Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole ; Le 11 fĂ©vrier 2015 ; Richard Wagner(1813-1883) : Tristan et Isolde, action musicale en trois actes sur un livret du compositeur crĂ©Ă©e le 10 juin 1865 Ă  Munich . Production du ThĂ©Ăątre du Capitole (2007) ; Nicolas Joel : mise en scĂšne ; Andreas Reinhardt : dĂ©cors et costumes ; Vinicio Cheli : lumiĂšres ; Robert Dean Smith :Tristan ;Elisabete Matos : Isolde ; Daniela Sindram : Brangaene ; Stefan Heidemann : Kurwenal ; Hans-Peter Koenig : Le Roi Marc ; Thomas DoliĂ© : Melot ; Paul Kaufmann, Un Berger / Un Matelot ; ChƓur du Capitole : Alfonso Caiani, direction ; Orchestre national du Capitole ; Claus Peter Flor : direction musicale.

Wagner 2014 : Le Ring nouveau de BayreuthCette production maison de Tristan et Isolde remonte Ă  2007 lorsque Nicolas Joel Ă©tait maĂźtre des lieux. Sa mise en scĂšne est sobre, laisse toute sa place Ă  la musique et jamais l’oeil n’est distrait. Au contraire la stylisation des Ă©lĂ©ments de dĂ©cors esthĂ©tisant le propos. Le grand plateau mouvant du premier acte rend perceptible l’élĂ©ment marin et la lente montĂ©e de l’astre lunaire coĂŻncide Ă  son apogĂ©e avec la rencontre des futurs amants et l’effet du philtre. A l’acte 2, le fond de scĂšne entiĂšrement Ă©toilĂ© crĂ©e une nuit enveloppant les amants. Le roc sur lequel est Ă©tendu Tristan Ă  l’acte 3 puis le nuage de mĂ©lancolie qui surplombe les amants fait sens : leur absolue solitude est Ă©vidente.

 

 

 

Fluide et beau Tristan Ă  Toulouse

 

La sobriĂ©tĂ© du jeu d’acteur est comprĂ©hensible avec des chanteurs si peu acteurs et chacun concentrĂ© sur son rĂŽle Ă©crasant. Seule la Brangaene de Daniela Sindram  est actrice sensible et accomplie. Le roi Marc de Hans-Peter Koenig  tout de noblesse et de retenue touche visuellement par l’autoritĂ© bienveillante de son jeux. Les beaux costumes aux couleurs franches, sont empesĂ©s et ne permettent pas une grande libertĂ© de mouvement.

Dans cette mise en scĂšne plutĂŽt statique, l’opĂ©ra avance pourtant grĂące Ă  une direction musicale trĂšs thĂ©Ăątrale. Claus Peter Flor dirige admirablement cette partition fleuve abolissant temps et espace. Lecture oĂč le thĂ©Ăątre est roi, l’analyse fine de la partition permet des nuances exquises et des couleurs instrumentales d’une grande richesse. Les phrasĂ©s sont intĂ©ressants et la construction d’ensemble de la succession des trois actes est trĂšs rĂ©ussie. L’orchestre du Capitole est royal, capable de toutes les finesses possibles, les nuances sont particuliĂšrement creusĂ©es. La spacialisation des cors et du cor anglais est magnifiquement rĂ©alisĂ©e.

 

 

Tristan-et-Isolde-4914-crĂ©dit-Patrice-Nin-682x1024Sur le plan vocal l’Isolde d’Elisabete Matos est solide et vaillante. Elle arrive a chanter son Liebestod sans faiblesse, mais sans gĂ©nie. La voix puissante est sans particularitĂ©, les phrasĂ©s ne sont pas toujours du niveau attendu. Par contre la Brangaene de Daniela Sindram est de haute lignĂ©e. La voix a un beau mĂ©tal ombrĂ© mais la clartĂ© du timbre par moments permet de comprendre comment cette belle cantatrice peut aborder des sopranos dramatiques comme Sieglinde. Le chant est subtil avec des phrasĂ©s nobles et un jeu de scĂšne poignant.  Du cĂŽtĂ© des hommes, incontestablement il n’y a eu aucune faiblesse dans la distribution. Le Tristan de Robert Dean Smith a un timbre juvĂ©nile et brillant. Nous avons connu cet artiste dans l’impossible rĂŽle du Kaiser dans la femme sans ombre de Richard Strauss. La soliditĂ© de la voix, la beautĂ© du timbre et l’absence de vibrato rendent justice au hĂ©ros sublime que doit ĂȘtre Tristan. Par contre le jeu du chanteur est assez inexistant.
Hans-Peter Koenig en Roi Marc est parfait. BeautĂ© du timbre, noblesse du jeu, subtilitĂ© des phrasĂ©s et perfection de la diction. Tout est lĂ  pour que l’émotion naisse dans sa grande tirade de l’acte 2. Stefan Heidemann en Kurvenal campe un personnage attachant, la voix est belle et la diction nette.
Les petits rĂŽle sont correctement tenus, avec une intense  Ă©motion chez Paul Kaufmann en berger. Les choeurs d’hommes sont impressionnants de prĂ©sence dans leurs courtes mais dĂ©terminantes interventions. Une belle production qui n’a pas perdu en intĂ©rĂȘt et qu’il a Ă©tĂ© bon de retrouver. C”est un Tristan fluide, la partition si troublante dĂ©roulant son envoĂ»tement sans heurts pour notre plus grand plaisir.

 

 

tristan-isolde-wagner-capitole-toulouse

 

Illustrations : P. Nin

 

 

Compte tendu, concert. Toulouse. Halle aux Grains, le 16 décembre 2014 ; Georg Friedrich Haendel (1685-1741) :  Le Messie, Oratorio en trois parties HWV 56 ; Susan Gritton, soprano ; Sara Mingardo, alto ; Benjamin Bernheim, ténor ; Andrew Foster William, baryton-basse ; Orfeo 55 ; Direction : Nathalie Stutzmann.

stutzmann nathalie schubert lieder IMG_0389-Nathalie-RT-Warmer_(c)_Simon_Fowler-480Nathalie Stutzmann est un chef qui petit Ă  petit s’impose par un sĂ©rieux et une vision personnelle de la musique qu’elle partage avec son orchestre Orfeo 55, dans une progression mutuelle des plus sympathiques. Diriger le cĂ©lĂ©brissime Messie, c’est oser se soumettre Ă  des comparaisons tant il est rare de trouver des auditeurs ne connaissant pas le chef d‘Ɠuvre de Haendel.

Un Messie agréablement théùtral

Haendel, handel MessieLe public de la Halle aux Grains a Ă©tĂ© conquis par cette interprĂ©tation riche en qualitĂ©s. Tout d’abord une thĂ©ĂątralitĂ© qui fait avancer chaque partie Ă  son rythme. Le tempo allant, comme l’énergie Ă©manant de la direction, donnent un sentiment de facilitĂ© d’écoute des plus confortables. L’orchestre est virtuose et plein de fougue, le choeur de chambre, lĂ©ger et dansant.  L‘effectif permet de belles nuances et chaque pupitre est Ă©quilibrĂ© avec des couleurs franches. Seul le pupitre des basses est un peu clair et a eu des moments de vocalisation difficiles. Les couleurs des alti et tĂ©nors, voix intermĂ©diaires, parfois trop discrĂštes,  leur ont permis une trĂšs belle prĂ©sence tout au long de la soirĂ©e. Cette conception chambriste et dansante du Messie a dĂšs la premiĂšre partie conquis le public. La douleur et l’ampleur ont ensuite pu se dĂ©velopper avec Ă©vidence, avec le mĂȘme sentiment d’avancer facilement. Les solistes ont magnifiquement interprĂ©tĂ© leurs airs. Deux musiciens hors pairs nous ont rĂ©galĂ© par la perfection de la voix, du style comme de l’émotion.

Sara Mingardo avec son timbre unique et sa dĂ©licate technique a envoutĂ© le public. Elle a osĂ© des nuances infimes dans les reprises qui ont permis Ă  l’émotion de se dĂ©ployer encore.

Le jeune tĂ©nor Benjamin Bernheim la rejoint sur le mĂȘme niveau de musicalitĂ©. Belle voix lumineuse et musicien sensible il a su dĂšs son rĂ©citatif d’entrĂ©e et son premier air capter l’attention du public.

En troisiĂšme partie leur duo «  O death where is thy sting » a Ă©tĂ© un pur moment de grĂące, par l’accord des timbres, des nuances, des phrasĂ©s, des sensibilitĂ©s.  La soprano Susan Gritton dont la voix est un peu lourde en premiĂšre partie a su dĂ©ployer son sens du thĂ©Ăątre tout particuliĂšrement dans son air « I know that my Redeemer liveth ». Seule petite faiblesse la basse Andrew Foster-Williams nous a semblĂ© ce soir brutaliser un instrument manquant d’assise grave et vocaliser en force. Il lui a un peu manquĂ© la souplesse dansante de ses collĂšgues.

Nathalie Stutzmann a su s’imposer en chef de grandes Ɠuvres. Ce Messie trĂšs rĂ©ussi, en sa conception personnelle assumĂ©e, lui ouvre un bel avenir. Nous suivrons avec attention ses autres projets.

Compte tendu, concert. Toulouse. Halle Aux Grains, le 16 décembre 2014 ; Georg Friedrich Haendel (1685-1741) :  Le Messie, Oratorio en trois parties HWV 56 ; Susan Gritton, soprano ; Sara Mingardo, alto ; Benjamin Bernheim, ténor ; Andrew Foster William, baryton-basse ; Orfeo 55 ; Direction : Nathalie Stutzmann.

Compte rendu, opĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 21 novembre 2014. Benjamin Britten (1913-1976) : Owen Windgave, Le Tour d’écrou. David Syrus, Walter Sutcliffe.

Quelle intelligence de proposer Ă  Walter Sutcliffe une telle gageure ! FrĂ©dĂ©ric Chambert a en effet osĂ© demander au metteur en scĂšne britannique d‘utiliser le mĂȘme dĂ©cor pour deux opĂ©ras de Britten crĂ©ant ainsi une perspective vertigineuse sur la maltraitance infantile dans les familles.  Nous garderons en effet de cette aventure un enrichissement inattendu des Ɠuvres de Britten. Si chaque opĂ©ra seul, de part sa puissance thĂ©Ăątrale, vaut  habituellement une soirĂ©e d‘opĂ©ra, ce qui sera rĂ©alisĂ© plus tard Ă  Toulouse qui propose chaque opĂ©ra sĂ©parĂ©ment, nous pouvons Ă©crire que la puissance de ces deux Ɠuvres dans leur suite, donne Ă  penser comme rarement Ă  l’opĂ©ra. La mise en scĂšne de Walter Sutcliffe est digne du thĂ©Ăątre : chaque acteur-chanteur fait bien plus que d’habitude Ă  l’opĂ©ra. Physiques parfaitement liĂ©s aux rĂŽles, voix belles et diction parfaite permettent au spectateur de suivre avidement deux actions thĂ©Ăątrales fulgurantes, grĂące Ă  des artistes trĂšs engagĂ©s.

 

 

 

Choc salutaire

 

_59P9160Owen Wingrave dĂ©fend avec audace un pacifisme pensĂ©, argumentĂ©, courageux dans une famille oĂč plus personne ne pense plus depuis longtemps, chacun rĂ©pĂ©tant sans en rien comprendre, tels des perroquets dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©s, une ode Ă  la mort des mĂąles et agissant en serviteurs zĂ©lĂ©s de Thanatos. Le pauvre Owen, de retour dans sa famille aprĂšs sa formation, abasourdi par tant de bĂȘtise et de mĂ©chancetĂ© entremĂȘlĂ©es perdra la vie, volontairement 
 ou tuĂ© par un membre de la famille, la question reste ouvert. Chacun dans cette piĂšce oppressante joue et chante Ă  merveille : Dawid Kimberg  avec une voix lumineuse en Owen, une dignitĂ© et une noblesse perceptible touche le cƓur dans son monologue pacifiste. VoilĂ  des mots puissants Ă  se rĂ©pĂ©ter sans cesse :

La paix n‘est pas oisive mais vigilante. La paix n’est pas consentement mais quĂȘte. La paix n’est pas muette, elle est la voix de l’amour.

Toutefois face Ă  tant de vide de pensĂ©e et tant de haines, rien de  cette intelligence et de cette force d’ Ăąme n’a pu tenir
 Le dĂ©cor est rĂ©duit en hauteur afin de permettre aux acteurs de gagner en prĂ©sence pour le spectateur. Le jeu est habile et naturel. Vocalement chaque voix est parfaitement choisie et lâ€˜Ă©quilibre gĂ©nĂ©ral est remarquable.

Le manoir de Paramore est sinistre Ă  souhait. Les Ă©clairages de Wolfgang Goebbel accentuent le malaise et rendent perceptible l’oppression d’ Owen.

L‘orchestre est magnifique, les choeurs surnaturels glacent le sang. Et la ballade macabre de la famille Wingrave est chantĂ©e de maniĂšre inoubliable par Thomas Randle. Les costumes parfaitement assortis aux dĂ©cors dans des tons subtilement associĂ©s sont du meilleur goĂ»t. Kaspar Glarner a fait un travail d’orfĂšvre.

_59P9454Retrouver des Ă©lĂ©ments de dĂ©cors dĂ©tournĂ©s avec esprit dans Le Tour d’écrou accentue le malaise face Ă  l‘enfance maltraitĂ©e. LĂ -bas, les ancĂȘtre en portrait avaient menĂ©s Orwen Ă  la mort autant que les vivants. Ici, La prĂ©sence du tuteur si coupablement absent de la vie des enfants,  en des portraits gĂ©ants prend un sens nouveau. C’est par son abandon que les enfants ont Ă©tĂ© manipulĂ©s par des pervers, devenus fantĂŽmes prĂ©sents pour jamais dans l‘ñme, l’esprit et le corps des enfants. La pĂ©dophilie ne pouvant jamais ĂȘtre exclue, on devine que les mauvaises rencontres les ont dĂ©truit. Les deux rĂŽles d‘enfants chantĂ©s ont Ă©tĂ© remarquables et la puissance des voix parfaitement Ă©quilibrĂ©s avec celle des adultes. Plus lyrique que Owen Wingrave le Tour dâ€˜Ă©crou offre un rĂŽle Ă©mouvant Ă  la gouvernante. Anita Watson est un beau soprano lyrique qui joue ce personnage sensible et bon avec force et Ă©motion. Le Quint de Jonathan Boyd est aussi sĂ©duisant vocalement que le jeu de son personnage est rĂ©pugnant par sa lascivitĂ©, crĂ©ant une tension entre la vue et l’ouĂŻe qui dĂ©stabilise. Du grand art !

Avec concentration et une main de fer David Syrus obtient de l’Orchestre du Capitole une tension dramatique quasi insoutenable, dans une splendeur sonore de chaque instant. Bravo à tous les musiciens de  l’orchestre !

La mise en scÚne  de Walter Sutcliffe trouve tout au long de la soirée une théùtralité naturelle, comme la musique coule et le texte se déploie, en un spectacle total.

Cette association gĂ©nĂ©reuse offre un spectacle de prĂšs de quatre heures dont le spectateur ressort plus lucide, loin du conformisme ambiant. Un moment trop rare dans une salle d‘opĂ©ra. Merci Ă  FrĂ©dĂ©ric Chambert qui signe ici l’une de ses plus audacieuses productions au Capitole de Toulouse.

Compte rendu, opĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 21 novembre 2014. Benjamin Britten (1913-1976) : Owen Windgave, Le Tour d’écrou.  

Owen Wingrave, OpĂ©ra en deux actes sur un livret de Myfanwy Piper d’aprĂšs la nouvelle de Henry James crĂ©Ă© le 16 mai 1971 Ă  la tĂ©lĂ©vision, BBC 2, crĂ©ation scĂ©nique le 10 mai 1973 au Royal Opera House, Covent Garden, Londres. Walter Sutcliffe, mise en scĂšne ; Kaspar Glarner, dĂ©cors et costumes ; Wolfgang Goebbel, lumiĂšres. Avec : Dawid Kimberg, Owen Wingrave ; Steven Page, Spencer Coyle ; Steven Ebel, Lechmere ; Elisabeth Meister, Miss Wingrave ; Janis Kelly, Mrs Coyle ; Elizabeth Cragg, Mrs Julian ; Kai RĂŒĂŒtel, Kate Julian ; Richard Berkeley-Steele, GĂ©nĂ©ral Sir Philip Wingrave ; Thomas Randle, Le Narrateur / Le Chanteur de ballades. Production OpĂ©ra de Francfort (2010).

 

Et

 

Le Tour d’écrou, OpĂ©ra en deux actes et un prologue sur un livret de Myfanwy Piper d’aprĂšs la nouvelle de Henry James crĂ©Ă© le 14 septembre 1954 au Teatro la Fenice, Venise ; Nouvelle production ; Walter Sutcliffe, mise en scĂšne ; Kaspar Glarner, dĂ©cors et costumes; Wolfgang Goebbel, lumiĂšres. Avec: Jonathan Boyd, Le Narrateur / Peter Quint ; Anita Watson, La Gouvernante ; Francis Bamford / Matthew Price, Miles ; Lydia Stables / Eleanor Maloney, Flora ; Anne-Marie Owens, Mrs Grose ; Janis Kelly, Miss Jessel.

MaĂźtrise du Capitole, Alfonso Caiani direction ; Orchestre national du Capitole ; Direction musicale, David Syrus.

 

 

 

 

Illustrations : F. Nin © Capitole 2014.

 

 

Compte rendu, concert. Toulouse. Halle aux Grains, le 31 octobre 2014. Claude Debussy (1862-1918) : Nocturnes, triptyque symphonique avec chƓur de femmes ; Maurice Ravel (1875-1937) : ShĂ©hĂ©razade, trois poĂšmes pour chant et orchestre ; Felix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847) : Les songes d’une nuit d’étĂ© musique de scĂšne, op61 (extraits) ; Marianne Crebassa, mezzo-soprano ; ChƓurs du Capitole, chef de chƓur : Alfonso Caiani ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Pierre Bleuse, direction.

bleuse, pierrePierre Bleuse a sauvĂ© un programme ambitieux en acceptant de relever le dĂ©fi de diriger, en urgence, un copieux concert programmĂ© de longue date et que le chef Josep Pons, retenu au-delĂ  de PyrĂ©nĂ©es, n’a pu honorer de sa prĂ©sence. Au-delĂ  du sauvetage qui lui vaudrait toute notre sympathie et notre admiration il est indĂ©niable que Pierre Bleuse, violoniste de grand talent, venu assez rĂ©cemment Ă  la direction d‘orchestre, a convaincu par sa grande musicalitĂ©. Encore prudent dans sa gestuelle et trĂšs concentrĂ©, il a montrĂ© une belle qualitĂ© de clartĂ© des plans sonores, un intĂ©ressant dosage des nuances, surtout une capacitĂ© Ă  laisser chanter l‘orchestre dans une sorte de libertĂ© permettant Ă  la musique quelque soit son style de se dĂ©velopper.

Les trois Nocturnes de Debussy ont ainsi Ă©voquĂ© pour Nuages, une texture ouatĂ©e et ferme dans une lĂ©gĂšretĂ© trĂšs poĂ©tique avec des choeurs bouches fermĂ©es d’une subtile Ă©vocation. FĂȘte a caracolĂ© avec puissance et joie dans une trĂšs belle fermetĂ© rythmique. Dans SirĂšnes, le dosage entre le chƓur a moins fonctionnĂ© car les nombreuses sirĂšnes avaient des accents quelque peu wagnĂ©riens. Mais quel hĂ©donisme sonore !

La toute jeune mezzo-soprano Marianne Crebassa dĂšs son entrĂ©e sur scĂšne a irradiĂ© de sa douce prĂ©sence. Avant tout un timbre rare par sa couleur mordorĂ©e nous a envoutĂ© puis une diction claire et enfin une musicalitĂ© dĂ©licate avec de trĂšs beaux phrasĂ©s. Cette toute jeune cantatrice est promise Ă  un bel avenir d’autant que sa personnalitĂ© artistique semble attachante dans son Ă©coute et son partage avec l’orchestre et le chef. L’Orient Ă©voquĂ© dans ces trois mĂ©lodies sur des poĂšmes de Tristan Klingsor, a Ă©tĂ© ce soir avant tout poĂ©sie de l’imagination dĂ©barrassĂ©e d’une couleur locale trop appuyĂ©e. Les musiciens de l’orchestre ont rivalisĂ© de subtilitĂ©s et la direction souple de Pierre Bleuse a crĂ©e un climat de libertĂ© propice Ă  une magnifique musicalitĂ© partagĂ©e. Le public de s’y est pas trompĂ© quia a chaleureusement applaudi. Le pari de Pierre Bleuse Ă©tait gagnĂ© : il a su  transfĂ©rer sa sensibilitĂ© musicale de violoniste Ă  la direction d’orchestre.

En deuxiĂšme partie de programme le chƓur est revenu pour de trĂšs larges extraits de la musique de scĂšne du Songe d’une nuit dâ€˜Ă©tĂ© de Mendelssohn. Deux cantatrices sont venus se joindre Ă  l’orchestre afin de complĂ©ter les forces nĂ©cessaires Ă  une belle rĂ©alisation de ces pages magiques. Julie Wischniewski et Anne MagouĂ«t, sopranos, avec beaucoup de goĂ»t et de musicalitĂ© ont abordĂ© leurs airs et duos fĂ©Ă©riques. Le climat de poĂ©sie nocturne a semblĂ© particuliĂšrement inspirer Pierre Bleuse qui a su trouver des phrasĂ©s variĂ©s, des nuances subtiles. Il a Ă©galement lĂąchĂ© toutes les forces orchestrales dans une marche nuptiale enthousiasmante. Mais c’est bien le climat si particulier de ces pages de Mendelssohn si Ă©vocatrices de la nature dans sa beautĂ© et son mystĂšre qui a dominĂ© cette interprĂ©tation. Pierre Bleuse a Ă©galement su mettre des touches d‘humour bienvenues.  Le chƓur a apportĂ© de belles couleurs et une prĂ©sence pondĂ©rĂ©e cette fois.

Un trĂšs agrĂ©able concert sur le thĂšme du voyage et du rĂȘve qui a permis de dĂ©couvrir deux talents Ă  suivre. Nous espĂ©rons les retrouver bientĂŽt.

Compte rendu, opéra. Toulouse. Théùtre du Capitole, le 7 octobre 2014. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Un Ballo in Maschera, opéra en trois actes. Vincent Boussard, mise en scÚne ; Vincent Lemaire, décors ; Christian Lacroix, costumes ; Guido Levy, lumiÚres ; Avec : Dmytro Popov, Riccardo ; Vitaly Bilvy, Renato ; Keri Alkhema, Amelia ; Elena Manistina, Ulrica ; Julia Novikova, Oscar ; Aymery LefÚvre, Silvano ; Leonardo Neiva, Samuel ; Oleg Budaratschkyi, Tom ; Choeur et Maitrise du Capitole (chef de choeur Alfonso Caiani); Orchestre National du Capitole de Toulouse. Daniel Oren, direction.

ballo maschera bal masque verdi toulouseLe lever de rideau annonce une belle soirĂ©e d’opĂ©ra. Les cordes suraiguĂ«s sont subtiles, le canapĂ© sur lequel dort Riccardo avec une Ă©lĂ©gance trĂšs inhabituelle pour un tĂ©nor et la plastique gourmande du page oscar, vraie femme et non adolescent incertain, promettent une lecture de l’oeuvre pensĂ©e. Le beau portrait du monarque suspendu en fond de scĂšne fait passer le souffle de l’idĂ©al des LumiĂšres cher au XVIIIĂšme siĂšcle. Le choeur d’hommes est bien nuancĂ©. Le rĂ©veil du comte dĂ©guisĂ© en monarque fonctionne Ă  merveille entre rĂȘve et rĂ©alitĂ©,: il situe bien l‘idĂ©alisation de cet homme de pouvoir animĂ© par de bons sentiments. C’est en effet Dmytro Popov en Riccardo qui tient tout au long de l’opĂ©ra ses promesses. Longue voix de tĂ©nor spinto, aux couleurs magnifiques, au grain noble ; capable de nuances sur toute la tessiture avec des piani aigus de rĂȘve, ce  chanteur fera courir les foules.

Le superbe Riccardo du ténor Dmytro Popov

Ricardo ballo maschera verdi toulouse dmytro_popov_et_la_soprano_julia_novikova_lors_dune_repetition_au_capitole._photo_ddm_michel_vialaDe surcroit, c’est excellent acteur qui a une belle allure tant dans la lĂ©gĂšretĂ© que dans le drame. Quand on sait la difficultĂ© du rĂŽle, saluons bien bas une incarnation magistrale tant scĂ©nique que vocale, car cela tient  presque du miracle. Au firmament il restera pourtant bien seul. Car son Amelia est bien loin de son aisance scĂ©nique. Il faut dire Ă  sa dĂ©charge qu‘elle a Ă©tĂ© abandonnĂ©e Ă  son triste sort par le metteur en scĂšne et le costumier. Une petite robe noire en impermĂ©able transparent pour la scĂšne du gibet! Et rien dans ses attitudes qui trahissent l‘effroi peint par l‘orchestre ! Seul le dernier costume du bal lui sied un peu. Mais aucune direction d’acteur mĂȘme pour la mort de Riccardo. La voix de la soprano Keri Alkhema est toutefois celle d’une grande et puissante Amelia. Voix corsĂ©e capable d’allĂ©gements, avec des forte puissants et des sons piani dĂ©licats, elle sait admirablement phraser ces deux airs sublimes. Avec une Ă©motion poignante dans le deuxiĂšme. Le duo d‘amour restera comme une merveille de fusion vocale en plĂ©nitude de beau son. En Renato, le baryton verdi Vitaly Bilvy reste Ă  un niveau de prise de rĂŽle honnĂȘte sans trouver l’honneur ombrageux du personnage. Car non Renato n’est pas un simple mĂ©chant de mĂ©lodrame ! C’est un noble coeur tout fait d’abnĂ©gation qui souffre d’aveuglement et se laisse gagner par la mort quand l‘amour le menait jusqu’alors. Une belle voix un peu raide qui gagnera, nous l‘espĂ©rons en souplesse et en intelligence thĂ©Ăątrale avec l’expĂ©rience. Et un chanteur qui renoncera aux effets de volume en fin d‘air terminĂ© fortissimo
 (O Dolcessa perdutta! )

Le page Oscar semble avoir occupĂ© metteur en scĂšne et costumier qui en font un personnage intĂ©ressant. Vocalement Julia Novikova a une voix plus corsĂ©e que bien souvent sans rien abandonner des vocalises lĂ©gĂšres du rĂŽle. Avec Riccardo, ils forment le couple thĂ©Ăątral qui fonctionne le mieux. Ulrica est scĂ©niquement une sorciĂšre de salon plus Ă©lĂ©gante qu’effrayante et vocalement plus mezzo que contralto. Mais l‘habiletĂ© du jeux d’Elena Manistina et sa belle voix cuivrĂ©e retiennent l’attention.

Le choeur est Ă  la hauteur des trĂšs belles pages Ă©crites par Verdi. Admirablement prĂ©parĂ©s par Alfonso Caiani, ils rivalisent avec les meilleures maisons d’opĂ©ra. L’Orchestre du Capitole est superbe de couleurs instrumentales. Mais la direction de Daniel Oren est brutale, sans phrasĂ©s. Il semblerait que le chef ai voulu ignorer l’admirable construction dramatique de l’ouvrage, tout attachĂ© Ă  ses oppositions kalĂ©idoscopiques passant si abruptement du monde lĂ©ger d’Offenbach au drame le plus sombre. En ce sens, il y a un vrai accord avec la mise en scĂšne de Vincent Boussard et les costumes de Christian Lacroix : tout dans les effets d’opposition, rien dans une vision dramatique construite. Dommage 
. MĂȘme rĂ©serve pour les dĂ©cors et les lumiĂšres se font oublier, absentes dans la scĂšne nocturne du gibet, moment attendu s’il en est.

Au final, reste le portrait idéalisé du Monarque des LumiÚres incarné par  Dmytro Popov en Riccardo. Pas assez de la subtilité de ses rapports avec les autres personnages et un orchestre sous employé.

Toulouse. Théùtre du Capitole, le 7 octobre 2014. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Un Ballo in Maschera, opéra en trois actes. Vincent Boussard, mise en scÚne ; Vincent Lemaire, décors ; Christian Lacroix, costumes ; Guido Levy, lumiÚres ; Avec : Dmytro Popov, Riccardo ; Vitaly Bilvy, Renato ; Keri Alkhema, Amelia ; Elena Manistina, Ulrica ; Julia Novikova, Oscar ; Aymery LefÚvre, Silvano ; Leonardo Neiva, Samuel ; Oleg Budaratschkyi, Tom ; Choeur et Maitrise du Capitole (chef de choeur Alfonso Caiani); Orchestre National du Capitole de Toulouse. Daniel Oren, direction.

 

 

Illustrations : © P.Nin

Compte rendu, récital de piano. Toulouse. Cloßtre des Jacobins, le 24 septembre 2014. Ludwig Van Bethoven (1770-1827): Sonate N° 12 en la bémol majeur « Marche FunÚbre »,op.26; Frederic Chopin (1810-1849): Fantaisie en fa mineur,op.49 ; Ballade n°4 en fa mineur ; Frantz Schubert (1797-1828): Impromptus op.90 n° 3 et 2 ; Maurice Ravel (1875-1937): Gaspard de la Nuit ; Behzod Abduraimov, piano.

Behzod Abduraimov piano concertPiano aux Jacobins, c’est un grand moment de piano en cette belle fin d’étĂ© permettant au public de choisir des soirĂ©es historiques avec des artistes Ă  la gloire Ă©tablie et cette annĂ©e nous avons Ă©tĂ© gĂątĂ©s avec deux des plus anciens artistes du piano en activitĂ©, Pressler et Ciccolini. Mais c’est Ă©galement le pari fait sur l’avenir de jeunes prodiges parmi lesquels certains deviendront les musiciens accomplis dignes de leurs ainĂ©s. Behzod Abduraimov est de ceux lĂ . Prodige mais surtout musicien fascinant. DĂ©jĂ  son interprĂ©tation du premier concerto de piano de Tchaikovski nous avait subjuguĂ©e. Ce rĂ©cital solo a confirmĂ© l’exceptionnelle puissance Ă©motionnelle de son jeux. La technique est parfaite, et bien souvent aurait suffit Ă  crier au gĂ©nie mais cet artiste hors normes va beaucoup plus loin. Jouant par coeur, comme habitĂ© par le gĂ©nie, il s’engage dans la Sonate PathĂ©tique de Beethoven avec tout son corps. Impossible de rĂ©sister Ă  lâ€˜Ă©nergie jubilatoire qu’il met dans cette partition. MĂȘme le pathĂ©tique est enthousiasmant. La finesse de la construction de chaque morceau s’intercalant entre les autres dans une construction complĂšte d’une parfaite lisibilitĂ©.

Les nuances de son Chopin sont admirables et la souplesse du jeux est celle d’un poĂšte, certes la virtuositĂ© est confondante mais c’est une musicalitĂ© trĂšs personnelle qui rend son interprĂ©tation inoubliable.

Les impromptus de Schubert surtout le TroisiĂšme, -Andante-, est un moment de grĂące qui sous des doigts aussi inspirĂ©s, dans un tempo plutĂŽt rapide permet de croire en l’évaporation de la beautĂ© tant la lĂ©gĂšretĂ© de la main droite est libre et la pondĂ©ration de la main gauche maintient au sol le vol dĂ©licat des notes si tendres de Schubert. Le deuxiĂšme, Allegro, court comme une eau libre jusqu’à la mer pour fĂȘter quelque naĂŻade gracieuse. Un pur moment de jubilation poĂ©tique dĂ©gagĂ© de toute duretĂ© semblant comme en apesanteur.

Mais c’est dans Ravel que l’art le plus personnel de Behzod Abduraimov  a certainement pu se rĂ©vĂ©ler le mieux. La thĂ©ĂątralitĂ© de son interprĂ©tation, la variĂ©tĂ© des couleurs, le rubato et la rigueur de la construction sont inhabituelles. Ondine est libre comme l’eau oĂč elle habite. le gibet est sinistre et fascinant Ă  la fois et Scarbo plein de sĂ©ductions insolites. La richesse de l’ harmonie est magnifiĂ©e et la puissance d’évocation est terriblement efficace. Une question: comment un tempĂ©rament si entier, si musical et si gĂ©nĂ©reux saura Ă©voluer dans le temps sans s’épuiser ? Car l’engagement de tout le corps du pianiste est trĂšs inhabituel. Cette fougue de la jeunesse associĂ©e Ă  une telle maturitĂ© d’interprĂšte est un mĂ©lange surprenant. Un artiste Ă  suivre, un nom Ă  retenir absolument.

Compte rendu, récital de piano.Toulouse. Cloßtre des Jacobins, le 24 septembre 2014. Ludwig Van Bethoven (1770-1827): Sonate N° 12 en la bémol majeur «  Marche FunÚbre »,op.26; Frederic Chopin (1810-1849): Fantaisie en fa mineur,op.49 ; Ballade n°4 en fa mineur ; Frantz Schubert (1797-1828): Impromptus op.90 n° 3 et 2 ; Maurice Ravel (1875-1937): Gaspard de la Nuit ; Behzod Abduraimov, piano.

Compte rendu, récital de piano. Toulouse. Cloßtre des Jacobins, le 9 septembre 2014. Frédéric Chopin (1810-1849): Quatre ballades ; Bruno Montovani (né en 1974) : Papillons, création mondiale ; Maurice Ravel (1875-1937) : Le tombeau de Couperin . Philippe Bianconi, piano.

philippe-bianconi piano toulouse jacobins festival de pianoPhilippe Bianconi trĂšs concentrĂ© et dĂ©tendu a pris le temps de laisser le public se calmer et faire un profond silence avant de se lancer dans son interprĂ©tation de la premiĂšre Ballade de Chopin. DĂšs les premiers accords, un son plein, rond, puissant et enveloppant a saisi par sa force de persuasion. Puis dans une gradation de nuances infimes, le son pianissimo a semblĂ© se suspendre sous la voĂ»te. Si les qualitĂ©s de musicalitĂ© fine de Philippe Bianconi sont connues depuis toujours, ce poĂšte du piano a gagnĂ© en sa maturitĂ© une puissance et une force qui lui permettent d’ Ă©galer les plus grands. L‘autoritĂ© naturelle, les moyens pianistiques phĂ©nomĂ©naux se mettent au service d‘une vision personnelle des Ɠuvres. Jouer les Quatre Ballades de Chopin Ă  la suite, pages si diffĂ©rentes et pourtant chacune si profondĂ©ment emblĂ©matique de son auteur, est une gageure tenue haut les mains par le pianiste français. Un rubato audacieux, des nuances trĂšs accentuĂ©es, une force digitale mise au service de l‘harmonie avec un admirable Ă©quilibre des deux mains, rendent Chopin trĂšs moderne tout en restant un modĂšle de romantisme en raison d’une Ă©motion toujours au bord des notes. Jouant par cƓur ces piĂšces complexes, leur style trĂšs diffĂ©rent a Ă©tĂ© dĂ©licatement respectĂ© par un interprĂšte ayant rĂ©flĂ©chi Ă  chaque note et semblant toutefois presque libre jusque dans ses emportements. Cette vision trĂšs construite et qui semble par moment comme improvisĂ©e tient du magicien. La premiĂšre et la quatriĂšme ont pour nous Ă©tĂ© les plus Ă©blouissantes et les plus Ă©mouvantes. Ce qui nous aura le plus marquĂ© est peut-ĂȘtre cette impression d’un piano symphonique Ă  la richesse insoupçonnĂ©e.

Philippe Bianconi embrase le CloĂźtre des Jacobins

Partition Ă  l’Ɠil, Philippe Bianconi a, en deuxiĂšme partie de concert, crĂ©e Papillons de Bruno Montovani. Le compositeur, trĂšs en verve, a longuement prĂ©sentĂ© sa piĂšce, trĂšs pensĂ©e, hommage ambivalent Ă  Schumann. La piĂšce virtuose, en triple et quadruple croches a Ă©tĂ© parfaitement maĂźtrisĂ©e par Philippe Bianconi, qui a su en faire sortir toutes les couleurs et les effets sonores sur tout l‘ambitus du clavier. PiĂšce plus spectaculaire et impressionnante que sensible et Ă©mouvante, mais toujours trĂšs habile.

La fin du concert a permis de se rĂ©galer du piano de Ravel que Bianconi joue de maniĂšre idiomatique. Un Ravel audacieux, et brillant, plein de second degrĂ©, mais surtout, ce qui est bien plus rare mĂȘme chez les plus grands interprĂštes, trĂšs Ă©mouvant. Les piĂšces de danse d’un XVIIIĂšme siĂšcle idĂ©alisĂ© que Ravel joue  Ă  moderniser sont Ă©galement un hommage aux compagnons morts Ă  la guerre. La douleur sourde contenue dans les piĂšces sous le brillant pianistique, n’est pas ici camouflĂ©e. A nouveau nous bĂ©nĂ©ficions  de cette puissance mise au service de l’harmonie avec toutes sortes de couleurs et de sons magnifiques. Des nuances subtiles et des doigts qui font oublier toute notion de travail tant ils semblent libres.

En Bis, deux piĂšces de Chopin, valse et prĂ©lude, redisent les deux points d’écart entre passion et murmure, si reprĂ©sentatives de l‘art de Chopin.  L’ Ile Joyeuse de Debussy a pris des allures de poĂšme symphonique Ă  la pulsion de vie irrĂ©sistible. Le public a fait une belle ovation au musicien radieux.

Toulouse. Cloßtre des Jacobins, le 9 septembre 2014. Frédéric Chopin (1810-1849): Quatre ballades ; Bruno Montovani (né en 1974) : Papillons, création mondiale ; Maurice Ravel (1875-1937) : Le tombeau de Couperin. Philippe Bianconi, piano.

Toulouse. PalmarĂšs de la 50e Ă©dition du Concours international de chant

laurĂ©ats 2014 CIC - crĂ©dit Patrice NinToulouse. PalmarĂšs de la 50e Ă©dition du Concours  international de chant. La finale du 50Ăšme  Concours international de Chant de la Ville de Toulouse s’est dĂ©roulĂ©e le samedi 6 septembre 2014 Ă  20h au ThĂ©Ăątre du Capitole. Six candidats, parmi les douze finalistes accompagnĂ©s par l’Orchestre national du Capitole sous la direction de David Syrus, ont Ă©tĂ© primĂ©s par le jury prĂ©sidĂ© par Teresa Berganza. Le tĂ©nor sud corĂ©en Junghoon Kim s’est particuliĂšrement distinguĂ©, remportant et le premier prix et le prix du public. En voici le palmarĂšs 2014 :

Premier grand prix

Voix de femme : Marion LEBEGUE ïŁŠ mezzo-soprano ïŁŠ France ïŁŠ nĂ©e en 1984
Voix d’homme (Ă  l’unanimitĂ©) : Junghoon KIM ïŁŠ tĂ©norïŁŠ CorĂ©e du Sud ïŁŠ nĂ©e en 1988 DotĂ©s d’un vase de SĂšvres offert par M. le PrĂ©sident de la RĂ©publique et 6500 € offerts par la Ville de Toulouse.

DeuxiĂšme grand prix

Voix de femme : Hila FAHIMA ïŁŠ soprano ïŁŠ IsraĂ«l ïŁŠ nĂ©e en 1987
Voix d’homme : Petr NEKORANECïŁŠ tĂ©nor ïŁŠ RĂ©publique TchĂšqueïŁŠ nĂ© en 1992

DotĂ©s d’une coupe offerte par la Ville de Toulouse et de 3200 € offerts par le Conseil GĂ©nĂ©ral de la Haute- Garonne.

TroisiĂšme prix

Voix de femme : AngĂ©lique BOUDEVILLEïŁŠ soprano ïŁŠ France ïŁŠ nĂ©e en 1987 Voix d’homme : Yu SHAOïŁŠ tĂ©nor ïŁŠ Chine ïŁŠ nĂ©e en 1986

DotĂ©s d’une mĂ©daille offerte par la Ville de Toulouse et de 1000 € offerts par le Centre Français de Promotion Lyrique.

Prix du public

Junghoon KIM ïŁŠ tĂ©norïŁŠ CorĂ©e du Sud ïŁŠ nĂ©e en 1988
A l’issue de la finale, le public est invitĂ© Ă  se prononcer par vote pour l’attribution d’un « Prix du public ». Ce prix est dotĂ© d’un diplĂŽme honorifique du concours.

lauréats 2014 CIC - crédit Patrice Nin

Illustration : les finalistes du 50Úme Concours de chant de Toulouse © P. Nin 2014

Compte rendu, concert. Toulouse.Halle-aux-grains, le 4 juin 2014 ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975): Katerina Ismaïlova,suite,op.114a; Piotr Illich Tchaïkovski (1840-1893) : Variations sur un thÚme rococo pour violoncelle et orchestre, op.33; Symphonie n°6 en si bémol mineur, op.74 « Pathétique »; Narek Hakhnazaryan, violoncelle; Orchestre National du Capitole de Toulouse; Direction:Tugan Sokhiev.

TchaikovskiAvant dernier concert de la saison toulousaine 2014 pour Tugan Sokhiev ; il a Ă©galement Ă©tĂ© programmĂ© Ă  la Salle Pleyel Ă  Paris, le lendemain. Belle audace parisienne car c‘est peut ĂȘtre le plus beau concert de la saison Toulousaine, pourtant riche en moments forts. DĂšs les premiĂšres mesures sombres au basson, l ‘auditeur est saisi par la puissance d’évocation des interludes du Chostakovitch magnifique orchestrateur. Ces trĂšs courts interludes de l ‘opĂ©ra lady Macbeth de Mzensk rebaptisĂ© Katerina IsmaĂŻlova sous les coups de la censure, mis en suite par le compositeur lui-mĂȘme dans deux versions, font un effet particuliĂšrement puissant. Le sens du grotesque, l’ Ă©coeurement et le dĂ©gout de l’hĂ©roĂŻne deviennent troublants. HumiliĂ©e et obligĂ©e de se venger pour survivre, l ‘hĂ©roĂŻne qui a tant dĂ©plu Ă  Staline a une existence qui ressemble Ă  tant de vies communes


Le troisiĂšme interlude le plus long et le plus sombre rend palpable cette montĂ©e du dĂ©gout et de la haine nourrie dans la conscience aiguĂ« du grotesque de l ‘existence. L ‘Orchestre du Capitole est Ă  prĂ©sent rompu au style de Chostakovitch et les trĂšs courts moments solos permettent a chacun de briller. La prĂ©cision rythmique, les nuances terriblement dĂ©veloppĂ©es et la richesse de l ‘orchestration exigent beaucoup de l ‘orchestre qui est impeccable. La direction de Tugan Sokhiev privilĂ©gie l â€˜Ă©nergie forcĂ©e et la puissance d’un grotesque faussement festif. Riches couleurs, nuances extrĂȘmes et rythme prĂ©cis claquent au visage et saisissent chacun.

Entre musiciens au sommet

Quel contraste ensuite lorsque l ‘orchestre s’allĂšge dans une formation classique et accueille le violoncelliste soliste. Son nom, mĂȘme s’il est quasi imprononçable mĂ©rite d’ ĂȘtre retenu. De tous le jeunes talents qui gagent avec des doigts d’ or les plus prestigieux prix, Narek Hakhnazaryan n ‘a rien Ă  envier avec sa victoire au XIV° concours international TchaĂŻkovski. Il a une technique inouĂŻe mais surtout une musicalitĂ© rare. Les variations rococo sont un chef d ‘oeuvre de TchaĂŻkovski qui rend hommage Ă  Mozart, comme dans la pastorale de la Dame de Pique, avec beaucoup d ‘esprit.
L‘orchestration est lĂ©gĂšre et variĂ©e. L â€˜Ă©quilibre entre le soliste et l ‘orchestre a Ă©tĂ© parfaitement mis en place par le chef. Dans cet Ă©crin de toute sĂ©curitĂ©, la voix du violoncelliste Narek Hakhnazaryan peut donc s’épanouir sereinement en se jouant des difficultĂ©s techniques totalement maĂźtrisĂ©es. En Ă©veil constant et dĂ©gustant les dialogues avec l ‘orchestre, le jeune violoncelliste devient parfait chambriste. Les dialogues avec la subtile flĂ»te de Sandrine Tilly sont dĂ©lectables tout particuliĂšrement. La communion entre le soliste, le chef et les musiciens est parfaite. Le public se rĂ©gale de ces variations qui se succĂšdent avec art dans l‘arrangement maintenant habituel du crĂ©ateur Fitzenhagen.

Narek-Hakhnazaryan-cello2-Armenia tchaikovski competition prix  2011-1Le charme du jeune Narek Hakhnazaryan est irradiant. Il joue avec son instrument semblant en faire ce qu‘il veut. Les couleurs, les nuances, la dĂ©licatesse des phrasĂ©s sont admirables. L ‘instrument dont il joue, un Techler de 1698, lui permet de garder sur tous les registres la mĂȘme qualitĂ© de son. Le grave est aussi plein que l ‘aigu ; il n’y a pas de diffĂ©rence de registre. Une belle solution de continuitĂ© dans les harmoniques sur toute la tessiture offre un son toujours magnifiquement timbrĂ©, soyeux et doux. Cela fait merveille dans les dialogue sur-aigus aĂ©riens avec la flĂ»te. Les doubles et triples cordes sonnent faciles et belles. Une telle gĂ©nĂ©rositĂ© en musicalitĂ© est remarquable chez un si jeune artiste. La connivence avec Tugan Sokhiev est totale, les Ă©changes de regards complices sont incessants. Le succĂšs est tonitruant et le violoncelliste ArmĂ©nien offre deux bis a son public conquis. Le premier dĂ©concerte autant qu’il charme et Ă©meut. La voix chantĂ©e du soliste se mĂȘle Ă  des doubles cordes semblant venir de l‘ancĂȘtre de l ‘instrument, la viole de gambe, comme des origines orientales de la musique classique. Lâ€˜Ă©motion qui nait plonge donc dans les racines de l’humanitĂ©, puis le style se modernise, devient plus violent et va mĂȘme jusqu’à Ă©voquer le tango. Il s’agit non d‘une vraie improvisation mais d’une composition d’un Italien nĂ© en 1962 Giovanni Sollima,intitulĂ©e Lamentatio. Narek Hakhnazaryan en fait un moment de pur plaisir du coeur dansant. Pour terminer sur une ambiance plus apaisĂ©e, le choix d’une sarabande pour violoncelle seul de Bach avec des ineffables doubles cordes, un son de rĂȘve et une souplesse envoĂ»tante
 Tout ceci promet un jour une intĂ©grale Ă©mouvante des suites de Bach et une carriĂšre Ă©blouissante Ă  suivre sans faute.

2Ăšme Symphonie de TchaĂŻkovski
Destin certes, mais pas de soumission sans danser ni vivre

En deuxiĂšme partie de concert la trĂšs cĂ©lĂšbre sixiĂšme symphonie de TchaĂŻkovski confirme la comprĂ©hension quasi mystique qu’a Tugan Sokhiev de son compatriote. Quand si souvent cette symphonie est Ă©crasĂ©e sous un Fatum monolithique, Tugan Sokhiev va trĂšs loin dans la douleur mais garde des moments de tendresse et de danse se souvenant du bonheur. DĂšs les premiĂšres mesures, pianissimo dans les abysses du basson (extraordinaire Estelle Richard) et des cordes graves lâ€˜Ă©motion est poignante.L’ Adagio est tout habitĂ© de silences tristes et l’angoisse se dĂ©roule Ă©voluant lentement vers l’Allegro non troppo. Le tempo mesurĂ© du chef permet une lisibilitĂ© de tous les dĂ©tails mais c’est la vision d‘ensemble qui est remarquable. Chaque mouvement avance et s’inscrit dans un tout . La rigueur du tempo permet Ă  cette partition d â€˜Ă©viter tout laissĂ© aller et l’entrĂ©e du thĂšme sentimental des violons a beaucoup d’allure. Les reprises et dĂ©veloppements permettent aux couleurs magnifiques de l ‘orchestre de chatoyer. Les fortissimi sont spectaculaires et les nuances pianissimo de la Clarinette de David Minetti sont trĂšs belles et porteuses d â€˜Ă©motion. AprĂšs ce dĂ©but marquĂ© par une angoisse envahissante le mouvement se termine par une terrible course Ă  l ‘ abĂźme toute pleine de prĂ©cision instrumentale. Les cuivres graves particuliĂšrement prĂ©sents, sont magnifiques.Les deux mouvements suivants, dans les choix de Tugan Sokhiev, vont convoquer la danse et d ‘avantage de bonheur. AllĂ©geant le Fatum, il suggĂšre que chaque destin n’est pas uniquement soumission. L’allegretto con grazia est une valse qui permet de rĂȘver au bonheur enfui prĂšs avoir Ă©tĂ© tenu. Certes sous cette lĂ©gĂšretĂ© le rythme incessant de la timbale dans la partie centrale signe l â€˜Ă©loignement du bonheur mais son retour comme une rĂ©miniscence est pleine de douceur. L’ Allegro molto vivace est plein d’ esprit comme dans les ballets de TchaĂŻkovski et l ‘avancĂ©e inexorable de ce scherzo vers une sorte de marche a aussi quelque chose de plaisant dans son enthousiasme. La lĂ©gĂšretĂ© de structure des cordes, l â€˜Ă©lasticitĂ© des pizzicati apportent de l ‘air aux moments plus denses. Ce mouvement animĂ© se termine sur un fortissimo qui autorise certains spectateurs Ă  applaudir ruinant l ‘effet voulu par le compositeur qui termine sa symphonie sur un adagio lamentoso. Car si le centre de la symphonie a permis aux mouvements de danse de s’inviter et au bonheur d’exister le final semble encore plus dĂ©chirant. Tugan Sokhiev Ă©tire le tempo et remplit les silences de sombres pensĂ©es. TchaĂŻkovski qui trouvait dans sa symphonie des allures de Requiem refusant d’en composer un, a en effet construit ce long mouvement final comme un adieu dĂ©chirant. Le pianissimo dans le grave des cordes et le basson refermant la symphonie comme elle avait Ă©tĂ© ouverte. Les contrebasses ont Ă©tĂ© tout du long admirables et mĂ©ritent une mention spĂ©ciale (chef de pupitre Bernard Cazauran).
Cette interprĂ©tation trĂšs personnelle est trĂšs bien construite et la lisibilitĂ© de la structure gĂ©nĂ©rale s’appuie sur des phrasĂ©s pensĂ©s et comme insĂ©rĂ©s dans un tout. En Ă©vitant le monolithe dramatique, le destin devient plus humain et la vie des deux mouvements centraux rend le final encore plus Ă©crasant. Tugan Sokhiev et ses musiciens admirables toute la soirĂ©e, ont offert une vibrante interprĂ©tation de la sixiĂšme symphonie de TchaĂŻkovski en en rĂ©vĂ©lant toutes les richesses.

Ce concert a Ă©tĂ© diffusĂ© en direct sur le net et peut ĂȘtre encore visionnĂ©. N’hĂ©sitez pas Ă  vous faire votre idĂ©e car il a Ă©tĂ© en plus magnifiquement filmĂ© sur Arte concert.

Compte rendu, récital de piano. Toulouse. Halle aux Grains, le 26 mai 2014. Récital Frédéric Chopin. Grigory Sokolov, piano

SOKOLOV grigory grigorysokolovsokolo-18h0Grigory Sokolov est bien connu des Toulousains et chaque invitation rassemble un public nombreux. Schubert et Schumann puis Bach et Ă  prĂ©sent Chopin. Chaque fois le pianiste russe fait sienne les partitions et en rend la quintessence comme personne. Si son Bach nous avait paru discutable en 2011, nous avons retrouvĂ© avec son Chopin le sublime de son concert Schubert et Schumann de 2009.  Le programme est magnifique. Chopin est en pleine maturitĂ© avec la Sonate n°3 de 1844. De construction trĂšs claire, cette partition offre tout ce que Chopin a apportĂ© techniquement au piano tout en se refusant aux excĂšs. L’Ă©motion peut ĂȘtre funĂšbre mais le tendre et l’élĂ©gant ne sont pas oubliĂ©s. La beautĂ© des phrases mĂ©lodiques est belcantiste ; les rythmes complexes s’allient Ă  des harmoniques rares allant jusqu’Ă   l’abandon des tonalitĂ©s. Sokolov aborde l’allegro maestoso dans un large tempo qui permet d’assoir un discours tout fait de profondeur. Cette maniĂšre si particuliĂšre de prendre possession du temps et de l’espace permet Ă  l’immense artiste de captiver l’attention de son public. Les phrasĂ©s sont d’une infinie variĂ©tĂ© permettant de passer par des moments de rĂ©citatif, de bel canto ou de rhĂ©torique. Les nuances sont subtilement dĂ©finies et les couleurs fusent comme dans le plus riche des arc en ciel. Mais avant tout, c’est la clartĂ© et l’Ă©vidence qui dominent cette interprĂ©tation. Peu de pĂ©dale probablement explique cette haute dĂ©finition du son, jamais flou ou brumeux. MĂȘme dans les tĂ©nĂšbres la lumiĂšre est prĂ©sente. Les derniers accords du premier mouvement sont posĂ©s avec art et la mĂ©prise commence.

Le sublime face au public

Une partie du public ressentant avec exactitude le gĂ©nie de l’interprĂšte se permet d’ applaudir ignorant l’usage qui aujourd’hui demande d’attendre la fin de la sonate pour s’oublier. Ce ne serait pas si grave si les derniĂšres vibrations de l’accord n ‘Ă©taient noyĂ©es sous ces manifestations rustiques. La concentration de l’artiste n ‘a pas semblĂ© en souffrir et c’est tant pis pour la partie du public trop sensible que ce bruit entre les mouvements, terrasse
 Le Scherzo est abordĂ© en un tempo Ă©galement retenu ; c’est la prĂ©cision de chaque note insĂ©rĂ©e dans le flux dansant enchanteur qui surprend. Tant de prĂ©cision des doigts dans une construction si franche du mouvement permet une Ă©coute d’une grande intelligence, les imbrications subtiles de Chopin sont toutes mises en valeur sans excĂšs de vitesse. C’est le troisiĂšme mouvement, largo, qui atteint un sommet d’Ă©motion. La grandeur de l’interprĂšte est face au gĂ©nie du compositeur qui offre son Ăąme au piano. Gregory Sokolov  d’une voix tonitruante dĂ©bute puis Ă  mi voix, avec une infinie dĂ©licatesse, chante comme une diva romantique avec une nostalgie dĂ©chirante. Les jeux de question-rĂ©ponses sont habitĂ©s et l’Ă©vanouissement est au bout des doigts. Toute la sensibilitĂ© artiste de Sokolov peut s’exprimer laissant le spectateur suspendu  aux reprises si merveilleuses et embellies du thĂšme principal. Le final est plein de force et d’ Ă©nergie retrouvĂ©e dans une mise en lumiĂšre  proche de l’aveuglement. Toute la technique est mise au service de cette Ă©nergie crĂ©atrice qui avance avec impĂ©tuositĂ©. Les applaudissements irrĂ©pressibles fusent avec puissance mais toujours sans respecter la finitude du dernier accord
   La deuxiĂšme partie consacrĂ©e aux plus dĂ©licates Mazurkas, elle sont toutes choisies avec art en fonction des tonalitĂ©s et des ambiances. Le public saura se faire plus discret en ce qui concerne les applaudissements, car ces piĂšces sont moins spectaculaires, mais des tĂ©lĂ©phones portables rallumĂ©s Ă  l’entracte et “oubliĂ©s” apportent leur note de vulgaritĂ© qui attaque plus ou moins les oreilles sensibles. Quel merveilleux voyage nous a proposĂ© Gregory Sokolov en ces Mazurkas sublimes !  Les dĂ©crire chacune serait indĂ©licat. Nous avons pu gouter des moments de  beautĂ©s nostalgiques et mĂȘme sombres comme fugacement heureuses. Ces piĂšces parmi les plus personnelles de Chopin trouvent en Sokolov, un interprĂšte inoubliable capable d’une dĂ©licatesse inouĂŻe. Choisies dans les opus tardifs, l’Ă©criture si maitrisĂ©e de Chopin se concentre sur l’essentiel d’un rapport Ă  la beautĂ© par et pour le piano dans une fidĂ©litĂ© absolue Ă  la terre de ses origines. Sokolov nous fait percevoir cet accord si rare et prĂ©cieux. Le monde musical dans lequel le grand musicien russe nous a entraĂźnĂ© ne pouvait s’arrĂȘter ainsi et dans une sĂ©rie de bis qui suspendent le temps, le mĂȘme monde de dĂ©licatesse et de beautĂ© nous est offert. Schubert, en Ăąme soeur avec trois Impromptus dont le si dĂ©licieux  n°3.  Ni le KlavierstĂŒck D 946 ni une autre Mazurka ne permettront au public de se sentir rassasiĂ© et d’attendre le fin du son pour applaudir frĂ©nĂ©tiquement.  C’est au sixiĂšme bis, de composition  moins sublime, que le public saura faire silence jusqu’au silence qui termine le musique. Enfin ! Le moindre gĂ©nie de Sokolov aura Ă©tĂ© sa patience et sa pĂ©dagogie. La musique s’Ă©coute jusqu’au silence qui la referme. Nul ne croise sur son chemin un gĂ©nie sans en apprendre quelque chose


Toulouse. Halle aux Grains, le 26 mai 2014. Frédéric  Chopin (1810-1849) : Sonate n°3 en si mineur, opus 58 ; 10 Mazurkas  (La mineur, opus 68 n°2, Fa majeur opus 68 n°3, Do mineur opus 30 n°1, Si mineur opus 30 n°2, Ré bémol majeur opus 30 n°3, Ut diÚse mineur opus 30 n°4, Sol majeur opus 50 n°1, La bémol majeur opus 50 n°2, Ut diÚse mineur opus 50 n°3, Fa mineur opus 68 n°4). Grigory Sokolov, piano.

Compte rendu, opéra. Toulouse. Théùtre du Capitole, 16 mai 2014. Verdi: I due Foscari. Gianluigi Gelmetti : direction musicale. Stefano Vizioli: mise en scÚne.

Les idĂ©es fausses ont parfois la vie dure. I due Foscari est tout sauf un opĂ©ra de jeunesse Ă  oublier et Verdi a Ă©crit une partition superbe, injustement mĂ©connue contrairement Ă  ce qui a souvent Ă©tĂ© dit et Ă©crit. Rendons grĂące au directeur FrĂ©dĂ©ric Chambert qui a rĂ©unis tous les moyens pour faire de cette production du Capitole une rĂ©ussite totale. Le public a semblĂ© ravi et a fait un beau triomphe Ă  cette production. La mort rode dans Venise et la vengeance dĂ©cime une famille sous les yeux du spectateur. Le rĂŽle du « mĂ©chant » Jacopo Loredano, est dĂ©volu Ă  une basse mais n’est pas aussi dĂ©veloppĂ© que Wurm, Macbeth, le Grand Inquisiteur ou Iago dans les opĂ©ras futurs ; pourtant ses machinations sont terriblement efficaces. Il parvient Ă  devenir Doge Ă  la toute fin de l’ouvrage ayant conduit le fils du Doge et le Doge Ă  la mort par dĂ©sespoir. Le ressort psychologique est assez fin car finalement toutes les valeurs conduisent les hĂ©ros Ă  la mort. Le pĂšre en tant que Doge doit participer Ă  la condamnation de son fils et son refus d’utiliser son pouvoir pour sauver son enfant le conduira Ă  condamner un innocent. Le fils de ce noble Doge a hĂ©ritĂ© de fortes valeurs patriotiques et d’amour de la famille qui ne lui permettent pas de survivre Ă  l‘injustice de sa condamnation et Ă  la sĂ©paration dĂ©finitive par l‘exil de tout ce qui compte pour lui : sa patrie, son rang,  sa famille. La femme du condamnĂ© avec noblesse demande Ă  suivre son mari en exil 
 ce qui lui est refusĂ©. Elle aussi est donc brisĂ©e, privĂ©e de soutien, mĂšre de deux orphelins Ă  l‘avenir bien sombre.

 

 

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La douleur est superbement source de musiques trĂšs belles du jeune Verdi. Des grands airs sont offerts aux solistes et la  grande scĂšne  de la soprano Ă  l’acte I est dans les pas du Miserere du TrouvĂšre. La scĂšne de folie du tĂ©nor Ă  l’acte II est un grand air, beau et puissant. Quand au rĂŽle du Doge dĂ©volu Ă  un baryton, il requiert un artiste Ă  la vocalisĂ© impeccable, ayant une sens du drame et des mots avec en particulier une grande scĂšne au dernier acte sur la vanitĂ© du pouvoir, de haute inspiration. L’orchestration est richement colorĂ©e et de superbes moments sombres accompagnent le drame. Certes Verdi se soumet encore aux formes de l‘opĂ©ra romantique italien de ses prĂ©dĂ©cesseurs, ainsi des cabalettes terminent souvent les airs fermĂ©s, mais des moment plus libres font Ă©clater le cadre.

Un sombre verdi inconnu et superbe

Dans la production capitoline, la mise en scĂšne, les dĂ©cors, les costumes et les lumiĂšres se complĂštent pour rendre justice au drame verdien. Le dĂ©cors avec l’immense tĂȘte du vrai Francesco Foscari et ensuite l’énorme tĂȘte de lion sont les uniques Ă©lĂ©ments de dĂ©cor ; mais ils offrent une puissance d’évocation peu commune. Les costumes sont riches avec des velours lourds aux couleurs variĂ©es. Globalement l’époque des faits est respectĂ©e et rien d’incongru ne vient divertir de l‘action. La sobriĂ©tĂ© des acteurs sied bien Ă  cette action intĂ©riorisĂ©e plongeant dans l’ñme des personnages. Musicalement, la direction de Gianluigi Gelmetti est efficace, prĂ©cise : on devine son plaisir Ă  faire sonner le superbe orchestre du Capitole en pleine forme. Il peut se permettre cette puissance car les chanteurs ont tous des moyens adĂ©quats. Tamara Wilson est un grand soprano verdien spinto. Capable d’aigus tranchants et charnus, ses graves sont corsĂ©s et le mĂ©dium, homogĂšne. In Loco, sa LĂ©onora du TrouvĂšre avait dĂ©jĂ  convaincu. Elle porte le rĂŽle de Lucrezia au mĂȘme niveau d’intensitĂ©. Le tĂ©nor vĂ©nĂ©zuelien, Ă©lĂšve d’ Alfredo Krauss Ă  Madrid, Aquiles Machado, est une voix Ă  suivre. La puissance alliĂ©e Ă  la finesse des nuances avec de superbes messe di voce lui permet de briguer bien des rĂŽles verdiens. TrĂšs engagĂ© scĂ©niquement, il porte lâ€˜Ă©motion de ce rĂŽle de condamnĂ© perdu d’avance, avec Ă©loquence et noblesse. Les deux voix sont superbes de couleurs, de textures, de richesses harmoniques ; leur duo est donc un trĂšs grand moment. Le baryton Sebastian Catana incarne le rĂŽle du Doge et du pĂšre qui perd tout espoir avec une intensitĂ© vocale et scĂ©nique d’une grande efficacitĂ©. Verdi demande dĂ©jĂ  pour ce rĂŽle une longue voix de baryton, des couleurs variĂ©es et un sens du texte inhabituel. Le compositeur reviendra Ă  cette figure de pouvoir meurtrie avec Simon Boccanegra mais dĂ©jĂ  ici le rĂŽle est magnifique.

La distribution des trois rĂŽles principaux est donc proche de l’idĂ©al. Les choeurs puissants ont rendu hommage Ă  l‘inspiration verdienne bien connue. Le rĂŽle pas trĂšs dĂ©veloppĂ© de la « mĂ©chante » basse est trĂšs intensĂ©ment incarnĂ© par le jeune Leonardo Neiva Ă  l’autoritĂ© dĂ©jĂ  impressionnante. Les autres petits rĂŽles y compris ceux sortis du choeur sont excellents,  ce qui dans ce niveau vocal n’est pas peu dire.

Au final  les deux Foscari a été représenté dans une production de haute tenue à Toulouse. La retransmission le vendredi 23 mai sur Radio Classique permettra à chacun de découvrir avec plaisir un bel opéra de Verdi dans une distribution magnifique.

 

 

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Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, 16 mai 2014. Giuseppe Verdi (1813-1901): I due Foscari, OpĂ©ra tragique en trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave d’aprĂšs une piĂšce de Byron, crĂ©Ă© le 3 novembre 1844 au Teatro Argentina, Rome. Stefano Vizioli: mise en scĂšne; Cristian Taraborrelli : dĂ©cors; Annamaria Heinreich : costumes ; Guido Petzold : lumiĂšres ; Avec:Sebastian Catana, Francesco Foscari ; Aquiles Machado, Jacopo Foscari; Tamara Wilson, Lucrezia Contarini; Leonardo Neiva, Jacopo Loredano ; Francisco Corujo, Barbarigo ; AnaĂŻs Constans, Pisana ; Choeur du Capitole,Alfonso Caiani direction; Orchestre National du Capitole; Gianluigi Gelmetti : direction musicale.

Illustrations : I Due Foscari de verdi à Toulouse © P. Nin 2014

 

Compte rendu, récital. Toulouse. Halle aux Grains, le 7 mai 2014. Felix Mendelssohn (1809-1847): Symphonie pour cordes n°10; Gustav Mahler (1860-1911) : Lieder eines fahrenden Gesellen; Richard Strauss (1864-1949): Sextuor extrait de Capriccio; Arnold Schoenberg (1874-1951) : La nuit transfigurée, op.4; Jonas Kaufmann, ténor. Kammerorchester Wien-Berlin.

kaufmann_448_jonas_kaufmannUn Ă©trange  marketing diffuse la publicitĂ© de ce concert (premiĂšre Ă  Toulouse d’une tournĂ©e) sur le nom de Jonas Kaufmann et quelques uns ont Ă©tĂ© surpris de ne pas assister Ă  un classique rĂ©cital du cĂ©lĂšbrissime tĂ©nor. Le programme ne comprend qu’une oeuvre vocale et assez courte mais le cycle des Lieder eines fahrenden Gesellen est une oeuvre si particuliĂšre et si rare qu’elle comble les amateurs de beau chant Ă  dĂ©faut de ravir les amateur de voix. Certes le moment fort du concert restera l’interprĂ©tation historique de ce groupe de lieder par l’un des tĂ©nors les plus musiciens de l’histoire du chant. Mais il a su s’entourer d’un orchestre proche de l’idĂ©al qui sertit ce cycle des chants d’un compagnon errant, devenant le joyaux du concert, enchĂąssĂ© dans des oeuvres orchestrales choisies avec art.

La splendide musicalité germanique est ici irrésistible

Mendelssohn ouvre le concert avec un seul mouvement d’une symphonie pour cordes. Cela permet de proposer une atmosphĂšre romantique, sombre d’humeur et lumineuse de structure qui laisse pantois. Les musiciens en des sonoritĂ©s somptueuses et voluptueuses, dĂ©veloppent une sensibilitĂ© musicale des plus stupĂ©fiantes. Coupant le souffle, les premiĂšres notes de l‘adagio provoquent une Ă©coute et une concentration du public quasi instantanĂ©e qui ne se relĂąchera pas.

ImmĂ©diatement la certitude d’ĂȘtre en face de musiciens d’exception enchante. Les cordes des deux orchestres les plus aimĂ©s du public et de la discographie : les Philharmonies de Vienne et de Berlin rĂ©unies dans cet ensemble, dĂ©multiplient leurs qualitĂ©s. La texture des cordes est incroyablement soyeuse et brillante sans agressivitĂ© mais avec panache. Les plus belles qualitĂ©s des deux orchestres sont comme magnifiĂ©es. PhrasĂ©s aristocratiques, nuances trĂšs profondes et couleurs irisĂ©es font de ces musiciens rĂ©unis une sorte de quintessence de lĂ©gato et d’énergie.

La Nuit transfigurĂ©e de Schoenberg, dans l’orchestration du compositeur, sonne comme un hymne hĂ©doniste Ă  l’intelligence et la beautĂ© dans une relation fusionnelle. Ce mouvement unique emporte le public dans les Ă©motions vertigineuses des poĂšmes si morbides et sublimes de Richard Dehmel, VerklĂ€rte Nacht. La perfection de la technique est mise au service d’une interprĂ©tation tenue et impressionnante qui recrĂ©e l’émotion par l’admiration. Jamais il ne m’a Ă©tĂ© donnĂ© d’entendre et de ressentir une telle sĂ©curitĂ© dans les possibilitĂ©s expressives d’un orchestre de cordes. L’écoute et la fusion des timbres est celle de musiciens de chambre et l’ampleur des sonoritĂ©s de pupitres est digne de grandes formations symphoniques. Des qualitĂ©s qui semblent opposĂ©es sont ce soir entremĂȘlĂ©es dans un vĂ©ritable vertige.

Seul le sextuor de Capriccio de Richard Strauss jouĂ© par tout l’orchestre est un peu trop « énorme » pour toucher au mĂȘme niveau. Un son toujours aussi parfait, mais « Kolossal », dĂ©multiplie une oeuvre d’inspiration rococo qui en perd son intimitĂ© constitutionnelle.

On comprend  que de tels interprĂštes ne peuvent en aucun cas ĂȘtre « accompagnateurs » ou « faire valoir »  d’un chanteur. C’est donc en musicien que Jonas Kaufmann rejoint ces artistes de haut lignage. Le tĂ©nor Allemand qui fait siens les rĂŽles wagnĂ©riens comme peu l’ont fait, est tout Ă  son aise dans la tessiture de ce cycle si particulier. Mahler a lui mĂȘme Ă©crit les poĂšmes et touchĂ© par une dĂ©ception amoureuse y inscrit entre les lignes et les notes sa propre souffrance d’amoureux meurtri. L’autodĂ©rision un peu morbide de ce cycle est une gageure Ă  relever. Prendre au pied de la lettre ces plaintes les rendent ridicules. Trop de distance dĂ©truit leur profonde mĂ©lancolie. Une voix seulement belle ne touche pas assez, un souffle court dĂ©truit les lignes, des notes trop tendues cassent le cĂŽtĂ© moribond de certaines mĂ©lodies. La familiaritĂ© du ton exige une grande complicitĂ© avec le public tandis que la mort suggĂ©rĂ©e Ă  la fin doit ĂȘtre comme lointaine et irrĂ©elle cachĂ©e sous la splendeur sensuelle du tilleul. Jonas Kaufmann et les musiciens viennois et berlinois, augmentĂ©s de claviers, vents et percussions comprennent toute la subtilitĂ© de ce cycle et leur connivence totale leur permet d’en offrir une interprĂ©tation inoubliable.

D’une voix de velours, fragile en des demi teintes crĂ©pusculaires, des couleurs morbides et des pianissimi aĂ©riens comme suspendus et dans le timbre, Jonas Kaufmann utilise sa fabuleuse technique pour faire de sa voix un instrument de pure poĂ©sie. La clartĂ© de la dicton, l’intelligence rythmique, et la sensibilitĂ© romantique permettent d’aller au plus loin du sens de ce cycle de lieder. On reste sans capacitĂ© de commentaire devant une telle adĂ©quation entre les moyens instrumentaux, vocaux, artistiques. Un voyage inoubliable avec la poĂ©sie tourmentĂ©e de cet amoureux meurtri. Le public fait comme il se doit une ovation a de tels interprĂštes et Jonas Kaufmann offre deux bis. Une interprĂ©tation Ă©lĂ©giaque et dĂ©sespĂ©rĂ©e de TraĂŒme, l’étude pour Tristan que Wagner a inclus dans ses Wesendonck Lieder. Vocalement le tĂ©nor distille des nuances pianos sensuelles tout en dĂ©ployant un peu plus son timbre capable de chaleur. C’est dans son bis, le fabuleux Zueignung de Richard Strauss, que le dĂ©veloppement du timbre prend toute son ampleur dans ce grand arc vocal qui se termine sur un magnifique fortissimo. Le tĂ©nor revient Ă  sa voix d’opĂ©ra large et projetĂ©e sans abandonner un instant cette intelligence du texte de liedersĂ€nger.

Un fabuleux concert dans lequel des artistes au talent musical exceptionnel se sont mis au service du grand rĂ©pertoire germanique depuis le romantisme le plus pur de Mendelssohn Ă  la marge de l’atonalitĂ© avec Schoenberg, en magnifiant Mahler.

Grùce au cycle «  Grands InterprÚtes », les Toulousains ont eu la primeur de cette tournée de concerts qui fera date !

Toulouse, Capitole. Philippe Hurel : Les Pigeons d’argile.15>20 avril 2014

Unknown-1OPERA, crĂ©ation. Toulouse, Capitole, Les Pigeons d’argile. 15>20 avril 2014. A Toulouse, Philippe Hurel tire son sujet d’un fait d’actualitĂ©: l’enlĂšvement par un groupe terroriste de Patricia Hearst, hĂ©ritiĂšre d’un magnat de la presse (avril 1974). L’ouvrage est une commande du directeur du Capitole, FrĂ©dĂ©ric Chambert. Le compositeur et son librettiste (Tanguy Viel) recomposent la matiĂšre du fait historique pour en tirer la matiĂšre d’un opĂ©ra non politique mais psychologique centrĂ© sur la relation de la prisonniĂšre et de son geĂŽlier, Patricia et Toni. Le tĂ©moignage et l’expĂ©rience de cet enlĂšvement par le compagnon d’armes de Toni, Charlie pĂšsent aussi progressivement. Le trio devient huit clos sentimental. L’opĂ©ra traite de la jeunesse inconsciente des terroristes, leur fragilitĂ© psychique face Ă  la rĂ©alitĂ©, leur naĂŻvetĂ© face Ă  la violence de leurs actes; ils sont ces pigeons d’argile, proie des tireurs au ball-trap, qui explosent en vol, preuve de leur dĂ©risoire pouvoir sur les ĂȘtres et le monde. FormĂ© Ă  l’écriture spectrale, Philippe Hurel privilĂ©gie l’efficacitĂ© du drame, l’enchaĂźnement resserrĂ© des Ă©pisodes en une texture transparente qui recherche l’équilibre entre texte projetĂ© naturellement (par les 6 solistes tout au long du drame) et masse orchestrale.  Les Pigeons d’argile de Philippe Hurel (nĂ© en 1955) : Toulouse, Capitole, les 15,18,20,22 avril 2014.  

 

 

Daphné de Strauss à Toulouse

strauss_richard_570_richardsreauss-592x333Toulouse. DaphnĂ© de Strauss. Les 15,19,22,25,29 juin 2014. Temp fort de l’annĂ©e Strauss en France, le Capitole de Toulouse prĂ©sente une nouvelle production de l’opĂ©ra antique mythologique de Richard Strauss, DaphnĂ©. L’ouvrage crĂ©Ă© Ă  l’aube de la guerre (1938) confirme l’inspiration classique du compositeur bavarois, entre Mozart et Wagner : une maniĂšre inspirĂ©e esthĂ©tiquement atemporelle et pourtant investie d’une conscience morale trĂšs aiguĂ«. La musique orchestrale y est d’une raffinement Ă©blouissant, synthĂšse entre le chambrisme ardent d’Ariane Ă  Naxos et le psychisme flamboyant, crĂ©pusculaire, de Capriccio. Sur le thĂšme lĂ©guĂ© par Ovide (Les MĂ©tamorphoses), Strauss au sommet de sa carriĂšre lyrique aborde le thĂšme de l’identitĂ© profonde des ĂȘtres hors de l’amour : pourtant aimĂ©e par le bouvier Leucipos et Apollon lui-mĂȘme (qui va jusqu’Ă  tuer son rival mortel), la nymphe DaphnĂ© choisit de s’abstraire du monde des hommes et des dieux, de renoncer Ă  l’amour en une forme incarnĂ©e palpitante… elle choisit d’ĂȘtre pĂ©trifiĂ©e : changĂ©e en laurier (anecdotiquement pour Ă©chapper aux assauts d’Apollon selon la reprĂ©sentation du sculpteur gĂ©nial Bernin).  En rĂ©alitĂ©, culpabilisant aprĂšs avoir tuer Leucippos, Apollon regrette son crime indigne d’un dieu : il concĂšde Ă  l’aimĂ©e d’exaucer son voeu le plus cher : devenir laurier pour Ă©chapper au monde du dĂ©sir. A l’inverse des hĂ©roĂŻnes qui choisissent d’ĂȘtre finalement intĂ©grĂ©es au monde, tel l’ImpĂ©ratrice de La Femme sans ombre, d’Ariane, d’HĂ©lĂšne, DaphnĂ© rĂ©alise le chemin Ă  rebours… rompre le lien avec l’humanitĂ© et la chair, le dĂ©sir et l’amour. En une page symphonique inouĂŻe, Strauss dĂ©veloppe toutes les ressources de l’orchestre pour exprimer la lente mĂ©tamorphose de DaphnĂ©, d’ĂȘtre dĂ©sirĂ© mais souffrant Ă  celui d’une souche vĂ©gĂ©tale sans Ăąme…. mais dĂ©sormais dĂ©livrĂ© des souffrances du sentiment.

Richard Strauss : Daphné
Toulouse, Capitole
Les 15,19,22,25,29 juin 2014

TragĂ©die bucolique en un acte, op. 82 sur un livret de Joseph Gregor ‹crĂ©Ă©e le 15 octobre 1938 Ă  la Staatsoper de Dresde. Diffusion sur France Musique

Hartmut Haenchen, Direction musicale
Patrick Kinmonth, Mise en scÚne, décors, costumes
Fernando Melo, Chorégraphie
Zerlina Hughes, LumiĂšres

Franz-Josef Selig, Peneios
Anna Larsson, GĂŠa
Claudia Barainsky, Daphne
Maximilian Schmitt, Leukippos
Alfred Kim, Apollo
Patricio Sabaté, Premier Pùtre
Paul Kaufmann, DeuxiĂšme PĂątre
Thomas Stimmel, TroisiĂšme PĂątre
Thomas Dear, QuatriĂšme PĂątre
Marie-Bénédicte Souquet, PremiÚre Servante
HĂ©lĂšne Delalande, DeuxiĂšme Servante

Orchestre national du Capitole
ChƓur du Capitole ‹Alfonso Caiani Direction

Toutes les modalités de réservation, les informations sur le site du Capitole de Toulouse

logo_francemusiqueDiffusion sur France Musique, soirée lyrique dÚs 19h, samedi 28 juin 2014 (représentation enregistrée du 15 juin 2014)

 

 

Daphné de Strauss sur France Musique

 

 
Illustrations : Richard Strauss, Daphné métamorphosé par Nicolas Poussin (DR)

Compte rendu, opéra. Toulouse.Théùtre de Capitole, le 14 mars 2014. Pietro Mascagni (1863-1945): Cavalleria Rusticana; Ruggero Leoncavallo (1858-1919): Paillasse. Nouvelle production du Capitole. Yannis Kokkos: mise en scÚne. Tugan Sokhiev, direction

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Si l’association de Cavalleria et Paillasse ne brille certes pas par l’originalitĂ©, il faut reconnaitre que l’efficacitĂ© du dispositif toulousain est totale. Impossible de rĂ©sister Ă  Toulouse Ă  cette version magnifique des deux opĂ©ras en un acte. Il est certain que le concision et la concentration obtenue par cette contrainte ont mobilisĂ© le meilleur gĂ©nie de chacun des compositeurs dont aucun des autres opĂ©ras n’a obtenu le succĂšs de ce duo Ă©trange. Et lorsque tous les moyens sont utilisĂ©s le rĂ©sultat est lĂ . Cavalleria Rusticana ouvre la soirĂ©e avec, dĂšs les premiĂšres mesures de son magnifique prĂ©lude, la certitude de vivre un grand moment de musique. L’orchestre a des sonoritĂ©s d’une plĂ©nitude symphonique inhabituelle au fond d’une fosse. Les cordes en particulier sont brillantes autant qu’émouvantes dans les longues phrases de Mascagni.

 
 

Mascagni : Bravo, bravissimo ! 


 

Tugan Sokhiev est un orfĂšvre qui tout au long de la soirĂ©e a Ă  coeur de rendre le drame autant que la beautĂ© plastique des partitions. C’est dans Cavalleria que sa direction prĂ©cise et souple fait merveille offrant toutes les beautĂ©s de la partition, ciselĂ©es et irrĂ©sistibles jusque dans la maniĂšre d’assumer une forme de grandiloquence. PortĂ©s par une telle beautĂ©, les artistes chantent avec une grande Ă©lĂ©gance et une tenue inhabituelle dans ce rĂ©pertoire. Le Turrido de Nikolai Shukoff est Ă©poustouflant de prĂ©sence et l’acteur sait rendre le tourment qui habite ce rĂŽle plus complexe qu’il n’y parait. Vocalement le tĂ©nor a des moyens considĂ©rables (ceux d’un vĂ©ritable heldentĂ©nor) qu’il adapte parfaitement Ă  l’opĂ©ra italien. Face Ă  lui la Santuzza d’Elena Bocharova a un jeu plus conventionnel mais surtout un engagement vocal si considĂ©rable qu’elle Ă©voque un peu la projection droite et volcanique dont Ă©tait capable Fiorenza Cossoto. Leur duo est marquĂ© par une thĂ©ĂątralitĂ© associant un jeu trĂšs physique et un engagement vocal sans limites. Aucun des deux chanteurs, ne mĂ©nageant pourtant jamais sa voix, n’est pris en dĂ©faut. La Mamma Lucia d’ Elena Zilio est Ă  la fois prĂ©sente vocalement dans les ensembles, ce qui face aux hĂ©ros aux voix de stentor n’est pas rien, et trĂšs Ă©mouvante dans ces trĂšs courtes interventions face Ă  Santuzza et Turridu. AndrĂ© Heyboer en Alfio est capable de rendre perceptible toute l’humanitĂ© de son personnage un peu sacrifiĂ©. Vocalement il sait tenir face Ă  toute les exigences du rĂŽle avec une voix pleine et sĂ»re. La Lola de Sarah Jouffroy est aguicheuse Ă  souhait.
L’orchestre durant tout l’opĂ©ra a une place trĂšs importante offrant un miroir Ă  l’ñme si tourmentĂ©e de Santuzza. La beautĂ© sonore est totalement captivante ainsi que le drame dont Tugan Sokhiev met en valeur chaque instant. L’Intermezzo restera longtemps dans les mĂ©moires. La production de Yannis Kokkos qui assure mise en scĂšne, dĂ©cors et costumes, est trĂšs cohĂ©rente respectant les didascalies. La Sicile archaĂŻque et religieuse est prĂ©sente avec une Ă©glise trĂšs Ă©crasante et des escaliers habiles pour les mouvements de foule. Un travail trĂšs respectueux qui mobilise le drame a chaque moment.

Les mĂȘmes Ă©lĂ©ments de dĂ©cors sont utilisĂ©s pour Paillasse, la place de l’église servant de scĂšne pour les saltimbanques. LĂ  c’est l’engagement dramatique et thĂ©Ăątral de Tugan Sokhiev qui porte la partition Ă  l’incandescence du drame le plus implacable. La folie meurtriĂšre qui s’empare de Canio, obligĂ© de jouer son tourment privĂ© sur scĂšne arrache des larmes dans son implacabilitĂ©. Le tĂ©nor gĂ©orgien Badri Maisuradze, habituĂ© du BolchoĂŻ, a tout Ă  la fois une voix puissante et parfaitement maitrisĂ©e et un engagement scĂ©nique quasi viscĂ©ral qui convient parfaitement Ă  ce personnage si malheureux, incapable de rĂ©sister Ă  sa violence. La performance vocale est Ă  la hauteur de son jeux. La Nedda de Tamar Iveri est un papillon pris au filet qui n’arrivera pas Ă  s’ Ă©chapper malgrĂ© son courage et sa dĂ©termination. La composition de la cantatrice, habituĂ©e aux rĂŽles nobles et tristes, la rend mĂ©connaissable de lĂ©gĂšretĂ©. Son art vocal lui permet avec dĂ©licatesse de vocaliser comme d’exprimer puissamment ses sentiments et sa rĂ©volte. En Tonio, Sergey Murzaev est trĂšs troublant capable de la plus grande vilĂ©nie comme d’un Ă©motion noble dans le prologue.
C’est vraiment le thĂ©Ăątre qui domine Paillasse dans cette interprĂ©tation qui avance inexorablement vers le drame final. Avec cette Ă©ternelle question du jeu social si difficile Ă  tenir dans les moments de tourments personnels, le thĂ©Ăątre dans le thĂ©Ăątre pirandellien dans Paillasse fait toujours son effet fulgurant. Les trĂšs belles lumiĂšres nocturnes de Patrice Trottier s’ajoutent Ă  la cohĂ©rence du travail de Yannis Kokkos. Les choeurs dont la maĂźtrise sont trĂšs efficaces dans leurs courtes interventions et d’une belle prĂ©sence scĂ©nique.

 

Drame et passions se sont développés avec puissance pour un public pris par les beautés de ces partitions envoûtantes. Chacune a retrouvé une noblesse irrésistible sous la baguette de Tugan Sokhiev dans une production belle et respectueuses des éléments consubstantiels aux mélodrames. Un grand succÚs pour cette production capitoline !

Toulouse.ThĂ©Ăątre de Capitole, le 14 mars 2014. Pietro Mascagni (1863-1945): Cavalleria Rusticana; Ruggero Leoncavallo (1858-1919): Paillasse. Nouvelle production du Capitole. Yannis Kokkos: Mise en scĂšne, dĂ©cors et costumes; Patrice Trottier : LumiĂšres; Anne Blancard : Dramaturgie. Avec : Elena Bocharova, Santuzza; Sarah Jouffroy, Lola; Nikolai Schukoff, Turiddu ; AndrĂ© Heyboer, Alfio; Elena Zilio, Mamma Lucia; Badri Maisuradze, Canio ; Tamar Iveri, Nedda; Sergey Murzaev, Tonio; Mikeldi Atxalandabaso, Beppe ; Mario Cassi, Silvio. ChƓur et MaĂźtrise du Capitole, Alfonso Caiani direction; Orchestre national du Capitole. Tugan Sokhiev, Direction musicale.

 

Illustration : © P. Nin 2014

 
 

Compte rendu, opéra. Toulouse. Théùtre du Capitole, le 6 février 2014. Donizetti : La Favorite. Vincent Boussard, mise en scÚne; Ludovic Tézier
 Antonello Allemandi, direction.

D59P3788_3pGaetano Donizetti a, comme tout compositeur d’opĂ©ra du XIX Ăšme siĂšcle, obtenu des commandes Ă  Paris, ville centrale de l’opĂ©ra romantique. La Favorite a d’ abord Ă©tĂ© commandĂ©e pour le ThĂ©Ăątre de la Renaissance et le titre en Ă©tait l’ange de Nisida, mais a finalement Ă©tĂ© crĂ©e Ă  l’OpĂ©ra de Paris. De ce fait le compositeur ambitieux a souscrit aux exigences de cette institution. Il a rajoutĂ© un premier acte -qui n’est pas de sa meilleure plume- ; a rĂ©Ă©crit la partie de LĂ©onore pour la trĂšs cĂ©lĂšbre contralto  Rosine Stoltz.  L’opĂ©ra a connu un succĂšs public entretenu ensuite par sa proximitĂ© avec le style d’HalĂ©vy et de Meyerbeer. Ce grand rĂŽle de mezzo a aussi beaucoup fait pour la diffusion de l’ouvrage.

Le Capitole, pour cette nouvelle production a choisi la version française originale. Il a dĂ» engager une distribution internationale pas toujours Ă  l’aise avec le français. Sophie Koch initialement prĂ©vue s’est dĂ©sengagĂ©e et c’est l’amĂ©ricaine Kate Aldrich qui relĂšve le dĂ©fi avec des moyens trĂšs diffĂ©rents. Sa LĂ©onore est Ă©nergique et engagĂ©e. ScĂ©niquement elle manque de tendresse dans les duos amoureux et vocalement elle ne dose pas trĂšs bien une voix de poitrine, certes sonore, mais manquant d’élĂ©gance. Les aigus sont tendus et passent en force. Son français est un peu vague. Fernand, rĂŽle Ă©crit pour Adolphe Nourrit, styliste impeccable,  est dĂ©fendu avec audace par Yijie Shi, tĂ©nor nĂ© Ă  ShanghaĂŻ. Certes la voix est claire et la puissance ne lui est pas impossible. Mais cette Ă©mission si en avant tend vers le mĂ©tal le plus agressif sur un timbre banal. Elle a ainsi pu  froisser des oreilles dĂ©licates. Il tire le rĂŽle de cet ambitieux vers une sorte de vaillance gĂ©nĂ©rale et gomme le bel canto et la tendresse qu’il contient. ScĂ©niquement l’acteur est efficace. Il faut remercier le tĂ©nor chinois pour son implication dans la langue française mais ce n’est pas limiter son mĂ©rite que de dire qu’il n’y est pas trĂšs Ă  l’aise. Le couple vedette manque donc un peu du poli belcantiste structurel de la partition  de Donizetti et bascule plutĂŽt vers le grand opĂ©ra pompier.

SuccÚs toulousain pour La  Favorite

C’est donc Ludovic TĂ©zier qui leur vole la vedette, et haut la main. Il est charismatique  en roi de Castille, tendre en amoureux comblĂ©, puissant dans la violence de la rage de la jalousie. Il  gagne en noblesse dans le choix final du pardon ambigu. L’acteur est parfait dans ce rĂŽle de puissant qui veut se contrĂŽler et en devient un peu distant. Vocalement le moelleux de la voix et la beautĂ© du timbre font merveille, les lignes de chants sont ciselĂ©es, les trilles prĂ©cisĂ©ment rĂ©alisĂ©es. Le style belcantiste est prĂ©sent avec de belles nuances et des colorations variĂ©es de la voix. Du grand art!  Le grand rĂŽle de basse est un peu emphatique mais Giovanni Furlanetto l’humanise et chante Ă  merveille tout du long. Marie-BĂ©nĂ©dicte Souquet est une Ines sensible et Ă©mouvante avec une voix de soprano passant trĂšs facilement dans les ensembles. Cette prĂ©sence forte est une qualitĂ© qu’elle partage avec Alain Gabriel en Don Gaspar.

La mise  en scĂšne est sage. Conscient de la grande faiblesse du livret, Vincent Boussard  ne cherche pas Ă  y supplĂ©er.  Les costumes de Christian Lacroix Ă©taient trĂšs attendus. Ils sont merveilleux de couleurs et la beautĂ© des Ă©toffes ravit l’Ɠil. Les aspects dĂ©calĂ©s des costumes (manque de fini), d’ asymĂ©trie systĂ©matique et de manche de tee shirt,   sont comme un clin d’Ɠil Ă  la faiblesse de l’opĂ©ra lui-mĂȘme.  Les lumiĂšres de Guido Levi  animent admirablement un dĂ©cor trĂšs simple et modulable de Vincent Lemaire. Dans la fosse, l’Orchestre du Capitole brille de mille feux. La direction engagĂ©e d’Antonello Allemandi est trĂšs thĂ©Ăątrale,  insufflant une belle Ă©nergie aux musiciens, choristes et solistes, tout particuliĂšrement dans les grands ensembles avec choeurs. L’émotion du final de l’opĂ©ra, la plus belle musique de l’ouvrage, lui doit bien plus que les chanteurs solistes. Les choeurs sont vocalement  prĂ©sents avec efficacitĂ© et grandeur,  tout en Ă©tant beaux  Ă  voir.

La partition Ă©crite pour sĂ©duire le public français a Ă©tĂ© bien dĂ©fendue Ă  Toulouse. D’autres partitions plus subtiles de Donizetti sur des meilleurs livrets sont attendues, le Capitole en a les moyens.

Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 6 fĂ©vrier 2014. Gaetano Donizetti ( 1797-1848) : La Favorite, OpĂ©ra en quatre actes, version originale française sur un livret d’Alphonse Royer et Gustave VaĂ«z crĂ©Ă©e le 2 dĂ©cembre 1840 Ă  l’AcadĂ©mie royale de musique, salle Le Peletier ; nouvelle production. Vincent Boussard : Mise en scĂšne; Vincent Lemaire : DĂ©cors; Christian Lacroix : Costumes; Guido Levi : LumiĂšres. Avec : Kate Aldrich, LĂ©onor de Guzman; Yijie Shi , Fernand; Ludovic TĂ©zier, Alphonse XI, roi de Castille; Giovanni Furlanetto, Balthazar; Alain Gabriel, Don Gaspar; Marie-BĂ©nĂ©dicte Souquet,  InĂšs; ChƓur du Capitole , Alfonso Caiani,  direction ; Orchestre national du Capitole; Antonello Allemandi : direction.

Illustration : © P. Nin 2014

Hubert Stoecklin

Compte rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 17 janvier 2014. Carl Maria Von Weber (1786-1828) : Der FreischĂŒtz, ouverture ; Richard Danielpour (nĂ© en 1956) : Darkness in the ancient valley ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 4 en sol majeur. Soula Parassidis, soprano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Giancarlo Guerrero, direction.

Mahler_gustav_mahler_2007Pour dĂ©buter ce concert, l’orchestre, un peu plĂ©thorique pour une oeuvre du premier romantisme, s’est lancĂ© sans finesse dans l’ouverture du FreischĂŒtz de Carl Maria Von Weber. Les instrumentistes ont semblĂ© presque pris au dĂ©pourvu avec des attaques parfois imprĂ©cises et des cors en ordre dispersĂ©. Les gestes Ă©nergiques du chef lui donnant presque un cotĂ© martial par moment.
Lui a fait suite une oeuvre contemporaine du compositeur amĂ©ricano-iranien Richard Daniel, Darkness in the ancient Valley. Cette Suite est construite comme la quatriĂšme symphonie de Mahler avec en final un chant de soprano. Richement orchestrĂ©e, la partition ne manque pas d’allure en faisant rĂ©fĂ©rence Ă  Britten y mĂȘlant quelques Ă©lĂ©ments ethniques. Il y eut des moments d’une grande violence, dignes des musiques de films en CinĂ©mascope. La tragĂ©die de la vie des Iraniens est ainsi rendue perceptible avec un effet immĂ©diat, le compositeur aimant Ă  parler directement aux Ă©motions de l’auditeur. Le chant final confiĂ© Ă  une soprano est troublant. Une femme, parlant pour son pays, l’Iran, accepte par amour les coups presque mortels de son Ă©poux espĂ©rant toujours arriver Ă  se relever par la force de son amour. La voix de soprano assez corsĂ©e de  Soula Parassidis ainsi que sa diction tranchĂ©e sont trĂšs Ă©vocatrices des dangers encourus en Iran et de la force de la rĂ©sistance du peuple. Il s’agissait de la crĂ©ation française de cette piĂšce.

AprĂšs l’entracte la QuatriĂšme Symphonie de Mahler a Ă©tĂ© proposĂ©e dans une interprĂ©tation immĂ©diate et hĂ©doniste par Giancarlo Guerrero. La beautĂ© de cette partition trĂšs lumineuse a ainsi resplendi, limpide mais sans ombres. Le trouble qui peut sourdre, la dĂ©rision et l’humour noir contenus dans certaines pages n’ont pas Ă©tĂ© invitĂ©s par un chef plutĂŽt soucieux Ă  tout moment de beautĂ© sonore. L’orchestre est trĂšs gĂ©nĂ©reux en somptuositĂ© de timbres et moins en nuances et subtilitĂ© de phrasĂ©s. Le premier mouvement dans un tempo prudent a dĂ©roulĂ© ses ensorcelants mĂ©lismes en toute candeur sans dĂ©rision ni gentilles moqueries lors des archets frappĂ©s ou les riches percussions. Le deuxiĂšme mouvement contenant une marche funĂšbre avec un premier violon en scordattura est restĂ© trĂšs Ă©lĂ©gant et joyeux sans jamais rien d’inquiĂ©tant ou de vraiment provoquant. Le troisiĂšme, Ruhevoll,  eut la beautĂ© des songes avec une avancĂ©e de tapis volant sans jamais rien de trop profond.  Le final a Ă©tĂ© un peu dĂ©cevant par son manque d’humour mais la partition jouĂ©e ainsi au premier degrĂ© avec une soprano au chant ferme reste un pur joyaux mettant en valeur le gĂ©nie d’orchestrateur de Mahler et la virtuositĂ© de l’orchestre du Capitole. L’Ă©vocation de l’ambivalence de l’enfance n’a mĂȘme pas Ă©tĂ© effleurĂ©e. Cette version solide et avant tout centrĂ©e sur le beau son, a Ă©tĂ© bien accueillie par le public. Mais nous nous sommes souvenus de l’interprĂ©tation si complĂšte sur bien des plans, y compris quant Ă  l’ambivalence de l’image du paradis enfantin, donnĂ©e par ce mĂȘme orchestre autrement plus engagĂ© sous la baguette de Tugan Sokhiev trĂšs inspirĂ© en mars 2010


Toulouse. Halle-aux-grains, le 17 dĂ©cembre 2014. Carl Maria Von Weber (1786-1828) : Der FreischĂŒtz, ouverture; Richard Danielpour (nĂ© en 1956) : Darkness in the ancient valley ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 4 en sol majeur. Soula Parassidis, soprano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Giancarlo Guerrero, direction.

Compte-rendu : Toulouse. Auditorium Saint Pierre des Cuisines, le 15 mai 2013. L’ñme Slave. ChƓur de chambre les Ă©lĂ©ments. Corine Durous, piano ; JoĂ«l Suhubiette, direction.

JoĂ«l Suhubiette dirigeantEn choisissant des compositeurs de la Mitteleuropa si variĂ©e, JoĂ«l Suhubiette construit son nouveau programme comme un patchwork de paix et de beautĂ©. L’ñme Slave va du rire aux larmes, du plus savant au populaire avec noblesse et Ă©nergie. Lors de ce concert le chƓur de chambre les Ă©lĂ©ments chante donc avec clartĂ© en 5 langues. Ce travail sur le texte est agrĂ©able car les sonoritĂ©s sont Ă  la fois proches et variĂ©es et le sens des mĂ©lodies est profondĂ©ment portĂ© par les chanteurs. L’engagement de chacun est total, tant avec le texte que la voix. Les qualitĂ©s du chƓur de chambre sont particuliĂšrement mises en valeur par ce programme. PrĂ©cision rythmique, justesse, lignes mĂ©lodiques ciselĂ©es et agrĂ©ables nuances. Les couleurs vocales Ă©pousent celles des mots et le sens en devient limpide. La poĂ©sie de ces Ɠuvres, surtout celles a cappella, permettent de savourer de belles Ă©motions. L’allemand, le tchĂšque, le russe, le slovaque et le hongrois sonnent fraternellement. Quand on sait les conflits armĂ©s qui ont encore rĂ©cemment embrasĂ© ces rĂ©gions on mesure combien, en fait, ces peuples sont proches en entendant la musicalitĂ© des belles langues et la richesse de cette musique si savante et populaire Ă  la fois. JoĂ«l Suhubiette a parfaitement construit son programme, l’ouvrant avec un clin d’Ɠil par Schubert avec Corine Durous au piano dans la mĂ©lodie Hongroise en si mineur. La tension perceptible rend sa lecture un peu abrupte. Celle du chƓur dans les extraits des Zigeunerlieder de Brahms suggĂšre un besoin de temps pour parfaitement s’équilibrer.

 

 

Les ElĂ©ments ont l’ñme Slave

 

Dans les trois cycles de Dvorak, le sublime s’invite. Les trois chants slaves pour chƓur d’hommes a capella sont un sommet d’émotion et de tenue vocale. L’engagement des chanteurs permet au chef d’obtenir de superbes couleurs et des nuances extrĂȘmes. Ensuite, tout le chƓur a cappella offrira un Ă©largissement de beautĂ© sonore avec un superbe Ă©quilibre entre les pupitres. Les quatre chansons populaires moraves op.20 avec Corine Durous termineront la premiĂšre partie avec Ă©clat.

En deuxiĂšme partie de programme, c’est au pupitre de femmes de briller avec deux chƓurs de TchaĂŻkovski et Rachmaninov dans le plus pur romantisme russe, la lumiĂšre de l’aube et du crĂ©puscule y apporte cette belle mĂ©lancolie issue de la nature. En total contraste les quatre chansons paysannes de Stravinsky a capella sont pleines de vie et humour. Les chants slovaques de BartĂłk permettent de retrouver tous les pupitres et le piano dans un Ă©largissement de couleurs somptueuses. Puis, Corine Durous avec une superbe lecture des 3 chants populaires hongrois pour piano fait percevoir sa passion pour le chant et la dĂ©clamation. Elle narre des histoires pittoresques Ă  la maniĂšre de rĂ©citatifs et sait faire chanter son piano.

Pour finir JoĂ«l Suhubiette a choisi un univers Ă©trange et trĂšs spectaculaire. Avec trois chƓurs a cappella en Hongrois, György Ligeti offre une partition audacieuse qui ouvre les cadre harmonique et demandes des nuances extrĂȘmes. Les fortissimi aigus des sopranos sont Ă  la limite de la saturation provoquant un effet physique indescriptible. Les accords sont parfois comme surnaturels. Le public reste sans voix puis un tonnerre d’applaudissements dit son bonheur. VoilĂ  un beau programme promis Ă  un grand succĂšs, qui va encore s’affiner et gagner en souplesse. Ne manquez pas de le suivre, car les ÉlĂ©ments vont le faire tourner.

Toulouse. Auditorium Saint Pierre des Cuisines, le 15 mai 2013. L’ñme Slave. ƒuvres de : Frantz Schubert 1798-1828) ; Johannes Brahms (1833-1897) ; Sergei Rachmaninov (1873-1943) ; Antonin Dvorak (1841-1904) ; Piotr Illich TchaĂŻkovski (1840-1893) ; Igor Stravinski (1882-1971) ; BĂ©la BartĂłk (1881-1945) ; György Ligeti (1923-2006) ; ChƓur de chambre les Ă©lĂ©ments. Corine Durous, piano. JoĂ«l Suhubiette, direction.

 

Compte rendu, concert. Toulouse. Halle-Aux-Grains, le 6 décembre 2013. Gustav Mahler (1860-1911) : 9° Symphonie en ré majeur. Budapest Festival Orchestra. Direction, Ivan Fischer.

Diriger et jouer Mahler n’est pas donnĂ© Ă  tout le monde. Rendre justice Ă  sa 9° symphonie encore moins. Le Budapest Festival Orchestra, dirigĂ© par Ivan Fischer a ce soir Ă©tĂ© Ă  la hauteur des attentes du public venu trĂšs nombreux. Il parait vain en quelques lignes de parler des exigences d’une telle partition, unique entre les symphonies les plus complexes composĂ©es par Gustav Mahler. 

MAHLER_GUSTAV_UNE_veranstaltungen_gustav_mahler_musikwochen_024_gustav_mahler_musikwochen_bigNous dirons juste que rien d’aussi dĂ©licat et subtil n’a Ă©tĂ© Ă©crit par Mahler lui-mĂȘme. Faisant suite Ă  son extraordinaire Chant de la Terre, la neuviĂšme symphonie a Ă©tĂ© composĂ©e en un temps record. Jamais retouchĂ©e par son compositeur, elle  n’a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e qu’aprĂšs sa mort le 26 juillet 1912 Ă  Vienne sous la direction de Bruno Walter.  L’orchestration est subtile, le discours est fluide et sans les insistances et redites de certaines symphonies. EncadrĂ©e par deux mouvements lents d’une absolue beautĂ©, cette symphonie en quatre mouvements a un rapport au silence inouĂŻ. Jamais il ne parait aussi Ă©vident que la musique naĂźt du silence et y retourne comme l’eau de pluie va Ă  la mer. Comme la vie  elle-mĂȘme vient et va du nĂ©ant vers le nĂ©ant.

 

 

Sonorité métaphysique de la musique

 

 
 

DĂšs les premiĂšres mesures les violoncelles, les harpes et les cors bouchĂ©s, en une audace d’orchestration bouleversante, invitent Ă  cette comprĂ©hension quasi mĂ©taphysique de la musique. Tout est possible aprĂšs un tel commencement, comme une naissance en toute quiĂ©tude dans le silence. Ce premier mouvement, vraie symphonie Ă  lui seul, exige tant d’attention et d’Ă©nergie du chef comme des instrumentistes, afin de permettre à  l’auditeur  de planer dans un entre deux incommunicable Ă  la fois berceuse de l’infini invitant au sommeil Ă©ternel et musique de l’introspection sur la finitude de tout et la paix de la mort. Ivan Fischer comprend tout ce que cette partition contient et nous la rend limpide. L’orchestre est merveilleux de concentration, de prĂ©cision et d’audaces assumĂ©es dans les couleurs et les nuances. L’Ă©coute est Ă©blouie et devient flottante devant tant de beautĂ© et d’intelligence. AprĂšs ce premier mouvement bouleversant, le chef sort quelques instants de scĂšne afin de rĂ©cupĂ©rer et l’orchestre se raccorde, le public tousse et reprend conscience. Les deux mouvements mĂ©dians, dansants et provocants, rappellent toute la vanitĂ© de l’agitation du monde.
Ivan Fischer obtient de son orchestre, dans une relation de confiance de prĂšs de trente ans, de ne pas jouer joli. Ainsi les sons s’enhardissent  Ă  ĂȘtre laids et grotesques. Les sarcasmes sont dĂ©lurĂ©s ; le vulgaire de la vie est assumĂ©. Ces deux mouvements affreusement moqueurs crĂ©ent un contraste saisissant. Le final de cette symphonie est un hymne au repos et Ă  l’au-revoir acceptĂ© aux ĂȘtres, aux mondes et Ă  la musique mĂȘme. Le chant des violons, dĂ©chirants et oppressĂ©s ouvre un ocĂ©an de tendresse. L’immense Adagio dĂ©ploie ensuite son espace de mĂ©lancolie sublimĂ©e. Comme le dernier chant, l’Abschied, du Chant de la Terre, ce merveilleusement long mouvement de pure beautĂ© chante et dĂ©passe les cadres Ă©troits du normal. Un adieu ainsi distendu devient une vie Ă  lui seul. Devant tant d’Ă©motion, le demi-sommeil semble un refuge pour continuer Ă  penser sans s’effondrer. L’interprĂ©tation d’Ivan Fischer et son Budapest Festival Orchestra est admirable en tout. Intelligence des phrasĂ©s, beautĂ© des nuances, prĂ©cisions des attaques et du rythme. Les instrumentistes rivalisent d’une virtuositĂ© musicalement dĂ©chirante. Il faudrait citer chacun mais c’est le collectif de ce don de tout ce que chacun a de meilleur qui fait le prix de cette interprĂ©tation Ă  la forme parfaite et au fond infiniment grand.

Avec une telle oeuvre et de tels interprĂštes nous touchons aux limites mĂȘme du commentaire possible. Tant de gĂ©nie ne peut se dire, ni mĂȘme se murmurer. Les mots manquent, le souffle lui-mĂȘme
 Chacun a Ă©tĂ© confrontĂ© Ă  sa finitude et a Ă©tĂ© changĂ©. VĂ©ritable expĂ©rience d’une humanitĂ© partagĂ©e en sa solitude absolue. Le long silence imposĂ© par le chef Ă  la fin a permis un retour en soi aprĂšs cet immense voyage dont la fin a un goĂ»t d’Ă©ternitĂ© dans son lien au silence. Jamais un concert des  Grands InterprĂštes n’a mĂ©ritĂ© ainsi son nom.

 

Toulouse. Halle-Aux-Grains, le 6 décembre 2013. Gustav Mahler (1860-1911) : 9° Symphonie en ré majeur. Budapest Festival Orchestra. Direction, Ivan Fischer.