Maria Stuarda de Donizetti

maria-stuarda-clouet-opera-de-donizetti-tce-paris-classiquenews-presentation-et-critique-de-l'opera-maria-stuardaParis, TCE. Donizetti : Maria Stuarda, 18>27 juin 2015. Après Bellini avant Verdi, Donizetti en traitant sous forme d’une trilogie opĂ©ratique la chronique des Tudor en particulier,  l’histoire d’Élisabeth 1ère, affirme une rĂ©elle maĂ®trise dramatique prĂ©cisĂ©ment dans le profil psychologique des deux hĂ©roĂŻnes royales,  dessinĂ©es avec un mĂŞme souci de vraisemblance psychologique. Le compositeur qui commence sa carrière Ă  Naples, ne connaĂ®t le succès que tardivement, justement gra^ce Ă  son triptyque tudorien : Anna Bolena ouvre le bal en 1830, puis Maria Stuarda (1835) enfin Roberto Devereux en 1837. Les 3 ouvrages relèvent donc de l’esthĂ©tique romantique italien, affirmant après Rossini et au moment oĂą s’Ă©teint l’Ă©blouissant et dernier Bellini (Les Puritains, Paris, 1835), l’âge d’or du bel canto. A la puretĂ© et au raffinement du style vocal, Donizetti apporte aussi ce rĂ©alisme expressif, annonciateur direct du Verdi Ă  venir.

 

 

 

Marie d’Ecosse, Elisabeth d’Angleterre
La Catholique et l’Anglicane : 2 portraits de femmes

 

Les deux reines sont finement brossĂ©es : Élisabeth souffre de la rivalitĂ© de Marie qui a failli perdre Ă  cause de la Stuart son cher Robert Dudley, comte de Leicester ; c’est sur l’insistance de celui-ci qu’elle consent Ă  la faveur d’une chasse Ă  revoir celle qui l’a fait languir : Marie l’Ă©cossaise catholique,  rĂŞve exaltĂ©e de la campagne de sa chère France cependant qu’elle exprime un orgueil blessĂ© dĂ» Ă  l inflexible Reine vierge : Elisabeth, autoritĂ© anglicane plutĂ´t distante …
MalgrĂ© le contexte politique et confessionnel qui les oppose, on sent dès le dĂ©but que les deux femmes sont de la mĂŞme veine : fières, dignes mais blessĂ©es …. leurs profils aiguisĂ©s,  subtilement portraiturĂ©s et dĂ©fendues par deux interprètes de bout en bout convaincantes laissent prĂ©sager que leur confrontation n’en laissera aucune indemne. Et de fait Donizetti dĂ©voile de façon inĂ©dite la double face de la reine Marie,  angĂ©lique et colĂ©rique,  amoureuse passionnĂ©e capable contre toute biensĂ©ance y compris pour le compositeur contre tout usage sur une cène de théâtre de la rendre … haineuse,  insultant mĂŞme sa cousine Élisabeth : ” vile bâtarde impure qui a profanĂ© le sol anglais “, il n’en fallait pas davantage pour que la Reine Tudor qui a du partager avec sa rivale son aimĂ© Leicester,  se dĂ©cide enfin Ă  signer la dĂ©capitation de sa cousine offensante Marie l’inflexible,  lorgueilleuse, l’ennemie politique et aussi la rivale amoureuse.

La force du livret exploite la confrontation des deux tempĂ©raments fĂ©minins (qui a aussi suscitĂ© de fameuses rivalitĂ©s rĂ©elles entre divas)… de fait les manuscrits autographes ne prĂ©cisent pas les deux tessitures respectives :  cette imprĂ©cision originelle laisse une grande libertĂ© interprĂ©tative : ce qui autorise un soprano angĂ©lique pour Marie, gĂ©nĂ©ralement prĂ©sentĂ©e comme la victime,  or la reine Élisabeth  est loin d’ĂŞtre aussi dure et froide : c’est toute la valeur de l’opĂ©ra que d’avoir brosser deux portraits de femmes. MĂŞme si la Reine anglicane s’impose par son autoritĂ©, son orgueil de femme qui peut tout avoir, Donizetti glisse des pointes subtiles de l’impuissance aussi, voire de l’inquiĂ©tude car Elisabeth sent bien qu’elle ne possède pas totalement et comme elle le voudrait le cĹ“ur de son beau Leicester… Cet amour lui Ă©chappe : voilĂ  qui la rend humaine, faillible, sensible.

On est loin des portraits compassĂ©s et lisses voire prĂ©visibles de reines dignes mais trop schĂ©matiques, soit figures sacrifiĂ©es soit vierges impassibles : avant Verdi, Donizetti fouille la psychologie de ses deux protagonistes auxquelles de façon Ă©gale,  il sait prĂ©server  les accents d’une touchante et juste sincĂ©ritĂ©. De quoi pour chacune d’elle, chanter et jouer comme au théâtre. RĂ©cemment l’ouvrage a permis entre autres Ă  Vienne, la confrontation de deux divas glamour parmi les plus convaincantes de l’heure : Anna Netrebko (le brune dans le rĂ´le de maria) et l’incandescente mezzo blonde Elina Garanca (dans le rĂ´le d’Elisabeth)…

 

 

 

Maria Stuarda de Donizetti au TCE, Paris
Les 18,20,23,25,27 juin 2015 Ă  19h30
5 représentations
Production déjà créée au Royal Opera Covent Garden de Londres, en juin 2014

Drame lyrique en deux actes (1835)
Livret de Giuseppe Bardari, d’après la tragédie éponyme de Friedrich von Schiller
Daniele Callegari,  direction
Moshe Leiser et Patrice Caurier,  mise en scène

Aleksandra Kurzak, Maria Stuarda, reine d’Ecosse
Carmen Giannattasio, Elisabeth, reine d’Angleterre
Francesco Demuro, Robert Dudley
Carlo Colombara, Talbot
Christian Helmer, Cecil
Sophie Pondjiclis, Anna Kennedy
Orchestre de chambre de Paris
Chœur du Théâtre des Champs-Elysées

Mercredi 10 juin 2015 à 18h

ConfĂ©rence-projection : 
Les Borgia et les Tudor dans les drames de Victor Hugo et dans leurs adaptations Ă  l’opĂ©ra par Arnaud Laster – EntrĂ©e libre – 
Inscription conseillĂ©e : conferences@theatrechampselysees.fr

 

 

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