Compte rendu, Festivals. Festival « Bonjour Frankreich », Potsdam, les 16, 17, 18 juin 2016.

Compte rendu, Festivals. Festival « Bonjour Frankreich », Potsdam, les 16, 17, 18 juin 2016. En écho aux relations étroites nouées par la Prusse de Frédéric II avec la France de Voltaire, le Festival de Potsdam a consacré fort judicieusement sa thématique annuelle à la musique française, moins goûtée que la musique italienne par les Allemands qui ne juraient que par l’opéra séria des Italiens. Porter à la connaissance du public germanophone le répertoire Renaissance des chansons madrigalesques, les airs populaires des régions de France et de la Nouvelle-France, avant de lui offrir la quintessence du génie lullyste, permettait aussi de rappeler que ce répertoire n’était pas totalement étranger à la culture allemande, quand on songe notamment à l’influence qu’elle a pu avoir sur le répertoire lyrique hambourgeois au début du XVIIIe siècle.

 

 

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DE QUÉBEC À VERSAILLES : Postdam à l’heure française

 

Lors du premier concert, le 16 juin, les Musiciens de Saint-Julien ont ébloui le public avec des musiques populaires, associées aux airs de cour plus savants d’un Boësset. De façon originale, le programme soulignait à la fois le point de vue français d’un étranger (les danses bretonnes ou les branles du Poitou d’un Praetorius) et le point de vue étranger d’un Français (Pierre Phalèse, Gaillarde d’Écosse), auxquels s’ajoutaient les pièces plus classiques de Purcell (« O Solitude ») ou de Rameau (les « Rossignols amoureux » d’Hyppolite et Aricie). La flûte à la fois ductile, virtuose et précise de François Lazarevitch donnait l’impression d’une improvisation constante, tout comme le violon sautillant de David Greenberg, époustouflant de naturel dans les Irische et Scottische Suiten. Dans l’acoustique merveilleuse de la Ovidesaal des Neuen Kammern tous les instruments sonnaient avec plénitude et accompagnaient une Élodie Fonnard à la diction exemplaire, y compris dans la déclamation du français restitué qui sonne ici, dans le contexte des voyages musicaux intercontinentaux, comme délicieusement exotique (ce dont témoigne en particulier un air sacré chanté en dialecte huron !). On soulignera en outre l’extraordinaire performance du danseur Luc Gaudreau dans l’éloquence du geste chorégraphié, d’une précision entomologique. La virtuosité se fait alors grâce infinie, à l’image des interprètes et d’un programme en tous points exemplaire.

Le lendemain (17 juin), dans l’écrin somptueux de la Raphaelsaal du château de l’Orangerie, les Clément Janequin, associés aux Sacqueboutiers de Toulouse, ont repris leur légendaire programme Rabelais (enregistré par Harmonia Mundi). Ils étaient accompagnés par le comédien Pierre Margot qui lisait entre les pièces des extraits du roman de Gargantua (y sont évoqués la naissance du personnage, son éducation, l’abbaye de Thélème, sa passion effrénée pour la boisson) avec une truculence et une drôlerie très communicative. La soirée fut là encore mémorable. Le temps décidément n’a guère de prise sur cet ensemble, et en particulier sur Dominique Visse, dont la voix flûtée et juvénile, quarante après ses débuts, n’a pas pris une ride. Il fallait entendre les aboiements de la Chasse, les onomatopées de la Guerre et de « Nous sommes de l’ordre de Saint-Babouyn » de Loyset Compère, mais aussi les pièces plus élégiaques de Roland de Lassus ou d’Antoine Bertrand, mettant en musique des sonnets de du Bellay ou de Louise Labé, pour goûter l’étendue du génie interprétatif des Janequin, aussi à l’aise dans la rigueur joyeuse du désordre que dans la mélancolique cantilène de la plainte.

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Mais le point d’orgue fut constitué le surlendemain (18 juin 2016) par la première d’Armide de Lully, importée du Festival d’Innsbruck, et marquant le début d’une étroite collaboration entre le Festival de Potsdam et le CMBV. La reprise fut marquée par des changements dans la distribution (les deux rôles principaux) et une nécessaire adaptation au lieu (l’acoustique en plein air peu généreuse de la cour de la Faculté de Théologie laissa la place à celle beaucoup plus gratifiante de l’Orangerie). On pourrait regretter les coupes opérées dans la partition (le prologue, de larges pans de l’acte IV et de nombreux chœurs, dont ceux de la passacaille), mais la cohérence dramaturgique est parfaitement respectée et l’œuvre est servie admirablement par l’orchestre des Folies françoises aux couleurs chatoyantes, rehaussées par certains instruments « originaux » reconstitués par le CMBV (les quintes de violon impressionnants tenus sous le menton) et une direction roborative de Patrick Cohen-Akenine, toujours attentif à la rhétorique du drame, même si on pouvait regretter certains choix de tempi rapides. Les chanteurs, jeunes, pour la plupart lauréats du concours « Cesti » d’Innsbruck, et provenant de multiples horizons géographiques (Italie, Israël, Canada, Grande-Bretagne) ont montré une exceptionnelle capacité à s’adapter aux difficultés redoutables de la diction française. L’Armide d’Émilie Renard impressionne par sa puissance dramatique, alors qu’elle atteint dans les dernières scènes une réelle grandeur tragique (« Renaud, ô ciel ! O mortelle peine ! »), tandis que le Renaud de Rupert Charlesworth, personnage finalement assez secondaire, a la grâce d’une vraie voix de Haute-contre à la française, à peine embarrassée dans les moments les plus tendus. Enguerrand de Hys, pourtant peu habitué à ce répertoire, confirme son immense talent : son timbre clair et sonore, d’une parfaite élocution, fait merveille ; talents plus que prometteurs la Phénicie de Daniela Skorka, la Sidonie de Miriam Albano ou le Ubalde/Aronte de Tomislav Lavoie (pour nous la révélation de la soirée) : tous ont compris le sens de la notion de discours classique, essentiel dans l’opéra français. Dans le rôle de la Haine, l’inusable Jeffrey Francis laisse transparaître derrière son accent américain chantant, un abattage qui fait mouche. Quant à l’Hidraot de Pietro di Bianco, ses graves somptueux font regretter une élocution un peu engorgée, dans un style plus belcantiste que dix-septiémiste.
POSTADAM-ARMIDE-TUE-RENAUD-LULLY-csm_160618-Armide-by-StefanGloede-01_da9c995da4Mais il faut surtout louer le remarquable travail de Deda Cristina Colonna. Quelle excellente idée d’avoir confié à une chorégraphe baroque la mise en scène d’Armide ! La troupe de la Nordic Baroque Dancers, absolument magnifique, n’est pas un élément adventice ou ornemental, mais participe pleinement à l’efficacité rhétorique de la tragédie. Dramatiser la chorégraphie permet d’unifier avec pertinence les éléments hétérogènes de l’opéra et rappelle à quel point celui-ci est né de la danse. Les costumes d’un grand raffinement, les lumières et la vidéo pertinente de Francesco Vitali témoignent d’une utilisation ingénieuse des moyens limités de la production (les mannequins habillés de pourpoints aux riches brocards, à la fois figurants et éléments de décor ou la projection d’abord d’un jardin labyrinthique, puis de la galerie de l’Orangerie qui se délite, détruite par les démons au moment où Armide part sur un char volant). Au final, une soirée magnifique, prélude idéal au jumelage annoncé entre les deux cités royales de Potsdam et Versailles.

Illustrations : Armide © Stefan Gloede

 

 

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VIDEO, reportage. Nouvelle Armide de Lully à Innsbruck (août 2015)

Nouvelle production d'Armide de Lully Ă  Innsbruck et PostdamVIDEO, reportage. Nouvelle Armide de Lully Ă  Innsbruck (aoĂ»t 2015). AoĂ»t 2015 : le Festival de musique ancienne et baroque Ă  Innsbruck (Autriche) accueille pour la première fois de son histoire, un opĂ©ra français : Armide de Lully (1686) dans une nouvelle production rĂ©alisĂ©e par le Centre de musique baroque de Versailles dans laquelle participent jeunes instrumentistes sur instruments d’Ă©poque, jeunes chanteurs dont les laurĂ©ats du Concours Cesti 2014. Dans Armide dernière opĂ©ra de Lully, l’interaction de la danse et du drame intĂ©rieur de l’enchanteresse impuissante face Ă  Renaud est exceptionnelle. La partition permet aussi au CMBV Centre de musique baroque de Versailles de diffuser l’opĂ©ra baroque français Ă  l’Ă©tranger, tout en transmettant aux jeunes chanteurs le goĂ»t du théâtre et de la langue baroques. Reportage vidĂ©o : entretiens avec les chanteurs, BenoĂ®t Dratwicki, Deda Cristina Colonna (mise en scène), Patrick Cohen-AkĂ©nine (direction musicale). DurĂ©e : 15mn © studio CLASSIQUENEWS.TV – RĂ©alisation : Philippe-Alexandre Pham. Lire aussi notre prĂ©sentation de la production d’Armide de Lully Ă  Innsbruck (aoĂ»t 2015)

 

 

 

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Nouvelle Armide Ă  Innsbruck

innsbruck-2015-vignetteInnsbruck (Autriche). Nouvelle Armide de Lully, les 22,24 et 26 aoĂ»t 2015. C’est depuis sa crĂ©ation, le premier opĂ©ra baroque français qu’accueille le festival d’Innsbruck, une claire volontĂ© de changement voulue par Alessandro De Marchi nouveau directeur artistique depuis 2010 (Ă  la succession de RenĂ© Jacobs). C’est l’ultime ouvrage lyrique de Lully, l’objet aussi de sa dĂ©faveur dans le cĹ“ur du Roi qui l’avait jusque lĂ  toujours soutenu et favorisĂ© ; c’est que depuis le dĂ©but des annĂ©es 1680, Versailles est passĂ© sous l’emprise de la ferveur et de la contrition.  Guère prisĂ© par la nouvelle compagne et Ă©pouse du souverain, Madame de Maintenon, l’opĂ©ra est devenu divertissement suspect qui dĂ©tourne des justes croyances. Ainsi Armide, pourtant aboutissement de toute l’esthĂ©tique Lullyste, est crĂ©Ă© hors de Versailles, Ă  Paris au Palais-Royal en 1686 (en prĂ©sence du Grand Dauphin).

 

 

Nouvelle production d'Armide de Lully Ă  Innsbruck et Postdam

 

 

 

InspirĂ© du Tasse et de sa fameuse JĂ©rusalem DelivrĂ©e, Armide incarne l’impuissance de la passion, celle de l’amoureuse sarrasine pourtant magicienne qui ennemi du chevalier chrĂ©tien Renaud, l’aime malgrĂ© elle et malgrĂ© la guerre qui fait rage. La violence des sentiments balaie la menace et le choc des armes. C’est dans le sillon du Combat de Tancrède et Clorinde de Monteverdi – au siècle prĂ©cĂ©dent, 1638-), un regard pĂ©nĂ©trant sur la folie amoureuse (Armide appelle la Haine Ă  son aide) qui s’empare d’une âme pourtant puissante et qui finit en fin d’opĂ©ra, dĂ©truite, humiliĂ©e, blessĂ©e, seule.
Lully_versailles_portraitPour dĂ©fendre l’expression de la dĂ©sillusion et du dĂ©senchantement, Innsbruck accueille une Ă©quipe de jeunes chanteurs, nouveaux espoirs du chant baroque et en partie, laurĂ©ats des Ă©ditions du Concours Cesti, crĂ©Ă© ici mĂŞme par Alessandro de Marchi. La nouvelle production intègre aussi les ballets, rĂ©alisĂ©s pour l’occasion par la troupe des Nordic Baroque Dancers, sous la houlette de la chorĂ©graphe et metteur en scène Cristina Deda Colonna. Spectacle total, qui bĂ©nĂ©ficie donc de jeunes voix prometteuses. Prochain compte rendu critique sur classiquenews.com

Spectacle dĂ©jĂ  critiquĂ© au Festival d’Innsbruck 2015 : Il Germanico de Porpora (1732)

 

 

 

 

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VOIR le grand reportage vidĂ©o Nouvelle Armide de Lully au festival d’Innsbruck 2015

 

Armide de Lully

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Lully_versailles_portrait OpĂ©ra d’Ă©tĂ©. Armide de Lully. Beaune, le 3 juillet. Innsbruck, les 22,24,26 aoĂ»t 2015. Devant Damas oĂą rĂ©sident les musulmans, Armide et son père Hidraot, l’armĂ©e de croisĂ©s chrĂ©tiens commandĂ©e par Godefroy de Bouillon, a Ă©tabli son siège. La magicienne Armide a conquis et soumis tous les chevaliers chrĂ©tiens grâce Ă  ses pouvoirs… C’Ă©tait compter sans le pouvoir de l’amour : possĂ©dĂ©e, dĂ©munie, impuissante, l’enchanteresse doit bien se rĂ©soudre Ă  accepter la souveraine domination du chevalier Renaud car il a conquis son coeur. L’opĂ©ra expose la mĂ©tamorphose de la magicienne en amoureuse bouleversante, dĂ©faite, impuissante. La musique de Lully et le livret de Quinault explicitent l’emprise que Renaud exerce peu Ă  peu sur la sublime musulmane…
Après le Prologue oĂą la Gloire et la Sagesse chantent les vertus du Roi (Louis XIV), place Ă  l’action proprement dite.
A l’acte I, les musulmans cĂ©lèbrent la toute puissance d’Armide et d’Hidraot : la belle magicienne dĂ©clare Ă©pouser celui qui saura vaincre le plus valeureux de leurs ennemis : le chevalier Renaud.
Au II, Renaud exilĂ© par Godefroy, s’endort au bord d’une rivière. Les esprits malins suscitĂ©s par Hidraot et Armide en font leur prisonnier et Armide, s’apprĂŞtant Ă  le tuer, tombe d’impuissance face au visage du beau chevalier : l’amour est plus que son devoir guerrier. Elle emporte Renaud ensorcelĂ© dans les airs…

 

 

 

Armide, l’opĂ©ra passionnel et tragique de Lully

 

L’Acte III est dĂ©volu Ă  la guerre intĂ©rieure qui saisit le coeur d’Armide : cet a mour pour Renaud faisant sa honte doit devenir haine pour la libĂ©rer. Mais la femme amoureuse se dĂ©voile et ne pouvant haĂŻr celui qu’elle aime, elle chasse la Haine venue rĂ©aliser ses premiers desseins.
Acte IV. Le compagnons de Renaud, Ubalde aidĂ© du chevalier Danois partent Ă  la recherche de Renaud pour le dĂ©livrer d’Armide : ils doivent Ă©prouver les charmes de Melisse, Lucinde, sĂ©ductrices destinĂ©es Ă  les perdre. Les hĂ©ros parviennent Ă  se libĂ©rer des enchantements.
Acte V. L’impuissance tragique d’Armide. Dans son palais Armide s’inquiète toujours de la domination de Renaud dans son cĹ“ur. Surviennent Ubalde et le chevalier Danois : Renaud prend conscience du charme dont il est victime et s’enfuit quittant Armide malgrĂ© ses plaintes. Armide de fureur, d’amoureuse devenue haineuse impuissante et dĂ©munie, dĂ©truit son palais et s’enfuit elle aussi sur son char.

 

Armide lully livret_front_BallardL’opĂ©ra en peignant surtout le dĂ©chaĂ®nement des passions qui suscite un amour artificiellement provoquĂ© (Renaud tombe amoureux d’Armide par envoĂ»tement), cible l’impuissance de la magicienne. L’opĂ©ra s’achève sur l’abandon d’Armide par Renaud qui a recouvrĂ© la raison et sur la haine solitaire de la musulmane qui s’enfuit (elle aussi) dans les airs, de rage et d’impuissance (ce parti final est aussi retenu par Noverre dans sonballet cĂ©lèbre, sujet Ă  un dĂ©cor et des machineries spectaculaires Ă  l’Ă©vocation de l’Ă©croulement du palais d’Armide et de l’Ă©lĂ©vation de la magicienne sur son char cĂ©leste). L’ouvrage de Lully crĂ©Ă© en 1686 prĂ©sente une telle intensitĂ© Ă©motionnelle, Ă©quilibre avec soin, scènes de tendresse et d’enchantement (ballets et divertissements ponctuent l’action guerrière proprement dite) qu’il devient un modèle dans l’imaginaire des compositeurs. Sacchini près d’un siècle après Lully en 1783, adaptera pour Marie-Antoinette et Louis XVI, le sujet d’Armide : son Renaud illustre une rĂ©ussite exemplaire du mythe d’Armide au temps des Lumières, avec une diffĂ©rence importante dans le traitement du sujet : si Lully et Quinault achèvent leur ouvrage sur une issue passionnĂ©e et tragique, l’opĂ©ra de Sacchini, gluckiste napolitain Ă  paris, prĂ©fère, goĂ»t du temps oblige, rĂ©soudre l’intrigue par les retrouvailles heureuses des deux protagonistes, après avoir longuement offert Ă  Armide (mezzo soprano), de sublimes airs d’ivresse, de vertiges passionnels affine le portrait de la femme qui dĂ©voile avec une profondeur dĂ©jĂ  prĂ©romantique en pleine pĂ©riode classique, une sincĂ©ritĂ© de ton irrĂ©sistible (Ă  l’acte II après le duo avec Renaud, brunoProcopio dirige Renaud sacchinil’air fameux “barbare amour”). Après Christophe Rousset Ă  Metz (avec marie Kalinine dans le rĂ´le titre, c’est rĂ©cemment le claveciniste et chef d’orchestre, lui-mĂŞme ancien Ă©lève au clavecin de Rousset, Bruno Procopio qui a assurĂ© les 21 et 22 mars 2015, la crĂ©ation du Renaud de Sacchini Ă  Rio de Janeiro au BrĂ©sil (Sala Cecilia Meireles), dans une rĂ©alisation exceptionnelle oĂą perce tel un diamant imprĂ©vu, l’Ă©clat indicible et troublant de la mezzo brĂ©silienne Luisa Francesconi.

 

  

 Armide de Lully, opĂ©ra pour l’Ă©tĂ© 2015

 

 

Armide de Lully reprend du service au fil des festivals de l’Ă©tĂ© 2015. Beaune et Innsbruck affichent chacun dans des productions diffĂ©rentes, le chef d’oeuvre tragique et passionnel de Lully.

 

  

 

Beaune, festival
Le 4 juillet 2015, 21h
Rousset. Henry, PrĂ©gardien, Schroeder, van Wanroij, Chappuis, Mauillon, VĂ©ronèse, Guimaraes, Bennani…

Après PersĂ©e, PhaĂ«ton, BellĂ©rophon nous clĂ´turons avec le chef Christophe Rousset le cycle d’opĂ©ras de Lully avec Armide, son dernier opĂ©ra, considĂ©rĂ© par Rameau comme son plus grand chef-d’oeuvre. Il est jouĂ©, acclamĂ© et encensĂ© sur la scène francaise tout au long du 18e siècle. Dans sa dĂ©dicace au roi, Lully Ă©crit : “Sire, de toutes les tragĂ©dies que j’ay mises en musique voicy celle dont le Public a tesmoignĂ© estre le plus satisfait: c’est un spectacle oĂą l’on court en foule, et jusqu’icy on n’en a point veu qui ait receu plus d’applaudissements”. Le Cerf de La ViĂ©ville, contemporain de Lully et auteur de la fameuse “Comparaison de la musique italienne et de la musique française” (1704), dĂ©crivait dans cet ouvrage l’effet que produisait sur ses auditeurs le cĂ©lèbre monologue d’Armide qui clĂ´t l’acte 2 (“Enfin il est en ma puissance”), considĂ©rĂ© comme un des clous de la partition : « J’ai vu vingt fois tout le monde saisi de frayeur, ne soufflant pas, demeurer immobile, l’âme tout entière dans les oreilles (…) puis, respirant lĂ  avec un bourdonnement de joie et d’admiration ». Au cinquième acte, l’impressionnante passacaille avec choeur et solistes est Ă©galement l’un des sommets de la partition.

 
 

 
 

Innsbruck, festivalEVASION en Autriche : le festival d'Innsbruck 2015
Les 22, 24, 26 août 2015
Avec les chanteurs lauréats du Concours de chant baroque coorganisé avec le Centre de musique baroque de Versailles
39ème Festival international de musqiue ancienne d’Innsbruck / Festwhchen der Alten Musik. Innsburck, Innenhof der Theologischen Fakultät)
C-Akenine, Colonna
Hache, Cabral, Skorka, Albano, di Bianco, Lavoie, Francis, de Hys

(au moment où nous publions, la date du 24 août est déjà complète)

 

 

Illustration : les amours de Acis et Galate par Nicolas Poussin : sensualitĂ© crĂ©pusculaire et vĂ©nitienne (XVIIème – DR)

Festival d’Innsbruck (Autriche), du 8 au 28 aoĂ»t 2015

Innsbruck-festival-2015-austria-august--8-28-2015-classiquenews-selection-summer-2015Innsbruck (Autriche), festival estival 8 du 28 août 2015. Pourquoi aller à Innsbruck en août prochain ? Pour la qualité des œuvres programmées (Innsbruck est un festival de musique ancienne et baroque), les interprètes qui les défendent et aussi l’attrait du site comme les thématiques affichées : Fantastique, extravagance … voilà les clés d’accès, pour une invitation prometteuse, celle du 39ème festival de musique ancienne d’Innsbruck. Concerts et récitals au château d’Ambras (y paraissent entre autres les sopranos Roberta Invernizzi, Anna Prohaska, le violoniste Giulano Carmignola), recréation lyrique attendue (Germanico in Germania, créé à Rome en 1732, de Porpora, avec mise en scène sous la direction d’Alessandro de Marchi, le directeur  artistique du Festival : première mondiale les 12 et 14 août, 18h puis le 16 à 15h)… les événements ne manquent pas.

 

 
Porpora, Lully, Hasse, Jommelli…

Germanico, Armide, Romolo ed Ersilia…

Moissons d’événements lyriques à Innsbruck

 

lully_portrait_mignard_lebrunMais fiertĂ© hexagonale oblige, c’est peut-ĂŞtre en plus de ce Germanico du Napolitain Porpora (le maĂ®tre et compositeur attirĂ© du prodige Farinelli… lequel crĂ©e le rĂ´le titre), une autre production attendue est celle de l’Armide de Lully, – les 22, 24 et 26 aoĂ»t 2015 : la partition tragique majeure traite du mythe de la guerrière enchanteresse, proie dĂ©munie et si humaine, dĂ©passĂ©e par l’amour brĂ»lant que suscite Ă  ses yeux, le beau chevalier chrĂ©tien Renaud. InspirĂ© du Tasse, et dĂ©jĂ  traitĂ© par le Monteverdi madrigalesque des dĂ©buts (le plus audacieux, le plus sensuel, le plus expĂ©rimental aussi, celui du Livre II de madrigaux de 1590), le profil fĂ©minin inspire aussi en 1686, le compositeur de Louis XIV Ă  Versailles : la distribution Ă  Innsbruck rĂ©unit la fine fleur du jeune chant baroque, distinguĂ©e l’annĂ©e dernière (Ă©tĂ© 2014, lord du premier Concours Cesti de chant baroque : Elodie Hache, Daniela Skorka, Miriam Albano…). Première tragĂ©die française crĂ©Ă©e Ă  Innsbruck (avec chorĂ©graphie de la compagnie suĂ©doise spĂ©cialisĂ©e Nordic Baroque dancers), Armide est aussi le chef d’oeuvre de Lully, ultime offrande du Florentin au genre lyrique français qu’il a crĂ©Ă© pour Louis XIV. Le spectacle pilotĂ© en partie par le CMBV Centre de musique baroque de Versailles, met Ă  l’honneur la puretĂ© digne du chant baroque versaillais, tel que l’aimait le Roi-Soleil : Ă©loquence sensible d’un chant expressif aussi articulĂ© et convaincant que le théâtre parlĂ©. Tous les chanteurs sont coachĂ©s par BenoĂ®t Dratwicki et Jeffrey Francis dans leur approfondissement du chant baroque Ă  la française  (en particulier pour la rĂ©ussite des recitatifs).

Autre événement d’Innsbruck 2015, Romolo ed Ersilia, opéra seria de Hasse pour les noces à Innsbruck de l’archiduc Pierre-Léopold avec l’Infante Marie-Louise d’Espagne en août 1765. Le festival renoue avec les fastes des cérémonies dynastiques liées à la vie des Habsbourg (Gala pour Marie-Thérèse, le 13 août 2015, 20h) dont Innsbruck est l’une des résidences officielles. La production réunit au Landstheater la soprano Sunhae Im, le contreténor Valer Varna Sabadus au chant irradié particulièrement expressif (comme son confrère de la même génération et lui aussi révélé par Max Emanuel Cencic : Franco Fagioli).

Donc Innsbruck n’est pas seulement un laboratoire de partitions méconnues et pourtant captivantes, c’est aussi un festival particulièrement défricheur, dénicheur de jeune tempéraments lyriques…

Jommelli_portrait_250Enfin, saluons la comédie, Don Trastullo, perle buffa de Jommelli, autre napolitain de la fin XVIIIè, qui renaît ici dans la Salle espagnole du Château d’Ambras (les 19 et 20 août) ; et le récital de la soprano Sandrine Piau dans un programme consacré aux héroïnes de Rameau : la cantatrice française offre un chant instrumental d’une sensibilité étonnante, d’autant bienvenue ici qu’elle avait marqué les esprits lors des concerts Rameau à l’Opéra royal de Versailles dans la recréation de Zaïs où son incarnation sensible de Zélidie, âme amoureuse éprouvée, avait atteint une justesse poétique bouleversante… (récital Sandrine Piau : Les Surprises de l’amour, le 27 août, 20h).

Soit Porpora, Lully, Hasse, Jommelli… quel festival européen offre une telle richesse artistique dans le domaine baroque ?

 

 

boutonreservationToutes les infos et les modalités pratiques de réservation sur le site du festival de musique ancienne d’Innsbruck : Innsbruck Festwochen der Alten Musik, du 8 au 28 août 2015.

 

 

Beaune 2015 : Armide de Lully

lully_gravure_450Beaune. Lully : Armide. Le 3 juillet 2015, 21h. La Cour des Hospices cĂ©lèbre en 2015 le gĂ©nie lyrique de Lully, dramaturgenĂ© pour exprimer les vertiges de la passion amoureuse ; on pense Ă  Cybèle, furie dĂ©chaĂ®nĂ©e dans Atys, qui rend fou le pauvre berger au point qu’il tue sa propre aimĂ©e, Sangaride puis revenant Ă  la raison, mesure l’horreur de son geste insensĂ©. Terrifiante vengeance de la part de la dĂ©itĂ©… Dans Armide, Lully et son librettiste, le poète Philippe Quinault … atteignent aussi un sommet du terrifiant ; le dernier opĂ©ra du Florentin crĂ©Ă© le 15 fĂ©vrier 1685, fut admirĂ© de Rameau qui se gardera bien d’aborder après lui, la geste hĂ©roĂŻque, guerrière et malĂ©fique des amours de Renaud et Armide. InspirĂ© du Tasse (La JĂ©rusalem dĂ©livrĂ©e), le livret de Quinault traite de la folie qui guette les choeurs Ă©pris. Le drame doit Ă  sa concentration psychologique, – laquelle contraste tant avec les ballets que les divertissements qui en ponctuent rĂ©gulièrement le dĂ©roulement, sa force tragique ; une manière lyrique qui Ă©gale sinon surpasse les tragĂ©dies parlĂ©es et dĂ©clamĂ©es de Corneille et surtout Racine. Pour Gluck, et avant lui Rameau, le cĂ©lèbre monologue dĂ©clamĂ© d’Armide clĂ´turant l’acte II (“Enfin il est en ma puissance”) reste un modèle de noblesse naturelle, de chant souple et racĂ©, idĂ©alement “Lullyste” et tragique. La nostalgie, la tendresse, l’abandon des âmes sur l’autel de l’effusion la plus pure comme la plus intense sont aussi les offrandes admirables de Lully Ă  la musique versaillaise du XVIIème. Un accomplissement servi Ă  Beaune par Les Talens Lyriques et Christophe Rousset qui y ont dĂ©jĂ  prĂ©sentĂ©, en un cycle “opĂ©ras de Lully” : PersĂ©e, BellĂ©rophon, PhaĂ«ton… Du XVIIème, l’Armide de Lully garde sa violence sauvage et passionnelle : l’enchanteresse malgrĂ© ses magies qui captivent et capturent un temps le beau Renaud, ne parvient pas Ă  retenir le chevalier chrĂ©tien : il y a la voix du cĹ“ur, inaccessible et mystĂ©rieuse et celle du pouvoir… La Sarrazine doit le laisser partir au V, non sans libĂ©rer une violence barbare qui dĂ©truit son palais, se vouant dĂ©sormais aux dĂ©mons de la haine vengeresse.
Avatar, de Lully Ă  Sacchini… Il en va tout autrement dans les reprises postĂ©rieures du mythe, en particulier, l’Armide ou plutĂ´t le Renaud de Sacchini de 1783 (qui fait suite Ă  Gluck) : le Napolitain Sacchini, invitĂ© par Marie-Antoinette Ă  Paris, souligne plutĂ´t la tendresse amoureuse de la femme sous le masque de la guerrière magicienne. Il est vrai que le goĂ»t au temps de Louis XVI avait Ă©voluĂ© : plus de tragĂ©die en 5 actes mais en 3, et une fin heureuse qui unit les deux guerriers Renaud et Armide, après avoir surtout soulignĂ© les faiblesses, doutes et tendresse d’une Armide plus amoureuse dĂ©sormais que vengeresse.

Armida de Joseph Haydn en tournée

OpĂ©ra en tournĂ©e. Haydn : Armida. 16 janvier > 10 mars 2015. D’après La JĂ©rusalem dĂ©livrĂ©e, Armida de Haydn reste une perle lyrique mĂ©connue, jalon contemporain du théâtre mozartien et dĂ©jĂ  prĂ©romantique. Armide, princesse des Sarrazins, est aimĂ©e du chevalier chrĂ©tien Renaud. Celui-ci lui promet son soutien dans la guerre imminente qui devrait les opposer. Mais Ubaldo et Clotarco, guerriers des Croisades, amis de Renaud, le rappellent Ă  sa foi et Ă  ses serments. De plus, lui seul dĂ©tient le pouvoir de briser le myrte magique d’Armide. TiraillĂ©s entre devoir et sentiments, Renaud, tout comme Armide, sont dĂ©chirĂ©s par la douleur amoureuse.

haydn-joseph-582-420-grand-portrait-classiquenewsAprès Lully et Gluck, deux auteurs qui ont mis en musique le livret de Quinault Ă  Paris, Joseph Haydn pour la Cour autrichienne d’Ezsterhaza, traite la lyre hĂ©roĂŻque, sentimentale et tragique du mythe d’Armide, mythe de l’impuissance amoureuse : Armide comme Renaud incarnent le poison d’un sentiment qui les mène inĂ©luctablement Ă  leur perte.  Chez Gluck dĂ©jĂ , l’ambivalence des sentiments d’Armide formait le noyau de l’action : en une scène vĂ©ritable d’exorcisme, menĂ© par la haine, Armida voulait Ă©chapper Ă  l’amour et l’arrachant de son cĹ“ur… mais c’Ă©tait mourir et la femme amoureuse ne pouvait totalement rĂ©pudier son aimĂ©.. Ici, rappelĂ© Ă  son engagement guerrier, Renaud a percĂ© l’intimitĂ© de la magicienne avec d’autant plus de puissance qu’il sait comment briser le  myrte magique de la princesse. Les comĂ©dies dans le genre buffa de Haydn sont bien connues et d’autant plus explorĂ©es que l’auteur reconnaissait son infĂ©rioritĂ© dans le genre grave et tragique comparĂ© Ă  son cadet Mozart. De fait, les comĂ©dies de Haydn sont mieux estimĂ©es depuis l’intĂ©grale signĂ©e par Antal Dorati (Il Mundo della luna…).  DĂ©jĂ  le Cercle de l’harmonie et son chef JĂ©rĂ©mie Rhorer avaient abordĂ© l’Infeldelta Delusa de 1773 en janvier 2009. Les opĂ©ras de Joseph Haydn ont Ă©tĂ© le sujet d’un dossier spĂ©cial sur classiquenews.

Avec Armide, il s’agit de redĂ©couvrir le tempĂ©rament unique et singulier d’un compositeur de cour qui sut rĂ©concilier Ă©lĂ©gance et profondeur, gravitĂ© et justesse poĂ©tique.  Comme un Ă©cho aux troubles Ă©motionnels du couple protagoniste, Haydn et son librettiste traitent aussi le fil amoureux qui unit d’autres ennemis : Zelmira, tombĂ©e amoureuse de Clotarco, s’emploie Ă  contrer les noirs desseins du roi sarrazin Idreno… La guerre entre Sarrazins et ChrĂ©tiens paraĂ®t bien faible contre les sentiments qu’amour tisse entre les ĂŞtres de deux clans affrontĂ©s.

 

 

 

trouble des genres, guerre amoureuse…

Armida : l’opĂ©ra du doute

 

Armide-Renaud-Hayez-home-582-420-haydn-armidaLes victimes de l’amour… DatĂ©e de 1784, et en cela dĂ©jĂ  prĂ©romantique, Armide peint des ĂŞtres profonds, en souffrance (comme Mozart Ă  la mĂŞme Ă©poque avec Idomeneo… il ira plus loin encore avec le crĂ©puscule ardent de la ClĂ©mence de Titus en 1791) dont le trouble efface les types vocaux du baroque triomphant pour lequel la seule virtuositĂ© vocale exprime l’intensitĂ© des affects. Ici règnent le doute, le soupçon, la perte des Ă©quilibres, une nouvelle sensibilitĂ© introspective et sa caractĂ©risation spĂ©cifique. L’esprit des Lumières colore la partition d’une intelligence sentimentale inĂ©dite, que partage aussi Mozart dans tous ses opĂ©ras.  Elle dĂ©voile la fragilitĂ© des cĹ“urs quand ils sont sous l’emprise de l’amour. L’Ă©chiquier des intrigues s’y transforme en labyrinthe oĂą la folie et la dĂ©pression menacent. Une telle prĂ©cision servie par une musique subtile et raffinĂ©e (tout Haydn) se prĂŞte naturellement Ă  un jeu collectif qui doit d’abord s’appuyer sur un travail d’Ă©quipe. La souffrance et la solitude d’Armida abandonnĂ©e, les longues et incessantes hĂ©sitations de Rinaldo (en vĂ©ritĂ© le vrai hĂ©ros de l’opĂ©ra quand par exemple c’est plutĂ´t Armide qui est la protagoniste du Renaud de Sacchini, partition quasi contemporaine de 1783 !) sont les facettes d’un drame Ă©conome, particulièrement touchant et moderne. La mise en scène de Marianne ClĂ©ment fait rĂ©flĂ©chir sur l’expression confrontĂ©e des genres en une guerre elle aussi Ă©quivoque, armĂ©e et tendue : c’est un monde nouveau et plus nuancĂ© qui se prĂ©cise entre « la » femme sĂ©ductrice et « le » hĂ©ros vertueux. L’intelligence de Haydn du fait de sa seule musique fait imploser les cadres convenus : sa vision plus nuancĂ©e nous touche. C’est une conception proche finalement de l’opĂ©ra vĂ©nitien (Monteverdi, Cesti, Cavalli…) oĂą la frontière des genres bouge en permanence : Handel n’a t il pas fait chanter son Rinaldo par une femme ?

 

 

 

Joseph Haydn : Armida
Drame héroïque en 3 actes. Livret inspiré de La Jérusalem délivrée de Torquato Tasso
(Eszterhaza, 1784)

Chantal Santon, soprano : Armida, princesse magicienne
Juan Antonio Sanabria, ténor : Rinaldo, chevalier croisé
Dorothée Lorthiois, soprano : Zelmira, fille du sultan d’Egypte
Laurent Deleuil, baryton : Idreno, roi sarrazin
Enguerrand De Hys, ténor : Ubaldo, chevalier croisé
Francisco Fernández-Rueda, ténor : Clotarco, chevalier croisé

Le Cercle de l’Harmonie
Julien Chauvin, direction

Opéra chanté en italien, surtitré en français
Marianne Clément, mise en scène

Calendrier de la tournée
La production d’Armida a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e Ă  saint-Quentin en octobre 2014.

Création le 10 octobre, Scène nationale de Saint-Quentin-en-Yvelines
Opéra de Reims, vendredi 16 janvier 2015 à 20h30
Opéra de Massy, vendredi 23 janvier 2015 à 20h
Théâtre d’Orléans, Scène nationale, mercredi 11 février 2015 à 20h30
Scène nationale de Besançon, jeudi 19 février 2015 à 20h
Centre lyrique Clermont-Auvergne, mercredi 25 février 2015 à 20h
Centre lyrique Clermont-Auvergne, vendredi 27 février 2015 à 20h
L’apostrophe – Théâtre des Louvrais scène nationale de Cergy-Pontoise et du val d’Oise, jeudi 5 mars Ă  19h30
L’apostrophe – Théâtre des Louvrais scène nationale de Cergy-Pontoise et du val d’Oise, samedi 7 mars 2015 Ă  20h30
Le Moulin du Roc, Scène nationale de Niort, mardi 10 mars 2015 à 20h30

+ d’informations sur le site de l’Arcal

 

 

Antonio Sacchini (1730-1786)

Antonio_SacchiniBien que florentin de naissance, Arturo Sacchini (1730-1786) est surtout formĂ© Ă  Naples : Durante le remarque ses dons musicaux et l’intègre au conservatoire de San Onofrio et au conservatoire de Santa Maria di Loreto que Durante dirigeait depuis 1742. Sacchini apprend et maĂ®trise très vite le clavecin, l’orgue, la composition. Il commença sa carrière Ă  Padoue (en 1763, Olimpiade est son premier grand succès), puis cherche la gloire Ă  Rome et Venise : dans la citĂ© des Doges, il dirige l’Ospedaletto dont le conservatoire lui permet d’enseigner le chant. Il compte parmi ses Ă©lèves la fameuse Nancy Storace, muse de Mozart, soprano aux performances remarquables. Puis Sacchini rejoint Munich et Stuttgart en Allemagne (Scipione in Cartagena applaudi respectivement en 1770 et 1771). En 1772, Sacchini est Ă  Londres oĂą il vĂ©cut dix ans : Ă  l’époque de ses 40 ans, Sacchini, compositeur mĂ»r et maĂ®tre de l’art lyrique, rencontre le plus grand compositeur napolitain avec Jommelli, Traetta : il compose plus de 10 nouveaux opĂ©ras dont Montezuma (1775) et Antigono, surtout L’Amore soldato (1778). EndettĂ©, aux abois, Sacchini reçoit l’invitation de la Cour royale française pour concurrencer Ă  Paris, l’immense Gluck. Sacchini devient comme ce dernier le protĂ©gĂ© de Marie Antoinette qui en fait son maĂ®tre de chant. Il arrive dès 1783 : Sacchini recycle ses anciens ouvrages (comme l’avait fait Gluck : Orfeo devenant pour Paris OrphĂ©e) ; ainsi Sacchini reprend son ancienne Armida et en dĂ©duit Renaud… idem pour Chimène, nouvelle adaptation d’Il Gran Cidde… mais les effets attendus ne se rĂ©aliseront pas : le modèle gluckiste est bien le plus spectaculaire alors et les Italiens Ă  Paris, Sacchini (et avant lui Piccinni) ne parviendront pas Ă  le surpasser. Comme tous les Ă©trangers invitĂ©s en France par l’AcadĂ©mie royale de musique, Sacchini est invitĂ© aussi Ă  rivaliser avec le modèle tragique hĂ©ritĂ© de Lully et Rameau : il ambitionne de remettre en musique Dardanus (1784) mais perd l’estime des Français. Son Oedipe Ă  colonne (1786) confirme un talent raffinĂ© et dramatique d’une envergure europĂ©enne. Sacchini meurt Ă©puisĂ© en 1786. Ironie suprĂŞme : Oedipe Ă  colonne connaĂ®t un triomphe un an après sa crĂ©ation (jouĂ© Ă  l’OpĂ©ra plus de 580 fois jusqu’en 1844). De nos jours, la rĂ©surrection de Sacchini ne s’est toujours pas produite…

VIDEO

Antonio_SacchiniComme étranger invité par Marie-Antoinette en France, le Napolitain Antonio Sacchini (1730-1786) arrive à Paris en 1783, depuis Londres; il succède ainsi à Gluck et son compatriote Piccinni et prolonge évidemment les avancées stylistiques de ses prédécesseurs. Pour le temple international du lyrique qu’est Paris, Sacchini offre une nouvelle musique moderne aux anciens livrets hérités de l’âge baroque. Renaud ne fait pas exception: contrairement à son titre, l’ouvrage cosmopolite et brillant, fait place nette au personnage clé de l’amoureuse enchanteresse Armide. La magicienne cède ici sa baguette pour dévoiler un visage tendre et implorant qui saura in fine convaincre et séduire son ennemi juré Renaud dont elle est tombée amoureuse malgré la guerre qui fait rage et qui oppose leurs deux clans respectifs… Style gluckiste, orchestre flamboyant voire frénétique (prélude du II), alliance des divertissements et du pathétique, des accents tragiques comme héroïque (le père d’Armide, Hidraot tient aussi un rôle important tout en tension virile), surtout arabesques stylées d’un bel canto italianisant… Renaud de Sacchini incarne un sommet lyrique français, en une formule européenne, au temps des Lumières. Reportage exclusif CLASSIQUENEWS.COM. Voir le grand reportage vidéo Renaud de Sacchini

Bruno Procopio, jeune maestro Ă  Liège et Ă  Rio (dĂ©cembre 2014 – mars 2015)

Bruno Procopio dirige Rameau à CaracasBruno Procopio maestroso : Liège, 14 décembre 2014. Rio, 21,22 mars 2015. Agenda chargé pour le jeune chef franco brésilien Bruno Procopio : le défricheur mobile habile, capable de ciseler sur instruments modernes un Rameau élégant, précis, dramatique (avec les instrumentistes de Gustavo Dudamel: ceux de l’Orchestre Symphonique Simon Bolivar du Venezuela), porteur d’une nouvelle version des Pièces pour clavecin en concerts (nouveau cd paru en 2013 avant l’année Rameau et sur instruments anciens), dirige en décembre 2014 puis mars 2015, deux programmes prometteurs, attendus, ambitieux. Les deux sont littéralement originaux, signes extérieurs d’un tempérament dynamique qui se passionne pour le défrichement et les nouvelles postures. D’abord Rameau évidemment et sur instruments modernes, ceux de l’Orchestre philharmonique royal de Liège (une nouvelle expérience qui renouvelle son expérience à Caracas), d’emblée décisive pour le perfectionnement et la culture de l’orchestre liégeois ; puis le grand genre lyrique et tragique hérité de l’époque des Lumières : Renaud du napolitain Sacchini, champion à Paris et à Versailles à l’époque de Marie Antoinette, d’un style éclairé, raffiné, européen, et plutôt très dramatique… il fut invité à Paris pour rivaliser avec Gluck, champion de l’opéra français d’alors. Mais Sacchini finit par faire du.. Gluck, tant le Germanique avait régénéré le style lyrique français…

 

 

Bruno Procopio : de Rameau Ă  Sacchini, de Liège… Ă  Rio de Janeiro

procopio_bruno_chemise_bleueBruno Procopio s’est forgĂ© une très solide rĂ©putation comme ramiste fervent et engagĂ© : il l’a dĂ©montrĂ© encore Ă  Cuenca en Espagne (Castilla La Mancha) au dernier festival de Pâques (Semana de MĂşsica religiosa de Cuenca, avril 2014. Voir notre reportage vidĂ©o : Bruno Procopio dirige Ă  Cuenca les Grands Motets de Rameau) : les grands motets de Rameau, offrande de jeunesse d’un compositeur gĂ©nial, ont bouleversĂ© l’audience ibĂ©rique en avril dernier, retrouvant la star baroque ibĂ©rique, Maria Bayo (inoubliable interprètre de La Calisto de Cavalli version RenĂ© Jacobs). A Liège en dĂ©cembre prochain, Bruno Procopio s’engage Ă  dĂ©fendre l’enjeu symphonique des ballets et ouvertures des opĂ©ras de Rameau. En mars 2015 Ă  Rio, le jeune maestro, esprit articulĂ© expressif, taillĂ© pour l’opĂ©ra, comme il l’avait fait en dĂ©cembre 2012, de l’opĂ©ra comique facĂ©tieux L’Oro no compra amore de Marcos Portugal – le Rossini brĂ©silien- (ouvrage crĂ©Ă© Ă  Lisbonne en 1804 puis crĂ©Ă© Ă  Rio en 1811), dĂ©voilera une autre partition oubliĂ©e frappante par son raffinement dramatique. Sacchini s’y montre inspirĂ© par son sujet oĂą perce surtout la figure âpre, haineuse, puissante de l’enchanteresse Armide dont l’orchestre rugissant, convulsif exprime les aspirations frustrĂ©es, les dĂ©sirs inapaisĂ©s, la souffrance de la guerrière amoureuse… Sacchini y brosse en 1783 pour la Cour Ă  l’Ă©poque de Marie-Antoinette le portrait de la femme tiraillĂ©e, impuissante et submergĂ©e par la passion… mais finalement tendre et heureuse : un portrait de femme passionnant, une silhouette singulière qui annonce la future MĂ©dĂ©e de Cherubini Ă  l’extrĂ©mitĂ© du siècle (1797). Pour cette rĂ©surrection d’un opĂ©ra de Sacchini de l’autre cĂ´tĂ© de l’Atlantique, Bruno Procopio suit la direction pionnière de son ex professeur de clavecin, Christophe Rousset, lequel a rĂ©cemment dirigĂ© et enregistrĂ© Renaud de Sacchini (1783). Voir notre reportage vidĂ©o de Renaud de Sacchini...

 

 

 

 

Année Rameau 2014 : concerts, opéras, temps forts de septembre à décembre 2014LIEGE, Philharmonie. Le 14 décembre 2014, 20h
Suites de ballets et ouvertures des opéras de Rameau.
Il s’agit du même programme que le disque « Rameau in Caracas » enregistré avec les instrumentistes du Simon Bolivar Symphonic Orchestra of Venezuela.

 

 

Programme :

Zoroastre, Tragédie Lyrique (Paris, 1756)
Ouverture
Première et Deuxième Gavotte en rondeau, Acte I, Scène 3
Premier et Deuxième Menuet, Acte II, Scène 4
Contredanse, Acte II, Scène 4
Entrée des Indiens, Acte II, Scène 4
Ballet Figuré, Air des Esprits Infernaux, Acte IV, Scène 5
Air des Esprits Infernaux, Très vite, Acte IV, Scène 5
Loure, Acte III, Scène 9
Ballet FigurĂ© – Air, Acte IV, Scène 5
Premier et Deuxième Passepied, Acte III, Scène 9
Première et Deuxième Gavotte, Acte V, Scène 7

Dardanus, Tragédie Lyrique (Paris,1739)
Ouverture
Entrée pour les Guerriers, Acte I, Scène III
Premier et Deuxième Tambourin, Prologue, Scène II

Naïs, Pastorale héroïque (Paris 1749)
Ouverture
Entrée Des Luteurs, Chaconne & Air de Triomphe

pause

Castor et Pollux, Tragédie Lyrique (Paris, 1737)
Ouverture
Air pour les Athlètes, Acte I, Scène III
Troisième Air, Acte I, Scène IV - 2e Air, Acte II, Scène V
Premier et Deuxième Tambourin, Acte I, Scène IV
Premier et Deuxième Passepied, Acte IV, Scène II
Chaconne, Acte V, Scène VII

Acanthe et Céphise ou La Sympathie, Pastorale Héroïque (Versailles 1751)
Ouverture
Tambourin, Acte III
Contredanse, Acte III

Les Indes Galantes, Opéra-Ballet (Paris, 1735)
Chaconne, Troisième Entrée : Les Sauvages, Scène VI

+ d’infos :
Pour la rencontre avec le public : le concert Rameau symphonique est prĂ©cĂ©dĂ© d’une rencontre avec Bruno Procopio, le 10 dĂ©cembre 2014 Ă  18h30.
Pour le concert du 14 décembre 2014 

 

 

 

Antonio_SacchiniRIO DE JANEIRO. Sala Cecilia Meireles, Rio de Janeiro
Les 21 et 22 mars 2015 Ă  20h
Largo da Lapa, 47 
Centro – Rio de Janeiro. 
Tel.: (21) 2332-9223
Sacchini : Renaud, tragédie lyrique, 1783

Solistes :
Armide – Adriane Queiroz
Renaud – Geilson Santos
Hidraot – Leonardo Pascoa
Adraste, Arcas, Tissapherne, MĂ©gère – Murillo Neves
MĂ©lisse – Nivea Raf
Doris, Antiope, Iphise – Mariana Lima

Brazilian Symphony Orchestra
Chœur : Associação de Canto Coral do Rio de Janeiro
Bruno Procopio, direction

 

 

 

VIDEO. Sacchini : Renaud (1783)

Antonio_SacchiniComme étranger invité par Marie-Antoinette en France, le Napolitain Antonio Sacchini (1730-1786) arrive à Paris en 1783, depuis Londres; il succède ainsi à Gluck et son compatriote Piccinni et prolonge évidemment les avancées stylistiques de ses prédécesseurs. Pour le temple international du lyrique qu’est Paris, Sacchini offre une nouvelle musique moderne aux anciens livrets hérités de l’âge baroque. Renaud ne fait pas exception: contrairement à son titre, l’ouvrage cosmopolite et brillant, fait place nette au personnage clé de l’amoureuse enchanteresse Armide. La magicienne cède ici sa baguette pour dévoiler un visage tendre et implorant qui saura in fine convaincre et séduire son ennemi juré Renaud dont elle est tombée amoureuse malgré la guerre qui fait rage et qui oppose leurs deux clans respectifs… Style gluckiste, orchestre flamboyant voire frénétique (prélude du II), alliance des divertissements et du pathétique, des accents tragiques comme héroïque (le père d’Armide, Hidraot tient aussi un rôle important tout en tension virile), surtout arabesques stylées d’un bel canto italianisant… Renaud de Sacchini incarne un sommet lyrique français, en une formule européenne, au temps des Lumières. Reportage exclusif CLASSIQUENEWS.COM

OpĂ©ras de Gluck. D’Alceste Ă  Armide : l’Ă©pure tragique et lugubre

Gluck Ă  Paris (1774-1779)Dossier Gluck 2014 : la femme tragique chez Gluck... HĂ©ritier Ă  l’Ă©poque des Lumières des grands opĂ©ras baroques, Christoph Wilibald Gluck renouvelle et approfondit avant l’ère romantique, le portrait des hĂ©roĂŻnes amoureuses et tragiques : aux cĂ´tĂ©s de ses IphigĂ©nies, le profil qu’il conçoit d’Alceste et d’Armide illustre ses recherches en matière de caractĂ©risation musicale. Chez lui, l’Ă©pouse loyale jusqu’Ă  la mort, ou la magicienne amoureuse impuissante face Ă  l’amour, apporte dans l’espace théâtral et lyrique, une nouvelle sensibilitĂ© dĂ©jĂ  romantique… Non plus des types interchangeables permettant l’expressivitĂ© psychologique en des formules mĂ©caniques “europĂ©ennes”, mais des individualitĂ©s semĂ©es de doutes et d’espĂ©rances, contradictoires, toujours hautement tragiques… Toutes prĂ©parent l’avènement de la figure romantique, sacrifiĂ©e, solitaire, extatique ou au bord de la folie qui passe par la MĂ©dĂ©e de Cherubini (1797)…

 

 

opéras de Gluck

D’Alceste Ă  Armide : l’Ă©pure tragique et lugubre

 

 

Alceste, reprise parisienne de 1776. OpĂ©ra funèbre (liĂ© au dĂ©cès de l’Ă©poux de l’impĂ©ratrice Marie -ThĂ©rèse Ă  Vienne), Alceste illustre cette lyre Ă©purĂ©e, dĂ©pouillĂ©e dont la force tragique vient d’un art accompli dans le genre lugubre et la simplicitĂ© terrifiante. Dans la version parisienne de 1776 quand Gluck triomphe en France, acteur d’une rĂ©forme dĂ©cisive de l’opĂ©ra officiel, le compositeur refond totalement son ouvrage crĂ©Ă© auparavant pour les Habsbourg en 1767 : contrastes saisissants entre Ă©pisodes d’effroi et de terreur tragique (quand tous comprennent que c’est l’Ă©pouse d’Admète qui est prĂŞte Ă  prendre la place du roi aux Enfers pour l’Ă©pargner), ballets innocents et Ă  la grâce insouciante, surtout, Gluck y Ă©chafaude après Orfeo, sa propre maĂ®trise dans le portrait des solitudes Ă©difiantes, Ă©prouvĂ©es, parfaitement admirables : ici, Alceste dĂ©terminĂ©e reste nĂ©anmoins en proie au doute (II, air “Ah malgrĂ© moi, mon faible coeur” au cantabile dĂ©jĂ  bellinien qui rĂ©alise l’apothĂ©ose de la femme aux Ă©lans dĂ©jĂ  romantiques) ; puis qui affronte les enfers (“Ah DivinitĂ©s implacables !”). La sobriĂ©tĂ© des moyens fouille la psychologie d’une âme loyale, vertueuse, impuissante mais digne, sacrifiĂ©e mais dĂ©terminĂ©e. Un modèle dont se souviendront tous les auteurs après lui, touchĂ©s comme les spectateurs par la tendresse admirable de son hĂ©roĂŻne a contrario de la duretĂ© effroyable de la situation.

 

ALceste-peyron-582

 

 

Un tel portrait de femme est encore abordĂ© et enrichi par ses deux IphigĂ©nies (en Aulide, 1775 ; puis en Tauride en 1779), et surtout l’opĂ©ra le plus sombre Armide qui tĂ©moigne de la perfection du Chevalier germanique dans l’art de la dĂ©clamation aussi aboutie accomplie que celle de Lully et de Quinault.  Du grand art. Chez Gluck s’affirme un amour pour la clartĂ©, la noblesse Ă©difiante des tableaux noirs et dĂ©sespĂ©rĂ©s oĂą se rĂ©vèlent les grandes âmes solitaires auxquelles le chĹ“ur en Ă©cho et miroir apporte une rĂ©ponse valorisante. Tout l’idĂ©al nĂ©o grec et nĂ©o antique de Gluck s’opère ici et c’est le théâtre lyrique qui y gagne une puissance dramatique renouvelĂ©e grâce Ă  sa nouvelle cohĂ©rence. On est loin de l’opĂ©ra seria napolitain (et son alternance mĂ©canique recitativos – arias da capo). Au final, Alceste renoue avec la force tragique des opĂ©ras sombres “raciniens” de Lully et Quinault, chez lesquels toutes l’action est infĂ©odĂ©e aux mouvements de l’âme des protagonistes.  Et la Chaconne finale permet comme chez Lully de fermer le drame grâce au seul chant de l’orchestre et de la danse, manifestation d’un ordre rĂ©tabli, pacifiĂ© non sans une certaine solennitĂ© proprement royale (percussions, cors, trompettes). Apollon paraĂ®t et comme Hercule venu sauver le couple vertueux, souligne la beautĂ© de cette âme amoureuse prĂŞte au sacrifice ultime pour Ă©pargner son Ă©poux. La fin est heureuse : il en va diffĂ©remment avec Armide qui suit Alceste dans la chronologie des opĂ©ras parisiens du Chevalier Gluck.

 

gluck portraitArmide, 1777. Ecartant le prologue originel, Gluck prend appui sur le livret de Quinault pour Lully. Il s’agit de renforcer la figure de sorcière amoureuse, vĂ©ritable dĂ©itĂ© haineuse et dĂ©lirante qui pourtant se trouve dĂ©munie, impuissante face Ă  l’amour que lui inspire Renaud, l’ennemi de son clan. On a vu depuis Monteverdi (Le combat de Tancrède et Clorinde, repris si subtilement par Campra dans son propre Tancrède, 1704) que la vĂ©ritable guerre n’est pas celle des armes mais le front oĂą règne Amour. L’opĂ©ra en cinq actes selon la règle classique française, s’achève sur un dĂ©chaĂ®nement de violence destructrice oĂą l’enchanteresse s’enfuit dans les airs et devant reconnaĂ®tre son Ă©chec Ă  soumettre Renaud (dĂ©livrĂ© de ses charmes), Ă  son dĂ©sir. LĂ  encore l’expression tragique dans le portrait d’une femme solitaire et blessĂ©e marquera les consciences de l’Ă©poque, achevant de caractĂ©riser dans les ouvrages suivants, le portrait des figures noires de l’opĂ©ra baroque. Ici, Ă  l’impuissance d’Armide, ses dĂ©chaĂ®nements sensuels rĂ©pond la fiertĂ© militaire, une nervositĂ© aiguĂ«, d’esprit martial qui colore aussi le chef d’oeuvre de Gluck (cette expressivitĂ© guerrière spĂ©cifique influencera particulièrement Gossec pour son ThĂ©sĂ©e postĂ©rieur, achevĂ© dès 1778, crĂ©Ă© en 1781).

Le quatrième opĂ©ra parisien de Gluck rĂ©ussit Ă  s’Ă©lever aussi haut que le modèle lullyste ; un modèle qu’avait fortement remis en question Rousseau (trop heureux d’invalider le vieil opĂ©ra français) dĂ©clenchant la Querelle des bouffons (1754). Au contraire, Gluck prouve en 1776 que le canevas français classique sur un texte hĂ©ritĂ© du Grand Siècle, peut conserver toute sa force théâtrale et littĂ©raire grâce Ă  un traitement musical dĂ©pouillĂ©, inspirĂ© depuis Alceste et Orfeo par l’art antique grec. L’impact est immense : dans le registre tragique (sans alternative aucune : pas de deus ex machina), le Chevalier fait mieux que Mondonville dans son ThĂ©sĂ©e (1765, lui aussi d’après Lully et Quinault… mais un Ă©chec vite oubliĂ© du public): Armide se dĂ©voile ici en femme amoureuse qui palpite et s’exaspère dans sa magnifique et dĂ©risoire dĂ©raison (le fameux dĂ©rangement racinien des passions humaines oĂą les hĂ©ros soumis, infĂ©odĂ©s, ne s’appartiennent plus), une Armide dĂ©faite et dĂ©truite, touchante et fascinante par ses faiblesses sensuelles. Tous les auteurs après Gluck, dans les annĂ©es 1780, sous le règne de Marie-Antoinette souhaiteront d’une façon ou d’une autre se confronter au modèle fĂ©minin gluckiste lĂ©guĂ© par Armide : Vogel (La toison d’or, 1786), Sacchini (Renaud, 1783), Gossec (ThĂ©sĂ©e, 1778-1782)… Chacun avant Cherubini (et sa MĂ©dĂ©e de 1797 qui profite de cette gĂ©nĂ©alogie fertile de sorcières amoureuses), reprend Ă  son compte et selon sa sensibilitĂ© propre, la figure de femme Ă  la fois monstrueuse et humaine par ses failles Ă©motionnelles, dĂ©voilant sous le masque de ses charmes, les vertiges et les doutes de son cĹ“ur Ă©pris… Car dans sa langue rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e et son instrumentation subtile, sa divine science des contrastes alternant Ă©pisodes choraux et solitudes dĂ©clamĂ©e, Gluck sait inflĂ©chir le modèle solennel hĂ©ritĂ© du XVIIè, par sa très grande sensibilitĂ© tournĂ©e vers l’intime et la sensualitĂ© rayonnante. Sa plus grande rĂ©ussite tient Ă  cette coloration particulière d’une Armide qui souffre et s’Ă©puise face au mystère de l’amour. Au diapason de cette folie qui enchante contre son grĂ© Renaud, qui fait d’Armide une magicienne maudite et condamnĂ©e Ă  souffrir, Gluck explore avec un gĂ©nie inĂ©dit son style frĂ©nĂ©tique, âpre, hautement dramatique et orchestral (en cela hĂ©ritier de Rameau) : comme l’atteste le dĂ©but du IV ; comme fait de mĂŞme sa manière intimiste et dĂ©pressive (premier duo Renaud et Armide du V). Gluck place bien sa fameuse Chaconne, emblème incontournable de l’opĂ©ra lullyste… mais au dĂ©but de la scène 2 du V, au moment oĂą les charmes de l’envoĂ»tement qui tient aveuglĂ© Renaud, vont se rompre comme s’il s’agissait de souligner la fragilitĂ© d’une magie vouĂ©e Ă  l’Ă©chec, celle d’Armide. L’ultime opĂ©ra de Gluck s’achève sur l’un des rĂ©citatifs les plus complexes lĂ©guĂ©s par Lully : “Quand le barbare Ă©tait en ma puissance“… le Chevalier y excelle dans l’expression d’une dĂ©possession dĂ©sespĂ©rĂ©e, celle d’Armide, abandonnĂ©e, trahie par son ancien amant. Le compositeur brosse l’immensitĂ© d’un cĹ“ur dĂ©vastĂ© qui bascule finalement dans la folie meurtrière et destructrice (percussions et cuivres dĂ©moniaques).

 

 

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A venir : la suite: Gluck et ses deux Iphigénies 
Approfondir : lire aussi notre dossier les opéras de Gluck
Lire aussi notre compte rendu critique du cd Amadis de Jean Chrétien Bach (1779)

 

 

 

 

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REPORTAGES VIDEO

L’essor lyrique Ă  l’Ă©poque de Marie-Antoinette

Gossec (Thésée, 1778-1782)

Piccinni : Atys, 1780

Sacchini (Renaud, 1783)

Grétry : La Caravane du Caire, 1783

Vogel (La toison d’or, 1786)

 
 

Illustrations : Alceste mourante par Peyron (DR), Armide et Renaud par Hayez (DR)

 
 

 

 

 

discographie

 

 

GLUCK coffret cd DECCA Gardiner operas_de_gluck_chez_deccaCoffret GLUCK : The geat operas (15 cd DECCA). Voici récapitulée, sa carrière entre Vienne (années 1760) et Paris (années 1770), qui fait de Gluck, à la veille de la Révolution, le champion de l’opéra seria en Europe. Le coffret Decca est incontournable en ce qu’il offre aussi une synthèse des lectures les plus décisives pour la compréhension de sa manière propre, de l’apport du maître au genre lyrique à la fin du XVIIIè : cette synthèse dont il est le seul à défendre légitimiment les vertus esthétiques ; son art est européen avant la lettre, empruntant à l’Italie (mélodies suaves), au germanisme (le développement orchestral souvent stupéfiant), à la France (choeurs et ballets, sens des contrastes dramatiques). A sa source, Berlioz s’abreuve directement. Forme équilibrée, drame préservé, passions exacerbées…  autant de qualités que recueillent tous les auteurs de son vivant et après lui : Vogel, Sacchini, Piccini, Gossec… Voici donc les enregistrements qui ont fait date, en particulier ceux de Gardiner qui en France aura œuvré de façon décisive pour la réévaluation des opéras de Gluck : les deux Iphigénies, -Iphigénie en Tauride d’après Racine de 1779 (Lyon, février 1985), Iphigénie en Aulide de 1774 (Lyon, juillet 1987)-, puis Orfeo ed Euridice (Londres, mai 1991), sans omettre la sublime Alceste de 1767, point d’accomplissement du Britannique (Londres, Paris 1999) au service d’un sommet tragique de l’opéra nouvelle formule, celle gluckiste rompant avec l’idéal des Lumières légué par Métastase… EN LIRE +

 

VIDEO. Armide, Médée : les ballets de Noverre ressuscitées (Versailles, 2012)

Vidéo. Les ballets de Noverre ressuscités à Versailles 2012)

Noverre_Perroneau_PortraitOfJeanGeorgesNoverreVersailles : l’art chorĂ©graphique Ă  l’heure des Lumières. L’OpĂ©ra royal de Versailles accueillait en dĂ©cembre dernier (13 et 15 dĂ©cembre 2012), la recrĂ©ation des ballets d’action de Jean-Georges Noverre, l’inventeur du ballet moderne au dĂ©but des annĂ©es 1760… Renaud et Armide et MĂ©dĂ©e et Jason, deux portraits de magiciennes amoureuses, trahies et blessĂ©es… Figures prĂ©romantiques de la passion tragique. Grand reportage vidĂ©o
Dans les annĂ©es 1760, avant la rĂ©volution Gluckiste, l’opĂ©ra français reçoit un type de spectacle total, le ballet d’action dont l’excellence des disciplines associĂ©es marque un sommet de l’Ă©criture chorĂ©graphique. Sur la musique de Jean-Joseph Rodolphe, le chorĂ©graphe Jean-Georges Noverre (1727-1810) imagine ce théâtre parfait oĂą le seul langage du corps dansĂ© exprime les mĂŞmes passions que celle de la tragĂ©die lyrique contemporaine. Le CMBV Centre de musique baroque de Versailles, s’associe au Centre de musique romantique française Palazzetto Bru Zane et restitue l’Ă©loquence d’un genre oubliĂ© qui a marquĂ© les esprits.  Au programme, les mĂŞmes sujets mythologiques que l’opĂ©ra met en scène: MĂ©dĂ©e et Jason (ballet tragique crĂ©Ă© Ă  Stuttgart en 1763) et Renaud et Armide (hĂ©roĂŻ-pantomime crĂ©Ă©e Ă  Lyon en 1760) et repris Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles en 1775.