Théodore Gouvy, portrait (1819-1898)

Théodore Gouvy
(1819-1898)

Gouvy_une_dossier_582-327Passionnante figure musicale que celle de Théodore Gouvy né prussien au sein d’une famille française d’origine wallone. Originaire de Goffontaine, né le 3 juillet 1819, mort à Leipzig le 21 avril 1898, il incarne une sensibilité atypique, transculturelle dans une époque aux nationalismes exacerbés. Il y a évidemment chez lui une dimension transfrontalière et même européenne qui ne colle pas avec les antagonismes patriotes de l’époque, où l’on doit être soit français soit allemand. Mais pas l’un et l’autre.

Symphoniste transnational

Gouvy pour sa part est au delà des considérations nationales: il est né entre les deux cultures ce qui crée chez lui une tension féconde, une identité atypique, propice à l’assimilation, au syncrétisme unique. D’ailleurs, très marqué par la science des grands symphonistes germaniques (Haydn, Mozart, Beethoven, mais aussi Mendelssohn et Brahms, son contemporain), Gouvy incarne une voie singulière qui fait la synthèse entre la culture française et la sensibilité rhénane. Le compositeur se disait lorrain et même européen: porté par un idéal formel souverain, il se disait opposé à tout effet (“je hais le clinquant”). Antiwagnérien critique, il a reconnu cependant le raffinement de l’orchestration chez l’auteur de la Tétralogie.
Son art l’écarte des tendances à la mode à Paris, comme l’opérette et la musique légère. Gouvy cédera néanmoins au désir de tous les compositeurs de l’époque: il écrira 2 opéras dont le Cid qui programmé à Dresde, ne sera finalement pas produit suite au décès brutal du ténor dans le rôle-titre (le créateur du Tristan und Isolde de Wagner!).
L’écriture ciselée de cet admirateur de Bach, de Beethoven et Mendelssohn le porte, en symphoniste déclaré (plutôt qu’en auteur lyrique) vers la forme classique dans les genres très prisés par les milieux germaniques, de la symphonie et du quatuor. Gouvy nous laisse un corpus impressionnant de 9 symphonies (comme Beethoven et Schubert), de nombreux opus de musique de chambre, auxquels paraissent deux partitions poignantes, récemment dévoilées, le Stabat Mater et surtout le Requiem.

Français et Allemand…

Né prussien en raison des vicissitudes des territoires, Gouvy s’exprime en français (il n’obtiendra sa nationalité française qu’à l’âge de 30 ans!): il choisit aussi ses livrets d’opéras, les textes de ses mélodies (comme Ronsard par exemple), au sein de la littérature française. Formaliste exigeant, explicitement marqué par la tradition musicale germanique, Gouvy apporte une vision spécifique qui fusionne les styles français et allemand. Le mosellan compose dans les 20 dernières années de sa vie, dans la maison familliale de Hombourg-Haut: chaque été et automne, il y travaille ses partitions. Il est d’ailleurs inhumé dans le cimetière de la ville, et l’Institut Gouvy occupe le premier étage de la demeure qu’a habité le compositeur.
Trop sérieux pour les français, pas assez profond pour les allemands, Gouvy souffre aujourd’hui d’une méconnaissance profonde. Pourtant c’est en Allemagne où la tradition des orchestre de ville est plus développée, que le musicien continue d’être joué: grâce à ses oeuvres chorales, grâce surtout à ses Symphonies dont l’énergie rythmique, la saveur mélodique et la concision formelle séduisent les musiciens et le public d’outre-Rhin.

Gouvy_3_5_symphonies_cpo_cd_symphonies L’intégrale des Symphonies actuellement enregistrée par le chef français Jacques Mercier (chez CPO), avec l’Orchestre de la Radio Sarroise, témoigne de la réception de Gouvy hors de l’Hexagone. En 2009, le premier volet du cycle discographique, comprenant les Symphonies 3 et 5, vient de sortir chez CPO.

La récente 1ère Biennale de musique romantique en Moselle (2 au 17 octobre 2009) a souligné l’apport exceptionnel du musicien dans le paysage romantique de France: le concert qui programmait la Symphonie n°1 de Gouvy et celle Réformation de Mendelssohn (dimanche 11 octobre 2009) a dévoilé la filiation des écritures et aussi leurs caractères propres: même énergie lumineuse de l’un à l’autre, même perfection de la forme, même exigence de l’écriture sous le feu d’un idéal défendu sans complaisance (que Berlioz a parfaitement ressenti). Mais il y a chez Gouvy, outre la densité brahmsienne, et donc la vitalité de Mendelssohn, cette pudeur et cette délicatesse proprement française. C’est un classique romantique, auteur passionné et d’une finesse remarquable (comme Richard Strauss dont il a pressenti la stature orchestrale).

La singularité d’un esprit rare, capable de synthèse, se profile aussi dans cette élégance particulièrement originale. Aucun doute, Théodore Gouvy fait partie des compositeurs français à redécouvrir absolument. A l’époque où naît le Centre de musique romantique française à Venise (Palazzetto Bru Zane), l’émergence de Gouvy et la qualité des musiques révélées confirment combien le filon des compositeurs romantiques français nous réserve encore de nombreuses surprises.

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