PARIS, Salle Cortot, le 5 avril 2019. ALBERT ROUSSEL, Conférence et concert (Damien TOP, Daniel KAWKA)

ROUSSEL-conference-concert-classiquenews-annonce-critique-concert-et-conference-albert-roussel-affiche-concert-RousselPARIS, Salle Cortot, le 5 avril 2019. ALBERT ROUSSEL, Conférence et concert (Damein TOP, Daniel KAWKA). Formidable célébration Salle Cortot du génie d’Albert Roussel : 2019 marque le 150 ème anniversaire du compositeur français (il est né à Tourcoing, le 5 avril 1869). Un cas toujours surprenant d’un auteur exceptionnel, toujours mésestimé, perpétuel méconnu des producteurs et des directeurs des théâtres et des salles de concerts… quand sa musique vaut naturellement celle des plus grands, Debussy ou Ravel. Musique de chambre, opéras, symphonies, ballets, … et mélodies, car la conférence qui ouvre la soirée (sur le thème : « L’univers poétique de Roussel ») met l’accent non sans raison sur la passion de Roussel pour les textes et son goût de la poésie dont témoignent ses amitiés et ses mélodies.
Grand spécialiste de Roussel, chef d’orchestre, chanteur et biographe remarqué, Damien Top (qui avait participé à la production de l’opéra Pâdmavatî au Châtelet) rétablit ainsi la place du texte, la figure des écrivains et poètes dans la chronologie des œuvres ; le futur officier de la Marine savait déjà voyager par l’esprit en lisant Jules Verne…
Lionel des Rieux, Arnaud Sylvestre, Laurent Tailhade, Lecomte de Lisle, surtout Henri de Régnier, son double poétique, sans omettre les plus tardifs, Maurice Carême ou André Fortin… Chacun lui permet d’affiner son rapport à la nature… une approche de plus en plus ciselée qui se réalisera bientôt grâce à son voyage jusqu’aux Indes et au Cambodge, voyage de noces après son mariage avec Blanche en 1908. Le Festin de l’Araignée puis surtout Pâdmavâti mettent en forme toutes les évocations fortement éprouvées sur le motif à travers ses explorations et ses voyages.

Les noms s’enchaînent ; et l’on mesure mieux combien l’idéal esthétique de Roussel a pu se réaliser dans la recherche constante des affinités, entre verbe et musique.
Damien Top révèle de l’intérieur un parcours personnel et original, jalonné de lectures formatrices, de rencontres stimulantes. Les œuvres, rares, concentrées, attestent la quête et les valeurs d’un esprit perfectionniste, génie de la forme, et aussi expérimentateur, comme en témoignent le choix de ses ballets et des opéras : La Naissance de la lyre qui puise aux racines de la civilisation occidentale, jusqu’à l’humour délirant mais politiquement caustique (contre l’hypocrisie de la bourgeoisie bien pensante) : le Testament de la Tante Caroline, une pochade qui reste inclassable dans le paysage lyrique français (et que les parisiens pourront applaudir à PARIS, au Théâtre Athénée Louis-Jouvet, du 6 au 13 juin 2019.

ALBERT ROUSSEL, symphoniste magicien (150 ans en 2019)

Puis vient le concert, avec la participations des élèves instrumentistes de l’Ecole normale de musique, sous la direction de Daniel Kawka : soit 5 instrumentistes en phase, habiles et suggestifs dans l’art des évocations oniriques telles que les a magistralement élaborées l’auteur du si subtil Festin de l’Araignée.

Damien Top a pris soin de faire écho à sa conférence préalable dans le choix des pièces ainsi présentées : Sérénade opus 30 avec poèmes d’Henri de Régnier (1925) ; puis Le Marchand de sable qui passe, texte de Georges Jean Aubry – dits magnifiquement par Michel Favory, sociétaire honoraire de la Comédie Française. Le triptyque de la Sérénade enchante littéralement par la texture liquide, scintillante de la musique conçue par Roussel : le caractère musical de chaque pièce suit le sens et le développement de chaque poème : « Fête d’eau », « Pour que la nuit soit douce, les roses… », « Voici l’aube… »; il le sublime par la justesse octueuse des climats harmoniques : rien n’est superflu s’il ne sert et enrichit la trame onirique qui porte au songe, à l’enchantement ; Roussel est dans la clarté éloquente de son écriture, un voluptueux magicien, comme… Ravel.

On retrouve dans la musique de scène du Marchand de sable qui passe (1908), tous les caractères emblématiques de la musique roussellienne : la finesse, l’infinie subtilité, l’appel au rêve ; même à un seul personnage (quand l’action en nécessite trois : le marchand – wanderer et le couple amoureux), le texte prend son essor, porté par la qualité de l’écriture musicale que l’on découvre ici dans sa forme originale (flûte, clarinette, cor, violon 1 et violon 2, alto, violoncelle, contrebasse, harpe).
Le premier extrait exprime la texture de la sensualité rêveuse, comme une belle endormie qui revient à la vie : le solitaire banni, promeneur / observateur paraît dans cet épisode introductif qui s’approche de l’ouverture de Capriccio de R Strauss… la séquence suivante plonge dans le mystère de l’amour ; elle exprime aussi plus subtilement, l’incrédulité du passeur, un rien cynique, qui cependant s’émeut lui-même du miracle de l’amour… Roussel qui est un grand rêveur amoureux lui-même, sait enchanter à travers les paroles du Marchand, son double ; il se dévoile : c’est un enchanteur dont le charme suscite l’émergence de l’amour (il est « semeur d’amour ») ou a minima, le retour à l’innocence de l’enfance. La flûte aux volutes proches du Faune de Debussy (comme nous l’a signalé non sans raison Daniel Kawka), chante l’œuvre du Mage enivré… Comme une énigme qui se résout, l’homme énigmatique lève le voile (effusion de la flûte, pudeur du quatuor à cordes)…
Le chef veille aux équilibres sonores ; respecte la finesse dynamique élaborée par Roussel, mais il est vrai que Daniel Kawka est un rousselien de la première; lui qui a défendu sa thèse ici même à l’école normale de musique, sur Roussel dans la classe d’orchestre. Les célébrations Roussel sont rares cette année malgré son anniversaire. Grâce à Damien Top en voici un premier volet, avant le lancement de son festival international Albert Roussel à venir du 21 sept au 25 novembre 2019. A suivre.

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COMPTE RENDU, conférence, concert. PARIS, le 5 avril 2019 (Salle Cortot) : L’univers poétique d’Albert Roussel – Sérénade opus 30, Le marchand de sable qui passe. Michel Favory, récitant. Elèves de l’Ecole normale de musique (Giulia-Deniz Unel, flûte – Emiliano Mendoza, clarinette – David Somoza, cor -Waka Hadame, violon 1 – Alban Marceau, violon 2 – Ayako Tahara, alto – Sin Hye Lee, violoncelle – Venancio Rodrigues contrebasse – Mitsumi Okamoto, harpe) – Daniel Kawka, direction.

APPROFONDIR

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LIRE la biographie d’ALBERT ROUSSEL par Damien TOP
http://www.classiquenews.com/livres-compte-rendu-critique-albert-roussel-par-damien-top-bleu-nuit-editeur-collection-horizons/

VISITEZ le site du Festival international Albert ROUSSEL 2019
http://ciar.e-monsite.com/pages/festival/festival-2019/

ROUSSEL : Le testament de la tante Caroline
Paris, Athénée Théâtre L jouvet, 6 < 13 juin 2019
Par les Frivolités parisiennes…
https://www.athenee-theatre.com/saison/spectacle/le_testament_de_la_tante_caroline.htm

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