Jonas Kaufmann : The Verdi album (Sony)

CD. Jonas Kaufmann: The Verdi Album. EnregistrĂ© pour son nouveau label, Sony classical, en mars 2013 Ă  Parme (Italie), ce rĂ©cital Verdi affirme le talent inĂ©galable aujourd’hui de l’immense tĂ©nor munichois, Jonas Kaufmann. AU crĂ©dit de ce programme Ă©blouissant pas moins de … 11 premières pour le disque. C’est l’interprète qui le prĂ©cise, documentant dans le livret chacun des rĂ´les prĂ©sentĂ©s.
La couleur et le timbre si repĂ©rables, d’un grave et d’une intensitĂ© essentiellement romantique, s’allient Ă  une rare intelligence dramatique qui couplĂ©e Ă  l’expertise d’un diseur, produit in fine cet abattage incarnĂ© d’une finesse inouĂŻe.

 

 

CD coup de coeur
RĂ©cital Verdi de Jonas Kaufmann

Jonas Kaufmann, ténor verdien au sommet

 

Jonas_Kaufmann_verdi_ album_Sony classicalA priori on ne l’espĂ©rait pas chez Verdi mais la conduite de la ligne (Radamès), le contrĂ´le des pianissimi (mĂŞme Radamès), l’accentuation ciselĂ©e de chaque mot, l’Ă©tonnante flexibilitĂ© des nuances et accents renouvellent de bien des façons notre approche des rĂ´les concernĂ©s : exactement comme son prĂ©dĂ©cesseur Jon Vickers, Kaufmann rĂ©gĂ©nère aujourd’hui la comprĂ©hension et l’approfondissement dramatique de chaque rĂ´le investi : Kaufmann serait-il en passe (lire ensuite) de renouveler le rĂ´le d’Otello comme l’avait fait son royal aĂ®nĂ© ?

Les rôles pour ténor verdien sont ici parfaitement défendus dans un programme équilibré ... : des courts mais expressifs Duc de Mantoue (Rigoletto) et Radamès (Aida) aux caractères ambitieux, aussi dramatiques que vocaux tels Don Carlo, Alvaro (La force du destin), et bien sûr Otello.
Mais son souci du verbe et le raffinement des intentions tĂ©nues du texte sont tout autant remarquablement ciselĂ©s pour Gabriele (Simon Boccanegra) et en particulier un Rodolfo sanguin, tragique, tout Ă  fait schillĂ©rien (Luisa Miller)…

A quoi tient le miracle Kaufmann ? Sa technique vocale est mise au service d’un jeu dramatique d’une exceptionnelle acuitĂ©. Il exprime toutes les failles et les blessures Ă  peine tues puis l’allant d’un dĂ©sir irrĂ©pressible qui Ă©treignent l’esprit de Riccardo (Un Bal masquĂ©) ; du Trouvère (Trovatore), sa fĂ©linitĂ© en filigrane, Ă  la fois mordante et tendre Ă©blouit et embrase le caractère entier et passionnĂ© de Manrico (quel tempĂ©rament et quelle Ă©vidence …) ; notre prĂ©fĂ©rence va Ă©videmment Ă  son Rodolfo (Luisa Miller) de braise et d’Ă©clats idĂ©alement SchillĂ©riens : la passion sauvage, l’intensitĂ© de l’ardeur juvĂ©nile sont saisissantes de sincĂ©ritĂ© et de vĂ©ritĂ© dans l’ivresse Ă  pleine voix, comme dans les piani gorgĂ©s de douleur amère, d’innocence sacrifiĂ©e et trompĂ©e (Oh! fede negar potesi … Quando le sere al placido, plage 6)… une couleur troublante et si riche comparable Ă  son approche du rĂ´le de Macduff (Macbeth) en fin de programme ; l’urgence panique, le chant embrasĂ© font toute la valeur de ses Gabriele et Don Carlo qui suivent.

Le sommet attendu Ă©tant Otello (qu’il prĂ©pare pour une prochaine prise de rĂ´le) : il connaĂ®t comme il le dit lui-mĂŞme dans la notice et le livret de l’album, idĂ©alement documentĂ©s, la partition ayant chantĂ© depuis longtemps le rĂ´le de Cassio ; pour le rĂ´le-titre, la densitĂ©, l’Ă©paisseur terrassĂ©e du personnage, entre folie et tendresse, sensualitĂ© impuissante et sauvagerie du sentiment de soupçon surgissent en un feu vocal digne d’un immense acteur. Voici “Le Kaufmann” qui mĂ»rissait depuis quelques annĂ©es : justesse de l’intonation, style impeccable, souffle et contrĂ´le dynamique, surtout intensitĂ© et couleur font ce chant habitĂ©, dĂ©sormais Ă  nul autre comparable. Avec une telle prĂ©sence, un tel naturel dramatique, cet Otello exceptionnel, bigarrĂ©, multiforme, d’une imagination et crĂ©ativitĂ© de première classe, confirme Ă  quel niveau d’intelligence artistique et vocale est parvenu le tĂ©nor munichois. Ayant dĂ©jĂ  un agenda plus que complet pour les 10 ans Ă  venir, Jonas Kaufmann, offrant le rĂ©cital verdi le plus bouleversant qui soit, aiguise encore notre dĂ©sir de le voir et de l’Ă©couter. Son Otello Ă  venir devrait ĂŞtre le prochain grand Ă©vĂ©nement de la scène lyrique des mois Ă  venir.
Soutenant et dialoguant avec le chant clair obscur d’un interprète nĂ©, l’orchestre parmesan sous la direction de Pier Giorgio Morandi sait rester Ă  sa place, trouvant souvent de vives et fines couleurs. Le travail des musiciens et du chef fait aussi la rĂ©ussite du programme.
Voici au registre des nouveautés, le disque convaincant que nous attendions cette année Verdi 2013. Récital événement, coup de coeur de classiquenews.

 

Jonas Kaufmann, tĂ©nor. The Verdi Album. Orchestre de l’OpĂ©ra de Parme. Pier Giorgio Morandi, direction. 1 cd Sony classical. Enregistrement rĂ©alisĂ© en mars 2013 (Parme, Italie).