CD, coffret événement, critique. Coffret OFFENBACH : The operas & opérettes / operettas Collection (30 cd Warner classics).

offenbach operas & operettas collection 30 cd warner classics centenaire naissance dossier offenbach 2019 classiquenewsCD, coffret Ă©vĂ©nement, critique. Coffret OFFENBACH : The operas & opĂ©rettes / operettas Collection (30 cd Warner classics). AprĂšs un excellent coffret Berlioz, Ă©galement Ă©ditĂ© pour l’anniversaire 2019, voici en 30 cd, l’intĂ©grale Warner OFFENBACH, qui permet de mesurer la verve prolifique du Jacques des Boulevards, roi autoproclamĂ© de la pantalonnade. Esprit canaille, libertin critique, Offenbach a su faire rire et divertir la bonne sociĂ©tĂ© du Second Empire, tout en Ă©pinglant en un savant jeu de miroir, les travers et les abus comme l’immoralitĂ© de son esprit de fĂȘte (comme rameau Ă  son Ă©poque, Ă  la Cour de Louis XV, pour lequel il rĂ©invente le genre lyrique, mĂȘle les registres
 comme Offenbach, un siĂšcle aprĂšs.
Warner classics a pris soin d’équilibrer sa sĂ©lection. Il n’y manque qu’un seul ouvrage de valeur, le premier Les fĂ©es du Rhin, magistralement crĂ©Ă© Ă  l’opĂ©ra de Tours en 2018 (Classiquenews Ă©tait prĂ©sent et a rĂ©alisĂ© un documentaire sur le sujet, jalon majeur de notre connaissance de Jacques Offenbach / VOIR notre reportage Les FĂ©es du Rhin, OpĂ©ra de Tours, oct 2018). Cette opĂ©ra de jeunesse qui rivalise avec Weber et Wagner comme le grand opĂ©ra français Ă©tait jusque lĂ  connu 
 dans sa version allemande car il faut crĂ©Ă© Ă  Vienne et chantĂ© en allemand. Offenbach demeure un compositeur Ă©galement fĂȘtĂ© de chaque cĂŽtĂ© du Rhin, en France et Allemagne. Double tradition que prend en compte intelligemment le coffret Warner classics : y paraissent ainsi dans les deux langues, OrphĂ©e aux enfers, La Belle HĂ©lĂšne, La Vie Parisienne, Les Contes d’Hoffmann, en un jeu de lectures parallĂšles qui nourrit la vision des drames et comĂ©dies et relativise la place de Jacques en France


Bicentenaire OFFENBACH 2019Le coffret Warner est un absolu indispensable. On y retrouve ainsi les premiers ouvrages et les grands standards, les petites perles oubliĂ©es et les opus majeurs (par ordre d’apparition dans le coffret : Ba-ta-clan (Orc JF Paillard, Marcel Couraud), Les Bavards (ORTF, Marcel Couraud), OrphĂ©e aux enfers (Capitole, Plasson avec Rhodes, MesplĂ©, SĂ©nĂ©chal, BerbiĂ©, Lafont
le nec plus ultra du chant français articulĂ© et mordant), auquel rĂ©pond la version en allemand, car Offenbach fut jouĂ© et reste Ă  l’affiche de nombreux thĂ©Ăątres allemands, chantĂ© dans la langue de Goethe (Orpheus in der Unterwelt, Phil. Hungarica, Willy Mattes), La Belle HĂ©lĂšne (Jessye Norman, Bacquier, Lafont, 
 Capitole / Plasson), et donc Die Schöene Elena (MĂŒnchner Rundfunkorchester, Willy Mattes), La Vie Parisienne (Crespin, SĂ©nĂ©chal, MesplĂ©, 
 Capitole, Plasson), Pariser Leben (Anneliese Rothenberger, MĂŒnchner Rundfunkorchester, Willy Mattes)
 ; La fille du Tambour major (Orch StĂ© des Concerts du Conservatoire, FĂ©lix Nuvolone) ; La Grande Duchesse de Gerolstein (extraits, Eliane Lublin, JP Marty), Die Großherzogin von Gerolstein (Enriqueta TarrĂ©s, Kölner RForchester, Pinchas Steinberg) ; La PĂ©richole (Berganza, carreras, Bacquier, SĂ©nĂ©chal
 Capitole, Plasson) ; Les Brigands (Le Roux, E Vidal, 
 OpĂ©ra de Lyon, Gardiner); Pomme d’Api, Monsieur Choufleuri, Mesdames de la Halle (MesplĂ©, Lafont, Trempont
 Orch Philh. Monte Carlo, Manuel Rosenthal). De mĂȘme, fermant la collection, dans une mĂȘme combinaison bilingue complĂ©mentaire : Les Contes d’Hoffmann (Neil Shicoff, Murray, Plowright, Jessye Norman, La Monnaie, S Cambreling) / Hoffmanns ErzĂ€hlungen (Siegfried Jerusalem, Norma Sharp, julia Varady, Dietrich Fischer-Dieskau
 MĂŒnchner RForchester, Heinz Wallberg)

Bonus dĂ©couverte : les cd 29 et 30, respectivement : rĂ©cital Offenbach de Jane Rhodes (Orch Bordeaux, Roberto Benzi), enfin La GaĂźtĂ© Parisienne (Suite orchestrale, par Orch Monte-Carlo, Manuel Rosenthal ; version pour 3 pianos), puis inĂ©dits, Offenbach mĂ©lodiste, auteur de joyaux Ă  redĂ©couvrir, et Ă  goĂ»ter grĂące aux dons du diseur François Le Roux (« 6 fables de la Fontaine », dont le dĂ©lectable « Le Savetier et le financier »,
 trĂšs actuel, avec Jeff Cohen au piano).

CLIC_macaron_2014Parce qu’il souligne la grande tradition du chant français – Ă  une Ă©poque oĂč le chanteur sait articuler et dĂ©fendre non pas une voix, (sa voix) mais un texte, de surcroĂźt s’agissant de grands chanteurs d’opĂ©ras ; parce qu’il dĂ©voile tout autant la tradition outre-Rhin des opĂ©ras d’Offenbach chantĂ©s Ă  Cologne, Ă  Munich
 en allemand (d’autant plus avec le concours de grands chanteurs wagnĂ©riens : Ă©couter Hoffmanns ErzĂ€hlungen)
 ; pour les mĂ©lodies ainsi dĂ©nichĂ©es qui devraient figurer avec Berlioz, Poulenc, Debussy, Ravel ou Chausson, Massenet et Hahn, dans tout concours de mĂ©lodie française qui se respecte
 le coffret OFFENBACH concoctĂ© par Warner classics pour l’annĂ©e Offenbach 2019 est un incontournable / indispensable. CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2019.

CD, coffret événement, annonce. BERLIOZ : the complete works (27 cd Warner classics).

BERLIOZ hector the complete works integrale cd berlioz 2019 Warner classics critique annonce review par classiquenews 50583702_10156825611121181_2459893251214147584_nCD, coffret Ă©vĂ©nement, annonce. BERLIOZ (27 cd Warner classics). Mort Ă  Paris le 8 mars 1869, Hector Berlioz ressuscite en cette annĂ©e 2019 pour le 150Ăš anniversaire de sa mort. La France qui le boude toujours, en particulier Ă  l’opĂ©ra et au concert, continue Ă©trangement de jouer davantage Brahms, Mendelssohn, Schumann, et tous les auteurs romantiques germaniques, sans omettre Wagner
 Il serait temps de rĂ©tablir en France, le gĂ©nie des Romantiques français Ă  l’opĂ©ra et dans les salles de concert, Ă  commencer par le premier d’entre eux, Berlioz, auteur fabuleux et sublime qui en 1830, obtient le premier prix de Rome (aprĂšs 3 tentatives soutenues par Lesueur) et aussi rĂ©invente la symphonie aprĂšs Beethoven, Mozart et Haydn, avec sa Fantastique, opus Ă  la fois autobiographique, mais au vocabulaire neuf, et au souffle poĂ©tique inĂ©dit.

berlioz-150-ans-berlioz-2019-dossier-special-classiquenewsAprĂšs le LSO, London Symphony Orchestra et l’intĂ©grale des enregistrements rĂ©alisĂ©s par Colin Davis (coffret LSO Berlioz The Odyssey, Ă©ditĂ© en dĂ©cembre 2018), le pionnier de la renaissance berliozienne (Berlioz Revival), voici un second coffret Ă©vĂ©nement – Ă©ditĂ© par Warner classics ce 2 fĂ©vrier 2019, qui dĂ©montre en 27 cd, toutes les facettes du gĂ©nie Berliozien. Le livret de 164 pages rĂ©unit les derniĂšres sources de rĂ©flexion de la recherche concernant aussi l’auteur des Nuits d’étĂ© et des premiĂšres mĂ©lodies dignes de ce nom : quand il ne recrĂ©e pas la magie des instruments seuls dans le vaste bouillon symphonique, Berlioz sait aussi rĂ©concilier drame, chant, poĂ©sie : c’est un dramaturge nĂ©, virtuose des fresque Ă©piques. Le Romantique Ă©pris de Beethoven, Weber, Spontini, fut aussi un fervent militant de Gluck et de Virgile comme de Shakespeare : moderne et visionnaire, Berlioz demeure un grand classique.
VoilĂ  ce que nous dĂ©voile la passionnante collection d’enregistrements de ce coffret de 27 cd. Incontournable. Prochaine grande critique dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS

Points forts
du coffret HECTOR BERLIOZ, the complete works – 27 cd WARNER

Partitions clés :
Les Troyens par John Nelson
Symphonie Fantastique / LĂ©lio par Jean Martinon
Les Nuits d’étĂ© par Janet Baker et John Barbirolli
L’Enfance du Christ par John Eliot Gardiner
La Damnation de Faust par Kent Nagano

PremiĂšres mondiales :
Fragments de La Nonne sanglante (version de 2018 avec VĂ©ronique Gens).
Le temple universel, 1861.
Le dépit de la bergÚre, circa 1819.
2 Fugues, 1826 et 1829 pour orgue.

Les premiers enregistrements BERLIOZ
dont La Damnation de Faust – Maurice Renaud, 1901 (« Voici des roses », sĂ©rĂ©nade de MĂ©phistophĂ©lĂšs : « devant la maison » ) ; Didon par Marie Delna et FĂ©lia Litvine : Symphonie fantastique par RhenĂ©-Baton (1924)


LIRE aussi notre grand dossier BERLIOZ 2019

Martinon Ă  Chicago : l'Ăąge d'or !JALON MAJEUR : Le diptyque Symphonie Fantastique / Lelio par Jean Martinon (Paris, 1974 – dans le coffret BERLIOZ WARNER classics – cd2). Fleuron de la somme discographique WARNER classics, la Fantastique de l’insurpassable Jean Martinon, pilotant avec une acuitĂ© vive, d’une ivresse absolue et en une urgence extatique, l’Orchestre national de l’ORTF. La vision d’avril 1974 dĂ©passe tout ce que l’on a Ă©coutĂ© jusque lĂ  : clartĂ© miraculeuse, phrasĂ©s d’une rare Ă©loquence, brillant intĂ©rieur, sans dĂ©monstration ni pathos ; la prĂ©cision et la profondeur sont jubilatoires. La sensibilitĂ© instrumentale du chef supermaestro se dĂ©voile dans la conception esthĂ©tique mĂȘme du Bal oĂč rayonne le clairon au dessus de l’orchestre, soulignant ce goĂ»t du timbre et de la couleur propre au Français. Le chef sonde chaque phrase, cherche Ă  exprimer son enjeu, son sens profond. La palette des Ă©motions, l’implosion des affetti, et passions du Romantique Berlioz sont ciselĂ©es, exacerbĂ©es, articulĂ©es surtout avec une sincĂ©ritĂ© saisissante. AprĂšs le volet plus connu de la Fantastique, le chef joue enchaĂźnĂ© Lelio, le second volet, plus « bavard », chantĂ© (Nicolai Gedda, assez distanciĂ© et comme peu engagĂ©), mais avec le choeur funĂšbre des ombres (Froid de la mort) qui avant les Troyens, dĂ©veloppe ce thĂšme de la grande dĂ©ploration collective, thĂšme cher au cƓur Ă©prouvĂ© d’Hector. Mais en crĂ©ateur dĂ©livrant des messages autobiographiques d’importance, Berlioz dans LĂ©lio rĂ©invente le genre symphonique, assemble des sĂ©quences ailleurs sans lien : monologue parlĂ©, ballade/mĂ©lodie d’Horatio (L’onde frĂ©mit), chanson de brigands (qui rappelle probablement ses annĂ©es d’errance en Italie, les plus heureuses de sa jeune vie de pensionnaire et laurĂ©at du Prix de Rome
). HomĂšre, Ossian, Shakespeare sont ainsi proclamĂ©s, cĂ©lĂ©brĂ©s tels ses dieux et ses poĂštes mentors, les seuls qui inspirent son Ɠuvre musicale. L’auditeur apprend donc beaucoup en (re)dĂ©couvrant ses diptyque : Fantastique / Lelio (ou le retour Ă  la vie). D’autant que cynique et ironique, Berlioz l’insoumis, fustige aussi le goĂ»t Ă©troit des faux critiques et juges acadĂ©miques. Martinon embrasse la pluralitĂ© d’un massif symphonique hors normes ; il lui injecte son acuitĂ© expressive, sa profondeur poĂ©tique. De sorte que nous avons lĂ  la lecture la plus convaincante du cycle berliozien. Magistral.

Approfondir : LIRE aussi notre prĂ©sentation du coffret JEAN MARTINON / CD, coffret Ă©vĂ©nement. Jean Martinon : the late years : 1968 – 1975. Roussel, Dukas, Lalo, Berlioz, Falla, Poulenc, Ibert, Honegger, Schumann, Tchaikovski, Brahms
 14 cd. CLIC de classiquenews de septembre 2015

 et aussi :

 

 

martinon-jean-complete-recordings-chicago-symphony-orchestra-1964---1969-10-cd-box-CLIC-de-classiquenews-mars-2015-compte-rendu-critiqueCD. Jean Martinon (1910-1976) : Chicago Symphony Orchestra. The complete recordings (10 cd RCA Sony classical. 1964-1969). Le coffret Sony classical regroupe quelques unes de perles inestimables du Martinon amĂ©ricain alors au sommet de sa vibrante sensibilitĂ© orchestrale, comprenant la fin de son engagement Ă  la direction musicale du Chicago Symphony Orchestra soit 10 albums, Ă©ditĂ©s dans leurs pochettes et prĂ©sentations recto / verso d’origine, entre 1964 et 1969 (avec toutes les notices originelles). Le chef qui devait ensuite (1969 Ă  1973) se dĂ©dier au National de France, laisse ici une empreinte forte de son hĂ©ritage symphonique. A ceux qui pensent que son activitĂ© Ă  Chicago ne fut qu’un passage, l’écoute des bandes tĂ©moignent d’une finesse d’approche irrĂ©sistible, Martinon opĂ©rant par clartĂ©, mesure, Ă©quilibre, transparence, rĂ©ussissant dĂšs le premier album (Ravel et Roussel, les piliers de son rĂ©pertoire) une plĂ©nitude de son et une profondeur dans l’approche, idĂ©ales. La suite n°2 de Bacchus et Ariane saisit par sa langueur Ă©lĂ©gantissime, aux rĂ©sonances de l’ombre, une lecture introspective d’une infinie poĂ©sie qui fouille jusqu’à la psychanalyse le dialogue du dieu et de son aimĂ©e enivrĂ©e
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CD, coffret, critique. CHARLES MUNCH, complete recordings on Warner Classics (13 cd – WARNER).

MUNCH charles complete recordings on warner classics 13 cd review cd critique cd par classiquenews xmas gifts 2018CD, coffret, critique. CHARLES MUNCH, complete recordings on Warner Classics (13 cd – WARNER). Mort en 1968, Munch le magnifique incarne l’excellence de la baguette depuis l’aprĂšs guerre, dĂ©fenseur zĂ©lĂ©, inspirĂ© du rĂ©pertoire français, quand tous les grands dĂ©montraient leur compĂ©tence voire leur brio dans Beethoven, Brahms voire Bruckner, soit les compositeurs germaniques romantiques. NĂ© en 1891, l’Alsacien, fut enrolĂ© sous banniĂšre prussienne pendant la grande guerre, puis devint français en 1918 (son nom perd le trĂ©ma du u) : triste et cynique rĂ©alitĂ© politique. Mais la carrure du chef dĂ©passe les conflits nationalistes car il est europĂ©en et l’un des meilleurs chefs de son temps. Fils de musiciens Ă©tablis Ă  Strasbourg, tous interprĂštes et connaisseurs de Bach, Charles s’engage rĂ©solument pour Bruckner.

CHARLES MUNCH en majesté
avec les orchestres français

CLIC D'OR macaron 200FormĂ© entre Paris et Berlin, Charles Munch devient premier violon au Gewandhaus de Leipzig (1925) et joue sous la direction d’un chef qui devient modĂšle pour son expĂ©rience propre, FurtwĂ€ngler ; puis sous Bruno Walter dont l’humanisme le marque profondĂ©ment. A Paris en 1932, Munch dirige l’orchestre Straram ; en 1935, la SociĂ©tĂ© Philharmonique de Paris crĂ©Ă©e par Cortot. Enfin, devient le chef attitrĂ© de la SociĂ©tĂ© des concerts du Conservatoire (1938), laquelle avait en 1830 crĂ©Ă© la Fantastique de Berlioz.
Pendant l’Occupation, le chef poursuit sa carriĂšre musicale, et renverse ses cachets Ă  la RĂ©sistance. Un hĂ©ros, le modĂšle du musicien engagĂ©. Tout en dĂ©fendant les Français (de Berlioz Ă  Ravel), Munch se passionne aussi pour la crĂ©ation et joue les oeuvres nouvelles de ses contemporains ou des jeunes auteurs dont Martinon, Messiaen, Honegger. Il dirige l’Orchestre national de France encore jeune (crĂ©Ă© en 1934), l’emmĂšne aux States en 1946 ; lĂ , le Boston Symphony Orchestra lui offre sa direction musicale dĂšs 1949 (et jusqu’en 1962, tout en dirigeant le Festival de Tanglewood, rĂ©sidence d’étĂ© de l’orchestre bostonien). Il fait de la phalange amĂ©ricaine, un orchestre racĂ©, stylĂ©, Ă©lĂ©gant, français et terriblement nerveux.
Les 13 cd du coffret WARNER, regroupe l’intĂ©grale des enregistrements rĂ©alisĂ©s pour EMI et ERATO, dans les annĂ©es 1930, 1940 et 1960. L’ensemble reflĂšte l’éclectisme du goĂ»t musical de Munch, du Baroque (VIVALDI : Concerto pour violon opus 3 n°9 ; Bach son dieu : Cantate BWV 189, cd10), aux Français Romantiques (Chopin et Saint-SaĂ«ns), modernes (RAVEL : Daphnis, Pavane, les deux Concertos pour piano, La Valse
 et DEBUSSY : La Mer), mais aussi les contemporains tels HONEGGER : Symphonies n°2, n°4, Danse des morts
, les jeunes auteurs comme DUTILLEUX (Symphonie n°2 Le Double, 
). Sa version des Symphonies 3 et 4, fĂ©brile et puissante (cd5) reste indĂ©passable. CĂŽtĂ© germaniques se distinguent la Symphonie n°1 de Brahms, le Concerto pour piano L’Empereur de Beethoven.
Munch-Charles-8Le prĂ©sent coffret Ă©vĂ©nement s’il en est, pour ceux qui veulent Ă©couter le son d‘un maestro anthologique, rassemble le travail du chef mythique avec les orchestres français : SociĂ©tĂ© des Concerts du Conservatoire devenue Orchestre de Paris, Concerts Lamoureux, Orchestre National de l’ORTF, National de la Radio diffusion française. Il nous reste aujourd’hui pour mesurer le gĂ©nie de Munch Ă  l’Ɠuvre, les versions (deux) de la Fantastique de Berlioz, sa partition fĂ©tiche ; la Mer de Debussy ou Daphnis de Ravel sans omettre les Symphonies de Roussel : Munch pas toujours trĂšs prĂ©cis sur le plan mĂ©tronomique, savait comme nul autre Ă©lectriser les instrumentistes au moment du concert, les emportant littĂ©ralement comme les spectateurs, jusqu’à des sommets d’extase poĂ©tique. Rien de moins. Coffret Ă©vĂ©nement. CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre et dĂ©cembre 2018.

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CD, coffret, critique. CHARLES MUNCH, The complete recordings on Warner Classics (13 cd – WARNER). Ref. : 0190295611989

DVD, compte-rendu critique. Giordano : Andrea Chénier (Kaufmann, Zeljko, Pappano, janvier 2015)

andrea chenier jonas kaufmann pappano dvd review dvd critique classiquenews 0190295937966 Andrea ChĂ©nier_Cover B_low_0DVD, compte-rendu critique. Giordano : Andrea ChĂ©nier (Kaufmann, Zeljko, Pappano, janvier 2015). Sur la scĂšne du Royal Opera House de Londres, Jonas Kaufmann Ă©blouit dans le rĂŽle d’Andrea ChĂ©nier (1896) ; le tĂ©nor apporte au hĂ©ros rĂ©volutionnaire conçu pour l’opĂ©ra par Giordano, une vĂ©ritĂ© irrĂ©sistible. L’acteur poĂšte sur la scĂšne londonienne frappe et saisit par sa finesse de style, son expressivitĂ© ardente et sensible
 La clartĂ© du chant impose une conception trĂšs dramatique et efficace du poĂšte (victime de Robespierre en 1794) en lequel Madeleine de Coigny, jeune noble dĂ©truite par les rĂ©volutionnaires, voit son sauveur, le seul homme capable de la sauver.

 

 

 

Kaufmann en poĂšte libertaire et insoumis

 

 

Sans possĂ©der l’angĂ©lisme ardent et incandescent d’une Tebaldi, la soprano Eva-Maria Westbroek, mĂȘme en possĂ©dant ce soprano spinto requis pour le personnage, peine sur toute la durĂ©e, usures et limites d’une voix hier encore prĂ©servĂ©e (aigus ici instables). Mais le jeu juste de l’actrice touche (sa « Mamma morta » surgit de l’ombre et s’embrase progressivement : belle intelligence de vue). Mais l’absence de moyens vocaux rend sa prestation dĂ©sĂ©quilibrĂ©e : c’est d’autant plus regrettable que les duos entre les deux amants perdent en acuitĂ©, en vĂ©ritĂ© Ă©motionnelle.
Si Kaufmann apporte une profondeur psychique à Chénier, le baryton serbe trÚs doué et charismatique Zeljco Lucic « ose » et réussit un Gérard, tiraillé par ses propres démons intérieurs, entre désir et conscience politique ; le rÎle est comme un double pour celui de Chénier : haine puis renoncement ; le chanteur réalise lui aussi une superbe incarnation.

D’ailleurs les comprimari, ou « rĂŽles secondaires » composent une galerie de tempĂ©raments parfaitement dĂ©fendus 
 ainsi se dĂ©tachent la Bersi animĂ©e de Denyce Graves, la Comtesse de Coigny, fiĂšre et tendue de Rosalind Plowright, l’Incroyable intriguant serpentin de Carlo Bossi. Troublante et d’un impact inouĂŻ, l’alto profond guttural de la Madelon ancestrale d’Elena Zilio. Aucun doute, Giordano sait faire du thĂ©Ăątre.

Antonio Pappano, d’un souci instrumental magistral, veillant aussi Ă  l’équilibre plateau / fosse, dans une balance trĂšs Ă©quilibrĂ©e et limpide, montre Ă  l’envi et dĂ©routant tous ces dĂ©tracteurs, quel chef lyrique il est devenu : – le rĂ©cent rĂ©cital VERISMO d’Anna Netrebko (2 septembre 2016 : CLIC de CLASSIQUENEWS) nous le prouve encore, comme son AIDA rĂ©cente Ă©ditĂ©e par Warner Ă©galement : baguette fine, Ă©lĂ©gante et expressive, d’une profondeur incarnĂ©e


 

 

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 CLIC_macaron_2014Sur la scĂšne, la mise en scĂšne de David McVicar reste conforme au travail du Britannique : efficace, esthĂ©tique, surtout classique, ressuscitant la France RĂ©volutionnaire avec vĂ©ritĂ©, capable de glisser avec horreur de l’insouciante monarchie Ă  la terreur des rĂ©voltĂ©s. La tourmente collective impose un contraste d’autant plus mordant avec le profil des individualitĂ©s aussi finement incarnĂ©es, habitĂ©es que celle de ChĂ©nier ou dans une moindre mesure de Madeleine, Ă  cause des imperfections trop criardes de la soprano Eva-Maria Westbroek ; quel dommage pour elle, sa carriĂšre n’aura pas briller par sa longĂ©vitĂ©. Au final une excellente performance globale dont le mĂ©rite tient Ă  la subtilitĂ© des portraits des solistes et de la tenue d’un orchestre qui musicalement sait Ă©viter tout pathos vĂ©riste surexpressifs. Le chant de Kaufmann est au diapason d’une Ă©lĂ©gance intĂ©rieure et d’une grande sobriĂ©tĂ© expressive. Gloire Ă  l’intelligence et la finesse stylistique : l’opĂ©ra vĂ©riste en sort vainqueur. Et sur un sujet historique, la fessue historique y gagne un relief plein de rage, de fureur, d’exaltation mesurĂ©e, au service d’un idĂ©al rĂ©publicain en proie au chaos (la mise en scĂšne de McVicar affiche clairement l’enjeu dramatique global : «  la patrie en danger »). RĂ©jouissant.

 

DVD, compte-rendu critique. Giordano : Andrea Chénier (Kaufmann, Zeljko, Pappano, janvier 2015) 1 dvd Warner classics / enregistré en février 2015, édité en novembre 2015.

 

 

 

Aprofondir
LIRE aussi notre compte rendu complet du cd AIDA de Verdi par Antonio Pappano et Jonas Kaufmann  (Warner classics)

 

 

 

CD, coffret, compte rendu critique. Jean Sibelius : Historical recordings and rareties 1928 – 1945 (7cd Warner classics

sibelius warner historical recordings 1928 1945 warner box 7 cd coffret critique review compte rendu critique CLASSIQUENEWSCD, coffret, compte rendu critique. Jean Sibelius : Historical recordings and rareties 1928 – 1945 (7cd Warner classics). Des gravures “historiques”, – soit les premiĂšres dans l’histoire du microsillon, celles par exemple de Robert Kajanus (avec le London Symphony orchestra en juin 1932 (Symphonies 3 et 5, d’une irrĂ©pressible tension complĂ©tĂ©e par un grande subtilitĂ© expressive, en particulier cette Ă©coute de l’urgence intĂ©rieure, cette dĂ©termination lyrique et parfois avant Bernstein, Ă©chevelĂ©e, dĂ©lirante mais si juste, et ce souci du lien organique structurant les parties entre elles), surgit une leçon d’interprĂ©tation qui fait tout l’intĂ©rĂȘt du prĂ©sent coffret de 7cd Ă©ditĂ© par Warner et qui pour la plupart regroupe des chefs travaillant Ă©videmment Ă  Londres et que Sibelus a pu connaĂźtre, et dont il a pu pour certains, valider leur propre approche. C’est Ă©videmment le cas de Robert Kajanus dĂ©cĂ©dĂ© en 1933 qui est d’autant plus exemplaire parmi les pionniers et dĂ©fenseurs de la premiĂšre heure sibĂ©lienne, qu’il a crĂ©Ă© nombre de ses Ɠuvres, ou les a fait connaĂźtre en Europe hors de Finlande avec la complicitĂ© du MaĂźtre. Compositeur lui aussi, Ă©galement auteur d’un Symphonie Kullervo (comme la piĂšce de Sibelius), Kajanus entre 1890 et jusqu’Ă  sa mort, ne cesse de faire connaĂźtre les Ɠuvres de son compatriote : Kajanus dirige le premier orchestre symphonique d’Helsinki au dĂ©but des annĂ©es 1880 puis joue (entre autres) les oeuvres de Sibelius Ă  Paris pour l’expo Universelle de 1900 (Symphonie n°1, Suite du roi Christian II, Le cygne de Tuonela, Finlandia et Le retour de LemminkĂ€inen… soit une synthĂšse de l’univers sibĂ©lien. C’est cependant un Ă©clairage sur son engagement sibĂ©lien des annĂ©es 1930 que Warner met ici en lumiĂšre.

 

 

 

 

 

 

Kajanus, Boult, Beecham, Stokowski, Koussevitzky…

Les premiers Sibéliens à Londres autour de 1930

 

 

Pour Warner, Kajanus enregistre dans les annĂ©es 1930, soit quelques annĂ©es avant sa mort, les Symphonies 1, 3 (cd1), surtout 3 (Ă©poustouflante de vivacitĂ© subtile) et 5 (d’une fraĂźcheur Ă©ruptive rafraĂźchissante ; Symphonies 3 et 5 sont dans le cd2). Et dans le studio rĂšgne dĂ©jĂ  un certain Walter Legge, futur grand producteur et mari de la Schwarzkopf… Kajanus fixe aussi pour la SociĂ©tĂ© SibĂ©lius et Warner, l’Ă©blouissante musique de scĂšne, trĂšs allusive et orientalisante (Solitude, Nocturne) : Alexander Feast – la banquet d’Alexandre, d’aprĂšs la piĂšce de Hjalmar ProcopĂ© (Suite opus 51, cd3, juin 1932).

A la suite de l’indĂ©fectible Ă©nergie du pionnier Kajanus, les chefs de l’intelligentsia londonienne s’emparent du miracle symphonique sibĂ©lien au point de l’inscrire au programme ordinaire des Prom’s, assurant ainsi une renommĂ©e croissante pour Sibelius dont il font un maĂźtre absolu du langage symphonique : ainsi les chefs ici d’un geste captivant : Sir Adrian Boult (coupes vive et tranchante des OcĂ©anides opus 55, cd3, janvier 1936, conçus comme une vaste chevauchĂ©e haletante d’une gravitĂ© irrĂ©sistible), Thomas Beecham (Concerto pour violon avec Jasha Heiffetz en 1935, Symphonie n°4 de 1937, Finlandia en 1938, avec le London Philharmonia orchestra), ou Serge Koussevitzky (Symphonie n°7 gonflĂ©e Ă  bloc, d’un souffle prenant en 1933 avec le BBC SO) et Leopold Stokowski…

Autres fleurons propres au tournant des annĂ©es 1930 – suractivitĂ© des studios louĂ©s par la Warner soucieuse de fixer les grands interprĂštes sibĂ©liens d’alors : le Quatuor opus 56 par le Budapest String Quartet (aoĂ»t 1933, cd7) : qui plonge dans des abysses de profondeur intime et Ă©nigmatique : Ă  connaĂźtre Ă©videmment;

Le coffret Warner tĂ©moigne d’un engouement sans prĂ©cĂ©dent pour les Ɠuvres orchestrales et vocales de Sibelius autour de 1930 ; les chefs londoniens se sont alros emparĂ©s du mythe encore vivant, rĂ©vĂ©lant sous sa langue si originale, un souffle Ă  la fois panthĂ©iste et une vision esthĂ©tique et poĂ©tique qui rappelle par la modernitĂ© et la sincĂ©ritĂ© de sa construction, Beethoven lui-mĂȘme.

 

 

CD, coffret, compte rendu critique. Jean Sibelius : Historical recordings and rareties 1928 – 1945 (7cd Warner classics).

 

 

Seiji Ozawa : the complete Warner recordings (25 cd)

SEIJI-OZAWA-the-complete-warner-recordings-coffret-cd-review-comte-rendu-critique-CLASSIQUENEWS-juillet-2015-CLIC-de-l-ete-2015 Seiji-Ozawa-The-Complete-Warner-Recordings1_actu-imageCD, coffret Ă©vĂ©nement, compte rendu critique. Seiji Ozawa : The complete Warner recordings, 25 cd). MĂšre chrĂ©tienne, pĂšre bouddhiste, Seiji Ozawa est la synthĂšse Orient Occident, nĂ© le 1er septembre 1935 en Chine (province du Mandchoukuo, la Mandchourie alors occupĂ©e par les japonais), c’est l’enfant de mĂ©tissages et de cultures subtilement associĂ©es dont la force et l’acuitĂ©, la sensibilitĂ© et l’Ă©nergie ont façonnĂ© une trajectoire singuliĂšre, l’une des plus passionnantes Ă  l’Ă©coute de son hĂ©ritage musicale parmi les chefs d’orchestre du XXĂšme siĂšcle. Il partage avec le regrettĂ© Frans Bruggen, la mĂȘme tension fĂ©line au pupitre, soucieuse de prĂ©cision et de souplesse. une leçon de communication et de maintien, pour tous les nouveaux princes de la baguette, rien qu’Ă  les regarder.
D’abord pianiste, Seiji se destine Ă  la baguette et Ă  la direction d’orchestre sous la houlette du professeur Hideo Saito, figure majeure de l’essor de la musique classique au Japon. Sa carriĂšre est lancĂ©e avec l’obtention du premier prix Ă  Besançon en 1959 : l’Ă©lĂšve Ă  Paris de EugĂšne Bigot a Ă©bloui par sa finesse et son charisme. Il a 24 ans. Le prodige est l’invitĂ© de CHarles Munch Ă  Boston, de Karajan Ă  Berlin. C’est aussi un Ă©lĂšve assidu de Tanglewood dĂšs 1960 : Ă  la discipline maĂźtrisĂ©e, le jeune chef approfondit son intuition, sa libertĂ© et ses prises de risques aux cĂŽtĂ©s de Munch, Bernstein, Copland… Assistant de Karajan, Seiji devient aussi celui de Bernstein.
CLIC D'OR macaron 200DĂšs lors, le nouveau tempĂ©rament de la direction circonscrit son propre rĂ©pertoire, idĂ©alement Ă©quilibrĂ© : la musique française, les piliers germaniques, classiques et romantiques, Tchaikovsky et Gustav Mahler (une passion transmise par Bernstein que dĂ©laissa Karajan). Mais ici pas de Mahler hĂ©las mais des Tchaikovski Ă  couper le souffle dont la 4Ăšme avec l’Orchestre de Paris en 1970, qui depuis a perdu cet Ă©tat de grĂące entre mordant vif argent et dramatisme universel, qui donne justement Ă  Piotr Illiytch des accents mahlĂ©riens. Le sens du fatum, la claire consciente d’une unicitĂ© Ă  la fois maudite et capable d’espoir, rĂ©tablit comme peu, l’hĂ©roisme tchaikovskien, sans omettre sur le plan de l’articulation et de la transparence un travail qui renoue avec Munch et Karajan. Rien de moins (cd5).

 

 

 

Faune pointilliste, direction féline

 

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L’ascension du jeune oriental trĂšs amĂ©ricanisĂ© ne tarde pas : directeur du festival de Ravinia (1964-1968), Seiji Ozawa devient directeur musical du Toronto Symphony orchestra ((1965-1969), du San Francisco Symphony (1970-1976), du Boston Symphony (depuis 1972 et jusqu’en 2002), de l’OpĂ©ra de Vienne (2002-2010). Ozawa a fondĂ© le New Japan Phiharmonic (1972), l’Orchestre Saito Kinen (littĂ©ralement en hommage Ă  Saito, 1984) , le festival de Matsumoto (1992) enfin en 2003, une nouvelle compagnie lyrique, the Tokyo Opera Nomori. DiminuĂ© Ă  cause d’un cancer Ă  l’oesophage, Ozawa a rĂ©duit ses engagements depuis 2010, revenant peu Ă  peu Ă  la vie musicale et honorant ses nombreuses responsabilitĂ© dans son pays, le Japon, et dĂ©clarant non sans humour, “Je vais essayer au maximum de m’empĂȘcher de mourir”.
Erato rĂ©Ă©dite l’ensemble de son hĂ©ritage enregistrĂ© depuis 1969 (Rimski, Bartok, KodĂĄly, Janacek, Lutoslawski Ă  Chicago), jusqu’Ă  Shadows of time de Dutilleux dont il a pilotĂ© la crĂ©ation Ă  Boston en 1997…

 

Le Boston Symphony est particuliĂšrement Ă  l’honneur dans ce corpus (30 ans de collaboration quand mĂȘme) mais aussi d’autres phalanges qui rĂ©vĂšlent l’adaptabilitĂ© et l’aisance du chef Ozawa Ă  relever les dĂ©fis de la direction d’orchestres aux profils diffĂ©rents : Chicago Symphony orchestra, Orchestre de Paris, Orchestre National de France, Berliner Philharmoniker, London Philharmonic Orchestra, Philharmonia, London Symphony orchestra, Japan Philarmonic orchestra… Ozawa Ă©tend son rĂ©pertoire aux oeuvres rares (Concerto pour violon de Sibelius et de Bruch (avec la soliste Masuko Ushioda), et surtout japonaises (Ă©videmment Takemitsu est ses climats supendus filigranĂ©s, certaines oeuvres nĂ©cessitant des instruments traditionnels (dans So-Gu II de Ishii). Mais mĂȘme lorsqu’il dirige son compatriote Takemitsu, Ozawa renoue avec la couleur et le sens du timbre, idĂ©al français (car Takemitsu doit beaucoup Ă  Ravel et Debussy).
A la tĂȘte de chaque phalange, malgrĂ© sa singularitĂ© voire l’ampleur de ses effectifs, le geste d’Ozawa prĂ©serve la transparence, la clartĂ© des couleurs, une prĂ©cision aussi d’horloger qui pourtant sait tempĂ©rer sa mĂ©trique trop rigide pour favoriser le souffle, la respiration intĂ©rieure, une certaine vision Ă  la fois organique et pointilliste des partitions. En faune inspirĂ©, Ozawa a toujours su instiller et transmettre une pulsation dynamique Ă©tonnamment alerte et vive voire agile et nerveuse : sa direction de fĂ©lin le caractĂ©rise principalement.

 

 

ozawa seiji chef orchestre maestro coffret review classiquenews 2015A Tanglewood, approchant Copland, Ozawa reçoit le goĂ»t de la musique amĂ©ricaine du XXĂšme siĂšcle : plusieurs gravures de ce coffret Warner en tĂ©moignent clairement : Concertos pour violon de Barber (avec Itzhak Perlman), de Earl Kim et Robert Starer, SĂ©rĂ©nade de Bernstein (hommage Ă  son maĂźtre)… Chez les français, Ozawa allie sa maĂźtrise rythmique, son sens des couleurs, Ă  une intelligence de l’architecture totalement inĂ©dite, ses correspondances intĂ©rieures ; une telle affinitĂ© explique qu’il s’est particuliĂšrement engagĂ© pour la crĂ©ation des oeuvres de Dutilleux et Messiaen : de ce dernier, crĂ©ation dĂšs 1966 des Sept Haikai, spĂ©cilisation Ă  peine voilĂ©e dans l’interprĂ©tation de la TurangalĂźla Symphonie, avant l’accomplissement lyrique spectaculaire, la crĂ©ation Ă  l’OpĂ©ra Bastille de Saint-François d’Assise en 1983. Il restait un nouveau volet Ă  se polyptique impressionnant : Le Temps l’horloge de Dutilleux crĂ©Ă© au TCE avenue Montaigne, lieu emblĂ©matique de la modernitĂ© depuis Le Sacre, en 2009 (RenĂ© Fleming et le National de France).

 

Parmi les partenaires, outre la violoniste dĂ©jĂ  citĂ©e, Masuko Ushioda (Sibelius, 1971), citons les grands partenaires du maestro : Alexis Weissenberg (Concerto de Ravel, 1970, avec l’Orchestre de Paris ; Rhapsodie in blue de Gershwin, 1983 avec le Berliner Philharmoniker), Michel BĂ©roff (Stravinsky, 1971), Itzhak Perlman (Wieniawski, 1971 ; Kim et Starer, Boston, 1983 ; Barber, 1994 ; Gagneux et Shchedrin, 1994), Vladimir Spivokov (Tchaikovsky, 1981),  Anne-Sophie Mutter (Symphonie espagnole de Lalo, National de France, 1984), surtout Mitslav Rostropovitch (Concertos de Dvorak, 1985 ; de Prokofiev et Shostakovitch, 1987 ), …

 

 

OZAWA maestro felin CLASSIQUENEWS portrait juillet aoĂ»t 2015 Le-chef-d-orchestre-Seiji-Ozawa-de-retour_article_landscape_pm_v8Comparaison Ă©difiante, l’Ă©coute comparative des deux versions de L’Oiseau de feu (ballet intĂ©gral) : Ă  9 annĂ©es d’intervalle ; d’abord avec l’Orchestre de Paris en avril 1972, puis avec le Boston Symphony orchestra en avril 1983. CiselĂ©e, et pourtant prenante, comme inscrite dans un matĂ©riau souterrain, la direction Ă©merveille par le sens du climat, de la transparence, dĂ©taillant chaque accent instrumental en une mosaĂŻque de couleurs Ă©tonnamment lisible : du grand art, pointilliste et dramatique. La Supplication de l’Oiseau (CD10, plage 6) allie la dĂ©finition des timbres (bois et cordes), les nuances et le sens de l’Ă©coulement en une danse envoĂ»tante portĂ©e Ă  incandescence… A Boston, 9 ans plus tard, autre orchestre autre Ă©quilibre : la sonoritĂ© s’est arrondie, disposant d’un orchestre moins nerveux, les dĂ©tails qu’y distille maĂźtre Ozawa sont plus flous mais non moins prĂ©cisĂ©ment Ă©noncĂ©s, avec toujours ce sens scintillant des atmosphĂšres, canalisant la tension en une formidable machinerie narrative : un faune ensorceleur qui de l’une Ă  l’autre gravure, maintient ici et lĂ  une Ă©tonnante capacitĂ© Ă  exprimer dans la clartĂ© et aussi l’absolu mystĂšre : Ă©loge de l’action et de l’ombre. Saisissant : Ozawa sait faire sonner chaque qualitĂ© de l’Orchestre, de Paris Ă  Boston. Aucun doute lĂ  dessus, l’Ozawa des annĂ©es 1970 est d’un acier Ă©tincelant, qui souffle une fiĂšvre dĂ©taillĂ©e vif argent, architecturĂ©e, “pointilliste” comme le chatoiement d’un Seurat et aussi l’Ă©clat scintillant organique d’un Titien : ce coffret qui regroupe la majoritĂ© des enregistrements de cette dĂ©cade miraculeuse forme un corpus incontournable.

 

 

CD, coffret Ă©vĂ©nement. Compte rendu critique : Arturo Benedetti-Michelangeli, piano. The complete Warner recordings (1941-1975 – 14 cd Warner classics)

benedetti michelangeli complete warner recordings 14 cd compte rendu critique classiquenews CLIC de juin 2015CD, coffret Ă©vĂ©nement. Compte rendu critique : Arturo Benedetti-Michelangeli, piano. The complete Warner recordings (1941-1975). 14 cd Warner classics. L’art du pianiste Benedetti-Michelangeli incarne l’élĂ©gance et la distinction technique qui s’affirment ici dans ses bandes enregistrĂ©es sous Ă©tiquette EMI Ă  l’époque, depuis 1941 (MILAN, cd1 : Sonate opus 2 n°3 de Beethoven) Ă  1975 (cd 7 et 8 : Concertos de Haydn et Carnaval de Schumann). Pour les 20 ans de la mort du pianiste en 1995, Warner classics Ă©dite l’ensemble de ses archives concernant le plus grand pianiste italien du XXĂšme avant Pollini. Patrie de l’opĂ©ra, des grands violonistes et des clavecinistes (Frescobaldi et Scarlatti), l’Italie devait forcĂ©ment aprĂšs Busoni, accoucher d’un grand du clavier moderne. Ce fut Arturo Benedetti Michelangeli, nĂ© en 1920. Si Ciccolini se fixe en France, “ABM” lui, reste en Italie : rĂ©vĂ©lĂ© au Concours de GenĂšve en 1939 (- et sidĂ©rant au point que Cortot affirmera face Ă  ce jeune homme de 19 ans qu’il y reconnaissait la rĂ©incarnation de Liszt, dont BM avait interprĂ©tĂ© brillamment le Concerto n°1), le jeune prodige, technicien hors pair, se montre magicien de la sonoritĂ© pianistique, rĂ©vĂ©lant des nuances irisĂ©es nĂ©es du clavier… jusqu’alors inconnues. Un nouveau naĂźtre moderne de la note bleue ? Dans le sillon de Liszt et Chopin Ă  Nohant auprĂšs de leur hĂŽtesse subjuguĂ©e et dĂ©voreuse, George Sand, ABM est lui aussi en quĂȘte de rĂ©sonances secrĂȘtes, profondes qui parlent Ă  l’Ăąme.

 

 

Pour les 20 ans de sa disparition en 1995, Warner classics Ă©dite l’intĂ©gralitĂ© des enregistrements du pianiste italien Arturo Benedetti-Michelangeli


L’élĂ©gance et la grĂące d’un penseur du piano

tumblr_nlpenkBDSu1tm6y3go1_540Arturo Benedetti-Michelangeli captive toujours. C’est une personnalitĂ© insaisissable capable logiquement de faire naĂźtre dans ses lectures, le pur mystĂšre et la grĂące… En tout cas une sensibilitĂ© post romantique des plus envoĂ»tantes capable au concert d’offrir des sommets d’espĂ©rience musicale. L’homme reste un mystĂšre : « absent » (mais pas Ă  lui-mĂȘme) annulant il est vrai, bon nombre de concerts, pour un oui pour un non, un courant d’air, un programme trop copieux, trop exigeant, – pourtant, mais donnant tout et allant jusqu’au bout dans les partitions jouĂ©es. Le poids de la pensĂ©e, le souci du sens, l’introspection directement en connexion avec le jeu ont fait la valeur de son legs aujourd’hui accessible par le disque. Pas de rĂ©pertoire Ă©largi jusqu’aux modernes (Ă  part Mompou, Debussy, cf Images et Children’s corner Ă  Turin en 1963 et Ravel : Concerto en sol Ă  Londres en 1957), mais une rĂ©flexion des plus aiguĂ«s sur les classiques Haydn et Mozart (Concertos pour piano K 415, K450, K488, Milan, 1951) voire baroques (Bach Ă©videmment, Galuppi et Scarlatti pour ses dĂ©lier les doigts), surtout romantiques : Beethoven, Chopin, Schumann (ici deux versions de Carnaval, bain, source du romantisme le plus enfantin et le plus Ă©chevelĂ© donc bouleversant par sa fragilitĂ© triomphante : 1975 cd 8 et 1957 cd 4, et aussi 2 versions du sidĂ©rant Concerto pour piano opus 54: Ă  20 ans d’intervalle, soit en 1942, cd9 puis 1962 cd12, le premier avec l’orchestre de la Scala de Milan et Alceo Galliera, le second avec l’orchestre Symphonique de Rome della Rai et Gianadrea Gavazzeni)), Liszt, Grieg, Rachmaninov. Peu bavard, Ă©conome et sur le repli voire le silence appesanti / Ă©nigmatique s’il Ă©tait question de communiquer et surtout de transmettre, MB laisse le souvenir d’un ĂȘtre venu d’ailleurs finalement. Son Ă©lĂšve Martha Argerich laisse le tĂ©moignage d’un professeur absent, capable seulement de lui laisser sur son pupitre un mot : qui en dit beaucoup mais en quelques syllabes, muries, sibyllines : « écoutez vous mieux ». L’invitation Ă  davantage de silence Ă©veillĂ©e, de conscience Ă©panouie, d’intĂ©rioritĂ© sincĂšre et directe ne pourrait mieux caractĂ©riser le grand et inĂ©galable Arturo. Cette adresse concerne aussi les auditeurs / spectateurs qui aujourd’hui sont bien loin de cette immersion profonde et concentrĂ©e dans la musique. Ici la dĂ©licatesse enfantine et infiniment nostalgique de ses Mozart, l’élĂ©gance amusĂ©e badine mais jamais anodine de ses Haydn, la virtuositĂ© Ă©lectrique de ses Scarlatti et Galuppi, la profondeur des Beethoven, Brahms et Grieg, le dĂ©liĂ© bondissant et versatile de Schumann, le rĂȘve ou le songe sincĂšre des Debussy ou des Ravel font le gĂ©nie du Benedetti-Michelangeli pianiste. Un grand. Qui reste unique. A dĂ©faut de connaĂźtre vĂ©ritablement celui qui Ă  travers les 14 pochettes ici rĂ©unies ne nous regarde jamais, offrant son profil proustien, l’Ă©coute approfondie que nous permet Warner classics attĂ©nue l’Ă©loignement du mystĂ©rieux rĂȘveur et nous le rend proche enfin. Coffret Ă©vĂ©nement.

 

 

 

CLIC_macaron_2014CD, coffret événement. Compte rendu critique : Arturo Benedetti-Michelangeli, piano. The complete Warner recordings (1941-1975). 14 cd Warner classics Réf.: 0 825646 154883. Parution : juin 2015.

CD. Nikolaus Harnoncourt : opéras de Monteverdi (9 cd Warner).

monteverdi harnoncourt operas barberian warner coffret cdCD. Nikolaus Harnoncourt : operas de Monteverdi (9 cd Warner). TrĂšs opportune rĂ©Ă©dition que ce coffret historique qui nous fait remonter les eaux originelles de la rĂ©volution “baroqueuse”. Voici donc le lĂ©gendaire Nikolaus Harnoncourt, en son Ɠuvre pionniĂšre et dĂ©cisive, enregistrant dĂšs 1969 Ă  Vienne avec les instrumentistes de son Concentus Musicus, Orfeo, l’opĂ©ra des origines (1607), celui qui tout en prolongeant l’Ă©criture madrigalesque, intensĂ©ment poĂ©tique et de plus en plus dramatique, inaugure une nouvelle conception du thĂ©Ăątre musical dĂ©sormais continĂ»ment chantĂ©. Lui succĂšde Il Ritorno d’Ulisse en 1971 et l’Incoronazione di Poppea en 1973 et 1974, toujours Ă  Vienne. L’opĂ©ration rĂ©volutionnaire Ă©tait dĂšs lors accomplie et Ă  la suite d’Harnoncourt, l’interprĂ©tation de la musique baroque ne serait plus jamais la mĂȘme. Le chef autrichien restitue la puretĂ© expressive du recitatif, le flux souple et expressif du recitar cantando, et aussi, trĂšs proche de sa propre nature (chez Mozart par exemple quand il dirige La ClĂ©mence de Titus ou Les noces de Figaro), l’essor de la mĂ©lancolie ou de la gravitĂ© sombre voire lugubre. Les 8 premiers cd nous dĂ©livrent ainsi l’hĂ©ritage lyrique le plus dĂ©cisif de l’aprĂšs guerre : un manifeste concret pour la nouvelle esthĂ©tique Ă  dĂ©velopper et approfondir dĂ©sormais. D’autant que, la crise du cd Ă©tant venu, le profil des nouvelles gĂ©nĂ©rations de musiciens et chanteurs contemporains – infiniment moins dĂ©fricheurs et audacieux que leurs aĂźnĂ©s-, ont comme assĂ©chĂ© le fleuve qui dĂ©bordait alors en crĂ©ativitĂ©, curiositĂ©, dĂ©sir d’exprimer et de partager…

Aux origines de la rĂ©volution baroqueuse…

Aujourd’hui, la trilogie montĂ©verdienne s’est imposĂ©e Ă  nous comme l’autre, toute autant magicienne et enchanteresse, celle mozartienne -comprenant les 3 opĂ©ras que Wolfgang Ă©crit avec Da Ponte.  SuprĂȘme conquĂȘte. Monteverdi n’aurait jamais imaginĂ© un tel retour en force ni une telle rĂ©connaissance… mĂȘme si Orfeo et Poppea sont plus jouĂ©s qu’Ulisse. De la fin des annĂ©es 1960 aux dĂ©buts 1970, Harnoncourt soulignait enfin le profil de nouveaux hĂ©ros tragiques et hĂ©roĂŻques, languissants, amoureux : PoppĂ©e et NĂ©ron, SĂ©nĂšque, OrphĂ©e, Pluton, Ulisse et PĂ©nĂ©loppe. La plĂ©iade de nouvelles voix requises pour une telle rĂ©volution allait rĂ©pondre Ă  son projet d’intĂ©grales avec le nerf et l’intensitĂ© nĂ©cessaires : ainsi, la diva au tempĂ©rament tragique ouverte et curieuse de toutes les audaces et nouvelles expĂ©riences, Cathy Berberian qui restera l’interprĂšte hors normes du cd 9 Ă  travers trois perles historiques : Lettera amorosa, le Lamento d’Arianna (1623), sans omettre sa facultĂ© Ă  incarner la fulgurante et dĂ©chirante Octavia du Couronnement de PoppĂ©e… Si l’avenir appartient aux audacieux, Nikolaus Harnoncourt nous aura permis de conquĂ©rir de nouveaux horizons rĂ©vĂ©lant en une approche rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e des continents musicaux entiers que l’on apprend encore Ă  analyser, que l’on aime comprendre, dĂ©fricher… Comme William Christie qui prĂšs de 20 ans aprĂšs le Harnoncourt montĂ©verdien de 1968 nous rĂ©vĂ©lait dans sa beautĂ© troublante et noir l’immense gĂ©nie lyrique et poĂ©tique de l’opĂ©ra baroque français Grand SiĂšcle, avec Atys de Lully en 1986.  Aucun doute voici 9 pĂ©pites Ă  consommer sans modĂ©ration pour comprendre ce que fut l’Ă©lectrochoc baroqueux, et regretter peut-ĂȘtre aujourd’hui l’absence d’une vĂ©ritable relĂšve musicale…  Coffret Ă©vĂ©nement.