CD, compte rendu critique. Monteverdi : Livres I,II,III de madrigaux – florilège (Les Arts Florisants, Paul Agnew, 1 cd Les Arts Florissants éditions

cremona-palazzo-monteverdi-cremona-vol-1-paul-agnew-les-arts-florissants-presentation-dossier-special-livres-I-II-III-de-madrigaux-classiquenews-mai-2015CD, compte rendu critique. Monteverdi : Livres I,II,III de madrigaux – florilège (Les Arts Florisants, Paul Agnew, 1 cd Les Arts Florissants éditions). Forts d’une intégrale donnée en concert depuis 4 années, Paul Agnew et les chanteurs des Arts Florissants poursuivent leur approfondissement des madrigaux de Monteverdi avec cette éloquence voluptueuse dont ils savent projeter le geste poétique. Soucieux du verbe, de son intensité comme de sa couleur et de son intelligibilité, une vraie complicité collective s’entend ici, au profit des 3 premiers Livres, (I,II et III, édités en 1587, 1590 et 1592) : c’est un retour à la source, celle miraculeuse et jaillissante qui permet de comprendre comment Claudio, de sa formation à Crémone auprès de son maître Ingegneri, plutôt conservateur, fait éclater le cadre du langage musical Renaissance (Ars Perfecta) pour en libérer le potentiel expressif afin d’exprimer au plus près, les vertiges émotionnels des poèmes choisis. Esthétique du verbe et du sentiment qu’il contient, voici donc révélé, ce chemin qui mène à … l’opéra.

CLIC_macaron_2014Apprenant de Marenzio, De Rore, de Pallavicino, le jeune Claudio,  âgé de seulement 19 ans quand il fait paraître son Livre I (Crémone, 1587), ardent amoureux des sens, cisèle déjà une langue vocale d’un raffinement irrésistible, sachant surtout souligner, commenter, articuler les textes de Guarini et essentiellement de Torqueto Tasso (Le Tasse) : le miracle de l’aube nouvelle qui accompagne le réveil des amants (Non si levav’ancor l’alba novella), et déjà une écriture qui prête oreille aux enchantement de la nature (Ecco mormorar l’onde… et ses graves ondulents quasiment érotiques et languissants) suscitent entre autres, dans l’éblouissant Livre II de 1590 (qui clôt littéralement l’époque crémonaise ; le Livre III est déjà dédié au Duc Vincent de Gonzague à Mantoue…), des perles de trouvailles murmurées, contrastées, serties dans une justesse suggestive que les 6 solistes éclairent d’une vibrante implication. Mêmes les autres poèmes du Tasse mis en musique, – S’andasse Amor à caccia, et Se tu mi lassi, perfida… plus dramatiques et proches du texte parlé incantatoire, illuminent les mêmes recherches du jeune Claudio, déjà grand connaisseur de poésie dramatique.

 

 

 

A cappella, les 5 chanteurs autour de Paul Agnew embrasent les Livres I,II,III de madrigaux de Monteverdi

Crémona, la matrice miraculeuse

Dans ce florilège qui regroupe les joyaux des Livres I,II et III, Paul Agnew veille plus que jamais et peut-être davantage encore que dans le recueil précédemment publié de cette quasi intégrale discographique (Mantova : Livres IV, V, VI), à la clarté de la polyphonie, à l’architecture harmonique des partitions, à l’engagement pulsionnel et psychologique, à l’équilibre et l’écoute des voix (ample portique de Vattene pur, crudel, ultime cycle madrigalesque du IIème Livre (1592) que Monteverdi a conçu comme un retable profane en trois volets, là encore inspiré du Tasse qui imagine la figure tragique et démunie d’Armide, abandonnée par Renaud… Il en résulte ce cabinet intérieur où les intentions se révèlent dans l’énoncé du verbe, cette mécanique mesurée au diapason du cœur et du souffle qui proche de l’improvisation, à force de répétition et de travail collectif, incarne l’enjeu sensuel et le drame intérieur de chaque poème ; ici, la mélodie et le chant semblent naître du mot : lisibilité, flexibilité, couleur du sentiment déjà : rien ne manque à cette fusion idéale, légendaire et pilier pour l’essor de l’opéra à venir.

monteverdi cremona ingegneri Primeiro_retrato_de_MonteverdiGrâce à Paul Agnew et ses formidables complices des Arts florissants, il semble que jamais interprètes n’ont compris et su transmettre à ce point, l’intelligence de Monteverdi, peintre des âmes et des paysages sensuels : au service du Tasse, lui-même engagé à stimuler l’inspiration des compositeurs pour la mise en musique de ses poèmes, Monteverdi semble mieux que quiconque alors dans ce passage décisif au début des années 1590, entre la Renaissance et le Baroque naissant, déceler l’enjeu dramatique du verbe. Avec lui, le chant devient dramatique et se prépare à l’éclosion très prochaine, dans la décennie suivante, de l’opéra. C’est à dire au moment où en peinture, Caravage réalise la même inflexion vers l’incarnation et l’individualisation de la forme et du discours. Un réalisme fait jour, une intimité et la représentation de l’homme surtout s’affirment comme jamais auparavant. Tout se joue ici et dans cette matrice vocale d’une éblouissante cohérence ; les Arts Florissants sous la direction de Paul Agnew se révèlent superlatifs. On se souvient de l’intégrale de Rinaldo Alessandrini pour l’ex label Opus 111, cycle en son époque événement ; près de 15 ans plus tard, toute la science et l’éloquence des Arts Florissants défendues par William Christie depuis le début de l’aventure de l’ensemble, sont transmises et comprises, recueillies avec une finesse magicienne par son “associé” et directeur musical adjoint, désormais adoubé, Paul Agnew. Magistral.
On attend le troisième et dernier volume de ce florilège madrigalesque, avec impatience (intitulé Venezia, Livres VII et VIII). Illustration : portrait présumé de Monteverdi jeune (DR).

 

 

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CD, compte rendu critique. Monteverdi : Livres I,II,III de madrigaux – florilège (Les Arts Florisants, Paul Agnew, 1 cd Les Arts Florissants éditions. Parution : mardi 19 mai 2015.

AGENDA Monteverdi : Paul Agnew et Les Arts Florissants en concert
Lundi 18 mai 2015 : Paris, Philharmonie 2, 20h30 : Livre VIII, Madrigali amorosi
Dimanche 24 mai 2015 : Londres, Barbican-Milton Court, 14h : Livre VIII, Madrigali guerrieri
Dimanche 24 mai 2015 : Londres, Barbican-Milton Court, 19h30 : Livre VIII, Madrigali amorosi
Jeudi 28 mai 2015 : Caen, Théâtre. Livre VIII : Madrigali guerrier
Vendredi 29 mai 2015 : Caen, Théâtre. Livre VIII, Madrigali amoroso

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