Compte-rendu : Paris. Salle Pleyel, le 29 mai. Hartmann, Tchaïkovski … Orchestre de Paris. Christophe Eschenbach, direction. Matthias Goerne, baryton.

Matthias Goerne portraitLa Salle Pleyel accueille l’Orchestre de Paris. Invité vedette, le baryton allemand Matthias Goerne pour un programme d’une bouleversante intensité. Le chef Christophe Eschenbach dirige les musiciens dans une oeuvre méconnue du compositeur allemand Karl Amadeus Hartmann et dans la 5e symphonie de Tchaïkovsky.

La scène chantée pour baryton et orchestre (1964) de Karl Amadeus Hartmann est la mise en musique d’un monologue extrait de la pièce de Jean Giraudoux “Sodome et Gomorrhe”. Compositeur méconnu en France, il a été l’élève de Webern, et ce malgré le fait qu’il était déjà un compositeur célèbre en Allemagne. La composition fait appel à un très grand orchestre, une véritable occasion pour les instrumentistes de l’Orchestre de Paris. Hartmann crée des timbres inouïs, interprétés avec maestria sous la direction d’Eschenbach. L’oeuvre est d’une puissance dramatique indéniable et l’influence de Webern évidente. Le solo de flûte qui ouvre la pièce est d’une beauté apocalyptique. Matthias Goerne, lui, chante l’apocalypse et devant son immense talent et sa sensibilité de braise, nous ne pouvons qu’être admiratifs. Il passe de l’arioso à la langue parlé puis au récitatif et s’approche de l’air… Le tout avec un engagement émotionnel qui bouleverse. L’interprète fait preuve non seulement d’une inflexion parfaite de la langue allemande (dommage que la salle n’ait offert de sous-titres), mais aussi d’un registre aigu crémeux et d’un grave saisissant. Il chante la fin du monde et nous mourons avec lui… de beauté, tout simplement. Si le public semble légèrement dérangé par la modernité de la pièce, il n’est surtout pas insensible au talent du chanteur qui reçoit les plus chaleureux applaudissements.

Ensuite vient la Symphonie n° 5 en mi mineur op. 64 de Tchaïkovsky. Dès le début, l’orchestre rayonne dans le langage romantique du génie russe. Les vents impressionnent particulièrement au premier mouvement.

L’andante cantabile qui suit est l’occasion pour les cordes de rayonner, avec une prestation de grande beauté, pendant que les cuivres jouent avec une précision superbe et une certaine virilité. Le mouvement d’une beauté mélodique particulière est léger mais avec tant de sentiment qu’il paraît profond. Au troisième mouvement, nous retrouvons le Tchaïkovsky des ballets qu’on aime tant. L’orchestre joue le mouvement final avec beaucoup de brio et un entrain tout à fait appassionato, les vents immaculés, les cordes expressives… Le tout d’une fureur impressionnante.

Nous sortons contents de la Salle Pleyel, d’abord grâce à la découverte et à l’entrée au répertoire de l’oeuvre de Hartmann, mais aussi par l’investissement et l’engagement des musiciens. Nous avons le souvenir apocalyptique mais savoureux d’un Matthias Goerne que nous aimerions voir plus souvent en France, et celui grandiose de la sentimentalité exquise de la 5e symphonie de Tchaïkovsky merveilleusement jouée.

Paris. Salle Pleyel, le 29 mai. Hartmann, Tchaïkovski … Orchestre de Paris. Christophe Eschenbach, direction. Matthias Goerne, baryton.

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