CD, critique. SHEKU : ELGAR : Concerto pour violoncelle (LSO, Rattle – 1 cd DECCA 2019)

sheku-violoncelle-review-critique-cd-classiquenews-decca-clic-de-classiquenews-ELGAR-london-symph-orchestraCD, critique. SHEKU : ELGAR : Concerto pour violoncelle (LSO, Rattle – 1 cd DECCA 2019). DECCA a bien raison de dĂ©velopper un marketing de personnalitĂ©, s’agissant du violoncelliste Sheku (Kanneh-Mason, de son nom en dĂ©veloppĂ©), le concept est direct et immĂ©diatement porteur : SHEKU, cinq lettres qui composent une trĂšs forte individualitĂ© dont on apprĂ©cie le sens de la mesure comme de la finesse. Rattle parle mĂȘme d’un « poĂšte »  on aimerait bue le chef suive ici le soliste sur les ailes nuancĂ©es de la musique
 Car le violoncelliste britannique est bien une sensibilitĂ© affirmĂ©e, au chant intĂ©rieur indiscutable. Cela s’entend d’emblĂ©e Ă  travers les 10 piĂšces de ce programme plutĂŽt variĂ© et consistant, et parfois singuliĂšrement intimes. Le Concerto d’Elgar (opus 85) est dense, entiĂšrement dĂ©volu au chant solo du violoncelle, ce dĂšs l’Adagio d’ouverture. L’écriture est serrĂ©e, faire valoir de l’expressivitĂ© parfois Ăąpre de l’orchestre ; un peu trop Ă©pais dans la lecture de Rattle avec le LSO (London Symph Orchestra). L’agilitĂ© et la prĂ©cision du soliste exprime son jeu Ă©loquent et habitĂ©, qui contraste souvent avec le bloc, dur et « pompier » de l’orchestre ; distinguons de fait, l’agilitĂ© aĂ©rienne et pleine de subtilitĂ© qui rĂ©vĂšle chez Sheku, un talent pour une volubilitĂ© arachnĂ©enne.

Ayant jouĂ© par le royal wedding en 2018 (le mariage de Harry et Meghan), Sheku a gagnĂ© en peu de temps un surcroĂźt de cĂ©lĂ©britĂ©, comme en son temps une certaine soprano australienne Kiri te Kanawa pour le mariage de Lady Diana. Le jeune violoncelliste britannique nĂ© en avril 1999, Ă  peine ĂągĂ© de 20 ans donc, fait montre d’une troublante maturitĂ© qui s’affirme dans la profondeur d’un jeu discret, direct, volubile et trĂšs articulĂ©, sans fard ni effets. Cet Ă©quilibre et cet esprit de la mesure intĂ©riorisĂ©e, ce son enfin, souverain par sa sincĂ©ritĂ©, se dĂ©ploient vĂ©ritablement dans l’Adagio d’Elgar, dont les qualitĂ©s sont mĂ©lodiques et introspectives. Le tact, la pudeur Ă©cartent – trĂšs heureusement -, tout affĂšterie, ailleurs souvent automatique, soulignant chez Elgar sa solennitĂ© plutĂŽt que ses brĂ»lures mĂ©ditatives (dĂ©veloppĂ©es jusqu’à la fin du dernier mouvement Allegro, presque bavard oĂč l’on sent chez le violoncelle l’envie d’en dĂ©coudre sans conclure vraiment). Sheku se montre souple, fin, et presque racĂ©, d’une sonoritĂ© de fait filigranĂ©e, Ă©largie qui semble Ă©tendre et dĂ©tendre le temps avec une clartĂ© dans le geste, captivante.

CLIC D'OR macaron 200L’interprĂšte sait varier son jeu : tout en souplesse, rondeur, vibration, introspection dans la Romance de ce volet majeur Elgar. MĂȘme souplesse et finesse de son vibrato, douĂ© de phrasĂ©s intĂ©rieurs dans Nimrod des Enigma varations d’ELGAR : la pudeur du geste, l’éloquence rentrĂ©e et pourtant trĂšs intense font mouche. Sheku convainc, car Elgar lui va comme un gant sur une main preste.

 

 

 

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VIDEO PEOPLE / SHEKU joue au mariage royal de 2018 (Harry & Meghan) :

 

 

 

Commentaire : The footage was taken from St George’s Chapel, Windsor for the wedding of the Duke and Duchess of Sussex. Sheku Kanneh-Mason performs von Paradis’ ‘Sicilienne in E Flat Major’, FaurĂ©’s ‘AprĂšs Un RĂȘve’ and Schubert’s ‘Ave Maria’.

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VIDEO

 

 

 

Music video by Sheku Kanneh-Mason performing Traditional: Blow The Wind Southerly (Arr. Kanneh-Mason). © 2020 Decca Music Group Limited

 

 

 

 

MUSIQUE ENGAGÉE. REPORTAGE à SAINT-DENIS : ANTOINE LANDOWSKI et les 3 saisons de la Plaine


logo-carreREPORTAGE Ă  SAINT-DENIS : ANTOINE LANDOWSKI et les 3 saisons de la Plaine
 Dans un esprit village, le violoncelliste Antoine Landowski poursuit une initiative musicale et citoyenne depuis l’église Saint-Paul Saint-Louis de la Plaine Saint-Denis. Une forme de concerts proche des publics, soucieuse d’explication et de sensibilisation
 pour que classique rime avec pratique et magique. Bilan sur un exemple de dĂ©mocratisation sereine et permanente dans le 9.3. En un geste ouvert, gĂ©nĂ©reux, dĂ©complexĂ©, l’instrumentiste a su prendre en compte les attentes et les besoins d’une population Ă©clectique (des rĂ©sidents souvent peu familiers du classique aux salariĂ©s de passage, confinĂ©s dans les entreprises), soit une multiplicitĂ© pourtant curieuse de dĂ©couvertes et de plaisirs en musique
 Par notre grand reporter Marcel WEISS.

 

 

 

A SAINT-DENIS, une offre musicale exemplaire

Les 3 Saisons de la Plaine : De fertiles moissons

 

 

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Violoncelliste du Trio Chausson qu’il fonde en 2001, Antoine Landowski tourne rĂ©guliĂšrement en Europe et
 dans son quartier, la Plaine Saint-Denis, oĂč il vit depuis neuf ans. EdifiĂ©e en 2014, Ă  deux pas du Stade de France, l’église Saint-Paul de la Plaine lui propose d’y organiser des concerts. RĂ©solument moderne, Ɠuvre de l’architecte Patrick Berger, elle semble dĂ©jĂ  par elle-mĂȘme appeler la musique avec sa forme hĂ©licoĂŻdale, « en goutte d’eau », convergeant vers le chƓur et sa baie ouverte sur un jardin abritĂ© du tumulte ambiant d’un quartier, une ancienne banlieue ouvriĂšre mĂ©tamorphosĂ©e en un quartier d’affaires et de rĂ©sidences, une vĂ©ritable fourmiliĂšre humaine : 15.000 habitants, auxquels s’ajoutent chaque jour 30.000 employĂ©s. Il n’était pas question pour Antoine Landowski d’envisager des concerts « ordinaires » dans un quartier aux populations si disparates : « Jouer la carte du concert pour le concert ne m’intĂ©ressait pas, il fallait que la musique remplisse pleinement son rĂŽle social, tant auprĂšs des salariĂ©s de passage que des habitants et de leurs enfants ».

6 TRIPTYQUES ANNUELS : une nouvelle offre de concert

TombĂ© amoureux d’un quartier oĂč il a choisi de vivre avec sa famille, Antoine Landowski souhaite offrir Ă  des habitants rechignant Ă  ressortir de chez eux aprĂšs leur journĂ©e de travail une activitĂ© culturelle de qualitĂ© Ă  proximitĂ© de leur domicile : « La plupart n’auraient jamais eu l’idĂ©e autrement de franchir le seuil d’une salle de concerts. Nous leur proposons des programmes trĂšs accessibles, bĂątis autour des « tubes » de la musique classique, et les quelques clefs d’écoute nĂ©cessaires Ă  leur comprĂ©hension. »

Autre public Ă  convaincre, celui d’employĂ©s confinĂ©s dans leurs entreprises, vivant plus ou moins bien leur dĂ©localisation Ă  la Plaine Saint-Denis. Un pari plutĂŽt rĂ©ussi selon Antoine Landowski : « Le temps d’une pause-concert, ils dĂ©couvrent un quartier des plus attachants, Ă  l’image de ses habitants. De plus en plus nombreux, ils nous manifestent leur satisfaction Ă  quitter leur lieu de travail pour partager un agrĂ©able moment musical. »

 

 

 

 

 

A ces diffĂ©rents publics, « Les 3 Saisons de la Plaine » proposent, six fois par an, trois concerts gratuits dans une journĂ©e, le matin pour les Ă©lĂšves des Ă©coles du quartier, le midi pour les salariĂ©s des entreprises et le soir pour les habitants, et notamment les familles des enfants participant au concert du matin, issus des ateliers organisĂ©s par l’association dans deux Ă©coles de la Plaine, la maternelle des Drapiers et l’école Ă©lĂ©mentaire Gutenberg, dans le
cadre du projet pĂ©dagogique de ces derniĂšres. Ateliers animĂ©s tout au long de l’annĂ©e par divers intervenants choisis et rĂ©tribuĂ©s par « les 3 Saisons de la Plaine » – notamment des Dumistes issus des CFMI -, ateliers d’éveil musical, de chant choral, de danse, de djembĂ©, etc.
Des ateliers qui pourraient concerner Ă©galement dĂšs l’an prochain des collĂšges du quartier. Autre Ă©cole concernĂ©e au premier chef par ces concerts, l’EICAR, Ă©cole de cinĂ©ma et de tĂ©lĂ©vision situĂ©e Ă  la Plaine, assure avec ses Ă©tudiants la captation de l’évĂ©nement.

 

 

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UNE MEDIATRICE ENGAGÉE
 ElĂ©ment essentiel au croisement des ces diffĂ©rentes activitĂ©s, une mĂ©diatrice musicale, Camille Villanove, fournit les clĂ©s d’écoute, tant aux enfants qu’aux adultes. Elle a Ă©tĂ© sĂ©duite par un projet de sensibilisation artistique visant Ă  la transmission et Ă  la dĂ©mocratisation de la musique, touchant au cƓur-mĂȘme de son mĂ©tier.
Elle est chargĂ©e de la prĂ©paration des classes pour le concert du matin et de la rĂ©daction des programmes : « Etre mĂ©diatrice de la musique, c’est ĂȘtre comme un guide dans un musĂ©e, sauf que je conduis les enfants au concert et non Ă  un tableau, je conçois mon intervention comme le tapis rouge, qui les mĂšne Ă  la musique. »

Ce matin-lĂ , le 16 mai dernier, cinq classes de maternelle affluent dans l’église dans un joyeux brouhaha, encadrĂ©s par des maitres qui leur font d’ultimes recommandations : « Ne hĂ©lez pas les musiciens ! », « Attendez la fin de la musique pour applaudir ! », « Vous ĂȘtes libres de ne pas aimer et de le dire », « Si vous prĂ©fĂ©rez, vous pouvez fermer les yeux ».

Sur scĂšne, Camille Villanove assure le lien entre ses sĂ©ances de prĂ©paration en classe et l’entrĂ©e dans l’écoute musicale. Elle fait appel Ă  l’imaginaire des enfants en leur faisant trouver les mots, les sons et les images correspondant Ă  leurs Ă©motions. Cela peut prendre la forme d’une chorĂ©graphie ou d’un chant, comme celui improvisĂ© autour du thĂšme principal de la sonate « Regen » de Brahms, transcrite pour violoncelle : « Tombent, tombent, gouttelettes
 »

MĂȘme souci de prĂ©parer l’écoute musicale dans le programme distribuĂ© aux concerts, conçu sous forme d’entretiens imaginaires avec les compositeurs, et prolongĂ© par des conseils d’écoutes complĂ©mentaires des interprĂštes.

Le pianiste Gaspard Dehaene et le violoncelliste Damien Ventula, prennent le relais de Camille Villanove pour une brĂšve prĂ©sentation aux enfants des instruments et des Ɠuvres au programme, les Sonates de Brahms et Debussy, dont ils jouent ensuite des extraits. Suscitant des rĂ©actions spontanĂ©es. Brahms ? : « Ca fait dormir ». Debussy ? : « Ca m’a fait peur ».

Tous deux recherchent et savourent ces moments privilĂ©giĂ©s de partage avec un public vierge, sans a priori. Pour Gaspard Dehaene, « C’est s’embarquer dĂšs le matin dans une aventure, au lieu de penser exclusivement au concert du soir. Je saisis toutes les occasions de communiquer. Il ne faut pas craindre d’avoir Ă  s’exprimer, Ă  propos de son instrument ou de son programme. Cela peut Ă©veiller la sympathie du public, favoriser sa prĂ©disposition Ă  l’écoute. Concernant les enfants, Il n’est pas forcĂ©ment facile de les garder concentrĂ©s, de les intĂ©resser par nos propos puis de passer sans transition au jeu proprement dit. »

Une relation de proximitĂ© familiĂšre Ă  Damien Ventula, acquise lors de ses Ă©tudes Ă  Boston, qu’il s’agisse de prĂ©senter un concert ou de faire Ɠuvre de pĂ©dagogie : « C’est toujours intĂ©ressant de faire dĂ©couvrir la musique Ă  des enfants, par le dialogue, mais rien ne remplace le contact direct avec les musiciens. »

MĂȘme dĂ©sir de partage, de faire rayonner la musique en tout lieu, chez la pianiste Claire-Marie Leguay, qui a adhĂ©rĂ© d’enthousiasme au projet des « 3 Saisons de la Plaine » : « Je trouve ce projet magnifique, de par sa volontĂ© de diversification des publics, avec ces trois concerts en une seule journĂ©e. Mais chacun est unique, et la relation avec chaque public est diffĂ©rente. C’est passionnant, mais sans doute trop dense pour le musicien, qui doit Ă  trois moments d’une seule journĂ©e mobiliser une concentration, une Ă©nergie nouvelle, notamment pour capter l’intĂ©rĂȘt des enfants. Tout ce qui peut Ă©veiller leur attention est important, mais en respectant leur imaginaire, notre rĂŽle consiste Ă  leur ouvrir les portes. »

 

 

PERENNISER LE PROJET DANS UN CONTEXTE FRAGILE
 Antoine Landowski bĂątit chacune de ses saisons en variant formations et programmes. Le violoncelle figure Ă©videmment en bonne place, de mĂȘme que le piano et le quatuor Ă  cordes, aux cĂŽtĂ©s de l’orchestre Divertimento de Zahia Ziouani – interprĂšte du Magnificat de Vivaldi avec une chorale d’entreprise Orange voisine -, rĂ©guliĂšrement invitĂ© depuis deux ans, et de formations plus inhabituelles comme, cette annĂ©e, le quatuor de saxophones Elipsos. Autre moment fort de la saison : un programme d’opĂ©ra italien avec une chorale scolaire du voisinage.

Le choix de la gratuitĂ© des concerts facilite de fait la gestion d’une association viable uniquement grĂące au bĂ©nĂ©volat de ses Ă©quipes. Seuls les musiciens et les intervenants en milieu scolaire sont rĂ©tribuĂ©s. Jusqu’à ce jour, « les 3 Saisons de la Plaine » sont en Ă©quilibre, grĂące essentiellement Ă  l’apport de ses multiples sponsors, des fondations d’entreprise de la Plaine. Un Ă©quilibre fragile remis en cause aujourd’hui par la suppression, en janvier 2018, de la rĂ©serve parlementaire – naguĂšre ballon d’oxygĂšne de nombre d’associations culturelles. D’oĂč le cri d’alarme lancĂ© par Antoine Landowski en cette fin de saison et la souscription qu’il lance.

MalgrĂ© cette menace, il continue de former des projets, notamment de collaboration avec la future universitĂ©, le Campus Condorcet – 5000 Ă©tudiants et chercheurs – qui va ouvrir ses portes en septembre prochain.

Transmettre rĂ©sonne comme un leitmotiv pour le celliste. Un engagement dans la citĂ© dans la droite ligne des convictions de son grand-pĂšre, Marcel, qui dĂ©clarait : « La musique fait partie intĂ©grante de l’éducation, car elle est un des Ă©lĂ©ments de base de la culture humaine ».

 

 

Par notre grand reporter, Marcel Weiss pour © CLASSIQUENEWS 2019

 

 

 

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APPROFONDIR

VISITER le site de l’association de concerts Les 3 SAISONS DE LA PLAINE

COMPTE-RENDU, critique, concert. QUÉBEC, Festival CLASSICA 2019. Saint-Benoit de Mirabel, le 6 juin 2019. “Les chants du crĂ©puscule” : StĂ©phane TĂ©treault, Kateryna Bragina, violoncelles. Duos de JACQUES OFFENBACH

classica-festival-canada-logo-vignette-classiquenews-annonce-concerts-festivals-operaCOMPTE-RENDU, critique, concert. QUÉBEC, Festival CLASSICA 2019. Saint-Benoit de Mirabel, le 6 juin 2019. “Les chants du crĂ©puscule” : StĂ©phane TĂ©treault, Kateryna Bragina, violoncelles. Duos de JACQUES OFFENBACH. C’est un visage mĂ©connu d’Offenbach que nous dĂ©voile ce soir le violoncelliste StĂ©phane TĂ©treault, partenaire familier du Festival CLASSICA
 Marc Boucher, directeur de CLASSICA, a le souci du compagnonnage et le respect sacrĂ© des itinĂ©raires artistiques ; qu’il s’agisse de prise de risques, de dĂ©frichement, d’évolution notoire : en tĂ©moigne l’accomplissement auquel nous assistons ce soir, celui du violoncelliste StĂ©phane TĂ©treault – trop peu connu en France hĂ©las, dont le tempĂ©rament sensible et expressif Ă©gale les plus grands noms du violoncelle. On savait le jeune interprĂšte capable de fulgurances ; nous l’avions dĂ©couvert l’an dernier (CLASSICA 2018 dans plusieurs programmes : Tango, Mathieu et aussi Rolling Stones : transcriptions pour quatuor instrumental). Ici la diversitĂ© des formes et des rĂ©pertoires servis n’empĂȘchent pas la profondeur. C’est que l’artiste est prĂ©sent depuis ses dĂ©buts sur la scĂšne de Classica : 9 annĂ©es d’un parcours sans fautes, qui affirme aujourd’hui une puissance Ă©motionnelle rare, irrĂ©sistible, originale. L’Ă©quivalent en France des gestes si percutants des Patrick Langot (dernier cd : PrĂŠludio), Christian-Pierre La Marca… sans omettre le jeune Edgar Moreau, lui aussi trĂšs inspirĂ© par Offenbach, ou de l’ambassadrice du Festival Menuhin Ă  GSTAAD, l’Ă©blouissante Sol Gabetta). Au QuĂ©bec, pour son festival CLASSICA, Marc Boucher a laissĂ© carte blanche ce soir au violoncelliste qui a choisi sa consƓur ukrainienne Kateryna Bragina elle aussi violoncelliste, comme partenaire de ce fabuleux concert.

Bicentenaire OFFENBACH 2019Son mĂ©rite est de prĂ©senter en crĂ©ation un programme inĂ©dit, et de dĂ©voiler une facette mĂ©connue d’Offenbach : une dĂ©couverte mĂȘme pour beaucoup en cette annĂ©e du 200Ăš anniversaire de la naissance de Jacques, lui aussi violoncelliste Ă  Paris, instrumentiste cachetoneur, dont la volontĂ© Ă  percer dans la Capitale française Ă©gale sa trĂšs grande culture lyrique : dans la fosse des thĂ©Ăątres parisiens, Jacques Offenbach apprend son mĂ©tier, se passionne pour le thĂ©Ăątre, suit l’actualitĂ© lyrique de la capitale
 En dĂ©coulent ces piĂšces somptueuses que StĂ©phane TĂ©treault a sĂ©lectionnĂ© (parmi un myriade difficile Ă  dĂ©partager) : Offenbach en verve et en imagination, se rĂ©alise dans moult partitions pour deux violoncelles, c’est le cƓur de cette soirĂ©e, qui lĂšve le voile ainsi sur un compositeur Ă  la verve et au dramatisme aussi flamboyant qu’Ă©blouissant : l’opĂ©ra italien (Rossini), la vocalitĂ  ardente sont ici sublimĂ©s par une Ă©criture qui sait aussi colorer et nuancer, Ă  l’aulne des opĂ©ras français et germaniques que Offenbach, violoncelliste virtuose, connaĂźt comme sa poche.

FidĂšle au titre du concert, « les chants du crĂ©puscule », StĂ©phane TĂ©treault a sĂ©lectionnĂ© des climats plus schubertiens que weberiens, autant de perles qui lui permettent de creuser la sincĂ©ritĂ© de son instrument. Jamais le violoncelle n’a semblĂ© au plus prĂȘt de sa nature spirituelle et intime. Le violoncelliste nous rĂ©serve un Offenbach non pas lĂ©ger et insouciant, mais plutĂŽt douĂ© d’une conscience grave voire tragique, sensible aux Ă©panchements solitaires, au renoncement murmurĂ©, au vertige de l’introspection parfois inquiĂ©tante… ; un poĂšte des nuances miroitantes et lunaires surgit en place de l’amuseur des boulevards. En jouant trois Duos (n°1 et 3 opus 52 ; n°3 opus 53), la dĂ©couverte s’avĂšre splendide tant l’écriture du compositeur sait ĂȘtre virtuose, profonde et introspective; lyrique jusqu’à l’ivresse. Evidemment, la sensibilitĂ© et la sincĂ©ritĂ© de l’interprĂšte permettent d’en recueillir la subtile vĂ©ritĂ© : autant de qualitĂ©s qui ressuscitent la quĂȘte d’Offenbach pour un chant franc et bouleversant, parfois dĂ©pouillĂ© et bouleversant. Celui des Contes d’Hoffmann, son grand Ɠuvre lyrique, fantastique et noir.

 

 

 

 

Pour CLASSICA 2019,
le violoncelliste Stéphane Tétreault rétablit
OFFENBACH, en poÚte crépusculaire


 

 
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C’est bien toute la valeur de ce concert-primeur, que de s’intĂ©resser au visage d’un Offenbach, proche des poĂštes saturniens et mĂ©lancoliques, volontiers introspectif, gĂ©nie aussi des mĂ©lodies comme des variations et des surprises harmoniques. StĂ©phane TĂ©treault dĂ©voile d’Offenbach, l’épaisseur insoupçonnĂ©e d’un romantique sombre et grave, mais capable aussi de finesse presqu’insouciante, totalement dĂ©sarmante.

Le chant dont il est question, est celui des deux violoncelles, en fusion fluide et scintillante, en dialogue concertĂ©. StĂ©phane TĂ©treault s’il rĂ©alise souvent la partie mĂ©lodique, laisse parfois la premiĂšre partie Ă  sa consƓur qu’il connaĂźt depuis plus d’une dĂ©cennie ; leur complicitĂ© et leur entente font miracle. Les timbres mĂȘlĂ©s Ă  la fois proches mais si distincts, n’en finissent pas de troubler comme s’il s’agissait du chant dĂ©doublĂ© d’un seul cƓur. Le jeu les transporte aussi, en particulier dans les contrastes et les rĂ©ponses des variations du premier duo pour violoncelle (opus 52 n°3) jouĂ© en ouverture. L’Adagio, – lamento funĂšbre et mĂ©lancolique, est un volet central qui Ă©blouit par le chant somptueux et doloriste du violoncelle de StĂ©phane TĂ©treault dont on mesure l’infinie pudeur, le tact naturel, la souplesse articulĂ©e et accentuĂ©e, …cette Ă©lĂ©gance sombre qui saisit. Puis le galop du III (Mouvement de valse – Tempo di Marcia – Mouvement de valse) emporte et berce Ă  la fois, dans l’esprit de Johann Strauss ; Offenbach manie la finesse, l’élĂ©gance, la parodie avec un Ă©quilibre souverain. Le violoncelliste faisant chanter son violoncelle comme un acteur lyrique douĂ© d’une exceptionnelle articulation, comme s’il dĂ©fendait un texte.

On relĂšve le mĂȘme Ă©clat mĂ©lancolique sous le masque de la virtuositĂ© agile dans le Duo opus 53 n°1 ; l’Adagio lĂ  encore se distingue par sa solitude extrĂȘme qui tend au dĂ©nuement, Ă  l’épure, au repli ultime. Autant d’éclairs profonds qu’Offenbach contrebalance par un jaillissement soudain d’un grande rĂȘverie ou d’un allegro, pĂ©tillant (finale).

 

 

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Dans ce portrait d’Offenbach, en orfĂšvre de la matiĂšre mĂ©lancolique et lunaire, quelle belle idĂ©e d’inscrire ici, le chant crĂ©pusculaire et quasi hypnotique Ă  deux voix, des Baroques français du dĂ©but du XVIIIĂš ; d’abord François Couperin, souple et soyeux (Concert pour deux violoncelles, arrangement de Paul Bazelaire), d’une pudeur infinie (Chaconne) ; ensuite le moins connu encore, Jean-Baptiste BarriĂšre (mort en 1747) Ă  la verve opĂ©ratique, quasi fantasque (Sonate pour deux violoncelles en sol majeur n°10), dramatiquement proche d’un 
 Rameau. C’est dire la qualitĂ© des choix dĂ©fendus, et aussi la pertinence de la filiation d’Offenbach aux Baroques. La sensibilitĂ© particuliĂšre de StĂ©phane TĂ©treault, la complicitĂ© de sa consƓur Kateryna Bragina font le miel de ce rĂ©cital Ă  deux voix qui vient fort opportunĂ©ment renouveler notre perception d’Offenbach.

 

 

 

 

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PROCHAIN CONCERT…

classica-festival-quebec-2019-annonce-critique-presentation-sur-classiquenews-festival-CLASSICA-2019Voici Ă  coup sĂ»r, un autre concert majeur de CLASSICA 2019… Mardi 11 juin 2019,  les festivaliers retrouveront StĂ©phane TĂ©treault (Paroisse Our Lady of the Annonciation, MONT-ROYAL, 19h) dans un programme intitulĂ© « Les larmes de Jacqueline » (infos et rĂ©servation sur le site du Festival CLASSICA 2019) : Ɠuvres de Berlioz, Offenbach, Roussel, couplĂ© avec le Concerto pour piano n°2 du compositeur quĂ©bĂ©cois Jacques HĂ©tu (Jean-Philippe Sylvestre, piano). Avec l’Orchestre MĂ©tropolitain (Alain Trudel, direction). Billets, information : www.festivalclassica.com/programme ou au 450 912-0868.

Illustrations : © Étienne Boucher Cazabon / Festival CLASSICA 2019

 

 

  

 

 

DETAIL DU PROGRAMME :

 

 

Jacques Offenbach (1819 – 1880)

Duo pour deux violoncelles, opus 52, no 3

I. Tempo di marcia – 1Ăšre variation – 2e variation
II. Adagio
III. Mouvement de Valse – Tempo di marcia – Mouvement de Valse

 

 

François Couperin (1668 – 1733)

Concert pour deux violoncelles

(arrangement par Paul Bazelaire)

I. PrĂ©lude – Vivement
II. Air – AgrĂ©ablement
III. Sarabande – Tendrement
IV. Chaconne – LĂ©gĂšrement
V. Le Je-Ne-Scay Quoy – GayĂ«ment

 

 

Jacques Offenbach

Duo pour deux violoncelles, opus 53, no 1

I. Allegro
II. Adagio
III. Rondo – Allegro

 

 

Jacques Offenbach

Duo pour deux violoncelles, opus 53, no 3

I. Allegro Moderato
II. Andante
III. Allegro

 

 

Jean-Baptiste BarriĂšre (1707 – 1747)

Sonate pour deux violoncelles en sol majeur, no 10

I. Andante
II. Adagio
III. Allegro prestissimo

 

 

 

 

 

 

CD, événement, critique. SALONEN : CONCERTO POUR VIOLONCELLE / CELLO CONCERTO (Yo-Yo Ma / Los Angeles Philharmonic, Salonen, 1 cd Sony classical, 2018).

salonen esa pekka cello concerto yo yoma os angeles philharmonic cd critique concert review  fev 2018 cd critique classiquenewsCD, Ă©vĂ©nement, critique. SALONEN : CONCERT POUR VIOLONCELLE / CELLO CONCERTO (Yo-Yo Ma / Los Angeles Philharmonic, Salonen, 1 cd Sony classical, 2018). SomptuositĂ© instrumentale, parure scintillante comme peut l’ĂȘtre suspendue, la texture du Ravel de Daphnis, l’orchestre de Salonen saisit par sa constante quĂȘte de transparence, sa voluptĂ© supĂ©rieure, comme l’élucidation allusive d’un chant murmurĂ©, qui se dĂ©roule dans le repli et l’intime (violoncelle dans le II, confinant au silence et Ă  la perte de tout cadre Ă©tabli).

HĂ©doniste et adepte du mystĂšre, le compositeur finlandais est comme sa consƓur Kaija Saariaho, portĂ© pour le rĂȘve, le songe, l’irrĂ©alitĂ©, la surrĂ©alitĂ© mĂȘme, mais Ă©noncĂ©e ici comme une priĂšre Ă©nigmatique, la manifestation d’un Ă©quilibre entre l’infiniment grand et le petit, entre cosmos et microrĂ©sonance. Ici, le timbre conduit le cheminement.
En ce sens, le II est le plus envoĂ»tant, vĂ©ritable explosion de couleurs et de teintes qui fait imploser toute forme et tour cadre construit, pour que se dĂ©ploie une effloressence sonore suprĂȘme qui peut s’entendre comme une rĂ©vĂ©lation comme un persistant mystĂšre (ligne des cordes Ă©tirĂ©es jusqu’à l’ultime souffle).

Sous la direction de l’auteur et de l’ancien chef qui en fut le directeur musical de longue date, le Philharmonique de Los Angeles dĂ©montre une finesse expressive constante. Dans ce vortex scintillant, qui dĂ©veloppe l’ombre et la pudeur, le violoncelle solo affirme un chant furtif, syncopĂ©, agitĂ© et prĂšs d’une transe filigranĂ© (III), scandĂ© par la percu du tam tam : le dernier Ă©pisode est le plus dansant, ivre, convulsionnĂ© et souple, plutĂŽt que convulsif. Toujours finement dansant. TrĂ©pidant, et dans ses pointes orchestrales, magnifiquement Ă©ruptif, comme des bourrasques fugaces et Ă©lĂ©gantes. Par sa concision, son sens de la synthĂšse et d’un dĂ©veloppement contenu mais rĂ©guliĂšrement fulgurant, l’écriture de Salonen rejoint le perfectionnisme formel d’un 
 Sibelius. Le III, presque de la mĂȘme durĂ©e que le I, apporte un Ă©lĂ©ment d’équilibre en miroir, mais aussi d’un caractĂšre diffĂ©rent, presque opposĂ© aux deux prĂ©cĂ©dents, diffuse une agitation qui lui est propre, des irruptions dĂ©lirantes (clarinette), qui portent aussi jusqu’au solo du violoncelle, Ă©lĂ©ment moins concertant que diffus, jamais opposĂ© au contexte orchestral, mais plutĂŽt soulignant les accents de la masse organique, et semblant comme en exprimer l’essence. La percu plus prĂ©sente inscrit par ses Ă©clairs concrets et sa rythmique instable, un Ă©lĂ©ment de rĂ©alitĂ© plus mordant. Mais fidĂšle Ă  sa pensĂ©e pudique, Salonen achĂšve ce formidable triptyque dans le murmure. Comme un serpent sinueux rejoignant l’éternelle nuit du silence et du secret.
Plastique, toujours hyperĂ©lĂ©gante, et d’un esthĂ©tisme instrumental ciselĂ©, l’écriture de Salonen se magnifie avec le temps. Son Concerto est le moins bavard qui soit, critique sur la forme, soucieux de sa propre Ă©nergie, exigeant quant Ă  chaque dĂ©veloppement. Sublime musique. CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2019.

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CLIC D'OR macaron 200CD, événement, critique. SALONEN : CONCERT POUR VIOLONCELLE / CELLO CONCERTO (Yo-Yo Ma / Los Angeles Philharmonic, Salonen, 1 cd Sony classical, 2018). Enregistrement réalisé à Los Angeles au WAlt Disney Concert Hall, Los Angeles, février 2018.

CD, critique. OFFENBACH : Concerto militaire (Edgar Moreau, 1 cd Erato, 2017)

edgar moreau violoncelle concerto OFFENBACH cd erato offenabch 2019 clic de classiquenews critique cd concerto actualite musique classique classiquenews j63fladcb5xyc_600CD, critique. OFFENBACH : Concerto militaire (Edgar Moreau, 1 cd Erato, 2017). il joue de la soie de son foulard Ă©charpe en couverture comme son chant au violoncelle est souple, fin, d’une exceptionnelle Ă©lĂ©gance. Le jeune violoncelliste Edgar Moreau Ă©blouit littĂ©ralement par son naturel et sa musicalitĂ©. Quelle belle rĂ©vĂ©lation que ce Concerto “militaire” pour violoncelle en sol majeur (composĂ© en 1847 par un Offenbach, ĂągĂ© de 28 ans), auquel le jeune concertiste soliste sait prĂ©server l’éloquence en diable et la sensibilitĂ© raffinĂ©e viennoise. Le premier mouvement est portĂ© par une Ă©nergie conquĂ©rante, celle d’une troupe en armes, fiĂšre et gavĂ©e d’un sain panache (n’est il pas militaire, comme son titre l’indique ?). La verve et le brio font toute la valeur de cette Ă©criture dĂ©monstrative et fine ; deux qualitĂ©s qui s’exaltent sous l’archet et sous les doigts magiciens d’Edgar Moreau dont l’agilitĂ© souple et trĂšs articulĂ©e fait merveille, sachant 
 et souligner le lyrisme tendre et l’appel au dĂ©lire le plus dĂ©boutonnĂ© ; ses phrasĂ©s sont prĂ©cis et nuancĂ©s, d’une flexibilitĂ© unique, douĂ©e de grande finesse dans le jeu des caractĂ©risations incessantes et contrastĂ©es. L’instrument est proche du chant le plus facile, Ă©perdu, Ă©chevelĂ© (premier Allegro maestoso). La carrure des phrases, leur sens dĂ©lurĂ© de la parodie, l’ivresse des vocalises annoncent cette joie irrĂ©pressible du gĂ©nie de la pantalonnade.
Le violoncelle n’est pas seulement hyperbavard qui semble jouer toutes les parties et toutes les voix : il exprime la frĂ©nĂ©sie de cet Offenbach hyper sensible, racĂ©, Ă©lĂ©gantissime. Le jeu crĂ©pitant et nuancĂ© du soliste suit mesure Ă  mesure, l’écriture opĂ©ratique, oĂč se succĂšde une sĂ©rie de cadences, variations, fantaisies les plus fantasques (« bouffes ») d’un esprit hantĂ© par la grĂące du dĂ©lire. Quel premier mouvement!

 

 

 

Génie foudroyant, survolté mais nuancé
d’Offenbach et du jeune Edgar Moreau

 

 

 

Bicentenaire OFFENBACH 2019DĂ©voilant toute la maestriĂ  d’un dramaturge nĂ©, capable de cette partition dĂ©lurĂ©e, dĂ©lirante, 10 ans avant OrphĂ©e aux enfers. S’y ressuscite et s’incarne idĂ©alement par son insolence magnifique, l’esprit d’Offenbach : cet oiseau moqueur si dĂ©lectable dans ses dĂ©lires et sa fantaisie souveraine. L’amuseur du Second Empire ose dĂ©jĂ  en 1847, une cascade d’idĂ©es dĂ©jantĂ©es, de verve en diable qui se joue de tous les registres : l’art est libre, et avec Offenbach, composant pour son propre instrument, non pas la voix mais le violoncelle, totalement explosif ; car, juvĂ©nile, sincĂšre, quasi instinctif, c’est d’abord un bain bouillonnant d’énergie. Le feu intact du jeune violoncelliste Moreau permet cet acte d’appropriation, naturel et foudroyant.
Dommage que l’orchestre, style grosse caisse, en fasse trop contradictoirement dans ce passage qui est une formidable entrĂ©e, un lever de rideau maestoso et pĂ©taradant. Le violoncelle solo est Ă  peu prĂšs aussi volubile et ciselĂ© que l’orchestre, Ă©pais, dĂ©monstratif, et sans guĂšre de nuances. On veut bien comprendre qu’il regroupe des individualitĂ©s (collectif de chambristes), certes, mais oĂč sont les nuances ?

Le second mouvement (Andante de presque 10 mn) sonne l’aria d’une diva de bel canto : andante chantant lui aussi mais en demi, ultra teintes, oĂč le dosage et la nuance supplĂ©ent la volontĂ© de bravade brute et de pure virtuositĂ©. Car Edgar Moreau sait aussi colorer et ciseler une sonoritĂ© qui « paraĂźt » certes, et gonfle les muscles, mais sait surtout « ĂȘtre » : intĂ©rieure et introspective. Ce jeu des arriĂšres plans est dĂ©lectable voire superlatif. On trouvera lĂ  encore la tenue de l’orchestre bien terre Ă  terre en comparaison.

VoilĂ  qui rĂ©tablit le gĂ©nie facĂ©tieux d’un Offenbach trĂšs cultivĂ© qui pense par son violoncelle tout l’opĂ©ra de son Ă©poque : Rossini, Bellini et Verdi ; les Italiens Ă©videmment dont il aime parodier toutes les facettes. Mais Offenbach aime moquer surtout l’orgueil et la vanitĂ© du militaire, comme en tĂ©moignent les nombreux Ă©clats comiques du final qui annonce La Grande Duchesse de Gerolstein (Ă©crite 20 ans aprĂšs son Concerto).  Une belle offrande discographique pour le bicentenaire de la naissance de Jacques Offenbach, de surcroĂźt dans la version complĂšte reconstituĂ©e par Jean-Christophe Keck en 2004.

D’une Ă©gale facĂ©tie parodiant les styles les plus divers (jazz et rock dans le premier mouvement), le Concerto du pianiste viennois Friedrich Gulda (dĂ©cĂ©dĂ© en 2000) surprend dans son Concerto pour violoncelle (crĂ©Ă© en 1980) lui aussi par sa facilitĂ© parodique ; si le premier mouvement sonne rock (le violoncelle empruntant rĂ©solument la voie de la guitare Ă©lectrique), les second (Idylle) et dernier mouvement, sont d’un lyrisme Ă©clectique impeccable, d’une finesse de ton qui retrouve la grĂące d’inspiration du Concerto d’ Offenbach. La Cadence contraste par sa quĂȘte Ă©perdue, froide, interrogative ; elle semble rentrer dans le mystĂšre en un dĂ©lire que certains trouveront… bavard, autocentrĂ© (avec pastiche alla Chostakovitch : aciditĂ© et vertiges d’un questionnement sans rĂ©ponse). Qu’importe, le soliste captive par la disparitĂ© de sa palette expressive, ; l’Ă©tonnante prĂ©cision de ses nuances les plus tĂ©nues.
Gulda fut ce « poil Ă  gratter de la sociĂ©tĂ© bourgeoise conservatrice, le prince du cross over » est-il indiquĂ© dans la notice du livret. Son sens de la provoc demeure bien polissĂ©, jouant sur le choc aimable des styles diffĂ©rents, un Ă©clectisme qui se moquant des frontiĂšres et de la biensĂ©ance « catĂ©gorisante », avait alors (en 1980) valeur de sĂ©dition musicale : il est vrai que Vienne concentre une pensĂ©e bien conformiste et un ordre hiĂ©rarchisĂ© qui ignore tous ceux qui n’ont pas le titre ronflant de « doktor ». Le mentor de Marta Argerich cultivait la libertĂ© lui aussi, rĂ©solument provocatrice pour remettre les cerveaux dans le bon sens.
CLIC_macaron_2014Talentueux dans l’infini nuancĂ©, comme dans la bravade empanachĂ©e la plus dĂ©bridĂ©e, Edgar Moreau cisĂšle un jeu idĂ©al : Ă  la fois introspectif et sincĂšre, comme Ă©loquent, articulĂ©, subtil, virtuose. Magistrale approche. Gulda est revivifiĂ© ; le jeune (violoncelliste) Offenbach illumine par une telle intelligence. MalgrĂ© la faiblesse peu inspirĂ©e de l’orchestre, le cd est « CLIC de CLASSIQUENEWS » de fĂ©vrier 2019.

 

 

 
 

 

 

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CD, critique. OFFENBACH : Concerto militaire – couplĂ© avec le Concerto pour violoncelle de Gulda(1980). EDGAR MOREAU, violoncelle. Les Forces Majeures / RaphaĂ«l Merlin, direction – 1 cd ERATO / Warner classics – durĂ©e 1h13mn – enregistrement rĂ©alisĂ© en aoĂ»t 2017, Limousin).

 

 

 
 

 

 

Cd, critique. BOCCHERINI : 5 Sonate pour violoncelle / Bruno Cocset / Les Basses RĂ©unies (1 cd Alpha, Vannes 2017)

boccherini-basses-renuies-vol-2-bruno-cocset-clic-de-classiquenews-cd-critique-review-cdCd, critique. BOCCHERINI : 5 Sonates pour violoncelle / Bruno Cocset / Les Basses RĂ©unies (1 cd Alpha, Vannes 2017). VIOLONCELLE INTIMISTE
 Il est tout Ă  fait logique et naturel que le violoncelliste Bruno Cocset s’intĂ©resse Ă  un gĂ©nie de l’instrument, lui-mĂȘme violoncelliste virtuose et compositeur idĂ©al pour la musique de chambre et donc de son instrument : Luigi Boccherini. La volontĂ© d’expressivitĂ© comme d’intĂ©rioritĂ© et d’élĂ©gance, affirme une Ă©criture qui ne manquant jamais de caractĂšre voire d’humour et mĂȘme d’autodĂ©rision parodique, se rapproche de l’excellence d’un Joseph Haydn, – l’aĂźnĂ© de Boccherini de 11 ans. D’ailleurs les deux compositeurs qui firent tant pour la musique instrumentale (- sans cependant Ă©galer la tendresse Ă©blouissante d’un Mozart), Ă©changĂšrent une riche correspondance dans les annĂ©es 1780, Ă  redĂ©couvrir.
Le programme du cd regroupe une collection de 5 Sonates pour violoncelle, diversement accompagnĂ©es (en trio avec pianoforte / ou clavecin, et violoncelle II), ou en duo (avec un second violoncelle / ou un pianoforte)
 tout cela relĂšve d’une pĂ©riode riche et fĂ©conde, oĂč derriĂšre la virtuositĂ© Ă©vidente, dans l’écriture du violoncelle solo, s’affirme aussi la claire volontĂ© d’innover, de faire Ă©voluer le genre chambriste, comme les ressources expressives de l’instrument vedette.
L’intĂ©rĂȘt du recueil vient de ce jeu dialoguĂ©, trĂšs fouillĂ© et ciselĂ©, maĂźtre des nuances qui s’établit immĂ©diatement entre le violoncelle soliste et la partie du continuo, calibrĂ©e et articulĂ©e avec soin, en une conversation oĂč chaque partie dĂ©fend une Ă©galitĂ© d’intonation comme d’expressivitĂ©. L’expĂ©rience de Boccherini lui-mĂȘme dans le jeu collectif et filigranĂ©, quand il jouait Ă  Milan, avec les violonistes Manfredi et Nardini; l’altiste Cambini : une formation lĂ©gendaire qui en dit long sur le niveau des instrumentistes, justifie le partie du cd. De ce mĂ©tier d’oĂč dĂ©coule probablement une Ă©coute idĂ©ale, – encore renouvelĂ©e quand Boccherini joue avec le mĂȘme Manfredi Ă  Paris (1767-1768, au Concert Spirituel), se prĂ©cise une sensibilitĂ© unique pour l’association des parties, pour les timbres associĂ©s aussi dont tĂ©moigne le choix de Bruno Cocset : le violoncelliste Ă©tabli Ă  Vannes Ă  prĂ©sent, fondateur du VEMI / Vannes Early Music Institute, propose de savants et irrĂ©sistibles meslanges : appareillant son violoncelle enchanteur (restitution du « Bel canto » de Boccherini, par Charles RichĂ©, 2004), aux timbres spĂ©cifiques du pianoforte (avec marteaux en bois, percussifs, percutants / et en cuir doublé ), du clavecin ou d’un second violoncelle
 Une quĂȘte esthĂ©tique et sonore qui fait vibrer diffĂ©remment le violoncelle selon son environnement instrumental. L’option est jubilatoire en ce qu’elle invite Ă  l’imagination et Ă  la redĂ©couverte mĂȘme d’un format sonore, d’une nouvelle proximitĂ© physique avec l’instrument – dispositif et rĂ©alisation encore « magnifiĂ©s » par le choix de la prise de son. On dĂ©guste donc la vitalitĂ© contrastĂ©e de ces 5 Sonates, prolongement d’un premier cd, dĂ©jĂ  dĂ©diĂ© au compositeur nĂ© Ă  Lucca (Italie, 1743) et mort en terres ibĂ©riques (Madrid, 1805).

 
 
 

Boccherini : maĂźtre du chant instrumental

 
 
 

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Prenons l’exemple des deux derniers ouvrages, les plus tardifs (Sonate G 12 et G 13) : la G13 Ă©blouit par un chambrisme tĂ©nu, allusif, comme une Ă©pure ciselĂ©e ; rien de tapageur dans l’écriture de Boccherini plutĂŽt la recherche d’un chant certes dĂ©liĂ©, articulĂ©, mais Ă©tonnamment pudique et porteur dune grande vie intĂ©rieure : en un duo dĂ©pouillĂ© et pourtant trĂšs dense sur le plan sonore, l’ Allegro met en lumiĂšre cette voix souple et prĂ©cise du violoncelle si proche de la parole, en une Ă©lĂ©gance encore plus introspective que celle de Haydn Ă  Vienne. Bruno Cocset exploite toutes les qualitĂ©s de son instrument royal, Ă  la sonoritĂ© particuliĂšrement chaleureuse et aussi trĂšs fine, riche en vibrations harmoniques avec les instruments partenaires (douce langueur, divin abandon du Largo central).
Son agilité habitée pas seulement technicienne, capable de chants et contrechants, magnifiquement énoncés, sait associer éloquence et vivacité en un jeu toujours trÚs volontaire et nuancé, entre volubilité  et virtuosité.

Puis la G12, apporte une couleur sonore plus riche encore ; Ă©videmment le trio composĂ© ici, du violoncelle 2 et du piano, partenaires du violoncelle soliste, sonne plus sĂ©ducteur que le duo G13. L’Allegro moderato est aimable et virtuose, il contraste avec la sombre et noble profondeur du Grave central, moment suspendu. Le Minuetto conclusif ne manque pas de caractĂšres ni de nuances que les interprĂštes font surgir avec une belle subtilitĂ© expressive, sachant accorder Ă  chaque section, le sentiment  et l’intensitĂ© qui sont en jeu.

CLIC D'OR macaron 200De façon gĂ©nĂ©rale, on admire ici autant la prouesse technicienne du violoncelliste vedette, que l’originalitĂ© et la sensibilitĂ© de sa proposition interprĂ©tative, qui rĂ©tablit cette Ă©lĂ©gance dĂ©fricheuse et expĂ©rimentale d’un Boccherini, Ă©gal en invention et nuances Ă  Haydn et Mozart. On est dĂ©jĂ  impatient d’écouter le prochain opus que Bruno Cocset, lui aussi, curieux autant qu’orfĂšvre, voudra bien consacrer Ă  d’autres oeuvres du gĂ©nial Boccherini. Ce cycle Boccherini est dĂ©sormais le plus passionnant Ă  suivre, parmi ceux rĂ©cemment rĂ©alisĂ©s.

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BOCCHERINI. Sonate per il violoncello, Vol. 2 (G 1, 2, 5, 12 et 13) – Les Basses RĂ©unis, Bruno Cocset (1 cd Alpha / enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Vannes, 2017)

BRUNO COCSET, CELLO
EMMANUEL JACQUES, CELLO CONTINUO
MAUDE GRATTON, PIANOFORTE
BERTRAND CUILLER, CLAVECIN

 
 
 

 
 
 

CD, compte rendu critique. Folklore : Kodaly, Dvorak, Janacek. Julie SĂ©villa-Fraysse, violoncelle (1 cd Klarthe)

fraysse sevilla violoncelle sevilla fraysse julie violoncelle cd folklore cd critique review classiquenews kla023couv_lowCD, compte rendu critique. Folklore : Kodaly, Dvorak, Janacek. Julie SĂ©villa-Fraysse, violoncelle (1 cd Klarthe). URGENCE et PROFONDEUR
 Ne vous mĂ©prenez pas sur le sens du titre de cet album rĂ©vĂ©lateur : rien de « folklorique » dans ce programme qui engage de fait toutes les ressources expressives et intĂ©rieures de l’interprĂšte : la formidable Sonate pour violoncelle seul de Kodaly (opus 8, 1915) exprime dans une langue pourtant bercĂ©e de mĂ©lodies populaires hongroises, la profondeur semĂ©e de terreur et d’angoisse d’une Ăąme dĂ©sespĂ©rĂ©ment solitaire : l’ñpretĂ© se dĂ©voile dans le sillon d’une Ă©loquence pudique mais jamais miĂšvre, et toute l’imagination dans l’urgence et la justesse de Julie SĂ©villa-Fraysse Ă©claire la partition par son sens du drame lovĂ©, puissant, angoissĂ© mais toujours repliĂ© dans les trĂ©fonds de la psychĂ©. « Con grand’espressione » comme il est indiquĂ© dans la partition, l’Adagio central accumule tremolos, arpĂšges, glissandi d’une ivresse tragique spectaculaire, dans une forme Ă©clatĂ©e qui laisse dans l’apparence de l’improvisation, le feu intĂ©rieur, se consommer littĂ©ralement par la voix du violoncelle. Et mĂȘme si le dernier mouvement est enchaĂźnĂ©e avec cet adagio d’une force tellurique, comme s’il en permettait l’attĂ©nuation libĂ©ratrice (mais Ă  coups de convulsions Ă  peine canalisĂ©es, en une fiĂšvre rapeuse), l’ambiguĂŻtĂ© rĂšgne encore dans sa forme semi rondo ; c’est un cauchemar canalisĂ© mais prĂ©sent, que le premier mouvement, plus lyrique mais tout autant agitĂ©, torturĂ©, profondĂ©ment tiraillĂ©, ne laissait pas prĂ©sager. La souplesse volubile de la violoncelliste creuse chaque mesure pour en distiller le miel mordant et pĂ©nĂ©trant, la dĂ©chirante plainte qui subjugue par son cri mi animal mi humain. La forme Sonate Ă©clatĂ©e, le flux quasi improvisĂ© du jeu de l’interprĂšte, son fort engagement, composent toute la valeur de cette lecture de l’opus 8 de Kodaly : jamais artificiel ni sirupeux L’insouciance chopinienne du Rondo opus 94 de Dvorak (1891 : pour piano et violoncelle) mĂȘle avec une mĂȘme rĂ©ussite entre grĂące et Ă©lĂ©gance, la fusion de l’insouciance et de la nostalgie (avec une relecture trĂšs originale de la Duma (ballade ukrainienne).

Il faut bien le ton plus rĂȘveur, plus distanciĂ© (aprĂšs l’immĂ©diate sincĂ©ritĂ© expressionniste de Kodaly) de Janacek (Pohadka, 1910) pour rĂ©tablir l’équilibre psychique d’une Ă©coute assaillie, et mĂȘme menacĂ©e par les pointes si justes car viscĂ©rales de Kodaly. Le ton lĂ©ger, mais faussement badin, de cet onirisme si spĂ©cifique au Janacek qui sait s’émerveiller jusqu’à la fin (La Petite Renarde rusĂ©e) jaillit dĂšs Pohadaka (Le Conte, histoire du Tsar Berendei ou plutĂŽt celle de son fils Ivan que le pĂšre a promis Ă  une crĂ©ature immortelle et envoĂ»tante 
Marya). Le caractĂšre mi fantastique mi amoureux structure les trois mouvements comme un drame miniature, oĂč l’agilitĂ© suggestive des deux partenaires – violoncelle enivrĂ©, caressant et piano complice dans le rĂȘve et la rĂ©solution des Ă©pisodes-, exprime le souffle. Le panache au violoncelle de la fiĂšre Rhapsodie hongroise de Popper (1894), entre brio et swing tzigane, conclue une immersion Ă  bien des Ă©gards passionnante, marquant la fusion du savant et du populaire, parmi les crĂ©ateurs les mieux inspirĂ©s par le « folklore » hongrois. Superbe rĂ©cital.

CD, compte rendu critique. “Folklore” : Kodaly, Dvorak, Janacek. Julie SĂ©villa-Fraysse, violoncelle / Antoine De  GrolĂ©e, piano / Enregistrement rĂ©alisĂ© en fĂ©vrier 2015 Ă  Rueil Malmaison. 1 cd Klarthe, KLA 023.

 

 

 

Programme du cd «  Folklore » / Klarthe :

AntonĂ­n DvorĂĄk / Rondo op. 94 en sol mineur

ZoltĂĄn KodĂĄly / Sonate pour violoncelle seul op. 8

LeoĆĄ JanĂĄcek / PohĂĄdka

Julie SĂ©villa-Fraysse, violoncelle

Antoine De Grolée, piano

 

 

+D’INFOS sur le site du label Klarthe

 

 

CD, livre-cd événement, annonce. CELLO STORIES / Histoires de violoncelle (Livre-cd / 207 pages, 5cd Alpha)

violoncelle-cello-stories-cd-5-cd-alpha-bruno-cocset-review-critique-cd-compte-rendu-CLASSIQUENEWSCD, livre-cd Ă©vĂ©nement, annonce. CELLO STORIES / Histoires de violoncelle (Livre-cd / 207 pages, 5cd Alpha). Le plus noble et profond des instruments Ă  cordes plonge ses origines trĂšs loin dans le temps (aux confins naissants des XVIĂš et XVIIĂš avec Diego Ortiz, Vincenzo Bonizi, Girolamo Frescobaldi
), pour Ă©voluer sans jamais faillir Ă  son identitĂ© profonde jusqu’à la fin du XVIIIĂš, soit (aprĂšs Vivaldi et JS Bach), vers Geminiani, Cirri et surtout le prĂ©romantique Luigi Boccherini
 Bruno Cocset, fondateur depuis 1996 des Basses RĂ©unies, compose ici un florilĂšge musical Ă  partir de ses propres enregistrements chez l’éditeur Alpha (avec certains complĂ©ments inĂ©dits), pour mieux coller au texte / essai signĂ© par Marc Vanscheeuwijck.

 

 

 

Bruno Cocset et son ensemble Les Basses RĂ©unies explorent l’odyssĂ©e du violoncelle au XVIIĂš et XVIIIĂšme siĂšcles

Violone, basse de violon, basse ou tĂ©nor “alla bastarda”
 le violoncelle baroque et classique dans tous ses Ă©tats

 

 

bruno_cocsetLes 5 disques disent ainsi une Ă©popĂ©e historique, organologique, musicale donc esthĂ©tique dont les jalons sont les origines (cd1), l’Italie et la France (cd2), l’Ɠuvre de Jean-SĂ©bastien Bach (cd3 et cd4), enfin le violoncelle prĂ©romantique : « de Geminiani Ă  Boccherini » (cd5). Tous rĂ©alisations des Basses RĂ©unies. De Vincenzo Bonizi Ă  Luigi Boccherini, 2 siĂšcles d’écriture et d’évolution musicale vous attendent dans ce coffret Ă©ditorialement fort, iconographiquement riche, oĂč, fait rare, l’alliance du texte, de la musique et de l’image fonctionne Ă  merveille. Le fondateur des Basses rĂ©unies, actuel directeur du formidable Ă©lan de travail, de recherche et de crĂ©ation Ă  Vannes (au sein du Vannes Early Music Institute, VEMI), Bruno Cocset a pilotĂ© ainsi un ouvrage qui transmet sa passion du violoncelle. L’ensemble du corpus musical rend compte des nombreux champs explorĂ©s par Les Basses RĂ©unies, miroir d’un geste affĂ»tĂ©, curiositĂ© Ă©tendue, somptueuse sensibilitĂ© interprĂ©tative Ă  l’appui. L’épopĂ©e-saga ainsi restituĂ©e est liĂ©e directement Ă  la formidable aventure du violoncelliste / gambiste et celle de son facteur en titre, Charles RichĂ© qui lui a construit au cours des programmes et des recherches pas moins de 9 instruments, chacun ayant son propre univers sonore, sa pratique et son jeu propres, ses Ɠuvres restituĂ©es selon ses qualitĂ©s ; tels les acteurs d’une scĂšne aux multiples dĂ©couvertes et expĂ©riences sonores, le violoncelle d’aprĂšs Gasparo da Salo, dĂ©fenseur des Suites I et V de Bach, capable aussi de devenir un somptueux tĂ©nor ; puis entre autres, une puissante basse de violon (ou violone) d’aprĂšs les Amati, et un tĂ©nor Ă  5 cordes d’aprĂšs le mĂȘmes Amati, exposent selon les partitions rĂ©investies, et grĂące Ă  leur sonoritĂ© respective, le souffle expressif, la verve et la langueur poĂ©tique, originels
, « avec comme fil conducteur la corde en boyau, organique et vivante », ainsi que le prĂ©cise dans sa remarquable introduction Bruno Cocset ; et que confirme aussi le choix du visuel de couverture de ce coffret Ă©vĂ©nement. Ainsi la VolubilitĂ© de Geminiani est dĂ©fendu par le tĂ©nor alla Bastarda d’aprĂšs Amati ; la noblesse prĂ©classique d’un Cirri fait Ă©couter la souplesse caressante de la rĂ©plique du Gasparo da salo, et ses formidables rĂ©sonances graves
 tandis que les Boccherini – volets conclusifs de la saga, saisissent grĂące au chant spĂ©cifique du violoncelle concertant dit « Le Boccherini » justement rĂ©alisĂ© par Charles RichĂ© en 2004. Aux cĂŽtĂ©s des gravures dĂ©jĂ  Ă©ditĂ©es, la sĂ©lection comprend aussi quelques piĂšces inĂ©dites : telles les partitions d’Ortiz, Bonizzi, Vitali (Bergamasca), Antoni, sonata de Marcello, enfin la Sonate en do majeur du mĂȘme Cirri, dĂ©jĂ  cité 

CLIC_macaron_2014Grand critique du coffret CELLO STORIES / Histoires de violoncelle, Les Basses RĂ©unies / Bruno Cocset — 5cd, Ă©ditĂ© chez Alpha, Ă  venir, le 6 septembre 2016, date de la parution du coffret. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2016.

CANTUS : Ave Maria de Piazzolla par Christian-Pierre La Marca, violoncelle

La-MARCA-christian-Pierre-violoncelle-cantus-sony-classicalCD Ă©vĂ©nement, “CLIC” de CLASSIQUENEWS : Cantus est le nouvel album du violoncelliste français Christian-Pierre La Marca. Voyage en terre sacrĂ©e : JS BACH, VIVALDI, BARBER, PIAZZOLLA… Christian Pierre La Marca rĂ©invente l’exercice du voyage intĂ©rieur, une collection de piĂšces sacrĂ©es revisitĂ©es, rĂ©arrangĂ©es Ă  la vocalisĂ© ardente, expressive, mĂ©ditative. 1 cd SONY CLASSICAL (parution : 26 fĂ©vrier 2016) © studio CLASSIQUENEWS.COM 2016

LIRE aussi notre critique complĂšte du nouveau cd de Christian-Pierre La Marca : Cantus (1 cd Sony Classical)

CANTUS visuel def

CLIC_macaron_2014CD Ă©vĂ©nement, compte-rendu critique. CANTUS : airs sacrĂ©s transposĂ©s d’aprĂšs JS Bach, Tavener, Haendel, Barber, Piazzolla, Saint-SaĂ«ns, Allegri. Enluminures de Thierry Escaich. Christian-Pierre La Marca, violoncelle. Les Ambassadeurs. Alexis Kossenko, direction. 1 cd Sony classical 88875098932 (enregistrement rĂ©alisĂ© en juillet et octobre 2015). Parution : le 26 fĂ©vrier 2016. CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier et mars 2016.

Cd compte rendu critique. Boccherini : Quatuors G. 195-200 (Symposium, 1 cd Brilliant classics, 2015)

Boccherini quatuors symposium 6 quatuors opus 26 review critique compte rendu CLASSIQUENEWS fevrier 2016 CoverCd compte-rendu critique. Boccherini : Quatuors G. 195-200 (Symposium, 1 cd Brilliant classics, 2015). Nouvelle phalange chambriste italienne, l’ensemble Symposium jouant ici en quatuor autour de son fondateur l’altiste Simone Longhi s’intĂ©resse Ă  Bocherini, rĂ©vĂ©lant 6 volets de l’opus 26, cataloguĂ©s G 195, 196, 197, 198, 199 et 200 (“G” pour Yves GĂ©rard qui a Ă©tabli l’inventaire et le catalogue de l’Ɠuvre en 1969). L’ensemble rĂ©unit des Quatuors en 2 mouvements, forme promise Ă  maints amĂ©nagements formels et une constante Ă©volution sous la plume de Joseph Haydn jusqu’en 1800. Les deux compositeurs ont d’ailleurs Ă©changĂ© une abondante correspondance qui reste Ă  retrouver et analyser… Le gĂ©nie de Boccherini, auteur improbable et jugĂ© secondaire pourtant entre Italie et Espagne Ă  l’Ă©poque de la premiĂšre Ă©cole de Vienne, y gagnerait en explicitation voire rĂ©habilitation.

 
 
 

Les Symposium, nouveaux ambassadeurs d’un Boccherini raffinĂ© irrĂ©sistible

 

boccheriniElĂ©gance, raffinement extrĂȘme, ornementation parfois surabondante mais d’une dĂ©licieuse Ă©loquence (entre Ă©quilibre et sophistication), l’Ă©criture du madrilĂšne “Luis” Boccherini mĂ©rite bien sa rĂ©putation de gĂ©nie chambriste, un Ă©gal de Haydn pour l’Italie et l’Espagne. NĂ© Italien (Ă  Lucca /Lucques en 1743) mais rĂ©sident quasiment toute sa vie Ă  Madrid Ă  la Cour des Bourbons d’Espagne – en particulier au service du frĂšre de Charles III, l’Infant Don Luis, grand mĂ©lomane et son protecteur jusqu’Ă  sa mort en 1785, Luigi Boccherini fut un virtuose du violoncelle et marque particuliĂšrement l’exercice si difficile de la conversation en musique, dans un cadre intimiste.
AprĂšs la mort de l’Infant, Boccherini se retrouve un mĂ©cĂšne Ă  distance (depuis l’Espagne et Madrid) en la personne du Roi de Prusse : FrĂ©dĂ©ric Guillaume II (1786-1796), joueur de violoncelle et lui aussi mĂ©lomane avisĂ© comme exigeant ; puis grĂące au goĂ»t de Lucien Bonaparte, ambassadeur de France Ă  Madrid qui se passionne pour l’Ă©lĂ©gance de ses partitions (1800-1801).

 

 

 

Goya La_familia_del_infante_don_Luis

 

 

PrĂ©cis, nuancĂ©s, et d’une Ă©quilibre subtil, les 4 musiciens de Symposium relĂšvent tous les (nombreux) dĂ©fis de 6 Quatuors jamais enregistrĂ©s au disque ; ces 6 Quatuors retenus ici, portent avec une rare intensitĂ©, le souci d’Ă©lĂ©gance mondaine pas creuse et d’Ă©loquence partagĂ©e mais pas bavarde, d’une musique d’un raffinement absolu. ProtĂ©gĂ© de l’Infant Don Luis, Boccherini vit dans les annĂ©es 1780 ses heures les plus heureuses dont tĂ©moignent les qualitĂ©s d’une musique extrĂȘmement bien Ă©crite qui exige prĂ©cision rythmiques, nuances dynamiques, complicitĂ© et surtout subtilitĂ© de chaque instrumentiste . Jamais l’art de Cour et le raffinement d’une vie sociale soucieuse d’esthĂ©tisme et d’Ă©ducation ne s’est tant manifestĂ© que dans l’art hautement complexe et exigeant du Quatuor Ă  l’Ă©poque des LumiĂšres. Aux cĂŽtĂ©s de Haydn et de Mozart, Boccherini fait figure de pair, emblĂ©matique d’une sensibilitĂ© originale et formellement affinĂ©e, comme le fut aussi un Domenico Scarlatti pour le clavecin.
La facilitĂ© mĂ©lodique, l’entrain rythmique non dĂ©nuĂ© d’une insouciance amusĂ©e qui rappelle l’humour et la facĂ©tie Haydnienne (Minuetto con moto – Trio du 198), voire parfois la grĂące mozartienne approchĂ©e dans les derniers Quatuors de ce cycle (les G 199 et 200) s’offrent ainsi comme dĂ©fis aux interprĂštes de Symposium : mais les instrumentistes italiens y ajoutent comme ici ce mordant plus sombre, symptĂŽme d’une gravitĂ© sourde prĂ© schubertienne d’une ineffable tendresse nostalgique (Andante appasionato ma non lento du trĂšs subtil G 200 auquel va toute notre admiration). L’indice d’une rĂ©ussite Ă©clatante se mesure Ă  la maĂźtrise des accents, des nuances tĂ©nues qui basculent inĂ©luctablement chaque piĂšce de l’expression d’un grand raffinement au chant d’un esthĂ©tisme juste et naturel. Autant de qualitĂ©s expressives et d’une grande technicitĂ© habitĂ©e qui font les grands interprĂštes. La sensibilitĂ© et la complicitĂ© articulĂ©e et flexible des instrumentistes de Symposium suscitent donc le meilleur accueil. C’est Ă©videmment un CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2016. Le cd serait l’amorce d’une nouvelle intĂ©grale Boccherini, passionnante, Ă  venir… A suivre de prĂšs donc.

 

 

 

CLIC D'OR macaron 200Cd compte rendu critique. Luigi Boccherini : Quatuors G. 195-200 opus 26. Ensemble / Quatuor Symposium – 1 cd Brilliant classics 95302, enregistrement rĂ©alisĂ© en aoĂ»t 2015, en Italie). CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2016

 

 

Illustration : TrĂšs judicieusement et avec un rare sens de l’exactitude artistique entre les disciplines, les concepteurs du cd reprĂ©sentent en couverture le portrait collectif par Goya, de l’Infant Don Luis et de sa famille, entourĂ©s par les artistes proches de sa cour, dont Ă©videmment “Luis” Boccherini lui-mĂȘme, debout en tunique rouge et de profil. Composition datĂ©e de 1783, soit 4 ans aprĂšs la composition des 6 Quatuors de l’opus 26 ici enregistrĂ©s.

 

 

CD, compte rendu critique. The Franchomme Project. Partitions rĂ©cemment redĂ©couvertes d’Auguste Franchomme (1 cd Delos

franchomme project auguste franchomme nouvelles partitions newly discovered scores review critique classiquenewsCD, compte rendu critique. The Franchomme Project. Partitions rĂ©cemment redĂ©couvertes d’Auguste Franchomme (1 cd Delos). NĂ© Lillois Ă  l’aube du XIXĂš, Auguste-Joseph Franchomme (1808-1884) est ce violoncelliste et compositeur français, professeur au Conservatoire de Paris qui affirme une belle crĂ©ativitĂ© aux cĂŽtĂ©s de son activitĂ© pĂ©dagogique tout au long du XIXĂš. En 1832, il fait partie de la Musique du Roi Louis-Philippe (qui le tenait en grande estime au sein de son orchestre) et rencontre Chopin dont il transpose plusieurs partitions comme en tĂ©moigne la premiĂšre oeuvre du programme(Andantino de la Ballade n°2 opus 38) ; Franchomme, comme ce dernier a la passion de Bellini (Ă©couter ici l’air inspirĂ© de la Norma pour violoncelle et piano : oĂč jaillit entre autres Casta diva….). ElĂ©ment pilier de trois l’orchestre de trois opĂ©ras parisiens, le compositeur avait tout loisir d’enrichir sa connaissance du rĂ©pertoire lyrique dans l’exercice de son mĂ©tier. Franchomme cultiva une solide amitiĂ© avec Chopin dont il aida Ă  publier les oeuvres aprĂšs sa mort en 1845.

Le violoncelle de Franchomme ressuscite avec Ă©clat

Le frĂšre de Chopin

Le prĂ©sent rĂ©cital Ă©claire la personnalitĂ© pragmatique et carrĂ©e, simple et rassurante, sobre et trĂšs musicale de Franchomme, qui ne fut pas seulement l’ami de Chopin Ă  Paris, mais un violoncelliste particuliĂšrement adulĂ© et estimĂ©, un pĂ©dagogue avisĂ© et admirĂ©.
CLIC D'OR macaron 200SensibilitĂ© musicale d’envergure, Franchomme exprime plus prĂ©cisĂ©ment une certaine langueur nocturne et belcantiste que manifestent idĂ©alement les deux partitions ici pour deux violoncelles (deux Nocturnes opus 15 et 14 n°1, emblĂ©matique des annĂ©es 1838-1839 dans le genre fixĂ© par John Field que Chopin transfigure et que Franchomme sublime lui aussi) d’une puissance tĂ©nue, Ă  la fois tendre et virile. Une finesse que nous apprenons Ă  redĂ©couvrir et qui renseigne prĂ©cisĂ©ment l’exigence et l’Ă©lĂ©vation poĂ©tique d’un immense violoncelliste qui fonda aussi la trĂšs influente sociĂ©tĂ© de musique de chambre avec le violoniste Jean Delphin Alard, dont les lectures des quatuors et Sonates de Mozart et Beethoven furent particuliĂšrement applaudies.
Ce que rĂ©vĂšle le programme et la trĂšs subtile sĂ©lection de partitions choisies, c’est Ă©videmment l’acuitĂ© d’une Ă©criture instrumentale trĂšs influencĂ©e par l’opĂ©ra, oĂč se mĂȘlent l’esprit mĂ©lancolique de Schubert et la sĂ©duction de Mozart (Solo pour violoncelle opus 18 n°3) mais aussi l’esthĂ©tique portĂ©e sur l’intĂ©rioritĂ© et la suggestion (cf cette rĂ©serve extrĂȘme dont parle Berlioz) incarnĂ©e par les affinitĂ©s en dialogue entre les personnalitĂ©s que Franchomme a su rĂ©unir autour de lui : Chopin donc, mais aussi Hiller, Berlioz, Mendelssohn…
La prodigieuse musicalitĂ© de Franchomme comme compositeur se lit sans rĂ©serve dans la transposition de la marche funĂšbre d’aprĂšs Chopin pour 4 violoncelles et piano (Ă©lĂ©ment central de sa Sonate n°2 opus 35); d’une acuitĂ© hypnotique. Sans omettre l’Ă©lĂ©gance suave et faussement insouciante de la Mazurka opus 33. Autant de qualitĂ©s d’une invention constante et perfectionniste que le chant intĂ©rieur des interprĂštes de ce disque (majoritairement amĂ©ricains) en tout point convaincants, cultive avec une sensibilitĂ© ardente, dramatique, sensuelle. Superbe rĂ©vĂ©lation.

CD, compte rendu critique. The Franchomme Project. Partitions rĂ©cemment redĂ©couvertes d’Auguste Franchomme. Louise Dubin, Julia Bruskin, SĂŠunn Tortsteinsdottir, Katherine Cherbas, violoncelles. HĂ©lĂšne Jeanney et Andrea Lam, piano. 1 cd Delos. DurĂ©e : 1h07. Enregistrement rĂ©alisĂ© en 2012 et 2014 au New Jersey.

CD, compte rendu critique. ” DĂ€mmerung “. Sonates violoncelle piano de Zemlinsky, Erno von Dohnanyi (Larissa Groeneveld, violoncelle. Franck Van de Laar, piano, 1 cd Gutman Records, 2014 / 2015). Enregistrements rĂ©alisĂ©s en septembre 2014 et fĂ©vrier 2015 au Pays-bas.

Groeneveld larissa violoncelle cello review compte rendu critique cd classiquenews zemlinsky dohnanyi cd gutman records CLIC classiquenews 2 visuel artistes cover cd CLIC de classiquenewsCD, compte rendu critique. ” DĂ€mmerung “. Sonates violoncelle piano de Zemlinsky, Erno von Dohnanyi (Larissa Groeneveld, violoncelle. Franck Van de Laar, piano, 1 cd Gutman Records, 2014 / 2015). Enregistrements rĂ©alisĂ©s en septembre 2014 et fĂ©vrier 2015 au Pays-bas. La violoncelleiste nĂ©erlandaise Larissa Groeneveld signe dans ce double cd un exceptionnel album rĂ©vĂ©lant de secrĂštes affinitĂ©s avec l’hĂ©ritage brahmsien tardif, celui de Zemlinsky et surtout avec le chambrisme scintillant et versatile de Dohnanyi. Trop rare en France, l’artiste offre donc une opportunitĂ© de la dĂ©couvrir dans ce programme exaltant et saisissant. Superbe et somptueuse sensibilitĂ© artistique que celle de la violoncelliste Larissa Groeneveld qui signe ici un album d’une maturitĂ© filigranĂ©e, sertie d’intelligence et de profondeur sans effet ni diluation : les phrasĂ©s sont finement ciselĂ©s, et le rubato d’une libertĂ© de ton particuliĂšrement prĂ©cis qui lui permet de sentir de l’intĂ©rieur, la grande versatilitĂ© expressive des Ɠuvres sĂ©lectionnĂ©es. Tant de contrĂŽle et de maĂźtrise s’impose Ă  nous dĂšs les 3 StĂŒcke pour violoncelle de 1891 de Zemlinsky : texture vif argent, crĂ©pusculaire et d’un post romantique brahmsien d’une totale finesse d’intonation qui sait – magistralement Ă©viter toute surenchĂšre et tout pathos. La subtilitĂ© et la mesure de la violoncelliste sont irrĂ©sistibles. La Sonate de Fock (1884, rĂ©visĂ©e en 1931) est plus lisse, ouvertement brahmsienne, mais le jeu toute en nuances de Larissa Groenveld sait en Ă©clairer les multiples Ă©clairs et accents Ă©motionnels. Sa sonoritĂ© dĂ©licate, Ă  fleur de peau reste constamment vive et palpitante. Un modĂšle d’articulation sobre et pourtant chantante (allegretto grazioso).

InterprĂšte vive et subtile de Zemlinsky et Dohnanyi,

Les Zemlinsky et Dohnanyi enchantés de Larissa Groeneveld

Groeneveld larissa violoncelle cello review compte rendu critique cd classiquenews zemlinsky dohnanyi cd gutman records CLIC classiquenewsClassique mais d’un romantisme d’une tendre Ă©lĂ©gance, racĂ©e et vive, la Sonate pour violoncelle en la mineur de 1894 de Zemlinsky couronne la rĂ©ussite du cd1 : ivresse suspendue de son premier mouvement notĂ© “Mit Leidenschaft” dont la soliste exprime les miroitements intĂ©rieurs avec une maturitĂ© et une clartĂ© saisissantes. Entre ĂąpretĂ© et lyrisme tendre au caractĂšre Ă©chevelĂ©, l’instrumentiste trĂšs investie restitue avec panache et prĂ©cision, la fine architecture interne du mouvement. L’Andante et sa marche intĂ©rieure sont intensĂ©ment vĂ©cus. Quand Ă  l’Allegretto final, il gagne une profondeur active d’une vitalitĂ© enthousiasmante, Ă©grĂšnant mille nuances de scintillements crĂ©pusculaires et lunaires. Le chant mordant, judicieusement incarnĂ© de la violoncelliste, d’une beautĂ© intĂ©rieure superlative, trouve en Franck Van de Laar un complice en parfaite affinitĂ©.
L’Ă©criture de Zemlinsky s’en trouve comme revivifiĂ©e : d’une vĂ©ritĂ© nouvelle, d’une force prĂ©servĂ©e, intacte et franche, loin des lectures miĂšvres et sirupeuses habituelles.
Le cd2 est tout aussi Ă©poustouflant dans sa rĂ©alisation et sa justesse poĂ©tique. DĂ©diĂ© Ă  cet autre mĂ©connu, mĂ©sestimĂ© – comme Zemlinsky, soit Erno von Dohnanyi (1877-1960), Ă©lĂšve de d’Albert ; pianiste virtuose et adulĂ© mondialement, Dohnanyi est cette Ă©toile musicale entre Liszt et Bartok dont il fut le condisciple : un Hongrois mĂ©sestimĂ© et pourtant scintillant d’une sensibilitĂ© ardente et grave. C’est peu dire que les deux instrumentistes totalement en phase, savent exprimer le volcan intĂ©rieur qui soustend la passion versatile du premier mouvement de l’Ă©blouissante Sonate tripartite opus 8 de 1899, entre morsure amĂšre et tendresse vive, d’une eau jaillissante et pure, libĂ©rĂ©e avec une grĂące d’intonation exceptionnelle. Inscrit dans la pĂ©riode la mieux inspirĂ©e du maĂźtre de Solti – c’est Ă  dire avant la premiĂšre guerre mondiale, l’Opus 8 atteint ici des sommets d’expressivitĂ© fine et d’une suractivitĂ© syncopĂ©e que le jeu tout en flexibilitĂ© de la violoncelliste rĂ©tablit dans sa profonde cohĂ©sion organique (Ă©blouissant Scherzo / Vivace assai). L’ampleur mĂ©ditative et pleine de dĂ©tachement en renoncement du dernier et troisiĂšme Ă©pisode – adagio no troppo, touche par sa candeur Ă©merveillĂ©e et tĂ©nue, lĂ  aussi d’une sobriĂ©tĂ© expressive, digne des plus grands. Les deux instrumentistes ne font pas que dĂ©voiler l’extrĂȘme maĂźtrise d’Erno von Dohnanyi, ils en expriment aussi, aux cĂŽtĂ©s de la gĂ©ographie harmonique d’une originalitĂ© suprĂȘme, tous les Ă©lans, dĂ©sirs, aspirations les plus intimes avec une justesse de ton d’une saisissante vĂ©ritĂ©. Superbe rĂ©cital chambriste.

CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. DÀmmerung. Sonates violoncelle piano de Zemlinsky, Erno von Dohnanyi (Larissa Groeneveld, violoncelle. Franck Van de Laar, piano, 1 cd Gutman Records, 2014 / 2015). Enregistrements réalisés en septembre 2014 et février 2015 au Pays-bas. VISITER le site de la violoncelliste Larissa Groeneveld

 

 

 

 

 

tracklisting :

CD 1

Alexander von Zemlinsky (1871-1942)

Drei StĂŒcke for cello and piano (1891)

1 Humoreske 3:14

2 Lied 2:57

3 Tarantell 1:43

Gerard von Brucken Fock (1859-1935)

Sonata for piano and cello in E minor (1884,

revision 1931)

4 Allegro non troppo 8:07

5 Allegretto grazioso 4:18

6 Adagio 1:57

7 Allegro non troppo, ma con spirito 6:30

Alexander von Zemlinsky (1871-1942)

Sonata for cello and piano in A minor (1894)

8 Mit Leidenschaft 10:53

9 Andante 8:28

10 Allegretto 8:12

CD 2

ErnƑ von Dohnányi (1877-1960)

Sonata for cello and piano in B-flat major, op.8 (1899)

Sonate pour violoncelle et piano en la majeur opus 8

11 Allegro ma non troppo 8:32

12 Scherzo. Vivace assai 5:09

13 Adagio non troppo -Tema con variazioni. Allegro Moderato 13:17

LIRE ici le texte intégral (anglais) de la notice livret qui accompagne les 2 cd et présentent compositeurs et oeuvres jouées.

 

New-York, Metropolitan Museum. Le violoncelle de Charles IX (« Le Roi ») s’expose du 11 juin au 8 septembre 2015

violoncelle-le-roi-charles-IX-1570-andrea-amatiNew-York, Metropolitan Museum. Le violoncelle de Charles IX (« Le Roi ») s’expose du 11 juin au 8 septembre 2015. C’est le violoncelle le plus ancien du monde et il est français : commandĂ© par la Cour de France au XVIĂš au luthier italien Andrea Amati et conservĂ© dans la Chapelle royale de Versailles par Louis XIV jusqu’à sa disparition lors de l’invasion des insurgĂ©s Ă  Versailles en 1789 (5 et 6 octobre).

Violoncelle royal pour Charles IX (1570)

Le roi amati charles IX 3351AmatiKingcellobackuprightL’exposition du Metropolitan Museum of Arts de New York expose les instruments remarquables fabriquĂ©s par le luthier italien Andrea Amati et ses fils. La piĂšce maĂźtresse de l’exposition new yorkaise en est le violoncelle commandĂ© avec de nombreuses autres piĂšces (38 instruments au total) par Charles IX au XVIĂšme siĂšcle (1570). Il a subi une « restauration » au XIXĂš, en 1802, par le luthier SĂ©bastien Renault qui en modifie largeur et longueur sans entamer la lisibilitĂ© de son dĂ©cor peint : inscriptions (« pietate » pour piĂ©tĂ© ; « Ivsticia » pour justice ; la lettre « K » pour Karolus / Charles, et emblĂšmes et devises du Roi.  AprĂšs sa dispersion / disparition en 1789, l’instrument reparaĂźt , il est rachetĂ© par le luthier anglais John Edward Betts, exposĂ© Ă  Londres (1872,1904), New York (1968), CrĂ©mone (1982), puis dĂ©posĂ© au Shrine to Music Museum oĂč il est toujours conservĂ© (Vermillion, Dakota du Sud).  L’exposition new yorkaise de l’étĂ© 2015 expose deux autres instruments de la commande de Charles IX en 1570 (un violon et un alto Ă©galement signĂ©s Amati). Le son de l’instrument serait supĂ©rieur Ă  celui des meilleurs Stradivarius (rapport de Charles Beare en 1982). Qui sait s’il sera jouĂ© un jour en public ?

LIRE la page dédiée au King (Le Roi, from The Rawlins Gallery on line) au National Music Museum (focus photographiques possibles)

Johannes Moser, violoncelle


arte_logo_175Télé, Arte. Le 2 juin 2013, 16h20. Portrait de Johannes Moser, violoncelle

Une journée dans la vie du violoncelliste Johannes Moser. 
La musique est un sport : la quĂȘte d’une perfection atteinte au prix d’une discipline de fer. L’artiste germano-canadien Johannes Moser n’a pas envie de choisir entre le violoncelle classique et sa variante Ă©lectrique, le violoncelle amplifiĂ©. Il joue des deux instruments avec maestria, et certains compositeurs contemporains ont dĂ©jĂ  Ă©crit des Ɠuvres pour violoncelle Ă©lectrique spĂ©cialement pour lui. L’an passĂ©, en septembre, il faisait ses dĂ©buts avec l’Orchestre philharmonique de Berlin. Evidemment, on attendait de lui qu’il joue du violoncelle classique. Car Johannes Moser avait Ă©tĂ© personnellement invitĂ© par le chef d’orchestre indien Zubin Mehta. Pour cet Ă©vĂ©nement – une sĂ©rie de quatre concerts – l’artiste a fait appel Ă  une coach spĂ©cialisĂ©e dans le mental. Johannes Moser s’est inspirĂ© de la prĂ©paration des sportifs de haut niveau. Il faut dire que le violoncelliste n’aime pas laisser de place au hasard.

Un film de Holger Preuße