Symphonie n°1 TITAN de Mahler à LILLE

MAHLER Symphonies symphonies critique review classiquenews _gustav-mahler-grandhotel-toblach-dobbiaco_c36864daebLILLE, le 1er FEV 2019 : Symphonie TITAN de MAHLER. Voici le premier concert d’un cycle événement qui devrait marquer la saison symphonique 2019. L’intégrale des Symphonies de Gustav Mahler proposé par Alexandre BLOCH, directeur musical de l’Orchestre National de Lille. La première symphonie de Mahler est composée de janvier à mars 1888. Mahler a 28 ans. Comme compositeur, il a remporté un premier succès avec Die drei Pintos d’après les esquisses inachevées de Weber. Il a toujours souhaité composer. Avec la Symphonie “Titan”, Mahler se met au diapason de la Nature, surpuissante, énigmatique, aussi déconcertante que fascinante.
Alors chef d’orchestre au théâtre de Leipzig, il a profité de la période de deuil consécutive à la mort de l’Empereur Guillaume Ier, pour s’atteler à sa seule vraie passion : l’écriture. En découle, la composition de son “poème symphonique”. La création a lieu à la Philharmonie de Budapest, le 20 novembre 1889.
Comme Mozart et son Don Giovanni mieux compris hors de Vienne qu’en terre germanique, même cas de figure pour Gustav : ses œuvres ne sont pas acceptées ni en Autriche ni en Allemagne. Trop moderne, trop «  vulgaires », trop bavardes et autobiographiques.

 
 
  
 

Cycle Gustav Mahler à LILLE
ALEXANDRE BLOCH présente la Symphonie TITAN,
PREMIER NÉ, INCOMPRIS (1888),
essai génial à l’échelle du Cosmos…

 
 
 

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Mais il semble que la création à Budapest n’ait pas été une expérience heureuse : Mahler laisse l’audience dans un climat d’incertitude, puis d’indignation. La claque est même sévère : « par la suite, tout le monde m’a fui, terrorisé, et personne n’a osé me parler de mon oeuvre! », écrit-il amer. En 1891, il rejoint Hambourg où il est nommé premier chef au Stadt-Theater. Il aura l’occasion de diriger à nouveau son œuvre, en octobre 1893, au programme « Titan, poème musical en forme de symphonie ». Le public applaudit quand la critique s’insurge contre la vulgarité d’une subjectivité excessive. De fait, de son vivant, la première symphonie restera un « enfant de douleur », une œuvre jamais vraiment comprise, ni analysée à sa juste mesure.

mahler gustav profil gustav mahler classiquenewsD’emblée dans cette première symphonie, amorce et annonce du cycle orchestral qui va suivre, et l’un des plus impressionnants pour le XXè – l’équivalent des symphonies de Beethoven pour le XIXè, le génie démiurgique et visionnaire de Mahler s’impose avec une hauteur de vue inouïe. Comme s’il était en présence des forces primitives universelles, celles qui décident de l’avenir et du temps, de la Nature et donc de l’humanité, Mahler ressent tout cela à l’échelle du cosmos : la Titan est une déclaration de création, le chant d’une énergie et d’une puissance premières, à l’aube des mythes fondateurs. L’ampleur du souffle comme le raffinement de l’orchestration, avec des alliances de timbres somptueuses, nous saisissent littéralement. Tout découle de ce « printemps naissant et qui ne finit pas » dont parle le compositeur.
Le destin, le mystère de l’univers, le bouillonnement primordial qui sont à la source de toute genèse s’expriment ici, mais avec l’espoir d’une pleine conscience aiguisée (1er mouvement et sa fanfare d’ouverture, qui placée dans la coulisse convoque la résonance du cosmos…) ; avec une charge parodique, finalement sombre voire désespérée et fantastique « à la Calot » (à l’évocation du cortège des animaux de la forêt dans le 2è mouvement: s’y précise l’idéalisme enivré, la dépression ironique… en un bain de sentiments mêlés qui n’appartiennent qu’à l’auteur) ; avec un sentiment personnel de ressentiment, d’amertume voire de souffrance chaotique (très perceptible dans la polyphonie complexe et très moderne du 3è mouvement, à partir de la mélodie « Frère Jacques », décalée, déconstruite, sublimée…). Comment de la même manière passer sous silence, les étagement vertigineux du dernier mouvement, le plus long presque 20 mn (selon les versions et lectures), où les cuivres somptueux comme spectaculaires font imploser le cadre symphonique légué par Beethoven, Brahms… Jamais le langage symphonique, après Wagner s’entend, ne fut aussi marqué et coloré par une sensualité empoisonnée, vénéneuse, d’une lascive et pénétrante torpeur. Exigeant, expérimentateur et poète sonore unique comme singulier, Gustav Mahler ne cesse au fur et à mesure des auditions de son œuvre, de reprendre instrumentation et orchestration, en particulier en 1897, puis en 1906.

Hugo Papbst éclaire le travail de Mahler sur le métier de la Titan : « A propos de l’utilisation des timbres et des notes écrites pour chaque instrument, en particulier dans la partie extrême de leur tessiture, les écrits de Mahler sont éloquents : il s’agit pour le musicien de travailler la pâte instrumentale, d’inaugurer en quelque sorte une nouvelle gamme de résonances, un travail exceptionnel dans la matière et la texture, comme le ferait un peintre, en plasticien réformateur, sur le registre des tons et des nuances de la palette : « Plus tard dans la Marche, les instruments ont l’air d’être travestis, camouflés. La sonorité doit être ici comme assourdie, amortie, comme si on voyait passer des ombres ou des fantômes. Chacune des entrées du canon doit être clairement perceptible. Je voulais que sa couleur surprenne et qu’elle attire l’attention. Je me suis cassé la tête pour y arriver. J’ai finalement si bien réussi que tu as ressenti toi-même cette impression d’étrangeté et de dépaysement. Lorsque je veux qu’un son devienne inquiétant à force d’être retenu, je ne le confie pas à un instrument qui peut le jouer facilement, mais à un autre qui doit faire un grand effort pour le produire et ne peut y parvenir que contraint et forcé. Souvent même, je lui fais franchir les limites naturelles de sa tessiture. C’est ainsi que contrebasses et basson doivent piailler dans l’aigu et que les flûtes sont parfois obligées de s’essouffler dans le grave, et ainsi de suite… », précise-t-il à son amie, Nathalie Bauer-Lechner, en 1900.
Passionnante explication qui nous immerge dans la magie du grand chaudron symphonique.

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ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE
Cycle intégrale Mahler / saison 2018 – 2019

Vendredi 1er février 2019
LILLE, Auditorium du Nouveau Siècle, 20h

MAHLER, Symphonie n°1 « TITAN »
couplé avec (en ouverture du concert) :
MOZART
Ouverture des Noces de Figaro
Concerto pour cor et orch n°4
Rondo pour cor et orchestre
(soliste : Alec Franck-Guillaume, cor)

Orchestre National de Lille / Alexandre BLOCH, direction

RESERVER VOTRE PLACE
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/titan/

 
 
 

 
 
  
 
 

Programme joué auparavant en tournée :
En région
Pas de billetterie O.N.L / billetterie extérieure
Dunkerque Le Bateau Feu
mardi 29 janvier 2019 à 20h
Infos et réservations au 03 28 51 40 40 ou sur lebateaufeu.com

Valenciennes Le Phénix
jeudi 31 janvier 2019 à 20h
Infos et réservations au 03 27 32 32 32 ou sur lephenix.fr

 
 
 
 
 
 

APPROFONDIR
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LIRE AUSSI notre présentation du cycle GUSTAV MAHLER par Alexandre BLOCH et l’Orchestre National de Lille 
 

 
 
 

LIRE aussi notre critique de la Symphonie TITAN par Kubelik (1979) :
http://www.classiquenews.com/gustav-mahler-symphonie-n1-titan-kubelik/

 
 
 

LIRE aussi notre compte rendu de la Symphonie TITAN par Ph Herreweghe et le JOA (Saintes, 2013, sur instruments d’époque)
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-saintes-abbatiale-festival-le-13-juillet-2013-gustav-mahler-symphonie-n1-titan-joa-jeune-orchestre-atlantique-philippe-herreweghe-direction/

 
 
  
 

9ème Symphonie de Gustav Mahler à l'Opéra de ToursVOIR notre reportage VIDEO : Le JOA, Philippe Herreweghe jouent (sur instruments d’époque) la Symphonie n°1 de Gustav Mahler (été 2013, Saintes)
http://www.classiquenews.com/reportage-video-le-joa-jeune-orchestre-atlantique-interprete-la-titan-de-mahler-sous-la-direction-de-philippe-herreweghe-juillet-2013/
Le JOA Jeune Orchestre atlantique interprète la Symphonie Titan de Gustav Mahler. Le festival de Saintes 2013 s’ouvre avec un rendez vous symphonique incontournable : jouer Mahler sur instrument d’époque. Philippe Herreweghe pionnier des relectures historiques conquiert les sonorités étranges et familières, à la fois autobiographiques donc intérieures et aussi cosmiques soit flamboyantes, si spécifiques aux univers de Mahler, en assurant aux jeunes instrumentistes choisis du JOA Jeune Orchestre Symphonique, une approche très attendue des textures et étagements malhériens. A Saintes, lieu de résidence habituelle du collectif de jeunes musiciens, le travail se réalise sur une partition majeure du … XXème siècle. L’oeuvre date de 1889, ses espaces, horizons, perspectives qu’elle trace immédiatement, ainsi au diapason d’une subjectivité à l’échelle du cosmos, établissent de nouvelles règles qui abolissent les limites de l’espace, du temps, du son … en route pour la modernité complexe et si riche, captivante et vertigineuse du XXème siècle ! Concert incontournable. Grand reportage vidéo CLASSIQUENEWS.COM

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