MUSIQUE ENGAGÉE. REPORTAGE à SAINT-DENIS : ANTOINE LANDOWSKI et les 3 saisons de la Plaine…

logo-carreREPORTAGE à SAINT-DENIS : ANTOINE LANDOWSKI et les 3 saisons de la Plaine… Dans un esprit village, le violoncelliste Antoine Landowski poursuit une initiative musicale et citoyenne depuis l’église Saint-Paul Saint-Louis de la Plaine Saint-Denis. Une forme de concerts proche des publics, soucieuse d’explication et de sensibilisation… pour que classique rime avec pratique et magique. Bilan sur un exemple de démocratisation sereine et permanente dans le 9.3. En un geste ouvert, généreux, décomplexé, l’instrumentiste a su prendre en compte les attentes et les besoins d’une population éclectique (des résidents souvent peu familiers du classique aux salariés de passage, confinés dans les entreprises), soit une multiplicité pourtant curieuse de découvertes et de plaisirs en musique… Par notre grand reporter Marcel WEISS.

 

 

 

A SAINT-DENIS, une offre musicale exemplaire…
Les 3 Saisons de la Plaine : De fertiles moissons

 

 

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Violoncelliste du Trio Chausson qu’il fonde en 2001, Antoine Landowski tourne régulièrement en Europe et… dans son quartier, la Plaine Saint-Denis, où il vit depuis neuf ans. Edifiée en 2014, à deux pas du Stade de France, l’église Saint-Paul de la Plaine lui propose d’y organiser des concerts. Résolument moderne, œuvre de l’architecte Patrick Berger, elle semble déjà par elle-même appeler la musique avec sa forme hélicoïdale, « en goutte d’eau », convergeant vers le chœur et sa baie ouverte sur un jardin abrité du tumulte ambiant d’un quartier, une ancienne banlieue ouvrière métamorphosée en un quartier d’affaires et de résidences, une véritable fourmilière humaine : 15.000 habitants, auxquels s’ajoutent chaque jour 30.000 employés. Il n’était pas question pour Antoine Landowski d’envisager des concerts « ordinaires » dans un quartier aux populations si disparates : « Jouer la carte du concert pour le concert ne m’intéressait pas, il fallait que la musique remplisse pleinement son rôle social, tant auprès des salariés de passage que des habitants et de leurs enfants ».

6 TRIPTYQUES ANNUELS : une nouvelle offre de concert

Tombé amoureux d’un quartier où il a choisi de vivre avec sa famille, Antoine Landowski souhaite offrir à des habitants rechignant à ressortir de chez eux après leur journée de travail une activité culturelle de qualité à proximité de leur domicile : « La plupart n’auraient jamais eu l’idée autrement de franchir le seuil d’une salle de concerts. Nous leur proposons des programmes très accessibles, bâtis autour des « tubes » de la musique classique, et les quelques clefs d’écoute nécessaires à leur compréhension. »

Autre public à convaincre, celui d’employés confinés dans leurs entreprises, vivant plus ou moins bien leur délocalisation à la Plaine Saint-Denis. Un pari plutôt réussi selon Antoine Landowski : « Le temps d’une pause-concert, ils découvrent un quartier des plus attachants, à l’image de ses habitants. De plus en plus nombreux, ils nous manifestent leur satisfaction à quitter leur lieu de travail pour partager un agréable moment musical. »

 

 

 

 

 

A ces différents publics, « Les 3 Saisons de la Plaine » proposent, six fois par an, trois concerts gratuits dans une journée, le matin pour les élèves des écoles du quartier, le midi pour les salariés des entreprises et le soir pour les habitants, et notamment les familles des enfants participant au concert du matin, issus des ateliers organisés par l’association dans deux écoles de la Plaine, la maternelle des Drapiers et l’école élémentaire Gutenberg, dans le
cadre du projet pédagogique de ces dernières. Ateliers animés tout au long de l’année par divers intervenants choisis et rétribués par « les 3 Saisons de la Plaine » – notamment des Dumistes issus des CFMI -, ateliers d’éveil musical, de chant choral, de danse, de djembé, etc.
Des ateliers qui pourraient concerner également dès l’an prochain des collèges du quartier. Autre école concernée au premier chef par ces concerts, l’EICAR, école de cinéma et de télévision située à la Plaine, assure avec ses étudiants la captation de l’événement.

 

 

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UNE MEDIATRICE ENGAGÉE… Elément essentiel au croisement des ces différentes activités, une médiatrice musicale, Camille Villanove, fournit les clés d’écoute, tant aux enfants qu’aux adultes. Elle a été séduite par un projet de sensibilisation artistique visant à la transmission et à la démocratisation de la musique, touchant au cœur-même de son métier.
Elle est chargée de la préparation des classes pour le concert du matin et de la rédaction des programmes : « Etre médiatrice de la musique, c’est être comme un guide dans un musée, sauf que je conduis les enfants au concert et non à un tableau, je conçois mon intervention comme le tapis rouge, qui les mène à la musique. »

Ce matin-là, le 16 mai dernier, cinq classes de maternelle affluent dans l’église dans un joyeux brouhaha, encadrés par des maitres qui leur font d’ultimes recommandations : « Ne hélez pas les musiciens ! », « Attendez la fin de la musique pour applaudir ! », « Vous êtes libres de ne pas aimer et de le dire », « Si vous préférez, vous pouvez fermer les yeux ».

Sur scène, Camille Villanove assure le lien entre ses séances de préparation en classe et l’entrée dans l’écoute musicale. Elle fait appel à l’imaginaire des enfants en leur faisant trouver les mots, les sons et les images correspondant à leurs émotions. Cela peut prendre la forme d’une chorégraphie ou d’un chant, comme celui improvisé autour du thème principal de la sonate « Regen » de Brahms, transcrite pour violoncelle : « Tombent, tombent, gouttelettes… »

Même souci de préparer l’écoute musicale dans le programme distribué aux concerts, conçu sous forme d’entretiens imaginaires avec les compositeurs, et prolongé par des conseils d’écoutes complémentaires des interprètes.

Le pianiste Gaspard Dehaene et le violoncelliste Damien Ventula, prennent le relais de Camille Villanove pour une brève présentation aux enfants des instruments et des œuvres au programme, les Sonates de Brahms et Debussy, dont ils jouent ensuite des extraits. Suscitant des réactions spontanées. Brahms ? : « Ca fait dormir ». Debussy ? : « Ca m’a fait peur ».

Tous deux recherchent et savourent ces moments privilégiés de partage avec un public vierge, sans a priori. Pour Gaspard Dehaene, « C’est s’embarquer dès le matin dans une aventure, au lieu de penser exclusivement au concert du soir. Je saisis toutes les occasions de communiquer. Il ne faut pas craindre d’avoir à s’exprimer, à propos de son instrument ou de son programme. Cela peut éveiller la sympathie du public, favoriser sa prédisposition à l’écoute. Concernant les enfants, Il n’est pas forcément facile de les garder concentrés, de les intéresser par nos propos puis de passer sans transition au jeu proprement dit. »

Une relation de proximité familière à Damien Ventula, acquise lors de ses études à Boston, qu’il s’agisse de présenter un concert ou de faire œuvre de pédagogie : « C’est toujours intéressant de faire découvrir la musique à des enfants, par le dialogue, mais rien ne remplace le contact direct avec les musiciens. »

Même désir de partage, de faire rayonner la musique en tout lieu, chez la pianiste Claire-Marie Leguay, qui a adhéré d’enthousiasme au projet des « 3 Saisons de la Plaine » : « Je trouve ce projet magnifique, de par sa volonté de diversification des publics, avec ces trois concerts en une seule journée. Mais chacun est unique, et la relation avec chaque public est différente. C’est passionnant, mais sans doute trop dense pour le musicien, qui doit à trois moments d’une seule journée mobiliser une concentration, une énergie nouvelle, notamment pour capter l’intérêt des enfants. Tout ce qui peut éveiller leur attention est important, mais en respectant leur imaginaire, notre rôle consiste à leur ouvrir les portes. »

 

 

PERENNISER LE PROJET DANS UN CONTEXTE FRAGILE… Antoine Landowski bâtit chacune de ses saisons en variant formations et programmes. Le violoncelle figure évidemment en bonne place, de même que le piano et le quatuor à cordes, aux côtés de l’orchestre Divertimento de Zahia Ziouani – interprète du Magnificat de Vivaldi avec une chorale d’entreprise Orange voisine -, régulièrement invité depuis deux ans, et de formations plus inhabituelles comme, cette année, le quatuor de saxophones Elipsos. Autre moment fort de la saison : un programme d’opéra italien avec une chorale scolaire du voisinage.

Le choix de la gratuité des concerts facilite de fait la gestion d’une association viable uniquement grâce au bénévolat de ses équipes. Seuls les musiciens et les intervenants en milieu scolaire sont rétribués. Jusqu’à ce jour, « les 3 Saisons de la Plaine » sont en équilibre, grâce essentiellement à l’apport de ses multiples sponsors, des fondations d’entreprise de la Plaine. Un équilibre fragile remis en cause aujourd’hui par la suppression, en janvier 2018, de la réserve parlementaire – naguère ballon d’oxygène de nombre d’associations culturelles. D’où le cri d’alarme lancé par Antoine Landowski en cette fin de saison et la souscription qu’il lance.

Malgré cette menace, il continue de former des projets, notamment de collaboration avec la future université, le Campus Condorcet – 5000 étudiants et chercheurs – qui va ouvrir ses portes en septembre prochain.

Transmettre résonne comme un leitmotiv pour le celliste. Un engagement dans la cité dans la droite ligne des convictions de son grand-père, Marcel, qui déclarait : « La musique fait partie intégrante de l’éducation, car elle est un des éléments de base de la culture humaine ».

 

 

Par notre grand reporter, Marcel Weiss pour © CLASSIQUENEWS 2019

 

 

 

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APPROFONDIR

VISITER le site de l’association de concerts Les 3 SAISONS DE LA PLAINE

COMPTE-RENDU, critique, concert. QUÉBEC, Festival CLASSICA 2019. Saint-Benoit de Mirabel, le 6 juin 2019. “Les chants du crépuscule” : Stéphane Tétreault, Kateryna Bragina, violoncelles. Duos de JACQUES OFFENBACH

classica-festival-canada-logo-vignette-classiquenews-annonce-concerts-festivals-operaCOMPTE-RENDU, critique, concert. QUÉBEC, Festival CLASSICA 2019. Saint-Benoit de Mirabel, le 6 juin 2019. “Les chants du crépuscule” : Stéphane Tétreault, Kateryna Bragina, violoncelles. Duos de JACQUES OFFENBACH. C’est un visage méconnu d’Offenbach que nous dévoile ce soir le violoncelliste Stéphane Tétreault, partenaire familier du Festival CLASSICA… Marc Boucher, directeur de CLASSICA, a le souci du compagnonnage et le respect sacré des itinéraires artistiques ; qu’il s’agisse de prise de risques, de défrichement, d’évolution notoire : en témoigne l’accomplissement auquel nous assistons ce soir, celui du violoncelliste Stéphane Tétreault – trop peu connu en France hélas, dont le tempérament sensible et expressif égale les plus grands noms du violoncelle. On savait le jeune interprète capable de fulgurances ; nous l’avions découvert l’an dernier (CLASSICA 2018 dans plusieurs programmes : Tango, Mathieu et aussi Rolling Stones : transcriptions pour quatuor instrumental). Ici la diversité des formes et des répertoires servis n’empêchent pas la profondeur. C’est que l’artiste est présent depuis ses débuts sur la scène de Classica : 9 années d’un parcours sans fautes, qui affirme aujourd’hui une puissance émotionnelle rare, irrésistible, originale. L’équivalent en France des gestes si percutants des Patrick Langot (dernier cd : Præludio), Christian-Pierre La Marca… sans omettre le jeune Edgar Moreau, lui aussi très inspiré par Offenbach, ou de l’ambassadrice du Festival Menuhin à GSTAAD, l’éblouissante Sol Gabetta). Au Québec, pour son festival CLASSICA, Marc Boucher a laissé carte blanche ce soir au violoncelliste qui a choisi sa consÅ“ur ukrainienne Kateryna Bragina elle aussi violoncelliste, comme partenaire de ce fabuleux concert.

Bicentenaire OFFENBACH 2019Son mérite est de présenter en création un programme inédit, et de dévoiler une facette méconnue d’Offenbach : une découverte même pour beaucoup en cette année du 200è anniversaire de la naissance de Jacques, lui aussi violoncelliste à Paris, instrumentiste cachetoneur, dont la volonté à percer dans la Capitale française égale sa très grande culture lyrique : dans la fosse des théâtres parisiens, Jacques Offenbach apprend son métier, se passionne pour le théâtre, suit l’actualité lyrique de la capitale… En découlent ces pièces somptueuses que Stéphane Tétreault a sélectionné (parmi un myriade difficile à départager) : Offenbach en verve et en imagination, se réalise dans moult partitions pour deux violoncelles, c’est le cÅ“ur de cette soirée, qui lève le voile ainsi sur un compositeur à la verve et au dramatisme aussi flamboyant qu’éblouissant : l’opéra italien (Rossini), la vocalità ardente sont ici sublimés par une écriture qui sait aussi colorer et nuancer, à l’aulne des opéras français et germaniques que Offenbach, violoncelliste virtuose, connaît comme sa poche.

Fidèle au titre du concert, « les chants du crépuscule », Stéphane Tétreault a sélectionné des climats plus schubertiens que weberiens, autant de perles qui lui permettent de creuser la sincérité de son instrument. Jamais le violoncelle n’a semblé au plus prêt de sa nature spirituelle et intime. Le violoncelliste nous réserve un Offenbach non pas léger et insouciant, mais plutôt doué d’une conscience grave voire tragique, sensible aux épanchements solitaires, au renoncement murmuré, au vertige de l’introspection parfois inquiétante… ; un poète des nuances miroitantes et lunaires surgit en place de l’amuseur des boulevards. En jouant trois Duos (n°1 et 3 opus 52 ; n°3 opus 53), la découverte s’avère splendide tant l’écriture du compositeur sait être virtuose, profonde et introspective; lyrique jusqu’à l’ivresse. Evidemment, la sensibilité et la sincérité de l’interprète permettent d’en recueillir la subtile vérité : autant de qualités qui ressuscitent la quête d’Offenbach pour un chant franc et bouleversant, parfois dépouillé et bouleversant. Celui des Contes d’Hoffmann, son grand Å“uvre lyrique, fantastique et noir.

 

 

 

 

Pour CLASSICA 2019,
le violoncelliste Stéphane Tétreault rétablit
OFFENBACH, en poète crépusculaire…

 

 
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C’est bien toute la valeur de ce concert-primeur, que de s’intéresser au visage d’un Offenbach, proche des poètes saturniens et mélancoliques, volontiers introspectif, génie aussi des mélodies comme des variations et des surprises harmoniques. Stéphane Tétreault dévoile d’Offenbach, l’épaisseur insoupçonnée d’un romantique sombre et grave, mais capable aussi de finesse presqu’insouciante, totalement désarmante.

Le chant dont il est question, est celui des deux violoncelles, en fusion fluide et scintillante, en dialogue concerté. Stéphane Tétreault s’il réalise souvent la partie mélodique, laisse parfois la première partie à sa consÅ“ur qu’il connaît depuis plus d’une décennie ; leur complicité et leur entente font miracle. Les timbres mêlés à la fois proches mais si distincts, n’en finissent pas de troubler comme s’il s’agissait du chant dédoublé d’un seul cÅ“ur. Le jeu les transporte aussi, en particulier dans les contrastes et les réponses des variations du premier duo pour violoncelle (opus 52 n°3) joué en ouverture. L’Adagio, – lamento funèbre et mélancolique, est un volet central qui éblouit par le chant somptueux et doloriste du violoncelle de Stéphane Tétreault dont on mesure l’infinie pudeur, le tact naturel, la souplesse articulée et accentuée, …cette élégance sombre qui saisit. Puis le galop du III (Mouvement de valse – Tempo di Marcia – Mouvement de valse) emporte et berce à la fois, dans l’esprit de Johann Strauss ; Offenbach manie la finesse, l’élégance, la parodie avec un équilibre souverain. Le violoncelliste faisant chanter son violoncelle comme un acteur lyrique doué d’une exceptionnelle articulation, comme s’il défendait un texte.

On relève le même éclat mélancolique sous le masque de la virtuosité agile dans le Duo opus 53 n°1 ; l’Adagio là encore se distingue par sa solitude extrême qui tend au dénuement, à l’épure, au repli ultime. Autant d’éclairs profonds qu’Offenbach contrebalance par un jaillissement soudain d’un grande rêverie ou d’un allegro, pétillant (finale).

 

 

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Dans ce portrait d’Offenbach, en orfèvre de la matière mélancolique et lunaire, quelle belle idée d’inscrire ici, le chant crépusculaire et quasi hypnotique à deux voix, des Baroques français du début du XVIIIè ; d’abord François Couperin, souple et soyeux (Concert pour deux violoncelles, arrangement de Paul Bazelaire), d’une pudeur infinie (Chaconne) ; ensuite le moins connu encore, Jean-Baptiste Barrière (mort en 1747) à la verve opératique, quasi fantasque (Sonate pour deux violoncelles en sol majeur n°10), dramatiquement proche d’un … Rameau. C’est dire la qualité des choix défendus, et aussi la pertinence de la filiation d’Offenbach aux Baroques. La sensibilité particulière de Stéphane Tétreault, la complicité de sa consœur Kateryna Bragina font le miel de ce récital à deux voix qui vient fort opportunément renouveler notre perception d’Offenbach.

 

 

 

 

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PROCHAIN CONCERT…

classica-festival-quebec-2019-annonce-critique-presentation-sur-classiquenews-festival-CLASSICA-2019Voici à coup sûr, un autre concert majeur de CLASSICA 2019… Mardi 11 juin 2019,  les festivaliers retrouveront Stéphane Tétreault (Paroisse Our Lady of the Annonciation, MONT-ROYAL, 19h) dans un programme intitulé « Les larmes de Jacqueline » (infos et réservation sur le site du Festival CLASSICA 2019) : Å“uvres de Berlioz, Offenbach, Roussel, couplé avec le Concerto pour piano n°2 du compositeur québécois Jacques Hétu (Jean-Philippe Sylvestre, piano). Avec l’Orchestre Métropolitain (Alain Trudel, direction). Billets, information : www.festivalclassica.com/programme ou au 450 912-0868.

Illustrations : © Étienne Boucher Cazabon / Festival CLASSICA 2019

 

 

  

 

 

DETAIL DU PROGRAMME :

 

 

Jacques Offenbach (1819 – 1880)

Duo pour deux violoncelles, opus 52, no 3

I. Tempo di marcia Р1̬re variation Р2e variation
II. Adagio
III. Mouvement de Valse – Tempo di marcia – Mouvement de Valse

 

 

Fran̤ois Couperin (1668 Р1733)

Concert pour deux violoncelles

(arrangement par Paul Bazelaire)

I. Pr̩lude РVivement
II. Air РAgr̩ablement
III. Sarabande – Tendrement
IV. Chaconne РL̩g̬rement
V. Le Je-Ne-Scay Quoy – Gayëment

 

 

Jacques Offenbach

Duo pour deux violoncelles, opus 53, no 1

I. Allegro
II. Adagio
III. Rondo – Allegro

 

 

Jacques Offenbach

Duo pour deux violoncelles, opus 53, no 3

I. Allegro Moderato
II. Andante
III. Allegro

 

 

Jean-Baptiste Barri̬re (1707 Р1747)

Sonate pour deux violoncelles en sol majeur, no 10

I. Andante
II. Adagio
III. Allegro prestissimo

 

 

 

 

 

 

CD, événement, critique. SALONEN : CONCERTO POUR VIOLONCELLE / CELLO CONCERTO (Yo-Yo Ma / Los Angeles Philharmonic, Salonen, 1 cd Sony classical, 2018).

salonen esa pekka cello concerto yo yoma os angeles philharmonic cd critique concert review  fev 2018 cd critique classiquenewsCD, événement, critique. SALONEN : CONCERT POUR VIOLONCELLE / CELLO CONCERTO (Yo-Yo Ma / Los Angeles Philharmonic, Salonen, 1 cd Sony classical, 2018). Somptuosité instrumentale, parure scintillante comme peut l’être suspendue, la texture du Ravel de Daphnis, l’orchestre de Salonen saisit par sa constante quête de transparence, sa volupté supérieure, comme l’élucidation allusive d’un chant murmuré, qui se déroule dans le repli et l’intime (violoncelle dans le II, confinant au silence et à la perte de tout cadre établi).

Hédoniste et adepte du mystère, le compositeur finlandais est comme sa consœur Kaija Saariaho, porté pour le rêve, le songe, l’irréalité, la surréalité même, mais énoncée ici comme une prière énigmatique, la manifestation d’un équilibre entre l’infiniment grand et le petit, entre cosmos et microrésonance. Ici, le timbre conduit le cheminement.
En ce sens, le II est le plus envoûtant, véritable explosion de couleurs et de teintes qui fait imploser toute forme et tour cadre construit, pour que se déploie une effloressence sonore suprême qui peut s’entendre comme une révélation comme un persistant mystère (ligne des cordes étirées jusqu’à l’ultime souffle).

Sous la direction de l’auteur et de l’ancien chef qui en fut le directeur musical de longue date, le Philharmonique de Los Angeles démontre une finesse expressive constante. Dans ce vortex scintillant, qui développe l’ombre et la pudeur, le violoncelle solo affirme un chant furtif, syncopé, agité et près d’une transe filigrané (III), scandé par la percu du tam tam : le dernier épisode est le plus dansant, ivre, convulsionné et souple, plutôt que convulsif. Toujours finement dansant. Trépidant, et dans ses pointes orchestrales, magnifiquement éruptif, comme des bourrasques fugaces et élégantes. Par sa concision, son sens de la synthèse et d’un développement contenu mais régulièrement fulgurant, l’écriture de Salonen rejoint le perfectionnisme formel d’un … Sibelius. Le III, presque de la même durée que le I, apporte un élément d’équilibre en miroir, mais aussi d’un caractère différent, presque opposé aux deux précédents, diffuse une agitation qui lui est propre, des irruptions délirantes (clarinette), qui portent aussi jusqu’au solo du violoncelle, élément moins concertant que diffus, jamais opposé au contexte orchestral, mais plutôt soulignant les accents de la masse organique, et semblant comme en exprimer l’essence. La percu plus présente inscrit par ses éclairs concrets et sa rythmique instable, un élément de réalité plus mordant. Mais fidèle à sa pensée pudique, Salonen achève ce formidable triptyque dans le murmure. Comme un serpent sinueux rejoignant l’éternelle nuit du silence et du secret.
Plastique, toujours hyperélégante, et d’un esthétisme instrumental ciselé, l’écriture de Salonen se magnifie avec le temps. Son Concerto est le moins bavard qui soit, critique sur la forme, soucieux de sa propre énergie, exigeant quant à chaque développement. Sublime musique. CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2019.

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CLIC D'OR macaron 200CD, événement, critique. SALONEN : CONCERT POUR VIOLONCELLE / CELLO CONCERTO (Yo-Yo Ma / Los Angeles Philharmonic, Salonen, 1 cd Sony classical, 2018). Enregistrement réalisé à Los Angeles au WAlt Disney Concert Hall, Los Angeles, février 2018.

CD, critique. OFFENBACH : Concerto militaire (Edgar Moreau, 1 cd Erato, 2017)

edgar moreau violoncelle concerto OFFENBACH cd erato offenabch 2019 clic de classiquenews critique cd concerto actualite musique classique classiquenews j63fladcb5xyc_600CD, critique. OFFENBACH : Concerto militaire (Edgar Moreau, 1 cd Erato, 2017). il joue de la soie de son foulard écharpe en couverture comme son chant au violoncelle est souple, fin, d’une exceptionnelle élégance. Le jeune violoncelliste Edgar Moreau éblouit littéralement par son naturel et sa musicalité. Quelle belle révélation que ce Concerto “militaire” pour violoncelle en sol majeur (composé en 1847 par un Offenbach, âgé de 28 ans), auquel le jeune concertiste soliste sait préserver l’éloquence en diable et la sensibilité raffinée viennoise. Le premier mouvement est porté par une énergie conquérante, celle d’une troupe en armes, fière et gavée d’un sain panache (n’est il pas militaire, comme son titre l’indique ?). La verve et le brio font toute la valeur de cette écriture démonstrative et fine ; deux qualités qui s’exaltent sous l’archet et sous les doigts magiciens d’Edgar Moreau dont l’agilité souple et très articulée fait merveille, sachant … et souligner le lyrisme tendre et l’appel au délire le plus déboutonné ; ses phrasés sont précis et nuancés, d’une flexibilité unique, douée de grande finesse dans le jeu des caractérisations incessantes et contrastées. L’instrument est proche du chant le plus facile, éperdu, échevelé (premier Allegro maestoso). La carrure des phrases, leur sens déluré de la parodie, l’ivresse des vocalises annoncent cette joie irrépressible du génie de la pantalonnade.
Le violoncelle n’est pas seulement hyperbavard qui semble jouer toutes les parties et toutes les voix : il exprime la frénésie de cet Offenbach hyper sensible, racé, élégantissime. Le jeu crépitant et nuancé du soliste suit mesure à mesure, l’écriture opératique, où se succède une série de cadences, variations, fantaisies les plus fantasques (« bouffes ») d’un esprit hanté par la grâce du délire. Quel premier mouvement!

 

 

 

Génie foudroyant, survolté mais nuancé
d’Offenbach et du jeune Edgar Moreau

 

 

 

Bicentenaire OFFENBACH 2019Dévoilant toute la maestrià d’un dramaturge né, capable de cette partition délurée, délirante, 10 ans avant Orphée aux enfers. S’y ressuscite et s’incarne idéalement par son insolence magnifique, l’esprit d’Offenbach : cet oiseau moqueur si délectable dans ses délires et sa fantaisie souveraine. L’amuseur du Second Empire ose déjà en 1847, une cascade d’idées déjantées, de verve en diable qui se joue de tous les registres : l’art est libre, et avec Offenbach, composant pour son propre instrument, non pas la voix mais le violoncelle, totalement explosif ; car, juvénile, sincère, quasi instinctif, c’est d’abord un bain bouillonnant d’énergie. Le feu intact du jeune violoncelliste Moreau permet cet acte d’appropriation, naturel et foudroyant.
Dommage que l’orchestre, style grosse caisse, en fasse trop contradictoirement dans ce passage qui est une formidable entrée, un lever de rideau maestoso et pétaradant. Le violoncelle solo est à peu près aussi volubile et ciselé que l’orchestre, épais, démonstratif, et sans guère de nuances. On veut bien comprendre qu’il regroupe des individualités (collectif de chambristes), certes, mais où sont les nuances ?

Le second mouvement (Andante de presque 10 mn) sonne l’aria d’une diva de bel canto : andante chantant lui aussi mais en demi, ultra teintes, où le dosage et la nuance suppléent la volonté de bravade brute et de pure virtuosité. Car Edgar Moreau sait aussi colorer et ciseler une sonorité qui « paraît » certes, et gonfle les muscles, mais sait surtout « être » : intérieure et introspective. Ce jeu des arrières plans est délectable voire superlatif. On trouvera là encore la tenue de l’orchestre bien terre à terre en comparaison.

Voilà qui rétablit le génie facétieux d’un Offenbach très cultivé qui pense par son violoncelle tout l’opéra de son époque : Rossini, Bellini et Verdi ; les Italiens évidemment dont il aime parodier toutes les facettes. Mais Offenbach aime moquer surtout l’orgueil et la vanité du militaire, comme en témoignent les nombreux éclats comiques du final qui annonce La Grande Duchesse de Gerolstein (écrite 20 ans après son Concerto).  Une belle offrande discographique pour le bicentenaire de la naissance de Jacques Offenbach, de surcroît dans la version complète reconstituée par Jean-Christophe Keck en 2004.

D’une égale facétie parodiant les styles les plus divers (jazz et rock dans le premier mouvement), le Concerto du pianiste viennois Friedrich Gulda (décédé en 2000) surprend dans son Concerto pour violoncelle (créé en 1980) lui aussi par sa facilité parodique ; si le premier mouvement sonne rock (le violoncelle empruntant résolument la voie de la guitare électrique), les second (Idylle) et dernier mouvement, sont d’un lyrisme éclectique impeccable, d’une finesse de ton qui retrouve la grâce d’inspiration du Concerto d’ Offenbach. La Cadence contraste par sa quête éperdue, froide, interrogative ; elle semble rentrer dans le mystère en un délire que certains trouveront… bavard, autocentré (avec pastiche alla Chostakovitch : acidité et vertiges d’un questionnement sans réponse). Qu’importe, le soliste captive par la disparité de sa palette expressive, ; l’étonnante précision de ses nuances les plus ténues.
Gulda fut ce « poil à gratter de la société bourgeoise conservatrice, le prince du cross over » est-il indiqué dans la notice du livret. Son sens de la provoc demeure bien polissé, jouant sur le choc aimable des styles différents, un éclectisme qui se moquant des frontières et de la bienséance « catégorisante », avait alors (en 1980) valeur de sédition musicale : il est vrai que Vienne concentre une pensée bien conformiste et un ordre hiérarchisé qui ignore tous ceux qui n’ont pas le titre ronflant de « doktor ». Le mentor de Marta Argerich cultivait la liberté lui aussi, résolument provocatrice pour remettre les cerveaux dans le bon sens.
CLIC_macaron_2014Talentueux dans l’infini nuancé, comme dans la bravade empanachée la plus débridée, Edgar Moreau cisèle un jeu idéal : à la fois introspectif et sincère, comme éloquent, articulé, subtil, virtuose. Magistrale approche. Gulda est revivifié ; le jeune (violoncelliste) Offenbach illumine par une telle intelligence. Malgré la faiblesse peu inspirée de l’orchestre, le cd est « CLIC de CLASSIQUENEWS » de février 2019.

 

 

 
 

 

 

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CD, critique. OFFENBACH : Concerto militaire – couplé avec le Concerto pour violoncelle de Gulda(1980). EDGAR MOREAU, violoncelle. Les Forces Majeures / Raphaël Merlin, direction – 1 cd ERATO / Warner classics – durée 1h13mn – enregistrement réalisé en août 2017, Limousin).

 

 

 
 

 

 

Cd, critique. BOCCHERINI : 5 Sonate pour violoncelle / Bruno Cocset / Les Basses Réunies (1 cd Alpha, Vannes 2017)

boccherini-basses-renuies-vol-2-bruno-cocset-clic-de-classiquenews-cd-critique-review-cdCd, critique. BOCCHERINI : 5 Sonates pour violoncelle / Bruno Cocset / Les Basses Réunies (1 cd Alpha, Vannes 2017). VIOLONCELLE INTIMISTE… Il est tout à fait logique et naturel que le violoncelliste Bruno Cocset s’intéresse à un génie de l’instrument, lui-même violoncelliste virtuose et compositeur idéal pour la musique de chambre et donc de son instrument : Luigi Boccherini. La volonté d’expressivité comme d’intériorité et d’élégance, affirme une écriture qui ne manquant jamais de caractère voire d’humour et même d’autodérision parodique, se rapproche de l’excellence d’un Joseph Haydn, – l’aîné de Boccherini de 11 ans. D’ailleurs les deux compositeurs qui firent tant pour la musique instrumentale (- sans cependant égaler la tendresse éblouissante d’un Mozart), échangèrent une riche correspondance dans les années 1780, à redécouvrir.
Le programme du cd regroupe une collection de 5 Sonates pour violoncelle, diversement accompagnées (en trio avec pianoforte / ou clavecin, et violoncelle II), ou en duo (avec un second violoncelle / ou un pianoforte)… tout cela relève d’une période riche et féconde, où derrière la virtuosité évidente, dans l’écriture du violoncelle solo, s’affirme aussi la claire volonté d’innover, de faire évoluer le genre chambriste, comme les ressources expressives de l’instrument vedette.
L’intérêt du recueil vient de ce jeu dialogué, très fouillé et ciselé, maître des nuances qui s’établit immédiatement entre le violoncelle soliste et la partie du continuo, calibrée et articulée avec soin, en une conversation où chaque partie défend une égalité d’intonation comme d’expressivité. L’expérience de Boccherini lui-même dans le jeu collectif et filigrané, quand il jouait à Milan, avec les violonistes Manfredi et Nardini; l’altiste Cambini : une formation légendaire qui en dit long sur le niveau des instrumentistes, justifie le partie du cd. De ce métier d’où découle probablement une écoute idéale, – encore renouvelée quand Boccherini joue avec le même Manfredi à Paris (1767-1768, au Concert Spirituel), se précise une sensibilité unique pour l’association des parties, pour les timbres associés aussi dont témoigne le choix de Bruno Cocset : le violoncelliste établi à Vannes à présent, fondateur du VEMI / Vannes Early Music Institute, propose de savants et irrésistibles meslanges : appareillant son violoncelle enchanteur (restitution du « Bel canto » de Boccherini, par Charles Riché, 2004), aux timbres spécifiques du pianoforte (avec marteaux en bois, percussifs, percutants / et en cuir doublé…), du clavecin ou d’un second violoncelle… Une quête esthétique et sonore qui fait vibrer différemment le violoncelle selon son environnement instrumental. L’option est jubilatoire en ce qu’elle invite à l’imagination et à la redécouverte même d’un format sonore, d’une nouvelle proximité physique avec l’instrument – dispositif et réalisation encore « magnifiés » par le choix de la prise de son. On déguste donc la vitalité contrastée de ces 5 Sonates, prolongement d’un premier cd, déjà dédié au compositeur né à Lucca (Italie, 1743) et mort en terres ibériques (Madrid, 1805).

 
 
 

Boccherini : maître du chant instrumental

 
 
 

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Prenons l’exemple des deux derniers ouvrages, les plus tardifs (Sonate G 12 et G 13) : la G13 éblouit par un chambrisme ténu, allusif, comme une épure ciselée ; rien de tapageur dans l’écriture de Boccherini plutôt la recherche d’un chant certes délié, articulé, mais étonnamment pudique et porteur dune grande vie intérieure : en un duo dépouillé et pourtant très dense sur le plan sonore, l’ Allegro met en lumière cette voix souple et précise du violoncelle si proche de la parole, en une élégance encore plus introspective que celle de Haydn à Vienne. Bruno Cocset exploite toutes les qualités de son instrument royal, à la sonorité particulièrement chaleureuse et aussi très fine, riche en vibrations harmoniques avec les instruments partenaires (douce langueur, divin abandon du Largo central).
Son agilité habitée pas seulement technicienne, capable de chants et contrechants, magnifiquement énoncés, sait associer éloquence et vivacité en un jeu toujours très volontaire et nuancé, entre volubilité  et virtuosité.

Puis la G12, apporte une couleur sonore plus riche encore ; évidemment le trio composé ici, du violoncelle 2 et du piano, partenaires du violoncelle soliste, sonne plus séducteur que le duo G13. L’Allegro moderato est aimable et virtuose, il contraste avec la sombre et noble profondeur du Grave central, moment suspendu. Le Minuetto conclusif ne manque pas de caractères ni de nuances que les interprètes font surgir avec une belle subtilité expressive, sachant accorder à chaque section, le sentiment  et l’intensité qui sont en jeu.

CLIC D'OR macaron 200De façon générale, on admire ici autant la prouesse technicienne du violoncelliste vedette, que l’originalité et la sensibilité de sa proposition interprétative, qui rétablit cette élégance défricheuse et expérimentale d’un Boccherini, égal en invention et nuances à Haydn et Mozart. On est déjà impatient d’écouter le prochain opus que Bruno Cocset, lui aussi, curieux autant qu’orfèvre, voudra bien consacrer à d’autres oeuvres du génial Boccherini. Ce cycle Boccherini est désormais le plus passionnant à suivre, parmi ceux récemment réalisés.

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BOCCHERINI. Sonate per il violoncello, Vol. 2 (G 1, 2, 5, 12 et 13) – Les Basses Réunis, Bruno Cocset (1 cd Alpha / enregistrement réalisé à Vannes, 2017)

BRUNO COCSET, CELLO
EMMANUEL JACQUES, CELLO CONTINUO
MAUDE GRATTON, PIANOFORTE
BERTRAND CUILLER, CLAVECIN

 
 
 

 
 
 

CD, compte rendu critique. Folklore : Kodaly, Dvorak, Janacek. Julie Sévilla-Fraysse, violoncelle (1 cd Klarthe)

fraysse sevilla violoncelle sevilla fraysse julie violoncelle cd folklore cd critique review classiquenews kla023couv_lowCD, compte rendu critique. Folklore : Kodaly, Dvorak, Janacek. Julie Sévilla-Fraysse, violoncelle (1 cd Klarthe). URGENCE et PROFONDEUR… Ne vous méprenez pas sur le sens du titre de cet album révélateur : rien de « folklorique » dans ce programme qui engage de fait toutes les ressources expressives et intérieures de l’interprète : la formidable Sonate pour violoncelle seul de Kodaly (opus 8, 1915) exprime dans une langue pourtant bercée de mélodies populaires hongroises, la profondeur semée de terreur et d’angoisse d’une âme désespérément solitaire : l’âpreté se dévoile dans le sillon d’une éloquence pudique mais jamais mièvre, et toute l’imagination dans l’urgence et la justesse de Julie Sévilla-Fraysse éclaire la partition par son sens du drame lové, puissant, angoissé mais toujours replié dans les tréfonds de la psyché. « Con grand’espressione » comme il est indiqué dans la partition, l’Adagio central accumule tremolos, arpèges, glissandi d’une ivresse tragique spectaculaire, dans une forme éclatée qui laisse dans l’apparence de l’improvisation, le feu intérieur, se consommer littéralement par la voix du violoncelle. Et même si le dernier mouvement est enchaînée avec cet adagio d’une force tellurique, comme s’il en permettait l’atténuation libératrice (mais à coups de convulsions à peine canalisées, en une fièvre rapeuse), l’ambiguïté règne encore dans sa forme semi rondo ; c’est un cauchemar canalisé mais présent, que le premier mouvement, plus lyrique mais tout autant agité, torturé, profondément tiraillé, ne laissait pas présager. La souplesse volubile de la violoncelliste creuse chaque mesure pour en distiller le miel mordant et pénétrant, la déchirante plainte qui subjugue par son cri mi animal mi humain. La forme Sonate éclatée, le flux quasi improvisé du jeu de l’interprète, son fort engagement, composent toute la valeur de cette lecture de l’opus 8 de Kodaly : jamais artificiel ni sirupeux L’insouciance chopinienne du Rondo opus 94 de Dvorak (1891 : pour piano et violoncelle) mêle avec une même réussite entre grâce et élégance, la fusion de l’insouciance et de la nostalgie (avec une relecture très originale de la Duma (ballade ukrainienne).

Il faut bien le ton plus rêveur, plus distancié (après l’immédiate sincérité expressionniste de Kodaly) de Janacek (Pohadka, 1910) pour rétablir l’équilibre psychique d’une écoute assaillie, et même menacée par les pointes si justes car viscérales de Kodaly. Le ton léger, mais faussement badin, de cet onirisme si spécifique au Janacek qui sait s’émerveiller jusqu’à la fin (La Petite Renarde rusée) jaillit dès Pohadaka (Le Conte, histoire du Tsar Berendei ou plutôt celle de son fils Ivan que le père a promis à une créature immortelle et envoûtante …Marya). Le caractère mi fantastique mi amoureux structure les trois mouvements comme un drame miniature, où l’agilité suggestive des deux partenaires – violoncelle enivré, caressant et piano complice dans le rêve et la résolution des épisodes-, exprime le souffle. Le panache au violoncelle de la fière Rhapsodie hongroise de Popper (1894), entre brio et swing tzigane, conclue une immersion à bien des égards passionnante, marquant la fusion du savant et du populaire, parmi les créateurs les mieux inspirés par le « folklore » hongrois. Superbe récital.

CD, compte rendu critique. “Folklore” : Kodaly, Dvorak, Janacek. Julie Sévilla-Fraysse, violoncelle / Antoine De  Grolée, piano / Enregistrement réalisé en février 2015 à Rueil Malmaison. 1 cd Klarthe, KLA 023.

 

 

 

Programme du cd «  Folklore » / Klarthe :

Antonín Dvorák / Rondo op. 94 en sol mineur

Zoltán Kodály / Sonate pour violoncelle seul op. 8

Leoš Janácek / Pohádka

Julie Sévilla-Fraysse, violoncelle

Antoine De Grolée, piano

 

 

+D’INFOS sur le site du label Klarthe

 

 

CD, livre-cd événement, annonce. CELLO STORIES / Histoires de violoncelle (Livre-cd / 207 pages, 5cd Alpha)

violoncelle-cello-stories-cd-5-cd-alpha-bruno-cocset-review-critique-cd-compte-rendu-CLASSIQUENEWSCD, livre-cd événement, annonce. CELLO STORIES / Histoires de violoncelle (Livre-cd / 207 pages, 5cd Alpha). Le plus noble et profond des instruments à cordes plonge ses origines très loin dans le temps (aux confins naissants des XVIè et XVIIè avec Diego Ortiz, Vincenzo Bonizi, Girolamo Frescobaldi…), pour évoluer sans jamais faillir à son identité profonde jusqu’à la fin du XVIIIè, soit (après Vivaldi et JS Bach), vers Geminiani, Cirri et surtout le préromantique Luigi Boccherini… Bruno Cocset, fondateur depuis 1996 des Basses Réunies, compose ici un florilège musical à partir de ses propres enregistrements chez l’éditeur Alpha (avec certains compléments inédits), pour mieux coller au texte / essai signé par Marc Vanscheeuwijck.

 

 

 

Bruno Cocset et son ensemble Les Basses Réunies explorent l’odyssée du violoncelle au XVIIè et XVIIIème siècles

Violone, basse de violon, basse ou ténor “alla bastarda”… le violoncelle baroque et classique dans tous ses états

 

 

bruno_cocsetLes 5 disques disent ainsi une épopée historique, organologique, musicale donc esthétique dont les jalons sont les origines (cd1), l’Italie et la France (cd2), l’œuvre de Jean-Sébastien Bach (cd3 et cd4), enfin le violoncelle préromantique : « de Geminiani à Boccherini » (cd5). Tous réalisations des Basses Réunies. De Vincenzo Bonizi à Luigi Boccherini, 2 siècles d’écriture et d’évolution musicale vous attendent dans ce coffret éditorialement fort, iconographiquement riche, où, fait rare, l’alliance du texte, de la musique et de l’image fonctionne à merveille. Le fondateur des Basses réunies, actuel directeur du formidable élan de travail, de recherche et de création à Vannes (au sein du Vannes Early Music Institute, VEMI), Bruno Cocset a piloté ainsi un ouvrage qui transmet sa passion du violoncelle. L’ensemble du corpus musical rend compte des nombreux champs explorés par Les Basses Réunies, miroir d’un geste affûté, curiosité étendue, somptueuse sensibilité interprétative à l’appui. L’épopée-saga ainsi restituée est liée directement à la formidable aventure du violoncelliste / gambiste et celle de son facteur en titre, Charles Riché qui lui a construit au cours des programmes et des recherches pas moins de 9 instruments, chacun ayant son propre univers sonore, sa pratique et son jeu propres, ses Å“uvres restituées selon ses qualités ; tels les acteurs d’une scène aux multiples découvertes et expériences sonores, le violoncelle d’après Gasparo da Salo, défenseur des Suites I et V de Bach, capable aussi de devenir un somptueux ténor ; puis entre autres, une puissante basse de violon (ou violone) d’après les Amati, et un ténor à 5 cordes d’après le mêmes Amati, exposent selon les partitions réinvesties, et grâce à leur sonorité respective, le souffle expressif, la verve et la langueur poétique, originels…, « avec comme fil conducteur la corde en boyau, organique et vivante », ainsi que le précise dans sa remarquable introduction Bruno Cocset ; et que confirme aussi le choix du visuel de couverture de ce coffret événement. Ainsi la Volubilité de Geminiani est défendu par le ténor alla Bastarda d’après Amati ; la noblesse préclassique d’un Cirri fait écouter la souplesse caressante de la réplique du Gasparo da salo, et ses formidables résonances graves… tandis que les Boccherini – volets conclusifs de la saga, saisissent grâce au chant spécifique du violoncelle concertant dit « Le Boccherini » justement réalisé par Charles Riché en 2004. Aux côtés des gravures déjà éditées, la sélection comprend aussi quelques pièces inédites : telles les partitions d’Ortiz, Bonizzi, Vitali (Bergamasca), Antoni, sonata de Marcello, enfin la Sonate en do majeur du même Cirri, déjà cité…

CLIC_macaron_2014Grand critique du coffret CELLO STORIES / Histoires de violoncelle, Les Basses Réunies / Bruno Cocset — 5cd, édité chez Alpha, à venir, le 6 septembre 2016, date de la parution du coffret. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2016.

Les Musicales de Pommiers : jubilation chambriste dans La Loire (42)

pommier-musicales-de-pommier-582-presentation-festival-classiquenews-adrien-et-christian-pierre-la-marcaLOIRE (42). Festival Les Musicales de Pommiers:  5-7 puis 12-14 août 2016. Les frères La Marca, fondateurs, invitent à un festival de musique de chambre dans la Loire, en deux temps cet été, au mois d’août. Artistes de renom et jeunes musiciens se donnent rendez-vous à Pommiers-en-Forez (42), dans la Loire, pour deux week-ends de découvertes, de musique classique et de jazz. Rien de mieux que l’ivresse des sons portés par la complicité d’instrumentistes enthousiastes / exigeants pour vivre et découvrir la richesse patrimoniale d’un territoire vert et architecturé : les concerts et les rencontres avec les artistes (instrumentistes et compositeur) ont lieu dans le cloître, l’église du Prieuré et dans le Prieuré lui-même. Fondé par Adrien et Christian-Pierre La Marca, respectivement altiste et violoncelliste, le festival Les Musicales de Pommiers invite talents et sensibilités aiguisés dans le cadre sublime du prieuré de Pommiers (XIIème siècle), un lieu de création musicale pour son exceptionnelle acoustique. Cette année, le compositeur contemporain Philippe Hersant est en résidence : plusieurs de ses pièces seront donc jouées.

 
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Tempérament chambristes à Pommiers

 

La-MARCA-christian-Pierre-violoncelle-cantus-sony-classicalLE PRIEURE DE POMMIERS-EN-FOREZ : UNE HISTOIRE FRATERNELLE POUR LA MUSIQUE… Faire venir de jeunes musiciens dans la Loire et rendre plus accessible la musique classique est l’objectif défendu par Christian-Pierre La Marca (photo ci contre) et son frère Adrien. Adrien, altiste âgé de 25 ans, a été révélation soliste instrumental aux Victoires de la musique classique 2014. Christian-Pierre, 30 ans, est violoncelliste (Révélation classique de l’Adami et lauréat du Prix des radios européennes). Les deux frères ont créé le festival à Pommiers, en hommage à Joseph, leur père, décédé récemment. Musicien, enseignant et chef d’orchestre, Joseph, souhaitait transformer le Prieuré de Pommiers-en-Forez en « laboratoire sonore », en exploitant en particulier son acoustique exceptionnelle. En 2013, la première édition des Musicales de Pommiers, déployée sur deux jours, avait marqué les esprits par l’adéquation entre le geste artistique et l’écrin destiné à le recevoir. En 2016, la 4ème édition offre 2 week ends intenses : 6 concerts et rencontres les 5, 6 et 7 août ; même rythme les 12, 13 et 14 août… Le Festival programme ainsi Beethoven, Brahms, Debussy, Ravel, Dvorak et bien sûr Philippe Hersant qui colore de façon spécifique cette édition des Musicales du Pommiers 2016.

 

 

hersant-en-residence-festival-musicales-de-pommiers-loire-presentation-classiquenews-Philippe-HersantSaluons la présence de deux jeunes pianistes, de caractère et de tempérament bien trempés : Lise de la Salle, David Kadouch,… En prime, du jazz (L’art du Jazz avec Yarn Herma, le 6 août à 19h), puis Michel Portal chez Mozart et en duo Jazz (le 6 également, à 20h) ; Rencontre événement pour identifier « les clé du concert ou l’Art de la composition » avec Philippe Hersant évidemment, le 13 août, 19h : une soirée avec Sirba Octet (« A Yiddishe Mame », le 13 août, 20h30); une incitation/initiation aux tubes classiques (café concert : « Je n’aime pas le classique, mais ça j’adore », le 14 août, 11h) ; enfin soirée de clôture avec un plateau de complices irrésistibles, à l’église du Prieuré, le 14 août 2016, 20h30 : « final / Grands chefs d’oeuvres » (Pièces pour piano de Philippe Hersant par David Kadouch, puis Quintette de Dvorak et Octet de Schubert…

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Voir la programmation complète :
http://www.lesmusicalesdepommiers.com/programme-2016-1/

Reportage vidéo
http://culturebox.francetvinfo.fr/musique/jazz-blues/musicales-de-pommiers-161351

 

 

pommier-musicales-de-pommier-582-presentation-festival-classiquenews-adrien-et-christian-pierre-la-marcaLes Musicales de Pommiers 2016 / 2 week ends 5-7 août puis 12-14 août 2016 – Billetterie et réservations : sur le site des Musicales de Pommiers – Tél: 06 70 82 96 59 / 04 77 65 42 33 – Prix des places pour concerts et rencontres « clés » : entre 5 € / 25 € — FORFAITS : pass Clé + concert : entre 18 et 28 euros ; pass week end : entre 55 et 90 euros. Pass festival 2016 : entre 100 et 160 euros — Promenades musicales : entre 4 et 8 euros. Bien se faire préciser l’emplacements de fauteuils pour les concerts (allées latérales avec visibilité réduite, ou visibilité totale). CONSULTER la page des tarifs sur le site du Festival Les Musicales de Pommier :
http://www.lesmusicalesdepommiers.com/tarifs/

Les Musicales de Pommiers, Festival de musique de chambre au cœur de la Loire. Direction artistique : Christian-Pierre & Adrien La MARCA.
Compositeur en résidence : Philippe Hersant
Prieuré de Pommiers, Pommiers-en-Forez – Loire (42)

Avec : François-Frédéric Guy, Lise De La Salle, Amandine Savary, David Kadouch,Yaron Herman Michel Portal, Liya Petrova,
Yossif Ivanov, Jack Liebeck, Elise Thibaut, Lola Descours,
Adrien La Marca, Sirba Octet, Aurélien Pascal,
Christian-Pierre La Marca, Philippe Hersant

APPROFONDIR : la Rédaction de classiquenews a récemment salué l’excellent disque CANTUS de Christian-Pierre La Marca, CLIC de CLASSIQUENEWS de février 2016

 

 

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CANTUS : Ave Maria de Piazzolla par Christian-Pierre La Marca, violoncelle

La-MARCA-christian-Pierre-violoncelle-cantus-sony-classicalCD événement, “CLIC” de CLASSIQUENEWS : Cantus est le nouvel album du violoncelliste français Christian-Pierre La Marca. Voyage en terre sacrée : JS BACH, VIVALDI, BARBER, PIAZZOLLA… Christian Pierre La Marca réinvente l’exercice du voyage intérieur, une collection de pièces sacrées revisitées, réarrangées à la vocalisé ardente, expressive, méditative. 1 cd SONY CLASSICAL (parution : 26 février 2016) © studio CLASSIQUENEWS.COM 2016

LIRE aussi notre critique complète du nouveau cd de Christian-Pierre La Marca : Cantus (1 cd Sony Classical)

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CLIC_macaron_2014CD événement, compte-rendu critique. CANTUS : airs sacrés transposés d’après JS Bach, Tavener, Haendel, Barber, Piazzolla, Saint-Saëns, Allegri. Enluminures de Thierry Escaich. Christian-Pierre La Marca, violoncelle. Les Ambassadeurs. Alexis Kossenko, direction. 1 cd Sony classical 88875098932 (enregistrement réalisé en juillet et octobre 2015). Parution : le 26 février 2016. CLIC de CLASSIQUENEWS de février et mars 2016.

Cd compte rendu critique. Boccherini : Quatuors G. 195-200 (Symposium, 1 cd Brilliant classics, 2015)

Boccherini quatuors symposium 6 quatuors opus 26 review critique compte rendu CLASSIQUENEWS fevrier 2016 CoverCd compte-rendu critique. Boccherini : Quatuors G. 195-200 (Symposium, 1 cd Brilliant classics, 2015). Nouvelle phalange chambriste italienne, l’ensemble Symposium jouant ici en quatuor autour de son fondateur l’altiste Simone Longhi s’intéresse à Bocherini, révélant 6 volets de l’opus 26, catalogués G 195, 196, 197, 198, 199 et 200 (“G” pour Yves Gérard qui a établi l’inventaire et le catalogue de l’Å“uvre en 1969). L’ensemble réunit des Quatuors en 2 mouvements, forme promise à maints aménagements formels et une constante évolution sous la plume de Joseph Haydn jusqu’en 1800. Les deux compositeurs ont d’ailleurs échangé une abondante correspondance qui reste à retrouver et analyser… Le génie de Boccherini, auteur improbable et jugé secondaire pourtant entre Italie et Espagne à l’époque de la première école de Vienne, y gagnerait en explicitation voire réhabilitation.

 
 
 

Les Symposium, nouveaux ambassadeurs d’un Boccherini raffiné irrésistible

 

boccheriniElégance, raffinement extrême, ornementation parfois surabondante mais d’une délicieuse éloquence (entre équilibre et sophistication), l’écriture du madrilène “Luis” Boccherini mérite bien sa réputation de génie chambriste, un égal de Haydn pour l’Italie et l’Espagne. Né Italien (à Lucca /Lucques en 1743) mais résident quasiment toute sa vie à Madrid à la Cour des Bourbons d’Espagne – en particulier au service du frère de Charles III, l’Infant Don Luis, grand mélomane et son protecteur jusqu’à sa mort en 1785, Luigi Boccherini fut un virtuose du violoncelle et marque particulièrement l’exercice si difficile de la conversation en musique, dans un cadre intimiste.
Après la mort de l’Infant, Boccherini se retrouve un mécène à distance (depuis l’Espagne et Madrid) en la personne du Roi de Prusse : Frédéric Guillaume II (1786-1796), joueur de violoncelle et lui aussi mélomane avisé comme exigeant ; puis grâce au goût de Lucien Bonaparte, ambassadeur de France à Madrid qui se passionne pour l’élégance de ses partitions (1800-1801).

 

 

 

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Précis, nuancés, et d’une équilibre subtil, les 4 musiciens de Symposium relèvent tous les (nombreux) défis de 6 Quatuors jamais enregistrés au disque ; ces 6 Quatuors retenus ici, portent avec une rare intensité, le souci d’élégance mondaine pas creuse et d’éloquence partagée mais pas bavarde, d’une musique d’un raffinement absolu. Protégé de l’Infant Don Luis, Boccherini vit dans les années 1780 ses heures les plus heureuses dont témoignent les qualités d’une musique extrêmement bien écrite qui exige précision rythmiques, nuances dynamiques, complicité et surtout subtilité de chaque instrumentiste . Jamais l’art de Cour et le raffinement d’une vie sociale soucieuse d’esthétisme et d’éducation ne s’est tant manifesté que dans l’art hautement complexe et exigeant du Quatuor à l’époque des Lumières. Aux côtés de Haydn et de Mozart, Boccherini fait figure de pair, emblématique d’une sensibilité originale et formellement affinée, comme le fut aussi un Domenico Scarlatti pour le clavecin.
La facilité mélodique, l’entrain rythmique non dénué d’une insouciance amusée qui rappelle l’humour et la facétie Haydnienne (Minuetto con moto – Trio du 198), voire parfois la grâce mozartienne approchée dans les derniers Quatuors de ce cycle (les G 199 et 200) s’offrent ainsi comme défis aux interprètes de Symposium : mais les instrumentistes italiens y ajoutent comme ici ce mordant plus sombre, symptôme d’une gravité sourde pré schubertienne d’une ineffable tendresse nostalgique (Andante appasionato ma non lento du très subtil G 200 auquel va toute notre admiration). L’indice d’une réussite éclatante se mesure à la maîtrise des accents, des nuances ténues qui basculent inéluctablement chaque pièce de l’expression d’un grand raffinement au chant d’un esthétisme juste et naturel. Autant de qualités expressives et d’une grande technicité habitée qui font les grands interprètes. La sensibilité et la complicité articulée et flexible des instrumentistes de Symposium suscitent donc le meilleur accueil. C’est évidemment un CLIC de CLASSIQUENEWS de février 2016. Le cd serait l’amorce d’une nouvelle intégrale Boccherini, passionnante, à venir… A suivre de près donc.

 

 

 

CLIC D'OR macaron 200Cd compte rendu critique. Luigi Boccherini : Quatuors G. 195-200 opus 26. Ensemble / Quatuor Symposium – 1 cd Brilliant classics 95302, enregistrement réalisé en août 2015, en Italie). CLIC de CLASSIQUENEWS de février 2016

 

 

Illustration : Très judicieusement et avec un rare sens de l’exactitude artistique entre les disciplines, les concepteurs du cd représentent en couverture le portrait collectif par Goya, de l’Infant Don Luis et de sa famille, entourés par les artistes proches de sa cour, dont évidemment “Luis” Boccherini lui-même, debout en tunique rouge et de profil. Composition datée de 1783, soit 4 ans après la composition des 6 Quatuors de l’opus 26 ici enregistrés.

 

 

CD, compte rendu critique. The Franchomme Project. Partitions récemment redécouvertes d’Auguste Franchomme (1 cd Delos

franchomme project auguste franchomme nouvelles partitions newly discovered scores review critique classiquenewsCD, compte rendu critique. The Franchomme Project. Partitions récemment redécouvertes d’Auguste Franchomme (1 cd Delos). Né Lillois à l’aube du XIXè, Auguste-Joseph Franchomme (1808-1884) est ce violoncelliste et compositeur français, professeur au Conservatoire de Paris qui affirme une belle créativité aux côtés de son activité pédagogique tout au long du XIXè. En 1832, il fait partie de la Musique du Roi Louis-Philippe (qui le tenait en grande estime au sein de son orchestre) et rencontre Chopin dont il transpose plusieurs partitions comme en témoigne la première oeuvre du programme(Andantino de la Ballade n°2 opus 38) ; Franchomme, comme ce dernier a la passion de Bellini (écouter ici l’air inspiré de la Norma pour violoncelle et piano : où jaillit entre autres Casta diva….). Elément pilier de trois l’orchestre de trois opéras parisiens, le compositeur avait tout loisir d’enrichir sa connaissance du répertoire lyrique dans l’exercice de son métier. Franchomme cultiva une solide amitié avec Chopin dont il aida à publier les oeuvres après sa mort en 1845.

Le violoncelle de Franchomme ressuscite avec éclat

Le frère de Chopin

Le présent récital éclaire la personnalité pragmatique et carrée, simple et rassurante, sobre et très musicale de Franchomme, qui ne fut pas seulement l’ami de Chopin à Paris, mais un violoncelliste particulièrement adulé et estimé, un pédagogue avisé et admiré.
CLIC D'OR macaron 200Sensibilité musicale d’envergure, Franchomme exprime plus précisément une certaine langueur nocturne et belcantiste que manifestent idéalement les deux partitions ici pour deux violoncelles (deux Nocturnes opus 15 et 14 n°1, emblématique des années 1838-1839 dans le genre fixé par John Field que Chopin transfigure et que Franchomme sublime lui aussi) d’une puissance ténue, à la fois tendre et virile. Une finesse que nous apprenons à redécouvrir et qui renseigne précisément l’exigence et l’élévation poétique d’un immense violoncelliste qui fonda aussi la très influente société de musique de chambre avec le violoniste Jean Delphin Alard, dont les lectures des quatuors et Sonates de Mozart et Beethoven furent particulièrement applaudies.
Ce que révèle le programme et la très subtile sélection de partitions choisies, c’est évidemment l’acuité d’une écriture instrumentale très influencée par l’opéra, où se mêlent l’esprit mélancolique de Schubert et la séduction de Mozart (Solo pour violoncelle opus 18 n°3) mais aussi l’esthétique portée sur l’intériorité et la suggestion (cf cette réserve extrême dont parle Berlioz) incarnée par les affinités en dialogue entre les personnalités que Franchomme a su réunir autour de lui : Chopin donc, mais aussi Hiller, Berlioz, Mendelssohn…
La prodigieuse musicalité de Franchomme comme compositeur se lit sans réserve dans la transposition de la marche funèbre d’après Chopin pour 4 violoncelles et piano (élément central de sa Sonate n°2 opus 35); d’une acuité hypnotique. Sans omettre l’élégance suave et faussement insouciante de la Mazurka opus 33. Autant de qualités d’une invention constante et perfectionniste que le chant intérieur des interprètes de ce disque (majoritairement américains) en tout point convaincants, cultive avec une sensibilité ardente, dramatique, sensuelle. Superbe révélation.

CD, compte rendu critique. The Franchomme Project. Partitions récemment redécouvertes d’Auguste Franchomme. Louise Dubin, Julia Bruskin, Sæunn Tortsteinsdottir, Katherine Cherbas, violoncelles. Hélène Jeanney et Andrea Lam, piano. 1 cd Delos. Durée : 1h07. Enregistrement réalisé en 2012 et 2014 au New Jersey.

CD, compte rendu critique. ” Dämmerung “. Sonates violoncelle piano de Zemlinsky, Erno von Dohnanyi (Larissa Groeneveld, violoncelle. Franck Van de Laar, piano, 1 cd Gutman Records, 2014 / 2015). Enregistrements réalisés en septembre 2014 et février 2015 au Pays-bas.

Groeneveld larissa violoncelle cello review compte rendu critique cd classiquenews zemlinsky dohnanyi cd gutman records CLIC classiquenews 2 visuel artistes cover cd CLIC de classiquenewsCD, compte rendu critique. ” Dämmerung “. Sonates violoncelle piano de Zemlinsky, Erno von Dohnanyi (Larissa Groeneveld, violoncelle. Franck Van de Laar, piano, 1 cd Gutman Records, 2014 / 2015). Enregistrements réalisés en septembre 2014 et février 2015 au Pays-bas. La violoncelleiste néerlandaise Larissa Groeneveld signe dans ce double cd un exceptionnel album révélant de secrètes affinités avec l’héritage brahmsien tardif, celui de Zemlinsky et surtout avec le chambrisme scintillant et versatile de Dohnanyi. Trop rare en France, l’artiste offre donc une opportunité de la découvrir dans ce programme exaltant et saisissant. Superbe et somptueuse sensibilité artistique que celle de la violoncelliste Larissa Groeneveld qui signe ici un album d’une maturité filigranée, sertie d’intelligence et de profondeur sans effet ni diluation : les phrasés sont finement ciselés, et le rubato d’une liberté de ton particulièrement précis qui lui permet de sentir de l’intérieur, la grande versatilité expressive des Å“uvres sélectionnées. Tant de contrôle et de maîtrise s’impose à nous dès les 3 Stücke pour violoncelle de 1891 de Zemlinsky : texture vif argent, crépusculaire et d’un post romantique brahmsien d’une totale finesse d’intonation qui sait – magistralement éviter toute surenchère et tout pathos. La subtilité et la mesure de la violoncelliste sont irrésistibles. La Sonate de Fock (1884, révisée en 1931) est plus lisse, ouvertement brahmsienne, mais le jeu toute en nuances de Larissa Groenveld sait en éclairer les multiples éclairs et accents émotionnels. Sa sonorité délicate, à fleur de peau reste constamment vive et palpitante. Un modèle d’articulation sobre et pourtant chantante (allegretto grazioso).

Interprète vive et subtile de Zemlinsky et Dohnanyi,

Les Zemlinsky et Dohnanyi enchantés de Larissa Groeneveld

Groeneveld larissa violoncelle cello review compte rendu critique cd classiquenews zemlinsky dohnanyi cd gutman records CLIC classiquenewsClassique mais d’un romantisme d’une tendre élégance, racée et vive, la Sonate pour violoncelle en la mineur de 1894 de Zemlinsky couronne la réussite du cd1 : ivresse suspendue de son premier mouvement noté “Mit Leidenschaft” dont la soliste exprime les miroitements intérieurs avec une maturité et une clarté saisissantes. Entre âpreté et lyrisme tendre au caractère échevelé, l’instrumentiste très investie restitue avec panache et précision, la fine architecture interne du mouvement. L’Andante et sa marche intérieure sont intensément vécus. Quand à l’Allegretto final, il gagne une profondeur active d’une vitalité enthousiasmante, égrènant mille nuances de scintillements crépusculaires et lunaires. Le chant mordant, judicieusement incarné de la violoncelliste, d’une beauté intérieure superlative, trouve en Franck Van de Laar un complice en parfaite affinité.
L’écriture de Zemlinsky s’en trouve comme revivifiée : d’une vérité nouvelle, d’une force préservée, intacte et franche, loin des lectures mièvres et sirupeuses habituelles.
Le cd2 est tout aussi époustouflant dans sa réalisation et sa justesse poétique. Dédié à cet autre méconnu, mésestimé – comme Zemlinsky, soit Erno von Dohnanyi (1877-1960), élève de d’Albert ; pianiste virtuose et adulé mondialement, Dohnanyi est cette étoile musicale entre Liszt et Bartok dont il fut le condisciple : un Hongrois mésestimé et pourtant scintillant d’une sensibilité ardente et grave. C’est peu dire que les deux instrumentistes totalement en phase, savent exprimer le volcan intérieur qui soustend la passion versatile du premier mouvement de l’éblouissante Sonate tripartite opus 8 de 1899, entre morsure amère et tendresse vive, d’une eau jaillissante et pure, libérée avec une grâce d’intonation exceptionnelle. Inscrit dans la période la mieux inspirée du maître de Solti – c’est à dire avant la première guerre mondiale, l’Opus 8 atteint ici des sommets d’expressivité fine et d’une suractivité syncopée que le jeu tout en flexibilité de la violoncelliste rétablit dans sa profonde cohésion organique (éblouissant Scherzo / Vivace assai). L’ampleur méditative et pleine de détachement en renoncement du dernier et troisième épisode – adagio no troppo, touche par sa candeur émerveillée et ténue, là aussi d’une sobriété expressive, digne des plus grands. Les deux instrumentistes ne font pas que dévoiler l’extrême maîtrise d’Erno von Dohnanyi, ils en expriment aussi, aux côtés de la géographie harmonique d’une originalité suprême, tous les élans, désirs, aspirations les plus intimes avec une justesse de ton d’une saisissante vérité. Superbe récital chambriste.

CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. Dämmerung. Sonates violoncelle piano de Zemlinsky, Erno von Dohnanyi (Larissa Groeneveld, violoncelle. Franck Van de Laar, piano, 1 cd Gutman Records, 2014 / 2015). Enregistrements réalisés en septembre 2014 et février 2015 au Pays-bas. VISITER le site de la violoncelliste Larissa Groeneveld

 

 

 

 

 

tracklisting :

CD 1

Alexander von Zemlinsky (1871-1942)

Drei Stücke for cello and piano (1891)

1 Humoreske 3:14

2 Lied 2:57

3 Tarantell 1:43

Gerard von Brucken Fock (1859-1935)

Sonata for piano and cello in E minor (1884,

revision 1931)

4 Allegro non troppo 8:07

5 Allegretto grazioso 4:18

6 Adagio 1:57

7 Allegro non troppo, ma con spirito 6:30

Alexander von Zemlinsky (1871-1942)

Sonata for cello and piano in A minor (1894)

8 Mit Leidenschaft 10:53

9 Andante 8:28

10 Allegretto 8:12

CD 2

Ernő von Dohnányi (1877-1960)

Sonata for cello and piano in B-flat major, op.8 (1899)

Sonate pour violoncelle et piano en la majeur opus 8

11 Allegro ma non troppo 8:32

12 Scherzo. Vivace assai 5:09

13 Adagio non troppo -Tema con variazioni. Allegro Moderato 13:17

LIRE ici le texte intégral (anglais) de la notice livret qui accompagne les 2 cd et présentent compositeurs et oeuvres jouées.

 

New-York, Metropolitan Museum. Le violoncelle de Charles IX (« Le Roi ») s’expose du 11 juin au 8 septembre 2015

violoncelle-le-roi-charles-IX-1570-andrea-amatiNew-York, Metropolitan Museum. Le violoncelle de Charles IX (« Le Roi ») s’expose du 11 juin au 8 septembre 2015. C’est le violoncelle le plus ancien du monde et il est français : commandé par la Cour de France au XVIè au luthier italien Andrea Amati et conservé dans la Chapelle royale de Versailles par Louis XIV jusqu’à sa disparition lors de l’invasion des insurgés à Versailles en 1789 (5 et 6 octobre).

Violoncelle royal pour Charles IX (1570)

Le roi amati charles IX 3351AmatiKingcellobackuprightL’exposition du Metropolitan Museum of Arts de New York expose les instruments remarquables fabriqués par le luthier italien Andrea Amati et ses fils. La pièce maîtresse de l’exposition new yorkaise en est le violoncelle commandé avec de nombreuses autres pièces (38 instruments au total) par Charles IX au XVIème siècle (1570). Il a subi une « restauration » au XIXè, en 1802, par le luthier Sébastien Renault qui en modifie largeur et longueur sans entamer la lisibilité de son décor peint : inscriptions (« pietate » pour piété ; « Ivsticia » pour justice ; la lettre « K » pour Karolus / Charles, et emblèmes et devises du Roi.  Après sa dispersion / disparition en 1789, l’instrument reparaît , il est racheté par le luthier anglais John Edward Betts, exposé à Londres (1872,1904), New York (1968), Crémone (1982), puis déposé au Shrine to Music Museum où il est toujours conservé (Vermillion, Dakota du Sud).  L’exposition new yorkaise de l’été 2015 expose deux autres instruments de la commande de Charles IX en 1570 (un violon et un alto également signés Amati). Le son de l’instrument serait supérieur à celui des meilleurs Stradivarius (rapport de Charles Beare en 1982). Qui sait s’il sera joué un jour en public ?

LIRE la page dédiée au King (Le Roi, from The Rawlins Gallery on line) au National Music Museum (focus photographiques possibles)

Johannes Moser, violoncelle


arte_logo_175Télé, Arte. Le 2 juin 2013, 16h20. Portrait de Johannes Moser, violoncelle

Une journée dans la vie du violoncelliste Johannes Moser. 
La musique est un sport : la quête d’une perfection atteinte au prix d’une discipline de fer. L’artiste germano-canadien Johannes Moser n’a pas envie de choisir entre le violoncelle classique et sa variante électrique, le violoncelle amplifié. Il joue des deux instruments avec maestria, et certains compositeurs contemporains ont déjà écrit des Å“uvres pour violoncelle électrique spécialement pour lui. L’an passé, en septembre, il faisait ses débuts avec l’Orchestre philharmonique de Berlin. Evidemment, on attendait de lui qu’il joue du violoncelle classique. Car Johannes Moser avait été personnellement invité par le chef d’orchestre indien Zubin Mehta. Pour cet événement – une série de quatre concerts – l’artiste a fait appel à une coach spécialisée dans le mental. Johannes Moser s’est inspiré de la préparation des sportifs de haut niveau. Il faut dire que le violoncelliste n’aime pas laisser de place au hasard.

Un film de Holger Preuße