mardi, février 7, 2023

William Christie reprend Theodora de Haendel

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William Christie rejoue Theodora de HaendelParis, TCE. Theodora de Haendel par William Christie. 10-20 octobre 2015. 5 dates événements (10,13,16,18,20 octobre) pour le sommet spirituel de Haendel par son interprète le mieux inspiré. Grand retour (d’autant plus attendu) de Wiliam Christie (fondateur des Arts Florissants et créateur récent du festival enchanteur à Thiré en Vendée, « Dans les jardins de William Christie », – chaque dernière semaine d’août). « Bill » connaît Haendel comme personne : il en fait respirer les moindres nuances, sachant caractériser comme peu avant lui, chaque profil psychologique, chaque situation dramatique. Un récent album dédié aux musiques funèbres de Haendel pour son amie et protectrice, la Reine Caroline (édité par le label des Arts Florissants) a encore confirmé les affinités du chef avec la lyre hautement mystique du saxon. Ses derniers oratorios dont Theodora (1750) illustrent une maîtrise rare dans l’art expressif et lyrique sans déploiement théâtral… émotions, enjeux et action étant seulement portés par les élans et vertiges du chant, solistique ou choral.
L’ouvrage d’une durée indicative de 2h, est le seul oratorio de Haendel, d’après l’histoire chrétienne : Theodora est une martyre chrétienne du IVè siècle, incarnant avec une rare réussite la plénitude fervente et la certitude spirituelle du croyant. Sa passion entraîne avec elle son fiancé Didymus : aucune épreuve y compris la mort ne peut entraver la croyance et l’espérance intérieures qui portent la vierge martyre.

 

 

 

L’oratorio anglais selon Haendel

En 1750, Haendel accomplit une forme remarquablement raffiné de l’oratorio anglais

 

Les chœurs sont magnifiquement écrits : chrétiens puissamment contrapuntiques et d’une séduction rare – spirituelle et d’une ineffable élan mystique en résonance avec le parcours fervent de l’héroïne ; Romains païens non moins engagés, mais d’une simplicité homorythmique pourtant très orchestrée.
Le profil des personnalités montre le travail de Haendel pour caractériser avec beaucoup de finesse chacun des protagonistes : tant de subtilité dans le traitement des personnages démontre l’humanité qui inspire Haendel, son humanisme compatissant à la douleur des êtres, à la souffrance des âmes éprouvées sur l’autel de l’intolérance. Au delà de la légende chrétienne, Haendel s’intéresse à la tragédie des justes, sacrifiés par la machine de la barbarie.

 

 

synopsis

Haendel handel oratorio opera baroqueActe I. Pour fêter l’anniversaire de l’Empereur Dioclétien, le préfet romain d’Antioche Valens ordonne que le peuple sacrifie à Jupiter. Pourtant le jeune officier romain Didymus s’oppose à cette tyrannie religieuse : lui-même converti secrêtement au christinianisme milite pour la liberté de conscience. La jeune noble Theodora défie l’autorité romaine : elle est arrêtée pour être prostituer dans le temple de Vénus. Déjà, l’âme languissante de Theodora, habitée par la mort de délivrance, se recommande aux anges (scène 5). Didymus jure de la libérer.
Acte II. Didymus réussit à revoir Theodora dans sa loge (grâce à l’acceptation de Septimus), cependant que la suivante de la jeune prisonnière, Irène, prie pour son salut. Didymus propose à Theodora de revêtir son armure pour s’échapper pendant que le jeune homme, qui l’aime et qui est prêt à mourir, prendra sa place.
Acte III. Theodora libérée exprime le seul air gracieux presque insouciant dans une succession de lamentations langoureuses. Mais Didymus a été condamné à mort. Theodora pour sauver le jeune homme se livre à Valens.Le dernier chœur des chrétiens célèbrent l’abnégation et la courage des deux chrétiens marchant à leur supplice.

 

 

boutonreservationParis, TCE. Theodora de Haendel par William Christie. 10, 13, 16, 18, 20 octobre 2015. 5 dates événements. Mise en scène : Stephen Langridge. Oratorio en trois actes créé en 1750, Livret de Thomas Morell.

 

William Christie  direction
Stephen Langridge  mise en scène
Philippe Giraudeau  chorégraphie
Alison Chitty  décors et costumes
Fabrice Kebour  lumières

Katherine Watson Theodora
Stéphanie d’Oustrac Irène
Philippe Jaroussky Dydime
Kresimir Spicer Septime
Callum Thorpe Valens

Orchestre et Chœur Les Arts Florissants

 

 

William Christie vous ouvre les portes de ses jardins enchantés15 ans après son enregistrement légendaire, William Christie reprend Theodora avec l’intense caractérisation qui lui est propre : le chef fondateur des Arts Florissants s’entoure d’une nouvelle distribution vocale dont l’excellente soprano Katherine Watson dans le rôle titre, cependant que Stéphanie d’Oustrac prête son somptueux timbre âpre et chaud au personnage d’Irène (la suivante de la jeune noble Theodora), Philippe Jaroussky chante la partie du jeune officier romain converti, Didymus (premier emploi dans un oratorio anglais pour le chanteur français), et que la basse Callum Thorpe (lauréat du Jardin des Voix 2013) incarne l’implacable gouverneur d’Antioche, bourreau des deux fiancés chrétiens, Valens.

 

 

handel-haendel-portrait-grand-formatContexte. Avec Theodora, oratorio de l’indéfectible ferveur de la vierge martyre, Haendel perfectionne encore sa maîtrise dans le genre dont il s’est le champion inatteignable : l’oratorio anglais. Après le succès de l’oratorio Judas Maccabaeus de 1746, Haendel renoue avec le succès à Londres dans le genre de l’oratorio. En 1749, le compositeur surenchérit dans l’excellence et toujours en langue anglaise, avec deux nouveaux accomplissements : Solomon et Susanna. Theodora de 1750 marque avec Jephta de 1752, un sommet de son inspiration sur un livret rédigé par le révérend Thomas Morell (recommandé par le prince de Galles). On ne saurait insister sur la couleur spécifique dans le genre de l’oratorio anglais de Theodora, unique drame inspiré de la passion chrétienne. Morell s’inspire du drame de Corneille (Théodore, vierge et martyre de 1646) dont il puise ce souffle poétique souvent irrésistible. On ne saurait insister sur la justesse poétique et la profonde cohérence de l’oeuvre : l’ouverture en sol mineur affirme la tonalité désormais associée à Theodora, sa foi inextinguible et indestructible, laquelle conclut aussi la partition.

 

 

christie-william-les-arts-florissants-3-cd-critique-review--handel-theodora-erato-cd-reference-clic-de-classiquenews-compte-rendu-critiqueCD. Handel : Theodora, 1750. William Christie, Les Arts Florissants (3 cd Erato). Enregistré à Paris à l’Ircam en mai 2000, la version de Bill de l’oratorio oriental de Handel (l’action se déroule à Antioche) captive de bout en bout grâce à un travail spécifique sur la caractérisation dramatique de l’action : situations et protagonistes gagnent un relief revivifié dans un cycle continu qui frappe par sa cohérence et son souffle. William Christie a poursuivi son exploration du théâtre de Handel : ses récentes lectures de Belshaazar puis des Musiques pour la reine Caroline (2 titres édités en 2014 et 2015, sous le nouveau label des Arts Florissants) ont confirmé la profonde compréhension du chef, fondateur des Arts Florissants, de l’écriture haendélienne. Ici prévalent l’intensité spirituelle, surtout le parcours émotionnel du couple des martyrs chrétiens, Theodora et son fiancé Didymus, jeune officier romain converti au christianisme. Toujours plus contraints, les chrétiens renforcent leur certitude et leur croyance. Eprouvés, humiliés, inquiétés (par l’inflexible et furieux Valens), les deux élus savent garder leur conviction en une droiture intérieure saisissante que la musique exprime directement. L’importance des chœurs, chrétiens et romains, remarquablement écrits, souligne l’ampleur spirituelle souhaitée par Handel. Erato réédite le coffret de 3 cd à l’occasion de la nouvelle lecture de Theodora par William Christie en octobre 2015. Sophie Daneman dans le rôle titre signe l’un de ses derniers rôles parmi les plus habités. Dès son premier air  : « Fond; flatt’ring world, adieu! » la soprano exprime le caractère à la fois éthéré et abandonné une inéluctable mort sacrificielle d’une Theodora, totalement embrasée par son destin qui la voue au martyre.En Dydimus, Daniel Taylor a des aigus faciles et un medium bien assuré : le contre ténor (à l’origine le rôle fut confié au castrat alto Gaetano Guadagni affirme la certitude du jeune officier romain converti. Le Septimus de Richard Croft gagne un relief lui aussi finement caractérisé grâce à sa tessiture de ténor tendre : le chanteur exprime la sensibilité d’un romain qui sait être perméable à la conversion de Didymus. L’Irène de Juliette Galstian fait valoir un timbre plus neutre, moins nuancé et flexible que Sophie Daneman. Emblème d’une direction articulée et claire, le geste de William Christie sait réaliser cette texture pointilliste de l’orchestre, à la fois parfaitement détaillée, et tout autant d’une onctuosité flexible et chaude qui convoque l’épopée et la transfiguration spirituelle. Bill semble nous rappeler combien le tempérament de Haendel même en eaux sacrées et oratoriennes, demeure viscéralement sensuel, d’un esthétisme aristocratique, raffiné, chaleureux, toujours onctueux. Flamboyant, spirituel. Du très grand Haendel, révélé, magnifié par un interprète princier.

 

 

 

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