Vidéo. CREMONA, Livres I, II, III de madrigaux de Monteverdi par Les Arts Forissants et Paul Agnew

cremona-palazzo-monteverdi-cremona-vol-1-paul-agnew-les-arts-florissants-presentation-dossier-special-livres-I-II-III-de-madrigaux-classiquenews-mai-2015CD,  “CREMONA” Monteverdi : Livres I,II,III de madrigaux – florilĂšge (Les Arts Florisants, Paul Agnew, 1 cd Les Arts Florissants Ă©ditions). Forts d’une intĂ©grale donnĂ©e en concert depuis 4 annĂ©es, Paul Agnew et les chanteurs des Arts Florissants poursuivent leur approfondissement des madrigaux de Monteverdi avec cette Ă©loquence voluptueuse dont ils savent projeter le geste poĂ©tique. Soucieux du verbe, de son intensitĂ© comme de sa couleur et de son intelligibilitĂ©, une vraie complicitĂ© collective s’entend ici, au profit des 3 premiers Livres, (I,II et III, Ă©ditĂ©s en 1587, 1590 et 1592) : c’est un retour Ă  la source, celle miraculeuse et jaillissante qui permet de comprendre comment Claudio, de sa formation Ă  CrĂ©mone auprĂšs de son maĂźtre Ingegneri, plutĂŽt conservateur, fait Ă©clater le cadre du langage musical Renaissance (Ars Perfecta) pour en libĂ©rer le potentiel expressif afin d’exprimer au plus prĂšs, les vertiges Ă©motionnels des poĂšmes choisis. EsthĂ©tique du verbe et du sentiment qu’il contient, voici donc rĂ©vĂ©lĂ©, ce chemin qui mĂšne Ă  
 l’opĂ©ra. Le CD CREMONA paraĂźt mardi 19 mai 2015. VIDEO CLIP © CLASSIQUENEWS.COM 2015

LIRE aussi notre compte rendu critique complet du cd Cremona par Les Arts Forissants et Paul Agnew, ” CLIC ” de classiquenews de mai 2015.

LIRE notre dossier sur les Madrigaux de Monteverdi : Livres I, II, III

CD, compte rendu critique. Monteverdi : Livres I,II,III de madrigaux – florilĂšge (Les Arts Florisants, Paul Agnew, 1 cd Les Arts Florissants Ă©ditions

cremona-palazzo-monteverdi-cremona-vol-1-paul-agnew-les-arts-florissants-presentation-dossier-special-livres-I-II-III-de-madrigaux-classiquenews-mai-2015CD, compte rendu critique. Monteverdi : Livres I,II,III de madrigaux – florilĂšge (Les Arts Florisants, Paul Agnew, 1 cd Les Arts Florissants Ă©ditions). Forts d’une intĂ©grale donnĂ©e en concert depuis 4 annĂ©es, Paul Agnew et les chanteurs des Arts Florissants poursuivent leur approfondissement des madrigaux de Monteverdi avec cette Ă©loquence voluptueuse dont ils savent projeter le geste poĂ©tique. Soucieux du verbe, de son intensitĂ© comme de sa couleur et de son intelligibilitĂ©, une vraie complicitĂ© collective s’entend ici, au profit des 3 premiers Livres, (I,II et III, Ă©ditĂ©s en 1587, 1590 et 1592) : c’est un retour Ă  la source, celle miraculeuse et jaillissante qui permet de comprendre comment Claudio, de sa formation Ă  CrĂ©mone auprĂšs de son maĂźtre Ingegneri, plutĂŽt conservateur, fait Ă©clater le cadre du langage musical Renaissance (Ars Perfecta) pour en libĂ©rer le potentiel expressif afin d’exprimer au plus prĂšs, les vertiges Ă©motionnels des poĂšmes choisis. EsthĂ©tique du verbe et du sentiment qu’il contient, voici donc rĂ©vĂ©lĂ©, ce chemin qui mĂšne Ă  … l’opĂ©ra.

CLIC_macaron_2014Apprenant de Marenzio, De Rore, de Pallavicino, le jeune Claudio,  ĂągĂ© de seulement 19 ans quand il fait paraĂźtre son Livre I (CrĂ©mone, 1587), ardent amoureux des sens, cisĂšle dĂ©jĂ  une langue vocale d’un raffinement irrĂ©sistible, sachant surtout souligner, commenter, articuler les textes de Guarini et essentiellement de Torqueto Tasso (Le Tasse) : le miracle de l’aube nouvelle qui accompagne le rĂ©veil des amants (Non si levav’ancor l’alba novella), et dĂ©jĂ  une Ă©criture qui prĂȘte oreille aux enchantement de la nature (Ecco mormorar l’onde… et ses graves ondulents quasiment Ă©rotiques et languissants) suscitent entre autres, dans l’Ă©blouissant Livre II de 1590 (qui clĂŽt littĂ©ralement l’Ă©poque crĂ©monaise ; le Livre III est dĂ©jĂ  dĂ©diĂ© au Duc Vincent de Gonzague Ă  Mantoue…), des perles de trouvailles murmurĂ©es, contrastĂ©es, serties dans une justesse suggestive que les 6 solistes Ă©clairent d’une vibrante implication. MĂȘmes les autres poĂšmes du Tasse mis en musique, – S’andasse Amor Ă  caccia, et Se tu mi lassi, perfida… plus dramatiques et proches du texte parlĂ© incantatoire, illuminent les mĂȘmes recherches du jeune Claudio, dĂ©jĂ  grand connaisseur de poĂ©sie dramatique.

 

 

 

A cappella, les 5 chanteurs autour de Paul Agnew embrasent les Livres I,II,III de madrigaux de Monteverdi

Crémona, la matrice miraculeuse

Dans ce florilĂšge qui regroupe les joyaux des Livres I,II et III, Paul Agnew veille plus que jamais et peut-ĂȘtre davantage encore que dans le recueil prĂ©cĂ©demment publiĂ© de cette quasi intĂ©grale discographique (Mantova : Livres IV, V, VI), Ă  la clartĂ© de la polyphonie, Ă  l’architecture harmonique des partitions, Ă  l’engagement pulsionnel et psychologique, Ă  l’Ă©quilibre et l’Ă©coute des voix (ample portique de Vattene pur, crudel, ultime cycle madrigalesque du IIĂšme Livre (1592) que Monteverdi a conçu comme un retable profane en trois volets, lĂ  encore inspirĂ© du Tasse qui imagine la figure tragique et dĂ©munie d’Armide, abandonnĂ©e par Renaud… Il en rĂ©sulte ce cabinet intĂ©rieur oĂč les intentions se rĂ©vĂšlent dans l’Ă©noncĂ© du verbe, cette mĂ©canique mesurĂ©e au diapason du cƓur et du souffle qui proche de l’improvisation, Ă  force de rĂ©pĂ©tition et de travail collectif, incarne l’enjeu sensuel et le drame intĂ©rieur de chaque poĂšme ; ici, la mĂ©lodie et le chant semblent naĂźtre du mot : lisibilitĂ©, flexibilitĂ©, couleur du sentiment dĂ©jĂ  : rien ne manque Ă  cette fusion idĂ©ale, lĂ©gendaire et pilier pour l’essor de l’opĂ©ra Ă  venir.

monteverdi cremona ingegneri Primeiro_retrato_de_MonteverdiGrĂące Ă  Paul Agnew et ses formidables complices des Arts florissants, il semble que jamais interprĂštes n’ont compris et su transmettre Ă  ce point, l’intelligence de Monteverdi, peintre des Ăąmes et des paysages sensuels : au service du Tasse, lui-mĂȘme engagĂ© Ă  stimuler l’inspiration des compositeurs pour la mise en musique de ses poĂšmes, Monteverdi semble mieux que quiconque alors dans ce passage dĂ©cisif au dĂ©but des annĂ©es 1590, entre la Renaissance et le Baroque naissant, dĂ©celer l’enjeu dramatique du verbe. Avec lui, le chant devient dramatique et se prĂ©pare Ă  l’Ă©closion trĂšs prochaine, dans la dĂ©cennie suivante, de l’opĂ©ra. C’est Ă  dire au moment oĂč en peinture, Caravage rĂ©alise la mĂȘme inflexion vers l’incarnation et l’individualisation de la forme et du discours. Un rĂ©alisme fait jour, une intimitĂ© et la reprĂ©sentation de l’homme surtout s’affirment comme jamais auparavant. Tout se joue ici et dans cette matrice vocale d’une Ă©blouissante cohĂ©rence ; les Arts Florissants sous la direction de Paul Agnew se rĂ©vĂšlent superlatifs. On se souvient de l’intĂ©grale de Rinaldo Alessandrini pour l’ex label Opus 111, cycle en son Ă©poque Ă©vĂ©nement ; prĂšs de 15 ans plus tard, toute la science et l’Ă©loquence des Arts Florissants dĂ©fendues par William Christie depuis le dĂ©but de l’aventure de l’ensemble, sont transmises et comprises, recueillies avec une finesse magicienne par son “associĂ©” et directeur musical adjoint, dĂ©sormais adoubĂ©, Paul Agnew. Magistral.
On attend le troisiÚme et dernier volume de ce florilÚge madrigalesque, avec impatience (intitulé Venezia, Livres VII et VIII). Illustration : portrait présumé de Monteverdi jeune (DR).

 

 

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CD, compte rendu critique. Monteverdi : Livres I,II,III de madrigaux – florilĂšge (Les Arts Florisants, Paul Agnew, 1 cd Les Arts Florissants Ă©ditions. Parution : mardi 19 mai 2015.

AGENDA Monteverdi : Paul Agnew et Les Arts Florissants en concert
Lundi 18 mai 2015 : Paris, Philharmonie 2, 20h30 : Livre VIII, Madrigali amorosi
Dimanche 24 mai 2015 : Londres, Barbican-Milton Court, 14h : Livre VIII, Madrigali guerrieri
Dimanche 24 mai 2015 : Londres, Barbican-Milton Court, 19h30 : Livre VIII, Madrigali amorosi
Jeudi 28 mai 2015 : Caen, Théùtre. Livre VIII : Madrigali guerrier
Vendredi 29 mai 2015 : Caen, Théùtre. Livre VIII, Madrigali amoroso

Monteverdi : Livres I, II, III de madrigaux (Paul Agnew, Les Arts Florissants). Dossier spécial

agnew-paul-800CD Ă©vĂ©nement. CREMONA : Livres I,II,III par Les Arts Florisants et Paul Agnew. Cremona. Livres I, II, III de madrigaux de Monteverdi par Les Arts Florissants et Paul Agnew. AprĂšs la parution du premier volume de l’intĂ©grale des madrigaux de Monteverdi (volume 1 : Mantova : Livres IV, V, VI), Les Arts Florissants font paraĂźtre le second volet, celui dĂ©diĂ© aux premiers recueils du jeune Monteverdi, soit Ă  Ă©ditĂ©s Ă  CrĂ©mone dĂšs 1587 (Livre I) oĂč le jeune compositeur assimile et dĂ©passe dĂ©jĂ  l’Ă©criture polyphonique en imitation (Ars perfecta) lĂ©guĂ© par Lassus et Palestrina ; trĂšs vite, dans le Livre II (1590) oĂč s’affirme la gravitĂ  expressive des poĂšmes du Tasse, Monteverdi rĂ©invente la langue musicale Ă  prĂ©sent infĂ©odĂ©e au texte souverain (Secunda prattica) : en servant le verbe, les Ă©motions – amour, dĂ©sir, langueur, blessures des cƓurs amoureux -, Claudio rĂ©alise peu Ă  peu la rĂ©volution baroque qui mĂšne Ă  l’opĂ©ra : dissonances nouvelles et utilisĂ©es de façon mesurĂ©e expriment une nouvelle caractĂ©risation plus dramatique du texte. Les Livres de madrigaux racontent trĂšs prĂ©cisĂ©ment le passage des esthĂ©tiques, de la Renaissance tardive au Baroque premier : de l’abstraction collective Ă  l’affirmation du sentiment grĂące Ă  l’intelligibilitĂ© recouvrĂ©e du texte. En 1686, 1590, et 1592, soit les trois annĂ©es de publication de ses trois premiers recueils, Claudio Monteverdi ĂągĂ© d’une vingtaine, Ă©labore le grand chantier vocal et musical parmi les plus dĂ©cisifs de l’histoire europĂ©enne… Paul Agnew nous en offre aujourd’hui grĂące au disque, le nouveau volet en un coffret Ă©vĂ©nement. En orfĂšvre du poĂšme musical, le directeur musical adjoint des Arts Florissants (aux cĂŽtĂ©s de William Christie) Ă©claire ce laboratoire madrigalesque spectaculaire ; en un florilĂšge, il nous en propose les avancĂ©es les plus dĂ©terminantes.

 

 

 

Contexte

 

monteverdi portrait 1A la naissance de Monteverdi (Cremona, 1567), Glareanus et Zarlino, considĂšrent que la musique sacrĂ©e d’alors, Ars Perfecta, – subtil contrepoint d’origine franco-flamande-, incarnant la perfection, ne peut guĂšre ĂȘtre dĂ©passĂ©e. Les compositeurs tels Josquin des PrĂ©s ou Gombert ont atteint l’excellence : quel progrĂšs pourrait-il ĂȘtre accompli aprĂšs eux ? C’est omettre la recherche de certains auteurs pour lesquels l’expression du sentiment et la clarification des enjeux Ă©motionnels du verbe doivent aussi ĂȘtre les nouvelles pistes pour rĂ©gĂ©nĂ©rer le langage musical : ainsi Vicentino et Galilei conduisent-ils un travail diffĂ©rent qui affirme la primautĂ© du texte. Si le contrepoint de l’ars perfecta confine Ă  l’abstraction (et son Ă©lĂ©vation affleurant la notion mĂȘme d’idĂ©al divin), les nouveaux compositeurs souhaitent a contrario souligner l’acuitĂ© et l’intelligibilitĂ© concrĂšte du texte comme un dĂ©fi musical nouveau. Si le texte sacrĂ© se perd dans les entrelacs de la construction contrapuntique comment dĂšs lors impliquer les fidĂšles, et faire en sorte qu’ils se sentent partie prenante du rituel liturgique ? RĂ©unis au Concile de Trente, en 1560, les Ă©vĂšques avaient dĂ©battu de cette question essentielle. Soucieux de pĂ©dagogie comme de prosĂ©lythisme, les prĂ©lats souhaitent favoriser l’intelligibilitĂ© des nouvelles compositions : rendre le texte sacrĂ© plus accessible, plus clair, mieux perceptible, plus immĂ©diat et franc.
TrĂšs vite, Ă  la fin des 1580, le compositeurs rĂ©activent les fondements esthĂ©tiques lĂ©guĂ©s par les grecs antiques : une mise en musique du texte (recitativo / rĂ©citatif) permet par la mĂ©lodie, de souligner le sens du texte. Il s’agit bien d’une articulation musicale du verbe destinĂ©e Ă  rendre plus explicite, le sens des textes.

Homme de synthĂšse plutĂŽt que rĂ©volutionnaire, Monteverdi – Ă©lĂšve Ă  CrĂ©mone du conservateur Ingegneri,  a le gĂ©nie de rĂ©unir les pistes jusque lĂ  opposĂ©es : rĂ©concilier la puissante architecture contrapuntique et l’articulation nouvelle du texte.

monteverdi cremona ingegneri Primeiro_retrato_de_MonteverdiAgĂ© de 19 ans, Claudio publie son Livre en 1587.  Son dernier Livre (VIII) est Ă©ditĂ© Ă  Venise en 1638,… Ă  71 ans. C’est donc une Ă©popĂ©e musicale, un lent et progressif ajustement de l’Ă©criture musicale au sens du texte : Monteverdi offre ainsi dans ses huit Livres de madrigaux, la quintessence de l’Ă©volution esthĂ©tique qui se rĂ©alise pendant sa vie : ultimes Ă©clats de l’Ars perfecta de la Renaissance tardive en son essor maniĂ©riste (fin du XVIĂšme siĂšcle), crĂ©ation de la monodie et de la basse continue, enfin essor de la langue lyrique baroque, alors que naĂźt le genre nouveau de l’opĂ©ra (Orfeo, 1607).

Or pour rĂ©ussir son premier opĂ©ra, vĂ©ritable manifeste baroque et le premier du  genre, le plus rĂ©ussi, Orfeo crĂ©Ă© au palais ducal de Mantoue en 1607, Monteverdi a pu perfectionner son style en maĂźtrisant peu Ă  peu l’Ă©criture madrigalesque.

Soucieux du texte et de son intelligibilitĂ©, Monteverdi veille en particulier Ă  infĂ©oder harmonie et mĂ©lodie Ă  l’expression du texte, c’est Ă  dire, les parole dopo la musica, les paroles puis la musique. La musique y est servante du verbe : audace inĂ©dite avant lui et qui prend son sens et s’incarne dans l’esthĂ©tique nouvelle qu’il appelle dĂ©sormais “secunda prattica” (seconde pratique ; la premiĂšre Ă©tant l’ancien Ars perfecta lĂ©guĂ© par la Renaissance).

 

 

cremona-palazzo-monteverdi-cremona-vol-1-paul-agnew-les-arts-florissants-presentation-dossier-special-livres-I-II-III-de-madrigaux-classiquenews-mai-2015Paul Agnew veille ici aux prĂ©ceptes esthĂ©tiques dĂ©fendus par Claudio lui-mĂȘme : quel est le sens du texte ? Que veut-il exprimer ? C’est un travail spĂ©cifique sur le verbe, sa prononciation ; sur le poĂšme, son architecture, “sa structure et son rythme, le contexte historique”… En s’appuyant sur les tĂ©moignages et traitĂ©s de l’Ă©poque, les chanteurs des Arts Florissants multiplient tous les effets vocaux (soupirs, murmures, silence, sauts, trilles, legato ou staccato, Ă©cho inattendu… ) afin d’exprimer les milles significations du poĂšme. HĂ©las Monteverdi n’a pas laissĂ© sur les Ă©ditions de notations ou d’indications prĂ©cisant Ă  l’interprĂšte, le type d’effet choisir Ă  tel passage du poĂšme.
On voit bien comment s’effectue le passage de la Renaissance au Baroque, avec l’Ă©mergence de la sensibilitĂ© Ă©motionnelle incarnĂ©e, accomplissement contraire Ă  l’Ă©pure abstraite (approche homogĂšne et rĂ©guliĂšre) de la musique sacrĂ©e de l’Ars perfecta ; avec Monteverdi, la musique passe des sommets cĂ©lestes aux vertiges de la passion et des sentiments intĂ©rieurs, transmis par le texte. L’ars perfecta tend Ă  l’ouverture cĂ©leste, entend approcher l’idĂ©e divine ; la scunda prattica est immergĂ©e dans le labyrinthe des sentiments et ressentiments qui attache le cƓur humain aux souffrances de l’amour. DĂ©sormais les champs qu’investit la musique d’avant garde basculent, du sacrĂ© au profane, des textes liturgiques Ă©thĂ©rĂ©s Ă  la force et l’intensitĂ© inĂ©dites de poĂšmes mis en musique. L’opĂ©ra, drame de l’intimitĂ© et dĂ©voilement des forces psychiques peut bientĂŽt naĂźtre (1607 : Orfeo crĂ©Ă© au Palais ducal de mantoue).
Le cycle enregistrĂ© par Les Arts Florissants et Paul Agnew tĂ©moigne des concerts proposĂ©s depuis 2011 sur le thĂšme de l’intĂ©grale des madrigaux de Monteverdi. AprĂšs le volume intitulĂ© MANTOVA, regroupant les Livres IV, V, VI, qui illustrent la maturitĂ© des recherche de Monteverdi Ă  la Cour du Duc Vincenzo Gonzagua, voici le second opus de l’intĂ©grale : CREMONA, c’est Ă  dire la quintessence des Livres I,II,III.

 

 

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CREMONA. Monteverdi : les Livres I,II,III.. L’annĂ©e oĂč naĂźt Monteverdi Ă  CrĂ©mone (Cremona), en 1567, l’Europe musicale est dominĂ©e par l’esthĂ©tique franco flamande : le contrepoint en imitation, rĂ©glĂ© par Zarlino est triomphalement illustrĂ© par les maĂźtres incontestables : Lassus (depuis Munich) et surtout Palestrina. Victoria, encore jeune homme, semble suivre ce courant d’Ă©criture dominant : le contrepoint polyphonique atteint une perfection (Ars perfecta) qui n’appelle plus aucune amĂ©lioration…
Pourtant abstraite, diluant l’articulation du verbe sacrĂ©, l’Ars perfecta va bientĂŽt ĂȘtre dĂ©tronĂ© par la musqiue incarnĂ©e et dramatique de Monteverdi dont les madrigaux, de Livre et Livre, restituent un laboratoire continu, la chambre des expĂ©rimentations et des avancĂ©es rĂ©volutionnaires. Mieux entendre le  texte, le commenter tout en favorisant son articulation : voilĂ  un nouvel objectif que s’est fixĂ© le jeune crĂ©monais.

Paul Agnew ouvre le florilĂšge CREMONA par un madrigal emblĂ©matique, extrait du Livre II de 1590 : Cantai un tempo (“j’ai chantĂ© autrefois”) [plage 1] qui reprend Ă  son compte le madrigal de son prĂ©dĂ©cesseur Cyprien de Rore (Cantai, mentre ch’i arsi, del mio foco sur un poĂšme de Pietro Bembo, lui-mĂȘme influencĂ© par PĂ©trarque) : or Rore est dĂ©jĂ  en 1590 dĂ©modĂ©. Pour exprimer les langueurs nostalgiques, Monteverdi utilise l’arts perfecta (imitations engendrĂ©es par de longues lignes mĂ©lismatiques) en le rendant mobile, dynamique.

 

 

Crémone, 1587 :  Livre I de madrigaux

Le Livre I datĂ© de 1587, affirme dĂ©jĂ  le tempĂ©rament du jeune compositeur de 19 ans qui en est dĂ©jĂ  Ă  son 4Ăš recueil de musique (que de la musique sacrĂ©e jusque lĂ ). ‹Ch’ami la vita mia (“Que tu aimes ma vie”) [2] contient aussi l’allusion Ă  l’aimĂ©e du moment Camilla ( “Camilla, vita mia” / “Camille, ma vie”) : la rĂ©fĂ©rence Ă  un ĂȘtre cher dĂ©jĂ , source de langueurs et de suspensions, Ă©rotiques et sensuelles caractĂ©risent le geste monteverdien. Baci soavi, e cari (“Baisers suaves et si chers”) [3] est Ă  l’avant garde des recherches de l’Ă©poque : le principe homophonique respecte l’intelligibilitĂ© du texte, qui par l’imitation dans l’Ă©criture Ars perfecta tend Ă  se diluer (Cantai un tempo) : le mot rythme naturellement la prosodie et la dĂ©clamation, en cela proche du souffle et de la parole. Les dissonnances colorent certains mots afin d’en exprimer la connotation Ă©motive particuliĂšre souterraine.  Ainsi Monteverdi place le texte avant la musique, concept fondamental de la Secunda prattica et qui est le cƓur de  la nouvelle esthĂ©tique.
Pour clore son Livre I de 1587, Monteverdi aborde un texte cĂ©lĂšbre de Guarini  : Ardo sĂŹ ma non t’amo (“je brĂ»le, oui, mais sans t’aimer”) [8-10] que son maĂźtre Ingengneri avait lui aussi mis en musique. Claudio innove en intĂ©grant riposta et contrariposta du Tasse, un auteur que le compositeur rencontrera Ă  Mantoue.

 

 

 

GravitĂ  du Tasse : le Livre II (1590)

Claudio+Monteverdi+monteverdiEt d’ailleurs, c’est naturellement les poĂšmes du Tasse qui rĂšgnent majoritairement dans le Livre II publiĂ© en 1590. Monteverdi semble lui rĂ©pondre mĂȘme par un souci de caractĂ©risation nouveau, et un dramatisme sensuel, trĂšs original.  Trop douce et effĂ©minĂ©e, l’Ă©criture madrigalesque s’est fourvoyĂ©e, Ă©crit Le Tasse qui rĂ©clame cette gravitĂ  expressive plus adaptĂ©e Ă  ses vers (Cavaletta, 1584).  Monteverdi exprime une conscience Ă©motionnelle plus nuancĂ©e et subtile, plus profonde et riche dans le traitement du verbe tassien. Non si levav’ ancor (“L’aube nouvelle encore ne s’était pas levĂ©e”) [11-12], avec lequel dĂ©bute le DeuxiĂšme Livre de madrigaux, comme Cantai un tempo, rend hommage Ă  Marenzio qui avait rĂ©alisĂ© la mise en musique sur le mĂȘme texte : madrigal Non vidi mai dopo notturna pioggia (publiĂ© en 1585) : la rĂ©fĂ©rence hommage est explicite mĂȘme dĂšs l’ouverture avec la citation du phrasĂ© musical de Marenzio.
De Rore, Marenzio, … Monteverdi assimile en une Ă©nergie synthĂ©tique puissante, les meilleures avancĂ©es poĂ©tiques et musicales qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©. Le Livre II en fait foi. C’est un laboratoire formidablement audacieux, d’une culture rĂ©fĂ©rentielle impressionnante et aussi orientĂ©e dĂ©jĂ  vers l’avenir et l’accomplissement des Livres III, IV, V et VI (c’est Ă  dire vers la maturitĂ© du sĂ©jour Ă  Mantoue : rĂ©vĂ©lĂ© dans le coffret cd MANTOVA dĂ©jĂ  paru – et dĂ©diĂ© aux meilleurs madrigaux selon Paul Agnew des Livres IV,V et VI). VOIR notre entretien vidĂ©o avec Paul Agnew Ă  Venise Ă  propos des Livres IV,V,VI de madrigaux de Monteverdi.

Dans le madrigal hommage Ă  Rore, l’aube est prĂ©cisĂ©ment dĂ©crite et exprimĂ©e, Ă  mesure que les jeunes amants se dĂ©couvrent l’un Ă  l’autre…  Non si levav’ ancor : le parallĂšle imaginĂ© par le Tasse, entre l’Ă©veil des Ăąmes Ă©prises et le lever du soleil est superbement compris et respectĂ©, comme commentĂ© par le gĂ©nie de Claudio (polyphonie claire et dĂ©licate). L’homophonie introduit un effet digne d’un drame qui rompt la puissance de l’Ă©vocation premiĂšre : avec le soleil qui paraĂźt, les 2 cƓurs doivent se sĂ©parer. En un souffle Shakespearien, Monteverdi innove dĂ©jĂ , avant mĂȘme le thĂ©Ăątre amoureux du Britannique.

Ecco mormorar l’onde (“Voici que l’onde murmure”) [15], est un autre sommet musical et poĂ©tique du Livre II… Monteverdi se fait peintre atmosphĂ©riste ; la quiĂ©tude profonde et comme suspendue de cet instant d’ivresse et d’extase sensuelle, entre le dĂ©sir des amants et le miracle d’une nature enchanteresse, souligne sa sensibilitĂ© introspective et Ă©motionnelle. Pour Paul Agnew c’est un instant de grĂące absolu, ” la communion avec une aube printaniĂšre dont la beautĂ© demeure immuable depuis 400 ans.”

 

 

 

DĂ©buts Ă  Mantoue : le Livre III (1592)
monteverdi claudio bandeauLe TroisiĂšme Livre de madrigaux Ă©ditĂ© en 1592, est contemporain de l’installation de Monteverdi Ă  la Cour de Mantoue (il porte la dĂ©dicace au Duc Vincenzo Gonzagua), alors cĂ©nacle artistique parmi les plus actifs et modernistes de l’Ă©poque. A quelle date Claudio rejoint la Cour des Gonzague ? On l’ignore. Mais bientĂŽt, un peintre de renom se fixera lui aussi Ă  Mantoue : Pierre Paul Rubens. C’est dire le prestige de la Cour ducale dans l’Europe de la fin de la Renaissance. AprĂšs avoir abordĂ© les mĂ©andres picturaux et puissants de la poĂ©sie du Tasse, Monteverdi dans son Livre III, rend hommage Ă  la poĂ©tique amoureuse de Guarini dont de larges extraits d’Il pastor fido (“Le Berger fidĂšle”) sont trĂšs reprĂ©sentĂ©s. Ce recueil de poĂšmes est alros le plus cĂ©lĂ©brĂ© et utilisĂ© par les compositeurs madrigalistes aux cĂŽtĂ©s de la Gerusalemme Liberata (“JĂ©rusalem dĂ©livrĂ©e”) du Tasse. La maĂźtrise du registre Ă©motionnel (affectif selon Paul Agnew) gagne encore en profondeur et en justesse : le Monteverdi de la maturitĂ© paraĂźt dans ce Livre III ; le dĂ©but des annĂ©es 1590 marque une avancĂ©e phĂ©nomĂ©nale du langage expressif montĂ©verdien.

Le madrigal dernier :  Vattene pur, crudel (“Va-t’en, cruel”) [19-21] affirme par sa durĂ©e et sa construction ample et puissante : 3 madrigaux diffĂ©rents et successifs en expriment la progression dramatique. c’est dĂ©jĂ  un mini opĂ©ra avant l’heure qui inspirĂ© par la Gerusalemme Liberata du Tasse exprime trĂšs prĂ©cisĂ©ment la solitude blessĂ©e de la belle Armide qui ne peut empĂȘcher des larmes amĂšres Ă  la vue du navire qui emporte loin d’elle le chevalier chrĂ©tien Renaud qui a ravi son coeur. Sa plainte et sa priĂšre font place au regret : elle s’Ă©vanouit de dĂ©pit.

Madrigaux_4_5_6_arts_florissants_paul_agnewPaul Agnew en dĂ©voile l’Ă©tonnante modernitĂ© qui prĂ©figure le Livre VI : ” le rĂ©cit Ă  la premiĂšre personne du mouvement d’ouverture ainsi que la thĂ©matique annoncent le Lamento d’Arianna (“Lamentations d’Ariane”) du SixiĂšme Livre tandis que l’écriture chroma- tique, associĂ©e Ă  l’étourdissement d’Armide, se distingue par sa science et sa maĂźtrise techniques inĂ©dites. Cette Ɠuvre est une vĂ©ritable prouesse sur le plan de la dramaturgie musicale, Ă©crite alors que Monteverdi n’a que 25 ans”.
Les 3 premiers Livres de madrigaux de Monteverdi dĂ©signent l’Ă©tonnante maturitĂ© du jeune Claudio : son immense sensibilitĂ© poĂ©tique et dans l’agencement mobile, changeant des madrigaux, son esprit de synthĂšse opĂ©rĂ© Ă  CrĂ©mone et immĂ©diatement au dĂ©but de son sĂ©jour mantouan, au dĂ©but des annĂ©es 1590. La personnalitĂ© du duc Vincenzo Gonzagua, exigeant beaucoup de ses poĂštes et madrigalistes a certainement stimulĂ© davantage le jeune musicien alors membre du foyer artistique le plus prestigieux d’Italie.

 

VOIR notre clip vidéo : CREMONA, les Livres I, II, III de madrigaux de Monteverdi par Les Arts Florissants et Paul Agnew

 

Illustrations : Monteverdi mûr ; Paul Agnew ; Cremona, Piazza del Comune  (DR)

 

 

Vidéo, grand reportage. Monteverdi : Livres 7 et 8 de madrigaux par Paul Agnew et Les Arts Florissants

agnew-paul-800Suite de l’intĂ©grale des madrigaux de Monteverdi par Paul Agnew et Les Arts Florissants… Le directeur musical associĂ© des Arts Florissants (aux cĂŽtĂ©s du fondateur William Christie) revient aux sources du verbe baroque : le madrigal montĂ©verdien… la poursuite de l’aventure madrigalesque permet en 2015 d’aborder le dernier jalon du cycle : Paul Agnew et les chanteurs et instrumentistes des Arts Florissants incarnent le dramatisme incandescent des derniers madrigaux, si proches de ses opĂ©ras contemporains. PrĂ©sentation des enjeux esthĂ©tiques et interprĂ©tatifs des madrigaux des Livres VII et VIII, derniĂšre Ă©tape d’une intĂ©grale qui suit l’Ă©criture de Monteverdi, des madrigaux amoureux Ă  la naissance de l’opĂ©ra… Entretien avec Paul Agnew Ă  Venise © CLASSIQUENEWS. COM 2015

 

Tournée avril et mai 2015

Agenda – tournĂ©e LIVRE VIII de madrigaux – Madrigali guerrieri

Jeudi 16 avril 2015, 21h. Versailles, ChĂąteau : salon d’Hercule
Lundi 20 avril 2015, 20h30. Paris, Philharmonie 2. Enregistré par France Musique

Dimanche 24 mai, 14h. LONDRES, Barbican Milton Court (+ Madrigali amorosi Ă  19h30)
Jeudi 28 mai, 20h. CAEN, Théùtre

 

 

LIVRE VIII – Madrigaux amorosi

Lundi 18 mai, 20h30. PARIS, Philharmonie 2 (Cité de la musique), concert enregistré par France Musique
Dimanche 24 mai, 19h30.
LONDRES. Barbican center – Milton Court (+ Madrigali guerrieri Ă  14h)
Vendredi 29 mai, 20h.
CAEN, Théùtre

 

LIRE aussi notre critique du cd MANTOVA : Livres IV,V, VI de madrigaux de Monteverdi par Les Arts Florissants et Paul Agnew,  Editions Les Arts Florissants, CLIC de classiquenews 2014

 + d’infos sur le site des Arts Florissants

 

CD. Mantova : Livres 4,5,6 de madrigaux de Monteverdi (Paul Agnew, Les Arts Florissants)

MANTOVA-mantoue-cd-livres-4-5-6-Paul-agnew-Les-Arts-Florissants-cd-400CD. Mantova : Livres 4,5,6 de madrigaux de Monteverdi (Paul Agnew, Les Arts Florissants). La lecture rĂ©vĂšle un souci linguistique et surtout un travail spĂ©cifique sur l’expression de la langueur monteverdienne. ComparĂ©e aux versions d’autres interprĂštes britanniques,  plus anciens (dont Anthony Rooley depuis dĂ©modĂ©e Ă  laquelle participait dĂ©jĂ  Paul agnew… il y a plus de 20 ans) et identifiables par des voix blanches souvent en manque d’expressivitĂ© comme de vertiges langoureux,  comparĂ©e aussi Ă  la version rĂ©fĂ©rentielle de l’italien Alessandrini,  Les Arts Florissants accomplissent une voie mĂ©diane qui prend le meilleur des options entre suprĂȘme articulation et lisibilitĂ© (souci majeur dĂ©fendu avec la grĂące que l’on sait par leur fondateur William Christie) et abandon sensuel,  les deux esthĂ©tiques Ă©tant d’autant plus complĂ©mentaires que Paul Agnew ajoute sa propre signature : un sens de l’Ă©coute rare,  qui dĂ©coule en 2014 Ă©videmment de son expĂ©rience de chanteur soliste : le tĂ©nor vedette qui a rĂ©ussi ses prises de rĂŽles Ă©vĂ©nement Ă  la suite du lĂ©gendaire JĂ©lyotte entre autres chez Rameau, convainc totalement par la combinaison jubilatoire des voix retenues,  leur cohĂ©sion millimĂ©trĂ©e,  le chambrisme suave et articulĂ© qui met toujours la force incantatoire et le plus souvent blessĂ©e du verbe en avant.  Notre seule rĂ©serve si l’on prend pour principe strict de comparer deux choses Ă©gales,  reste la notion de florilĂšge et de sĂ©lection. S’il ne s’agit pas hĂ©las d’une intĂ©grale puisqu’elle s’appuie sur une collection de madrigaux choisis d’un Livre l’autre,  le fini,  le raffinement de l’esthĂ©tique, le soin du geste vocal hissent la rĂ©alisation madrigalesque qui en dĂ©coule au nombre des meilleures propositions discographiques. On attend en toute logique les deux recueils suivants avec attention : volumes 1 (Cremona, ce dernier annoncĂ© en fĂ©vrier 2015) puis volume 3 (Venezia). Ce premier opuscule Mantova (volume 2) plonge au coeur du laboratoire montĂ©verdien Ă  Mantoue, quand pour le Duc Vincent de Gonzague, Claudio plus rĂ©formateur et audacieux que jamais, “osait” inventer avec son Orfeo de 1607, l’opĂ©ra baroque.

Suivons pas Ă  pas la progression des interprĂštes Ă  travers les jalons de ce premier volume conçu comme un florilĂšge. Le premier titre du Livre IV (1603) : Sfogava con le stelle d’aprĂšs Rinuccini) fait valoir fusion, clartĂ©, prĂ©cision d’une sonoritĂ© totalement fondue des voix dont l’Ă©coute et la flexibilitĂ© frappante offrent une expressivitĂ© nette et suave.
Si ch’io vorrei morire est sur un mode davantage expressif : le madrigal apporte une saveur complĂ©mentaire au souci d’intelligibilitĂ©, celle du drame qui sous tend chaque madrigal. Toutes les piĂšces s’imposent comme autant de miniatures passionnĂ©es.

Le sublime Anima dolorosa d’aprĂšs Guarini creuse encore repli et gouffres de l’Ăąme, ces vertiges introspectifs marquĂ©s par la langueur, dĂ©sormais inscrits dans la quĂȘte de chaque piĂšce : amoureuse certes mais surtout ardente et insatisfaite.

Piagn’ e sospira inspirĂ© du Tasse saisit par son itinĂ©raire tortueux, montĂ©e harmonique dissonante qui heurta tant le conservatisme religieux d’un Artusi : c’est lĂ  aussi une plongĂ©e sans issue dans une introspection suspendue, irrĂ©solue, un gouffre de ressentiments inĂ©luctables, tragiques et mĂȘme graves (prĂ©figuration de La Sestina Ă  venir…).

 

 

Livres IV, V, VI de madrigaux de Monteverdi (1603, 1605, 1614)

Accomplissement madrigalesque par Paul Agnew

CLIC_macaron_20dec13Puis Ă  partir de Cruda Amarilli : les 5 perles sĂ©lectionnĂ©es du Livre 5 (toutes sur les poĂšmes de Battista Guarini) expriment davantage encore cette mĂȘme plĂ©nitude et surtout langueur (que des victimes de l’amour). A croire que Monteverdi est plus sensible aux plaintes et dĂ©plorations qu’Ă  la sublimation exaltĂ©e et conquĂ©rante du sentiment amoureux… Dans ce voyage intĂ©rieur, Era l’anima mia semble explorer le continent silencieux de la psychĂ© : les interprĂštes rendent tangible cette Ă©trangetĂ©,  – intĂ©rioritĂ© secrĂšte et Ă©nigmatique qui naĂźt du silence et meurt avec lui en un murmure dont Paul Agnew et ses complices, savent ciseler la profonde langueur comme un poison qui envoĂ»te et hypnotise (c’est du Wagner avant l’heure : l’amour est un poison, et la passion, un envoĂ»tement…).

agnew-paul-800Et quand surgit de façon inĂ©dite, les instruments (T’amo Mia vita) : en un essor nouveau, complice, les cordes infĂ©odĂ©es aux mĂ©andres du texte souverain semblent plus encore libĂ©rer la voix dans son exploration imprĂ©vue. Les Arts Florissants, guides inspirĂ©s, expriment dans le Livre V de 1605, la dĂ©couverte par Monteverdi d’un monde ignorĂ© jusque lĂ  : celui de l’individualitĂ© ardente, dĂ©sirante, consciente et nouvellement conquĂ©rante de sa propre psychĂ©. Mais c’est une conquĂȘte partagĂ©e dĂ©sormais par un cercle d’Ăąmes Ă©panouies, exaltĂ©es comme l’indique le dernier madrigal E cosi a poco a poco… accomplissement en effectif renforcĂ© …. oĂč se distingue le duo amoureux / langoureux qui contraste avec l’ensemble des solistes, chƓur d’humanitĂ©s, lĂ  aussi trĂšs finement  individualisĂ©es. Le Livre VI (Ă©ditĂ© en 1614) marque Ă©videmment une avancĂ©e dans la maturation Ă©motionnelle et l’approfondissement du sentiment. C’est mĂȘme, aprĂšs la crĂ©ation mantouane d’Orfeo, une nouvelle construction littĂ©raire dont tĂ©moignent dĂ©sormais d’amples sections : d’abord le Lamento d’Arianna et la Sestina, composĂ©s chacun en plusieurs parties auxquelles le souffle printanier et d’une innocence juvĂ©nile de Zefiro torna fait contraste : il tempĂšre l’envoĂ»tement dĂ©ploratif et mĂȘme funĂšbre des deux piĂšces ambitieuses. Ici les voix magistralement ciselĂ©es s’alanguissent mais sans s’exaspĂ©rer ni sombrer dans l’extase impuissante ou dĂ©munie : aucune ombre ni tension mais l’expression franche d’Ăąmes sensibles et sincĂšres.

L’intĂ©rĂȘt du disque va croissant : le Lamento d Arianna (seul trace de l’opĂ©ra du mĂȘme nom) marque bien l’essor impuissant face Ă  la mort et cet expressionnisme hallucinant, allusif, totalement saisissant : plainte d’une indicible langueur – Ă  la fois Ă©purĂ©e et profonde-, qui organise toutes les voix au diapason de celle qui fut abandonnĂ©e par ThĂ©see. Sommet de la priĂšre lugubre, la Sestina frappe par la fusion des voix, la justesse des intonations, l’Ă©quilibre articulĂ© de chaque priĂšre des amants rĂ©unis, dĂ©munis, au sĂ©pulcre de l’AimĂ©e. La pudeur et la complicitĂ© expressive dont font preuve les chanteurs rĂ©unis autour de Paul Agnew (dont l’excellente basse Cyril Costanzo, rĂ©cent laurĂ©at du jardin des Voix, 2013) Ă©clairent toute la vibration d’une partition traversĂ©e par l’affliction la plus mortelle.

Enfin, en guise de conclusion, retour au Livre V avec l’ambitieux Questi vaghi avec instruments (22Ăšme opus sĂ©lectionnĂ© ans ce florilĂšge)… d’une tendresse partagĂ©e, celle d’une douceur et effusion nouvelles : il fallait bien cet apaisement final pour se remettre des gouffres et visions qui prĂ©cĂšdent.
Ce chant pastoral Ă©voque l’entente miraculeuse d’un choeur en cĂ©lĂ©bration portĂ© par une certitude indĂ©fectible: le contraste avec la brĂ»lure d’amour des premiers madrigaux de ce florilĂšge Mantova,  est frappant.  MĂȘme dans la dĂ©tente Monteverdi reste un orfĂšvre du verbe auquel le collectif de solistes rĂ©uni par Paul Agnew sait apporter suavitĂ©,  souplesse,  richesse des nuances. .. une prodigieuse palette d’affects qui parle autant au coeur qu’Ă  l’esprit.  La rĂ©volution baroque est en marche et l’auteur d’Orfeo a dĂ©jĂ  rĂ©alisĂ© l’impensable en 1607, avec la crĂ©ation de l’opĂ©ra ni plus ni moins. Les madrigaux tĂ©moignent de cette maturation miraculeuse ; ils recueillent toutes ces avancĂ©es comme un laboratoire. Autant dire que ce premier volume est totalement convaincant ; d’un mĂ©tier prĂ©cis et investi. VoilĂ  qui annonce un cycle madrigalesque passionnant : les deux prochains volumes Cremona (annoncĂ© en fĂ©vrier 2015) puis Venezia Ă©claireront encore l’apport trĂšs abouti, orfĂ©vrĂ© de Paul Agnew. L’intĂ©grale reprend du service au concert : les Livres VII et VIII sont interprĂ©tĂ©s par les Arts Florissants en 2015 Ă  travers une tournĂ©e internationale.

Des madrigaux, un texte littĂ©raire… FidĂšle Ă  sa ligne Ă©ditoriale, le label Les Arts Florissants Ă©dite en complĂ©ment aux madrigaux de Monteverdi, une courte nouvelle inĂ©dite, intitulĂ©e La Sybille et la fresque des illusions par RenĂ© de Ceccatty, visiblement inspirĂ© par La Chambre des Ă©poux du peintre Mantegna (fresque rĂ©alisĂ©e au palais ducal de Mantoue). La valeur du verbe commandĂ© et mis en parallĂšle avec le florilĂšge madrigalesque n’en prend que plus de valeur : il y gagne mĂȘme un sens redoublĂ©, confrontĂ© au drame vocal conçu par Claudio. A lire.

VOIR notre reportage vidéo Mantova, Madrigali, volume 2 : Livres IV,V,VI de madrigaux de Monteverdi par Les Arts Florissants, Paul Agnew.

 

Vidéo, reportage. CD. MANTOVA : Livres 4,5,6 de madrigaux de Monteverdi par Paul Agnew et Les Arts Florissants

MANTOVA-mantoue-cd-livres-4-5-6-Paul-agnew-Les-Arts-Florissants-cd-400CD Ă©vĂ©nement. Prolongement d’une tournĂ©e internationale, le CD MANTOVA (Mantoue) est le volume II de l’intĂ©grale des Madrigaux par Les Arts Florissants et Paul Agnew. Le programme enregistrĂ© offre un florilĂšge des plus beaux Madrigaux composĂ©s pour les Livres 4,5 et 6 par le compositeur baroque nĂ© Ă  CrĂ©mone et qui fut aussi avant Venise, le crĂ©ateur le plus douĂ© de la Cour de Vincent de Gonzague Ă  … Mantoue. Vertiges, Ă©clats entre ombre et lumiĂšre d’un nouveau scintillement Ă©motionnel. Le jeune compositeur rĂ©alise une alliance inĂ©dite, convergence et dialogue, entre climats sonores et images poĂ©tiques. Il sublime les accents sincĂšres du texte en ciselant l’Ă©criture musicale : la sensualitĂ© souveraine, non dĂ©nuĂ©e d’humour, dĂ©montrent une connaissance aiguĂ« de chaque poĂšme, et sa propension Ă  Ă©tablir de nouvelles situations dramatiques.

FidĂšle Ă  la ligne Ă©ditoriale du nouveau label des Arts Florissants (qui mĂȘle musique et littĂ©rature), le coffret comprend la collection de madrigaux mais aussi un texte inĂ©dit du romancier et Ă©crivain RenĂ© de Ceccatty : La Sibylle ou la chambre des illusions, claire rĂ©fĂ©rence Ă  la chambre des Ă©poux dĂ©corĂ©e par Mantegna dans le palais ducal de Mantoue.  Les 2 autres coffrets cd Ă  venir : CREMONA (vol.I) puis VENEZIA (vol.III) comprendront Ă©galement une nouvelle inĂ©dite du mĂȘme auteur.

Reportage vidĂ©o : pourquoi Paul Agnew et les solistes des Arts Florissants ont choisi cette collection de piĂšces d’une fascinante expressivitĂ©? C’est pour le chef associĂ© des Arts Florissants, aux cĂŽtĂ©s de William Christie, un retour Ă  la source primordiale de l’esthĂ©tique baroque, une immersion dans l’antichambre des grandes rĂ©alisations musicales, dramatiques et lyriques : dĂ©jĂ  dans les Livres 4,5 et 6, Monteverdi opĂšre une rĂ©volution esthĂ©tique oĂč la note articule le verbe, oĂč le chambrisme puissant et Ă©lĂ©gant des interprĂštes Ă©claire toutes les nuances poĂ©tiques du texte du Tasse ou de Guarini : Monteverdi accompagne la musique dans son passage de la Polyphonie au sentiment dispersĂ© (aux voix multiples) Ă  la passion individualisĂ©e (incarnĂ©e par un seul chanteur et dĂ©sormais, dans le lIvre V, sur un tapis instrumental)… Reportage vidĂ©o CLASSIQUENEWS.COM 2014. Le cd est paru le 7 octobre 2014

CD, annonce. MANTOVA : Livres IV,V, VI des madrigaux de Monteverdi. Les Arts Florissants, Paul Agnew. Parution le 7 octobre 2014

MANTOVA-mantoue-cd-livres-4-5-6-Paul-agnew-Les-Arts-Florissants-cd-400CD. Mantova : Livres IV,V,VI de madrigaux de Monteverdi. Les Arts Florissants, Paul Agnew. Paru le 7 octobre 2014. AprĂšs avoir donnĂ© en concert, les Livres I,II,III,IV, V et VI de Madrigaux de Claudio Monteverdi, Paul Agnew, chef associĂ© des Arts Florissants fait paraĂźtre (enfin) le premier volume d’une trilogie discographique dĂ©diĂ©e naturellement au Monteverdi madrigaliste. Le premier volume intitulĂ© «  Mantova «  (Mantoue) est paru ce 7 octobre 2014 ; il offre un florilĂšge des madrigaux des Livre IV, V et VI. Le sujet est captivant : le choix des piĂšces ainsi enregistrĂ©es accompagne l’une des rĂ©volutions les plus dĂ©cisives de l’histoire de la musique en Europe ; il suit les Ă©volutions stylistiques de la Renaissance au Baroque, des entrelacs polyphoniques aux vertiges passionnels de la monodie nouvelle (Secunda prattica), quand Claudio, entre CrĂ©mone et Mantoue, avant Venise, Ă©labore sa propre langue dramatique, accordant comme nul autre avant lui, verbe poĂ©tique et harmonie sensuelle. Peu Ă  peu se prĂ©cise un chant de plus en plus incarnĂ© au service du texte : si les Livres IV et V (Ă©ditĂ©s Ă  Mantoue en 1603 et 1605) appartiennent encore Ă  l’esthĂ©tique de la Renaissance (certes colorĂ©e par les ultimes recherches expressives modernes liĂ©es Ă  la Cour du Duc Vincent de Gonzague Ă  Mantoue), le Livre VI Ă©ditĂ© en 1614, montre l’accomplissement de l’écriture montĂ©verdienne dans le domaine opĂ©ratique car les madrigaux Ă©ditĂ©s, y sont contemporains des opĂ©ras Orfeo (1607) et Arianna (1608).

 

 

Mantova : le premier volume de l’intĂ©grale des Madrigaux de Monteverdi par Paul Agnew et Les Arts Florissants

 

agnew-paul-800Le Livre VI marque ainsi le partage des eaux, entre Renaissance et Baroque, avec l’usage des instruments qui libĂ©rant les voix, permettent l’individualisation trĂšs forte de l’écriture : le secunda prattica est nĂ©e alors avec le principe de l’écriture monodique, impliquant la basse continue. Paul Agnew s’inscrit comme un interprĂšte de choix au service d’une odyssĂ©e vocale (et instrumentale) passionnante. Chanteurs parmi ses pairs, le tĂ©nor Ă©claire la puretĂ© expressive du madrigal : il a rĂ©uni un ensemble de chanteurs soucieux de l’Ă©coute, dĂ©fenseurs d’une prosodie flexible et prĂ©cise, ciselant chaque figuralisme poĂ©tique.

Le coffret s’annonce comme le miroir fidĂšle et la synthĂšse de l’intĂ©grale madrigalesque en cours donnĂ©e en concert. Paul Agnew et les chanteurs et instrumentistes des Arts Florissants poursuivent en 2015, leur Ă©popĂ©e proposant les ultimes Livres VII et VIII.

Un cd, un texte inĂ©dit. Comme c’est le cas des premiers albums sous Ă©tiquette du propre label des Arts Florissants (Les Arts Florissants Éditions), l’album Mantova est accompagnĂ© d’un texte inĂ©dit signĂ© RenĂ© de Ceccatty (qui a Ă©crit aussi les deux autres textes des volumes Ă  paraĂźtre : Cremona, puis Venezia) : en une mise en perspective des madrigaux montĂ©verdiens et d’un texte littĂ©raire, le nouvel album offre Ă  l’auditeur / lecteur, l’occasion d’approfondir sa propre expĂ©rience des Madrigaux de Monteverdi grĂące Ă  la lecture complĂ©mentaire d’une nouvelle inĂ©dite (« La Sibylle et la fresque des illusions », commande des Arts Florissants) dont les Ă©lĂ©ments narratifs s’inspirent de l’écriture musicale montĂ©verdienne : RenĂ© de Ceccatty y brosse le portrait d’une femme Ă©crivain qui dĂ©voile au crĂ©puscule de sa vie, le secret amoureux qui l’a hantĂ© sa vie durant et dont les madrigaux portent comme l’essence, le souvenir cryptĂ©. Le propre du texte est de prĂ©server la brĂ»lante force d’évocation du verbe et de la prose musicale, toute leur puissance Ă©motionnelle comme si la voix multiple des chanteurs diffusait l’intensitĂ© intacte d’un sentiment primordial, originel, prĂ©cieusement cachĂ©.

Prochaine critique complĂšte du cd MANTOVA par Paul Agnew et Les Arts Florissants, Ă  venir dans le mag cd de classiquenews.com

Lire aussi les critiques des albums dĂ©jĂ  parus aux Éditions Les Arts Florissants : Belshazzar, Le Jardin de Monsieur Rameau, 2 albums Ă©lus «  CLIC » de classiquenews

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Monteverdi : les Madrigaux des Livres IV, V & VI (1603-1614)

Claudio+Monteverdi+monteverdiMonteverdi : les Madrigaux des Livres IV, V & VI  (1603-1614). Chaque publication des QuatriĂšme (1603), CinquiĂšme (1605) et SixiĂšme Livres (1614) marque un jalon de l’esthĂ©tique baroque naissante. C’est la pĂ©riode clĂ© oĂč Monteverdi Ă©crit son  premier opĂ©ra- en un coup de maĂźtre : Orfeo (1607), puis L’Arianna, en 1608. Les deux ouvrages signent la fin du madrigal Ă  5 voix. Les trois Livres sont tous publiĂ©s Ă  Mantoue, cour ducale extrĂȘmement active sur le plan artistique depuis le XVĂšme siĂšcle. Le patron de Monteverdi, Vincent de Gonzague encourage les recherches nouvelles des musiciens Ă  son service : l’émulation profite au jeune chanteur et instrumentiste qui comme compositeur, devenu maĂźtre de chapelle en 1602, Ă©labore Ă  Mantoue, sa langue musicale, expressive, sensuelle, rĂ©aliste grĂące Ă  ses madrigaux, qui composent comme le laboratoire de ses avancĂ©es propres. Le nouveau disque des Arts Florissants, sous la direction artistique du chanteur Paul Agnew, concrĂ©tise et prolonge un cycle de concerts dĂ©diĂ©s Ă  l’intĂ©grale des Madrigaux de Monteverdi, initiĂ©e en 2011. Le choix du chef associĂ© des Arts florissants se porte sur un florilĂšge des madrigaux des Livres Ă©ditĂ©s Ă  Mantoue (Livres IV, V, VI) oĂč s’affirme l’exceptionnel tempĂ©rament novateur d’un Monteverdi surtout soucieux d’intelligibilitĂ© linguistique. Il a fixĂ© les rĂšgles de l’écriture monodique, assurĂ© la caractĂ©risation de plus en plus individuelle de l’écriture, et bientĂŽt composera le premier opĂ©ra assurĂ©ment baroque de l’histoire de la musique
  La pĂ©riode est donc dĂ©cisive : elle souligne l’Ɠuvre rĂ©formatrice et rĂ©volutionnaire de Monteverdi. L’équivalent en musique du peintre Caravage, lui-mĂȘme rĂ©formateur du langage pictural Ă  l’extrĂȘme fin du XVIĂšme Ă  Rome


Les madrigaux de Monteverdi
Un laboratoire musical qui mĂšne Ă  l’opĂ©ra baroque

monteverdi cremona ingegneri Primeiro_retrato_de_MonteverdiLivre IV. Dan le IVĂšme Livre, Monteverdi alors Ă©tabli Ă  Mantoue rend hommage aux compositeurs modernes et intrĂ©pides de Ferrare dont le duc de Mantoue, Vincent de Gozague, aux goĂ»ts avantgardistes pourrait bien avoir Ă©tĂ© le patron et le protecteur. En un faux bourdon classique, « Sfogava con le stelle «  [ plage 1] exige des chanteurs une Ă©coute collective supĂ©rieure afin de restituer la force poĂ©tique du texte en une rĂ©citation libre et naturelle. “Anima dolorosa” [4] commencĂ©e en trio, requiert ensuite les 5 voix en une homophonie de plus en plus implorante. La clartĂ© intelligible du texte servi par l’Ă©criture homophonique, Ă©claire aussi le puissant Ă©rotisme langoureux de “SĂŹ ch’io vorrei morire” [2], dont les soupirs et spasmes sur le mot “morire” (“mourir”), dissonances millimĂ©trĂ©es, et Ă©voquent l’ultime souffle vital comme la jouissances sensuelle atteinte. « Piagn’ e sospira », le dernier madrigal affirme la trĂšs forte caractĂ©risation du texte tragique dans le sens d’une dĂ©ploration sensuelle oĂč l’amante gravant les vers sur l’Ă©corce d’un arbre se lamente, coeur esseulĂ©, naufragĂ© impuissant au cƓur de la tempĂȘte de la guerre d’amour.

monteverdi claudio bandeauLivre V. Le CinquiĂšme Livre (1605) tĂ©moigne d’une avancĂ©e dĂ©cisive deux ans avant Orfeo, premier opĂ©ra de l’histoire et premiĂšre gĂ©niale sous la plume de Monteverdi (1607). Le nouveau Livre publiĂ© Ă  Mantoue fixe l’usage moderne de la basse continue sollicitant dĂ©sormais l’Ă©criture monodique avec instruments. Le principe est dĂ©jĂ  rĂ©alisĂ© dĂšs 1600 par Salomon Rossi  Ă©galement actif Ă  Mantoue, et par Luzzaschi.  Mais l’Ă©criture de Monteverdi s’avĂšre d’une originalitĂ© et d’une justesse poĂ©tique inĂ©galĂ©e. Les voix enfin libĂ©rĂ©es du simple accompagnement peuvent dĂ©sormais incarner un personnage, s’individualiser plus intensĂ©ment. Les dialogues entre solistes peuvent dĂ©sormais s’Ă©panouir comme en tĂ©moigne le premier madrigal, conversation entre Amarillis et Mirtilomlo, extrait d’Il Pastor fido de Guarini. De mĂȘme, les deux autres dialogues, Ecco, Silvio, en cinq parties, et Ch’io t’ami en trois provenant de Il Pastor Fido, attestent d’une conception thĂ©ĂątralisĂ©e des passions amoureuses peut ĂȘtre dans la perspective d’une reprĂ©sentation du poĂšme de Guarini en 1598.

Cruda Amarilli [6] et O Mirtillo, Mirtill’ anima mia [7] ont suscitĂ©es les foudres du chanoine Artusi de Bologne, un dĂ©fenseur rĂ©actionnaire de l’ancienne esthĂ©tique de l’Ars Perfecta (Prima prattica). Trop d’audace, trop de rĂ©alisme, de dissonances expressives servent la vĂ©ritĂ© criante du texte : Monteverdi simultanĂ©ment Ă  la rĂ©volution picturale engagĂ©e par Caravage, rĂ©volutionne la musique de son Ă©poque. Les deux crĂ©ateurs partagent un sens dramatique incandescent colorĂ© de sensualitĂ© suggestive, marquĂ© par un rĂ©alisme saisissant des passions humaines.

Les deux autres dialogues, E cosĂŹ a poco a poco [10] et T’amo mia vita [9] confirment cette mĂȘme profondeur musicale rĂ©vĂ©lant sous l’Ă©noncĂ© des mots de nouveaux enjeux, une force intĂ©rieure jusque lĂ  inconnue : l’activitĂ© de la psychĂ© bouillonnante sous la surface du verbe. Le premier est un duo amoureux virtuose entre un tĂ©nor et une soprano, et, le second, un charmant tableau entre une soprano et l’homme aimĂ© reprĂ©sentĂ© par un trio de voix masculines. Enfin Questi vaghi concenti [22] laisse  la place initiale aux instruments (symphonie prĂ©alable Ă  5 instruments) prĂ©parant en nuances suaves, Ă©perdues, l’apothĂ©ose du madrigal Ă  9 voix. La piĂšce pourrait elle aussi avoir Ă©tĂ© conçue comme une pastorale enivrĂ©e pour une reprĂ©sentation ducale.

FETI Claudio_Monteverdi_1Livre VI. En 1612, Monteverdi est Ă  Venise oĂč il dĂ©croche le poste enviĂ©, prestigieux de maitre de chapelle Ă  San Marco. Deux ans plus tard en 1614, paraĂźt son Livre VI de madrigaux : beaucoup d’entre eux remontent Ă  son sĂ©jour Ă  Mantoue, Ă©tant liĂ©s aux Ă©vĂ©nements dynastiques de la Cour ducale. La sĂ©lection affirme la maturitĂ© dramatique et la sensibilitĂ© poĂ©tique du musicien alors au sommet de ses possibilitĂ©s. LĂ  encore, l’expression douloureuse de la passion amoureuse s’impose clairement. Deux lamentos dominent, soulignant la maĂźtrise de Monteverdi dans ce genre emblĂ©matique de l’opĂ©ra vĂ©nitien : le Lamento d’ Arianna [11- 14], et la Sestina [16-21]. Le Lamento d’Arianna est l’adaptation polyphonique du lamento originellement composĂ© pour l’opĂ©ra Ă©ponyme de 1608. Sur le mode plaintif, Arianna abandonnĂ©e par ThĂ©sĂ©e sur l’Ăźle de Naxos exprime sa dĂ©sespĂ©rance et sa solitude tragique : c’est une Ăąme dĂ©truite vouĂ©e Ă  la mort. ComparĂ© Ă  la trame monodique oĂč la soprano soliste (Arianne) dialogue avec les 3 hommes en Ă©cho de sa plainte, le lamento polyphonique pour 5 voix dĂ©montre le raffinement harmonique que permet l’écriture polyphonique. La Sestina est encore plus originale et plus intime voire secrĂšte qu’Arianna : le lamento convoque un Ă©pisode dramatique oĂč l’amour se dĂ©cline en geste dĂ©ploratif : Glaucus arrive sur la tombe de Corinna, sa bien-aimĂ©e. L’épisode Ă©voque le Giunto al la tomba de la Gerusalemme  Liberata du Tasse, mis en musique par le prĂ©dĂ©cesseur de Monteverdi Ă  la charge de maĂźtre de chapelle Ă  Mantoue, Giaches de Wert. Le Duc Vincent Gonzague commande cette piĂšce dĂ©chirante, d’une pudeur inĂ©dite, Ă  la mort d’une jeune soprano, Caterina Martinelli, qui devait crĂ©er le rĂŽle titre d’Arianna en 1608. La trĂšs jeune cantatrice, maĂźtresse du duc Ă©tait alors hĂ©bergĂ©e chez les Monteverdi, particuliĂšrement affectĂ©s par le deuil. « Zefiro torna » [15], la derniĂšre piĂšce du SixiĂšme Livre , emprunte Ă  la danse son dĂ©but et illustre en particulier Ă  la fin, les audaces harmoniques d’un Monteverdi, gĂ©nial dramaturge du sentiment. Avec le Livre VI, s’achĂšve l’extraordinaire Ă©popĂ©e du madrigal Ă  5 voix auquel Monteverdi en un geste rĂ©formateur et expĂ©rimental aura offert ses plus grands accomplissements. Les Livres suivants VII et VIII font Ă©clater la forme classique du madrigal, de sorte qu’avec le Livre VI se ferme le livre d’une expĂ©rimentation continue Ɠuvrant pour l’essor de l’opĂ©ra.

discographie

CD. Mantova : Livres IV,V,VI de madrigaux de Monteverdi. Les Arts Florissants, Paul Agnew. A paraĂźtre le 23 septembre 2014. AprĂšs avoir donnĂ© en concert, les Livres I,II,III,IV, V et VI de Madrigaux de Claudio Monteverdi, Paul Agnew, chef associĂ© des Arts Florissants fait paraĂźtre (enfin) le premier volume d’une trilogie discographique dĂ©diĂ©e naturellement au Monteverdi madrigaliste. Le premier volume intitulĂ© «  Mantova «  (Mantoue) est annoncĂ© ce 23 septembre 2014 ; il offre un florilĂšge des madrigaux des Livre IV, V et VI. Le sujet est captivant : le choix des piĂšces ainsi enregistrĂ©es accompagne l’une des rĂ©volutions les plus dĂ©cisives de l’histoire de la musique en Europe ; il suit les Ă©volutions stylistiques de la Renaissance au Baroque, des entrelacs polyphoniques aux vertiges passionnels de la monodie nouvelle, quand Claudio, entre CrĂ©mone et Mantoue, avant Venise, Ă©labore sa propre langue dramatique, accordant comme nul autre avant lui, verbe poĂ©tique et harmonie sensuelle. Peu Ă  peu se prĂ©cise un chant de plus en plus incarnĂ© au service du texte : si les Livres IV et V (Ă©ditĂ©s Ă  Mantoue en 1603 et 1605) appartiennent encore Ă  l’esthĂ©tique de la Renaissance (certes colorĂ©e par les ultimes recherches expressives modernes liĂ©es Ă  la Cour du Duc Vincent de Gonzague Ă  Mantoue), le Livre VI Ă©ditĂ© en 1614, montre l’accomplissement de l’écriture montĂ©verdienne dans le domaine opĂ©ratique car les madrigaux y sont contemporains des opĂ©ras Orfeo (1607) et Arianna (1608). En lire +

CD. Mantova : Livres IV,V, VI des madrigaux de Monteverdi. Les Arts Florissants, Paul Agnew. A paraĂźtre le 23 septembre 2014.

MANTOVA-mantoue-cd-livres-4-5-6-Paul-agnew-Les-Arts-Florissants-cd-400CD. Mantova : Livres IV,V,VI de madrigaux de Monteverdi. Les Arts Florissants, Paul Agnew. A paraĂźtre le 23 septembre 2014. AprĂšs avoir donnĂ© en concert, les Livres I,II,III,IV, V et VI de Madrigaux de Claudio Monteverdi, Paul Agnew, chef associĂ© des Arts Florissants fait paraĂźtre (enfin) le premier volume d’une trilogie discographique dĂ©diĂ©e naturellement au Monteverdi madrigaliste. Le premier volume intitulĂ© «  Mantova «  (Mantoue) est annoncĂ© ce 23 septembre 2014 ; il offre un florilĂšge des madrigaux des Livre IV, V et VI. Le sujet est captivant : le choix des piĂšces ainsi enregistrĂ©es accompagne l’une des rĂ©volutions les plus dĂ©cisives de l’histoire de la musique en Europe ; il suit les Ă©volutions stylistiques de la Renaissance au Baroque, des entrelacs polyphoniques aux vertiges passionnels de la monodie nouvelle, quand Claudio, entre CrĂ©mone et Mantoue, avant Venise, Ă©labore sa propre langue dramatique, accordant comme nul autre avant lui, verbe poĂ©tique et harmonie sensuelle. Peu Ă  peu se prĂ©cise un chant de plus en plus incarnĂ© au service du texte : si les Livres IV et V (Ă©ditĂ©s Ă  Mantoue en 1603 et 1605) appartiennent encore Ă  l’esthĂ©tique de la Renaissance (certes colorĂ©e par les ultimes recherches expressives modernes liĂ©es Ă  la Cour du Duc Vincent de Gonzague Ă  Mantoue), le Livre VI Ă©ditĂ© en 1614, montre l’accomplissement de l’écriture montĂ©verdienne dans le domaine opĂ©ratique car les madrigaux y sont contemporains des opĂ©ras Orfeo (1607) et Arianna (1608).

Mantova : le premier cd des Madrigaux de Monteverdi par Paul Agnew et Les Arts Florissants

Le Livre VI marque ainsi le partage des eaux, entre Renaissance et Baroque, avec l’usage des instruments qui libĂ©rant les voix, permettent l’individualisation trĂšs forte de l’écriture : le secunda prattica est nĂ©e alors avec le principe de l’écriture monodique, impliquant la basse continue. Paul Agnew s’inscrit comme un interprĂšte de choix au service d’une odyssĂ©e vocale (et instrumentale) passionnante. Chanteurs parmi ses pairs, le tĂ©nor Ă©claire la puretĂ© expressive du madrigal : il a rĂ©uni un ensemble de chanteurs soucieux de l’Ă©coute, dĂ©fenseurs d’une prosodie flexible et prĂ©cise, ciselant chaque figuralisme poĂ©tique.

Le coffret s’annonce comme le miroir fidĂšle et la synthĂšse de l’intĂ©grale madrigalesque en cours donnĂ©e en concert. Paul Agnew et les chanteurs et instrumentistes des Arts Florissants poursuivent en 2014-2015, leur Ă©popĂ©e proposant les ultimes Livres VII et VIII.

1 cd, un texte inĂ©dit. Comme c’est le cas des premiers albums sous Ă©tiquette du propre label des Arts Florissants (Les Arts Florissants Éditions), l’album Mantova est accompagnĂ© d’un texte inĂ©dit signĂ© RenĂ© de Ceccatty (qui a Ă©crit aussi les deux autres textes des volumes Ă  paraĂźtre : Cremona, puis Venezia) : en une mise en perspective des madrigaux montĂ©verdiens et d’un texte littĂ©raire, le nouvel album offre Ă  l’auditeur / lecteur, l’occasion d’approfondir sa propre expĂ©rience des Madrigaux de Monteverdi grĂące Ă  la lecture complĂ©mentaire d’une nouvelle inĂ©dite («  La Sibylle et la fresque des illusions », commande des Arts Florissants) dont les Ă©lĂ©ments narratifs s’inspirent de l’écriture musicale montĂ©verdienne : RenĂ© de Ceccatty y brosse le portrait d’une femme Ă©crivain qui dĂ©voile au crĂ©puscule de sa vie, le secret amoureux qui l’a rongĂ© sa vie durant et dont les madrigaux portent comme l’essence, le souvenir cryptĂ©. Le propre du texte est de prĂ©server la brĂ»lante force d’évocation du verbe et de la prose musicale, toute leur puissance Ă©motionnelle comme si la voix multiple des chanteurs diffusait l’intensitĂ© intacte d’un sentiment primordial, prĂ©cieusement cachĂ©.

Prochaine critique complĂšte du cd MANTOVA par Paul Agnew et Les Arts Florissants, Ă  venir dans le mag cd de classiquenews.com

Lire aussi les critiques des albums dĂ©jĂ  parus aux Éditions Les Arts Florissants : Belshazzar, Le Jardin de Monsieur Rameau, 2 albums Ă©lus «  CLIC » de classiquenews

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Les Arts Flo chantent le lIvre VII de Monteverdi sur France Musique

Madrigaux_paul_agnewFrance Musique, aujourd’hui, 14h : Les Arts Florissants, Paul Agnew chantent le Livre VII de madrigaux de Monteverdi. L’épopĂ©e vocale (et instrumentale Ă  partir du Livre V) des madrigaux de Monteverdi poursuit son cours : Paul Agnew rĂ©unit les meilleurs solistes des Arts Florissants pour l’intĂ©grale des madrigaux du divin Monteverdi. Le cycle rĂ©capitule l’évolution de plus dramatique de Claudio Monteverdi : un voyage musical inouĂŻ qui mĂšne de la polyphonie poĂ©tique au baroque dramatique et opĂ©ratique
 Voici l’étape actuelle, celle du Livre VII, sommet des vertiges amoureux Ă©crits par Claudio.

monteverdi_Claudio_Monteverdi_2Les lettres amoureuses qui y paraissent, le ballet final de Tirsi et Clori, deux bergers alanguis enivrĂ©s ressuscitent l’élan du dĂ©sir, la promesse de l’extase, une sensibilitĂ© ardente que Monteverdi retrouve en pleine possession de ses moyens, comme un nouveau printemps des sentiments. Le dramatisme du style fusionnĂ© Ă  l’articulation du mot confirme les nouvelles avancĂ©es de Monteverdi
 bientĂŽt gĂ©nie spectaculaire Ă  l’opĂ©ra, dans la CitĂ© des Doges. De sorte que ce nouveau Livre VII est bien comme le prochain Livre VIII, un laboratoire vocale et lyrique d’une prodigieuse activitĂ©. EN LIRE +

 
 

Suite de l’intĂ©grale des Madrigaux de Claudio Monteverdi
Livre VII
Paul Agnew et les solistes des Arts Florissants
5 dates : Les 16 (Caen), 22 (Anvers, De Singel), 25 (Prague, festiva), 26 (Dresde, festival), et 28 (Paris, Cité de la musique) mai 2014.

Diffusion sur France Musique, le lundi 16 juin 2014 Ă  14h.

logo_francemusiqueMadrigaux de Monteverdi                                   
Les Arts Florissantsdirigés par Paul Agnew
Enregistré à la Cité de la musique à Paris
Claudio Monteverdi : Madrigaux (Livre VII)
Solistes vocaux : Miriam Allan, soprano. Hannah Morrison, soprano. Lucile Richardot, contralto. Zachary Wilder, ténor. Lisandro Abadie, basse

 
 

Les Arts Florissants : le Livre VII de madrigaux de Monteverdi

Madrigaux_paul_agnewMonteverdi: Livre VII. Les Arts Florissants, Paul Agnew. 16<28 mai 2014. En mai 2014, Paul Agnew poursuit l’intĂ©grale des Madrigaux de Monteverdi avec les solistes des Arts Florissants (chanteurs et instrumentistes). Place aux enchantements amoureux du Livre VII en une formule vocale et instrumentale Ă©largie. L’heure est Ă  l’accomplissement d’une Ă©criture qui n’a cessĂ© d’évoluer selon les alĂ©as d’une carriĂšre chaotique 
 Mais heureusement stabilisĂ©e quand Claudio aprĂšs avoir Ă©tĂ© chassĂ© de Mantoue par le successeur de son ancien protecteur Vincenzo Gonzaga (fĂ©vrier 1612), obtient lĂ©gitimement le poste de maĂźtre de chapelle Ă  San Marco de Venise en aoĂ»t 1613.

AprĂšs Mantoue, la gloire vĂ©nitienne
 AprĂšs les vicissitudes d’une vie de dĂ©pendance souvent humiliante, Venise lui offre des conditions et un salaire dignes de son immense gĂ©nie. De fait, Monteverdi crĂ©era, au dĂ©but des annĂ©es 1640, l’opĂ©ra vĂ©nitien en une formule jamais Ă©galĂ©e aprĂšs lui, entre sensualitĂ© et cynisme, dĂ©lirant burlesque et rĂ©alisme picaresque (L’Incoronazione di Poppea, Il Ritorno d’Ulysse in patria.)

C’est aussi le moment en 1619 oĂč Ă  Venise paraĂźt aussi son Livre VII de madrigaux. La rupture est consumĂ©e ici : plus de madrigaux Ă  5 voix, la norme depuis lors, mais une Ă©criture toute aussi souple et audacieuse pour 6 chanteurs.
L’amour y rĂšgne en souverain dĂšs le premier chant « Tempro la cetra  » j’accorde ma lyre
 dit le tĂ©nor qui Ă©carte vite la martialitĂ© de son Ă©tat pour s’alanguir aux sons vibrants de Venus. Monteverdi privilĂ©gie duos, trios, en liaison avec sa nouvelle vie vĂ©nitienne (intrigues urbaines, frĂ©nĂ©sie du carnaval
). A l’imploration doloriste du Livre VI, rĂ©pond la lyre ardente, festive, lumineuse et mĂȘme optimiste du VII : miroir d’un nouveau tempĂ©rament liĂ© Ă  sa prise de fonctions Ă  Venise.

monteverdi_Claudio_Monteverdi_2Les lettres amoureuses qui y paraissent, le ballet final de Tirsi et Clori, deux bergers alanguis enivrĂ©s ressuscitent l’élan du dĂ©sir, la promesse de l’extase, une sensibilitĂ© ardente que Monteverdi retrouve en pleine possession de ses moyens, comme un nouveau printemps des sentiments. Le dramatisme du style fusionnĂ© Ă  l’articulation du mot confirme les nouvelles avancĂ©es de Monteverdi
 bientĂŽt gĂ©nie spectaculaire Ă  l’opĂ©ra, dans la CitĂ© des Doges. De sorte que ce nouveau Livre VII est bien comme le prochain Livre VIII, un laboratoire vocale et lyrique d’une prodigieuse activitĂ©.

Suite de l’intĂ©grale des Madrigaux de Claudio Monteverdi
Livre VII
Paul Agnew et les solistes des Arts Florissants
5 dates : Les 16 (Caen), 22 (Anvers, De Singel), 25 (Prague, festiva), 26 (Dresde, festival), et 28 (Paris, Cité de la musique) mai 2014.

Diffusion sur France Musique, le lundi 16 juin 2014 Ă  14h.

logo_francemusiqueMadrigaux de Monteverdi                                   
Les Arts Florissantsdirigés par Paul Agnew
Enregistré à la Cité de la musique à Paris
Claudio Monteverdi : Madrigaux (Livre VII)
Solistes vocaux : Miriam Allan, soprano. Hannah Morrison, soprano. Lucile Richardot, contralto. Zachary Wilder, ténor. Lisandro Abadie, basse

Compte-rendu, rĂ©cital lyrique. Versailles. Salon d’Hercule, le 22 janvier 2014. L’intĂ©grale des madrigaux, Livre VI. Claudio Monteverdi. Les Arts Florissants. Paul Agnew, direction, tĂ©nor.

Madrigaux_paul_agnewPoursuivant leur tournĂ©e mondiale de l’intĂ©grale des madrigaux de Monteverdi, c’est dans le cadre exceptionnel du Salon d’Hercule au ChĂąteau de Versailles, que les Arts Florissants nous ont donnĂ© Ă  entendre ce soir, le SixiĂšme Livre. Entre deux VĂ©ronĂšse, peintre dont le compositeur crĂ©monais a du connaĂźtre dĂšs son arrivĂ©e Ă  Mantoue quelques toiles, Paul Agnew et les chanteurs et musiciens des Arts Florissants ont suspendu le temps pour le public, nous faisant partager un songe musical. Ce Livre dont on cĂ©lĂšbre les 400 ans, est si rarement prĂ©sentĂ© en concert, qu’il a attirĂ© un public nombreux et recueilli sous les ors et les marbres d’un palais enchantĂ©.

Hommage Ă  Caterina …

Ce SixiÚme Livre bien que publié à Venise, fût composé durant les derniÚres années mantouanes. Il est intimement lié à des dates qui marquent la vie aussi bien musicale que personnelle de Monteverdi.

Le deuil est ici si prĂ©sent, si douloureux que rien, pas mĂȘme l’évocation de jours heureux ne peut l’apaiser. La tragĂ©die y est vĂ©cue au plus profond de l’ñme, elle est un dĂ©chirement si humain que chaque larme par-delĂ  son Ă©loquence poĂ©tique et musicale devient la quintessence de la mĂ©lancolie baroque. FrappĂ© par la disparition de son Ă©pouse Ă  l’automne 1607, puis de la jeune soprano qui devait interprĂ©tĂ©e le rĂŽle – titre de l’Arianna en 1608 -et qu’il avait lui-mĂȘme formĂ©-, Claudio Monteverdi donne dans ce livre toute sa place aux affects.

Le Livre VI est le seul Ă  ne pas porter de dĂ©dicace, semblant ainsi indiquer que c’est aux deux disparues qu’elle doit revenir. Utilisant dĂ©sormais un style de plus en plus moderne, le style concertato, sa musique libĂšre le texte et fait de la basse continue un acteur Ă  part entiĂšre de ce thĂ©Ăątre des Ă©motions.

Le lamento d’Arianna, extrait de son second opĂ©ra aujourd’hui perdu y tient avec la Sestina une place essentielle ici.

Ce second lamento vient en miroir du premier, pour mieux en souligner l’immense dĂ©sarroi de l’homme face Ă  la mort. Il fĂ»t commandĂ© par le duc Vincenzo en 1608 afin de rendre hommage Ă  la jeune Caterina Martinelli, dont la voix unique avait su sĂ©duire tous ceux qui l’avaient entendu. Le poĂšme en est composĂ© par Scipione Agnelli. Si ces deux lamenti sont les facettes les plus somptueuses de ce diamant noir qu’est le SixiĂšme Livre, l’ensemble des madrigaux qui le composent sont d’une intense beautĂ©. PĂ©trarque et Marino offrent Ă  Monteverdi l’occasion d’invoquer par – delĂ  les larmes, les pleurs et les adieux qui se rĂ©pĂštent, les dissonantes fulgurances des amours fusionnels.

Prenant la parole au dĂ©but du concert, puis aprĂšs l’entracte pour expliquer ses choix artistiques, en particulier pour la Sestina interprĂ©tĂ©e a capella, Paul Agnew avec son dĂ©licieux accent, parvient dĂšs le dĂ©but Ă  capter l’attention du public et un silence envoĂ»tant. Il nous propose de commencer le concert par la premiĂšre version pour voix seule du Lamento d’Arianna, provenant de l’opĂ©ra, avant de nous donner celle pour cinq voix du Livre VI. Loin du destin tragique de la femme abandonnĂ©e et seule de la version scĂ©nique, le lamento Ă  cinq voix, exprime dĂ©sormais combien la perte de l’ĂȘtre aimĂ© est un drame universel.

La soprano irlando-Ă©cossaise, Hannah Morrison parvient d’emblĂ©e tant par son timbre quasi juvĂ©nile et cristallin que par ses inflexions finement ciselĂ©es Ă  figer le temps Ă  l’ombre de la mort.

Son interprĂ©tation est absente de tout pathos. L’interprĂ©tation des madrigaux par les Arts Florissant est Ă  fleur d’émotion. La palette des timbres est si finement contrastĂ©e qu’elle fait ressortir les multiples tonalitĂ©s de l’obscuritĂ©, tout en faisant surgir des tĂ©nĂšbres une lueur diaprĂ©e et sensible. La direction de Paul Agnew dĂ©coule d’un travail d’ensemble et d’une prĂ©paration qui ne nĂ©cessite plus en concert que quelques regards bienveillants.

Le dialogue des solistes soutenus par une basse continue trĂšs pure et Ă©loquente souligne les mots clĂ©s, ceux de l’adieu, du tourment si dĂ©chirant de la sĂ©paration. L’interprĂ©tation raffinĂ©e que nous offre les Arts Florissants est Ă©vocatrice aussi de cette soif du bonheur que rien ne peut Ă©tancher, comme dans les strophes de Zefiro torna, e’l bel tempo rimena, lorsqu’il est Ă  jamais perdu.

Ils nous donnent aussi Ă  voir et entendre ces minis opĂ©ras que sont certains madrigaux avec une rĂ©elle intensitĂ© dramatique comme dans A dio, Florida Bella ou dans Presso un fiume tranquillo. Le verbe devient ici musique, de la souplesse et de la suavitĂ© des voix, Ă©mane un sentiment de poĂ©sie Ă  l’aura mystĂ©rieuse, d’une si douce chaleur humaine.

C’est par un bis, celui que Paul Agnew dĂ©signe comme le madrigal qui leur est le plus cher, Zefiro torna, que s’est achevĂ©e cette soirĂ©e dĂ©diĂ©e Ă  celui sans qui la musique moderne ne serait pas. Une bien belle soirĂ©e, trop rare, oh combien prĂ©cieuse.

Versailles. Salon d’Hercule, le 22 janvier 2014. L’intĂ©grale des madrigaux, Livre VI. Claudio Monteverdi. Avec Hannah Morrison, soprano ;Miriam Allan, soprano ; Maud Gnidzaz, soprano ;Lucile Richardot, mezzo-soprano ; Sean Clayton,tĂ©nor ; Cyril Costanzo, basse. Massimo Moscardo, Jonathan Rubin, luth, thĂ©orbe ; Florian CarrĂ©,clavecin ; Nanja Breedijk, harpe. Les Arts Florissants. Paul Agnew, direction, tĂ©nor.

Monteverdi : Livres IV, V, VI de madrigaux par Les Arts Florissants, Paul Agnew

Madrigaux_4_5_6_arts_florissants_paul_agnewLes solistes chevronnĂ©s des Arts florissants, subtils chambristes et diseurs admirĂ©s (Ă  juste titre), poursuivent Ă  l’initiative du tĂ©nor Paul Agnew, leur intĂ©grale des madrigaux de Claudio Monteverdi. Le cycle a Ă©tĂ© inaugurĂ© Ă  Venise Ă  l’Ă©tĂ© 2011, dans la citĂ© oĂč les partitions ont Ă©tĂ© Ă©ditĂ©es (mĂȘme si elles ont Ă©tĂ© Ă©crites Ă  Mantoue) et oĂč le compositeur trouvera un foyer propice Ă  l’Ă©panouissement de son art vocal et dramatique, comme maestro di cappella Ă  San Marco.

Si le Livre IV se rapproche encore des opus prĂ©cĂ©dents (Ă©criture essentiellement polyphonique), le Livre V marque une rupture et reprĂ©sente un jalon spectaculaire dans la maturation de l’Ă©criture musicale; c’est aussi pour l’Histoire de la musique, un coup de tonnerre ouvrant l’esthĂ©tique baroque proprement dite: dans les 6 derniers madrigaux, Monteverdi invente la basse continue, libĂ©rant de ce fait le chant mĂȘlĂ© de plusieurs voix; sur l’assise nouvelle des instruments, plus acteurs qu’accompagnateurs, le chant peut dĂ©sormais se concentrer en une voix: l’individualisation expressive, la caractĂ©risation Ă©motionnelle peuvent s’Ă©panouir; Paul Agnew et ses partenaires, en orfĂšvres du mot savent ciseler ce passage dĂ©cisif, du chant polyphonique indistinct Ă  l’expression du sentiment tĂ©nu. Le Livre VI regroupe plusieurs piĂšces d’une nouvelle ampleur: le fameux Lamento d’Arianna (seul morceau qui nous soit parvenu de l’opĂ©ra Ă©ponyme), et aussi La Sestina, piĂšce dĂ©chirante et troublante Ă©crite Ă  la mĂ©moire de Catarina Martinelli, jeune soprano pressentie pour crĂ©er le rĂŽle d’Arianne mais qui meurt avant la crĂ©ation de l’opĂ©ra: c’est un chant puissant et sincĂšre, dĂ©chirant mĂȘme oĂč la sensualitĂ© conquĂ©rante et si subtile de Monteverdi se double d’Ă©clairs et d’une conscience nouvelle, celle de la profondeur et de la vĂ©ritĂ©. Cycle Ă©vĂ©nement, Livres IV,V,VI de madrigaux de Monteverdi, du 9 au 27 novembre 2012

Les Arts Florissants
Paul Agnew, direction
Francesca Boncompagni, soprano
Maud Gnidzaz, soprano
Lucile Richardot, contralto
Paul Agnew, ténor
Sean Clayton, ténor
Lisandro Abadie, basse

 
 
 

agenda 2014

  

Suite de l’intĂ©grale des madrigaux de Monteverdi. Paul Agnew et les solistes des Arts Florisants chantent le Livre VI, et poursuivent leur Ă©popĂ©e madrigalesque en janvier 2014 (7 dates):
 

Belfort, le Granit, le 10 janvier 2014, 20h
Anvers, Amuz, le 12 janvier 2014, 15h
Paris, Cité de la musique, le 16 janvier 2014, 20h
Flers, ScĂšne nationale 61, le 18 janvier 2014, 20h30
Blois, La Halle aux grains, le 19 janvier 2014, 17h
Versailles, Opéra, le 22 janvier 2014, 20h
Caen, Théùtre, concert hors les murs au Conservatoire, samedi 25 janvier 2014, 20h