CD, critique. STRAUSS : lieder / DIANA DAMRAU / MARISS JANSONS (1 cd ERATO, janv 2019)

diana-damrau-strauss-lieder-cd-critique-opera-critique-classiquenews-richard-strauss-vier-letzte-liederCD, critique. STRAUSS : lieder / DIANA DAMRAU / MARISS JANSONS (1 cd ERATO, janv 2019). D’abord, analysons la lecture des lieder avec orchestre : Diana Damrau, soprano allemande, mozartienne et verdienne, au sommet de son chant charnel et clair, parfois angélique, se saisit du testament spirituel et musical du Strauss octogénaire, le plus inspiré, qui aspire alors à cette fusion heureuse, poétique, du verbe et de la musique en un parlé chanté, « sprechgesang » d’une absolue plasticité. Une lecture extrêmement tendre à laquelle le chef Mariss Jansons (l’une de ses dernières gravures réalisées en janvier 2019 avant sa disparition survenue en nov 2019) sait apporter des couleurs fines et détaillées ; une profondeur toute en pudeur.

Née en Bavière comme Strauss, Diana Damrau réalise et concrétise une sorte de rêve, d’évidence même en chantant le poète compositeur de sa propre terre. Strauss était marié à une soprano, écrivant pour elle, ses meilleures partitions. Celle qui a chanté Zerbinette, figure féminine aussi insouciante que sage, Sophie, autre visage d’un angélisme loyal, Aithra du moins connu de ses ouvrages Hélène d’Egypte / Die Ägyptische Helena, se donne totalement à une sorte d’enivrement vocal qui bouleverse par sa sincérité et son intensité tendre comme on a dit.

Des Quatre derniers lieders / Ver Letzte Lieder, examinons premièrement « Frühling » : éperdu, rayonnant voire incandescent grâce à l’intensité ardente et pourtant très claire des aigus, portés par un souffle ivre. Cependant, la ligne manque parfois d’assise, comme si la chanteuse manquait justement de soutien. Puis, « September » s’enivre dans un autre extase, celle d’une tendresse infinie dont le caractère contemplatif se fond avec son sujet, un crépuscule chaud, celui enveloppant d’une fin d’été ; la caresse symphonique y atteint, en ses vagues océanes gorgées de volupté, des sommets de chatoyance melliflue, – cor rayonnant obligé, pour conclure, où chez la chanteuse s’affirme cette fois, la beauté du timbre au legato souverain.

« Beim Schlafengehen » d’après Hermann Hesse, plonge dans le lugubre profond d’une immense lassitude, celle du poète éprouvé par le choc de la première guerre et le déclin de son épouse : impuissance et douleur ; la sincérité et cet angélisme engagé qu’exprime sans affect la diva, bouleversent totalement. En particulier dans sa réponse au solo de violon qui est l’appel à l’insouciance dans la candeur magique de la nuit. Cette implication totale rappelle l’investissement que nous avons pu constater dans certains de ses rôles à l’opéra : sa Gilda, sa Traviata… consumées, ardentes, brûlantes. Presque wagnérienne, mais précise et mesurée, la soprano au timbre ample et charnel reste, -intelligence suprême, très proche du texte, faisant de cette fin, un déchirement troublant.

« Im Abendrot » : malgré l’émission première de l’orchestre, trop brutale, épaisse et dure, le soprano de Damru sait s’élever au dessus de la cime des cors et des cordes. La qualité majeure de Diana Damrau reste la couleur spécifique, mozartienne que son timbre apporte à l’articulation et l’harmonisation des Lieder orchestraux : irradié, embrasé, et pourtant sincère et tendre, transcendé et humain, le chant de Diana Damrau convainc totalement : il s’inscrit parmi les lectures les plus personnelles et abouties du cycle lyrique et symphonique.

La flexibilité des registres aigus, l’accroche directe des aigus, la présence du texte, rendent justice à l’écriture de Richard Strauss qui signe ici son testament musical et spirituel, un accomplissement musical autant qu’un adieu à toute vie.
Le reste du programme enchaîne les lieder avec la complicité toute en fluidité et délicatesse du pianiste Helmut Deutsch, à partir de Malven… qui serait donc le 5è dernier lieder d’un Strauss saisi par l’inspiration et d’un sublime remontant à nov 1948, « dernière rose » pour sa chère diva Maria Jeritza… laquelle, comme soucieuse et trop personnelle, révéla l’air en 1982 ! Le soprano de Damrau articule, vivifie les 4 Mädchenblumen dont la coupe et le verbe malicieux, enjoué rappelle constamment le caractère de Zerbinette. Ce caractère de tendresse voluptueuse quasi extatique appelant à un monde pacifié, idyllique qui n’existera jamais, semble dans le pénultième Befreit, chef d’oeuvre à l’énoncé schubertien, traversé par la mort et la perte, le deuil d’une ineffable souffrance bientôt changée en bonheur final, que la diva incarne embrasée dans le moelleux d’aigus irrisés et calibrés, son timbre éprouvé, attendri.

CLIC D'OR macaron 200Morgen l’ultime lied orchestré, d’après le poème de Mackay, se cristalise en une ivresse éperdue qui aspire au renoncement immatériel, à l’évanouissement, à la perte de toute chose : legato, flexibilité, beauté du timbre, associé à l’élégie du violon solo font un miracle musical pour ce programme d’une évidente musicalité. Splendide récital, élégant, tendre, musical. Bravo Diana.

 

 

 

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CD, critique. STRAUSS : lieder / DIANA DAMRAU / MARISS JANSONS (1 cd ERATO, janv 2019). Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks / Mariss Jansons. L’heure n’est pas aux comparaisons déraisonnables tant leurs timbres et moyens respectifs sont très différents mais le hasard des parutions fait que ERATO publie en janvier le même programme des Quatre derniers lieder, par Diana Damrau donc (orchestre) et par la franco-danoise Elsa Dreisig (piano), cette dernière interprète hélas moins convaincante et naturelle que sa consœur allemande… d’autant que la chanteuse française intercale diverses mélodies françaises et russes entre chaque lied de Strauss, au risque d’opérer une césure dommageable…

 

 

 

VIDEO : Diama DAMRAU chante September de Richard Strauss

 

 

 

 LIRE aussi notre dépêche MORT DU CHEF MARISS JANSONS, nov 2019

Diana Damrau chante La Traviata aux Chorégies d’Orange 2016

france3 logo 2014France 3. Verdi : La Traviata, mercredi 3 août 2016,21h30. En direct d’Orange, Diana Damrau se confronte au plein air et à l’immensité du Théâtre Antique pour exprimer l’intimité tragique d’un destin sacrifié : celui de la jeune courtisane parisienne Alphonsine Duplessis, devenue d’Alexandre Dumas fils à Verdi à l’opéra, Violetta Valéry. La diva germanique a déjà chanté à maintes reprises le rôles écrasant de La Traviata (la dévoyée) : à la Scala, et récemment dans la mise en scène finalement très classique et sans poésie de Benoît Jacquot, sur les planches de l’Opéra Bastille : un dvd en témoigne (ERATO, live de juin 2014 : lire notre critique du dvd La Traviata avec Diana Damrau).

GLEYRE-dessin-academiqueTRAVIATA, UN MYTHE SACRIFICIEL… Verdi construit le drame par étape, chacune accablant davantage la prostituée qui entretient son jeune amant Alfredo. L’acte I est toute ivresse, à Paris, dans les salons dorés de la vie nocturne : c’est là que Violetta se laisse séduire par le jeune homme ; au II, le père surgit pour rétablir les bienséances : souhaitant marier sa jeune fille, le déshonneur accable sa famille : Violetta doit rompre avec Alfredo le fils insouciant. A Paris, les deux amants qui ont rompu se retrouvent et le jeune homme humilie publiquement celle qu’il ne voit que comme une courtisane (il lui jette à la figure l’argent qu’il vient de gagner au jeu) ; enfin au III, mourante, au moment du Carnaval, retrouve Alfredo mais trop tard : leur réconciliation finale scelle le salut et peut-être la rédemption de cette Madeleine romantique. En épinglant l’hypocrisie de la morale bourgeoise, Verdi règle ses comptes avec la lâcheté sociale, celle qu’il eut à combattre alors qu’il vivait en concubinage avec la cantatrice Giuseppina Strepponi : quand on les croisait dans la rue, personne ne voulait saluer la compagne scandaleuse. La conception de l’opéra suit la découverte à Paris de la pièce de Dumas en mai 1852. L’intrigue qui devrait se dérouler dans la France baroque de Mazarin, porte au devant de la scène une femme de petite vertu mais d’une grandeur héroïque bouleversante. Figure sacrificielle, Violetta est aussi une valeureuse qui accomplit son destin dans l’autodétermination : son sacrifice la rend admirable. Le compositeur réinvente la langue lyrique : sobre, économe, directe, et pourtant juste et intense. La grandeur de Violetta vient de sa quête d’absolu, l’impossibilité d’un amour éprouvé, interdit. Patti, Melba, Callas, Caballe, Ileana Cotrubas, Gheorghiu, Fleming, récemment Annick Massis ou Sonya Yoncheva ont chanté les visages progressifs de la femme accablée mais rayonnante par sa solitude digne. L’addio del passato au II, qui dresse la sacrifiée contre l’ordre moral, est le point culminant de ce portrait de femme à l’opéra. Un portrait inoubliable dans son parcours, aussi universel que demeure pour le genre : Médée, et avant elle Armide et Alceste, puis Norma. Femme forte mais femme tragique.

damrau-diana-traviata-bastille-575Le timbre rond et agile de la coloratoure doit ici exprimer l’intensité des trois actes qui offre chacun un épisode contrasté et caractérisé, dans la vie de la courtisane dévoyée : l’ivresse insouciante du premier acte où la courtisane déjà malade s’enivre d’un pur amour qui frappe à sa porte (Alfredo); la douleur ultime du sacrifice qui lui est imposé au II (à travers la figure à la fois glaçante et paternelle de Germont père); enfin sous une mansarde du Paris romantique, sa mort misérable et solitaire au III. Soit 3 visages de femme qui passent aussi par une palette de sentiments et d’affects d’un diversité vertigineuse. C’est pour toutes les divas sopranos de l’heure, – et depuis la création de l’opéra à la Fenice de Venise en mars 1853, un défi autant dramatique que vocale, dévoilant les grandes chanteuses comme les grandes actrices. La distribution des Chorégies d’Orange 2016 associe à Diana Damrau dans le rôle-titre, Francesco Meli (Alfredo), Placido Domingo (Germont père). Daniele Rustioni, direction musicale. Louis Désiré, mise en scène.

En direct sur France 3 et culturebox, mardi 3 août 2016 à 21h30. A l’affiche du Théâtre Antique, également le 6 août 2016 à 21h30.

Publications. Opéra magazine n°117 – mai 2016. En couverture DIANA DAMRAU

opera magazine mai 2016 sommaire couverture presentation par classiquenews CLIC de classiquenews 117Publications. Opéra magazine n°117 – mai 2016. En couverture, Grand Entretien : La soprano Diana Damrau en vedette… Printemps et été 2016 sous le signe du bel canto pour la cantatrice allemande… À peine sortie d’une nouvelle production de Lucia di Lammermoor, au Covent Garden de Londres, elle retrouve l’héroïne de Donizetti pour une mini-tournée du Teatro Regio de Turin, qui fera étape au Théâtre des Champs-Élysées, le 27 mai. Puis, à partir du 14 juillet, elle sera Elvira dans I puritani, au Teatro Real de Madrid, avant d’incarner, les 3 et 6 août, Violetta dans La traviata, aux Chorégies d’Orange. Un rôle qu’elle a déjà aborder sur la scène de l’Opéra Bastille dans la mise en scène de Benoît Jacquot…

CREATION, Rencontres

Peter Eötvös : Les 15 et 17 mai 2016, première mondiale scénique à avignon : le compositeur hongrois dirige Senza sangue, l’opéra qu’il a écrit pour servir de première partie au Château de Barbe-Bleue de Bel Bartok. Un événement à ne pas manquer, d’autant que Peter Eötvös sera également au pupitre, après l’entracte, du chef-d’œuvre de Bela Bartok.

Mariane Clément : À partir du 8 mai, à Strasbourg, puis du 3 juin, à Mulhouse, l’Opéra National du Rhin affiche, en création française, le deuxième opéra de Wagner. Longtemps méprisé, bien à tort, Das Liebesverbot (La Défense d’aimer) semble jouir désormais d’un regain de faveur.

Jean-Yves Rux : À partir du 17 mai, l’Opéra de Dijon redonne sa chance à Médée, le plus célèbre opéra de Luigi Cherubini, en français comme à sa création, en 1797, et avec l’alternance de morceaux chantés et de passages parlés. Il s’agira de la septième mise en scène lyrique de Jean-Yves Ruf.

Jeune talent : le baryton français Guillaume Andrieux… Les 10 et 12 mai, à l’Opéra de Limoges, le baryton français, nommé aux Victoires de la Musique classique 2016 dans la catégorie « Révélation artiste lyrique », reprend le rôle du Chanteur de sérénades dans Les Caprices de Marianne de Sauguet, en tournée avec le CFPL. VOIR Pelléas et Mélisande et  Aben Hamet dirigé par Jean-Claude Malgoire avec Guillaume Andrieux, entretiens vidéos avec Guillaume Andrieux : reportages vidéos exclusifs classiquenews.com

Reportage : Un nouveau Mitridate à Bruxelles. Du 5 au 19 mai 2016, la Monnaie propose une nouvelle production du premier chef-d’œuvre serio de Mozart, dans le théâtre éphémère flambant neuf érigé sur le site de Tour & Taxis, qui accueillera ses spectacles jusqu’à la fin des travaux de rénovation du bâtiment historique. Opéra Magazine a suivi les premières répétitions, conduites par le duo de metteurs en scène Jean-Philippe Clarac/Olivier Deloeuil, choisi à l’issue d’un concours où s’étaient présentés quelque 110 candidats.

In memoriam : Nikolaus Harnoncourt. Disparu le 5 mars dernier, le chef autrichien a marqué de son empreinte l’histoire de l’interprétation, en particulier, pour ce qui concerne l’opéra, de Monteverdi et Mozart. Un legs aussi imposant qu’inégal, à la fois génial et irritant, qui a l’immense mérite de ne jamais laisser indifférent.

Comptes rendus

Les scènes, concerts et récitals.

Guide pratique

La sélection CD, DVD, livres et l’agenda international des spectacles.

Opéra magazine n°117 – mai 2016 : en couverture : la soprano Diana Damrau. Parution : mercredi 4 mai 2016. 

Les Pêcheurs de Perles au Met et au cinéma

Cinéma. En direct du Met, aujourd’hui, 16 janvier 2016, 18h55. Bizet:Les Pêcheurs de perles. Avec Diana Damrau, soprano vedette, récente Traviata sur la scène de l’Opéra Bastille, qui chante donc Leïla – la grande prêtresse hindoue, la nouvelle production des Pêcheurs de Perles de Bizet crée outre Atlantique, l’événement lyrique de ce début d’année 2016, comme La Scala le 7 décembre 2015 avait créé l’événement grâce à la diva austro russe Anna Netrebko dans le rôle de Giovanna d’Arco sous la direction de Riccardo Chailly.

En direct du Metropolitan Opera de New York

Les Pêcheurs de Perles au cinéma

pecheurs perles bizet diana damrau metropolitan opera new york cinemaEn janvier 2016, le Metropolitan Opera de New York affiche donc The Pearl fischers – Les Pêcheurs de Perles, opéra orientaliste de Georges Bizet, futur auteur de l’espagnolade lyrique, Carmen, d’après Mérimée. Les Pêcheurs de Perles n’avaient pas été produits sur la scène new yorkaise depuis 100 ans. Créé en 1863, et donc propre à l’esthétique éclectique et néo-orientale du Second Empire,  Les Pêcheurs de Perles convoque le rêve indien où deux hommes au début liés par un pacte d’amitié (Zurga, chef des pêcheurs, baryton) et Nadir qui revient d’un long périple (ténor), se retrouvent rivaux, désirant la même femme Leïla, devenue prêtresse vouée à la chasteté, dont ils ne devaient tous deux jamais s’éprendre. Après maintes péripéties, où Zurga, rongé par la jalousie, les dénonce puis les défend, enfin, généreux et porté par le pardon, laisse les deux amants fuir le village où ils devaient être brûlés vifs.

Si Berlioz loue les qualités de l’orchestration (particulièrement raffinée) comme la séduction de l’inspiration mélodique (se distinguent entre autres de nombreux airs mémorables : duo Zurga/Nadir (C’est toi… au fond du temple saint), duo Leila/Nadir (Ton cÅ“ur n’a pas compris), sans omettre la fameuse Romance de Nadir (d’une tendresse orientale), la partition tombe dans l’oubli, donnant jour à des versions remaniées et dénaturées, enfin écartées grâce au travail du musicologue Michel Poupet (1973) qui fixe la version officielle, autographe telle que l’avait conçue Bizet en 1863 (présentée pour la première fois par le Welsh National Opera, Ecosse). Les connaisseurs savent reconnaître au-delà de la séduction musicale qui rend un hommage direct à Gounod (maître de Bizet), le clair génie lyrique du compositeur, futur auteur de Carmen, quelques 12 années plus tard. Jamais Bizet ne fut aussi séducteur et sensuel que dans Les Pêcheurs de Perles.

Les Pêcheurs de Perles de Bizet au Metropolitan Opera de New York, mise en scène de Penny Woolcock. Durée : 2h30mn, chanté en français.

Cinéma. En direct du Met, le 16 janvier 2016, 18h55. Bizet:Les Pêcheurs de perles. Avec Diana Damrau, dans les salles de cinéma partenaires (réseau pathelive.com)

BizetLes Pêcheurs de Perles, qualités d’une partition orientaliste. L’oeuvre est le produit de la rencontre entre le directeur du Théâtre Lyrique, Léon Carvalho, défenseur des jeunes auteurs pour le théâtre et Georges Bizet (suivront dans le prolongement de leur entente : La Jolie Fille de Perth, et L’Arlésienne). Carvalho donne sa chance au compositeur prix de Rome : il devra livrer une nouvel opéra où sur l’île de Ceylan, les deux amis Zurga et Nadir s’opposent malgré eux puis se réconcilie autour de la belle Leïla. Dès la création, Berlioz loue non seulement le génie d’orchestrateur de Bizet (le thème de la déesse, fixant d’abord le duo préalable Zurga / Nadir, revient huit fois dans la partition), mais aussi son intelligence dramatique. Ainsi l’éclat du finale du III, avec un chÅ“ur sublime qui annonce la force collective de Carmen, est célébré : le peuple réclame alors la mort des deux amants maudits, Nadir et Leïla. A contrario de l’enthousiasme de Berlioz, le jeune Chabrier, âgé de 22 ans, non sans jalousie, reproche à Bizet son manque de personnalité (« le grand défaut de la musique de Bizet est de manquer de style ou plutôt de les voir tous.. », relevant ici un emprunt à Gounod, Félicien David, et même Verdi…). Et de conclure : « en un mot, Bizet n’est presque jamais et nous le voulons lui, car il peut beaucoup sans le secours des autres. ». A sa créaction en 1863, la partition tint l’affiche du Théâtre Lyrique, 18 fois : honnête succès qui suscita aussi l’enthousiasme d’un Prix de Rome, Emile Paladilhe (« cette partition est très remarquable et bien supérieure à tout ce que font aujourd’hui Auber, Thomas, Clapisson, Reber…. »). Carvalho reprit l’ouvrage à l’Opéra Comique en 1893, installant désormais l’opéra au répertoire.

 

Les Pêcheurs de Perles au Met et au cinéma

Cinéma. En direct du Met, le 16 janvier 2016, 18h55. Bizet:Les Pêcheurs de perles. Avec Diana Damrau, soprano vedette, récente Traviata sur la scène de l’Opéra Bastille, qui chante donc Leïla – la grande prêtresse hindoue, la nouvelle production des Pêcheurs de Perles de Bizet crée outre Atlantique, l’événement lyrique de ce début d’année 2016, comme La Scala le 7 décembre 2015 avait créé l’événement grâce à la diva austro russe Anna Netrebko dans le rôle de Giovanna d’Arco sous la direction de Riccardo Chailly.

En direct du Metropolitan Opera de New York

Les Pêcheurs de Perles au cinéma

pecheurs perles bizet diana damrau metropolitan opera new york cinemaEn janvier 2016, le Metropolitan Opera de New York affiche donc The Pearl fischers – Les Pêcheurs de Perles, opéra orientaliste de Georges Bizet, futur auteur de l’espagnolade lyrique, Carmen, d’après Mérimée. Les Pêcheurs de Perles n’avaient pas été produits sur la scène new yorkaise depuis 100 ans. Créé en 1863, et donc propre à l’esthétique éclectique et néo-orientale du Second Empire,  Les Pêcheurs de Perles convoque le rêve indien où deux hommes au début liés par un pacte d’amitié (Zurga, chef des pêcheurs, baryton) et Nadir qui revient d’un long périple (ténor), se retrouvent rivaux, désirant la même femme Leïla, devenue prêtresse vouée à la chasteté, dont ils ne devaient tous deux jamais s’éprendre. Après maintes péripéties, où Zurga, rongé par la jalousie, les dénonce puis les défend, enfin, généreux et porté par le pardon, laisse les deux amants fuir le village où ils devaient être brûlés vifs.

Si Berlioz loue les qualités de l’orchestration (particulièrement raffinée) comme la séduction de l’inspiration mélodique (se distinguent entre autres de nombreux airs mémorables : duo Zurga/Nadir (C’est toi… au fond du temple saint), duo Leila/Nadir (Ton cÅ“ur n’a pas compris), sans omettre la fameuse Romance de Nadir (d’une tendresse orientale), la partition tombe dans l’oubli, donnant jour à des versions remaniées et dénaturées, enfin écartées grâce au travail du musicologue Michel Poupet (1973) qui fixe la version officielle, autographe telle que l’avait conçue Bizet en 1863 (présentée pour la première fois par le Welsh National Opera, Ecosse). Les connaisseurs savent reconnaître au-delà de la séduction musicale qui rend un hommage direct à Gounod (maître de Bizet), le clair génie lyrique du compositeur, futur auteur de Carmen, quelques 12 années plus tard. Jamais Bizet ne fut aussi séducteur et sensuel que dans Les Pêcheurs de Perles.

Les Pêcheurs de Perles de Bizet au Metropolitan Opera de New York, mise en scène de Penny Woolcock. Durée : 2h30mn, chanté en français.

Cinéma. En direct du Met, le 16 janvier 2016, 18h55. Bizet:Les Pêcheurs de perles. Avec Diana Damrau, dans les salles de cinéma partenaires (réseau pathelive.com)

BizetLes Pêcheurs de Perles, qualités d’une partition orientaliste. L’oeuvre est le produit de la rencontre entre le directeur du Théâtre Lyrique, Léon Carvalho, défenseur des jeunes auteurs pour le théâtre et Georges Bizet (suivront dans le prolongement de leur entente : La Jolie Fille de Perth, et L’Arlésienne). Carvalho donne sa chance au compositeur prix de Rome : il devra livrer une nouvel opéra où sur l’île de Ceylan, les deux amis Zurga et Nadir s’opposent malgré eux puis se réconcilie autour de la belle Leïla. Dès la création, Berlioz loue non seulement le génie d’orchestrateur de Bizet (le thème de la déesse, fixant d’abord le duo préalable Zurga / Nadir, revient huit fois dans la partition), mais aussi son intelligence dramatique. Ainsi l’éclat du finale du III, avec un chÅ“ur sublime qui annonce la force collective de Carmen, est célébré : le peuple réclame alors la mort des deux amants maudits, Nadir et Leïla. A contrario de l’enthousiasme de Berlioz, le jeune Chabrier, âgé de 22 ans, non sans jalousie, reproche à Bizet son manque de personnalité (« le grand défaut de la musique de Bizet est de manquer de style ou plutôt de les voir tous.. », relevant ici un emprunt à Gounod, Félicien David, et même Verdi…). Et de conclure : « en un mot, Bizet n’est presque jamais et nous le voulons lui, car il peut beaucoup sans le secours des autres. ». A sa créaction en 1863, la partition tint l’affiche du Théâtre Lyrique, 18 fois : honnête succès qui suscita aussi l’enthousiasme d’un Prix de Rome, Emile Paladilhe (« cette partition est très remarquable et bien supérieure à tout ce que font aujourd’hui Auber, Thomas, Clapisson, Reber…. »). Carvalho reprit l’ouvrage à l’Opéra Comique en 1893, installant désormais l’opéra au répertoire.

 

Les Pêcheurs de Perles de Bizet au cinéma

Cinéma. En direct du Met, le 16 janvier 2016, 18h55. Bizet:Les Pêcheurs de perles. Avec Diana Damrau, soprano vedette, récente Traviata sur la scène de l’Opéra Bastille, qui chante donc Leïla – la grande prêtresse hindoue, la nouvelle production des Pêcheurs de Perles de Bizet crée outre Atlantique, l’événement lyrique de ce début d’année 2016, comme La Scala le 7 décembre 2015 avait créé l’événement grâce à la diva austro russe Anna Netrebko dans le rôle de Giovanna d’Arco sous la direction de Riccardo Chailly.

En direct du Metropolitan Opera de New York

Les Pêcheurs de Perles au cinéma

pecheurs perles bizet diana damrau metropolitan opera new york cinemaEn janvier 2016, le Metropolitan Opera de New York affiche donc The Pearl fischers – Les Pêcheurs de Perles, opéra orientaliste de Georges Bizet, futur auteur de l’espagnolade lyrique, Carmen, d’après Mérimée. Les Pêcheurs de Perles n’avaient pas été produits sur la scène new yorkaise depuis 100 ans. Créé en 1863, et donc propre à l’esthétique éclectique et néo-orientale du Second Empire,  Les Pêcheurs de Perles convoque le rêve indien où deux hommes au début liés par un pacte d’amitié (Zurga, chef des pêcheurs, baryton) et Nadir qui revient d’un long périple (ténor), se retrouvent rivaux, désirant la même femme Leïla, devenue prêtresse vouée à la chasteté, dont ils ne devaient tous deux jamais s’éprendre. Après maintes péripéties, où Zurga, rongé par la jalousie, les dénonce puis les défend, enfin, généreux et porté par le pardon, laisse les deux amants fuir le village où ils devaient être brûlés vifs.

Si Berlioz loue les qualités de l’orchestration (particulièrement raffinée) comme la séduction de l’inspiration mélodique (se distinguent entre autres de nombreux airs mémorables : duo Zurga/Nadir (C’est toi… au fond du temple saint), duo Leila/Nadir (Ton cÅ“ur n’a pas compris), sans omettre la fameuse Romance de Nadir (d’une tendresse orientale), la partition tombe dans l’oubli, donnant jour à des versions remaniées et dénaturées, enfin écartées grâce au travail du musicologue Michel Poupet (1973) qui fixe la version officielle, autographe telle que l’avait conçue Bizet en 1863 (présentée pour la première fois par le Welsh National Opera, Ecosse). Les connaisseurs savent reconnaître au-delà de la séduction musicale qui rend un hommage direct à Gounod (maître de Bizet), le clair génie lyrique du compositeur, futur auteur de Carmen, quelques 12 années plus tard. Jamais Bizet ne fut aussi séducteur et sensuel que dans Les Pêcheurs de Perles.

Les Pêcheurs de Perles de Bizet au Metropolitan Opera de New York, mise en scène de Penny Woolcock. Durée : 2h30mn, chanté en français.

Cinéma. En direct du Met, le 16 janvier 2016, 18h55. Bizet:Les Pêcheurs de perles. Avec Diana Damrau, dans les salles de cinéma partenaires (réseau pathelive.com)

BizetLes Pêcheurs de Perles, qualités d’une partition orientaliste. L’oeuvre est le produit de la rencontre entre le directeur du Théâtre Lyrique, Léon Carvalho, défenseur des jeunes auteurs pour le théâtre et Georges Bizet (suivront dans le prolongement de leur entente : La Jolie Fille de Perth, et L’Arlésienne). Carvalho donne sa chance au compositeur prix de Rome : il devra livrer une nouvel opéra où sur l’île de Ceylan, les deux amis Zurga et Nadir s’opposent malgré eux puis se réconcilie autour de la belle Leïla. Dès la création, Berlioz loue non seulement le génie d’orchestrateur de Bizet (le thème de la déesse, fixant d’abord le duo préalable Zurga / Nadir, revient huit fois dans la partition), mais aussi son intelligence dramatique. Ainsi l’éclat du finale du III, avec un chÅ“ur sublime qui annonce la force collective de Carmen, est célébré : le peuple réclame alors la mort des deux amants maudits, Nadir et Leïla. A contrario de l’enthousiasme de Berlioz, le jeune Chabrier, âgé de 22 ans, non sans jalousie, reproche à Bizet son manque de personnalité (« le grand défaut de la musique de Bizet est de manquer de style ou plutôt de les voir tous.. », relevant ici un emprunt à Gounod, Félicien David, et même Verdi…). Et de conclure : « en un mot, Bizet n’est presque jamais et nous le voulons lui, car il peut beaucoup sans le secours des autres. ». A sa créaction en 1863, la partition tint l’affiche du Théâtre Lyrique, 18 fois : honnête succès qui suscita aussi l’enthousiasme d’un Prix de Rome, Emile Paladilhe (« cette partition est très remarquable et bien supérieure à tout ce que font aujourd’hui Auber, Thomas, Clapisson, Reber…. »). Carvalho reprit l’ouvrage à l’Opéra Comique en 1893, installant désormais l’opéra au répertoire.

 

DVD, compte rendu critique. Verdi : La Traviata. Diana Damrau (1 dvd Erato, 2014)

damrau diana dvd erato demuro tezier benoit jacquot dvd erato review classiquenews compte rendu account of review critique developpe du dvd CLASSIQUENEWSDVD, compte rendu critique. Verdi : La Traviata. Diana Damrau (1 dvd Erato, 2014). La lumineuse Traviata de Diana Damrau… Après le minimaliste misérabiliste de l’ancienne production parisienne signée Christoph Marthaler qui imaginait alors une Traviata exténuée au pays des soviets usés, corrompus, exsangues, voici donc cette nouvelle production réalisée par Benoît Jacquot, cinéaste grand public au symbolisme parfois schématique caricatural. S’il opte pour des accessoires simples et claires souvent monumentaux  (le lit de la  courtisane au I, l’escalier colossal au II…), la vision manque singulièrement de subtilité : il est vrai que remplir le vaste espace de Bastille reste un défi de taille pour les metteurs en scène. Son Werther inauguré pour la même scène en 2012, était de la même veine.  Mais cette simplification visuelle n’empêche pas les détails historiques qui font sens comme le clin d’œil au tableau de l’Olympia de Manet, hommage du peintre réaliste au nu féminin, au corps de la courtisane qui fait commerce de ses charmes. Le peintre de la production a même poussé la note réaliste en peignant le portrait de la cantatrice en lieu et place de l’Olympia originelle de Manet ; idem, Jacquot a choisi une servante noire pour Violetta, rattrapée par sa maladie. Le spectacle était le point fort de la saison 13-14 : elle réunit un trio prometteur : Diana Damrau (en Violetta), Ludovic Tézier et Francesco Demuro (nouveau venu dans l’auguste maison comme c’est le cas de sa consoeur allemande), respectivement dans les rôles des Germont, père et fils.

 

 

 

 

 

Sensible Traviata de Diana

 

La Traviata de Diana. Elle, diva musicienne jusqu’au bout des ongles, sidère par la sincérité de son jeu, l’intensité d’un chant qui soigne surtout la ligne et le galbe dramatique, la vérité de l’intonation… plutôt que l’articulation précise de la langue. L’énonciation reste souvent confuse voire brumeuse, mais l’ampleur du souffle, les couleurs, et les intentions sont justes. Au I, la diva incarne la courtisane parisienne usée mais terrassée par l’amour qui frappe à sa porte (E Strano). Au II, la femme amoureuse bientôt sacrifiée resplendit par son sens de la dignité contenue ; enfin au III, Violetta rattrapée par la maladie, exprime le dernier souffle de la pécheresse finalement sanctifié (son dernier sursaut véritable résurrection de son innocence perdue…), Diana Damrau maîtrise l’architecte du rôle sensible tragique qui s’achève par sa mort en grande sacrifiée terrassée. Une incarnation qui profite évidemment à Paris, de sa performance précédente à La Scala de Milan pour son ouverture en décembre 2013.

Face à elle, le ténor sarde Francesco Demuro peine souvent dans un chant moins articulé, moins abouti dramatiquement, un style lisse qui n’entend rien à ce qu’il dit : où est le texte ? Dommage. Face aux jeunes, le Germont de Ludovic Tézier s’impose là encore par la force souple du chant, un modèle de jaillissement intense et poétiquement juste. Quel baryton ! Une chance pour Paris. L’orchestre habituellement parfait de finesse, de suggestion sous la direction de son directeur musical – divin mozartien, étonnant wagnérien, Philippe Jordan, semblait dépossédé de ses moyens sans la conduite de son pilote préféré. Le chef Francesco I. Campia a la baguette dure, les fortissimo faciles voire systématique, une absence de finesse qui nuit terriblement à ce chambrisme articulé qui fait les Verdi réussis.

Réserve. La réalisation vidéo fait grincer des dents : on a bien compris que la caméra à l’épaule pouvait fixer le plan placé derrière la spectatrice au cou bien galbé pour exprimer le point de vue du spectateur en cours de spectacle. L’idée sur le papier pouvait être intéressante mais dans la continuité du film, devient systématique et constamment tremblée, suscite d’inévitable réserve. D’ailleurs d’autres séquences filmées à l’épaule et focusant sur certains protagonistes dont Diana Damrau précisément, gâchent aussi la lecture par un manque de stabilité ou des mouvements de caméra qui ailleurs passeraient pour des fautes de débutants. Pas facile de filmer l’opéra sans tomber dans la caricature plan plan ou délirante comme ici…

Non obstant la faible tenue du ténor, du chef, la Traviata de Diana conserve toute son irrésistible séduction. Lire aussi notre compte rendu de La Traviata par Diana Damrau en juin 2014 à l’Opéra Bastille. 

 

 

 

 

DVD, compte rendu critique. Paris. Opéra Bastille. Verdi : La Traviata. Diana Damrau (Violetta), Francesco Demuro (Alfredo, Germont fils), Ludovic Tézier (Germont père), Anna Pennisi, Cornelia Oncioiu. Benoît Jacquot, mise en scène. Orchestre et chœur de l’Opéra national de Paris. Francesco Ivan Ciampa, direction. Enregistré en 7 juin 2014, à l’Opéra Bastille à Paris. 1 dvd Erato 0825646166503.

 

 

CD, annonce. La Lucia de Diana Damrau (début février 2015 chez Erato)

2564621901CD, annonce. Diana Damrau chante Lucia di Lammermoor (2 cd Erato à paraître début février 2015). Sur un fond décoratif qui cite l’Ecosse baroque de la fin du XVIIè, – châteaux dans la brume et fontaine hantée (2è tableau du I)-, le drame de Lucia prépare pour la chanteuse qui s’expose un rôle particulièrement éprouvant, qu’elle soit amoureuse enivrée mais inquiète (à la fin du II pour l’échange des anneaux du serment avec son aimé Edgardo), ou surtout détruite et humiliée (fin du II, par le même Edgardo qui assiste impuissant mais haineux aux noces de sa fiancée avec un autre, Arturo). Le III est l’acte de la sublimation des passions : le sacrifice de cette soeur donnée pour sauver l’honneur et la fortune des Ashton par un frère bien peu avenant (Enrico, le baryton méchant), inspire à l’héroïne une scène entre l’horreur et l’inconscience. Lucia qui a tué ce mari récent qu’elle n’aimait pas (Arturo, imposé par son frère) déambule en une scène de folie inoubliable… (2ème tableau du III), avant qu’Edgardo fou de douleur, apprenant la mort de Lucia, se suicide : les amants romantiques à l’opéra n’ont jamais eu d’issue positive.

Entre la jeune femme encore fière et combattive surtout enamourée du II, puis la sacrifiée devenue criminelle et folle dans le second tableau du III, le soprano tendre et intense de Diana Damrau assure idéalement les défis du rôle, l’un des plus difficiles du bel canto préverdien. En plus de la ligne bellinienne de sa scène de folie, il faut aussi ajouter une dose de réalisme plus brutal et direct, propre à Donizetti.

Enregistré sur le vif à Munich en juillet 2013, cette nouvelle version fera date sous la baguette de Jesus López-Cobos : aux côtés de la bouleversante Diana Damrau (si époustouflante l’an dernier dans La Traviata à la Scala de Milan, dans la mise en scène du provocateur rebelle Dmitri Tcherniakov), Ludovic Tézier dans le rôle du frère froid et cynique, et de Joseph Caleja dans celui de l’amant héroïque confirment la haute tenue vocale de cette nouvelle production annoncée au disque début février 2015. Critique complète du double cd Lucia di Lammermoor de Donizetti par Diana Damrau dans le mag cd dvd livres de classiquenews, au moment de la sortie du coffret.

Gaetano Donizetti : Lucia di Lammermoor. Diana Damrau (Lucia), Ludovic Tézier (Enrico Ashton), Joseph Calleja (Edgardo Di Ravenswood), David Lee (Lord Arturo Bucklaw), Nicolas Testé (Raimondo Bidebent), Marie Mclaughlin (Alisa) & Andrew Lepri Meyer (Normanno). Munchener Opernorchester. Jesus Lopez-Cobos, direction (enregistrement réalisé en juillet 2013 à Munich). 2cd Erato 2564621901.

Compte rendu, opéra. Paris. Opéra National de Paris, le 9 juin 2014. Verdi : La Traviata. Diana Damrau, Ludovic Tézier, Francesco Demuro, Cornelia Oncioiu… Orchestre et choeur de l’Opéra National de Paris. Daniel Oren, direction. Benoît Jacquot, mise en scène.

damrau-diana-traviata-bastille-575Nouvelle Traviata après l’année Verdi à l’Opéra National de Paris ! Une Traviata nouveau cru qui profite de la performance choc de la soprano Diana Damrau dans le rôle-titre, pour ses débuts à Paris. La mise en scène est de Benoît Jacquot, dont nous gardons l’agréable souvenir d’un Werther réussi La direction musicale est assuré par le chef italien Daniel Oren. L’opéra le plus joué dans le monde, parfois même une carte de présentation des grandes divas ne laisse toujours pas indifférent. Raconter l’histoire peut paraître redondant, l’intrigue respectant plutôt fidèlement le célèbre roman d’Alexandre Dumas Fils, où une courtisane de luxe se sacrifie par amour et (re)devient victime de la société. C’est peut-être aussi la plus saisissante étude psychologique de tout le théâtre lyrique romantique, créée par Verdi en 1853 sur le livret de Francesco Maria Piave d’après La Dame aux Camélias.

 

 

Non italienne, une inoubliable Traviata

 

Que faire avec une telle créature ? Le pari, payant, de l’Opéra de Paris en embauchant Benoît Jacquot et son équipe artistique pour la nouvelle production et sans doute celui du « retour aux origines ». La Traviata est une Å“uvre italienne, certes, mais son esprit est français. L’inspiratrice du drame se nommait Maire Duplessis, maîtresse d’un Liszt et d’un Dumas Fils. Giuseppe Verdi a mis en musique les mÅ“urs et valeurs de la France de la monarchie de juillet. On a tendance à l’oublier, voire à l’ignorer dans certaines mise en scènes transposées parfois de façon trop ésotérique, touchant le snobisme sans fond ni intention. Dans le cas Jacquot, les intentions ne sont pas les plus explicites, et tant mieux. Nous acceptons rapidement l’aspect cinématographique de sa production, toujours avec deux plans différents sur le plateau, dans les décors esthétiques de Sylvain Chauvelot, avec les riches costumes de Christian Gasc et les lumières pertinentes d’André Diot. Idéalement, le cinéaste metteur en scène a voulu rompre, en toute délicatesse, avec certaines conventions… Notamment avec les chÅ“urs les plus statiques que nous ayons jamais vu dans une Traviata. Si nous aimons les chansons à boire animées et dansantes, le fameux Brindisi devient ici un mini-concert de Violetta et d’Alfredo. C’est moins une approche psychologique qu’une répresentation très juste des codes et mÅ“urs de la société d’alors. L’élégance, le raffinement, les nons-dits, l’isolement et la désolation dansent ensemble dans les ténèbres pendant que deux amoureux célèbrent la joie et la volupté. Cela ne peut pas être plus français, ni plus beau dans sa véracité.

Quel profil pour Violetta Valéry ? Diana Damrau, soprano allemande, offre une prestation rare par l’excellence de son chant. N’oublions pas qu’il s’agît d’un rôle très exigeant pour l’interprète d’un point de vue vocal. Les talents propres à la soprano, avec sa formation académique mozartienne font de sa Violetta une tragédienne plus française qu’italienne, avec une ligne de chant impeccablement soignée, des piani et pianissimi dans les sommets et les profondeurs du rôle qui font ravir les cÅ“urs. « Addio del passato » au dernier acte est l’un des nombreux moments forts, la salle respire et soupire à l’unisson devant la perfection sonore des adieux de la Violetta mourante. A ses côtés, Ludovic Tézier dans le rôle de Giorgio Germont, père d’Alfredo, est aussi excellent. Il incarne le rôle avec un air hautain qui va très bien dans cette production. Sa performance est une véritable master class, peut-être trop vaillant et héroïque pour le rôle, mais puissamment crédible quoi qu’il en soit.

 

Daniel Oren dirigeant l’Orchestre de l’Opéra National de Paris défend aussi le parti-pris de faire une Traviata résolument non italienne. Si sa baguette manque parfois de clarté, il arrive souvent à obtenir un son frémissant, sensuel et sans excès. Pourquoi être libre quand nous sommes si bien dans nos prisons ? Soit, mais nous l’aurions préféré libéré. Ne manquer pas cette Traviata française, si brillante et raffinée à l’affiche de l’Opéra Bastille les 12, 14, 17 et 20 juin 2014.

Compte rendu, opéra. Paris. Opéra Bastille. Verdi : La Traviata. Diana Damrau (Violetta), Francesco Demuro (Alfredo, Germont fils), Ludovic Tézier (Germont père), Anna Pennisi, Cornelia Oncioiu. Benoît Jacquot, mise en scène. Orchestre et chÅ“ur de l’Opéra national de Paris. Daniel Oren, direction.

Paris, Opéra Bastille. La lumineuse Traviata de Diana Damrau… On se souvient de l’ancienne production en piste à Garnier, héritage de l’ère Mortier, entre décalage et misérabilisme atterrant (signé en 2007 par Christoph Marthaler qui imaginait alors une Traviata exténuée au pays des soviets usés, corrompus, exsangues). Voici venu le sang neuf du nouveau Benoît Jacquot, signature prometteuse depuis son Werther créé ici même en 2010 dans des tableaux épurés, gigantesques, économes, maniant le motif comme autant de symboles signifiants sur la scène. Car le théâtre, c’est aussi du sens ! On a trop souvent l’impression que cette évidence est écartée, oubliée, sacrifiée. C’est pourtant le motif d’une espérance ressuscitée pour chaque nouvelle production : qu’allons nous voir ? Qu’allons nous comprendre … et peut-être découvrir ?

Même grand vide suggestif ici traité en aplat de couleur/lumière, avec quelques pointes d’époque : comme le tableau de l’Olympia de Manet, hommage du peintre réaliste au nu féminin, au corps de la courtisane qui fait commerce de ses charmes. Pour le reste, pas de lecture ou d’idée conceptuelle qui architecture et structure une vision marquante. C’est joli, pas gênant – ce qui est déjà beaucoup. Le vrai enjeu de cette nouvelle production demeure le choix des voix choisies pour un spectacle qui s’est d’emblée affiché comme l’événement de la fin de saison de l’Opéra de Paris.

 

 

 

Lumineuse Violetta de Diana…

 

Sur le plateau immense de Bastille, règne la vocalité irréprochable des chanteurs réunis pour ce point d’orgue de la saison 13-14 qui s’achève : Diana Damrau (en Violetta), Ludovic Tézier et Francesco Demuro (nouveau venu dans l’auguste maison comme c’est le cas de sa consoeur allemande), respectivement dans les rôles des Germont, père et fils.
Elle, diva désormais adulée sur toutes les planches du monde ensorcelle de facto par sa voix déchirante, directe, musicalement très raffinée, en une incarnation aussi réussie que sa précédente prestation à La Scala de Milan pour son ouverture en décembre 2013. La lumière du timbre, sa grâce angélique, son intensité font mouche (au moment du sacrifice imposé au II, au moment de la mort sacrificielle au III). DU très (trop) beau chant… qui pourra laisser de marbre les admirateurs d’un chant plus corsé, incarné, expressif.
C’est exactement le cas du ténor wagnérien Klaus Florian Vogt chez Wagner : son Lohengrin ou son Parsifal souffrent d’une clarté lisse du timbre que beaucoup trouve inexpressive. Question de goût. Le beau chant et la qualité du timbre font quand même la différence… et notre admiration.

 

 

 

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Face à elle, le ténor sarde nouveau venu donc à Paris, Francesco Demuro peine parfois en un chant moins articulé, moins abouti dramatiquement. Dommage. Face aux jeunes, le Germont de Tézier s’impose là encore par la force souple du chant, un modèle de jaillissement intense et poétiquement juste. Quel baryton ! Une chance pour Paris décidément. L’orchestre habituellement parfait de finesse, de suggestion sous la direction de son directeur musical – divin mozartien, étonnant wagnérien, Philippe Jordan, semblait dépossédé de ses moyens sans la conduite de son pilote préféré. Le chef Daniel Oren navigue souvent à vue, sans architecture une lecture cohérente et claire.  Pour une fois que la fosse fait défaut, il nous fallait le signaler. Dans l’immensité de la salle de Bastille, le beau chant de Damrau continue encore de nous hanter, comme ce fut le cas à Milan en décembre dernier : pour nous aucun doute, Diana Damrau a bien choisi le moment de chanter sa Violetta : courrez à Bastille applaudir à ce grand moment. Damrau et Tézier valent largement le déplacement.

Paris. Opéra Bastille. Verdi : La Traviata. Diana Damrau (Violetta), Francesco Demuro (Alfredo, Germont fils), Ludovic Tézier (Germont père), Anna Pennisi, Cornelia Oncioiu. Benoît Jacquot, mise en scène. Orchestre et chÅ“ur de l’Opéra national de Paris. Daniel Oren, direction. A l’affiche de l’Opéra Bastille, jusqu’au 20 juin. Tél. : 08-92-89-90-90. De 5 € à 195 €. Operadeparis.fr.  Diffusion sur France Musique le 7 juin, dans les cinémas UGC le 17 juin 2014.

 

 

 

La Traviata de Diana Damrau sur France Musique

verdi_582_face_portrait_boldini logo_francemusiqueFrance Musique, le 7 juin 2014, 19h: Diana Damrau chante La Traviata, en direct de Bastille. Après un Werther clair et lisible, Benoît Jacquot met en scène La Traviata, tragédie parisienne de Verdi qui au moment de sa création à Venise sur les planches de La Fenice (1853), suscita un scandale notoire : comment accepter dans un opéra, de voir les amours sulfureuses d’une courtisane et d’un jeune bourgeois (Germont fils) : elle en proie à une rédemption morale inacceptable ; lui, prêt à saborder l’honneur de sa famille ? Verdi alors en ménage avec Giuseppina Strepponi, cantatrice à la réputation elle aussi scandaleuse, qu’il n’épousera que sur le tard, dénonce ici  l’hypocrisie de son temps. Inspiré par le roman de Dumas fils, La dame aux camélias (1852), le compositeur portraiture la société du Second Empire non sans une pointe satirique ; il brosse surtout de Violetta Valéry, la courtisane sublime léguée par Dumas, un portrait bouleversant, celui d’une âme sensible, romantique qui alors qu’elle se sent condamnée, usée par les excès de sa vie sans morale, rencontre en croisant le regard d’Alfredo, le pur amour. En traitant un mythe littéraire contemporain, Verdi transpose à l’opéra, un vrai sujet qui pourrait être d’actualité. Liszt a laissé un témoignante bouleversant sur la vraie Dame aux camélias : Alphonsine Duplessis, morte tuberculeuse en 1847, petit être fragile et sensuel d’une passivité déjà maudite.

verdi La TraviataD’une rare justesse émotionnelle, l’écriture de Verdi bannit ici toute virtuosité démonstrative : il touche directement le cœur. Jamais les options expressives n’ont à ce point fusionner avec les accents de la nécessité poétique et dramatique. Chaque air de Violetta, saisie, consumée par le grand vertige de la vie, s’impose à nous comme autant de confessions introspectives, miroir de son état psychique : l’abandon de ses rêves, les élans de ses désirs perdus, la faiblesse d’un corps qui perd peu à peu le goût de vivre, sous la pression sociale, face aux épreuves que lui impose le père de son jeune amant… Trop de vérité et de sincérité dans ce drame sentimental d’une irrésistible cohérence : à la création, la censure exigea que les rôles soient chantés en costumes Louis XIV. Des robes modernes auraient souligné la modernité insupportable de l’ouvrage. Reprise un an plus tard après le fiasco de La Fenice, en 1854 au Teatro San Benedetto de Venise, La Traviata défendue par une meilleure distribution, suscita le triomphe que l’ouvrage méritait.

damrau dianaLa nouvelle production de La Traviata à l’Opéra Bastille réunit une distribution prometteuse : Diana Damrau qui vient d’ouvrir la saison actuelle de La Scala avec cette prise de rôle exceptionnellement intense et juste ; Ludovic Tézier habitué du rôle paternel, sacrificateur et protecteur à la fois, Germont père… ajoute au tableau, sa droiture vocale qui sied parfaitement au rôle paternel, un rien moralisateur et rigide. 8 dates événements, du 2 au 20 juin 2014. Diffusion en direct sur France Musique, le 7 juin 2014, 19h. En direct dans les cinémas le 17 juin 2014.

Verdi : La Traviata à l’Opéra Bastille

Daniel Oren (2, 5, 7, 9 et 20 juin)
Francesco Ivan Ciampa (12, 14, 17 juin)
direction musicale

Benoît Jacquot
Mise en scène

Diana Damrau, Violetta Valéry
Anna Pennisi, Flora Bervoix
Cornelia Oncioiu, Annina
Francesco Demuro, Alfredo Germont
Ludovic Tézier, Giorgio Germont
Kevin Amiel, Gastone
Fabio Previati, Il Barone Douphol
Igor Gnidii, Il Marchese d’Obigny
Nicolas Testé, Dottore Grenvil

Orchestre et Choeur de l’Opéra national de Paris

Réservations, informations sur le site de l’Opéra national de Paris

Diana Damrau chante sa nouvelle Traviata à l’Opéra Bastille

verdi_582_face_portrait_boldiniParis, Opéra Bastille. Verdi : La Traviata. Diana Damrau: 2>20 juin 2014. Après un Werther clair et lisible, Benoît Jacquot met en scène La Traviata, tragédie parisienne de Verdi qui au moment de sa création à Venise sur les planches de La Fenice (1853), suscita un scandale notoire : comment accepter dans un opéra, de voir les amours sulfureuses d’une courtisane et d’un jeune bourgeois (Germont fils) prêt à saborder l’honneur de sa famille ? Verdi alors en ménage avec Giuseppina Strepponi, cantatrice à la réputation elle aussi scandaleuse, qu’il n’épousera que sur le tard, dénonce dans La Traviata l’hypocrisie de son temps. Inspiré par le roman de Dumas fils, La dame aux camélias (1852), le compositeur portraiture la société du Second Empire non sans une pointe satirique ; il brosse surtout de Violetta Valéry, la courtisane sublime léguée par Dumas, un portrait bouleversant, celui d’une âme sensible, romantique qui alors qu’elle se sent condamnée, usée par les excès de sa vie sans morale, rencontre en croisant le regard d’Alfredo, le pur amour. En traitant un mythe littéraire contemporain, Verdi transpose à l’opéra, un vrai sujet qui pourrait être d’actualité. Liszt a laissé un témoignante bouleversant sur la vraie Dame aux camélias : Alphonsine Duplessis, morte tuberculeuse en 1847, petit être fragile et sensuel d’une passivité déjà maudite.
verdi La TraviataD’une rare justesse émotionnelle, l’écriture de Verdi bannit ici toute virtuosité démonstrative : il touche directement le cœur. Jamais les options expressives n’ont à ce point fusionner avec les accents de la nécessité poétique et dramatique. Chaque air de Violetta, saisie, consumée par le grand vertige de la vie, s’impose à nous comme autant de confessions introspectives, miroir de son état psychique : l’abandon de ses rêves, les élans de ses désirs perdus, la faiblesse d’un corps qui perd peu à peu le goût de vivre, sous la pression sociale, face aux épreuves que lui impose le père de son jeune amant… Trop de vérité et de sincérité dans ce drame sentimental d’une irrésistible cohérence : à la création, la censure exigea que les rôles soient chantés en costumes Louis XIV. Des robes modernes auraient souligné la modernité insupportable de l’ouvrage. Reprise un an plus tard après le fiasco de La Fenice, en 1854 au Teatro San Benedetto de Venise, La Traviata défendue par une meilleure distribution, suscita le triomphe que l’ouvrage méritait.
La nouvelle production de La Traviata à l’Opéra Bastille réunit une distribution prometteuse : Diana Damrau qui vient d’ouvrir la saison actuelle de La Scala avec cette prise de rôle exceptionnellement intense et juste ; Ludovic Tézier habitué du rôle paternel, sacrificateur et protecteur à la fois, Germont père… ajoute au tableau, sa droiture vocale qui sied parfaitement au rôle paternel, un rien moralisateur et rigide. 8 dates événements, du 2 au 20 juin 2014. Diffusion en direct sur France Musique, le 7 juin 2014, 19h. En direct dans les cinémas le 17 juin 2014.

Verdi : La Traviata à l’Opéra Bastille

Daniel Oren (2, 5, 7, 9 et 20 juin)
Francesco Ivan Ciampa (12, 14, 17 juin)
direction musicale

Benoît Jacquot
Mise en scène

Diana Damrau, Violetta Valéry
Anna Pennisi, Flora Bervoix
Cornelia Oncioiu, Annina
Francesco Demuro, Alfredo Germont
Ludovic Tézier, Giorgio Germont
Kevin Amiel, Gastone
Fabio Previati, Il Barone Douphol
Igor Gnidii, Il Marchese d’Obigny
Nicolas Testé, Dottore Grenvil

Orchestre et Choeur de l’Opéra national de Paris

Réservations, informations sur le site de l’Opéra national de Paris

CD. Diana Damrau : Forever (1 cd Erato)

diana_damrau_recordingsCD. Diana Damrau : Forever (Erato). Elle vient de triompher dans la nouvelle production de La Traviata inaugurant la nouvelle saison lyrique de la Scala 2013-2014, Diana Damrau n’a jamais semblé plus au sommet de ses possibilités : mieux chantante, melliflue (poétesse et sirène dans un Summertime enivrant entre autres), d’une flexibilité lumineuse souvent superlative. Eclat, transparence, couleurs, tempérament dramatique, surtout exceptionnelle intelligence d’une interprète qui s’est peu à peu révélée et distinguée, en particulier depuis ces 5 dernières années. Voici donc un récital biographique composé de rôles et oeuvres choisies avec affection et passion par une diva d’une irrésistible frénésie, d’une rare sincérité.

 

 

Diana Damrau : Diva assoluta

 

 

Damrau_cd_forever-200x200A travers divers registres comiques et d’autres plus sombres, et souvent nostalgiques, la soprano exceptionnelle Violetta verdienne donc, montre ici en une décontraction élégantissime, ses affinités avec toute une palette de demi caractères idéalement choisis.
Le mordant et le piquant chez Strauss (La Chauve Souris, Der Fliedermaus) met en lumière son abattage et son élasticité coloratoure qui ailleurs fait merveille en diseuse soucieuse d’intelligibilité chez Richard Strauss ou Mozart ; mais c’est sa sincérité formidable qui rayonnne dans les airs suivants.

 

De toute évidence, le récital est un nouvel accomplissement d’autant plus étincelant que la diva assoluta dégrafe le corsage, osant plusieurs incarnations en toute liberté, jouant sur toutes les facettes d’un intense tempérament lyrique. Entre opérette, comédie musicale (pétillante et facétieuse et d’une légèreté si délectable dans My Fair Lady), cabaret… en allemand et en anglais, la soprano irradie de chien (sifflotant même avec une humeur heureuse épanouie), de style, de raffinement et de feu interprétatif (merveilleuse Maria de West Side Story : I feel pretty, qui sur les traces de Te Kanawa, dans la version lyrique validée par Bernstein lui-même, trouve une liberté et une vérité de ton sidérante, c’est du début à la fin une jubilation communicante où elle semble ressusciter son âme d’enfance ! Programme jubilatoire.

 

 

Diana Damrau: Forever. 1 cd Erato.
TRACK LISTING
01 Vocalise: The ninth gate

02 Höre ich Zigeunergeigen: Grafin Mariza

03 Strahlender Mond: Der Vetter aus Dingsda

04 Meine Lippen sie küssen so heiss: Giuditta

05 Lippen schweigen: Die lustige Witwe

06 Mein Herr Marquis: Die Fledermaus

07 Czárdas: Die Fledermaus

08 Wäre det nich wundaschen: My fair lady

09 I could have danced all night: My fair lady

10 Grünfink und Nachtigall: Sweeney Todd

11 Summertime: Porgy and Bess

12 I’m in love with a wonderful guy: South Pacific

13 Wishing you were somehow here again: Phantom of the opera

14 I feel pretty: West side story

15 Over the rainbow: The Wizard of Oz

16 All in the golden afternoon: Alice in wonderland

17 Ein Mensch zu sein: Arielle, die Meerjungfrau

18 Someday my prince will come: Snow white

19 Feed the birds: Mary Poppins

20 Walking in the air: The Snowman

21 Vocalise: Wuthering Heights

22 Ich hätt getanzt heut’ Nacht: My fair lady

23 Lied der Nachtigall: Die schwedische Nachtigall

 

 

Télé, ce soir, 20h45 : en direct sur Arte, Diana Damrau chante La Traviata à La Scala

Télé, en direct sur Arte : Diana damrau chante La Traviata à La Scala, ce soir à 20h45.  Chaque 7 décembre marque par tradition la soirée d’ouverture de la nouvelle saison lyrique à Milan. En choisissant La Traviata de Verdi, La Scala souligne et célèbre à son tour le bicentenaire Verdi 2013. Le rôle de Violetta exige de la part de la cantatrice invitée à incarner la jeune courtisane parisienne, des talents immenses de chanteuse comme d’actrice.

 
 

damarau_tcherniakov_traviata_verdi Chacun des 3 actes suppose une personnalité différente et donc un style spécifique : à l’insouciante éperdue mais déjà affaiblie par la maladie qui la ronge et qui découvre le pur amour au I, succède la violence échevelée de la femme sacrifiée qui doit renoncer à son bonheur imprévu au II ; puis au III, la courtisane pécheresse au bord de la tombe succombe moralement sauvée : son âme est absoute des péchés anciens car elle a tout sacrifié sous la pression de la morale bourgeoise (incarnée par Germont père).
Portrait de femme et satire sociale. En plus d’un formidable portrait de femme, Verdi fait aussi la satire de son époque, lui qui subit les foudres des bien pensants hypocrites quand il se promenait aux bras de Giuseppina Strepponi, cantatrice plusieurs divorcée, avec laquelle il vivait maritalement …
Aujourd’hui, après Patricia Ciofi, Annick Massis, à l’ardente flamme émotionnelle, et la plus récente Natalie Dessay, c’est Diana Damrau, hier Gilda (Rigoletto du même Verdi) qui ” ose ” relever le défi d’un personnage mythique et bouleversant … Lui donnent la réplique les deux Germont père et fils, l’amant fougueux et le redresseur de torts : le ténor Piotr Beczala et le baryton Željko Lucic.

 

Souhaitons que la finesse des interprètes inspirent Daniele Gatti à la direction certes puissante, parfois carrée voire droite ; or La Traviata, drame réaliste et psychologique réclame nuances et subtilité. Dans cette production, le metteur en scène russe Dmitri Tcherniakov, à l’expressionnisme étouffant, passionné par le jeu d’acteurs (en témoigne sa mise en scène légendaire d’Eugène Onéguine à Bastille) devrait renouveler le dramatisme de l’opéra verdien, entre vertiges, spasmes, solitude : une course à l’abîme qui s’avère prometteuse … Qu’en sera-t-il à La Scala ce soir à partir de 20h45 ? Réponse en direct sur Arte (en réalité il s’agit d’un différé : la représentation à Milan débutant à 18h).

 

Giuseppe Verdi 2013

En direct de La Scala, Diana Damrau chante Violetta

En direct de la Scala de Milan
représentation inaugurale de la nouvelle saison lyrique scaligène 2013-2014
Arte, Samedi 7 décembre 2013, 20h50

Mélodrame en 3 actes
Livret de Francesco Maria Piave
D’après la Dame aux camélias d’Alexandre Dumas
Nouvelle production du Teatro alla Scala
Orchestre et chœurs du Teatro alla Scala de Milan
Direction musicale : Daniele Gatti
Mise en scène et décors : Dmitri Tcherniakov
Lumières  : Gleb Filschtinsky

distribution
Violetta Valery : Diana Damrau
Flora Bervoix : Giuseppina Piunti
Annina : Mara Zampieri
Alfredo Germont : Piotr Beczala
Giorgio Germont : Zeljko Lucic
Réalisation : Patrizia Carmine / Production : RAI, ARTE France (2h40mn)

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Diana Damrau chante Violetta à la Scala

Diana Damrau est Violetta … Verdi: La Traviata. Du 7 au 31 décembre 2013. En direct sur Arte, le 7 décembre. Diana Damrau chante Violetta., sous la direction de Daniele Gatti pour l’ouverture de la nouvelle saison de la Scala de Milan. Prise de rôle attendue et certainement aussi convaincante que sa Gilda (Rigoletto, sa rôle verdien d’envergure précédent) … Le théâtre scaligène rend ainsi hommage à Giuseppe Verdi pour l’année de son centenaire. Nouvelle production de la Scala, avec aux côtés de Diana Damrau, Piotr Beczala (Alfredo élégantissime), Zelijko Lucic (Germont père)… Mise en scène : Dmitri Tcherniakov

Milan, Teatro alla Scala, Verdi: La Traviata. Du 7 au 31 décembre 2013. Nouvelle production

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La Traviata à la Scala

Verdi: La Traviata. Du 7 au 31 décembre 2013. En direct sur Arte, le 7 décembre. Diana Damrau chante Violetta., sous la direction de Daniele Gatti pour l’ouverture de la nouvelle saison de la Scala de Milan. Prise de rôle attendue et certainement aussi convaincante que sa Gilda (Rigoletto, sa rôle verdien d’envergure précédent) … Le théâtre scaligène rend ainsi hommage à Giuseppe Verdi pour l’année de son centenaire. Nouvelle production de la Scala, avec aux côtés de Diana Damrau, Piotr Beczala (Alfredo élégantissime), Zelijko Lucic (Germont père)… Mise en scène : Dmitri Tcherniakov

Milan, Teatro alla Scala, Verdi: La Traviata. Du 7 au 31 décembre 2013. Nouvelle production

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