samedi 26 septembre 2026

CRITIQUE, danse. MONTPELLIER, Opéra Berlioz, les 18 février 2026. Thierry MALANDAIN : Les Saisons (d’après A. Vivaldi et G. A. Guido) par le Malandain Ballet Biarritz.

A lire aussi
Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
image_pdfTélécharger (.pdf)

Créé en novembre 2023 au Festival International de danse de Cannes, le ballet de Thierry Malandain “Les Saisons” fait escale à l’Opéra Berlioz de Montpellier, dans le cadre de la riche Saison 25/26 de Montpellier Danse / CCN Occitanie, désormais dirigés par le quatuor composé par Jann GALLOIS, Dominique HERVIEU, Pierre MARTINEZ et Hofesh SHECHTER.

 

Avec cette pièce, Thierry Malandain signe une œuvre magistrale, une ode à la fois gracieuse et puissante à notre humanité et à la nature qui nous entoure. Le pari était pourtant audacieux, presque risqué : entremêler les célébrissimes Quatre Saisons d’Antonio Vivaldi avec celles, bien plus méconnues, de son contemporain Giovanni Antonio Guido. Le résultat est d’une intelligence rare : dès le lever du rideau, le choc est visuel. La scène de l’Opéra Berlioz doit être sublime avec ce décor hypnotique signé Jorge Gallardo : un mur de pétales noirs monumentaux, baigné d’une lumière clair-obscur d’où émergent les vingt-deux danseurs de la troupe. C’est un tableau d’une beauté saisissante, une invitation à pénétrer dans un monde à la fois familier et onirique.

Ce qui frappe immédiatement, c’est l’extraordinaire musicalité de la chorégraphie. Thierry Malandain puise ici dans la moelle même des partitions, qu’elles soient archi-connues ou baroques, pour en révéler l’essence rythmique et émotionnelle  Sur la bande sonore pré-enregistrée (par l’Orchestre de l’Opéra Royal de Versailles), les corps des danseurs du Malandain Ballet Biarritz se font l’incarnation parfaite de la musique. On passe avec une fluidité confondante des grands jetés virtuoses et des rondes endiablées évoquant un folklore idéalisé, aux menuets élégants et aux figures plus graphiques d’une précision d’orfèvre. L’alternance entre les Saisons de Vivaldi et celles de Guido est magnifiquement mise en scène. Aux tableaux d’ensemble puissants et collectifs répondent des pas-de-deux d’une élégance folle, où les danseurs, parés de costumes chatoyants (jupes à panier, longs gilets), semblent tout droit sortis d’un tableau de Watteau.

Mais Les Saisons n’est pas qu’un simple exercice de style. Derrière la beauté formelle, le propos est profond, presque crépusculaire. Malandain, qui explore depuis longtemps le rapport de l’homme à la nature, ne nous épargne pas. Entre chaque saison, surgissent d’étranges et majestueuses créatures. D’abord seul, puis en duo, trio et quatuor, le charismatique Hugo Layer apparaît, le bras prolongé d’un long pétale noir, tel un spectre annonciateur de mauvais augures. Ces êtres ailés, en justaucorps couleur chair, semblent affaiblis, porter le deuil d’un monde qui vacille. Les corps, happés par le sol, les têtes basses, disent l’inquiétude d’une humanité chancelante face aux menaces qui pèsent sur le cycle du vivant.

Pourtant, il n’y a ici aucun didactisme lourd. La force de Malandain est de laisser parler la subtilité et la beauté. Ce n’est pas un discours, c’est une sensation. On oscille entre l’allégresse des rondes printanières et l’angoische diffuse de ces apparitions spectrales. Et lorsque, pour le tableau final, tous les danseurs revêtent ces justaucorps et brandissent une feuille mourante au bout des doigts, le message, universel, nous saisit en plein cœur. C’est une vision à la fois inquiète et lumineuse, qui dit le danger mais aussi la promesse d’un renouveau, la force du collectif.

Les Saisons consacre une fois de plus l’exceptionnel talent de Thierry Malandain, chorégraphe académicien au style néoclassique inimitable, et l’excellence de sa troupe basque, techniquement irréprochable et artistiquement généreuse, dont on se laisse aisément emporter par le tourbillon d’élégance, de virtuosité et d’émotion qu’il constitue. C’est un grand moment de danse, un de ceux qui vous rappellent pourquoi cet art est si essentiel.

 

 

_______________________________________
CRITIQUE, danse. MONTPELLIER, Opéra Berlioz, le 18 février 2026. Thierry MALANDAIN : Les Saisons (d’après A. Vivaldi et G. A. Guido). Malandain Ballet Biarritz. Crédit photographique © Olivier Houeix

 

 

VIDEO : Teaser des « Saisons » de Thierry Malandain par le Malandain Ballet Biarritz

 

image_pdfTélécharger (.pdf)
Derniers articles

ENTRETIEN avec le guitariste Philippe MOURATOGLOU, à propos de son nouvel album « Arcane 17 »

A l’honneur de son nouveau cd, la créativité… une créativité avant-gardiste même et qui croise le geste improvisé ;...

Découvrez d'autres articles similaires

- Espace publicitaire -spot_img