La Bayadère de Rudolf Noureev

Paris, Opéra Bastille. La Bayadère, Noureev: 17 novembre > 31 décembre 2015. En 23 représentations, La Bayadère dans sa version intégrale enfin préservée fait l’enchantement des têtes 2015 à Paris. En 1992, Rudolf Noureev signe sur la scène du Palais Garnier et comme chorégraphe, son ultime ballet pour Paris : La Bayadère, musique de Ludwig Minkus, d’après le livret de Marius Petipa. L’ancien danseur qui avait interprété très jeune la chorégraphie de Petipa connaissait bien la partition ; il l’estimait même suffisamment pour en améliorer encore la richesse structurelle et la clarté du drame.

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Solor, Nikiya, Gamzati…

 

Le prĂ©texte de cet orientalisme est l’Inde enchanteresse des Bayadères qui existent pour hypnotiser : aventure amoureuse, trahison et donc vengeance, rivalitĂ©s entre deux femmes Ă©prises (Nikiya, bayadère, esclave et danseuse hindoue, aux arabesques fascinantes – Gamzati, princesse, fille de Raja) : La Bayadère emprunte son dĂ©ploiement au genre du grand ballet classique et romantique, dont la forme spectaculaire cristallise le goĂ»t pour l’Orient. Mais Petipa rĂ©ussit aussi un drame psychologique et aussi spectaculaire : le point d’orgue est l’acte III, celui des ombres (ombres jaillissantes tel un collier de perles, rĂ©pĂ©tant Ă  l’infini une silhouette obsĂ©dante et lascive, totalement enivrante… comme la thĂ©orie des cygnes blancs dans Le Lac des cygnes de Tchaikovski, autre sommet du ballet classique) : l’acte III des ombres est bien l’image la plus forte de ce ballet fĂ©erique, lui-mĂŞme comble de la magie orientaliste.

Il rĂ©Ă©crit notamment le rĂ´le du guerrier Solor qu’il avait dansĂ© dès l’âge de 21 ans au Kirov avant de rejoindre Paris. Ainsi au Palais Garnier en 1992, les parisiens dĂ©couvrent la chorĂ©graphie du dernier Noureev et aussi les dĂ©cors tout en or d’Ezio Frigerio et les costumes de Franca Squarciapino, qui revisitent l’antiquitĂ© Perse et l’Inde la plus fĂ©erique. Autant d’élĂ©ments visuels qui transcendent l’action : sur la scène, Isabelle GuĂ©rin, Isabelle Platel, Laurent Hilaire sont les 3 hĂ©ros que Noureev sur une civière de pompier, dirige et conduit jusqu’aux dernières rĂ©pĂ©titions. Le 8 octobre 1992, le chorĂ©graphe malade, condamnĂ©, dĂ©voile son testament artistique et esthĂ©tique, saluĂ© par un standing ovation unanime et spontanĂ©e en fin de reprĂ©sentation. c’est sa dernière apparition public avant son dĂ©cès.

Chaque détail, regard et mouvement compte. Dans la Bayadère, corps, geste, allure… sont autant de nuances de l’action chorégraphique que Petipa puis Noureev ont encore sublimé sur le sujet de la Bayadère. Noureev soucieux de vérité a particulièrement soigné le profil expressif de chaque protagoniste. La ballet compte d’autant plus dans la carrière du danseur chorégraphe que c’est lors de la tournée du Kirov à l’Ouest en 1961 (comprenant évidemment le ballet russe La Bayadère) que Nourrev demande l’asile à la France : événement fracassant aux répercussions immenses pour la culture chorégraphique occidentale.

 
 
 

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boutonreservationL’Opéra Bastille présente la version de 1992 signée Noureev, dans son intégralité. Paris, Opéra Bastille. La Bayadère, Noureev: 17 novembre > 31 décembre 2015. 23 représentations.

 
 
 
 
ECOUTER le PODCAST de La Bayadère de Noureev (diffusĂ© depuis le site de l’OpĂ©ra national de Paris) :

 

Compte rendu, danse. Paris. OpĂ©ra Bastille, le 26 octobre 2014. Rudolf Noureev : Casse-Noisette. DorothĂ©e Gilbert, Mathieu Ganio, caroline Robert, Daniel Stokes… Ballet de l’OpĂ©ra de Paris. TchaĂŻkovsky, compositeur. Orchestre de l’OpĂ©ra National de Paris. Kevin Rhodes, direction musicale.

tchaikovski-583-597Le ballet des fĂŞtes de fin d’annĂ©e par excellence, le Casse-Noisette de Petipa/Ivanov et Tchaikovsky, revient sur la scène de l’OpĂ©ra National de Paris dans la version ravissante et complexe de Rudolf Noureev, somptueusement habillĂ©e par le costumier et dĂ©corateur fĂ©tiche de l’ancien Directeur du Ballet de l’OpĂ©ra, Nicholas Geordiadis. La musique non moins somptueuse et profonde de Tchaikovsky est dirigĂ©e et interprĂ©tĂ©e par le chef Kevin Rhodes et l’Orchestre de l’OpĂ©ra, la MaĂ®trise des Hauts-de-Seine et le choeur d’enfants de l’OpĂ©ra. Un spectacle total qui compte avec la participation des nombreux Ă©lèves de l’Ecole de danse de l’Ă©tablissement. Une soirĂ©e extraordinaire nous attend.

Dans la chorégraphie de Rudolf Noureev,

Un Casse-Noisette luxueux, pour les grands et les petits

Rudolf Noureev (1938 – 1993), phĂ©nomène de la danse au XXe siècle, entreprend Ă  la fin de sa vie de faire rentrer au rĂ©pertoire parisien les grands ballets classiques qu’il a travaillĂ© en Russie. Nous pouvons aujourd’hui nous dĂ©lecter de la grandeur de ces ballets grâce Ă  son hĂ©ritage. Le Casse-Noisette, dernier ballet de Tchaikovsky et l’un des derniers d’un Petipa vieillissant (il crĂ©era encore Raymonda notamment; dans Casse-Noisette la plupart des danses ont Ă©tĂ© chorĂ©graphiĂ©es par Lev Ivanov), reprĂ©sente un sommet de gaĂ®tĂ© et de magie dans l’histoire de la danse.

InspirĂ© du conte d’E.T.A Hoffman « Casse-Noisette et le Roi des rats » l’histoire est un mĂ©lange de mĂ©lancolie fantastique et enfantine typique des dĂ©buts du romantisme allemand avec un aspect psychologique d’une hardiesse parfois troublante. La musique monumentale et bondissante de Tchaikovsky, Ă  la fois Ă©lĂ©gante, sauvage, exotique, mystĂ©rieuse, romantique, mais aussi nĂ©o-classique et pastorale, rĂ©gĂ©nère brillamment les nuances de l’ouvrage original, très connu en Russie. Or, Petipa s’inspire Ă  son tour de l’adaptation du conte par Alexandre Dumas Père, qui insiste sur l’aspect fantastique et scintillant de l’enfance idĂ©alisĂ©e. La collaboration s’avère peu Ă©vidente, et au final la musique de Tchaikovsky l’emporte sur la danse.

Noureev, avec les moyens chorĂ©graphiques qui lui sont propres, propose un Casse-Noisette d’une modernitĂ© Ă©tonnante, trouvant un Ă©quilibre entre les deux aspects contrastants du ballet. Il enlève les excès Ă©dulcorĂ©s de l’histoire (mais pas toujours de la danse), qu’il transforme en composants narratifs aidant Ă  illustrer l’histoire qu’il veut raconter. Le conte par trop connu d’un soir de NoĂ«l, oĂą Clara/Marie reçoit en cadeau un casse-noisette, qu’elle rencontre ensuite en rĂŞve avec d’autres jouets qui s’animent et qui se battent contre des rats vilains, pour triompher finalement, et oĂą les rĂŞves deviennent rĂ©alitĂ© ; le canevas se transforme et change de ton dans l’optique de Noureev. Il se souci de libĂ©rer la trame des sucreries tout en gardant un aspect fantastique théâtral visuellement pĂ©tillant. Ici, la frontière est floue entre rĂŞve et rĂ©alitĂ©, et les deux relèvent parfois du cauchemar, explorant les peurs de la jeune fille qui devient femme. Nous trouvons donc une petite Clara, superbement interprĂ©tĂ©e par l’Etoile DorothĂ©e Gilbert, qui arrive pour la première fois Ă  s’exprimer sur scène au-delĂ  des limites unidimensionnels du livret de Petipa. Noureev prĂ©serve les danses iconiques de la FĂ©e DragĂ©e, personnage en l’occurrence supprimĂ©. Un bonheur d’expression, de rigueur, d’Ă©mancipation aussi pour toute danseuse !

De mĂŞme Drosselmeyer, l’oncle qui offre le casse-noisette Ă  Clara, est aussi le Casse-Noisette lui mĂŞme qui devient Prince dans le rĂŞve (le fantasme?) de la jeune femme. Mathieu Ganio, Etoile, assure le rĂ´le qui lui va très bien, comme tous les rĂ´les de Prince. Il a une Ă©lĂ©gance et une allure tout Ă  fait romantique Ă  laquelle le public ne peux jamais rester insensible. Avec Gilbert, il forme un couple Ă  la beautĂ© plastique et Ă  la virtuositĂ© indĂ©niable. Parfois très touchants, mĂŞme si en quelques moments fugaces ils ne paraissent pas très stables.

Le premier acte est le plus narratif, et nous avons le tendre plaisir de voir sur scène toute une quantitĂ© d’Ă©lèves de l’Ă©cole de danse de l’opĂ©ra ! Ils sont les enfants qui jouent et dansent autour du sapin de NoĂ«l, mais ils sont aussi des soldats de plomb et des rats mĂ©chants qui se battent !!! Pour ceux qui critiquent Noureev d’avoir fait du ballet pour enfants, un spectacle trop adulte, voici la preuve de l’humour exaltant et bon enfant du russe, sa chorĂ©graphie pour ces enfants si joliment dĂ©guisĂ©s est un joyau d’action mignonne et drĂ´le ! Mais les talents du chorĂ©graphe et de la compagnie s’expriment partout dans les deux actes, le premier se terminant par un passage d’ensemble au Royaume des flocons de neige ensorcelant, inoubliable. Et au deuxième ?  Nous avons droit aux danses de caractère si cĂ©lèbres, dansĂ©es avec beaucoup de panache, notamment le trio de Cyril Mitilian, Simon Valastro et Adrien Couvez dans la danse chinoise impressionnante ; surtout l’archi-cĂ©lèbre valse des fleurs, dans cette version une Ă©lĂ©gante valse dorĂ©e avec l’opulence aristocratique de l’Ă©poque de Marie-Antoinette.

Finalement fĂ©licitons Ă©galement la prestation des musiciens. L’Orchestre de l’OpĂ©ra de Paris sous la baguette de Rhodes a ce soir, une certaine lĂ©gèretĂ© qui s’accorde très bien aux scènes comiques. En l’occurrence, lors de scènes plus ambiguĂ«s ou dĂ©licates, cette lĂ©gèretĂ© aide le public Ă  ne pas trop se perdre dans les ombres psychanalytiques et psychologiques de la lecture de Noureev. Ainsi, le spectacle est l’occasion de vivre les bonheurs et surtout la grandeur totale de l’illustre maison. Tout est parfaitement soignĂ©, les Ă©quipes faisant preuve d’une complicitĂ© non seulement Ă©vidente mais, devant l’envergure de l’Ă©vĂ©nement, nĂ©cessaire. La danse classique la plus virtuose avec les meilleurs danseurs d’aujourd’hui (et de demain!), un cadeau inoubliable de NoĂ«l pour les petits et pour les grands. Un dĂ©licieux gâteau de fĂŞtes de fin d’annĂ©e Ă  consommer sans modĂ©ration ! A l’OpĂ©ra Bastille les 29 novembre et les 1er, 3, 5, 7, 8, 10, 12, 16, 17, 19, 20, 22, 24, 25, 27, 29 dĂ©cembre 2014.

Rufol Noureev Ă  Paris (1983-1989)

Noureev_belle_bois_dormantNoureev Ă  Paris. La Belle au bois dormant. A 45 ans, en 1983 et pour 6 annĂ©es, Rudolf Noureev prend ses fonctions comme directeur de la danse Ă  l’OpĂ©ra de Paris. Le danseur virtuose ne fera pas qu’apporter un style enviĂ© dans le monde entier : il enrichit aussi considĂ©rablement le rĂ©pertoire de la maison parisienne ; rĂ©visant la chorĂ©graphie des grands classiques, il rĂ©Ă©crit la magie des pas, rĂ©Ă©quilibre la part des interprètes : grâce Ă  lui, les hommes ne sont plus des faire valoir et des porteurs pour les ballerines, mais des personnages tout aussi aboutis et mĂŞme psychologiquement achevĂ©s que leurs consĹ“urs.
Noureev avant de trouver un port d’attache Ă  Paris, Ă©blouissait littĂ©ralement Ă  Londres au Covent Garden (Royal Ballet) avec Ă  ses cĂ´tĂ©s la prĂ©cieuse partenaire de ses sommets, Margot Fonteyn : leur duo demeure lĂ©gendaire et certainement insurpassĂ© par sa grâce expressive, son naturel, son tempĂ©rament. Pour le centenaire du Figaro, le couple artistique Noureev/Fonteyn danse sur la scène de Garnier, le ballet de Frederick Ashton, Marguerite et Armand, inspirĂ© de La Dame aux camĂ©lias de Dumas fils. C’Ă©tait en 1963. 20 ans plus tard, le magicien danseur et chorĂ©graphe revient donc Ă  Paris pour y rĂ©enchanter l’histoire du ballet.

RĂ©Ă©crire les grands TchaĂŻkovski

Sur les traces de sa chorĂ©graphie du ballet des Ombres de La Bayadère (IIIème acte) prĂ©sentĂ© Ă  Paris en 1974, – oĂą il danse seul entourĂ© des danseuses talentueuses du ballet fĂ©minin-, Noureev reprend les classiques du rĂ©pertoire auxquels il redonne une âme dramaturgique et pour les danseurs, de formidables rĂ´les totalement repensĂ©s, amplifiĂ©s, approfondis. Ainsi aux cĂ´tĂ©s de RomĂ©o et Juliette, Raymonda, Don Quichotte, paraissent les chefs d’oeuvre de son compatriote TchaĂŻkovski : Casse Noisette, Le Lac des cygnes et bien sĂ»r La belle ou bois dormant. Sans omettre, naturellement La Bayadère. Tous ses ballets prĂ©servent la magie Ă©laborĂ© par Petipa tout en accentuant ce lustre oriental, spectaculaire, fantastique et fĂ©erique, propre Ă  l’esthĂ©tique impĂ©riale russe. Très vite, une nouvelle gĂ©nĂ©ration de danseurs dĂ©jĂ  Etoiles se reconnaissent dans cette Ă©cole de la haute discipline et de l’excellence autant technique qu’interprĂ©tative : Elisabeth Platel, Claude de Vulpian, Charles Jude ; Noureev nommera sous sa direction les nouvelles Étoiles : Sylvie Guillem, Isabelle GuĂ©rin, Laurent Hilaire, Manuel Legris…
De toute Ă©vidence, sous sa direction, le Ballet de l’OpĂ©ra de Paris devient le premier du monde. La chorĂ©graphie de La Belle au bois dormant qui allie poĂ©sie, Ă©lĂ©gance technique, spectaculaire flamboyant et aussi justesse dramatique dans l’Ă©criture de chaque rĂ´le, explique que la version Noureev de La Belle au bois dormant suscite toujours admiration voire fascination. Chacun y revient comme une source inĂ©galĂ©e, atemporelle par l’Ă©quilibre de ses parties.