Londres. Butterfly au ROH Covent Garden

pucciniLondres, ROH, Covent Garden. Puccini : Madama Butterfly. Du 20 mars au 11 avril 2015. La production londonienne est prometteuse. Scénographiée par le duo provocateur mais théâtralement toujours abouti, Leiser-Caurier, sous la direction de Nicola Luisotti, voici une lecture du drame de Cio Cio San qui devrait frapper l’audience grâce entre autres à la distribution apparemment cohérente : Opolais, Jagde, Viviani, Bosi, Shkosa. En 1904, Puccini aborde la rive japonaise en sachant éviter les imageries caricaturales grâce à une écriture d’un raffinement harmonique extrême dont le sens de la couleur et le chromatisme ciselé réinventent la notion même d’orientalisme plus qu’ils ne l’illustrent. Le compositeur renouera avec ce scintillement exotique à l’orchestre presque 20 ans plus tard, Turandot, princesse chinoise cré à Milan en 1926, à titre posthume…
A Nagasaki, si l’officier américain Pinkerton (ténor) se marie avec la geisha Cio Cio San dite aussi Butterfly (soprano), il vit tout cela comme un jeu sans conséquence. C’est pourtant dans l’esprit de la jeune femme, un mariage réel dont naît rapidement un garçon : Puccini, comme Massenet à son époque, exploite les forces et mouvements contradictoires. Facétie insouciante de l’américain, chant tragique et solitaire puis suicidaire et désespéré de Cio Cio San. Le compositeur renforce par l’orchestre la psychologie des personnages, en particulier la figure de la geisha dont les relations avec ses semblables sont complexes et nettement défavorables. Jeune prostituée, elle inspire l’exclusion. C’est la solitude de plus en plus accablante pour l’héroïne, et son abandon / trahison par Pinkerton qui achèvent toute résistance. Au final, Cio Cio San n’a jamais existé et son fils est même repris par la femme véritable de Pinkerton… La vraie revanche de Butterfly reste le chant orchestral exceptionnellement raffiné que lui réserve Puccini qui n’a jamais semblé plus inspiré par une figure féminine. Ni Tosca, ni Turandot ni même Mimi, ne semblent doublées par un orchestre aussi raffiné, harmoniquement miroitant, d’une texture scintillante aussi sophistiquée que Ravel ou Debussy.

boutonreservationMadame Butterfly de Puccini au Royal Opera House de Covent Garden, Londres
8 représentations : les 20,23,28,31 mars puis 4,6,9 et 11 avril 2015
Production déjà présentée en 2011
Nicola Luisotti, direction
Patrice Caurier et Moshe Leiser, mise en scène

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