CD, compte rendu critique. CPE BACH: Trios, sinfonie, sonata (Lucile Boulanger, Arnaud de Pasquale 1 cd Alpha, décembre 2014)

ALPHA202 graun carl philipp emanuel bach boulanger de pasquale & cd alpha reviex account of compte rendu critique cd CPE BACH sonata, sinfonie, trioCD, compte rendu critique. CPE BACH: Trios, sinfonie, sonata (Lucile Boulanger, Arnaud de Pasquale 1 cd Alpha, décembre 2014). En jouant en un même récital Graun, Hesse et l’inclassable Carl Philipp Emanuel Bach, on reste saisi par l’intelligence prodigieuse et la versatilité profuse du fils Bach vis à vis de ses deux confrères à la Cour de Frédéric II de Prusse. Dire qu’au début des années 1740, CPE touchait un salaire 7 fois inférieur à celui de Quantz… on regrette le manque de discernement du monarque grand par la politique, petit par son goût musical… et on comprend que CPE ait choisit de quitter son royal patron pour diriger la vie musicale de Hambourg à la succession de Telemann en 1766.Un vrai poste d’importance taillé à la mesure de son génie musical .

La nervosité sensible, habile dans la réalisation des mille nuances dynamiques des trois mouvements absolument passionnants  de la sinfonia wq 156  montre à quel point CPE se distingue de ses contemporains. Il a fait essentiellement de l’esthétique Empfindsamkeit  (sensibilité) un terreau propice à de multiples expérimentations… Les titres des mouvements indiquent clairement la mesure de ce bouillonnement expérimental, vrai cadre de dépassement et ici d’accomplissement pour les deux interprètes visiblement complices et aussi également inspirés par la manière très vive et nerveuse du fils Bach.

Carl Philipp Emanuel BachDu sanguin extériorisé, au trouble mélancolique, la palette émotionnelle de cette Sinfonia wq 156, même dans sa transcription pour deux musiciens, convainc absolument et par la maturité d’écriture du compositeur et grâce au jeu libre et sincère des deux instrumentistes qui en saisissent tous les enjeux sentimentaux. Même  jeu en troubles et contrastes contrôlés pour la Sonata wq 161/1 (autre perle jubilatoire du programme),  vrai tremplin / réelle joute entre les deux tempéraments sanguin et dépressif, explicités / résolus dans une vive confrontation des deux instruments tour à tour complices, contradicteur ou miroir de l’autre. Dans cette arène libre et fantaisiste de 1749, CPE semble revendiquer enfin pour les deux instruments et surtout la viole, le statut d’instrument autonome quoique le pianoforte d’après un Silberman (mécanique lourde mais sonorité déjà préromantique) envisage un tout autre monde sonore et ce jeu dont CPE fut à Hambourg le virtuose le plus visité d’Europe. En cette année de commémoration, après l’excellente proposition du chef claveciniste Bruno  Procopio (Sonates  de Wurtemberg chez Paraty, février 2015, cd CLIC de classiquenews), l’univers chambriste et concertant proposé par le duo Boulanger / de Pasquale sait captiver en restituant sur des instruments éloquents et maîtrisés, l’art hautement sensible, subtilement sentimental de l’immense Carl Philipp Emanuel Bach.

CD, compte rendu critique. CPE BACH: Trios, sinfonie, sonata. Lucile Boulanger, viole de gamme. Arnaud de Pasquale (copies de Silberman et de Cristofori). 1 cd Alpha classics, Baroque. Réf. : Alpha 202, durée : 1h11mn, enregistrement réalisé à Bruxelles, en décembre 2014.

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