CD. Nikolaus Harnoncourt : opéras de Monteverdi (9 cd Warner).

monteverdi harnoncourt operas barberian warner coffret cdCD. Nikolaus Harnoncourt : operas de Monteverdi (9 cd Warner). Très opportune réédition que ce coffret historique qui nous fait remonter les eaux originelles de la révolution “baroqueuse”. Voici donc le légendaire Nikolaus Harnoncourt, en son œuvre pionnière et décisive, enregistrant dès 1969 à Vienne avec les instrumentistes de son Concentus Musicus, Orfeo, l’opéra des origines (1607), celui qui tout en prolongeant l’écriture madrigalesque, intensément poétique et de plus en plus dramatique, inaugure une nouvelle conception du théâtre musical désormais continûment chanté. Lui succède Il Ritorno d’Ulisse en 1971 et l’Incoronazione di Poppea en 1973 et 1974, toujours à Vienne. L’opération révolutionnaire était dès lors accomplie et à la suite d’Harnoncourt, l’interprétation de la musique baroque ne serait plus jamais la même. Le chef autrichien restitue la pureté expressive du recitatif, le flux souple et expressif du recitar cantando, et aussi, très proche de sa propre nature (chez Mozart par exemple quand il dirige La Clémence de Titus ou Les noces de Figaro), l’essor de la mélancolie ou de la gravité sombre voire lugubre. Les 8 premiers cd nous délivrent ainsi l’héritage lyrique le plus décisif de l’après guerre : un manifeste concret pour la nouvelle esthétique à développer et approfondir désormais. D’autant que, la crise du cd étant venu, le profil des nouvelles générations de musiciens et chanteurs contemporains – infiniment moins défricheurs et audacieux que leurs aînés-, ont comme asséché le fleuve qui débordait alors en créativité, curiosité, désir d’exprimer et de partager…

Aux origines de la révolution baroqueuse…

Aujourd’hui, la trilogie montéverdienne s’est imposée à nous comme l’autre, toute autant magicienne et enchanteresse, celle mozartienne -comprenant les 3 opéras que Wolfgang écrit avec Da Ponte.  Suprême conquête. Monteverdi n’aurait jamais imaginé un tel retour en force ni une telle réconnaissance… même si Orfeo et Poppea sont plus joués qu’Ulisse. De la fin des années 1960 aux débuts 1970, Harnoncourt soulignait enfin le profil de nouveaux héros tragiques et héroïques, languissants, amoureux : Poppée et Néron, Sénèque, Orphée, Pluton, Ulisse et Pénéloppe. La pléiade de nouvelles voix requises pour une telle révolution allait répondre à son projet d’intégrales avec le nerf et l’intensité nécessaires : ainsi, la diva au tempérament tragique ouverte et curieuse de toutes les audaces et nouvelles expériences, Cathy Berberian qui restera l’interprète hors normes du cd 9 à travers trois perles historiques : Lettera amorosa, le Lamento d’Arianna (1623), sans omettre sa faculté à incarner la fulgurante et déchirante Octavia du Couronnement de Poppée… Si l’avenir appartient aux audacieux, Nikolaus Harnoncourt nous aura permis de conquérir de nouveaux horizons révélant en une approche régénérée des continents musicaux entiers que l’on apprend encore à analyser, que l’on aime comprendre, défricher… Comme William Christie qui près de 20 ans après le Harnoncourt montéverdien de 1968 nous révélait dans sa beauté troublante et noir l’immense génie lyrique et poétique de l’opéra baroque français Grand Siècle, avec Atys de Lully en 1986.  Aucun doute voici 9 pépites à consommer sans modération pour comprendre ce que fut l’électrochoc baroqueux, et regretter peut-être aujourd’hui l’absence d’une véritable relève musicale…  Coffret événement.

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