excellence, de la distribution, aux dĂ©cors, au jeu d’acteurs, et Ă  la musique virevoltante, qui nous permet de dĂ©couvrir une partition trop rarement donnĂ©e.

 

 

 

BARBE-BLEUE désopoilant !

 

opera-classiquenews-barbe-bleue-opera-de-lyon-critique-opera-laurent-pelly-critique-opera-classiquenews

 
Illustration : © Stofleth / Opéra de Lyon 2019

 

 

La scĂ©nographie est d’abord un rĂ©gal pour les yeux. MalgrĂ© une transposition moderne sans outrance, avec des clins d’Ɠil Ă  la presse Ă  scandale et aux Ă©missions de tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ©, l’esprit parodique est parfaitement conservĂ©, qui joue sur l’opposition entre une certaine ruralitĂ© (la chaumiĂšre, le tracteur et le foin, la vie paysanne en gĂ©nĂ©ral, superbement restituĂ©e) et les ors des palais du pouvoir (le faste des festivitĂ©s du dernier acte, avec un couple royal irrĂ©sistible de drĂŽlerie). Le dĂ©calage caustique est constamment prĂ©sent, et pour une fois, les dialogues ont Ă©tĂ© Ă  peine raccourcis et trĂšs peu rĂ©Ă©crits. Le conte horrifique de Perrault sert ici de toile de fond pour une lecture d’une drĂŽlerie constante, magnifiĂ©e par un rythme endiablĂ©, tant musical que scĂ©nique.

Tout y est, du couple de jeunes premiers (le prince Saphir et Fleurette, fille du roi, qui se comptent
 fleurette), la jeune paysanne nymphomane, Boulotte, comparĂ©e Ă  une « Rubens », qui tapera dans l’Ɠil de Barbe-Bleue et l’emmĂšnera dans sa jaguar noire, avant qu’il ne tombe sous le charme de Fleurette et ne prĂ©pare, avec l’aide de son fidĂšle alchimiste Popolani, un plan diabolique, dans le sous-sol macabre de son chĂąteau, pour supprimer Boulotte. Mais ce sera sans compter sur les cinq femmes de Barbe-Bleue qui n’étaient qu’endormies et qui interviendront, dĂ©guisĂ©es en bohĂ©miennes, lors d’un bal mĂ©morable au Palais royal.

MalgrĂ© une forme en demi-teintes, Yann Beuron est magistral dans le rĂŽle-titre, au look de Kim le corĂ©en, nuque rasĂ©e, blouson en cuir et barbe bleutĂ©e. Sa prĂ©sence scĂ©nique, qu’on avait pu dĂ©jĂ  observer avec bonheur la saison derniĂšre dans le Roi Carotte, fait toujours merveille. Et s’il peine parfois dans le registre aigu, sa prestation compense toutes les faiblesses dues Ă  son Ă©tat.
Carl Ghazarossian est un prince Saphir idĂ©al, dont le timbre, bien projetĂ©, a des accents parfois stridents qui lui confĂšrent un cĂŽtĂ© niais non dĂ©nuĂ© de charme ; la Fleurette au timbre fruitĂ© de Jennifer Courcier lui donne habilement la rĂ©plique. Dans le rĂŽle exigeant de Boulotte, la mezzo trĂšs en verve d’HĂ©loĂŻse Mas Ă©merveille par la puissance de son timbre et son jeu de scĂšne sans temps mort ; dĂšs son air d’entrĂ©e (« Y’ a des bergĂšr’s dans le village ») elle donne parfaitement le ton. Le Popolani de Christophe Gay mĂ©rite Ă©galement tous les Ă©loges, et dans la voix, comme dans son jeu, on devine la duplicitĂ© de ce serviteur de l’ogre, grĂące Ă  qui les femmes de Barbe-Bleue auront la vie sauve. Le couple royal est superbement agencĂ©, le Roi BobĂšche a les traits goguenards et ridicules de Christophe Mortagne, couronne de travers et dĂ©marche dĂ©gingandĂ©e, voix flĂ»tĂ©e dĂ©licieusement surannĂ©e, qui trouve en Aline Martin une Reine ClĂ©mentine non moins irrĂ©sistible, dont l’apparent maintien altier ne trompe personne et fait en revanche rire toute l’assistance. Dans les rĂŽles plus marginaux du comte Oscar et d’Alvarez, Thibault de Damas et Dominique Beneforti tirent parfaitement leur Ă©pingle du jeu, de mĂȘme que les cinq femmes de Barbe-Bleue (superbe apparition dans leur couche lors du dernier tableau du IIe acte).
Il faut enfin rendre hommage Ă  la direction Ă  la fois prĂ©cise et souple du jeune chef italien Michele Spotti, qui met magnifiquement en valeur les subtilitĂ©s de la musique d’Offenbach (superbes prĂ©ludes du 2e acte, avec ses miaulements caractĂ©ristiques, ainsi que du 3e acte avec ses leitmotive entĂȘtants). Les forces et les chƓurs de l’OpĂ©ra de Lyon sont une fois de plus excellents ; on ne pouvait dĂ©cidĂ©ment faire un meilleur choix pour fĂȘter le bicentenaire du compositeur.

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. LYON, OpĂ©ra de Lyon, le 24 juin 2019. OFFENBACH : Barbe-Bleue. Yann Beuron (Barbe-Bleue), Carl Ghazarossian (Prince Saphir), Jennifer Courcier (Fleurette), HĂ©loĂŻse Mas (Boulotte), Christophe Gay (Popolani), Thibault de Damas (Comte Oscar), Christophe Mortagne (Roi BobĂšche), Aline Martin (Reine ClĂ©mentine), Dominique Beneforti (Alvarez), Sharona Aplebaum  (HĂ©loĂŻse), Marie-Eve Gouin (ElĂ©onore), Alexandra GuĂ©rinot (Isaure), Pascale Obrecht (Rosalinde), Sabine Hwang-chorier (Blanche), Laurent Pelly (Mise en scĂšne et costumes), Agathe MĂ©linand (Adaptation des dialogues), Chantal Thomas (DĂ©cors), JoĂ«l Adam (LumiĂšres), Jean-Jacques Delmotte (Collaboration aux costumes), Christian RĂ€th (Collaboration Ă  la mise en scĂšne), Karine Locatelli (Cheffe des chƓurs), Orchestre et chƓur de l’OpĂ©ra de Lyon, Michele Spotti (direction).

 

 

 

COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE, Capitole, le 7 avril 2019. DUKAS :  Ariane et Barbe Bleue. Koch, Le Texier / ROPHE.

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE, ThĂ©Ăątre du Capitole, le 7 avril 2019. P. DUKAS.  Ariane et Barbe Bleue. S. PODA . S. Koch. V. Le Texier. J. Baechle. Orchestre et ChƓur du ThĂ©Ăątre du Capitole. P. ROPHE, direction. Une trĂšs impressionnante production du seul opĂ©ra de Paul Dukas au Capitole : Une parfaite rĂ©ussite. Pour son entrĂ©e au rĂ©pertoire, la production de Stefano Poda qui gĂšre tout le visuel, mise en scĂšne, dĂ©cors, costumes et lumiĂšres est admirable d’intelligence. A nouveau le directeur de la maison, Christophe Ghristi, semble avoir su trouver cette parfaite alchimie entre scĂšne et voix qui magnifie l’opĂ©ra. La scĂ©nographie est riche et complexe Ă  la hauteur de la partition de Dukas. Tout est blanc sur scĂšne dans une harmonie pleine de sous entendus, symboles de la recherche d’ absolu d’Ariane.

 
 
 

Labyrinthe saisissant

PARFAITE ARIANE AU CAPITOLE

 
 
 

dukas-arianne-barbe-bleue-koch-capitole-toulouse-critique-opera-critique-concert-festival-actualites-infos-musique-classique-news-classiquenews-critique-opera

 
 
 

Les lumiĂšres dessinent donc le noir et le gris. Une certaine lassitude est Ă©vitĂ©e de justesse car la richesse du symbole est constamment renouvelĂ©e. Les costumes sont superbes et les dĂ©cors enthousiasmants : un immense mur de corps entassĂ©s au fond et un grand labyrinthe qui descend des cintres, crĂ©ent un huis clos Ă©prouvant. Et des jeux entre les femmes de Barbe Bleu trĂšs intĂ©ressants, reprennent le fameux labyrinthe d’Ariane, symbole si riche. L’impossibilitĂ© pour Ariane de libĂ©rer ses “sƓurs” dĂ©montre que la libertĂ© ne peut jamais s’offrir mais uniquement se mĂ©riter par le courage de sa volontĂ©.  Ainsi les cinq femmes de Barbe Bleue se rĂ©signent au malheur connu y trouvant des facilitĂ©s (les pierres prĂ©cieuses) n’osant pas suivre Ariane sur le chemin de la libertĂ© avec ce que cela comporte d’imprĂ©vus, prĂ©fĂ©rant faire confiance Ă  l’hypothĂ©tique repentir de Barbe Bleue.
Le jeux est trĂšs convainquant avec des danseuses ne faisant pas redondance, mais dĂ©veloppant corporellement chaque personnage avec talent. C’est Ă©videmment le jeu subtil de l’actrice Dominique Sanda en Alladine  (rĂŽle muet) qui est le plus Ă©loquent mais chaque cantatrice est convaincante.

Ce sont la beautĂ© des voix et la splendeur de l’orchestre  qui magnifient parfaitement  la somptueuse partition de Paul Dukas. Sophie Koch conserve sa splendeur de timbre sur toute la tessiture, sa projection est impressionnante et sa diction la plus comprĂ©hensible qui soit. Son incarnation d’une Ariane volontaire et inflexible, mais avec amour, restera inoubliable. Le Barbe Bleue de Vincent Le Texier est sobre et efficace. Un rĂŽle important est dĂ©volu Ă  la nourrice et Janina Baechle sait avec une grande intelligence se servir de sa large voix pour donner beaucoup d’humanitĂ© Ă  celle qui accompagne Ariane dans sa quĂȘte jusqu’au bout de sa propre peur. La proximitĂ© des deux voix en terme de couleurs profondes permet un jeu de miroir trĂšs rĂ©ussi.
Les cinq premiĂšres femmes de Barbe Bleue apportent plus de lumiĂšres dans les timbres. Ainsi particuliĂšrement Andrea Soare en MĂ©lisande et Marie-Laure Garnier en Ygraine. Mais il faut toutes les citer tant l’accord des voix est rĂ©ussi :  Eva ZaĂŻcik en  SĂ©lysette  et Erminie Blondel en BellangĂšre.

 
 
 

toulouse-capitole-arianne-barbe-bleue-opera-critique-opera-critique-concerts-festivals-concerts-critique-classiquenews-musique-classique-classiquenews-opera-critique-information-musique-classique-opera

 
 
 

L’Orchestre du Capitole est sensationnel, tous les musiciens sont virtuoses et intensĂ©ment engagĂ©s dans un jeu parfait.  La direction de Pascal RophĂ© est limpide et sĂ»re ce qui est bienvenu dans une partition aussi complexe. Paul Dukas y fait une extraordinaire recherche de lumiĂšre pour accompagner  son hĂ©roĂŻne, partant  d’une texture parfois complexe et Ă©paisse.  Voici donc une trĂšs belle version du seul opĂ©ra, vĂ©ritable chef d’oeuvre inclassable, de Paul Dukas.  Elle  a Ă©tĂ© offerte au public du Capitole par une Ă©quipe de haut vol.  France Musique a posĂ© ses micros et Culture Box ses camĂ©ras pour immortaliser cet opĂ©ra si rare qui sera diffusĂ© les 14 avril et 5 mai 2019.

 
 
   
 
 

________________________________________________________________________________________________

Compte-rendu OpĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole. Le 7 avril 2019. Paul Dukas (1865-1935) : Ariane et Barbe Bleue, OpĂ©ra en trois actes. Livret de Maurice Maeterlinck. CrĂ©ation le 10 mai 1907 Ă  l’OpĂ©ra-Comique.  Nouvelle production. Stefano Poda, mise en scĂšne, dĂ©cors, costumes et lumiĂšres. Sophie Koch : Ariane. Vincent Le Texier : Barbe-Bleue. Janina Baechle : La Nourrice. Eva ZaĂŻcik  : SĂ©lysette. Marie-Laure Garnier : Ygraine. Andreea Soare : MĂ©lisande. Erminie Blondel : BellangĂšre.  Dominique Sanda : Alladine. Orchestre national du Capitole et ChƓur du Capitole, Alfonso Caiani : chef de chƓur. Pascal RophĂ© : direction musicale. Illustrations : © Cosimo Mirco Magliocca / Capitole de Toulouse 2019.

 
 
   
 
 

Comte rendu opéra. Marseille. Odéon, théùtre municipal, le 18 janvier 2015. Offenbach : Barbe-Bleue, 1866.

offenbachIl Ă©tait une fois l’opĂ©rette et ce diminutif par rapport Ă  la grandeur ou grandiloquence de l’opĂ©ra semble l’avoir relĂ©guĂ©e Ă  la balayette et remisĂ©e au rebut au rabais des plaisirs un peu honteux oĂč ne surnagent que quelques titres qu’on ose arborer sans rougir. Et pourtant, il y a un public, bon enfant et grand enfant, qui redĂ©couvre, avec bonheur, le plaisir un peu dĂ©suet de jolis dĂ©cors en carton-pĂąte et toiles peintes (Nicolas GĂ©las), de beaux costumes d’époque (Maison Grout), le charme efficace d’une mise en scĂšne espiĂšgle, enjouĂ©e et bien rĂ©glĂ©e dans les danses (Jean-Jacques Chazalet)  : bref, l’enchantement naĂŻf et Ă©merveillĂ© des contes de notre enfance. Notre OpĂ©ra a donc bien fait de rendre sa dignitĂ© parallĂšle Ă  l’OdĂ©on de l’opĂ©rette. Et d’exhumer ce Barbe-Bleue tirĂ© de Perrault mais tirĂ©, sinon par les cheveux, par sa pilositĂ© abondante vers les sommets du burlesque qui dĂ©coiffe sans raser.

Pas barbant 

On n’y songe pas forcĂ©ment en se rasant tous les jours, ou plutĂŽt en ne se rasant pas selon la rasante mode actuelle qui transforme les jeunes gens en visages pĂąles ou sales —ce qu’on ne dira pas de notre barbu Ă  barbe aile de corbeau nette et proprette, Marc Larcher, qui incarne ici au poil, poilant, un dĂ©sop(o)ilant Barbe-Bleue— mais Ă©couter Offenbach, c’est de la dope d’optimisme et, le voir, dans cette production, c’est une dose de vitamines qui devrait ĂȘtre remboursĂ©e par la SĂ©cu. Et par ces sombres et tristes temps, personne ne dira que nous n’en avions pas besoin : Offenbach et ses fameux complices  Meilhac et HalĂ©vy, aprĂšs OrphĂ©e aux Enfers (1858), La Belle HĂ©lĂšne (1864), et la mĂȘme annĂ©e que La Vie parisienne (1866) ce Barbe-Bleue, par leur caricature des idoles d’une sociĂ©tĂ© dĂ©jĂ  hĂ©doniste, Ă©goĂŻste, de consommation et consumation bourgeoises, sont des dessinateurs verbaux et musicaux : les Charlie hebdo de leur temps.
Certes, nous avons perdu des codes, des clĂ©s de leurs pamphlets, trop ancrĂ©s dans leur temps, mais ce qui nous reste culturellement, parodies de l’opĂ©ra italien et ses cadences interminables vocalisĂ©es, un quatrain dĂ©tournĂ© de Robert le Diable de Meyerbeer, les citations de «Il pleut, il pleut bergĂšre », (agrĂ©mentĂ© ici d’une Carmen anticipĂ©e), de fables de La Fontaine, font tout fait sens, et nonsense comme diraient les British. Sans vendre la mĂšche, il n’est pas impossible de voir dans les scĂšnes de mĂ©nage entre le roi BobĂšche emperruquĂ© (Ă©bouriffant, dĂ©coiffant, hilarant Jacques Lemaire) et sa guĂšre clĂ©mente ClĂ©mentine de femme (truculente et succulente Christine Bonnard), la mĂ©sentente cachĂ©e du couple impĂ©rial, par plaisante inversion —sinon sexuelle, de sexe— ici, elle infidĂšle, contrairement Ă  EugĂ©nie, puritaine et glaciale, tandis que NapolĂ©on III, Ă  l’inverse, avait un appĂ©tit sexuel bien connu, priape impĂ©rieux plus qu’impĂ©rial Ă  la moindre vue d’un jupon, Ă  la vue de tous, de toute la cour, difficile Ă  dissimuler sous l’étroite culotte (on ne portait pas de pantalons plus discrets), ce qui lui valut nombre de sobriquets sexuels.
VoracitĂ© et fĂ©rocitĂ© ici prĂȘtĂ©e Ă  Barbe-Bleue, dont on dĂ©couvre, qu’en fait, il n’épouse et tue ses femmes que pour trouver celle qui lui permettra enfin d’éveiller ou rĂ©veiller une virilitĂ© dĂ©faillante. Et il est bien plaisant, par inversion aussi, de voir et d’entendre le tĂ©nor Marc Larcher, au timbre mĂąle et aux aigus triomphants de jeune coq, allure d’hidalgo donjuanesque, qui chante pratiquement sans arrĂȘt, joue et danse les angoisses de l’épouseur Ă  toutes mains, auquel il manque la troisiĂšme main, disons le membre essentiel de la sĂ©duction. On comprend aussi le sursaut de virilitĂ© qui le secoue Ă  la vue de la Boulotte dĂ©lurĂ©e incarnĂ©e en belle et bonne chair par la pulpeuse sinon palpable Emmanuelle Zoldan, beautĂ© du diable sans ce magnifique grand regard angĂ©lique de douceur, velours d’une voix de mezzo chaude et facile, dont le charme souriant rappelle l’actrice hollywoodienne Yvonne de Carlo plus que le « Rubens » rebondi du texte : un couple de rĂȘve. En inversion (dĂ©cidĂ©ment encore !) de voix grave/aiguĂ«, le couple parallĂšle soprano/baryton de Caroline GĂ©a, fraĂźche Fleurette et acide et perfide Hermia, avec Bertrand di Bettino, vrai prince charmant. Mention aussi pour Perrine Cabassud pour l’élĂ©ment fĂ©minin de charme avec ces beautĂ©s sorties du placard, du rancart, poulettes mises au chaud du bordel ou du poulailler par l’inĂ©narrable coq en pĂąte Popolani de Dominique Desmons, alchimiste, cabaliste, empoisonneur irrĂ©sistible de drĂŽlerie, digne des films muets. Antoine Bonelli est un Chambellan dĂ©passĂ© par cette cour tournant Ă  la basse-cour de la jacasserie de pĂ©taudiĂšre. Et parmi les quatre grands aĂźnĂ©s de cette troupe juvĂ©nile, comment oublier, en Comte Oscar, faux exĂ©cuteur des basses Ɠuvres du Roi jaloux de sa femme, la belle et sombre voix de Jean-Marie Delpas, aussi bon acteur que chanteur ?
Les jeux de mots traditionnels dans ce type d’ouvrage sont bien venus (« je m’aigris /maigris » ce classique pas « coupable » rĂ©pondu par le condamnĂ© Ă  la dĂ©capitation auquel le bourreau rĂ©torque cyniquement : « On verra, ça Ă  tĂȘte reposĂ©e. »
L’orchestre, dirigĂ© par Jean-pierre Burtin, faute sans doute de rĂ©pĂ©titions suffisantes, Ă©chappe un peu Ă  son contrĂŽle, notamment au dĂ©but du III. Mais rien ne gĂąche notre plaisir : par les temps qui courent, Offenbach fait cure.

Offenbach : Barbe-Bleue Ă  l’OdĂ©on de Marseille
Opéra-bouffe en trois actes et quatre tableaux
Musique : Jacques Offenbach,
Livret d’Henri Meilhac et Ludovic HalĂ©vy
Marseille, Odéon, théùtre municipal
A l’affiche, les 17 et 18 janvier 2015.

Orchestre du ThĂ©Ăątre de l’OdĂ©on, ChƓur phocĂ©en (chef RĂ©my Littolff).
Direction musicale : Jean-Pierre Burtin
Mise en scÚne : Jean-Jacques Chazalet ; décors : Nicolas Gélas ; costumes : Maison Grout.

Distribution :
Emmanuelle Zoldan, Caroline Géa, Christine Bonnard, Perrine Cabassud, Marc Larcher, Jacques Lemaire, Dominique Desmons, Jean-Marie Delpas, Bertrand Di Bettino, Antoine Bonelli.

Le ChĂąteau de Barbe-Bleue de Bartok Ă  Anvers

bartokAnvers, Vlamsopera. Bartok: Barbe-Bleue. 30 avril>10 mai 2014. L’OpĂ©ra des Flandres Ă  Anvers (Vlaams opĂ©ra) prĂ©sente une nouvelle production qui met en regard deux oeuvres vocales, prenantes et saisissantes par l’éloquence de la solitude qui s’y dĂ©ploie : Le ChĂąteau de Barbe-Bleue de Bela Bartok  et Voyage d’hiver  de Schubert.  Dans le premier ouvrage, un couple se perd en conjectures, atteignant les ultimes confins de la communication et de la comprĂ©hension mutuelle : Ă  force de vouloir connaĂźtre le passĂ© de son Ă©poux (en ouvrant symboliquement chacune de sports de son chĂąteau
), Judith ne prend-t-elle pas le risque de perdre tout avenir pour son mariage Ă  construire et Ă  vivre ? Ce qui est en jeu en dĂ©finitive c’est le renoncement au passĂ© et la promesse d’un avenir futur fondĂ© sur la confiance
 Les deux ĂȘtres rĂ©unis en sont-ils chacun capables ? La puissante intensitĂ© de l’écriture orchestrale exprime les tensions et les doutes des deux Ăąmes qui tout peut dĂ©chirer comme fusionner pour l’éternitĂ©. Ici se joue le destin d’un couple touchant par ses questionnements, bouleversant par sa fragilitĂ©.

Dans Le Voyage d’hiver de Schubert, c’est Ă  voce cola, le chant d’un amoureux errant, voyageur solitaire, tentant d’assumer l’échec de sa vie sentimentale en un dĂ©sert lugubre et gris
 Au cours de son pĂ©riple musical, le voyageur se rapproche-t-il de la mort ou d’une dĂ©livrance prĂ©sumĂ©e ?

Sur la scĂšne du Vlaamse opĂ©ra, le metteur en scĂšne hongrois KornĂ©l MundruczĂł, actif au thĂ©Ăątre et au cinĂ©ma, ose rĂ©aliser l’union improbables parfois de deux univers afin d’en proposer un ensemble scĂ©nique cohĂ©rent. Pari rĂ©ussi ?

Anvers, Vlaamsopera
Les 30 avril, 2,4,6,8,10 mai 2014

Direction musicale : Martyn Brabbins
Réalisateur : Kornél Mundruczó
Barbe-Bleue : Stefan Kocan
Judith : Asmik Grigorian
Zanger Winterreise: Toby Girling
Piano Winterreise: Severin von Eckardstein / Jef Smits

Lire aussi notre dossier spécial Le Chùteau de Barbe-Bleue de Bela Bartok (1918)

Compte rendu, opéra. Nancy. Opéra National de Lorraine, le 20 février 2014. Jacques Offenbach : Barbe-Bleue. Avi Klemberg, Anaïk Morel, Norma Nahoun, Pascal Charbonneau, Lionel Lhote, Julien VéronÚse. Jonathan Schiffman, direction musicale. Waut Koeken, mise en scÚne.

En coproduction avec Angers Nantes OpĂ©ra et l’OpĂ©ra de Rennes, l’OpĂ©ra de Nancy accueille en ses murs la production, crĂ©Ă©e Ă  Maastricht en 2012, du rare Barbe-Bleue de Jacques Offenbach dans une scĂ©nographie de Waut Koeken, dont on a pu admirer la mĂ©morable Princesse de TrĂ©bizonde du mĂȘme Offenbach Ă  Saint-Etienne la saison passĂ©e.
Le metteur en scĂšne belge imagine, pour conter les sinistres mais drolatiques aventures du sire de Barbe-Bleue, un dĂ©cor bariolĂ©, aux couleurs vives, fait de meubles dĂ©mesurĂ©s : la soirĂ©e dĂ©bute dans un lit gigantesque, l’action de poursuit sur les coussins d’un canapĂ© immense, et s’achĂšve sur une table gĂ©ante et sa nappe en Vichy, Ă  cĂŽtĂ© de laquelle trĂŽne une machine Ă  laver
 qui abrite les prĂ©cĂ©dentes Ă©pouses prĂ©tendument occises du terrible maĂźtre des lieux.
Les dialogues ont Ă©tĂ© largement rĂ©Ă©cris, faisant la part belle Ă  l’actualitĂ©, prolixe en jeux de mots et autres calembours, mais n’évitant malheureusement parfois ni une vulgaritĂ© bien inutile – dĂ©notant alors trop nettement avec ce qui reste du texte parlĂ© original – ni une surenchĂšre Ă  la longue fatigante, mĂȘme si on rit le plus souvent de bon cƓur.

 

 

La vie en bleu

 

NANCY : Opera, Pre Generale Barbe BleueEn outre – mais ici c’est l’Ɠuvre elle-mĂȘme qui avoue ses faiblesses –, le tourbillon initiĂ© au premier acte s’émousse par la suite, comme peinant Ă  se renouveler au fil de l’intrigue. Il faut donc toute la folie de la direction d’acteurs et des artistes Ă©voluant sur le plateau pour maintenir l’attention toute la soirĂ©e durant. Pour servir ce drame dĂ©jantĂ©, l’OpĂ©ra National de Lorraine a mis les petits plats dans les grands pour rĂ©unir une distribution de haut vol.
Aux cĂŽtĂ©s du couple royal formĂ© par la ClĂ©mentine aussi hystĂ©rique que percutante de Sophie Angebault et le Roi BobĂšche irrĂ©sistiblement tyrannique d’Antoine Normand, le Comte Oscar trĂšs bien chantant de Julien VĂ©ronĂšse forme un duo Ă©patant avec le Popolani luxueux de Lionel Lhote, aux aigus triomphants et visiblement trĂšs investi dans son rĂŽle de savant fou.
La Fleurette de Norma Nahoun, aussi fraiche et piquante que son Hermia se révÚle capricieuse et délurée, fait jeu égal avec la tendre élégance, tant vocale que scénique, du Saphir de Pascal Charbonneau.
Boulotte trĂšs attachante, AnaĂŻk Morel prend un malin plaisir Ă  couler son riche mezzo dans ce personnage Ă  la rusticitĂ© franche et directe, et c’est un bonheur de la voir croquer ce petit bout de femme qui ne laisse pas marcher sur les sabots.
Elle s’oppose joliment au Barbe-Bleue plutĂŽt sombre incarnĂ© par Avi Klemberg. Le tĂ©nor français donne ainsi du rĂŽle-titre une image moins dĂ©lurĂ©e qu’on pouvait s’y attendre, presque austĂšre par instants, davantage sĂ©ducteur dangereux que coureur de jupons frĂ©nĂ©tique et insatiable. Le chanteur assure crĂąnement les notes de sa partie, mais la voix semble parfois manquer de projection, comme retenue au lieu d’ĂȘtre libĂ©rĂ©e.
Mention spĂ©ciale pour le Narrateur de Jean-Marc Bihour, vĂ©ritable commentateur de l’Ɠuvre et de ses rebondissements. OmniprĂ©sent jusque dans la tĂ©lĂ©vision royale et dans le four Ă  micro-ondes de Popolani, le comĂ©dien se fait chansonnier, Ă©gratignant la classe politique en rimant des vers.
FidĂšle Ă  son habitude, le chƓur maison dĂ©montre une fois de plus son professionnalisme, tandis que l’Orchestre Symphonique et Lyrique de Nancy rend pleinement justice Ă  cette musique, faisant miroiter les harmonies et les lignes instrumentales. A leur tĂȘte, le chef amĂ©ricain Jonathan Schiffman prend cette partition trĂšs au sĂ©rieux, presque trop, pouvant s’autoriser davantage de fantaisie et de malice pour que le bonheur soit complet.
Le public n’a pas boudĂ© son plaisir devant tant de franche gaietĂ©, et c’est un beau succĂšs qui a accueilli cette production, qu’on reverra bientĂŽt sur d’autres scĂšnes françaises.

Nancy. OpĂ©ra National de Lorraine, 20 fĂ©vrier 2014. Jacques Offenbach : Barbe-Bleue. Livret de Henri Meilhac Ludovic HalĂ©vy. Avec Le Narrateur : Jean-Marc Bihour ; Barbe-Bleue : Avi Klemberg ; Boulotte : AnaĂŻk Morel ; Fleurette / Hermia : Norma Nahoun ; Le Prince Saphir : Pascal Charbonneau ; Popolani : Lionel Lhote ; Le Comte Oscar : Julien VĂ©ronĂšse ; Le Roi BobĂšche : Antoine Normand ; La Reine ClĂ©mentine : Sophie Angebault ; HĂ©loĂŻse : Elena Le Fur ; Rosalinde : Patricia Garnier ; Isaure : Julie Stancer ; Blanche : Soon Cheon Yu ; ElĂ©anore : Inna Jeskova. ChƓur de l’OpĂ©ra National de Lorraine. Orchestre Symphonique et Lyrique de Nancy. Jonathan Schiffman, direction musicale. Mise en scĂšne : Waut Koeken ; DĂ©cors et costumes : Yannik LarivĂ©e ; LumiĂšres : Glen D’haenens ; ChorĂ©graphie : Ela Baumann et Joshua Monten.

 

Compte rendu, opéra. Bordeaux. Opéra National de Bordeaux, le 16 février 2014. Belå Bartók : Le Chùteau de Barbe-Bleue. Paul Gay, Christine Rice. Orchestre National Bordeaux Aquitaine. Julia Jones, direction. Juliette Deschamps, mise en scÚne.

Voici un BartĂłk puissant et spectaculaire Ă  l’OpĂ©ra National de Bordeaux avec la nouvelle production du ChĂąteau de Barbe-Bleue ! Au couple des solistes Paul Gay et Christine Rice s’associe l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine, collectif prodigieux sous la direction de Julia Jones et dans une mise en scĂšne de Juliette Deschamps.

Les pulsations salvatrices de la musique

Le seul opĂ©ra du compositeur hongrois BelĂĄ BartĂłk (1881 – 1945) est aussi le premier opĂ©ra en langue hongroise dans l’histoire de la musique. Le livret de BĂ©la BalĂĄzs est inspirĂ© du conte de Charles Perrault « La Barbe Bleue » paru dans Les Contes de Ma MĂšre l’Oye. L’Ɠuvre est Ă  la fois symboliste et expressionniste. Ici sont mis en musique Barbe-Bleue et Judith, sa nouvelle Ă©pouse, pour une durĂ©e approximative d’une heure. Ils viennent d’arriver au ChĂąteau de Barbe-Bleue et Judith dĂ©sire ouvrir toutes les portes du chĂąteau pour faire entrer la lumiĂšre. Le duc cĂšde par amour mais contre son grĂ©; la septiĂšme porte reste interdite mais Judith oblige Barbe-Bleue Ă  la lui ouvrir ; elle y dĂ©couvre ses femmes disparues encore en vie. Riche en strates, l’opĂ©ra se prĂȘte Ă  plusieurs lectures, la musique trĂšs dramatique toujours accompagne, augmente, colore et sublime la prosodie expressive du chant.

barbe bleue de bartok Ă  bordeauxJuliette Deschamps opte pour la modestie. Dans sa mise en scĂšne, trĂŽne un grand escalier au milieu du dĂ©cor unique ; les personnages dĂ©forment la rĂ©alitĂ© pour inspirer des rĂ©actions Ă©motionnelles au public. Le duc Barbe-Bleue se voit contraint de tripoter et violenter Judith quand ils rentrent aux jardins parfumĂ©s par la 4Ăšme porte ; du sang bleu pĂ©tillant coule du ventre de Judith quand elle regarde les eaux paisibles dans la 6e, des paillettes tombant du ciel dans la derniĂšre. Au symbole prĂ©visible, s’ajoute un expressionnisme incongru et facile. Les chanteurs/acteurs honorent l’ouvrage avec tous leurs talents et dans les limites du possible. Paul Gay annoncĂ© souffrant dĂ©cide de se prĂ©senter quand mĂȘme; ses possibilitĂ©s respiratoires sont clairement affectĂ©es, mais il fait un excellent travail. Son chant est un arioso expressif, fortement touchant. Sa fragilitĂ© physique rend le personnage davantage humain et complexe. Christine Rice au chant d’une grande intensitĂ©, est dramatiquement Compte-rendu, opĂ©ra. Saint-Etienne, le 16 fĂ©v 2014.Saint-SaĂ«ns: Les Barbares. Laurent Campellone, direction musicale. La direction musicale de Julia Jones est sans doute le point fort du spectacle. Les musiciens de la maison bordelaise maĂźtrisent les couleurs et le rythme singulier de la partition avec une grande aisance. Julia Jones exploite les timbres inouĂŻs d’un opĂ©ra miroitant entre merveilleux et fantastique. La puissance Ă©vocatrice de l’ensemble est immense. DĂšs la premiĂšre porte, le groupe des vents se distingue. La deuxiĂšme voit la harpe et le cor dialoguer de façon surprenante, planant au-dessus de la voix grave de Paul Gay. La performance musicale est d’une telle qualitĂ© que nous acceptons (presque) de voir Barbe-Bleue tuer Judith Ă  la fin et de lui retirer l’anneau… comme la fosse enivrante nous fait oublier tous les nombreux contresens de la mise en scĂšne.

Compte rendu, opéra. Bordeaux. Opéra National de Bordeaux, le 16 février 2014. Belå Bartók : Le Chùteau de Barbe-Bleue. Paul Gay, Christine Rice. Orchestre National Bordeaux Aquitaine. Julia Jones, direction. Juliette Deschamps, mise en scÚne.

DVD. Dukas : Ariane et Barbe-Bleue (DenĂšve, 2011). Opus Arte

DVD. Dukas : Ariane et Barbe-Bleue (DenĂšve, 2011). Opus Arte

DUKAS_charbonnet_Deneve_DVD_Opus_ARTEBarcelone, juin 2011 : le Liceu accueille la production crĂ©Ă©e en 2005 Ă  Zurich, essentiellement fermĂ©e, en un espace sans guĂšre de porte de secours, oĂč chaque encadrement menace. D’ailleurs, Claus Guth refuse toute Ă©chappĂ©e, y compris l’allusion Ă  l’aube printaniĂšre au II comme Ă  l’irrĂ©sistible empire de la lumiĂšre dans l’antre d’un tyran geĂŽlier, collectionneur de belles femmes (ici richement parĂ©es et habillĂ©es, telles qu’elles paraissent tout au long du I). Le regard se veut aussi pathologique, inventant pour les recluses, toute une sĂ©rie de convulsions nerveuses, dignes d’aliĂ©nĂ©es piĂ©gĂ©es dans un asile psychiatrique. Mais la conception est moderne et affecte sans guĂšre de poĂ©sie (au mĂ©pris de l’esthĂ©tique surnaturelle et angoissĂ©e de Maeterlinck), la stricte froideur d’un pavillon petitbourgeois d’un rĂ©alisme glaçant.
Prometteuse sur le papier, la distribution rĂ©vĂšle ses limites : emblĂ©matique de tous les chanteurs, Jeanne-MichĂšle Charbonnet malgrĂ© une Ă©vidente prĂ©sence dramatique (et linguistique, car est elle parfaitement intelligible), paraĂźt souvent Ă  cĂŽtĂ© du personnage Ă  cause de ses aigus vibrĂ©s incontrĂŽlĂ©s : un dĂ©faut d’Ă©clat pour une hĂ©roĂŻne libĂ©ratrice, habitĂ©e par l’esprit de la rĂ©volte et de l’Ă©mancipation. Une fĂ©ministe ardente et argumentĂ©e mĂȘme. Et JosĂ© Van Dam qui a l’Ă©paisseur Ă©motionnelle du rĂŽle titre (Barbe-Bleue), diffuse un chant Ă  peine audible, brumeux, sans le mordant et le trouble vocal requis.

DenĂšve Dukasien : le chant de l’orchestre

Reste la superbe direction du roussĂ©lien StĂ©phane DenĂšve, l’enfant du Nord (nĂ© Ă  Tourcoing et ex assistant de Ozawa ou Solti) : un travail d’orfĂšvre qui lui, rend justice au chef d’oeuvre de Dukas. Le compositeur traversĂ© par une inspiration sidĂ©rante vient de terminer la partition de L’Apprenti sorcier (1897). Raffinement d’une orchestration française pour une partition orchestrale fleuve, Ă  la fois straussienne et wagnĂ©rienne oĂč l’on retrouve toute l’imagination mĂ©lodique du Prix de Rome, dĂ©jĂ  superbement gĂ©nial avec sa cantate rĂ©cemment rĂ©vĂ©lĂ©e ” VĂ©lleda “: le scintillement d’une instrumentation Ă  la fois onirique et tragique s’y distinguait avec brio. Toutes qualitĂ©s dĂ©veloppĂ©es ensuite dans Ariane, longue pĂ©ripĂ©tie d’Ă©critures incertaines et perfectionnistes – inaugurĂ©e dĂšs 1905-, qui accouche du sommet lyrique en… 1907 (crĂ©ation Ă  la Salle Favart) : opĂ©ra de femmes oĂč se dĂ©tachent aussi les voix enchaĂźnĂ©es consentantes de SĂ©lysette, Ygraine, et aussi MĂ©lisande, BellangĂšre et Alladine, Ariane Ă©tire son Ă©toffe somptueuse dont le cheminement symphonique se met dĂ©jĂ  comme PellĂ©as de Debussy (1902), au diapason des sentiments tĂ©nus les moins perceptibles. A StĂ©phane DenĂšve revient le mĂ©rite d’expliciter le dĂ©voilement de la psychĂ©, c’est Ă  dire de suivre le labyrinthe poĂ©tique du livret inspirĂ© par l’Ariane de… Maeterlinck (1899), venu Ă  l’opĂ©ra grĂące Ă  sa relation avec la soprano Georgette Leblanc.

Paul Dukas : Ariane et Barbe-Bleue. Jeanne-MichĂšle Charbonnet (Ariane), Patricia Bardon (la Nourrice), JosĂ© Van Dam (Barbe-Bleue), Beatriz Jimenez (Ygraine), Elena Copons (MĂ©lisande), SalomĂ© Haller (BellangĂšre), Gemma Coma-Amabart (SĂ©lysette), ChƓur et Orchestre du Liceu de Barcelone, StĂ©phane DenĂšve. 1 DVD Opus Arte OA1098. EnregistrĂ© au Liceu de Barcelone en juin 2011.