Compte rendu, opéra. Massy, opéra, le 11 mars 2016. G. Rossini : L’Italienne à Alger. Aude Extrémo… Dominique Rouits.

rossini-portrait-gioachino-rossini-bigIl était une fois un dramma giocoso composé en 18 jours… Il s’agît seulement du premier véritable chef d’œuvre comique de Rossini, l’Italienne à Alger, créé à Venise en 1813. Une coproduction de qualité signé Nicolas Berloffa vient divertir le public massicois. L’Opéra de Massy propose une nouvelle distribution des jeunes talents pour la plupart, pour une soirée haute en couleurs et riche en comédie.

Italienne d’amour, Italienne d’humour : épatante Aude Extremo !

Si la soirée commence avec la soprano Eduarda Melo annoncée souffrante, ceci ne l’a pas empêché d’assurer la prestation, ni l’opéra de se dérouler avec l’éclat et l’entrain qu’impose la musique piquante de Rossini. L’Italiana in Algeri (titre original en italien) raconte l’histoire d’Isabella, éprise de Lindoro, emprisonnée par le bey d’Alger Mustafa. Celui-ci est las de sa femme Elvira et souhaite désormais épouser une Italienne. Isabella assume un rôle héroïque et décide de sauver son pauvre Lindoro. En soi, l’histoire n’est pas de grande importance et le livret et aussi riche en incohérences que la partition en morceaux de bravoure ! L’importance réside donc plutôt dans la performance et la représentation.

Pour remporter le défi, Nicolas Berloffa signe une mise en scène pragmatique et habile, tout à fait respectueuse des spécificités drolatiques de l’histoire, malgré une apparence irrévérencieuse. Dans le programme nous lisons qu’il a voulu faire du personnage d’Isabella quelqu’un de plus ambigu et complexe, et il traduit ceci par une Isabella « très colérique ». Or, le personnage d’Isabella est en vérité le plus complexe de l’opus, et devant une écoute libre de préjugés nous constatons facilement que le personnage est en effet à la fois coquin et dévoué. On a voulu nous convaincre que l’idée vient du metteur en scène, mais nous savons que cette héroïne délicieuse est 100% Rossini. Nous adhérons à la proposition surtout parce qu’elle veut insister sur le comique et qu’elle prétende l’enrichir (elle n’en arrive pas forcément, mais ça marche). Cependant, un aspect vraiment remarquable de la mise en scène, à part le travail de comédien, qu’on l’aime ou pas, est le dispositif scénique tournant qui ajoute une fluidité supplémentaire à l’œuvre (décors de Rifail Ajdarpasic). Enfin, l’Isabella colérique et volupteuse de Berloffa, mais surtout de Rossini, est superbement incarnée par la mezzo-soprano Aude Extrémo. Quel délice de performance ! A part son magnétisme sur scène, elle campe des graves veloutés et ne déçoit pas dans les variations vocalisantes, si nécessaires dans Rossini. Si sa performance nous séduit totalement, nous éprouvons d’autres sentiments vis-à-vis à celle du jeune ténor Manuel Nunez Camelino, dont nous féliciterons surtout l’effort et la candeur (remarquons qu’il s’agît d’un rôle particulièrement difficile à interpréter et quelque peu ingrat vis-à-vis au drame). Eduarda Melo, quant à elle, s’abandonne dans sa performance théâtrale tout à fait réussie malgré son état. Elle chante les notes les plus aiguës de la partition non sans difficulté, chose compréhensible, mais nous transporte avec facilité dans le monde irréel et invraisemblable de l’histoire par son excellent jeu d’actrice. Donato di Stefano en Mustafa est tout aussi bon acteur, mais nous ne sommes pas forcément séduits par sa performance vocale qui manque un peu de brio. Celle du baryton italien Giulio Mastrototaro en Taddeo, par contre, nous surprend : il est peut-être celui qui a le style le plus rossinien de la distribution et c’est tout un bonheur !

Les rôles secondaires de Zulma et Ali sont interprétés dignement par Amaya Rodriguez et Yuri Kissin respectivement. Ils sont excellents en vérité ; elle avec un timbre séduisant et lui, une voix imposante. Les choeurs de l’Opéra de Massy quant à eux auraient pu être plus dynamiques pourtant. L’orchestre maison ne dérange pas, si nous pensons qu’il aurait pu gagner en entrain, il reste respectueux de la partition, peut-être trop. La belle folie scénique sur le plateau et la performance d’Aude Extrémo dans le rôle-titre peuvent être à elles seules les raisons fondamentales d’aller voir ce spectacle. Une soirée à la fois drôle et sage qui est bonne pour la morale !

Compte rendu, opéra. Massy. Opéra de Massy. 11 mars 2016. G. Rossini : L’Italienne à Alger. Aude Extrémo, Eduarda Melo, Giulio Mastrototaro … Choeur et Orchestre de l’Opéra de Massy. Dominique Rouits, direction musicale. Nicola Berloffa, mise en scène.

Illustration: © Françoise Boucher

NDLR : Ceux qui souhaitent écouter Aude Extremo, classiquenews était venu à l’Opéra de Tours découvrir et capter quelques scènes de la production de L’Heure espagnole de Ravel où la mezzo captivait déjà dans le rôle de Concepcion… VOIR le reportage L’heure Espagnole de Ravel à l’Opéra de Tours avec Aude Extremo

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