CD coffret événement : BEETHOVEN revolution (vol1), Jordi SAVALL (Symphonies 1 à 5 – Le Concert des Nations, Académie Beethoven 250 – 3 cd Alia Vox, 2019)

beethoven revolution symphonies 1 5 savall critique cd classiquenewsCD coffret événement : BEETHOVEN revolution (vol1), Jordi SAVALL (Symphonies 1 à 5 – Le Concert des Nations, Académie Beethoven 250 – 3 cd Alia Vox juin sept 2019). C’est un feu de joie dont l’allant percute et avance sans lourdeur ni épaisseur ; Jordi Savall dévoile un Beethoven dépoussiéré, vif argent, grâce aux tempos enfin rétablis. L’équilibre des pupitres (cordes en boyau, bois, vents et cuivres), la puissance des unissons, la violence des tutti, fouettés et onctueux, l’intelligence des nuances, la fermeté virile du geste… indiquent une lecture d’une rare cohérence.

Les premières symphonies sont relues avec une vitalité régénératrice, un sens du détail et aussi une clarté structurelle de premier plan. La n°1 (1800) impose un souffle, des respirations amoureuses, une hauteur de vue, un sens irrésistible des équilibres ; l’orchestre est conçu comme une assemblée d’individualités pourtant unifiées en une direction commune. L’emblème même de la société active réconciliée, fraternelle : soit l’accomplissement de l’idéal beethovénien. Sur le plan musical, l’auditeur se délecte tout autant de la ciselure, de l’énergie, de l’esprit réformateur comme de l’activité franche d’un orchestre impérial. Savall nous fait entendre le bruit du chaos primordial, la forge armée et conquérante, le relief des armes belliqueuses, les gouffres vertigineux ouverts et le pur esprit créateur, celui qui organise la matière pour que surgisse la lumière (pulsion dyonisiaque furieuse et dansante du dernier Allegro). Les temps de suspension plus méditative et de plénitude tendre, d’effusion fraternelle façonnent la superbe articulation du Larghetto de la Symphonie n°2 (1802) où scintillent frottements harmoniques et saveur des timbres caractérisés.

Dès le début de la 3è Eroïca (1804), en son Allegro con brio se déploie le vol de l’aigle, ses hauteurs olympiennes où les secousses militaires et les déflagrations semblent comme absorbées, distanciées / intégrées dans un panorama à l’échelle du cosmos : déjà le destin frappe à la porte (6 coups assénés), expression d’une détermination âpre, inextinguible, à laquelle trait du génie, succède la Marcia funèbre : Savall y élargit encore le cortex beethovénien , irrépressible déploration funèbre (le deuil des idées trahies par Bonaparte devenu Napoléon le tyran) ; le geste est mordant, nerveux (en écho avec l’aigreur millimétrée des cuivres) et la palette des nuances aussi étendue que délectable (les bois d’une voluptueuse présence, souple, affectueuse). La forge symphonique beethovénienne palpite à chaque mesure. Dans cette fabuleuse descente infernale s’accomplissent un relief instrumental, une intensité nimbée par les couleurs sidérantes des bois. Le travail est exceptionnel et rétablit la filiation de Ludwig avec Mozart et Haydn (colonnes maçonniques et gravitas du Requiem du Premier ; vibration fantastique de La Création du Second). Le chef catalan avait déjà abordé la partition en 1994 dans une version pleine de fougue et de contrastes, prélude nécessaire semble-t-il à l’accomplissement de 2019.

La 4è (1806) pétille et trépigne, assénant avec une motricité rythmique exaltée, l’avènement d’une ère nouvelle ; introduit par l’Adagio préliminaire, l’Allegro II avance, impérial, impérieux, ivre de sa force électrisée. Même jeu d’équilibre entre percus et cuivres tranchantes, bois onctueux et cordes trépidantes dans l’Adagio qui conduit à une plénitude nouvelle : le fini instrumental (clarinette olympienne) semble y recueillir la leçon du dernier Mozart. Tout s’accorde et s’organise pour la vitalité éruptive mais organisée du dernier Allegro : danse et transe à la fois, dramaturgie chorégraphique, feu de joie d’une irrépressible énergie.

La 5ème (1808) peut alors ciseler ses accents tranchants, véritables appels à la sidération ultime, pour que naisse en un dénouement cathartique, l’euphorie salvatrice finale. Là encore le détail, la nervosité, une certaine dramaturgie du désespoir qui confère la gravité, soutient une lecture somptueusement pensée : où l’Allegro serait l’expression d’un espoir planétaire et cosmique, bientôt déçu et enterré manu militari dans l’Andante qui suit, selon un diptyque bien connu à présent et inauguré dans la 3è « Eroica », elle aussi contrastée et bipolaire, exaltée puis méditative jusqu’au dénuement le plus total. Savall en comprend l’échelle des registres, l’écart vertigineux des deux versants. La jubilation olympienne, exaltation et extase fraternelle, du dernier Allegro affirme ce galop étincelant (éclairs et saillies des bois et des vents, clarinette, flûte…éperdues / « sempre più allegro »).

CLIC D'OR macaron 200Dans les faits, Jordi Savall démontre une compréhension profonde du massif beethovénien ; il en révèle les équilibres singuliers, d’autant mieux mesurés depuis son interprétation précédente des 3 dernières symphonies de Mozart (2017-2018). L’auditeur y détecte une filiation avec l’harmonie des bois et des vents, particulièrement ciselés et privilégiés, dialoguant avec les cordes, jamais trop puissantes. La martialité de Ludwig s’en trouve allégée, plus percutante, et c’est tout le bénéfice des instruments d’époque qui jaillit, renforçant les contrastes beethovéniens. La sonorité est l’autre superbe offrande de Savall grâce à l’effectif : autour de 60 instrumentistes dont 32 cordes ; la fidélité aux souhaits de Beethoven est éloquente dans cette clarification entre les pupitres. Voilà comment le chef catalan éclaire de l’intérieur l’expressivité beethovénienne où l’orchestre n’exprime pas la pensée musicale : il est cette pensée elle-même. Pas de masques ni d’enveloppe formelle : franc et direct, les musiciens fusionnent avec le sens : il porte l’esprit du génie créateur. Ce premier coffret des Symphonies 1 à 5 (un second est annoncé comprenant les 6 à 9) démontre aussi la pertinence des moyens mis en œuvre : Savall a organisé plusieurs académies musicales où instrumentistes aguerris de Concert des Nations encadrent et pilotent de plus jeunes ; de sorte qu’aux côtés de la pertinence artistique, la transmission et le partage s’invitent à cette fête collective de la transe et de l’élégance. Lecture majeure. Vite le 2è volume de cette intégrale Beethoven de premier plan. Pour l’année BEETHOVEN 2020, on ne pouvait rêver geste plus saisissant. CLIC de CLASSIQUENEWS.COM

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CD coffret événement : « BEETHOVEN révolution » Jordi SAVALL (Symphonies 1 à 5 – Le Concert des Nations, Académie Beethoven 250, château de Cardona, Catalogne, juin / sept 2019 – 3 cd Alia Vox)

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LIRE aussi notre critique du coffret des 3 dernières Symphonies de MOZART par Jordi Savall / CLIC de classiquenews (été 2019) :

http://www.classiquenews.com/cd-coffret-evenement-mozart-les-3-dernieres-symphonies-39-40-41-jupiter-jordi-savall-3-cd-alia-vox/

LIRE aussi notre dossier spécial LUDWIG BEETHOVEN 2020 : dossier pour les 250 ans de la naissance de Beethoven (cd, livres, dvd, biographie, etc…):

http://www.classiquenews.com/dossier-beethoven-2020-les-250-ans-de-la-naissance-1770-2020/

CD, coffret. Compte rendu critique. Maria Callas : The complete studio recitals released 14 cd Warner classics (1949-1969)

callas maria complete studio recitals 14 cd review critique cd classiquenewsCD, COFFRET Compte rendu critique. Maria Callas : The complete studio recitals 14 cd Warner classics. CLIC de CLASSIQUENEWS de décembre 2015. Voici en 11 cd, un cycle de tubes et de raretés, ceux de la super diva par excellence, qui se révèle bel cantiste et verdienne, coloratoura et française d’une distinction d’une justesse de style et d’une noblesse d’intonation, irrésistibles. La sélection s’achève en 1969 (sessions sous la baguette de Nicola Rescigno). Une leçon d’engagement inégalé qui ose, parfois se trompe mais toujours émeut par l’intensité de l’intention. Maria Callas est une diva qui se brûla les ailes… mais avant que la torche se consume, combien de rôles et d’incarnations brûlés, hallucinants. Le timbre brillant et félin, au legato infini, au souffle illimité, aux couleurs diverses et précises fait miracle dans ce florilège d’airs caractérisés, accompagnés par l’orchestre et toujours, l’intériorité tragique fait la valeur de l’actrice aux côtés de la cantatrice (ainsi sa Lady Macbeth dans l’air de somnambulisme (Una Macchia… de l’acte IV, avec le même Rescigno en 1958, reprise en 1960 avec Antonio Tonini à Londres…). Les premiers enregistrements comprennent le récital de 1949 avec, Bellinisme souverain, déjà Norma et I Puritani (Turin), puis de 1954 ses deux récitals, puccinien (Serafin), et vériste (Cilea, Giordano, Catalani, Boito, idem) et parmi les inoubliables, sa superbe Charlotte (ordinairement pour mezzo, mais la tessiture de Callas ne couvrait-elle pas trois octaves ?-, récital Callas à Paris II, sous la direction de Georges Prêtre en 1963).  La diva verdienne (trois récitals verdiens de 1958 puis 1963 et 1964 avec Rescigno), imposent l’actrice extrémiste qui prend tout les risques, aux côtés de la belcantiste accomplie.

 

 

 

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Eternelle Callas : verdienne et bel cantiste, puccinienne et mozartienne, romantique française, c’est à dire bizétienne et berliozienne… 

Callas en studio : Facettes d’un joyau vocal inégalé

 

 

CLIC_macaron_2014Plus surprenant le récital de 1963 et 1964, réalisé à Paris sous la direction du complice Nicola Rescigno dont la battue familière et sûre était nécessaire pour enchaîner ainsi des airs où on n’attendait pas la diva ; mais sa nature tragique et la franchise de son expressivité font mouche dans le Ah perfido de Beethoven, et ses Mozart révèlent un format vocal surdimensionné : voix furieuse et proche de l’implosion (avec des signes de larsen dans les aigus). Mais la sincérité touche (Porgi amor, puis Crudele ? … Non mi dir: sa Comtesse comme Elvira ne sont pas des types mais des individualités qui souffrent et espèrent). Comme des bonus, les deux derniers cd (13 et 14), présentent plusieurs cycles d’enregistrements, sessions comme saisies sur le vif : deux essais pour le même Non mi dir de Mozart (Callas s’identifiait-elle à Elvira en amoureuse blessée?) en 1953 (avec des aigus moins tendus et une ligne plus souple, sous la direction de Serafin), le superbe Una Macchia è qui tutora de Macbeth avec Rescigno en 1958, puis surtout sa justesse bel cantiste bellinienne dans le passionnant et éruptif et crépusculaire Sorgete… Lo sognai ferito, esangue d’Il Pirata de Bellini (Antonio Tonini, Londres 1961) : d’une intensité marquante. Sur le cd14, distinguons autres perles mémorables : ses derniers Verdi de 1964 et 1965, sous la direction de Nicola Rescigno, un grand et incontournable complice. Le style de Callas, chanteuse féline et sombre au service des héroïnes jusque là défendues par des anges coloratoure parfois dépourvues de vraie profondeur, éblouit ici : cette audace dans la raucité (qui fait aujourd’hui toute la valeur d’un Jonas Kaufmann par exemple) resplendit avec une insolence incisive. Malgré les désordres croissant d’une voix de moins en moins contrôlable,  -à partir de 1958/1959-, l’actrice enflamme la scène par sa vérité humaine inégalée. Le mythe de Callas se nourrit de contradictions et ne finira jamais de fasciner par ses multiples déchirures, cette association de qualités ailleurs contraires (écoutez ainsi sa Semiramide de Rossini : bel raggio lusinghier, acte I de 1961 : agilité, legato mais expressivité ardente, animal, rauque, plutôt louve blessée que souveraine insensible). Ainsi Callas réforme totalement l’esthétique rossinienne et avec elle l’art du Bel canto, en un chant à la fois virtuose et surexpressif d’une gravité douloureuse inédite. Il y a bien un avant et un après Callas. Coffret incontournable.

CD, coffret. Compte rendu critique. Maria Callas : The complete studio recitals 14 cd Warner classics. CLIC de CLASSIQUENEWS de décembre 2015. Avec : Arturo Basile · Franco Corelli · John Lanigan · Georges Prêtre · Nicola Rescigno · Joseph Rouleau · Duncan Robertson · Tullio Serafin · Monica Sinclair · Antonio Tonini · Alexander Young

CD1 The First Recordings 24.04
CD2 Puccini Arias 45.03
CD3 Lyric & Coloratura Arias 48.53
CD4 Callas at La Scala 41.54
CD5 Verdi Arias I 49.30
CD6 Mad Scenes 47.33
CD7 Callas à Paris I 49.46
CD8 Callas à Paris II 43.53
CD9 Verdi Arias II 39.59
CD10 Mozart, Beethoven & Weber 44.29
CD11 Rossini & Donizetti Arias 39.54
CD12 Verdi Arias III 50.16
CD13 The Callas Rarities 1953–1961 63.20
CD14 The Callas Rarities 1962–1969 53.28

CD, coffret. Maria Callas : la renaissance d’une voix (3 cd Warner classics)

callas maria renaissance d'une voix emi coffret hommage maria callas opera airsCD. Coffret Maria Callas : la renaissance d’une voix (3 cd Warner classics). Callas romantique, belcantiste, vériste… La Voix du siècle se dévoile dans ce coffret de 3 cd qui est l’aboutissement d’un traitement numérique récent réalisé à partir des archives de Warner classics. En plus d’être une technicienne chevronnée, bel cantiste nuancée et scrupuleuse, Callas est surtout une actrice à tempérament, une tragédienne hors pair qui rétablit la puissance dramatique du verbe, tout en illuminant et avec quelle intelligence la force et les enjeux de chaque situation, grâce à ses talents d’actrice, en particulier de tragédienne. Bel cantiste et bellinienne exemplaire par la pureté de sa musicalité et l’intensité de son jeu, Callas chante ici Norma (casta diva), La Sonnambula ; rossinienne facétieuse et piquante, voici La Cenerentola et Rosina (du Barbier de Séville : una voce poco fa…) ; verdienne exaltée, éruptive comme incandescente, elle est La Traviata (Violetta qui s’ouvre à l’amour : E strano), Leonora (Trouvère), Lady Macbeth (pâle, livide, errante comme une mourante insomniaque que rattrapent ses crimes abjects… Luce langue), Elena des Vêpres Siciliennes ; surtout l’esclave éthiopienne Aida, servante de sa nouvelle maîtresse Amnéris à la Cour de Pharaon (Ritorno vincitor à l’adresse de son amant le général égyptien Radamès : c’est dans ce personnage de victime volontaire que la Callas est entré en rivalité avec sa consoeur et contemporaine, Renata Tebaldi : la brune féline et tragique ; la l’italienne angélique et d’une suavité plus éthérée… les témoins, public et critiques se sont immédiatement engouffrés dans la brèche, fausse polémique affrontant les deux “rivales” lyriques…) ; donizetienne, Callas chante Lucia di Lammermoor, et plus tardivement les héroïnes tragiques de Puccini : Tosca, Cio cio San (Butterfly), Turandot, sans omettre la prière sombre et palpitante de Suor Angelica ou de Gianni Schichi…

Callas forever

Callas Maria+Callas+i71531Vériste, Callas prête sa voix d’argent à Adriana Lecouvreur de Cilea, Madeleine d’Andrea Chénier, sans omettre l’hymne à la nature de la pure Wally (Catalani). En français, Callas qui meurt à Paris (le 16 septembre 1977) et trouve en France une seconde patrie : chante alceste de Gluck, Carmen de Bizet (Séguédille et chanson bohème), Saint-Saëns (chant d’ivresse et d’extase amoureuse : Mon coeur s’ouvre à ta voix), Juliette de Gounod (Roméo et Juliette), Lakmé de Delibes, Louise de Charpentier (Depuis le jour où je me suis donnée), Marguerite du Faust de Gounod (air des bijoux), Dinorah de Meyerbeer… Compilation anthologique en version remastérisée (96kHz/24 bit). Italienne en expressivité ardente, affûtée, Callas fut aussi et tout quant, une cantatrice française, maîtrisant la déclamation tragique et blessée des grandes héroïnes romantiques et postromantiques… 

LIRE notre dossier spécial Maria Callas

CD, annonce. Coffret Maria Callas : The Complete Studio Recordings Remastered (69 cd Warner classics).

CD, annonce. Coffret Maria Callas : The Complete Studio Recordings Remastered (69 cd Warner classics). Presque 40 ans après sa mort, la sublime et inatteignable Marias Callas continue de nous fasciner par son art divin… L’icône suprême de l’opéra : tragédienne, bel cantiste, perfectionniste comme personne, actrice subtile d’une hypersensibilité admirable, Maria Callas ressuscite en septembre 2014 grâce au coffret événement que Warner classics édite, synthétisant l’apport interprétatif de la divina, en une sélection de ses meilleurs enregistrements, remastérisés pour l’occasion. Le coffret intégral comprend 69 cd, regroupant toutes les bandes enregistrées en studio par Maria Callas entre 1949 et 1969, pour EMI/Columbia et le label italien Cetra. Chaque document a bénéficié d’une restauration minutieuse en 24-bit/96kHz, réalisée par les Studios Abbey Road durant plus d’un an, à partir des sources d’origine. Présenté avec un soin scientifique, artistique, éditorial tout particulier, le coffret rassemble 26 intégrales d’opéras ainsi que  13 récitals gravés par Maria Callas.

Callas ressuscitée

Callas Maria+Callas+i71531L’ «Edition Collector», intitulée CALLAS REMASTERED présente chaque enregistrement d’opéra ou chaque récital avec sa couverture originale. Elle contient également un livre relié de 132 pages, qui comprend de nombreux articles, une biographie, une chronologie de la vie de l’artiste, des photographies ainsi que des lettres de Maria Callas elle-même, du producteur Walter Legge ou d’autres responsables d’EMI. Les livrets complets des opéras ainsi que les textes des airs pour les récitals sont disponibles intégralement sur un CD-ROM. Les bandes gagnent un relief, une précision, une présence renforcée dans le sens de la sensibilité et de l’émotivité : jamais Maria Callas interprète n’aura été aussi mieux défendue, révélée, restituée. Voilà qui accentue l’immense valeur de son legs lyrique.  Contre les adeptes d’un beau chant désincarné ne s’exprimant que par la pure agilité technicienne, La Callas réalise de façon unique, la réussite d’un chant lyrique intense, expressif, « laid » diront ses détracteurs qui avaient oublié que l’opéra c’est aussi du théâtre. Peu à peu, et dès la vingtaine, Maria Callas observe un choix judicieux de prises de rôles qui lui assure longévité et pertinence artistique : la mezzo soprano dramatique à la tessiture étonnamment étendue s’impose dans plusieurs caractères, exigeant drame et pureté vocale : Gioconda (Ponchielli), Turandot (Puccini), Brünnhilde et Isolde (Wagner). Mais aussi, diamants du répertoire belcantiste italien : Norma et Amina (La Somnambule) de Bellini, Violetta (La Traviata) de Verdi, Lucia et Anna Bolena de Donizetti, Médée de Cherubini et Tosca de Puccini. Son sens du théâtre, sa musicalité et son art du phrasé fondent un nouvel art du chant. Après elle, chaque cantatrice digne de ce nom recherche et la musicalité et la présence dramatique, sans jamais sacrifier la finesse ni le subtilité d’un chant incarné. Ainsi en témoigne aussi son approche du rôle de Carmen (Bizet) dont Warner classics dévoile dans la box 2014, une nouvelle version remastérisée, d’autant plus précieuse qu’elle découle du master original jamais utilisé et miraculeusement retrouvé à Saint-Ouen !

Le legs Warner classics 2014 correspond ainsi aux années 1950 c’est à dire à l’apogée de la carrière de Maria Callas. Principalement attachée aux maisons d’opéra d’Italie, elle devient la prima donna assoluta de la Scala de Milan, en participant notamment aux productions de Luchino Visconti, un partenaire et un mentor avec lequel elle partageait la même exigence esthétique. Elle apparaît également au Royal Opera House (Covent Garden) de Londres, au Metropolitan Opera de New York, à l’Opéra de Paris, à l’Opéra de Vienne, et dans les maisons d’opéra de Chicago, Dallas, Houston, Lisbonne, et au début des années 1950, de Mexico, São Paolo, Rio de Janeiro.

Warner classics Maria callas complete recordings remastered box coffret

A partir de 1959, quand débute sa tumultueuse histoire d’amour avec l’armateur grec Aristote Onassis, sa carrière scénique se fait plus rare, sa voix plus fragile. Son ultime apparition sur une scène d’opéra remonte à 1965 : elle avait seulement 42 ans. Malgré quelques projets de retour à la scène, et en studio de nouvelles intégrales d’opéras,  Maria Callas s’efface peu à peu de la scène. Elle donne cependant en 1974 une série de récitals en Europe, à Paris, aux Etats-Unis et au Japon avec le ténor Giuseppe di Stefano, l’un de ses plus fidèles partenaires (leur légendaire Tosca de 1953, sous la direction du chef d’orchestre Victor de Sabata demeure une version insurpassée dans l’histoire de l’enregistrement). Si l’actrice saisit l’audience, la chanteuse n’avait plus toutes ses facultés, affichant désormais une voix usée et instable. Maria Callas meurt, seule, en septembre 1977, dans son appartement parisien.

Maria Callas : The Complete Studio Recordings Remastered, coffret de 69 cd Warner classics. Parution : le 22 septembre 2014. Prochaine compte rendu critique complet dans le mag cd de classiquenews.com.

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Illustration : Maria Callas divina © Sothebys

Secret d’histoire : Maria Callas : une vie pour l’art

CALLAS Maria Callas PICT 003france2-logo_2013France 2. Mardi 5 août 2014, 20h45. Maria Callas, gloire et douleurs. Secrets d’histoire invite les téléspectateurs à réagir et commenter l’émission en direct sur Twitter via le hashtag #secretsdhistoire… Qui n’a pas entendu une fois dans sa vie un air interprété par la Callas ? Norma, Traviata, Tosca… Autant d’héroïnes que la diva a su incarner de façon mémorable. Dans ce nouveau numéro de Secrets d’histoire, Stéphane Bern évoque la vie de la soprano Maria Callas, la diva absolue qui a révolutionné l’opéra par son chant épuré, subtil, incarné d’une pureté expressive inégalée. Tragédienne hors pair, la cantatrice ne cesse, tout au long de sa carrière, de donner une réelle existence à des héroïnes d’opéra éprises d’absolu, comme elle… Car Maria dans sa vie de femme se révèle aussi, à la recherche de l’extrême, au prix de tous les renoncements. Enfant malheureuse, elle se construit et se renforce par le chant. Icône de son temps, nous découvrons, avec elle, les plus beaux lieux de l’art lyrique : la Scala de Milan, les arènes de Vérone, mais aussi les palais privés et demeures de ses proches, comme la magnifique Villa Erba de Luchino Visconti sur le lac de Come. Pour sa perte, elle permit que vie et art se confondent, laissant perméables les frontières entre les deux mondes. Devenue grâce à l’influence de son mentor et ami Visconti, une icône de l’élégance (elle souhaitait copier la silhouette d’Audrey Hepburn en glissant son corps désormais fuselé dans les robes dessinées par la designeuse Biki…), La Callas subjugue les médias et le monde par sa classe, et l’idéal de perfection qu’elle incarne désormais. Amoureuse éperdue, c’est auprès d’un autre Grec, comme elle, richissime et stars des affaires, Aristote Onassis, qu’elle croit enfin trouver le bonheur. De Monaco aux croisières inoubliables sur le yacht Le Christina en mer Egée, Maria, la femme, oublie volontairement la Callas et ses rêves de gloire. Amoureuse et bientôt délaissée, La Callas assassine la cantatrice…Un sacrifice tragique qui lui coûte sa voix et pour finir l’amour lui-même.  Car Onassis en aime bientôt une autre, Jackie Kennedy… Trahie, Maria Callas finit comme toutes les héroïnes qu’elle a si merveilleusement chantées, seule, dans son appartement parisien de l’avenue Georges Mandel (elle s’y éteint en 1977) exceptionnellement ouvert pour l’émission, et avec la sensation ultime, d’être au moins aller jusqu’au bout de son destin. En 1973, elle tente un retour sur scène lors d’un récital lyrique amorcé au Théâtre des Champs Elysées à Paris : mais la voix mythique n’est plus là : la cantatrice a quitté ce corps et cette silhouette demeurés ceux d’une prêtresse à la grâce intacte. Comment une femme aussi unique, fut-elle seule inexorablement ? Elle s’éteint d’une façon tragique, à Paris, veuve inconsolable après la mort des deux hommes qui ont compté : Onassis (qui était revenu vers elle) puis Visconti. Sa mort laisse un goût d’inachevé a contrario d’une vie d’artiste totalement accomplie, malgré sa très courte carrière sur la scène. Une comète, une étoile qui a bien gagné sa place dans le ciel des immortels.

Magazine. Présenté par Stéphane Bern. Sur une idée originale de Jean-Louis Remilleux. Produit par SEP (Société Européenne de Production). Avec la participation de France Télévisions. Réalisé par Dominique Leeb. A revoir en VOD sur le site de France 2

Secret d’histoire : Maria Callas : une vie pour l’art

CALLAS Maria Callas PICT 003france2-logo_2013France 2. Mardi 5 août 2014, 20h45. Maria Callas, gloire et douleurs. Secrets d’histoire invite les téléspectateurs à réagir et commenter l’émission en direct sur Twitter via le hashtag #secretsdhistoire… Qui n’a pas entendu une fois dans sa vie un air interprété par la Callas ? Norma, Traviata, Tosca... Autant d’héroïnes que la diva a su incarner de façon mémorable. Dans ce nouveau numéro de Secrets d’histoire, Stéphane Bern évoque la vie de la soprano Maria Callas, la diva absolue qui a révolutionné l’opéra par son chant épuré, subtil, incarné d’une pureté expressive inégalée. Tragédienne hors pair, la cantatrice ne cesse, tout au long de sa carrière, de donner une réelle existence à des héroïnes d’opéra éprises d’absolu, comme elle… Car Maria dans sa vie de femme se révèle aussi, à la recherche de l’extrême, au prix de tous les renoncements. Enfant malheureuse, elle se construit et se renforce par le chant. Icône de son temps, nous découvrons, avec elle, les plus beaux lieux de l’art lyrique : la Scala de Milan, les arènes de Vérone, mais aussi les palais privés et demeures de ses proches, comme la magnifique Villa Erba de Luchino Visconti sur le lac de Come. Pour sa perte, elle permis que vie et art se confondent, laissant perméables les frontières entre les deux mondes. Amoureuse éperdue, c’est auprès d’un autre Grec, comme elle, richissime et stars des affaires, Aristote Onassis, qu’elle croit enfin trouver le bonheur. De Monaco aux croisières inoubliables sur le yacht Le Christina en mer Egée, Maria, la femme, oublie volontairement la Callas et ses rêves de gloire. Amoureuse et bientôt délaissée, La Callas assassine la cantatrice…Un sacrifice tragique qui lui coûte sa voix et pour finir l’amour lui-même.  Car Onassis en aime bientôt une autre, Jackie Kennedy… Trahie, Maria Callas finit comme toutes les héroïnes qu’elle a si merveilleusement chantées, seule, dans son appartement parisien de l’avenue Georges Mandel, exceptionnellement ouvert pour l’émission, et avec la sensation ultime, d’être au moins aller jusqu’au bout de son destin. Comment une femme aussi exceptionnelle fut-elle seule inexorablement ? Sa mort laisse un goût d’inachevé a contrario d’une vie d’artiste totalement accomplie, malgré sa très courte carrière sur la scène. Une comète, une étoile qui a bien gagné sa place dans le ciel des immortels.

Magazine. Présenté par Stéphane Bern. Sur une idée originale de Jean-Louis Remilleux. Produit par SEP (Société Européenne de Production). Avec la participation de France Télévisions. Réalisé par Dominique Leeb.