CD. Anna Netrebko : Verdi

Anna Netrebko chante Verdi chez Deutsche GrammophonCD. Anna Netrebko : Verdi   …     Anna Netrebko signe un rĂ©cital Verdi pour Deutsche Grammophon d’une haute tenue expressive. Soufflant le feu sur la glace, la soprano saisit par ses risques, son implication qui dans une telle sĂ©lection, s’il n’Ă©tait sa musicalitĂ©, aurait Ă©tĂ© correct sans plus … voire tristement pĂ©rilleuse. Le nouveau rĂ©cital de la diva russo autrichienne marquera les esprits. Son engagement, sa musicalitĂ© gomment quelques imperfections tant la tragĂ©dienne hallucinĂ©e exprime une urgence expressive qui met dans l’ombre la mise en pĂ©ril parfois de la technicienne : sa Lady Macbeth comme son Elisabeth (Don Carlo) et sa Leonora manifestent un tempĂ©rament vocal aujourd’hui hors du commun. Passer du studio comme ici Ă  la scène, c’est tout ce que nous lui souhaitons, en particulier considĂ©rant l’impact Ă©motionnel de sa Leonora …

 

 

Macbeth, Elisabeth, Leonora … Divine Netrebko

 


Netrebko_anna_diva_opera_musique_classique_cdA l’image du visuel de couverture, Ă©lĂ©gantissime, la diva Ă©lectrique, incandescente s’affirme sans rĂ©serve.  Vous l’aurez compris, le nouvel album de la diva Netrebko a conquis le rĂ©daction cd de classiquenews. VoilĂ  ” le ” disque que nous attendions pour l’annĂ©e 2013 qui cĂ©lèbre ailleurs sans surprise le bicentenaire Verdi. Dans le premier air, extrait de Macbeth, le tempĂ©rament dramatique avec un medium qui s’est Ă©largi naturellement s’impose immĂ©diatement. Il Ă©claire en Lady Macbeth, une âme dĂ©chirĂ©e derrière le masque de la rĂ©gicide et criminelle Ă  rĂ©pĂ©tition… abattage, suretĂ© de ton, intonation juste, et belle intensitĂ© : oui sans rĂ©serve.

AbĂ®mĂ©e dans des gouffres fantastiques et sombres, la diva affiche la mĂŞme sensibilitĂ© Ă©motionnelle, faille d’une ambitieuse rattrapĂ©e par ses mĂ©faits et ses crimes successifs dans l’air qui suit : “ Vieni, t’affretta ! “. La coupe linguistique plus heurtĂ©e est cependant unifiĂ©e par des aigus bien couverts et percutants, mais la diva russo-autrichienne demeure parfois en perte de souffle et d’Ă©quilibre dans un rĂ´le qui dĂ©passe cependant ses vrais moyens. Qu’en serait-il sur la scène, oĂą elle devrait tenir la continuitĂ© de l’action ?
On l’attend vĂ©ritablement lĂ  oĂą en studio, une Callas fit sensation : l’air de somnambulisme hagard et halucinĂ© : ” Una macchia è qui tuttora ” ...  impose non pas la rage de la furie tiraillĂ©e mais l’effusion d’une criminelle repentie, dĂ©truite par le sentiment de la culpabilitĂ©. Le caractère lugubre souligne les couleurs somptueuses du timbre dans le registre le plus grave : belle hĂ©ritière de Callas de ce point de vue qui sait marquer la faillite tragique de la scène alors. L’assise rayonnante des nouvelles notes basses, les aigus Ă  l’extrĂ©mitĂ© de la tessiture, rayonnants et tenus (mĂŞme si le dernier aigu final est peu Ă©courtĂ© sur le souffle), offre une incarnation solide, personnelle, plutĂ´t rĂ©jouissante car vraisemblable. Quelle feu dramatique et quelle musicalitĂ© !HĂ©roĂŻne plus angĂ©lique et non moins dĂ©chirĂ©e, voici ensuite Giovanna d’Arco, subtile incarnation d’une puretĂ© elle aussi captivante par sa fragilitĂ© en dialogue avec la flĂ»te …


Anna Netrebko Verdi album leonoraSon Elena des Vespri Siciliani
respire la mĂŞme effusion sertie dans le miel le plus flexible, melliflu, oĂą les aigus en passage affirme un tempĂ©rament dramatique assurĂ© : c’est bien le propre de Netrebko aujourd’hui, des aigus claironnants combinĂ©s Ă  un grain de vraie tragĂ©dienne spinto. Moins Ă  l’aise dans la mise en place de la Sicilienne, d’un abattage moins assurĂ©e, la diva opte (avec le chef) pour un tempo volontairement ralenti pour assurer l’arche des notes filĂ©es : les vocalises finales trahissent un dĂ©sĂ©quilibre manifeste : l’agilitĂ© de la soprano a perdu de son Ă©lasticitĂ©, affectant les notes les plus aiguĂ«s, toutes aspirĂ©es et sans appui ; Mais l’assurance de l’intonation sĂ©duit toujours (malgrĂ© un vibrato que certains pourront juger peu propre). La grande Anna nous sĂ©duit aussi pour cette blessure inscrite dans la voix. Autre air de bravoure et de caractĂ©risation exigeante, la prière d’Elisabeth de Don Carlo oĂą rayonne la dignitĂ© blessĂ©e d’une jeune reine accablĂ©e, en proie Ă  une terrible leçon de rĂ©alisme cynique : sur les traces des grandes interprètes de ce personnage, Callas encore (en concert) et Tebaldi (avec Solti en 1965), Anna Netrebko rĂ©ussit un tour de force d’une Ă©lĂ©gie bouleversante, s’appuyant lĂ  encore sur des graves et un medium large, comme des aigus jamais pincĂ©s. S’il n’Ă©tait la prise de son incertaine parfois (effets spĂ©cialisĂ©s). Rejointe par son tĂ©nor de prĂ©dilection avec lequel elle a marquĂ© les esprits dans leur premiers Verdi (dont La Traviata Ă  Salzbourg), soit Rolando Villazon, “La” Netrebko en impose davantage par un dĂ©bit très assumĂ© et d’une belle sĂ»retĂ© de ton lĂ  encore dans Il Trovatore : sa Leonora palpite et se dĂ©chire littĂ©ralement en une incarnation oĂą son angĂ©lisme blessĂ©, tragique, fait merveille : la diva trouve ici un rĂ´le dont le caractère convient idĂ©alement Ă  ses moyens actuels (s’il n’Ă©tait ici et lĂ  ses notes vibrĂ©es, pas très prĂ©cises)… mais la ligne, l’Ă©lĂ©gance, la subtilitĂ© de l’Ă©mission et les aigus superbement colorĂ©s dans ” D’amore sull’ali rosee ” …  (dialoguĂ©s lĂ  encore avec la flĂ»te) sont très convaincants. Elle retrouve l’ivresse vocale qu’elle a su hier affirmer pour Violetta dans La Traviata. Que l’on aime la soprano quand elle s’Ă©carte totalement de tout Ă©panchement vĂ©riste : son legato sans effet manifeste une musicienne nĂ©e. Sa Leonora, hallucinĂ©e, d’une transe fantastique, dans le sillon de Lady Macbeth, torche embrasĂ©e, force l’admiration : toute la personnalitĂ© de Netrebko rejaillit ici en fin de programme, dans le volet le plus saisissant de ce rĂ©cital verdien, hautement recommandable. Concernant Villazon, … le tĂ©nor fait du Villazon … avec des nuances et des moyens très en retrait sur ce qu’il fut, en comparaison moins aboutis que sa divine partenaire. Anna Netrebko pourrait trouver sur la scène un rĂ´le Ă  sa (dĂ©)mesure : quand pourrons nous l’Ă©couter et la voir dans une Leonora rĂ©vĂ©latrice et peut-ĂŞtre subjugante ? Bravissima diva.

 

Anna Netrebko : Verdi. Anna Netrebko, Rolando VillazĂłn, Orchestra Del Teatro Regio Di Torino, Gianandrea Noseda. 1 cd Deutsche Grammophon 0028947917366

 

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