Johann Strauss II : La Chauve Souris à Nice

Strauss Johann IINice, Opéra: La Chauve Souris. Du 17 au 23 janvier 2014. Nouvelle production en 4 dates. A l’initiative du nouveau directeur artistique, Marc Adam (depuis novembre 2012), l’Opéra de Nice confirme sa nouvelle orientation lyrique et artistique et présente sa nouvelle production de La Chauve souris à partir du 17 janvier 2014. L’oeuvre la plus célèbre de la scène viennoise de la fin du XIX ème siècle fut écrite par un libéral, convaincu par les idéaux révolutionnaires. Johann Strauss fils fut un être sanguin, passionné par la musique, violoniste virtuose (comme son père qui tenta d’empêcher toujours mais vainement sa carrière), travailleur acharné, célèbre de Vienne à Saint-Pétersbourg. Sa vie affective est digne d’un roman fleuve. sa première opérette immédiatement applaudie dans toute l’Europe, La Chauve Souris resplendit et s’envole de nouveau, cycle habituel au moment des fêtes: il y est question d’une société plus éprises de divertissements et de champagne que de sacrifice et de tragédie héroïque.

Nice, Opéra
Johann Strauss II
La Chauve Souris, 1874
Die Fledermaus
Nouvelle production
4 dates : les 17, 21 et 23 janvier 2014 à 20h, le 19 janvier à 15h.

boutonreservationInformations et réservations sur le site de l’Opéra de Nice

 

 

Nouvelle Chauve souris à Nice

 

Opérette en trois actes
Livret de Karl Haffner et Richard Genée d’après le vaudeville de Meilhac et Halévy Le réveillon
Créée à Vienne le 5 avril 1874
Texte chanté et dialogue en français
Adaptation Robin Belfond

Johann Strauss fils (1825-1899)
La Chauve souris, 1874
NOUVELLE PRODUCTION en coopération avec le Salzburger Landestheater

Direction musicale Bruno Ferrandis
Mise en scène Andreas Gergen
Décors Court Watson
Costumes Regina Schill
Lumières Patrick Méeüs
Chorégraphie Pascale Sabine Chevroton

Orchestre Philharmonique de Nice
Choeur de l’Opéra de Nice

Eisenstein Fabrice Dalis
Rosalinde Sophie Marin-Degor
Franck Bernard Imbert
Prince Orlofsky Karine Ohanyan
Alfred Christian Baumgaertel
Docteur Falke Boris Grappe
Docteur Blind Frédéric Diquero
Adèle Melody Louledjian
Ida Virginie Maraskin-Berrou
Frosch Noëlle Perna

 

 

 

L’élégant rebelle

 

Strauss Johann IIJohann Strauss fils a 49 ans lorsque, après avoir composé un catalogue inégalé de valses, qui a fait de lui l’empereur de la danse viennoise, il écrit sa première opérette La Chauve Souris, en 1874. A l’époque où les impressionnistes préparent la révolution chromatique qui réformera la perception de la peinture, le “directeur des bals de la Cour”, admiré de Wagner, Brahms et Liszt, enchante à nouveau son public au théâtre. Strauss s’inspire d’un vaudeville rédigé par les librettistes d’Offenbach (lequel a alors composé la majorité de son oeuvre lyrique). En effet, Meillac et Halévy lui “offrent” le prétexte à rebondissements d’une pièce, Le Réveillon, dont l’action est elle-même tirée de la pièce allemande de Benedix, La Prison. Au départ, il s’agit de la vengeance d’un notaire (qui deviendra le Docteur Falke dans la pièce de Strauss): maître Duparquet souhaite en effet punir son ami Gaillardin de l’avoir obligé à rentrer costumé, à l’aube, après une soirée bien arrosée, semant le ridicule sur son passage. Le notaire invite son ami au dîner d’un prince russe où sont également réunis le directeur de la prison où il doit séjourner, ainsi que quelques “cocottes”.

Strauss et son librettiste, Richard Genée, transforment l’intrigue et les personnages: Gaillardin, le sujet de la vengeance devient Eisenstein et le dîner russe fait place à une grande cérémonie masquée, conduisant à un bal typiquement viennois chez un prince, Orlofsky, riche et désabusé. Au souper paraissent l’épouse d’Eisenstein (Rosalinde), déguisée en comtesse hongroise (superbe prétexte pour le compositeur à composer un air typique) et aussi sa femme de chambre (Adèle), qui se présente comme une grande actrice. Au final, comme porté par l’élan des rythmes suscités par la composition, Strauss écrit sa Chauve Souris en 43 jours, en en faisaint un hymne irrépressible à la valse et au “roi”champagne. Au-delà de la comédie des masques, Strauss, comme Offenbach vis à vis de la société du Second Empire, brosse un portrait critique de la société de son époque, en particulier la faculté de la classe moyenne et bourgeoise à rompre toute licence pour “oublier” l’infamie et les misères suscités par le krach boursier contemporain, comme à s’élever socialement et prétendre au divertissement aristocratique. L’oeuvre est créé au Théâtre en der Wien, le 5 avril 1874.

Les Johann Strauss, le fils contre le père
Il y a comme toujours dans l’oeuvre légère de la sédition et une pointe acerbe tendue contre les dérèglements de la société contemporaine. L’univers de la prison, dans la Chauve Souris, met en vérité, l’accent sur des tares qu’il faudra bien régler un jour. La contestation et l’esprit de la revanche, comme celui de la vengeance, animent tout l’ouvrage: sous l’action du déguisement, il s’agit bien de donner une leçon contre celui qui produit l’humiliation. Y aurait-il des liens avec la propre vie de Johann Strauss fils qui fut toujours opposé à son père? En effet, tous deux ne se sont jamais entendus. Le père abandonne très tôt la cellule familiale pour convoler avec sa maîtresse Emilie: Johann fils n’a que 10 ans (1835). Sa mère Anna demande le divorce et éduque seule ses enfants avec une petite pension allouée par son ancien mari, alors que celui-ci mène bon train avec sa maîtresse. Pire, le père interdit à son fils de jouer (comme lui) du violon et de devenir musicien, quand sa mère l’encourage dans ses études et recopie même ses compositions. Il tentera même de saboter la première soirée de concert officielle de son fils en 1844, mais vainement. Après la révolution de 1848, les deux Johann, père et fils deviennent des ennemis politique: le premier, dans la marche de Radetszy entonne une hymne monarchiste pour celui qui a réprimé dans le sang les révoltés lombards, le second est le porte-parole de la force étudiante, rallié aux révolutionnaires et libéral. Le 3 décembre 1848, Johann le fils fait jouer La Marseillaise, ce qui lui vaut d’être inquiété par la police de l’Empereur d’Autriche et d’être mis sous contrôle. Après la mort de son père (1849), Johann fils dirige toute la musique à Vienne, héritant de son orchestre et de ses fonctions: il est fait régent des bals de la Cour Impériale, et au terme d’une tournée qui le mène de Dresde à Hambourg, est retrouvé inconscient en 1852, pour surmenage.

Vie de Johann Strauss fils
Simultanément à Vienne, Johann Strauss suscite un immense succès en Russie: invité à Pavlosk, près de Saint-Pétersbourg, il y signe un contrat annuel pour donner des concerts de musique viennoise (1855). En 1858, il rencontre une aristocrate russe Olga Smirnitzkaya qui devient sa maîtresse et qu’il voudrait épouser, mais deux années plus tard, ils doivent se séparer, la famille de la jeune femme refusant qu’il épouse un roturier. De retour à Vienne, Johann rencontre la cantatrice Jetty Treffz (1861) au cours d’une soirée dont le Baron Mortiz Todesco qui est aussi l’amant de Jetty, a le secret: le bal masqué de la Chauve Souris recréerait-il ces fastes éphémères qu’a réellement connus Strauss? Jetty décide d’épouser Johann Strauss en 1862. L’orchestre familial compte deux autres chefs, les deux frères de Johann, Josef et Eduard Strauss. La position de Johann s’élève encore: en étant nommé en 1863 (au moment où Offenbach connaît lui aussi une ascension musicale à Paris progressive), Hofball Musikdirektor, il renonce à jouer dans les faubourgs.

 

Ses frères, Josef et Eduard créent une nouvelle société de musique. Parallèlement à ses activités de chef et de compositeur, Johann s’intéresse à la musique contemporaine: il dirige Wagner dès 1854 (ouverture de Tannhäuser), rencontre Brahms en 1862, dirige aussi la musique de Tchaïkovsky (1865, l’année où Offenbach fait jouer La Belle Hélène). En 1867, il donne Le beau Danube Bleu, sans succès!, puis participe à l’Exposition universelle de Paris, pour laquelle Offenbach a composé La Grande Duchesse de Gérolstein et surtout La Vie Parisienne. Les années 1870 sont noires: Johann perd sa mère, Anna, puis son frère Josef, de santé fragile et surmené dès 1865.
En 1873, un krach boursier ruine les bourgeois et une grande partie de la noblesse viennoise. La banquier juif Rotschild qui a senti le vent venir, a transféré tous sesa voirs avant la crise: il a sauvé sa fortune, ce qui sème une levée d’antisémitisme. C’est à cette époque que Johann Strauss crée Die Fledermaus, La Chauve Souris qui recueille un succès assez tiède. En 1877, succès du Baron Tzigane, non pas à Vienne mais à Paris. Johann retrouve le cadavre de son épouse Jetty dans leur maison: pris de panique, le compositeur s’enfuit en Italie. En 1878, le compositeur épouse Angelica Dietrich: leur liaison ne durera pas, et Johann rencontre Adèle Deutsch, jeune veuve de 21 ans. Il en a 53. 1883: double première à Berlin et à Vienne d’Une nuit à Venise. Johann Strauss est devenu une personalité reconnue: pour les 40 ans de sa carrière viennoise, en 1884, il est nommé “citoyen de Vienne”. En 1885, à 50 ans, Johann quitte l’Autriche: il se convertit au protestantisme pour épouser Adèle (1887). EN 1894, célébration du jubilé de Johann Strauss comme compositeur: à Hambourg, Mahler joue Die Fledermaus, et Richard Strauss dirige Perpetuum mobile au Concert Philharmonique de Berlin. L’ année de sa mort, le compositeur assiste (et participe) au 25ème anniversaire de La Chauve Souris (22 mai, Hofoper), puis s’éteint le 3 juin suivant. Le 25 octobre 1899, une cérémonie funèbre est organisée: le Requiem allemand de Brahms est interprété. En 1907, Eduard Strauss aui a dissoud l’orchestre familiale en 1901, fait brûler l’ensemble des partitions de la société familial dont des manuscrits inédits et précieux.3 Je ne peux pas faire autrement”, dira-t-il énigmatique. Il meurt en 1916. Adèle Strauss survivra à son époux jusqu’en 1930.

Crédit photographique: Johann Strauss et Johannes Brahms (DR)