jeudi, décembre 8, 2022

Wolfgang Amadeus Mozart: Zaïde, 1780. Peter Sellars, Louis Langrée Mezzo, les 25 puis 31 octobre 2008

A ne pas rater

Wolfgang Amadeus Mozart
Zaïde
, 1780(Aix 2008)

Mezzo
Samedi 25 octobre 2008 à 20h30

Vendredi 3 novembre 2008 à 10h

Louis Langrée, direction

Peter Sellars
, mise en scène

Opéra filmé lors du Festival d’Aix en Provence 2008. Théâtre de l’Archevêché. Mise en scène: Peter Sellars

Un Singspiel contre la tyrannie
Dans la vision du metteur en scène iconoclaste Peter Sellars, chaque
opéra est une argumentation mi poétique mi philosophique, plutôt
engagée sur la condition humaine et les vices de notre société. On se
souvient de ses opéras mozartiens transposés dans le contexte violent
des années 1980, en particulier Cosi fan tutte dans un restaurant perdu
au bord d’une autoroute, style Las Vegas provincial aves ses néons et
ses enseignes lumineuses… Avec Zaïde, composé comme Thamos par un
musicien de 23 ans, le scénographe américain s’intéresse à la tyrannie
humaine, cette barbarie atemporelle: il y dénonce l’esclavage et voit
dans Zaïde, le symbole de la liberté. L’intérêt de la pièce vient aussi
de la métamorphose qui s’empare du personnage d’Allazim: au début,
haineux et méprisant; ensuite, compassionnel et fraternel: c’est lui
qui aide la chrétienne à s’enfuir avec son amant… Le compositeur nous
parle donc avant Beethoven, de fraternité, au-delà des cultures, et
jette une passerelle entre le monde européen et le monde musulman.

Créer l’opéra allemand

Esclave, Zaïde peut-elle s’affranchir d’un statut qui l’opprime? Son
geôlier n’est-il pas autant sinon plus à plaindre? Quand un être est
supplicié et torturé, humilié et soumis, c’est toute l’humanité qui
souffre. L’oeuvre qui est conçue à l’initiative de l’auteur, sans
répondre à une commande, tout en posant les bases de l’opéra allemand
(chanté en allemand et non plus en italien), est l’une des partitions
les plus pénétrées par l’esprit des lumières (même si elle reste
inachevée). A l’origine, le jeune Mozart écrit sa partition après que
l’Empereur Joseph II ait signifié son désir de créer à Vienne une
troupe de chanteurs allemands abordant des opéras en langue allemande.
Mozart qui a toujours eu le dessein de créer de nouvelles oeuvres en
langue germanique compose Zaïde en espérant voir sa partition jouée
devant la Cour et l’Empereur. Hélas ce dernier abandonne son projet et
Mozart laisse une oeuvre inachevée. L’audience viennoise préfère
l’opéra italien…

Certes beaucoup de critiques se sont élevés contre cette production pas vraiment inédite, (déjà vue auparavant à Vienne, pendant le Festival Mozart 2006). Même si les chanteurs ne sont pas des plus convaincants, si la direction de Langrée déçoit par son manque perpétuel de finesse et de tendresse, la partition diffuse sa fascination malgré son cadre inachevé. L’opéra n’est pas un « sous-Enlèvement au Sérail »: il comprend des airs admirables (les deux mélologues mettant au devant de la scène, un Gomatz très abouti sur le plan psychologique; l’air de plein humour d’Osmin, les accents colériques du Sultan, la berceuse légendaire de Zaïde. De surcroît, la caméra dépêchée par Mezzo en juillet 2008 rend parfaitement compte du travail des acteurs: regards, mouvements du corps: tous ces non-dits qui par les gestes signifient autant que la musique, et mieux que les paroles…

Synopsis. L’esclave chrétienne Zaïde, prisonnière du Sérail
du Sultan Soliman, tombe amoureuse d’un autre esclave Gomatz,
provoquant la colère de leur maître. Les deux amants s’enfuient grâce à
la complicité d’Allazim. Repris, les fugitifs sont condamnés à mort par
l’inflexible sultan. Heureusement Allazim interfère en leur faveur:
ayant sauvé la vie du sultan quelque temps auparavant, celui-ci
pardonne à son serviteur qui a aidé les deux amoureux, mais Mozart n’a
laissé aucune indication quant à la décision finale du Sultan vis à vis
de Zaïde et de son bien-aimée…

Wolfgang Amadeus Mozart: Zaïde. Singspiel en deux actes
(inachevé) de Wolfgang Amadeus Mozart. Livret de Johannes Andreas
Schachtner, d’après Joseph Sebastiani (Das Serail, 1779). Composé en
1780. La version complétée a été réalisée par J.A. André qui donne le
titre « Zaïde » (1838). Première « intégrale » à l’Opéra de Francfort le 27
janvier 1866. Camerata Salzburg. Direction musicale, Louis
Langrée. Mise en scène, Peter Sellars. Avec Ekaterina Lekhina (Zaide),
Sean Panikkar (Gomatz), Alfred Walker(Allazim), Russell Thomas (Sultan
Soliman),Morris Robinson (Osmin)

Illustration: Zaïde scénographié par Peter Sellars, (Vienne, mai 2006. Wiener Festwochen)

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