Compte-rendu critique. Opéra. CAPRAROLA, Festival STRADELLA, La Circe, 29 août 2020, Ensemble Mare Nostrum, Andrea De Carlo

stradella alessandro_stradella-300x220Compte-rendu critique. OpĂ©ra. CAPRAROLA, Festival STRADELLA, La Circe, 29 aoĂ»t 2020, Ensemble Mare Nostrum, Andrea De Carlo… Stradella le magicien… Le Festival Stradella poursuit son Ɠuvre salutaire d’exploration de ce grand compositeur, qui chaque annĂ©e apporte son lot de nouveautĂ©s et de surprises. Et on sait grĂ© Ă  cette remarquable institution d’avoir pu maintenir ses activitĂ©s en ces temps troublĂ©s de distanciation sociale et culturelle. D’autant que l’on a assistĂ© Ă  une vĂ©ritable et rĂ©jouissante dĂ©couverte. On connaissait cette brĂšve sĂ©rĂ©nade, dĂ©jĂ  jouĂ©e et gravĂ©e il y a quelques annĂ©es (en 2016 par Luca Guglielmi pour le label Stradivarius). En rĂ©alitĂ© cette Ɠuvre singuliĂšre existe sous la forme de deux manuscrits, conservĂ©s Ă  la Biblioteca Estense de ModĂšne, qui prĂ©sentent deux versions trĂšs diffĂ©rentes, aussi bien par son livret, dans les deux cas du poĂšte Giovanni Filippo Apolloni, que par sa musique.

PrĂ©cĂ©dĂ©e par une superbe aria de la Susanna (« Da chi spero aita, o cieli ? »), l’un des plus beaux oratorios de Stradella, interprĂ©tĂ©e en hommage Ă  Ennio Morricone rĂ©cemment disparu, la version prĂ©sentĂ©e pour l’ouverture du Festival est inĂ©dite et correspond Ă  la mouture originale, plus courte, d’une durĂ©e n’excĂ©dant pas quarante minutes, mais musicalement plus audacieuse. Si la seconde version a Ă©tĂ© jouĂ©e pour la princesse Olimpia Aldobrandini dans sa villa de Frascati le 16 mai 1668, on n’a aucun tĂ©moignage d’une reprĂ©sentation de la premiĂšre qui n’a probablement jamais Ă©tĂ© jouĂ©e. La partition frappe par le contraste entre une intrigue extrĂȘmement tĂ©nue – il ne se passe pour ainsi dire rien, sinon les efforts de CircĂ© pour se liguer avec ZĂ©phyr et le fleuve Algido et promettre ainsi Ă  la princesse commanditaire les fruits des diffĂ©rents Ă©lĂ©ments – et la force dramaturgique de la musique, d’une grande richesse expressive, et dont les airs prĂ©dominent largement sur les rĂ©citatifs rĂ©duits Ă  la portion congrue. Les formes closes se succĂšdent Ă  un rythme frĂ©nĂ©tique donnant l’impression d’une musique ininterrompue, « durchkomponiert », par un Stradella Ă  peine ĂągĂ© de vingt-cinq ans. Contrairement aux habitudes de l’époque, elles ne sont pas toujours reliĂ©es par des rĂ©citatifs qui ne peuvent faire progresser une action quasi inexistante. Il faudrait commenter chacune des nombreuses arias et trios, mais on relĂšvera en particulier le superbe lamento « Rimembranza che rimbomba », vĂ©ritable sommet de la partition, d’une profondeur exceptionnelle, dans laquelle la voix est sollicitĂ©e Ă  travers un assez large ambitus, soulignĂ© efficacement par les cordes d’un pathĂ©tisme dĂ©chirant. Et les trĂšs nombreux trios qui constellent la partition se dĂ©marquent tous par leur briĂšvetĂ© et leur originalitĂ© expressive, d’une grande modernitĂ©, eu Ă©gard Ă  la seconde version, plus lĂ©gĂšre et d’une sĂ©duction plus immĂ©diate, tout en tirant bĂ©nĂ©fice de l’hĂ©ritage de la seconda pratica montĂ©verdienne et de de la virtuositĂ© contrapuntique de l’école romaine Ă  laquelle cette dense et originale sĂ©rĂ©nade se rattache Ă  bien des Ă©gards.

Pour dĂ©fendre cette partition qui, comme toutes les autres de Stradella, ne ressemblent Ă  aucune autre, un superbe trio de chanteurs, impeccables de justesse, d’engagement, d’expressivitĂ© et d’élocution a Ă©tĂ© rĂ©uni, dominĂ© par la soprano Ă  la fois ductile et puissante de Dorotea Szczepanska dans le rĂŽle-titre, qui dĂ©montre une prĂ©sence scĂ©nique exceptionnelle, une diction sans faille et use magnifiquement de son large spectre vocal. Dans le rĂŽle plus lĂ©ger de ZĂ©phyr, la soprano Giulia Bolcato enchante par un timbre qui s’est clarifiĂ© avec le temps (nous l’avions dĂ©couvert Ă  Venise en 2013 dans l’Eritrea de Cavalli oĂč elle dĂ©tonnait dĂ©jĂ  par sa voix flĂ»tĂ©e et bien projetĂ©e) et qui souligne Ă  merveille les milles nuances de la partition. Algido est dĂ©fendu avec panache par Mauro Borgioni, baryton-basse noble et expĂ©rimentĂ© qui apporte le contraste nĂ©cessaire pour faire varier les effets pathĂ©tiques d’une partition qui semble rĂ©percuter davantage le thĂ©Ăątre et les affects dans la thĂ©ĂątralitĂ© de la musique que dans celle du texte poĂ©tique, bien Ă©crit, mais dĂ©nuĂ© de toute pĂ©ripĂ©tie.

stradella-project-2018-doriclea-opera-critique-classiquenews-maestro-di-carloÀ la tĂȘte de son ensemble Mare Nostrum, Andrea De Carlo continue de dĂ©fendre cette musique avec la mĂȘme passion communicative. Il est un des rares chefs Ă  avoir compris le gĂ©nie thĂ©Ăątral du compositeur et Ă  ĂȘtre constamment attentif Ă  l’équilibre des voix et des instruments qui toujours dialoguent dans une mĂȘme volontĂ© de persuasion rhĂ©torique. Dans le somptueux salon Jupiter du palais FarnĂšse, cette soirĂ©e inaugurale du Festival Stradella est une nouvelle fois Ă  marquer d’une pierre blanche et nous remplit d’impatience en attendant l’enregistrement intĂ©gral des deux versions de cette Circe, magique par son sujet, comme par son exceptionnelle musique.

Compte-rendu. OPERA, Festival International Alessandro Stradella, CAPRAROLA, Palais FarnÚse, 29 août 2020, Stradella, La Circe, D Szczepanska (Circe), G Bolcato (Zefiro), M Borgioni (Algido), Mare Nostrum, Andrea De Carlo.

Compte-rendu critique. Opéra. CAPRAROLA, STRADELLA, Il Trespolo tutore, 31 août 2019, Ensemble Mare Nostrum, Andrea De Carlo

Compte-rendu critique. Opéra. CAPRAROLA, STRADELLA, Il Trespolo tutore, 31 août 2019, Ensemble Mare Nostrum, Andrea De Carlo (direction).

Stradella sous les Ă©toiles

STRADELLA-alessandro-stradellaCe fascinant compositeur ne finit pas de nous surprendre. AprĂšs la merveilleuse Ester l’an dernier, sans doute le plus original, sinon le plus cĂ©lĂšbre de ses six oratorios prĂ©servĂ©s, le Festival barocco Alessandro Stradella a programmĂ© pour sa septiĂšme Ă©dition l’unique opĂ©ra comique du compositeur. ReprĂ©sentĂ© Ă  GĂȘnes en 1679, Il Trespolo tutore, sur un excellent livret de Giovanni Antonio Villifranchi, ne fut jamais repris jusqu’en mars 2018, lorsque Andrea De Carlo le donna Ă  Varsovie dans une mise en scĂšne de PaweƂ Paszta ; un dvd en a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©, mais avec de nombreuses coupures. Le concert de Caprarola adopte moins de coupes, mais toutes seront rĂ©tablies pour l’enregistrement Ă  paraĂźtre chez Arcana. L’Ɠuvre est dĂ©licieuse, avec une galerie de personnages irrĂ©sistibles, qui annonce la grande tradition de la comĂ©die bouffe du XVIIIe, au thĂ©Ăątre, comme Ă  l’opĂ©ra. Le vieux Trespolo, tuteur de la jeune Artemisia, est chargĂ© de lui trouver un mari alors que celle-ci est amoureuse de lui qui n’a d’yeux que pour la servante Despina. La mĂšre de cette derniĂšre, la vieille Simona, joue les entremetteuses pour placer sa fille dans les bras du vieux balourd, tandis que deux frĂšres, Nino et Ciro, sont Ă  leur tour amoureux de la belle Artemisia. Une sĂ©rie de malentendus et d’équivoques conduira d’abord Ă  un possible mariage entre Artemisia et Simona, puis Ciro aura finalement gain de cause, achevant l’opĂ©ra sur la morale de la comĂ©die : l’amour peut aussi bien guĂ©rir que rendre fou.

stradella-project-2018-doriclea-opera-critique-classiquenews-maestro-di-carloIl s’agit lĂ  d’un vĂ©ritable chef-d’Ɠuvre. L’une des partitions les plus riches et les plus variĂ©es de Stradella, Ă  la fois pathĂ©tique, comique, fantastique : la musique y est constamment au service d’une dramaturgie d’une efficacitĂ© redoutable. Aucun temps mort : les airs, nombreux (plus d’une soixantaine) s’insinuent dans les interstices d’un rĂ©citatif au rythme soutenu mais toujours expressif. De brefs lamenti alternent avec des airs plus enjouĂ©s, homorythmiques, jouant parfois sur le ressort comique de l’onomatopĂ©e (« Ah, ah, ah, ah, ah, che spropositi » de Ciro, I, 5), jusqu’à aboutir Ă  la grande scĂšne de folie du dernier acte, digne de l’inaugurale Finta pazza, quand Nino passe en revue toute la gamme des affects, du sentiment belliqueux Ă  la berceuse pathĂ©tique, avant de se croire littĂ©ralement aux Enfers. Illustration :  Andrea De Carlo (DR).

La distribution rĂ©unie pour cette magnifique rĂ©surrection est d’une rare homogĂ©nĂ©itĂ©, dominĂ©e par la soprano voluptueuse, sensuelle, dĂ©licate, de Roberta Mameli. Sa dĂ©clamation est un chant de dentelles, d’un raffinement «  » suprĂȘme ; mĂȘme dans le chuchotement, la diction est impeccable : chaque intervention, chaque mot est chargĂ© d’un pathos contenu qui touche l’auditeur et y fige son attention. Son air d’entrĂ©e, d’une grande beautĂ© (« Quando mai fra tanti ») est le dĂ©but d’une longue sĂ©rie d’airs brefs mais splendides, toujours d’une grande variĂ©tĂ© rythmique, culminant dans le sublime lamento du dernier acte (« Ah, se visibile fosse dall’Erebo »). Le balourd Trespolo a les traits et la voix de l’excellent Riccardo Novaro. La tentation Ă©tait grande, pour un tel rĂŽle, de tomber dans la caricature et l’histrionisme. Le baryton italien Ă©vite admirablement cet Ă©cueil et son interprĂ©tation est un modĂšle du genre, l’aplomb le dispute au naturel et il a droit, lui aussi, Ă  un moment d’anthologie, lors de la scĂšne de la lettre dictĂ©e par Artemisia, oĂč le pronom « voi », qui lui est adressĂ©, est rĂ©pĂ©tĂ© une trentaine de fois. S’il apparaĂźt comme un peu plus statique sur scĂšne, le contre-tĂ©nor polonais RafaƂ Tomkiewicz n’en a pas moins une voix remarquable de finesse, trĂšs bien projetĂ©e, Ă©galement trĂšs attentif Ă  la prononciation (son italien est parfait). Au personnage qu’il incarne Ă©choient sans doute les plus belles pages de la partition, en particulier une sĂ©rie de superbes lamenti, qui servent en quelque sorte de contrepoint Ă  ceux d’Artemisia (« Che pensi, mio cuore », II, 9), jusqu’à la cĂ©lĂšbre scĂšne de folie dans laquelle il rĂ©vĂšle de rĂ©els talents d’acteur jusque lĂ  insoupçonnĂ©s. Son frĂšre Ciro (rĂŽle travesti) est campĂ© par la soprano Silvia Frigato. Timbre juvĂ©nile, lĂ©gĂšrement acidulĂ©, elle se rĂ©vĂšle elle aussi excellente comĂ©dienne, brillante dans son jeu, expressive dans ses gestes et dans son visage. Plus en retrait eu Ă©gard aux autres personnages, la Despina de Paola Valentina Molinari rĂ©vĂšle les mĂȘmes qualitĂ©s d’actrice que le rĂ©tablissement des coupures au disque devrait davantage mettre en valeur. Enfin, il faut saluer la performance de Luca Cervoni, dans le rĂŽle de la vieille Simona. Son Ă©mission vocale claire et prĂ©cise, le soin particulier qu’il accorde Ă  la parole toujours distinctement dĂ©clamĂ©e, une certaine grĂące aussi qui Ă©vite la lourdeur facile de la caricature, en fait un personnage touchant, parfois bouleversant, lorsqu’il se demande, alors qu’elle se sent attirĂ©e par Artemisia, plus de trois siĂšcles avant l’idĂ©e du « mariage pour tous » : « s’ella Ăš nei vestiti, o dunque perchĂ© / non Ăš nei matrimoni anco l’usanza ? »

Andrea De Carlo dĂ©fend cette musique avec l’indĂ©fectible ardeur du passionnĂ© et sa passion est immĂ©diatement communicative. Il dirige son ensemble Mare Nostrum avec la rigueur thĂ©Ăątrale d’un mĂ©tronome, mais la pulsation qu’il lui donne prĂ©serve constamment l’équilibre avec les voix, malgrĂ© un continuo fourni. Sous la voĂ»te Ă©toilĂ©e de la cour d’honneur du palais FarnĂšse, cette soirĂ©e inaugurale du Festival Stradella est Ă  marquer d’une pierre blanche et nous remplit d’impatience en attendant l’enregistrement intĂ©gral de cet exceptionnel chef-d’Ɠuvre.

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Compte-rendu. OPERA, Festival International Alessandro Stradella, CAPRAROLA, Palais FarnĂšse, 31 aoĂ»t 2019, Stradella, Il Trespolo tutore, Riccardo Novaro (Trespolo), Roberta Mameli (Artemisia), Silvia Frigato (Ciro), RafaƂ Tomkiewicz (Nino), Paola Valentina Molinari (Despina), Luca Cervoni (Simona), Ensemble Mare Nostrum, Andrea De Carlo (direction)

CD Ă©vĂ©nement, critique. STRADELLA : La Doriclea (Il Pomo d’Oro, Andrea De Carlo, 3 cd ARCANA 2017)

stradella doriclea cd critique de marco arcana critique opera stradella critique concerts opera classiquenews musique classiqueCD Ă©vĂ©nement, critique. STRADELLA : La Doriclea (Il Pomo d’Oro, Andrea De Carlo, 3 cd ARCANA 2017). Suite de l’intĂ©grale des Ɠuvres lyriques de l’immense Stradella. InstallĂ© Ă  GĂȘnes depuis dĂ©cembre 1677, Alessandro Stradella n’en poursuit pas moins une intense activitĂ© de compositeur d’opĂ©ras pour l’Ă©lite romaine (la famille Orsini par exemple) dont plusieurs opĂ©ras vĂ©nitiens sur la scĂšne du Teatro de Tordinona. La langue romaine de Stradella se pĂąme souvent, se tend et se dĂ©tend mais avec un souci constant du legato : son thĂ©Ăątre a le souci du verbe, de sa cohĂ©rence, d’un tableau Ă  l’autre
 comme Monteverdi Ă  Venise ; Doriclea est un opĂ©ra textuel et linguistique ; rien n’y peut s’y rĂ©soudre sans une complĂšte maestriĂ  du rĂ©citatif, comme des airs (lesquels sont particuliĂšrement courts, Ă  peine dĂ©veloppĂ©s : on est loin des arie da capo, propre Ă  l’opĂ©ra du XVIIIĂš). En ce 17Ăš triomphant, – Seicento Ă  son acmĂ©, Stradella rĂ©alise dans les annĂ©es 1670, une Ă©criture essentiellement palpitante qui Ă©merveille et enchante souvent par la riche palette des nuances Ă©motionnelles contenues dans le texte.
L’interprĂ©tation qu’en propose Andrea De Carlo est passionnante : la caractĂ©risation du continuo, parfaitement canalisĂ©e et bien enveloppante des voix solistes, Ă©claire ce jeu thĂ©Ăątral, des intrigues et registres mĂȘlĂ©s, dont le mĂ©tissage dĂ©rive directement du thĂ©Ăątre littĂ©raire espagnol. La tension expressive du dĂ©but Ă  la fin, Ă  travers rĂ©citatifs (primordiaux ici) et airs, rend justice Ă  cette esthĂ©tique psychologique, qui sous le masque de la diversitĂ©, des contrastes incessants, de la volubilitĂ© de caractĂšres et d’humeurs, Ă©pinglent l’inconstante maladive des cƓurs, la folie que sait instiller partout l’Amour, insolent, facĂ©tieux, dĂ©routant, celui qui sĂšme la jalousie et le dĂ©sir fulgurant.
Andrea De Carlo affirme une belle intelligence de ce genre lyrique, en rĂ©alitĂ© si proche du thĂ©Ăątre. Mais avec cette distinction et cette sensualitĂ© qui justifient amplement la mise en musique du livret riche en rĂ©fĂ©rences poĂ©tiques, signĂ© d’un lettrĂ© et patricien de Rome, Flavio Orsini.

Parmi les chanteurs acteurs, notons le bon niveau gĂ©nĂ©ral mais un tempĂ©rament se dĂ©tache par l’articulation palpitante du verbe : la mezzo soprano Giuseppina Bridelli qui incarne Lucinda, soulignant vertiges et dĂ©sirs d’un cƓur ardent ; tandis qu’à musicalitĂ© et onctuositĂ© expressive Ă©gales, la Doriclea / Lindoro d’Emöke Barath, soprano hongroise vedette (entre autres rĂ©vĂ©lĂ©e dans le cadre des recrĂ©ations Rameau et Mondonville pilotĂ©es par l’excellent chef György Vashegyi Ă  Budapest) n’atteint pas Ă  cette caractĂ©risation nuancĂ©e, Ă  cette intelligibilitĂ© naturelle de Bridelli ; cette derniĂšre donne chair et vie aux rĂ©citatifs dont la dĂ©clamation est ici fondamentale. Et il faut beaucoup de souplesse comme d’imagination allusive pour vivifier et Ă©clairer les rĂ©citatifs ; Stradella comme ses contemporains VĂ©nitiens, cisĂšle un thĂ©Ăątre oĂč la langue doit demeurer constamment intelligible. Giuseppina Bridelli est de ce point de vue exemplaire (Ă©coutez ces deux airs dans l’acte III : « le dolent Spera mio core ; le plus ardent, mordant, voire conquĂ©rant : « Da un bel ciglo. » 
Rien Ă  dire non plus de la part des voix les plus graves (celles du couple comique, plein de rĂ©alisme populaire et douĂ© d’un bon sens raisonnable) : le contralto de Gabriella Martellacci, prĂ©sente, dĂ©terminĂ©e ; comme le Giraldo un rien comique, dĂ©lurĂ© du baryton impeccable Riccardo Novaro dont la verve et lui aussi l’intelligibilitĂ© prĂ©servĂ©e, annoncent ce type de baryton bouffe d’esprit vĂ©nitien, dĂ©jĂ  prĂ©rossinien (annonçant les masques fantaisistes de tous les buffas napolitains du XVIIIĂš).

Lui rĂ©pond le continuo articulĂ©, mordant lui aussi d’Il Pomo d’Oro, superbement Ă©quilibrĂ© et bondissant car veille Ă  la prĂ©cision comme aux rebonds expressifs, le chef Andrea De Carlo. C’est Ă  lui que nous devons la moisson rĂ©cente d’excellents opus Stradelliens, sujets d’enregistrements d’une indiscutable intĂ©rĂȘt musical. Doriclea est le 5Ăš volume du Stradella Project. Voici donc au sein d’une intĂ©grale lyrique en cours, l’un des opus les plus rĂ©ussis, comblant une lacune scientifique absurde. Stradella est bien l’un des gĂ©nies de l’opĂ©ra italien du XVIIĂš. Cette premiĂšre mondiale est une rĂ©vĂ©lation, servie par un chef, des instrumentistes et plusieurs chanteurs de premiĂšre valeur.

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CLIC D'OR macaron 200CD, Ă©vĂ©nement. STRADELLA : DORICLEA (Rome, vers 1670). EmƑke BarĂĄth (Doriclea), Giuseppina Bridelli (Lucinda), Gabriella Martellacci (Delfina),(Riccardo Novaro (Giraldo), Xavier Sabata (Fidalbo), Luca Cervoni (Celindo) – Il Pomo d’Oro. Andrea De Carlo, direction (3 cd ARCANA / OUTHERE – enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Caprorola, Italie / sept 2017) – CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2019.

Cette premiÚre sortie discographique mondiale de La Doriclea est une réalisation majeure pour The Stradella Project, qui signe ainsi le cinquiÚme volume de la série.

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Approfondir

Retrouvez la mezzo Giuseppina Bridelli en tournĂ©e avec Le CONCERT DE L’HOSTEL DIEU : dans un programme DUEL HANDEL / PORPORA, ou l’ñge d’or de la volcaitĂ  Ă  Londres au XVIIIĂš (annĂ©es 1730) – nouveau cycle

LIRE aussi notre présentation annonce du coffret DORICLEA de STRADELLA, premiÚre discographique piloté par Andrea De Carlo 

VOIR aussi le reportage STRADELLA PROJECT initiĂ© par le chef et musicologue ANDREA DE CARLO, engagĂ© Ă  rĂ©tablir aujourd’hui le gĂ©nie de Stradella / en liaison avec le Festival de NEPI : FESTIVAL BARROCCO Alessandro Stradella
http://www.festivalstradella.org/photos-videos/

Focus on Doriclea : tĂ©moignages des chanteurs, du chef entre autres sur la nĂ©cessitĂ© de l’éloquence, du texte, Ă©lĂ©ment moteur du chant baroque stradellien :
https://www.youtube.com/watch?v=ZjlKNkLA4O8

CD Ă©vĂ©nement, annonce. STRADELLA : La Doriclea (Il Pomo d’Oro, Andrea De Carlo, 3 cd ARCANA)

stradella doriclea cd critique de marco arcana critique opera stradella critique concerts opera classiquenews musique classiqueCD Ă©vĂ©nement, annonce. STRADELLA : La Doriclea (Il Pomo d’Oro, Andrea De Carlo, 3 cd ARCANA). Suite de l’intĂ©grale des Ɠuvres lyriques de l’immense Stradella. InstallĂ© Ă  GĂȘnes depuis dĂ©cembre 1677, Alessandro Stradella n’en poursuit pas moins une intense activitĂ© de compositeur d’opĂ©ras pour l’Ă©lite romaine (la famille Orsini par exemple) dont plusieurs opĂ©ras vĂ©nitiens sur la scĂšne du Teatro de Tordinona.
Ainsi sur les livrets de Lelio Orsini, Stradella compose la musique des oratorios Ester, Santa Edita et probablement San Giovanni Grisostomo : 3 ouvrages dĂ©jĂ  rĂ©alisĂ©s et enregistrĂ©s par Andrea De Carlo dans le cadre de son cycle exemplaire STRADELLA PROJECT. Pour Stradella, Flavio Orsini fournit le texte de l’opĂ©ra Il Moro per amore et sĂ»rement celui de la Doriclea ici enregistrĂ©e…
La composition remonterait au milieu des annĂ©es 1670, et jusqu’en 1677 au moment oĂč Stradella fuit Ă  Venise. Avant Stradella, Cavalli a composĂ© une Doriclea (1645); puis Vivaldi conçoit sa propre Doriclea (1716) mais Ă  part leur titre, les autres compositions n’ont rien de commun avec l’opĂ©ra de Stradella.
STRADELLA alessandro stradellaOrsini s’inspire des drames de capes et d’Ă©pĂ©e lĂ©guĂ©s par les Ă©crivains espagnols oĂč deux premiers couples nobles, (Doriclea, Soprano / Fidalbo, contralto ; et Lucinda, soprano et Celindo, tĂ©nor) Ă©voquent dames et chevalier de la petite noblesse dont les profils croisent intrigues amoureuses et joutes d’honneur. Un 3Ăšme couple, plĂ©bĂ©ien (serviteurs, gouvernante, soldats…) incarne la seconde action plus comique : ici Delfina, contralto et Giraldo, basse qui sont plus ĂągĂ©s, plus expĂ©rimentĂ©s et porteurs de « sagesses » et leçons de vie, souvent mordantes et savoureuses (selon le mĂ©lnages des genres et le cynisme de l’opĂ©ra vĂ©nitien du XVIIĂš) ; tous ont des costumes contemporains Ă  ceux des spectateurs.
Au comble de l’illusion et des travestissements, Lindoro (Fidalbo dĂ©guisĂ© et envoĂ»tĂ©) manque de tuer sa bien aimĂ©e Doriclea (finale du III) , et c’est finalement la gouvernante Delfina (et son bon sens) qui dĂ©jouant les quiproquos, sauve l’hĂ©roĂŻne Doriclea des menaces d’un amour ensorcelĂ©. Les trois couples cĂ©lĂšbrent l’harmonie recouvrĂ©e en fin d’action.
L’action sentimentale se dĂ©roule Ă  la campagne (environs de Rome) devant une assemblĂ©e princiĂšre choisie et plutĂŽt intimiste dans un cadre pastoral au printemps ou en automne. Ici Fidalbo l’agent de la folie presque meurtriĂšre Ă  l’air le plus complexe (Chi sa dove dimori la beltĂ  Ă  l’acte II). Rebondissements en tous genres, cynisme et dĂ©lire parodique, rĂ©alisme poĂ©tique mais grinçant sur les passions humaines, sens du drame et raffinement musical, La Doriclea de Stradella mĂ©rite absolument ce trĂšs convaincant enregistrement. Un opus majeur au sein du STRADELLA PROJECT dĂ©fendu avec art et vivacitĂ© par Andrea De Carlo. Grande critique Ă  venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.

Compte-rendu, festival. Festival International Alessandro Stradella (FAS), Nepi, 10 septembre 2016, Stradella, Santa Pelagia. Ensemble Mare Nostrum, Andrea De Carlo.

Compte-rendu, festival. Festival International Alessandro Stradella (FAS), Nepi, 10 septembre 2016, Stradella, Santa Pelagia. Ensemble Mare Nostrum, Andrea De Carlo. Chaque annĂ©e, le Festival Stradella qui se dĂ©roule Ă  Nepi, la ville natale du compositeur, semble gagner en qualitĂ©, en Ă©motion, et le plaisir roboratif de la dĂ©couverte le dispute Ă  la jubilation que suscite une interprĂ©tation « historiquement informĂ©e », associĂ©e Ă  la connaissance intime qu’a du compositeur son directeur et fondateur Andrea De Carlo ; d’autant que ce dernier mĂ»rit de longues annĂ©es chacun de ses projets stradelliens.

STRADELLA-alessandro-stradellaPour inaugurer la IVe Ă©dition du Festival, ce dernier a ressuscitĂ© l’un de ses plus beaux oratorios, Santa Pelagia, dont on ignore l’exacte date de composition, mais qui fut trĂšs probablement exĂ©cutĂ©e Ă  Rome au milieu des annĂ©es 1660. Avec un effectif rĂ©duit de 4 voix accompagnĂ©es par la seule basse continue, cette partition est conservĂ©e en une unique copie postĂ©rieure Ă  la BibliothĂšque Estense de ModĂšne. Le livret anonyme, d’une grande richesse poĂ©tique – l’auteur a bien assimilĂ© son PĂ©trarque et son Marino – raconte, dans le plus pur style de la joute oratoire contre-rĂ©formiste, la conversion aux vraies valeurs chrĂ©tiennes d’une jeune femme syrienne, dont on ne sait pas trĂšs bien si elle est prostituĂ©e, alors tentĂ©e par les plaisirs terrestres de la vie mondaine. Les personnages qui se disputent ses faveurs sont allĂ©goriques (le Monde, la Religion), et l’intrigue dramatique, inexistante, se rĂ©duit Ă  un dĂ©bat rhĂ©torique des consciences.

4Ăšme Festival Stradella Ă  Nepi

STRADELLA NOSTRUM

Andrea De Carlo, l’un des rares chefs Ă  comprendre rĂ©ellement ce rĂ©pertoire exigeant, et plus particuliĂšrement l’Ɠuvre complexe, originale et fascinante de Stradella Ă  qui il voue un amour infini, a dĂ©poussiĂ©rĂ© la partition gĂątĂ©e par des ajouts incongrus (les parties de violon dans la sinfonia d’ouverture et les interludes instrumentaux du plus mauvais effet) qu’il a judicieusement supprimĂ©s, dĂ©barrassant l’Ɠuvre de cette gangue adventice et factice qui la dĂ©naturait. Santa Pelagia y retrouve une seconde jeunesse et rĂ©sonne enfin de cet Ă©quilibre parfait que le compositeur a su instituer entre la basse continue et la voix. La musique de Stradella, surtout dans ses oratorios, doit ĂȘtre lue et interprĂ©tĂ©e comme l’illustration de cette « fiction rhĂ©torique mise en musique », selon la cĂ©lĂšbre dĂ©finition que donne le Tasse (elle-mĂȘme reprise de Dante) de la poĂ©sie. Toute affĂ©terie ou embellissement musical y deviennent inutiles et dĂ©tournent l’Ɠuvre de sa destination premiĂšre, toucher l’auditoire par la triple fonction du paradigme rhĂ©torique : plaire, instruire et Ă©mouvoir. De Carlo a su Ă©viter le piĂšge de la sĂ©duction facile et immĂ©diate, de l’opulence gratuite, et de cela nous lui en savons infiniment grĂ©.
La distribution rĂ©unie dans la cathĂ©drale de Nepi pour cette rĂ©surrection trĂšs attendue est proche de l’idĂ©al. Dans le rĂŽle-titre, la soprano Roberta Mameli a littĂ©ralement illuminĂ© l’assistance de sa voix magnifiquement projetĂ©e, d’une grande amplitude et d’une ferveur idoine qui force le respect. Ses airs sont d’une extrĂȘme variĂ©tĂ©, tour Ă  tour Ă©lĂ©giaques (magnifique air d’entrĂ©e « Ermi tronchi » au rythme chaloupĂ©, prĂ©cĂ©dĂ© comme souvent d’un rĂ©citatif d’une grande expressivitĂ©), pathĂ©tiques, ou encore plus vĂ©hĂ©ments (« Abbatto, / Combatto »). Son Ă©loge du regard qui matĂ©rialise la passion amoureuse (« Le pupille / Son faville »), avec lequel s’achĂšve la premiĂšre partie, restera comme l’un des sommets de la partition. La basse Sergio Foresti, dans le rĂŽle du Monde, est toujours d’une musicalitĂ© impeccable, trĂšs sollicitĂ© dans l’aigu dans les airs qui lui incombent, montrant ainsi Ă  son tour l’impressionnant ambitus vocal jamais pris en dĂ©faut. Dans celui de la Religion, Raffaele PĂš confirme qu’il est l’un des contre-tĂ©nors les plus fins du moment ; sa diction est parfaite, et son chant d’une grande homogĂ©nĂ©itĂ©, sans aucune des aspĂ©ritĂ©s qui gĂątent souvent ce type de voix marquĂ© par un maniĂ©risme horripilant qui trahit les faiblesses techniques plus qu’il ne rĂ©vĂšle l’efficacitĂ© des contrastes de registres. Ses interventions sont typiques du style de Stradella qui, mĂȘme dans les formes closes, souvent concitate (« Saette e fulmini »), ne sacrifie jamais l’intelligibilitĂ© du texte. Enfin, dans le rĂŽle du prĂȘtre Nonno, le tĂ©nor Luca Cervoni prĂ©sente les mĂȘmes qualitĂ©s que ses confrĂšres : voix cristalline aussi touchante dans les airs tendres (superbe « Agl’assalti ») que dans les morceaux plus virtuoses (« Tu che sbatti »), qui rĂ©vĂšlent une maĂźtrise stupĂ©fiante de la vocalitĂ , d’une admirable tenue.
La mise en espace sobre et efficace de Guillaume Bernardi respecte les codes rhĂ©toriques de la joute oratoire par quoi se dĂ©finit principalement l’oratorio romain du XVIIe siĂšcle. Au final, un succĂšs plus grand encore que les prĂ©cĂ©dents Ă  porter Ă  l’actif du fabuleux travail de De Carlo et de son Ensemble Mare Nostrum, dont on attend les prochaines rĂ©alisations avec impatience et gourmandise.

Compte-rendu, festival. Festival International Alessandro Stradella (FAS), Nepi, 10 septembre 2016, Stradella, Santa Pelagia. Ensemble Mare Nostrum, Andrea De Carlo.

CD, compte rendu critique. Stradella : Santa Editta (Mare Nostrum 2015, 1 cd Arcana)

SAnta editta stradella cd critique annonce review classiquenews andrea de carlo clic de classiquenews de mai 2016 1540-1CD, compte rendu critique. Stradella : Santa Editta (Mare Nostrum 2015, 1 cd Arcana). MalgrĂ© des aigus qui dĂ©rapent dan se prologue la soprano fait une allĂ©gorie caractĂ©risĂ©e invectivant, et prenant Ă  tĂ©moin l’auditeur par la seule intensitĂ© de sa dĂ©clamation : voix longue et incisive qui impose un Ă©clat en ouverture. L’Edita de Veronica Cangemi imposĂ© un sens du texte et une trĂšs belle tenue accentuĂ©e malgrĂ© un timbre volĂ©e. La nobilta incandescente e lexcellentz soprano Francesca Aspromonte (jeune tempĂ©rament Ă  suivre) accuse le relief d’une Ă©criture trĂšs vocale car le gĂ©nie de Stradella se dĂ©voile surtout dans la conduite des rĂ©citatifs, vrais chantiers passionnants de cette intĂ©grale en cours.
D’ailleurs on connaĂźt l’engagement du continuiste Andrea De Carlo, soucieux d’une articulation juste et naturelle comme d’une intonation poĂ©tique Conforme Ă  cette Ă©loquence Ă©lĂ©gante et trĂšs sensuelle d’un Stradella maĂźtre de l’oratoirio du plein Seicento  (xvii Ăšme Le trĂšs beau timbre racĂ©e fin de la basse bien chantante de Sergio Foresti complĂšte un plateau de solistes trĂšs finement caractĂ©risĂ©s.


STRADELLA-alessandro-stradellaSTRADELLA, GENIE DE L’ORATORIO BAROQUE
. AprĂšs un cd trĂšs convaincant – malgrĂ© quelques faiblesses (bien anecdotiques) : San Giovanni Crisostomo (2014, CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2015), l’ensemble italien Mare Nostrum dirigĂ© par l’excellent Andrea De Carlo, poursuit son cycle dĂ©diĂ© aux oratorios d’Alessandro Stradella, ici avec un absolu inĂ©dit sur un sujet spĂ©cifique, en liaison direct avec le contexte de composition : Santa Editta, probablement Ă©crite Ă  Rome au dĂ©but des annĂ©es 1670 (reprises attestĂ©es en 1684 puis 1692). CrĂ©Ă©e en Italie lors du dernier festival Stradella Ă  Nepi (probable citĂ© natale de Stradella, province de Viterbe, 50 km au nord de Rome) en aoĂ»t 2015, la production dont l’enregistrement prolonge la performance Ă©blouit littĂ©ralement, sur le plan musical, grĂące Ă  une Ă©criture dramatique nerveuse, efficace, d’une sensualitĂ© directe.

aspromonte francesca s200_francesca.aspromonteSur le plan artistique grĂące Ă  un plateau vocal qui rĂ©unit les jeunes talents du chant italien, l’Ɠuvre peut scintiller par sa fine Ă©criture expressive, soulignant le contraste nĂ© entre l’aspiration Ă  la vie monastique et les tentations des sĂ©ductions mondaines : entre les deux mondes, oĂč penchera l’Ăąme (faussement) tourmentĂ©e de la souveraine ? Ainsi rayonne l’irrĂ©sistible Francesca Aspromonte, NobiltĂ  (Noblesse) d’une diction mordante, incisive, naturelle qui rĂ©tablit aussi ce gĂ©nie des rĂ©citatifs qui caractĂ©rise Stradella. Voici donc aprĂšs La Forza delle Stelle (la Force des Ă©toiles), et donc San Giovanni Crisostomo – deux rĂ©alisations au concert puis au disque critiquĂ©es par classiquenews-, un troisiĂšme oratorio stradellien d’une grande beautĂ©, servi par de jeunes chanteurs trĂšs impliquĂ©s. Peu d’action, beaucoup de sentiments, d’extase Ă©motionnelle et sensorielle : la Sainte admirable, qui renonce au dĂ©sir terrestre pour ne pas souffrir est ici confrontĂ©e Ă  plusieurs allĂ©gories : UmiltĂ  (Claudia de Carlo), Grandezza, Belleza (Fernando GuimĂŁraes) et Senso (excellente basse chantante Sergio Foresti)…
Toujours un souci du verbe agissant, un relief dĂ©clamatoire qui force l’admiration. Et tĂ©moigne du niveau vocal et de l’exigence globale dĂ©fendus aujourd’hui par Andrea De Carlo et son ensemble Mare Nostrum.

Voix usĂ©e et ligne continue mais contournĂ©e (ports de voix) qui n’a pas le mordant piquant des voix plus jeunes qu’elle, Veronica Cangemi dĂ©ploie une belle ligne d’une fragilitĂ© touchante, dans la seconde partie, Ă  l’expressivitĂ© juste, rendant Ă  Edith ce profil vacillant, fĂ©brile, en proie au doute existentiel, emblĂšme Ă©difiant de la condition humaine.
Chacune de ses confrontations avec les allĂ©gories (Bellezza, Senso, Grandezza, NobilitĂ ) se fait prise de conscience sur la vanitĂ© de toute forme de plaisir terrestre et sensuel : fastes, pompe, plaisir, … saisissante rĂ©vĂ©lation et leçon de rĂ©alisme que condense la question d’Editta, Ă©noncĂ©e, dans la seconde partie comme un leit motiv avant chaque apparition : ” Dite su, piacer, che siete ?” / DĂźtes-moi Plaisir, qui ĂȘtes vous ?”…
Autant de questions / rĂ©ponses qui jalonnent un rite de passage, celui du renoncement, vĂ©ritable Ă©cole de l’adieu et qui culmine dans l’air d’Editta (n°40) : “L’orme stampi veloce il piĂš…” / Que les pas, vite, foulent le sol… Tout cĂ©lĂšbre le choix moral de la Reine qui a su renoncer au pouvoir, aux futilitĂ©s terrestres et matĂ©rielles.

Vraie tempĂ©rament grave et caverneux, la basse Sergio Foresti Ă©blouit par son sens du verbe Ă©loquent, percutant sans boursouflures, sur un souffle naturellement expressif (Senso) ; les chanteurs savent caractĂ©riser tous sans exception les arĂȘtes vives de leurs textes respectifs. Avec cet engagement prĂȘt Ă  prendre des risques et Ă  s’exposer au delĂ  d’une rĂ©alisation conforme sans Ăąme ; de fait l’imprĂ©cation finale par HumilitĂ  (d’un sentiment de culpabilitĂ© excessive : – “qui sĂšme la douleur, rĂ©colte le bonheur”) permet Ă  la jeune soprano Claudia Di Carlo, de refermer le livre qu’elle avait ouvert, un Sybille embrasĂ©e, vive, nerveuse.

CLIC_macaron_2014Au regard de la cohĂ©rence vocale du plateau, du soutien subtilement caractĂ©risĂ© du continuo, voici l’un des meilleurs enregistrements du cycle Stradella en cours : l’oeuvre est passionnante, belle rĂ©vĂ©lation du Festival Nepi 2015 jouĂ© pour son ouverture (le 30 aoĂ»t). CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016.

CD, compte rendu critique. Stradella : Santa Editta, vergine e monaca, Regina d’Inghilterra. Oratorio pour 5 voix et basse continue. Ensemble Mare Nostrum. Andrea De Carlo, direction (1 cd Arcana), enregistrĂ© en aoĂ»t 2015.

CD, annonce. Andrea De Carlo ressuscite l’oratorio San Editta de Stradella… (1 cd Arcana)

SAnta editta stradella cd critique annonce review classiquenews andrea de carlo clic de classiquenews de mai 2016 1540-1CD, annonce. Andrea De Carlo ressuscite l’oratorio San Editta de Stradella… (1 cd Arcana). STRADELLA, GENIE DE L’ORATORIO BAROQUE. AprĂšs un cd trĂšs convaincant – malgrĂ© quelques faiblesses (bien anecdotiques) : San Giovanni Crisostomo (2014, CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2015), l’ensemble italien Mare Nostrum dirigĂ© par l’excellent Andrea De Carlo, poursuit son cycle dĂ©diĂ© aux oratorios d’Alessandro Stradella, ici avec un absolu inĂ©dit sur un sujet spĂ©cifique, en liaison direct avec le contexte de composition : Santa Editta, probablement Ă©crite Ă  Rome au dĂ©but des annĂ©es 1670 (reprises attestĂ©es en 1684 puis 1692). CrĂ©Ă©e en Italie lors du dernier festival Stradella Ă  Nepi (probable citĂ© natale de Stradella, province de Viterbe, 50 km au nord de Rome) en aoĂ»t 2015, la production dont l’enregistrement prolonge la performance Ă©blouit littĂ©ralement, sur le plan musical, grĂące Ă  une Ă©criture dramatique nerveuse, efficace, d’une sensualitĂ© directe ; sur le plan artistique grĂące Ă  un plateau vocal qui rĂ©unit les jeunes talents du chant italien dont l’irrĂ©sistible Francesca Aspromonte, NobiltĂ  (Noblesse) d’une diction mordante, incisive, naturelle qui rĂ©tablit aussi ce gĂ©nie des rĂ©citatifs qui caractĂ©rise Stradella. Voici donc aprĂšs La Forza delle Stelle (la Force des Ă©toiles), et donc San Giovanni Crisostomo – deux rĂ©alisations au concert puis au disque critiquĂ©es par classiquenews-, un troisiĂšme oratorio stradellien d’une grande beautĂ©, ici servi par de jeunes chanteurs trĂšs impliquĂ©s. Peu d’action, beaucoup de sentiments, d’extase Ă©motionnelle et sensorielle : la Sainte admirable, qui renonce au dĂ©sir terrestre pour ne pas souffrir est ici confrontĂ©e Ă  plusieurs allĂ©gories : UmiltĂ  (Claudia de Carlo), Grandezza, Belleza (Fernando GuimĂŁraes) et Senso (excellente basse chantante Sergio Foresti)…

Toujours un souci du verbe agissant, un relief dĂ©clamatoire qui force l’admiration. Et tĂ©moigne du niveau vocal et de l’exigence globale dĂ©fendus aujourd’hui par Andrea De Carlo et son ensemble Mare Nostrum.

CLIC_macaron_2014Au regard de la cohĂ©rence vocale du plateau, du soutien subtilement caractĂ©risĂ© du continuo, voici assurĂ©ment l’un des meilleurs enregistrements du cycle Stradella en cours. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016. CD, annonce. Andrea De Carlo ressuscite l’oratorio San Editta de Stradella… (1 cd Arcana). Prochaine critique dĂ©veloppĂ©e dans le mag cd dvd livres de Classiquenews.com. Parution annoncĂ©e : le 10 mai 2016 (1 cd Arcana).

 

 

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MARE NOSTRUM : redécouvrir STRADELLA

 

 

 

CD, compte rendu critique. Alesandro Stradella : San Giovanni Crisostomo. Mare Nostrum. Andrea De Carlo (1 cd Arcana / Andrea De Carlo, Mare Nostrum, septembre 2014)

STRADELLA san giovanni crisostomo oratorio recreation review compte rendu account of cd critique CLASSIQUENEWS septembre 2015 Mare nostrum Andrea De Carlo cd arcana arcanaa389-1CD, compte rendu critique. Alesandro Stradella : San Giovanni Crisostomo. Mare Nostrum. Andrea De Carlo (1 cd Arcana / Andrea De Carlo, Mare Nostrum, septembre 2014). Pas d’introduction fervente prĂ©parant l’auditeur dans les affres expressives entre vanitĂ© et vertu mais immĂ©diatement un duo (entre deux conseillers impĂ©riaux de la Cour d’Eudoxie, soit comme la conversation et les commentaires de personnages secondaires) qui plonge dans l’acuitĂ© d’une action sacrĂ©e aussi ciselĂ©e que son oratorio dĂ©jĂ  Ă©ditĂ© et mieux connu : San Giovanni Battista, vĂ©ritable rĂ©vĂ©lation qui alors confirmait l’autoritĂ© et la sĂ©duction d’un compositeur adulĂ© en son temps, protĂ©gĂ© par les grands dont la Reine Christine de SuĂšde… Stradella rĂ©vĂ©lĂ© : voilĂ  une gravure opportune qui vient accrĂ©diter l’originalitĂ© d’un tempĂ©rament qui sait sculpter la matiĂšre vocale avec une rare pertinence expressive car de toute Ă©vidence ici c’est essentiellement la langue des rĂ©citatifs qui porte la tension et la cohĂ©rence poĂ©tique comme la valeur mĂ©ditative et spirituelle de l’oeuvre.

 

 

FavorisĂ© par Innocent XI, Stradella compose un oratorio glorifiant le juste Crisostomo…

Joyau romain du XVIIĂšme

Mare Nostrum en dĂ©voile l’art sculptural des rĂ©citatifs

STRADELLA alessandro stradellaAntonio Stradella (1639-1689) marqua voire refaçonna selon son goĂ»t (immense) le genre de l’oratorio si fĂ©cond et florissant dans la Rome baroque (et ailleurs), celle de la fin du XVIIĂš, action sacrĂ©e aussi reprĂ©sentĂ©e dans les confraternitĂ©s religieuses que dans les salons de la noblesse tels les Pamphili, Ottoboni, Ruspoli… Les “oratorios de palais” sont particuliĂšrement prisĂ©s et aussi dĂ©fendus par le pape lui-mĂȘme : Innocent XI qui autour de 1680, se montre trĂšs exigeant voire interventionniste sur le genre lyrique : pour s’assurer de la conformitĂ© des drames jouĂ©s en musique, il marqua sa prĂ©fĂ©rence pour des livrets Ă©crits par les cardinaux lettrĂ©s de la Rome pieuse et Ă©rudite. Les moyens investis sont importants et coĂ»teux mĂȘme pour des actions sacrĂ©es reprĂ©sentĂ©es dans les salons patriciens : dĂ©cors, costumes, Ă©lĂ©ments scĂ©nographiques : c’est le cas de la Resurrezione de Haendel (1708) aboutissement emblĂ©matique de l’essor du genre, lui-mĂȘme prolongeant naturellement ainsi tous les oratorios d’Alessandro Scarlatti (livrets du cardinal Pietro Ottoboni) reprĂ©sentĂ©s au Palais de la Chancellerie Ă  Rome de 1693 Ă  …1708.

 

 

L’art du rĂ©citatif
L’oratorio tend non Ă  l’action et aux coups de thĂ©Ăątre comme Ă  l’opĂ©ra, mais Ă  la rĂ©flexion, voire la mĂ©ditation sur les thĂšmes sacrĂ©s, et aussi sur les questions thĂ©ologiques : le rĂ©citatif y est particuliĂšrement ciselĂ© et expressif pour articuler et projeter, colorer et nuancer les riches thĂ©matiques du sujet sacrĂ©. L’air plus lyrique et vocal met en avant un sentiment pour sĂ©duire l’assemblĂ©e. Avant sa trentaine, Stradella oeuvre Ă  Rome (dĂšs 1667) Ă  l’ArchiconfraternitĂ© du trĂšs saint crucifix (ArchiconfraternitĂ  del Santissimo Crocifisso de Rome) de Rome que l’auteur avait rejoint en 1653. Le compositeur si finement dramatique, est apprĂ©ciĂ© de ses patrons, tous riches patriciens romains : Chigi, Pamphili, Aldobrandini, Altieri, Christine de SuĂšde donc, rĂ©cente convertie Ă  la foi catholique, laquelle Ă©crit le livret de sa sĂ©rĂ©nade, Il Damone. En totalitĂ©, Stradella compose 6 oratorios : San Giovanni Battista (1675), La Susanna (1681), Ester liberatrice, San Giovanni Crisostomo, San’Editta, vergine e monaca, enfin Santa Pelagia. Chaque partition relevant de la ferveur particuliĂšre du mĂ©cĂšne commanditaire, d’oĂč le choix de sainte martyre plutĂŽt peu connue aujourd’hui….
L’oratorio San Giovanni Crisostomo est probablement liĂ© au pontificat direct d’Innocent XI Ă©lu en 1676 (ex cardinal Benedetto Odescalchi) qui oeuvra particuliĂšrement Ă  affirmer l’autoritĂ© de l’Église face aux menaces musulmanes d’invasion. Giovanni Crisostomo, est Ă©vĂȘque de Constantinople en 398 ap JC, chef de l’Ă©glise orientale sous la pontificat d’Innocent I. C’est l’impĂ©ratrice Eudoxie qui le dĂ©posa en 403 l’obligeant Ă  l’exil en ArmĂ©nie. Le livret d’un auteur inconnu souligne le conflit entre Crisostomo, apĂŽtre du dĂ©nuement et de la vanitĂ© du pouvoir, et l’ImpĂ©ratrice Eudoxia, narcissique et vaniteuse, aidĂ©e de ThĂ©ophile, Ă©vĂȘque d’Alexandre et grand rival de Giovanni. Conflit entre “Bouche d’or” (car Giovanni Crisostomo Ă©tait un orateur hors pair) et celle qui voulait se faire Ă©difier une sculpture Ă  son image pour ĂȘtre adorer telle une divinitĂ© terrestre, comme ImpĂ©ratrice de Byzance.
Dans la seconde partie, l’envoyĂ© de Rome – donc du Pape, soutient Crisostomo dans sa lutte contre l’arrogance des grands. Puis quand Giovanni exhorte les puissants Ă  l’humilitĂ©, la rĂ©ponse est sans appel de la part de l’ImpĂ©ratrice : combat et dĂ©termination politique. Giovanni sera exilĂ©.

Une Ă©criture dramatique et contrastĂ©e proche du texte. La diversitĂ© des formes vocales (duos, trios pour les conseillers impĂ©riaux, associant aussi les protagonistes : Giovanni/l’envoyĂ© romain, ThĂ©ophile/idem, etc… ), la vitalitĂ© contrastĂ©es des airs (finalement trĂšs courts mais d’autant plus expressifs et intenses, la richesse des caractĂšres de chaque sĂ©quence, cette maĂźtrise emblĂ©matique et exceptionnelle du rĂ©citatif stradellien, dĂ©fendent ici une partition somptueuse qui mĂ©rite par sa force dramatique et sa grande Ă©nergie expressive, la prĂ©sente exhumation. Dans son unique air, Crisostomo disparaĂźt de la scĂšne au II, laissant dĂ©sormais l’envoyĂ© de Rome et la suite de ThĂ©ophile dĂ©velopper l’enseignement allĂ©gorique de l’oratorio. Comme toujours l’apothĂ©ose des Ă©lus et des justes n’a pas lieu sur cette terre. Et la grandeur morale n’est rĂ©vĂ©lĂ©e qu’aprĂšs leur mort ou leur destitution.

 

 

Les palmes de la caractĂ©risation vont Ă  la basse Matteo Bellotto dans le rĂŽle-titre ; ampleur, souffle, profondeur et justesse stylistique, avec une articulation limpide et claire. Sa partenaire dans le rĂŽle d’Eudosia, -Arianna Venditelli-, aux aigus durs et parfois stridents voire dĂ©chirĂ©s, si elle ne manque d’abattage et de flexibilitĂ©, manque surtout de finesse et de nuances, de saine mesure dans son approche globale : moins d’agressivitĂ© et d’aciditĂ© auraient gagner Ă  incarner une Eudosia Ă  l’oposĂ© de ce profil systĂ©matiquement hystĂ©rique (une vraie harpie dĂ©chaĂźnĂ©e : on a bien compris la diabolisation exemplaire de l’arrogance politique mais Ă  surjouer ainsi, la charge devient caricaturale et parfois inaudible). Fin, racĂ©, souple lui aussi le Teofile du tĂ©nor Luca Cervoni s’affirme comme l’excellent contre-tĂ©nor Filippo Mineccia dans le rĂŽle vertueux et sage de l’envoyĂ© de Rome.

CLIC D'OR macaron 200Continuo chambriste mais expressif et nuancĂ©, rĂ©citatifs ciselĂ©s (un vrai travail de caractĂ©risation et de clarification linguistique a Ă©tĂ© menĂ© : il porte ses fruits de toute Ă©vidence), prise de son valorisant les voix tout en conservant une bonne balance avec les instruments font la valeur de cette recrĂ©ation qui atteste – en doutions-nous rĂ©ellement ?-, de l’exceptionnelle intelligence dramatique d’un compositeur savant et sensuel, l’inestimable Stradella. Une initiative mĂ©ritoire du festival Stradella de Nepi (Italie), ville natale du compositeur dans le cadre de son Stradella Project portĂ© par Andrea De Carlo, directeur musical de Mare Nostrum. MalgrĂ© nos rĂ©serves sur le chant d’Eudosia, la rĂ©alisation suscite un CLIC de classiquenews pour le mois de septembre 2015.

 

 

Cd, compte rendu critique. Alessandro Stradella (1644-82) : San Giovanni Crisostomo, Rome vers 1670. Ensemble Mare Nostrum. Andrea de Carlo, direction. 1 cd Aracana 3760195733899. Enregistrement en septembre 2014.

 

 

VOIR sur le reportage vidéo dédié à la recréation de San Giovanni Crisostomo, oratorio de Alessandro Stradella (réalisé en septembre 2014 à Nepi (Italie)

 

 

Stradella : La forza delle stelle (Mare Nostrum, 2013).

stradella serenata forza delle stelleCD. Stradella : La forza delle stelle (Mare Nostrum, 2013). MalgrĂ© son titre poĂ©tique et qui renvoie aux Ă©toiles, le sujet de ce passionnant ouvrage est une Serenata conçue pour la dĂ©lectation voire la jubilation littĂ©raire de son commanditaire, la Reine Christine de SuĂšde ; la partition de Stradella Ă©blouit par sa maĂźtrise des modulations tonales d’une richesse expressive souvent irrĂ©sistible, alors que les couleurs de l’orchestre, divisĂ© en Concertino et Concerto Grosso-, se rĂ©duisent pourtant Ă  un collectif de cordes seules.
L’Ɠuvre frappe par sa franche expressivitĂ© poĂ©tique que le relief et le caractĂšre des deux voix principales (Damone et Clori : Nora Tabbusch et Claudia Di Carlo), les deux amants en effusion renforce, dĂ©voilant et l’art superlatif de Stradella, et la sensibilitĂ© de son patron : la Reine Christine de SuĂšde qui Ă  Rome, s’Ă©tant convertie au catholicisme, favorise une cour personnelle particuliĂšrement raffinĂ©e, autant par le talent des musiciens qu’elle engage, que l’exigence littĂ©raire et poĂ©tique dĂ©fendue auprĂšs des Ă©crivains qui lui fournissent livrets et textes; ayant renoncĂ© au trĂŽne suĂ©dois dĂšs 1654, menant grand train dans la citĂ© pontificale dĂšs 1655, Christine permet en 1671, l’ouverture Ă  Rome du premier opĂ©ra public… inaugurĂ© par le Scipione Africano de … Stradella.  Ainsi Rome avant Venise, et 5 avant la SĂ©rĂ©nissime-, ouvrait son premier thĂ©Ăątre lyrique public et payant, preuve Ă©tant faite que le nouveau genre musical emblĂ©matique de l’Ăąge baroque, avait trouvĂ© son public, suscitant dĂ©sormais une nouvelle Ă©conomie du spectacle.
Sebastiano Baldini Ă©crit le scĂ©nario d’une SĂ©rĂ©nade souhaitĂ©e par la Reine dont le sujet dĂ©libĂšre Ă  la façon d’un cĂ©nacle de lettrĂ©s, – en Ă©cho Ă  l’Accademia littĂ©raire et artistique fondĂ©e par la Reine Ă  Rome-, des diverses vertus et mĂ©faits de l’amour. Les deux amants alanguis sont bientĂŽt rejoints par un groupe de passants, 5 participants, qui chacun, tĂ©moigne de sa propre vision et expĂ©rience amoureuse…

Si le continuo ou la Sinfonia d’ouverture mĂ©riteraient engagement plus finement canalisĂ© (le Balletto s’enlise par manque de vigueur et de tenue sur la durĂ©e), le choix du plateau vocal fait tout le sel de cette lecture caractĂ©risĂ©e et expressive, oĂč l’aciditĂ© parfois aigre des deux voix aiguĂ«s principales rend vie et sang Ă  un texte aux riches rĂ©fĂ©rences poĂ©tiques et mythologiques; la version retenue ici est celle Ă  7 personnages (selon le manuscrit conservĂ© Ă  Turin). La basse (Mauro Borgioni) comme le tĂ©nor ajoute une palette de timbres vocaux idĂ©alement mordants et flexibles. Leur souci du verbe Ă  travers l’Ă©tonnante diversitĂ© des recitatifs stradelliens fait mouche : la tension linguistique porte autant que la musique l’intense portĂ©e poĂ©tique de l’ouvrage. La beautĂ© de la musique et le gĂ©nie dramatique de Stradella Ă©clatent dans une partition qui mĂ©ritait totalement d’ĂȘtre ainsi redĂ©couverte et qui a fait la rĂ©ussite d’une soirĂ©e mĂ©morable au festival Alessandro Stradella.

Alessandro Stradella : La forza delle stelle. Ensemble Mare Nostrum. Andre De Carlo, direction. Enregistrement réalisé à Nepi (Viterbe, Italie) en septembre 2013.  1 cd Arcana.