Compte-rendu critique. Opéra. CAPRAROLA, STRADELLA, Il Trespolo tutore, 31 août 2019, Ensemble Mare Nostrum, Andrea De Carlo

Compte-rendu critique. Opéra. CAPRAROLA, STRADELLA, Il Trespolo tutore, 31 août 2019, Ensemble Mare Nostrum, Andrea De Carlo (direction).

Stradella sous les étoiles

STRADELLA-alessandro-stradellaCe fascinant compositeur ne finit pas de nous surprendre. Après la merveilleuse Ester l’an dernier, sans doute le plus original, sinon le plus célèbre de ses six oratorios préservés, le Festival barocco Alessandro Stradella a programmé pour sa septième édition l’unique opéra comique du compositeur. Représenté à Gênes en 1679, Il Trespolo tutore, sur un excellent livret de Giovanni Antonio Villifranchi, ne fut jamais repris jusqu’en mars 2018, lorsque Andrea De Carlo le donna à Varsovie dans une mise en scène de Paweł Paszta ; un dvd en a été réalisé, mais avec de nombreuses coupures. Le concert de Caprarola adopte moins de coupes, mais toutes seront rétablies pour l’enregistrement à paraître chez Arcana. L’œuvre est délicieuse, avec une galerie de personnages irrésistibles, qui annonce la grande tradition de la comédie bouffe du XVIIIe, au théâtre, comme à l’opéra. Le vieux Trespolo, tuteur de la jeune Artemisia, est chargé de lui trouver un mari alors que celle-ci est amoureuse de lui qui n’a d’yeux que pour la servante Despina. La mère de cette dernière, la vieille Simona, joue les entremetteuses pour placer sa fille dans les bras du vieux balourd, tandis que deux frères, Nino et Ciro, sont à leur tour amoureux de la belle Artemisia. Une série de malentendus et d’équivoques conduira d’abord à un possible mariage entre Artemisia et Simona, puis Ciro aura finalement gain de cause, achevant l’opéra sur la morale de la comédie : l’amour peut aussi bien guérir que rendre fou.

stradella-project-2018-doriclea-opera-critique-classiquenews-maestro-di-carloIl s’agit là d’un véritable chef-d’œuvre. L’une des partitions les plus riches et les plus variées de Stradella, à la fois pathétique, comique, fantastique : la musique y est constamment au service d’une dramaturgie d’une efficacité redoutable. Aucun temps mort : les airs, nombreux (plus d’une soixantaine) s’insinuent dans les interstices d’un récitatif au rythme soutenu mais toujours expressif. De brefs lamenti alternent avec des airs plus enjoués, homorythmiques, jouant parfois sur le ressort comique de l’onomatopée (« Ah, ah, ah, ah, ah, che spropositi » de Ciro, I, 5), jusqu’à aboutir à la grande scène de folie du dernier acte, digne de l’inaugurale Finta pazza, quand Nino passe en revue toute la gamme des affects, du sentiment belliqueux à la berceuse pathétique, avant de se croire littéralement aux Enfers. Illustration :  Andrea De Carlo (DR).

La distribution réunie pour cette magnifique résurrection est d’une rare homogénéité, dominée par la soprano voluptueuse, sensuelle, délicate, de Roberta Mameli. Sa déclamation est un chant de dentelles, d’un raffinement «  » suprême ; même dans le chuchotement, la diction est impeccable : chaque intervention, chaque mot est chargé d’un pathos contenu qui touche l’auditeur et y fige son attention. Son air d’entrée, d’une grande beauté (« Quando mai fra tanti ») est le début d’une longue série d’airs brefs mais splendides, toujours d’une grande variété rythmique, culminant dans le sublime lamento du dernier acte (« Ah, se visibile fosse dall’Erebo »). Le balourd Trespolo a les traits et la voix de l’excellent Riccardo Novaro. La tentation était grande, pour un tel rôle, de tomber dans la caricature et l’histrionisme. Le baryton italien évite admirablement cet écueil et son interprétation est un modèle du genre, l’aplomb le dispute au naturel et il a droit, lui aussi, à un moment d’anthologie, lors de la scène de la lettre dictée par Artemisia, où le pronom « voi », qui lui est adressé, est répété une trentaine de fois. S’il apparaît comme un peu plus statique sur scène, le contre-ténor polonais Rafał Tomkiewicz n’en a pas moins une voix remarquable de finesse, très bien projetée, également très attentif à la prononciation (son italien est parfait). Au personnage qu’il incarne échoient sans doute les plus belles pages de la partition, en particulier une série de superbes lamenti, qui servent en quelque sorte de contrepoint à ceux d’Artemisia (« Che pensi, mio cuore », II, 9), jusqu’à la célèbre scène de folie dans laquelle il révèle de réels talents d’acteur jusque là insoupçonnés. Son frère Ciro (rôle travesti) est campé par la soprano Silvia Frigato. Timbre juvénile, légèrement acidulé, elle se révèle elle aussi excellente comédienne, brillante dans son jeu, expressive dans ses gestes et dans son visage. Plus en retrait eu égard aux autres personnages, la Despina de Paola Valentina Molinari révèle les mêmes qualités d’actrice que le rétablissement des coupures au disque devrait davantage mettre en valeur. Enfin, il faut saluer la performance de Luca Cervoni, dans le rôle de la vieille Simona. Son émission vocale claire et précise, le soin particulier qu’il accorde à la parole toujours distinctement déclamée, une certaine grâce aussi qui évite la lourdeur facile de la caricature, en fait un personnage touchant, parfois bouleversant, lorsqu’il se demande, alors qu’elle se sent attirée par Artemisia, plus de trois siècles avant l’idée du « mariage pour tous » : « s’ella è nei vestiti, o dunque perché / non è nei matrimoni anco l’usanza ? »

Andrea De Carlo défend cette musique avec l’indéfectible ardeur du passionné et sa passion est immédiatement communicative. Il dirige son ensemble Mare Nostrum avec la rigueur théâtrale d’un métronome, mais la pulsation qu’il lui donne préserve constamment l’équilibre avec les voix, malgré un continuo fourni. Sous la voûte étoilée de la cour d’honneur du palais Farnèse, cette soirée inaugurale du Festival Stradella est à marquer d’une pierre blanche et nous remplit d’impatience en attendant l’enregistrement intégral de cet exceptionnel chef-d’œuvre.

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Compte-rendu. OPERA, Festival International Alessandro Stradella, CAPRAROLA, Palais Farnèse, 31 août 2019, Stradella, Il Trespolo tutore, Riccardo Novaro (Trespolo), Roberta Mameli (Artemisia), Silvia Frigato (Ciro), Rafał Tomkiewicz (Nino), Paola Valentina Molinari (Despina), Luca Cervoni (Simona), Ensemble Mare Nostrum, Andrea De Carlo (direction)

CD événement, critique. STRADELLA : La Doriclea (Il Pomo d’Oro, Andrea De Carlo, 3 cd ARCANA 2017)

stradella doriclea cd critique de marco arcana critique opera stradella critique concerts opera classiquenews musique classiqueCD événement, critique. STRADELLA : La Doriclea (Il Pomo d’Oro, Andrea De Carlo, 3 cd ARCANA 2017). Suite de l’intégrale des Å“uvres lyriques de l’immense Stradella. Installé à Gênes depuis décembre 1677, Alessandro Stradella n’en poursuit pas moins une intense activité de compositeur d’opéras pour l’élite romaine (la famille Orsini par exemple) dont plusieurs opéras vénitiens sur la scène du Teatro de Tordinona. La langue romaine de Stradella se pâme souvent, se tend et se détend mais avec un souci constant du legato : son théâtre a le souci du verbe, de sa cohérence, d’un tableau à l’autre… comme Monteverdi à Venise ; Doriclea est un opéra textuel et linguistique ; rien n’y peut s’y résoudre sans une complète maestrià du récitatif, comme des airs (lesquels sont particulièrement courts, à peine développés : on est loin des arie da capo, propre à l’opéra du XVIIIè). En ce 17è triomphant, – Seicento à son acmé, Stradella réalise dans les années 1670, une écriture essentiellement palpitante qui émerveille et enchante souvent par la riche palette des nuances émotionnelles contenues dans le texte.
L’interprétation qu’en propose Andrea De Carlo est passionnante : la caractérisation du continuo, parfaitement canalisée et bien enveloppante des voix solistes, éclaire ce jeu théâtral, des intrigues et registres mêlés, dont le métissage dérive directement du théâtre littéraire espagnol. La tension expressive du début à la fin, à travers récitatifs (primordiaux ici) et airs, rend justice à cette esthétique psychologique, qui sous le masque de la diversité, des contrastes incessants, de la volubilité de caractères et d’humeurs, épinglent l’inconstante maladive des cœurs, la folie que sait instiller partout l’Amour, insolent, facétieux, déroutant, celui qui sème la jalousie et le désir fulgurant.
Andrea De Carlo affirme une belle intelligence de ce genre lyrique, en réalité si proche du théâtre. Mais avec cette distinction et cette sensualité qui justifient amplement la mise en musique du livret riche en références poétiques, signé d’un lettré et patricien de Rome, Flavio Orsini.

Parmi les chanteurs acteurs, notons le bon niveau général mais un tempérament se détache par l’articulation palpitante du verbe : la mezzo soprano Giuseppina Bridelli qui incarne Lucinda, soulignant vertiges et désirs d’un cœur ardent ; tandis qu’à musicalité et onctuosité expressive égales, la Doriclea / Lindoro d’Emöke Barath, soprano hongroise vedette (entre autres révélée dans le cadre des recréations Rameau et Mondonville pilotées par l’excellent chef György Vashegyi à Budapest) n’atteint pas à cette caractérisation nuancée, à cette intelligibilité naturelle de Bridelli ; cette dernière donne chair et vie aux récitatifs dont la déclamation est ici fondamentale. Et il faut beaucoup de souplesse comme d’imagination allusive pour vivifier et éclairer les récitatifs ; Stradella comme ses contemporains Vénitiens, cisèle un théâtre où la langue doit demeurer constamment intelligible. Giuseppina Bridelli est de ce point de vue exemplaire (écoutez ces deux airs dans l’acte III : « le dolent Spera mio core ; le plus ardent, mordant, voire conquérant : « Da un bel ciglo. »…
Rien à dire non plus de la part des voix les plus graves (celles du couple comique, plein de réalisme populaire et doué d’un bon sens raisonnable) : le contralto de Gabriella Martellacci, présente, déterminée ; comme le Giraldo un rien comique, déluré du baryton impeccable Riccardo Novaro dont la verve et lui aussi l’intelligibilité préservée, annoncent ce type de baryton bouffe d’esprit vénitien, déjà prérossinien (annonçant les masques fantaisistes de tous les buffas napolitains du XVIIIè).

Lui répond le continuo articulé, mordant lui aussi d’Il Pomo d’Oro, superbement équilibré et bondissant car veille à la précision comme aux rebonds expressifs, le chef Andrea De Carlo. C’est à lui que nous devons la moisson récente d’excellents opus Stradelliens, sujets d’enregistrements d’une indiscutable intérêt musical. Doriclea est le 5è volume du Stradella Project. Voici donc au sein d’une intégrale lyrique en cours, l’un des opus les plus réussis, comblant une lacune scientifique absurde. Stradella est bien l’un des génies de l’opéra italien du XVIIè. Cette première mondiale est une révélation, servie par un chef, des instrumentistes et plusieurs chanteurs de première valeur.

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CLIC D'OR macaron 200CD, événement. STRADELLA : DORICLEA (Rome, vers 1670). EmÅ‘ke Baráth (Doriclea), Giuseppina Bridelli (Lucinda), Gabriella Martellacci (Delfina),(Riccardo Novaro (Giraldo), Xavier Sabata (Fidalbo), Luca Cervoni (Celindo) – Il Pomo d’Oro. Andrea De Carlo, direction (3 cd ARCANA / OUTHERE – enregistrement réalisé à Caprorola, Italie / sept 2017) – CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2019.

Cette première sortie discographique mondiale de La Doriclea est une réalisation majeure pour The Stradella Project, qui signe ainsi le cinquième volume de la série.

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Approfondir

Retrouvez la mezzo Giuseppina Bridelli en tournée avec Le CONCERT DE L’HOSTEL DIEU : dans un programme DUEL HANDEL / PORPORA, ou l’âge d’or de la volcaità à Londres au XVIIIè (années 1730) – nouveau cycle

LIRE aussi notre présentation annonce du coffret DORICLEA de STRADELLA, première discographique piloté par Andrea De Carlo 

VOIR aussi le reportage STRADELLA PROJECT initié par le chef et musicologue ANDREA DE CARLO, engagé à rétablir aujourd’hui le génie de Stradella / en liaison avec le Festival de NEPI : FESTIVAL BARROCCO Alessandro Stradella
http://www.festivalstradella.org/photos-videos/

Focus on Doriclea : témoignages des chanteurs, du chef entre autres sur la nécessité de l’éloquence, du texte, élément moteur du chant baroque stradellien :
https://www.youtube.com/watch?v=ZjlKNkLA4O8

CD événement, annonce. STRADELLA : La Doriclea (Il Pomo d’Oro, Andrea De Carlo, 3 cd ARCANA)

stradella doriclea cd critique de marco arcana critique opera stradella critique concerts opera classiquenews musique classiqueCD événement, annonce. STRADELLA : La Doriclea (Il Pomo d’Oro, Andrea De Carlo, 3 cd ARCANA). Suite de l’intégrale des Å“uvres lyriques de l’immense Stradella. Installé à Gênes depuis décembre 1677, Alessandro Stradella n’en poursuit pas moins une intense activité de compositeur d’opéras pour l’élite romaine (la famille Orsini par exemple) dont plusieurs opéras vénitiens sur la scène du Teatro de Tordinona.
Ainsi sur les livrets de Lelio Orsini, Stradella compose la musique des oratorios Ester, Santa Edita et probablement San Giovanni Grisostomo : 3 ouvrages déjà réalisés et enregistrés par Andrea De Carlo dans le cadre de son cycle exemplaire STRADELLA PROJECT. Pour Stradella, Flavio Orsini fournit le texte de l’opéra Il Moro per amore et sûrement celui de la Doriclea ici enregistrée…
La composition remonterait au milieu des années 1670, et jusqu’en 1677 au moment où Stradella fuit à Venise. Avant Stradella, Cavalli a composé une Doriclea (1645); puis Vivaldi conçoit sa propre Doriclea (1716) mais à part leur titre, les autres compositions n’ont rien de commun avec l’opéra de Stradella.
STRADELLA alessandro stradellaOrsini s’inspire des drames de capes et d’épée légués par les écrivains espagnols où deux premiers couples nobles, (Doriclea, Soprano / Fidalbo, contralto ; et Lucinda, soprano et Celindo, ténor) évoquent dames et chevalier de la petite noblesse dont les profils croisent intrigues amoureuses et joutes d’honneur. Un 3ème couple, plébéien (serviteurs, gouvernante, soldats…) incarne la seconde action plus comique : ici Delfina, contralto et Giraldo, basse qui sont plus âgés, plus expérimentés et porteurs de « sagesses » et leçons de vie, souvent mordantes et savoureuses (selon le mélnages des genres et le cynisme de l’opéra vénitien du XVIIè) ; tous ont des costumes contemporains à ceux des spectateurs.
Au comble de l’illusion et des travestissements, Lindoro (Fidalbo déguisé et envoûté) manque de tuer sa bien aimée Doriclea (finale du III) , et c’est finalement la gouvernante Delfina (et son bon sens) qui déjouant les quiproquos, sauve l’héroïne Doriclea des menaces d’un amour ensorcelé. Les trois couples célèbrent l’harmonie recouvrée en fin d’action.
L’action sentimentale se déroule à la campagne (environs de Rome) devant une assemblée princière choisie et plutôt intimiste dans un cadre pastoral au printemps ou en automne. Ici Fidalbo l’agent de la folie presque meurtrière à l’air le plus complexe (Chi sa dove dimori la beltà à l’acte II). Rebondissements en tous genres, cynisme et délire parodique, réalisme poétique mais grinçant sur les passions humaines, sens du drame et raffinement musical, La Doriclea de Stradella mérite absolument ce très convaincant enregistrement. Un opus majeur au sein du STRADELLA PROJECT défendu avec art et vivacité par Andrea De Carlo. Grande critique à venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.

Compte-rendu, festival. Festival International Alessandro Stradella (FAS), Nepi, 10 septembre 2016, Stradella, Santa Pelagia. Ensemble Mare Nostrum, Andrea De Carlo.

Compte-rendu, festival. Festival International Alessandro Stradella (FAS), Nepi, 10 septembre 2016, Stradella, Santa Pelagia. Ensemble Mare Nostrum, Andrea De Carlo. Chaque année, le Festival Stradella qui se déroule à Nepi, la ville natale du compositeur, semble gagner en qualité, en émotion, et le plaisir roboratif de la découverte le dispute à la jubilation que suscite une interprétation « historiquement informée », associée à la connaissance intime qu’a du compositeur son directeur et fondateur Andrea De Carlo ; d’autant que ce dernier mûrit de longues années chacun de ses projets stradelliens.

STRADELLA-alessandro-stradellaPour inaugurer la IVe édition du Festival, ce dernier a ressuscité l’un de ses plus beaux oratorios, Santa Pelagia, dont on ignore l’exacte date de composition, mais qui fut très probablement exécutée à Rome au milieu des années 1660. Avec un effectif réduit de 4 voix accompagnées par la seule basse continue, cette partition est conservée en une unique copie postérieure à la Bibliothèque Estense de Modène. Le livret anonyme, d’une grande richesse poétique – l’auteur a bien assimilé son Pétrarque et son Marino – raconte, dans le plus pur style de la joute oratoire contre-réformiste, la conversion aux vraies valeurs chrétiennes d’une jeune femme syrienne, dont on ne sait pas très bien si elle est prostituée, alors tentée par les plaisirs terrestres de la vie mondaine. Les personnages qui se disputent ses faveurs sont allégoriques (le Monde, la Religion), et l’intrigue dramatique, inexistante, se réduit à un débat rhétorique des consciences.

4ème Festival Stradella à Nepi

STRADELLA NOSTRUM

Andrea De Carlo, l’un des rares chefs à comprendre réellement ce répertoire exigeant, et plus particulièrement l’œuvre complexe, originale et fascinante de Stradella à qui il voue un amour infini, a dépoussiéré la partition gâtée par des ajouts incongrus (les parties de violon dans la sinfonia d’ouverture et les interludes instrumentaux du plus mauvais effet) qu’il a judicieusement supprimés, débarrassant l’œuvre de cette gangue adventice et factice qui la dénaturait. Santa Pelagia y retrouve une seconde jeunesse et résonne enfin de cet équilibre parfait que le compositeur a su instituer entre la basse continue et la voix. La musique de Stradella, surtout dans ses oratorios, doit être lue et interprétée comme l’illustration de cette « fiction rhétorique mise en musique », selon la célèbre définition que donne le Tasse (elle-même reprise de Dante) de la poésie. Toute afféterie ou embellissement musical y deviennent inutiles et détournent l’œuvre de sa destination première, toucher l’auditoire par la triple fonction du paradigme rhétorique : plaire, instruire et émouvoir. De Carlo a su éviter le piège de la séduction facile et immédiate, de l’opulence gratuite, et de cela nous lui en savons infiniment gré.
La distribution réunie dans la cathédrale de Nepi pour cette résurrection très attendue est proche de l’idéal. Dans le rôle-titre, la soprano Roberta Mameli a littéralement illuminé l’assistance de sa voix magnifiquement projetée, d’une grande amplitude et d’une ferveur idoine qui force le respect. Ses airs sont d’une extrême variété, tour à tour élégiaques (magnifique air d’entrée « Ermi tronchi » au rythme chaloupé, précédé comme souvent d’un récitatif d’une grande expressivité), pathétiques, ou encore plus véhéments (« Abbatto, / Combatto »). Son éloge du regard qui matérialise la passion amoureuse (« Le pupille / Son faville »), avec lequel s’achève la première partie, restera comme l’un des sommets de la partition. La basse Sergio Foresti, dans le rôle du Monde, est toujours d’une musicalité impeccable, très sollicité dans l’aigu dans les airs qui lui incombent, montrant ainsi à son tour l’impressionnant ambitus vocal jamais pris en défaut. Dans celui de la Religion, Raffaele Pè confirme qu’il est l’un des contre-ténors les plus fins du moment ; sa diction est parfaite, et son chant d’une grande homogénéité, sans aucune des aspérités qui gâtent souvent ce type de voix marqué par un maniérisme horripilant qui trahit les faiblesses techniques plus qu’il ne révèle l’efficacité des contrastes de registres. Ses interventions sont typiques du style de Stradella qui, même dans les formes closes, souvent concitate (« Saette e fulmini »), ne sacrifie jamais l’intelligibilité du texte. Enfin, dans le rôle du prêtre Nonno, le ténor Luca Cervoni présente les mêmes qualités que ses confrères : voix cristalline aussi touchante dans les airs tendres (superbe « Agl’assalti ») que dans les morceaux plus virtuoses (« Tu che sbatti »), qui révèlent une maîtrise stupéfiante de la vocalità, d’une admirable tenue.
La mise en espace sobre et efficace de Guillaume Bernardi respecte les codes rhétoriques de la joute oratoire par quoi se définit principalement l’oratorio romain du XVIIe siècle. Au final, un succès plus grand encore que les précédents à porter à l’actif du fabuleux travail de De Carlo et de son Ensemble Mare Nostrum, dont on attend les prochaines réalisations avec impatience et gourmandise.

Compte-rendu, festival. Festival International Alessandro Stradella (FAS), Nepi, 10 septembre 2016, Stradella, Santa Pelagia. Ensemble Mare Nostrum, Andrea De Carlo.

CD, compte rendu critique. Stradella : Santa Editta (Mare Nostrum 2015, 1 cd Arcana)

SAnta editta stradella cd critique annonce review classiquenews andrea de carlo clic de classiquenews de mai 2016 1540-1CD, compte rendu critique. Stradella : Santa Editta (Mare Nostrum 2015, 1 cd Arcana). Malgré des aigus qui dérapent dan se prologue la soprano fait une allégorie caractérisée invectivant, et prenant à témoin l’auditeur par la seule intensité de sa déclamation : voix longue et incisive qui impose un éclat en ouverture. L’Edita de Veronica Cangemi imposé un sens du texte et une très belle tenue accentuée malgré un timbre volée. La nobilta incandescente e lexcellentz soprano Francesca Aspromonte (jeune tempérament à suivre) accuse le relief d’une écriture très vocale car le génie de Stradella se dévoile surtout dans la conduite des récitatifs, vrais chantiers passionnants de cette intégrale en cours.
D’ailleurs on connaît l’engagement du continuiste Andrea De Carlo, soucieux d’une articulation juste et naturelle comme d’une intonation poétique Conforme à cette éloquence élégante et très sensuelle d’un Stradella maître de l’oratoirio du plein Seicento  (xvii ème Le très beau timbre racée fin de la basse bien chantante de Sergio Foresti complète un plateau de solistes très finement caractérisés.


STRADELLA-alessandro-stradellaSTRADELLA, GENIE DE L’ORATORIO BAROQUE
. Après un cd très convaincant – malgré quelques faiblesses (bien anecdotiques) : San Giovanni Crisostomo (2014, CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2015), l’ensemble italien Mare Nostrum dirigé par l’excellent Andrea De Carlo, poursuit son cycle dédié aux oratorios d’Alessandro Stradella, ici avec un absolu inédit sur un sujet spécifique, en liaison direct avec le contexte de composition : Santa Editta, probablement écrite à Rome au début des années 1670 (reprises attestées en 1684 puis 1692). Créée en Italie lors du dernier festival Stradella à Nepi (probable cité natale de Stradella, province de Viterbe, 50 km au nord de Rome) en août 2015, la production dont l’enregistrement prolonge la performance éblouit littéralement, sur le plan musical, grâce à une écriture dramatique nerveuse, efficace, d’une sensualité directe.

aspromonte francesca s200_francesca.aspromonteSur le plan artistique grâce à un plateau vocal qui réunit les jeunes talents du chant italien, l’Å“uvre peut scintiller par sa fine écriture expressive, soulignant le contraste né entre l’aspiration à la vie monastique et les tentations des séductions mondaines : entre les deux mondes, où penchera l’âme (faussement) tourmentée de la souveraine ? Ainsi rayonne l’irrésistible Francesca Aspromonte, Nobiltà (Noblesse) d’une diction mordante, incisive, naturelle qui rétablit aussi ce génie des récitatifs qui caractérise Stradella. Voici donc après La Forza delle Stelle (la Force des étoiles), et donc San Giovanni Crisostomo – deux réalisations au concert puis au disque critiquées par classiquenews-, un troisième oratorio stradellien d’une grande beauté, servi par de jeunes chanteurs très impliqués. Peu d’action, beaucoup de sentiments, d’extase émotionnelle et sensorielle : la Sainte admirable, qui renonce au désir terrestre pour ne pas souffrir est ici confrontée à plusieurs allégories : Umiltà (Claudia de Carlo), Grandezza, Belleza (Fernando Guimãraes) et Senso (excellente basse chantante Sergio Foresti)…
Toujours un souci du verbe agissant, un relief déclamatoire qui force l’admiration. Et témoigne du niveau vocal et de l’exigence globale défendus aujourd’hui par Andrea De Carlo et son ensemble Mare Nostrum.

Voix usée et ligne continue mais contournée (ports de voix) qui n’a pas le mordant piquant des voix plus jeunes qu’elle, Veronica Cangemi déploie une belle ligne d’une fragilité touchante, dans la seconde partie, à l’expressivité juste, rendant à Edith ce profil vacillant, fébrile, en proie au doute existentiel, emblème édifiant de la condition humaine.
Chacune de ses confrontations avec les allégories (Bellezza, Senso, Grandezza, Nobilità) se fait prise de conscience sur la vanité de toute forme de plaisir terrestre et sensuel : fastes, pompe, plaisir, … saisissante révélation et leçon de réalisme que condense la question d’Editta, énoncée, dans la seconde partie comme un leit motiv avant chaque apparition : ” Dite su, piacer, che siete ?” / Dîtes-moi Plaisir, qui êtes vous ?”…
Autant de questions / réponses qui jalonnent un rite de passage, celui du renoncement, véritable école de l’adieu et qui culmine dans l’air d’Editta (n°40) : “L’orme stampi veloce il piè…” / Que les pas, vite, foulent le sol… Tout célèbre le choix moral de la Reine qui a su renoncer au pouvoir, aux futilités terrestres et matérielles.

Vraie tempérament grave et caverneux, la basse Sergio Foresti éblouit par son sens du verbe éloquent, percutant sans boursouflures, sur un souffle naturellement expressif (Senso) ; les chanteurs savent caractériser tous sans exception les arêtes vives de leurs textes respectifs. Avec cet engagement prêt à prendre des risques et à s’exposer au delà d’une réalisation conforme sans âme ; de fait l’imprécation finale par Humilità (d’un sentiment de culpabilité excessive : – “qui sème la douleur, récolte le bonheur”) permet à la jeune soprano Claudia Di Carlo, de refermer le livre qu’elle avait ouvert, un Sybille embrasée, vive, nerveuse.

CLIC_macaron_2014Au regard de la cohérence vocale du plateau, du soutien subtilement caractérisé du continuo, voici l’un des meilleurs enregistrements du cycle Stradella en cours : l’oeuvre est passionnante, belle révélation du Festival Nepi 2015 joué pour son ouverture (le 30 août). CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016.

CD, compte rendu critique. Stradella : Santa Editta, vergine e monaca, Regina d’Inghilterra. Oratorio pour 5 voix et basse continue. Ensemble Mare Nostrum. Andrea De Carlo, direction (1 cd Arcana), enregistré en août 2015.

CD, annonce. Andrea De Carlo ressuscite l’oratorio San Editta de Stradella… (1 cd Arcana)

SAnta editta stradella cd critique annonce review classiquenews andrea de carlo clic de classiquenews de mai 2016 1540-1CD, annonce. Andrea De Carlo ressuscite l’oratorio San Editta de Stradella… (1 cd Arcana). STRADELLA, GENIE DE L’ORATORIO BAROQUE. Après un cd très convaincant – malgré quelques faiblesses (bien anecdotiques) : San Giovanni Crisostomo (2014, CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2015), l’ensemble italien Mare Nostrum dirigé par l’excellent Andrea De Carlo, poursuit son cycle dédié aux oratorios d’Alessandro Stradella, ici avec un absolu inédit sur un sujet spécifique, en liaison direct avec le contexte de composition : Santa Editta, probablement écrite à Rome au début des années 1670 (reprises attestées en 1684 puis 1692). Créée en Italie lors du dernier festival Stradella à Nepi (probable cité natale de Stradella, province de Viterbe, 50 km au nord de Rome) en août 2015, la production dont l’enregistrement prolonge la performance éblouit littéralement, sur le plan musical, grâce à une écriture dramatique nerveuse, efficace, d’une sensualité directe ; sur le plan artistique grâce à un plateau vocal qui réunit les jeunes talents du chant italien dont l’irrésistible Francesca Aspromonte, Nobiltà (Noblesse) d’une diction mordante, incisive, naturelle qui rétablit aussi ce génie des récitatifs qui caractérise Stradella. Voici donc après La Forza delle Stelle (la Force des étoiles), et donc San Giovanni Crisostomo – deux réalisations au concert puis au disque critiquées par classiquenews-, un troisième oratorio stradellien d’une grande beauté, ici servi par de jeunes chanteurs très impliqués. Peu d’action, beaucoup de sentiments, d’extase émotionnelle et sensorielle : la Sainte admirable, qui renonce au désir terrestre pour ne pas souffrir est ici confrontée à plusieurs allégories : Umiltà (Claudia de Carlo), Grandezza, Belleza (Fernando Guimãraes) et Senso (excellente basse chantante Sergio Foresti)…

Toujours un souci du verbe agissant, un relief déclamatoire qui force l’admiration. Et témoigne du niveau vocal et de l’exigence globale défendus aujourd’hui par Andrea De Carlo et son ensemble Mare Nostrum.

CLIC_macaron_2014Au regard de la cohérence vocale du plateau, du soutien subtilement caractérisé du continuo, voici assurément l’un des meilleurs enregistrements du cycle Stradella en cours. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016. CD, annonce. Andrea De Carlo ressuscite l’oratorio San Editta de Stradella… (1 cd Arcana). Prochaine critique développée dans le mag cd dvd livres de Classiquenews.com. Parution annoncée : le 10 mai 2016 (1 cd Arcana).

 

 

LIRE aussi notre critique complète du cd SAN GIOVANNI CRISOSTOMO de Stradella par Andrea de Carlo

LIRE aussi notre critique complète du cd La Forza delle Stelle (la Force des étoiles) de Stradella par Andrea de Carlo

 

 

MARE NOSTRUM : redécouvrir STRADELLA

 

 

 

CD, compte rendu critique. Alesandro Stradella : San Giovanni Crisostomo. Mare Nostrum. Andrea De Carlo (1 cd Arcana / Andrea De Carlo, Mare Nostrum, septembre 2014)

STRADELLA san giovanni crisostomo oratorio recreation review compte rendu account of cd critique CLASSIQUENEWS septembre 2015 Mare nostrum Andrea De Carlo cd arcana arcanaa389-1CD, compte rendu critique. Alesandro Stradella : San Giovanni Crisostomo. Mare Nostrum. Andrea De Carlo (1 cd Arcana / Andrea De Carlo, Mare Nostrum, septembre 2014). Pas d’introduction fervente préparant l’auditeur dans les affres expressives entre vanité et vertu mais immédiatement un duo (entre deux conseillers impériaux de la Cour d’Eudoxie, soit comme la conversation et les commentaires de personnages secondaires) qui plonge dans l’acuité d’une action sacrée aussi ciselée que son oratorio déjà édité et mieux connu : San Giovanni Battista, véritable révélation qui alors confirmait l’autorité et la séduction d’un compositeur adulé en son temps, protégé par les grands dont la Reine Christine de Suède… Stradella révélé : voilà une gravure opportune qui vient accréditer l’originalité d’un tempérament qui sait sculpter la matière vocale avec une rare pertinence expressive car de toute évidence ici c’est essentiellement la langue des récitatifs qui porte la tension et la cohérence poétique comme la valeur méditative et spirituelle de l’oeuvre.

 

 

Favorisé par Innocent XI, Stradella compose un oratorio glorifiant le juste Crisostomo…

Joyau romain du XVIIème

Mare Nostrum en dévoile l’art sculptural des récitatifs

STRADELLA alessandro stradellaAntonio Stradella (1639-1689) marqua voire refaçonna selon son goût (immense) le genre de l’oratorio si fécond et florissant dans la Rome baroque (et ailleurs), celle de la fin du XVIIè, action sacrée aussi représentée dans les confraternités religieuses que dans les salons de la noblesse tels les Pamphili, Ottoboni, Ruspoli… Les “oratorios de palais” sont particulièrement prisés et aussi défendus par le pape lui-même : Innocent XI qui autour de 1680, se montre très exigeant voire interventionniste sur le genre lyrique : pour s’assurer de la conformité des drames joués en musique, il marqua sa préférence pour des livrets écrits par les cardinaux lettrés de la Rome pieuse et érudite. Les moyens investis sont importants et coûteux même pour des actions sacrées représentées dans les salons patriciens : décors, costumes, éléments scénographiques : c’est le cas de la Resurrezione de Haendel (1708) aboutissement emblématique de l’essor du genre, lui-même prolongeant naturellement ainsi tous les oratorios d’Alessandro Scarlatti (livrets du cardinal Pietro Ottoboni) représentés au Palais de la Chancellerie à Rome de 1693 à …1708.

 

 

L’art du récitatif
L’oratorio tend non à l’action et aux coups de théâtre comme à l’opéra, mais à la réflexion, voire la méditation sur les thèmes sacrés, et aussi sur les questions théologiques : le récitatif y est particulièrement ciselé et expressif pour articuler et projeter, colorer et nuancer les riches thématiques du sujet sacré. L’air plus lyrique et vocal met en avant un sentiment pour séduire l’assemblée. Avant sa trentaine, Stradella oeuvre à Rome (dès 1667) à l’Archiconfraternité du très saint crucifix (Archiconfraternità del Santissimo Crocifisso de Rome) de Rome que l’auteur avait rejoint en 1653. Le compositeur si finement dramatique, est apprécié de ses patrons, tous riches patriciens romains : Chigi, Pamphili, Aldobrandini, Altieri, Christine de Suède donc, récente convertie à la foi catholique, laquelle écrit le livret de sa sérénade, Il Damone. En totalité, Stradella compose 6 oratorios : San Giovanni Battista (1675), La Susanna (1681), Ester liberatrice, San Giovanni Crisostomo, San’Editta, vergine e monaca, enfin Santa Pelagia. Chaque partition relevant de la ferveur particulière du mécène commanditaire, d’où le choix de sainte martyre plutôt peu connue aujourd’hui….
L’oratorio San Giovanni Crisostomo est probablement lié au pontificat direct d’Innocent XI élu en 1676 (ex cardinal Benedetto Odescalchi) qui oeuvra particulièrement à affirmer l’autorité de l’Église face aux menaces musulmanes d’invasion. Giovanni Crisostomo, est évêque de Constantinople en 398 ap JC, chef de l’église orientale sous la pontificat d’Innocent I. C’est l’impératrice Eudoxie qui le déposa en 403 l’obligeant à l’exil en Arménie. Le livret d’un auteur inconnu souligne le conflit entre Crisostomo, apôtre du dénuement et de la vanité du pouvoir, et l’Impératrice Eudoxia, narcissique et vaniteuse, aidée de Théophile, évêque d’Alexandre et grand rival de Giovanni. Conflit entre “Bouche d’or” (car Giovanni Crisostomo était un orateur hors pair) et celle qui voulait se faire édifier une sculpture à son image pour être adorer telle une divinité terrestre, comme Impératrice de Byzance.
Dans la seconde partie, l’envoyé de Rome – donc du Pape, soutient Crisostomo dans sa lutte contre l’arrogance des grands. Puis quand Giovanni exhorte les puissants à l’humilité, la réponse est sans appel de la part de l’Impératrice : combat et détermination politique. Giovanni sera exilé.

Une écriture dramatique et contrastée proche du texte. La diversité des formes vocales (duos, trios pour les conseillers impériaux, associant aussi les protagonistes : Giovanni/l’envoyé romain, Théophile/idem, etc… ), la vitalité contrastées des airs (finalement très courts mais d’autant plus expressifs et intenses, la richesse des caractères de chaque séquence, cette maîtrise emblématique et exceptionnelle du récitatif stradellien, défendent ici une partition somptueuse qui mérite par sa force dramatique et sa grande énergie expressive, la présente exhumation. Dans son unique air, Crisostomo disparaît de la scène au II, laissant désormais l’envoyé de Rome et la suite de Théophile développer l’enseignement allégorique de l’oratorio. Comme toujours l’apothéose des élus et des justes n’a pas lieu sur cette terre. Et la grandeur morale n’est révélée qu’après leur mort ou leur destitution.

 

 

Les palmes de la caractérisation vont à la basse Matteo Bellotto dans le rôle-titre ; ampleur, souffle, profondeur et justesse stylistique, avec une articulation limpide et claire. Sa partenaire dans le rôle d’Eudosia, -Arianna Venditelli-, aux aigus durs et parfois stridents voire déchirés, si elle ne manque d’abattage et de flexibilité, manque surtout de finesse et de nuances, de saine mesure dans son approche globale : moins d’agressivité et d’acidité auraient gagner à incarner une Eudosia à l’oposé de ce profil systématiquement hystérique (une vraie harpie déchaînée : on a bien compris la diabolisation exemplaire de l’arrogance politique mais à surjouer ainsi, la charge devient caricaturale et parfois inaudible). Fin, racé, souple lui aussi le Teofile du ténor Luca Cervoni s’affirme comme l’excellent contre-ténor Filippo Mineccia dans le rôle vertueux et sage de l’envoyé de Rome.

CLIC D'OR macaron 200Continuo chambriste mais expressif et nuancé, récitatifs ciselés (un vrai travail de caractérisation et de clarification linguistique a été mené : il porte ses fruits de toute évidence), prise de son valorisant les voix tout en conservant une bonne balance avec les instruments font la valeur de cette recréation qui atteste – en doutions-nous réellement ?-, de l’exceptionnelle intelligence dramatique d’un compositeur savant et sensuel, l’inestimable Stradella. Une initiative méritoire du festival Stradella de Nepi (Italie), ville natale du compositeur dans le cadre de son Stradella Project porté par Andrea De Carlo, directeur musical de Mare Nostrum. Malgré nos réserves sur le chant d’Eudosia, la réalisation suscite un CLIC de classiquenews pour le mois de septembre 2015.

 

 

Cd, compte rendu critique. Alessandro Stradella (1644-82) : San Giovanni Crisostomo, Rome vers 1670. Ensemble Mare Nostrum. Andrea de Carlo, direction. 1 cd Aracana 3760195733899. Enregistrement en septembre 2014.

 

 

VOIR sur le reportage vidéo dédié à la recréation de San Giovanni Crisostomo, oratorio de Alessandro Stradella (réalisé en septembre 2014 à Nepi (Italie)

 

 

Stradella : La forza delle stelle (Mare Nostrum, 2013).

stradella serenata forza delle stelleCD. Stradella : La forza delle stelle (Mare Nostrum, 2013). Malgré son titre poétique et qui renvoie aux étoiles, le sujet de ce passionnant ouvrage est une Serenata conçue pour la délectation voire la jubilation littéraire de son commanditaire, la Reine Christine de Suède ; la partition de Stradella éblouit par sa maîtrise des modulations tonales d’une richesse expressive souvent irrésistible, alors que les couleurs de l’orchestre, divisé en Concertino et Concerto Grosso-, se réduisent pourtant à un collectif de cordes seules.
L’Å“uvre frappe par sa franche expressivité poétique que le relief et le caractère des deux voix principales (Damone et Clori : Nora Tabbusch et Claudia Di Carlo), les deux amants en effusion renforce, dévoilant et l’art superlatif de Stradella, et la sensibilité de son patron : la Reine Christine de Suède qui à Rome, s’étant convertie au catholicisme, favorise une cour personnelle particulièrement raffinée, autant par le talent des musiciens qu’elle engage, que l’exigence littéraire et poétique défendue auprès des écrivains qui lui fournissent livrets et textes; ayant renoncé au trône suédois dès 1654, menant grand train dans la cité pontificale dès 1655, Christine permet en 1671, l’ouverture à Rome du premier opéra public… inauguré par le Scipione Africano de … Stradella.  Ainsi Rome avant Venise, et 5 avant la Sérénissime-, ouvrait son premier théâtre lyrique public et payant, preuve étant faite que le nouveau genre musical emblématique de l’âge baroque, avait trouvé son public, suscitant désormais une nouvelle économie du spectacle.
Sebastiano Baldini écrit le scénario d’une Sérénade souhaitée par la Reine dont le sujet délibère à la façon d’un cénacle de lettrés, – en écho à l’Accademia littéraire et artistique fondée par la Reine à Rome-, des diverses vertus et méfaits de l’amour. Les deux amants alanguis sont bientôt rejoints par un groupe de passants, 5 participants, qui chacun, témoigne de sa propre vision et expérience amoureuse…

Si le continuo ou la Sinfonia d’ouverture mériteraient engagement plus finement canalisé (le Balletto s’enlise par manque de vigueur et de tenue sur la durée), le choix du plateau vocal fait tout le sel de cette lecture caractérisée et expressive, où l’acidité parfois aigre des deux voix aiguës principales rend vie et sang à un texte aux riches références poétiques et mythologiques; la version retenue ici est celle à 7 personnages (selon le manuscrit conservé à Turin). La basse (Mauro Borgioni) comme le ténor ajoute une palette de timbres vocaux idéalement mordants et flexibles. Leur souci du verbe à travers l’étonnante diversité des recitatifs stradelliens fait mouche : la tension linguistique porte autant que la musique l’intense portée poétique de l’ouvrage. La beauté de la musique et le génie dramatique de Stradella éclatent dans une partition qui méritait totalement d’être ainsi redécouverte et qui a fait la réussite d’une soirée mémorable au festival Alessandro Stradella.

Alessandro Stradella : La forza delle stelle. Ensemble Mare Nostrum. Andre De Carlo, direction. Enregistrement réalisé à Nepi (Viterbe, Italie) en septembre 2013.  1 cd Arcana.