Haendel : Bellezza contre le temps et la désillusion

nattier-haendel-handel-portrait-jean-marc-nattier-portrait-of-francis-greville,-baron-brooke,-later-1st-earl-of-warwick-(1719-1773)France Musique. Mercredi 6 juillet 2016, 22h. Handel : Il trionfo del tempo e del disinganno. Le jeune Haendel romain, vedette du festival d’Aix 2016. L’oratorio en deux parties que le jeune Haendel – âgé de 22 ans, livre en Italie en 1707 est une personnalité européenne venu à Rome enrichir sa propre expérience et aussi démontrer combien il maîtrise au début du XVIIIè, la langue sensuelle et conquérante de la Contre Réforme. Sur le livret du Cardinal Benedetto Pamphili, Il Trionfo est une succession d’airs électriques, exigeant des solistes une habilité virtuose exceptionnelle, entre expressivité dramatique, et subtilité d’intonation. Soit de vrais chanteurs d’opéras. C’est une annonce directe de ce que fera le génie saxon, plus tard à Londres, après avoir échoué à affirmer son métier dans le genre de l’opéra sedia : Il trionfo désigne cet oratorio anglais bientôt à naître et remarquablement déployé dès la fin des années 1730. Mais ici, à Rome, le jeune compositeur apprend et perfectionne sa langue dramatique et poétique.

 

 

haendel handel classiquenewsBEAUTE / BELLEZZA s’enivre d’elle même… 4 personnages allégories se confrontent, exprimant les diverses élans et désirs de l’âme humaine; Bellezza (beauté), Piacere (Plaisir), Disinganno (désillusion) et Tempo (Temps), tous imposent à l’homme les limites et les mirages d’une vie d’insouciance ; sans conscience ni morale, sans valeurs ni sagesse, une vie humaine est vaine, creuse, fût-elle belle, hédoniste. Le temps rattrape vite les élans du plaisir. Tout n’a qu’un temps et passe et s’efface. L’appel est lancé : l’âme doit être responsable. Ainsi la Beauté s’enivre d’elle-même… Si le sujet est sérieux et hautement moral, la forme musicale époustoufle par son raffinement, sa suprême élégance, l’invention des mélodies, la finesse et la subtilité de la langue orchestrale. Jamais le génie haendélien n’aura été aussi imaginatif, contrasté, sensuel et nerveux : le compositeur réutilisera d’ailleurs nombre de ses airs dans ses opéras futurs. Aix propose une version mise en scène par le polonais déjanté, souvent provocateur, en tout cas décalé, Krzysztof Warlikowski. La distribution elle suscite une adhésion immédiate :

Bellezza : Sabine Devieilhe*
Piacere : Franco Fagioli
Disinganno : Sara Mingardo
Tempo : Michael Spyres

Tous sont conduits par Emmanuelle Haim, à la tête de son ensemble Le Concert d’Astrée.

 

 

 

A l’affiche du festival d’Aix 2016 : les 1er, 4, 6, 9, 12 et 14 juillet 2016 / Théâtre de l’Archevêché, 22h. VISITER le site du festival d’Aix en Provence 2016

 

 

logo_france_musique_DETOUREDIFFUSION : en direct sur France Musique et France 2, le 6 juillet 2016 à 22h. Voici l’un des temps forts du festival d’Aix en Provence 2016, et non sans raison mais de façon confidentiel, la place du Baroque à Aix. Il reste dommage que les grands créateurs baroques lyriques, français ou italiens aient depuis des décennies – depuis la direction de Bernard Foccroule précisément, quitté le plateau de l’Archevêché. On se souvient des Orfeo ou Dido qui avaient pourtant enchanté les soirs étoilés du festival. Qu’en sera-t-il avec le nouveau directeur Pierre Audi ?

 

 

Illustration : évocation du jeune Haendel / Handel à Rome / Portrait de jeune homme Baron Brooke par Nattier (DR)

 

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