MILAN, Scala. Riccardo Chailly joue ATTILA de VERDI

VERDI_442_Giuseppe_Verdi_portraitFRANCE MUSIQUE, Ven 7 dĂ©c 18 : 20h. VERDI: ATTILA, Chailly.  En direct (ou presque) de La Scala de Milan, l’opĂ©ra de Verdi crĂ©Ă© Ă  la Fenice de Venise le 17 mars 1846, ouvre ainsi sur le petit Ă©cran mais en quasi direct, la nouvelle saison du thĂ©Ăątre scaligĂšne. On sait combien le librettiste de dĂ©part Solera, qui pourtant dut partir avant de livrer la fin de l’intrigue, se brouilla avec Verdi : celui ci commanda Ă  Piave, un nouveau final, non pas un chƓur comme le voulut Solera, mais un ensemble (et quel ensemble! : un modĂšle du genre). Du nerf, du sang, du crime
 le premier Verdi semble s’essayer Ă  toutes les ficelles du drame sanglant et terrible. Au VĂš siĂšcle, la ville d’AquilĂ©e prĂšs de Rome, fait face aux invasions des Huns et Ă  la superbe conquĂ©rante d’Attila (basse). Ce dernier, cruel et barbare en diable, refuse toute entente pacifique avec le romain Ezio (baryton) ; c’est pourtant ce dernier qui a l’étoffe du hĂ©ros, patriote face Ă  l’ennemi Ă©tranger (« Tu auras l‘univers, mais tu me laisses l’Italie » / une dĂ©claration qui soulĂšve l’enthousiasme des spectateurs de Verdi, Ă  quelques mois de la RĂ©volution italienne
).

Au I : Attila marche sur Rome, mais frĂ©mit devant l’Ermite dont il a rĂȘvĂ© la figure
 cependant que parmi les vaincus, Foresto (tĂ©nor) rejoint la fiĂšre Odabella (soprano) qui entend se venger des Huns, arrogants, victorieux


Au II : Attila dĂ©fie Ezio qui proteste vainement ; tandis que, coup de thĂ©Ăątre, Odabella dĂ©joue la tentative d’empoisonnement d’Atiila par Foresto : elle Ă©pouse mĂȘme le vainqueur Attila


Au III : Odabella qui n’en est pas Ă  une contradiction prĂšs, se repend, rejoint Foresto et tue son Ă©poux Attila, tandis que les troupes romaines menĂ©es par Ezio, le sauveur, attaquent les Huns


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chailly riccardo maestro stravisnky portrait presentation par classiquenews ae64e0366e4c19713bd9183f508c800f.jpg.w=262Sans vraiment de profondeur encore, ni d’ambivalence ciselĂ©e, (cf la maniĂšre avec laquelle, les Ă©pisodes et les situations se succĂšdent au III), les personnages d’Attila ne manquent pas cependant de noblesse ni de grandeur voire de noirceur trouble (comme Attila, dĂ©vorĂ© par les songes et les rĂȘves au I, prĂ©figuration des tourments de Macbeth). Le protagoniste ici est une femme, soprano aux possibilitĂ©s Ă©tendues digne d’Abigaille (Nabucco) : ample medium, belcanto mordant, Ă  la fois raffinĂ© et sauvage
 comme la partition de ce Verdi de la jeunesse. A Milan, le directeur musical de La Scala, Riccardo Chailly devrait dĂ©fendre la partition avec intensitĂ© et profondeur, malgrĂ© les Ă©videntes maladresses et dĂ©sĂ©quilibres de la partition de 1846…  Le chef dirige les forces locales, et la basse Ildar Abdrazakov incarne Attila, sur les traces du lĂ©gendaire Nicolai Ghiaurov dans le rĂŽle-titre


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Giuseppe Verdi : Attila
OpĂ©ra en un prologue et trois actes sur un livret de Temistocle Solera et Francesco Maria Piave tirĂ© de la tragĂ©die de Zacharias Werner : “Attila, König der Hunnen »

Ildar Abdrazakov, basse, Attila, roi des Huns
Saioa Hernandez, mezzo-soprano, Odabella, fille du seigneur d’Aquileia
Simone Piazzola, baryton, Ezio, général romain
Fabio Sartori, ténor, Foresto, chevalier aquiléen
Francesco Pittari, tĂ©nor, Uldino, jeune breton esclave d’Attila
Gianluca Buratto, basse, Leone, vieux romain
Choeur et Orchestre de la Scala de Milan
Direction : Riccardo Chailly

(Davide Livermore, mise en scĂšne)

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Plus d’infos sur le site de la Scala de Milan / Teatro alla Scala :
http://www.teatroallascala.org/en/index.html

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MILAN, Scala : ATTILA de VERDI

VERDI_442_Giuseppe_Verdi_portraitARTE, le 7 dĂ©c 2018, 22h20. VERDI : ATTILA. En direct (ou presque) de La Scala de Milan, l’opĂ©ra de verdi crĂ©Ă© Ă  la Fenice de Venise le 17 mars 1846, ouvre ainsi sur le petit Ă©cran mais en direct, la nouvelle saison du thĂ©Ăątre scaligĂšne. On sait combien le librettiste de dĂ©part Solera, qui pourtant dut partir avant de livrer la fin de l’intrigue, se brouilla avec Verdi : celui ci commanda Ă  Piave, un nouveau final, non pas un chƓur comme le voulut Solera, mais un ensemble (et quel ensemble! : un modĂšle du genre). Du nerf, du sang, du crime
 le premier Verdi semble s’essayer Ă  toutes les ficelles du drame sanglant et terrible. Au VĂš siĂšcle, la ville d’AquilĂ©e prĂšs de Rome, (au nord de l’Adriatique) fait face aux invasions des Huns et Ă  la superbe conquĂ©rante d’Attila (basse). Ce dernier, cruel et barbare en diable, refuse toute entente pacifique avec le romain Ezio (baryton) ; c’est pourtant ce dernier qui a l’étoffe du hĂ©ros, patriote face Ă  l’ennemi Ă©tranger (« Tu auras l‘univers, mais tu me laisses l’Italie » / une dĂ©claration qui soulĂšve l’enthousiasme des spectateurs de Verdi, Ă  quelques mois de la RĂ©volution italienne
)

Au I : Attila marche sur Rome, mais frĂ©mit devant l’Ermite dont il a rĂȘvĂ© la figure
 cependant que parmi les vaincus, Foresto (tĂ©nor) rejoint la fiĂšre Odabella (soprano) qui entend se venger des Huns, arrogants, victorieux

Au II : Attila dĂ©fie Ezio qui proteste vainement ; tandis que, coup de thĂ©Ăątre, Odabella dĂ©joue la tentative d’empoisonnement d’Atiila par Foresto : elle Ă©pouse mĂȘme le vainqueur Attila

Au III : Odabella qui n’en est pas Ă  une contradiction prĂšs, se repend, rejoint Foresto et tue son Ă©poux Attila, tandis que les troupes romaines menĂ©es par Ezio, le sauveur, attaquent les Huns


Sans vraiment de profondeur encore, ni d’ambivalence ciselĂ©e, (cf la maniĂšre avec laquelle, les Ă©pisodes et les situations se succĂšdent au III), les personnages d’Attila ne manquent pas cependant de noblesse ni de grandeur voire de noirceur trouble (comme Attila, dĂ©vorĂ© par les songes et les rĂȘves au I, prĂ©figuration des tourments de Macbeth). Le protagoniste ici est une femme, soprano aux possibilitĂ©s Ă©tendues digne d’Abigaille (Nabucco) : ample medium, belcanto mordant, Ă  la fois raffinĂ© et sauvage
 comme la partition de ce Verdi de la jeunesse.

A Milan, sur les planches de La Scala, Riccardo Chailly dirige les forces locales, et la basse Ildar Abdrazakov incarne Attila, sur les traces du légendaire Nicolai Ghiaurov dans le rÎle-titre
 (Davide Livermore, mise en scÚne)

distribution :
Attila : Ildar Abdrazakov
Odabella : Saioa HernĂĄndez
Ezio : George Petean
Foresto: Fabio Sartori
Uldino : Francesco Pittari
Leone : Gianluca Buratto

Plus d’infos sur le site de la Scala de Milan / Teatro alla Scala :
http://www.teatroallascala.org/en/index.html

Riccardo Chailly dirige la 8Ăšme de Mahler Ă  Lucerne

arte_logo_2013ARTE. Mahler: Symphonie n°8. Dimanche 28 aoĂ»t 2016,17h30. Riccardo Chailly Ă  Lucerne, pilote les effectifs locaux dans la gigantesque et goethĂ©enne symphonie n°8, dite « des Mille », sommet symphonique et choral signĂ© par le grand Gustav en quĂȘte d’absolution. C’est le temps fort du Festival de Lucerne 2016 (Suisse). Comment parcourir les sĂ©quences vertigineuses de cette grande messe symphonique ? La 8Ăšme de Mahler est l’un des plus grands dĂ©fis qui se dressent face Ă  l’orchestre et son chef


Riccardo Chailly dirigeantL’Éternel FĂ©minin / Nous entraĂźne en haut », sur les pas de Wagner, Mahler achĂšve sur ces ultimes mots (extraits du Second Faust de Goethe), sa Symphonie n°8, l’une des plus ambitieuses jamais Ă©crites. Si le dĂ©sir masculin est vorace et sans fin, l’éternel fĂ©minin (incarnĂ© probablement par son Ă©pouse Alma) permet d’atteindre au renoncement et Ă  la paix ultime, tant recherchĂ©s. D’emblĂ©e, l’hymne du dĂ©but, ouvrant la premiĂšre partie de la Symphonie, inscrit la partition comme le parcours d’une quĂȘte surtout spirituelle voire mystique (l’Hymne de la PentecĂŽte Veni Creator Spiritus, invocation du Saint-Esprit y façonne comme au dĂ©but de la Messe en si de JS Bach, un portique d’ouverture aux proportions vertigineuses et colossales). A ceux qui lui reprochait de n’avoir pas composĂ© de cycle sacrĂ©, Mahler arguait que “sa HuitiĂšme Symphonie Ă©tait une messe”
 EnregistrĂ© Ă  Lucerne, les 12 et 13 aoĂ»t 2016.

LUCERNE FESTIVAL ORCHESTRA
ChƓur de la Radio bavaroise
Latvian Radio Choir
OrfeĂłn Donostiarra
ChƓur d’enfants de Tölz
Riccardo Chailly, direction
Ricarda Merbeth, Magna Peccatrix
Christine Goerke, Una poenitentium
Anna Lucia Richter, Mater gloriosa
Sara Mingardo, Mulier Samaritana
Mihoko Fujimura, Maria Aegyptiaca
Andreas Schager, Doctor Marianus
Peter Mattei, Pater ecstaticus
Samuel Youn, Pater profundus

Gustav Mahler (1860–1911) : Symphonie n° 8 en mi bĂ©mol majeur Symphonie des Mille . ARTE, dimanche 28 aoĂ»t 2016, 17h30. LIRE aussi la page dĂ©diĂ©e Ă  la Symphonie n°8 par Riccardo Chailly, les 12 et 13 aoĂ»t 2016 sur le site du Festival de Lucerne 2016

 

Compte rendu, opĂ©ra. Poitiers. CGR Castille en direct de Milan. Verdi : Giovanna d’Arco, opĂ©ra en un prologue et trois actes sur un livret de Temistocle Solera d’aprĂšs le livre de Friedrich von Schiller «La pucelle d’OrlĂ©ans». Anna Netrebko, Anna, Francesco Meli, Carlo VII, Devid Cecconi, Giacomo 
 Orchestra e coro alla Scala. Riccardo Chailly, direction. Mosche Leiser et Patrice Caurier, mise en scĂšne; Agostino Cavalca, costumes; Christophe Forey, lumiĂšres; Christian Fenouillat, dĂ©cors; Leah Hausman, chorĂ©graphies; Etienne Guiol, vidĂ©os.

Avec l’abandon de sa collaboration avec le Royal Opera House de Londres, les cinĂ©mas CGR de la rĂ©gion-Poitou Charentes en gĂ©nĂ©ral et de Poitiers en particulier n’ont plus de partenariat squ’avec les grandes scĂšnes lyriques italiennes. C’est ainsi que nous avons pu voir hier en direct, l’ouverture de la saison lyrique de la plus prestigieuse d’entre elles : la Scala de Milan. Pour cette saison 2015 / 2016, La Scala prĂ©sente un opĂ©ra trĂšs mĂ©connu de Giuseppe Verdi (1813-1901) : Giovanna d’Arco. Pour cette Ɠuvre, Verdi et son librettiste, Temistocle Solera, se sont inspirĂ©s du livre de Friedrich von Schiller «La pucelle d’OrlĂ©ans». Absente de la scĂšne milanaise depuis cent cinquante ans, Giovanna d’Arco y revient estampillĂ©e du label «nouvelle production». Dans le rĂŽle-titre, la diva verdienne Anna Netrebko en trĂšs grande forme. Quant Ă  la mise en scĂšne, elle a Ă©tĂ© confiĂ©e Ă  un duo français : Mosche Leiser et Patrice Caurier.

 

Anna Netrebko chante Giovanna d’Arco

La Scala ressuscite Giovanna d’Arco des cartons aprĂšs 
 150 ans d’absence Ă  Milan

 

La mise en scĂšne, justement, est quelque peu Ă©trange. Se basant sur la faiblesse, rĂ©elle cependant, du livret les deux metteurs en scĂšne ont placĂ© l’action au XIXe siĂšcle dans ce qui ressemble Ă©trangement Ă  un hĂŽpital psychiatrique version bourgeoise. Dans cette optique nous ne quittons jamais vraiment la chambre de la jeune fille qui se prend pour Jeanne d’Arc. De temps en temps, le mur de fond bouge pour permettre au choeur ou aux solistes d’aller et venir sauf dans le premier acte oĂč il est totalement ouvert juste aprĂšs la victoire de Jeanne et de Charles. Ce qui sauve l’ensemble, ce sont les lumiĂšres superbes de Christophe Foret et les chorĂ©graphies de Leah Hausman : la danse des dĂ©mons lors du duo Carlo/Giovanna est une rĂ©ussite malgrĂ© la cruditĂ© de la scĂšne. Les derniers Ă©pisodes de l’opĂ©ra sont hors sujet. Quelle drĂŽle d’idĂ©e de laisser Giovanna sur la scĂšne pendant que son pĂšre commente l’ultime bataille dans laquelle elle trouve la mort en sauvant le roi de France. Quant Ă  la mort de Giovanna, elle est un peu bizarre, voire totalement hors sujet. Comme on ne sait plus vraiment si on est sur le champs de bataille du XVe siĂšcle ou dans un hĂŽpital psychiatrique du XIXe siĂšcle, les metteurs en scĂšne font mourir Giovanna, en une scĂšne de la folie de la jeune fille qui se prenait pour la pucelle. Quant aux costumes Ă  part ceux de Giacomo, qui reste rĂ©solument au XIXe siĂšcle et de Carlo qui est un peu trop dorĂ© dĂ©tonnant ainsi sur la scĂšne de la Scala, ils vont plutĂŽt bien aux personnages. Dans un tel mĂ©lange d’Ă©poques et de styles, seul le choeur est bien servi avec des costumes XVe superbes.

 

 

giovanna-d-arco-verdi-presentation-classiquenews-scala-de-milan

 

 

Vocalement en revanche, nous n’avons que des satisfactions. Anna Netrebko qui campe Giovanna est Ă©clatante de santĂ©. La voix est somptueuse et la soprano russe utilise son instrument avec une maĂźtrise quasi parfaite donnant Ă  la jeune hĂ©roĂŻne une puissance bienvenue. Si Netrebko a fait de grand progrĂšs comme actrice, elle rĂ©vĂšle cependant de sĂ©rieux soucis concernant la diction pas toujours trĂšs nette. Face Ă  elle, Francesco Meli incarne un Carlo VII flamboyant. Si nous regrettons qu’il soit affublĂ© d’un costume et d’un maquillage excessivement dorĂ©s, – trop de dorure tue la dorure-, la voix est chaleureuse, ronde, puissante ; la tessiture correspond parfaitement au rĂŽle. SurvoltĂ© le jeune tĂ©nor donne Ă  Carlo un charisme trĂšs fort qui manquait cruellement au vĂ©ritable Charles VII dans les premiĂšres annĂ©es de son rĂšgne. Le cas de Devid Cecconi (Giacomo) est un peu particulier. AppelĂ© par la Scala pour la prĂ©-gĂ©nĂ©rale, la gĂ©nĂ©rale et l’ante-prima (rĂ©servĂ©e au jeune public) pour remplacer Carlos Alvarez souffrant qui se contentait de jouer, il a Ă©tĂ© rappelĂ© en catastrophe pour remplacer son collĂšgue atteint par une bronchite carabinĂ©e et interdit de scĂšne juste avant la premiĂšre par le mĂ©decin qui l’a auscultĂ©. Dans ces circonstances, si particuliĂšres nous passerons rapidement sur une performance scĂ©nique trĂšs en-deça de celle de ses deux collĂšgues survoltĂ©s par un public tout acquis Ă  leur cause. Il faut quand mĂȘme bien reconnaĂźtre que ce pauvre Giacomo n’est servi ni par la mise en scĂšne ni par son costume XIXe. Vocalement en revanche, Cecconi n’a rien Ă  envier Ă  Alvarez, qu’il remplace trĂšs avantageusement, ni Ă  ses partenaires. Et d’ailleurs le public a si bien compris la situation qu’il a acclamĂ© le jeune baryton autant que les deux autres chanteurs. Saluons rapidement le Talbot trĂšs honorable de Dmitry Beloselskiy et la trop brĂšve apparition de Michele Mauro (Delil). Dernier personnage de cette Giovanna d’Arco : le choeur de la Scala. Il a Ă©tĂ© parfaitement prĂ©parĂ© par son chef que ce soit pour ses interventions hors scĂšne, les plus difficiles, ou sur scĂšne.

Dans la fosse c’est Riccardo Chailly qui prend en main l’orchestre de la Scala. Excellent musicien et fin connaisseur des opĂ©ras de Verdi, le chef, dont nous avions d’ailleurs saluĂ© le superbe concert d’ouverture du festival Verdi de Parme en 2013, prend ses musiciens en main avec une belle autoritĂ©. La direction de Chailly, qui inaugure ainsi ses prises de fonction comme nouveau directeur musicale de La Scala, est dynamique, juste, sans dĂ©faillance. TrĂšs attentif Ă  ce qui se passe sur la scĂšne, il veille Ă  ne jamais couvrir ses chanteurs et les accompagne avec un soin tout particulier, ciselant chaque note, chaque phrase tel un magicien soignant ses tours.

Ainsi, nonobstant une mise en scĂšne qui se trouve un peu entre la poire et le dessert, la nouvelle Giovanna d’Arco est musicalement superbe avec un trio complĂštement survoltĂ©. Le pari est d’autant plus grand que cet opĂ©ra de Verdi ne renait de ses cendres que depuis peu d’annĂ©es. Notons aussi qu’il s’agit d’un retour important et trĂšs attendu Ă©tant donnĂ© que Giovanna d’Arco n’avait pas Ă©tĂ© donnĂ©e Ă  la Scala de Milan depuis 
 1865. Dans de telles conditions, nous aurions apprĂ©ciĂ© de voir une mise en scĂšne plus sobre. Il y a nĂ©anmoins un vrai travail de rĂ©flexion, et nous aurions prĂ©fĂ©rĂ© qu’elle soit effectivement situĂ©e Ă  l’Ă©poque Ă  laquelle se dĂ©roule l’histoire et non dans un obscur hĂŽpital psychiatrique du XIXe siĂšcle avec des allers-retours au XVe siĂšcle qui ajoute de la confusion.

Compte rendu, l’opĂ©ra au cinĂ©ma. Poitiers, CGR Castille en direct de Milan. Giuseppe Verdi (1813-1901): Giovanna d’Arco, opĂ©ra en un prologue et trois actes sur un livret de Temistocle Solera d’aprĂšs le livre de Friedrich von Schiller «La pucelle d’OrlĂ©ans». Anna Netrebko, Anna; Francesco Meli, Carlo VII; Devid Cecconi, Giacomo; Dmitry Beloselskiy, Talbo;, Michele Mauro, Delil. Orchestra e coro alla Scala. Riccardo Chailly, direction. Mosche Leiser et Patrice Caurier, mise en scĂšne; Agostino Cavalca, costume; Christophe Forey, lumiĂšres; Christian Fenouillat, dĂ©cors; Leah Hausman, chorĂ©graphies; Etienne Guiol, vidĂ©os.

ARTE, Lundi 7 dĂ©cembre 2015 : Anna Netrebko chante Giovanna d’Arco de Verdi Ă  la Scala de Milan (22h30)

arte_logo_2013ARTE, Lundi 7 dĂ©cembre 2015 : Anna Netrebko chante Giovanna d’Arco de Verdi Ă  la Scala de Milan (22h30). Le 7 dĂ©cembre 2015, Ricardo Chailly va vivre sa premiĂšre “Inaugurazione” en dirigeant la premiĂšre production de la saison lyrique 2015-2016 de la Scala de Milan en tant que nouveau directeur musical. Mais le nouveau chef de la Scala peut aussi compter sur la plus captivante verdienne (et la plus audacieuse par ses choix de rĂ©pertoire) de l’heure. Belle, incandescente, hyperfĂ©minine et dĂ©chirante, Anna Netrebko, en verdienne plus que convaincantes, cumule les prises de rĂŽles verdiens : aprĂšs Leonora, Lady Macbeth, voici sa Giovanna d’Arco Ă  la Scala (aprĂšs Salzbourg)…

 

netrebko-anna-582-390Anna Netrebko revient Ă  la Scala depuis ses dĂ©buts en 2011. Grand verdien, Riccardo Chailly a choisi Giovanni d’Arco, une Ɠuvre qui n’avait plus Ă©tĂ© reprĂ©sentĂ©e Ă  la Scala depuis 150 ans, depuis sa crĂ©ation le 15 fĂ©vrier 1845. L’histoire de la Pucelle d’OrlĂ©ans qui sauva la France durant la Guerre de Cent ans fait partie des Ɠuvres les plus rarement jouĂ©es de Verdi. Elle offre pourtant un rĂŽle exceptionnellement engagĂ© et exigeant Ă  la soprano dĂ©signĂ©e pour en relever les dĂ©fis. L’ayant dĂ©jĂ  chantĂ© au Festival de Salzbourg 2013 (LIRE notre compte rendu du cd Giovanna d’Arco de VERDI par Anna Netrebko), Anna Netrebko sera Giovanna, Jeanne d’Arc, dĂ©voilant ce timbre charnel et Ă©clatant qui a dĂ©jĂ  rĂ©ussi dans ses prĂ©cĂ©dentes incarnations des hĂ©roĂŻnes verdiennes – sa passion actuelle : Leonora du TrouvĂšre, et rĂ©cemment Lady Macbeth (ses deux prises de rĂŽles indiscutablement rĂ©ussi Ă  Salzbourg et au Metreopolitan Opera de New York). La production scalĂšne dirigĂ©e par Riccardo Chailly compte aux cĂŽtĂ©s de la soprano austrorusse, de solides chanteurs tels Francesco Meli (le roi de France Carlo / Charles) lequel tombe amoureux de Jeanne d’Arc.

verdi cd Anna Netrebko Placido Domingo deutsche grammophon Giovanna d'Arco DG CDDans la mise en scĂšne du duo de metteurs en scĂšne, Moshe Leiser et Patrice Caurier, l’opĂ©ra de Verdi devrait prouver ses attraits mĂ©connus : nouvelle proposition de l’opĂ©ra historique d’aprĂšs le format du grand opĂ©ra français avec grands airs et choeurs. DĂ©jĂ  se profile avant Rigoletto et Le TrouvĂšre, cette ardeur expressive, ce rĂ©alisme nouveau proche du thĂ©Ăątre hugolien qui renforce malgrĂ© le prĂ©texte historique et dramatique, le relief individuel de chaque protagoniste.

 

La diffusion de Giovanna d’Arco de Verdi avec Anna Netrebko est rĂ©alisĂ©e sur Arte Ă  partir de 22h30.

 
 

RAYONNANTE NETREBKO

 
 

ARTE, lundi 7 dĂ©cembre 2015, 22h30 : Anna Netrebko chante Giovanna d’Arco de Verdi Ă  la Scala de Milan (22h30).

 
 
 

brahms complete orchestral music coffret box Decca review compte rendu critique cd classiquenews Freire kavakos repin mork disques cd review compte rendu critique de disque, coffret Chailly classiquenews CD. Riccardo Chailly. DECCA vient d’Ă©diter l’intĂ©grale Brahms par Riccardo Chailly pilote du Gewandhaus de Leipzig en novembre 2015. LIRE notre compte rendu critique de l’intĂ©grale Brahms par Riccardo Chailly… Directeur musical du Gewandhaus de Leipzig depuis 2005, Riccardo Chailly signe donc une intĂ©grale qui malgrĂ© certains passages Ă  vide, comporte des instants de grĂące, comme suspendus, portĂ©s par cet idĂ©al personnel de la lisibilitĂ© et de la clartĂ© qui n’empĂȘche ce que nous aimons tant chez Brahms, l’ivresse et l’extase tendre, jaillissement Ă©perdu d’une innocence prĂ©servĂ©e, intacte malgrĂ© les blessures tues, les traumatismes (Ă©couter ce mĂȘme Andante et la place accordĂ©e au chant du violoncelle : un instant de grĂące).

CD, compte rendu critique. Coffret Brahms : complete orchestral music. Integrale de la musique pour orchestre. Riccardo Chailly, direction. Gewandhaus Orchester Leipzig. 7 cd Decca (2006-2014)

brahms complete orchestral music coffret box Decca review compte rendu critique cd classiquenews Freire kavakos repin mork disques cd review compte rendu critique de disque, coffret Chailly classiquenewsCD, compte rendu critique. Coffret Brahms : complete orchestral music. Integrale de la musique pour orchestre. Riccardo Chailly, direction. Gewandhaus Orchester Leipzig. 7 cd Decca (2006-2014). EnregistrĂ©e en plusieurs coffrets sĂ©parĂ©s selon le calendrier des enregistrements rĂ©alisĂ©s, cette intĂ©grale Brahms par Riccardo Chailly prend forme en un coffret unique Ă©ditĂ© par Decca (7 cd). Avec sa rĂ©cente intĂ©grale Beethoven, Chailly impressionne par une ampleur du son, une puissance qui sait aussi prĂ©server le dĂ©tail et une certaine clartĂ© ; tout est canalisĂ© pour l’opulence d’un dramatisme brĂ»lĂ© qui compose dans une discographie une voie mediane, Ă©quilibrĂ©e qui s’affirme comme une rĂ©fĂ©rence jamais dĂ©cevante. Soucieux de clartĂ© et de lisibilitĂ©, le Brahms de Chailly sait trancher, caractĂ©riser sans Ă©paisseur et cette surenchĂšre produisant bien souvent une pĂąte dĂ©clamĂ©e, ampoulĂ©e, finalement indigeste. Chailly revient Ă  l’architecture primitive et originelle du Brahms bĂątisseur, prolongeant comme personne l’invention des formes depuis Beethoven. ComparĂ© Ă  ses premiĂšres lectures des Symphonies avec l’autre Gewandhaus (d’Amsterdam), le geste forgĂ© et peu Ă  peu sculpter Ă  Leipzig, comme profitant de la rĂ©volution interprĂ©tative opĂ©rĂ©e sur Bach, a conçu une direction plus lĂ©gĂšre et transparente dont la sensibilitĂ© instrumentale rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e, exalte les sens et fait la rĂ©ussite par exemple du mouvement lent (Andante) du Concerto pour piano n°2 (1881, cd 7), de loin la lecture la plus intĂ©ressante, profitant aussi il est vrai de l’exceptionnelle Nelson Freire (Live de 2005).

brahms serenades chailly gewandhaus de leipzig orchestra classiquenews compte rendu critique cd decca mai 2015Directeur musical du Gewandhaus de Leipzig depuis 2005, Riccardo Chailly signe donc une intĂ©grale qui malgrĂ© certains passages Ă  vide, comporte des instants de grĂące, comme suspendus, portĂ©s par cet idĂ©al personnel de la lisibilitĂ© et de la clartĂ© qui n’empĂȘche ce que nous aimons tant chez Brahms, l’ivresse et l’extase tendre, jaillissement Ă©perdu d’une innocence prĂ©servĂ©e, intacte malgrĂ© les blessures tues, les traumatismes (Ă©couter ce mĂȘme Andante et la place accordĂ©e au chant du violoncelle : un instant de grĂące).

L’intĂ©grale Brahms de Chailly demeure une leçon de musicalitĂ© respectueuse, soucieuse d’articulation et de lisibilitĂ©…

Vertus de la clarté allégée

C’est un Brahms plus nerveux, et osons dire mĂȘme audacieux au sens d’un Beethoven : les coups de timbales qui ouvrent la PremiĂšre Symphonie ne signifient-ils pas voici l’aube d’un monde nouveau comme Beethoven le dit lui-mĂȘme au terme de son propre cycle symphonique dans sa 9Ăšme ? Chailly retrouve ainsi le Brahms moderne et on pas classique, celui expurgĂ© de la tradition fin XIXĂš et mi XXĂšme, hĂ©ritĂ© de ses meilleurs dĂ©fenseurs Toscanini, FĂ©lix Weingartner. Brahms l’inventeur de formes nouvelles, capable de surprendre par un itinĂ©raire harmonique et rythmique neuf, rĂ©solument improbable, Brahms le rĂ©formiste ; voilĂ  le visage qui s’inscrit en lettres d’or sur le coffret Chailly : n’Ă©coutez que le dĂ©but et son dĂ©veloppement de la Symphonie n°1 (vrai poco sostenuto des cordes et transparence lĂ©gĂšre pour plus de mordant et d’ĂąpretĂ© voire de lumiĂšre dans cet irrĂ©pressible allant tragique initial) pour comprendre les apports du geste dĂ©poussiĂ©rĂ©, allĂ©gĂ©, nerveux, jamais surexpressif du chef italien. Sans perdre la puissance et le sentiment de la carrure colossale, le chef ajoute et soigne de bout en bout, le relief d’une lisibilitĂ© entre les pupitres qui reprĂ©cise la direction de l’architecture, les justes proportions entre les pupitres. La Symphonie n°3 dĂšs le dĂ©but peut ainsi compter sur une parfaite prĂ©cision lisible des bois qui citent avec d’autant plus de vitalitĂ©, la rĂ©fĂ©rence aux motifs folkloriques si prĂ©sents dans le tissu brahmsien. La construction globale, l’Ă©difice de Symphonies en Symphonies dĂ©voilent par un geste prĂ©cis, affinĂ©, des arĂȘtes vives, des passages et des modĂ©natures insoupçonnĂ©es (lissĂ©es ou expĂ©diĂ©es par les chefs moins scrupuleux).  ComplĂ©ment exaltants Ă  la clartĂ© architecturale des 4 Symphonies, les Ɠuvres concertantes, pour violon ; pour violon et violoncelle, Ă©clairent Ă©galement un mĂȘme souci d’Ă©locution : le Concerto en rĂ© (1879) s’impose Ă©videmment parmi les meilleures rĂ©ussites du coffret. C’est peu dire que le violon de Kavakos transcende le Concerto en rĂ© (prise de 2013) par la finesse sans aucune emphase de son instrument. C’est droit, vif, prĂ©cis, allĂ©gĂ© lui aussi, dans la lumiĂšre et d’une clartĂ© absolu (trilles aiguĂ«s inouies, d’une ciselure arachnĂ©enne), exprimant la fusion, cet esprit d’effusion souple et tendre unissant orchestre et violon dans une seule et mĂȘme caresse amoureuse : Leonidas Kavakos est Brahmsien comme Chailly : jamais dans la dĂ©monstration et la pure virtuositĂ©, rĂ©vĂ©lant des couleurs intĂ©rieures enfouies, intimes, pudiques d’une infinie douceur.

MĂȘme incandescence et mĂȘme entente partagĂ©es par les deux solistes du Double Concerto (live de 2008) : le violoncelle de Truls Mork et le violon de Vadim Repin, vif argents, d’une sobriĂ©tĂ© Ă©prise d’Ă©lĂ©gance chambriste, toujours articulĂ©e et d’une subtilitĂ© d’accents… Les nouveaux rĂ©glages de Chailly se ressentent d’autant mieux dans une Ɠuvre qui alterne de façon souvent vertigineuse les parties dĂ©volues Ă  tout l’orchestre et l’incise murmurĂ©e et plus ciselĂ©e du chant Ă  deux voix. Chambriste et concertant, comme un Concerto grosso, la partition semble diffĂ©rente Ă  tout ce qui fut jouĂ© jusque lĂ .

Riccardo Chailly dirigeantEn s’appuyant sur la tradition brahmsienne de l’orchestre de Leipzig, songeons que l’orchestre a crĂ©Ă© en 1859 le Premier Concerto pour piano,  Riccardo Chailly peut sculpter une sonoritĂ© qui a sa base romantique des plus lĂ©gitimes. En apportant un regard scrupuleux, veillant Ă  la lisibilitĂ© des timbres comme des pupitres, le chef rĂ©ussit son objectif : retrouver un Brahms plus incisif, plus transparent dont le souci de l’architecture et de la couleur se dĂ©voilent magistralement. En somme Brahms Ă©tait un moderne. Loin des clichĂ©s qui en font le suiveur conservateur et orthodoxe de Beethoven, rĂ©solument rival de Mahler Ă  Vienne. L’histoire d’un Brahms dĂ©poussiĂ©rĂ© s’Ă©crit maintenant grĂące Ă  son pionnier dĂ©sormais incontournable, Riccardo Chailly.

 

 

 

Tracklisting Intégrale pour orchestre de Brahms :

 

CD1: Symphonie no. 1  op.68; Symphonie no. 3  op.90

CD2: Symphonie no. 2 op.73; Symphonie no. 4  op.98; version alternative du début de la Symphonie n°4

CD3:  Ouverture tragique op.81; Intermezzo op.116 no. 4 (arr. Paul Klengel); Intermezzo op.117 no.1 (arr. Paul Klengel); Variations sur un Thùme de Haydn op.56a; Liebeslieder-Walzer op.52; Andante, Symphonie no. 1 – premiùre de la version originale; Academic Festival Overture op.80;  Danses hongroises nos. 1, 3 & 10

CD4: Serenade no. 1 op.11; Serenade no. 2 op.16

CD5: Concerto pour violon op.77 [Leonidas Kavikos]; Concerto for Violin & Violoncelle op.102 [Vadim Repin, Truls Mörk]

CD6: Concerto pour piano no. 1  op.15 [Nelson Freire]

CD7: Concerto pour piano no.2 in B flat op.83 [Nelson Freire]

Orchestre du Concertgebouw de Leipzig

Leipzig Gewandhausorchester
Riccardo Chailly, direction

 

 

 

CD, compte rendu critique. Coffret Brahms : complete orchestral music. Integrale de la musique pour orchestre. Riccardo Chailly, direction. Gewandhaus Orchester Leipzig. 7 cd Decca 4788994 (2006-2014). Parution : mi octobre 2015.

 

 

CD, compte rendu critique. Brahms : Serenades. Chailly (1 cd Decca)

brahms serenades chailly gewandhaus de leipzig orchestra classiquenews compte rendu critique cd decca mai 2015CD, compte rendu critique. Brahms : Serenades. Chailly (1 cd Decca). C’est avant tout la rencontre (Ă©blouissante) d’un chef et d’un orchestre : l’aventure entre Riccardo Chailly et les instrumentistes du Gewandhaus de Leipzig se poursuit sous les cieux enchantĂ©s comme ce nouvel opus en tĂ©moigne : Brahms va idĂ©alement au chef et Ă  l’orchestre allemand : ainsi ses deux SĂ©rĂ©nades, composĂ©es entre 1858 et 1860, dont la force et la vitalitĂ© de l’approche ici feraient presque oublier parfois leur dĂ©sĂ©quilibre structurel, entre Ă©pisodes profondĂ©ment inspirĂ©s et vraies longueurs un rien artificielle de musique pure. Le maestro milanais montre Ă  quel point l’Ă©criture raffinĂ©e, furieuse, bondissante (Ă  la fois doublement viennoise, mozartienne et beethovĂ©nienne) de Brahms regarde en dĂ©finitive vers la symphonie (la SĂ©rĂ©nade 1 est rĂ©visĂ©e et achevĂ©e simultanĂ©ment Ă  la Symphonie n°1 et elle partage aussi d’indiscutables affinitĂ©s avec la Symphonie n°3 de Johannes)… Brahms revisite en hommage Ă  Mozart, cet esprit de l’Ă©lĂ©gance virtuose mozartienne, esprit de divertissement trĂšs habilement Ă©crit lĂ©guĂ© par le XVIIIĂš. L’Ă©lan chorĂ©graphique, la vitalitĂ© dansante, l’exaltation toujours lĂ©gĂšre et transparente attestent de l’excellente santĂ© du Gewandhaus. D’un prĂ©jugĂ© tenace les tenants pour des Ɠuvres austĂšres, voire secondaires et d’un moindre fini vis Ă  vis des Symphonies, voici que Chailly trĂšs inspirĂ©, capable de galvaniser ses troupes, montre toute l’Ă©nergie imprĂ©visible des deux SĂ©rĂ©nades qui dans les mouvements lents, savent aussi exprimer une dĂ©chirante nostalgie : les deux Adagios non troppo (celui de la SĂ©rĂ©nade 1 frappe par sa caresse mĂ©ditative en si bĂ©mol majeur ; tandis que celui en la mineur de la 2, convainc irrĂ©sistiblement par sa densitĂ© grave et aĂ©rĂ©e). Souffler un vent puissant et exaltĂ©, d’une impĂ©rieuse juvĂ©nilitĂ© : voilĂ  l’un des aspects et non des moindres de cette lecture en tout point convaincante. La quasi intĂ©grale Brahms par Chailly chez Decca s’affirme bel et bien comme l’une des meilleures rĂ©ussites symphoniques rĂ©centes en Allemagne.

Johannes Brahms (1833-1897) : Sérénades 1 (opus 11)  et 2 (opus 16). Gewandhausorchester. Riccardo Chailly, direction. Enregistré à Leipzig en 2014. 1 cd Decca  0289 478 6775 3.

Compte-rendu : Parme. Teatro Regio, le 30 septembre 2013. Verdi, Filarmonica della Scala di Milano; Riccardo Chailly, direction.

Riccardo Chailly dirigeantPour la ville de Parme et sa rĂ©gion, 2013 est une annĂ©e particuliĂšre puisqu’elle cĂ©lĂšbre le bicentenaire d’un enfant du pays : Giuseppe Verdi (1813- 1901). Outre trois opĂ©ras (dont un, Falstaff, sera donnĂ© au Teatro Verdi de Busseto, village natal du compositeur), plusieurs concerts sont prĂ©vus (dont un consacrĂ© Ă  Wagner, Ă©galement nĂ© en 1813, pour une confrontation prometteuse). Le concert d’ouverture du 30 septembre dernier a Ă©tĂ© confiĂ© Ă  la Filarmonica della Scala de Milan placĂ©e, pour l’occasion, sous la direction de Riccardo Chailly.

 

 

A Parme, le festival du Bicentenaire 2013 débute tambour battant
Chailly fait exploser le drame verdien

 

Visiblement trĂšs en forme et survoltĂ© par le dĂ©fi que constitue le concert d’ouverture du festival du bicentenaire Verdi,  Riccardo Chailly dirige ses musiciens avec une maestria inĂ©galable. DĂšs la sinfonia d’Oberto, qui ouvre le concert, le cĂ©lĂšbre chef italien prend la musique du jeune Verdi Ă  son compte insufflant Ă  la toute premiĂšre Ɠuvre du cygne de Busseto, une vitalitĂ© et une force trĂšs engageante. Si la sinfonia d’Oberto est une « mise en bouche » de luxe, celle de Un giorno di regno o il finto Stanislao est tout aussi entrainante. Le maestro reprend partie du programme de son disque Verdi chez Decca, collection de joyaux mĂ©connus en provenance souvent des opĂ©ras de jeunesse …

C’est cependant avec JĂ©rusalem, le pendant français de I lombardi alla prima crociata, que Chailly donne la pleine mesure de son talent et de sa parfaite maitrise du rĂ©pertoire verdien en dirigeant, outre le preludio, les ballets insĂ©rĂ©s par Verdi pour l’OpĂ©ra de Paris. Le chef et son orchestre, Ă  l’unisson depuis le dĂ©but de la soirĂ©e, prennent un rĂ©el plaisir Ă  jouer une musique qui  recĂšle des pages de toute beautĂ©. La sinfonia et les divertissements « Les quatre saisons », il est ici assez difficile de ne pas penser aux cĂ©lĂšbres concertos d’Antonio Vivaldi, tirĂ©s de I vespri siciliani terminent la partie officielle du  concert tel le bouquet final d’un feu d’artifices aux mille couleurs. Riccardo Chailly est accueilli par une ovation qui soulĂšve une salle si enthousiaste que nous entendons, crier depuis une loge un sonore « Viva Verdi » auquel le chef rĂ©pond avec humour « Bravo » . C’est avec l’ouverture de La forza del destino, tout aussi inspirĂ©e que les autres Ɠuvres, que le chef et la Filarmonica della Scala terminent dĂ©finitivement un concert qui restera dans les anales du festival comme l’un des meilleurs, sinon comme le meilleur, qui aient Ă©tĂ© donnĂ©s au Teatro Regio de Parme.

En confiant le concert d’ouverture Ă  la Filarmonica della Scala et Ă  Riccardo Chailly, les responsables du Teatro regio de Parme n’ont pas hĂ©sitĂ© Ă  frapper fort. Si le public a rĂ©pondu prĂ©sent, Riccardo Chailly a fortement marquĂ© les esprits et placĂ© la barre trĂšs haut avec un concert d’une exceptionnelle intensitĂ©. Du pain bĂ©ni pour les spectateurs rĂ©unis, un rĂ©gal symphonique qui vient Ă  point nommĂ© souligner le gĂ©nie dramatique du compositeur d’opĂ©ras.

Parme. Teatro Regio, le 30 septembre 2013. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Oberto, conte di San Bonifaccio : sinfonia; Un giorno di regno (il finto Stanislao)  : sinfonia; JĂ©rusalem : preludio, ballets; I vespri siciliani : sinfonia, divertissement “le quattro stagioni”; La forza del destino : sinfonia.