CD. Haydn : Les Saisons (Herreweghe, 2013)

haydn saisons herreweghe cd alphaCD. Haydn : Les Saisons (Herreweghe, 2013). Vitalité, feu, panache et expressivité rustique (ivresse des chasseurs et des paysans qui se souviennent des Babyloniens pervertis dans Belshazzar de Haendel…) : cette nouvelle version des Saisons de Haydn a tout pour séduire et convaincre. Œuvre de maturité (dernier oratorio), Les Saisons créé en 1801, après La Création, frappent ici par leur juvénilité rayonnante : une frénésie optimiste coûte que coûte qui regarde déjà du côté de Beethoven…

Philippe Herrreweghe poursuit avec ses fidèles instrumentistes de l’Orchestre des Champs Elysées, un travail millimétré sur les sonorités et l’esthétique des Lumières, encore colorées par la tendance Empfindsamkeit (air de Lukas dans l’Hiver), et ce préromantisme qui regarde directement du côté de Mozart et même de Weber. Tout au long de ses saisons, l’Orchestre seul ou immergé dans l’accompagnement pédagogique des jeunes instrumentistes eux aussi sur instruments anciens du JOA (Jeune orchestre de l’Abbaye… de Saintes) a dans ses gênes, l’interrogation critique des plus grandes œuvres orchestrales, classiques et romantiques. Il s’écoule dans les veines des interprètes, ce sang viennois frappé d’élégance et d’éclairs souriants. La transparence et cette agilité presque facétieuse transparaîssent surtout dans les ensembles comme l’atteste l’allant très solennel mais aussi festif et lumineux de développement du Printemps et de l’Été, du final choral de l’Automne. Il y règne ce dramatisme mordant et bondissant à la fois qui se rapproche de La Flûte mozartienne, une évocation collective qui exprime dans sa noblesse miraculeuse la puissante et impénétrable Nature, l’irrésistible oeuvre du Créateur.

L’idĂ©al musical de Haydn s’accomplit ici, peut-ĂŞtre avec moins de tendresse que son oratorio prĂ©cĂ©dent La CrĂ©ation -plus angĂ©lique et d’une inspiration cĂ©leste-, mais l’effusion Ă©merveillĂ©e face au Paradis terrestre, vivace Ă  travers le cycle des Saisons se rĂ©alise – par la seule voix -il est vrai très privilĂ©giĂ©e de Simon (baryton)-, sans fausse pudeur, dans ce sentiment de franchise immĂ©diate permise par le format originel des instruments d’époque dont on ne louera jamais assez le profit instrumental, musical, esthĂ©tique… La lecture apporte un gain de vĂ©ritĂ© et de sincĂ©ritĂ© qui Ă©carte toute Ă©paisseur trop majestueuse que beaucoup de versions prĂ©cĂ©dentes hĂ©las affichent, accrĂ©ditant davantage la rĂ©putation d’une Ĺ“uvre longue, si exigeante pour les solistes du fait de son endurante activitĂ©. Le plateau vocal allie tendresse, humanitĂ©, flexibilitĂ©, souvent grâce lumineuse, tout Ă  fait respectueuse de l’esprit des Lumières.

Joseph Haydn : Die Jahreszeiten ( Les Saisons, 1801). Collegium Vocale Gent, Maximilian Schmitt, Christina Landshamer, Philippe Herreweghe, Orchestre des Champs Elysées, Florian Boesch… 2 cd Phi. Durée : 2h09mn. Enregistrement réalisé en Autriche (Innsbruck, avril 2013).