Compte rendu, opéra. Paris. Opéra National de Paris, le 9 juin 2014. Verdi : La Traviata. Diana Damrau, Ludovic Tézier, Francesco Demuro, Cornelia Oncioiu… Orchestre et choeur de l’Opéra National de Paris. Daniel Oren, direction. Benoît Jacquot, mise en scène.

damrau-diana-traviata-bastille-575Nouvelle Traviata après l’année Verdi à l’Opéra National de Paris ! Une Traviata nouveau cru qui profite de la performance choc de la soprano Diana Damrau dans le rôle-titre, pour ses débuts à Paris. La mise en scène est de Benoît Jacquot, dont nous gardons l’agréable souvenir d’un Werther réussi La direction musicale est assuré par le chef italien Daniel Oren. L’opéra le plus joué dans le monde, parfois même une carte de présentation des grandes divas ne laisse toujours pas indifférent. Raconter l’histoire peut paraître redondant, l’intrigue respectant plutôt fidèlement le célèbre roman d’Alexandre Dumas Fils, où une courtisane de luxe se sacrifie par amour et (re)devient victime de la société. C’est peut-être aussi la plus saisissante étude psychologique de tout le théâtre lyrique romantique, créée par Verdi en 1853 sur le livret de Francesco Maria Piave d’après La Dame aux Camélias.

 

 

Non italienne, une inoubliable Traviata

 

Que faire avec une telle créature ? Le pari, payant, de l’Opéra de Paris en embauchant Benoît Jacquot et son équipe artistique pour la nouvelle production et sans doute celui du « retour aux origines ». La Traviata est une œuvre italienne, certes, mais son esprit est français. L’inspiratrice du drame se nommait Maire Duplessis, maîtresse d’un Liszt et d’un Dumas Fils. Giuseppe Verdi a mis en musique les mœurs et valeurs de la France de la monarchie de juillet. On a tendance à l’oublier, voire à l’ignorer dans certaines mise en scènes transposées parfois de façon trop ésotérique, touchant le snobisme sans fond ni intention. Dans le cas Jacquot, les intentions ne sont pas les plus explicites, et tant mieux. Nous acceptons rapidement l’aspect cinématographique de sa production, toujours avec deux plans différents sur le plateau, dans les décors esthétiques de Sylvain Chauvelot, avec les riches costumes de Christian Gasc et les lumières pertinentes d’André Diot. Idéalement, le cinéaste metteur en scène a voulu rompre, en toute délicatesse, avec certaines conventions… Notamment avec les chœurs les plus statiques que nous ayons jamais vu dans une Traviata. Si nous aimons les chansons à boire animées et dansantes, le fameux Brindisi devient ici un mini-concert de Violetta et d’Alfredo. C’est moins une approche psychologique qu’une répresentation très juste des codes et mœurs de la société d’alors. L’élégance, le raffinement, les nons-dits, l’isolement et la désolation dansent ensemble dans les ténèbres pendant que deux amoureux célèbrent la joie et la volupté. Cela ne peut pas être plus français, ni plus beau dans sa véracité.

Quel profil pour Violetta Valéry ? Diana Damrau, soprano allemande, offre une prestation rare par l’excellence de son chant. N’oublions pas qu’il s’agît d’un rôle très exigeant pour l’interprète d’un point de vue vocal. Les talents propres à la soprano, avec sa formation académique mozartienne font de sa Violetta une tragédienne plus française qu’italienne, avec une ligne de chant impeccablement soignée, des piani et pianissimi dans les sommets et les profondeurs du rôle qui font ravir les cœurs. « Addio del passato » au dernier acte est l’un des nombreux moments forts, la salle respire et soupire à l’unisson devant la perfection sonore des adieux de la Violetta mourante. A ses côtés, Ludovic Tézier dans le rôle de Giorgio Germont, père d’Alfredo, est aussi excellent. Il incarne le rôle avec un air hautain qui va très bien dans cette production. Sa performance est une véritable master class, peut-être trop vaillant et héroïque pour le rôle, mais puissamment crédible quoi qu’il en soit.

 

Daniel Oren dirigeant l’Orchestre de l’Opéra National de Paris défend aussi le parti-pris de faire une Traviata résolument non italienne. Si sa baguette manque parfois de clarté, il arrive souvent à obtenir un son frémissant, sensuel et sans excès. Pourquoi être libre quand nous sommes si bien dans nos prisons ? Soit, mais nous l’aurions préféré libéré. Ne manquer pas cette Traviata française, si brillante et raffinée à l’affiche de l’Opéra Bastille les 12, 14, 17 et 20 juin 2014.

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