MUSIQUE & MÉMOIRE 2022 : Legrenzi par les Masques, concert de clîture ce 31 juil 2022

VOSGES DU SUD. Dim 31 juil 2022. LEGRENZI par les Masques. Festival Musique & MĂ©moire, 29e Ă©dition, ACTE III : Au cours de la derniĂšre semaine de concerts, l’ensemble Masques revient Ă  Musique & MĂ©moire : sous la direction du quĂ©bĂ©cois Olivier Fortin, les musiciens de Masques cisĂšlent un geste expressif spĂ©cifiquement ciselĂ© chez Bach et Teleman, avant l’exceptionnel dramatisme du VĂ©nitien Legrenzi
 dont la recrĂ©ation de l’oratorio « La Morte del cor penitente » (1671) exprime les vertiges d’une Ăąme croyante en quĂȘte de son salut


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Olivier Fortin (en pull bleu) et les musiciens de MASQUES (DR)

 

 

 

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Legrenzi : La Morte del cor penitenteboutonreservation
Dimanche 31 juillet 2022, 21h
LUXEUIL, basilique St-Pierre St-Paul

Billetterie en ligne en suivant ce lien :
https://www.vostickets.fr/Billet?ID=CULTURE_70

RĂ©servation au 06 40 87 41 39 ou festival@musetmemoire.com
www.musetmemoire.com

 

 

 

Compositeur du plein Seicento, le vĂ©nitien Giovanni Legrenzi (1626-1690) est un auteur prolifique, Ă  l’église, Ă  l’opĂ©ra, pour l’oratorio et la musique instrumentale. Explorant tous les genres musicaux de son Ă©poque, prenant la relĂšve de Gabrieli et de Monteverdi et jouissant en son temps d’une rĂ©putation enviable auprĂšs de ses contemporains, il reste surtout connu comme compositeur d’opĂ©ras.

Tous les grands compositeurs ont Ă©tudiĂ© ses partitions – Bach a Ă©crit une ” Fugue sur un thĂšme de Legrenzi ”, BWV 574. C’est dire la qualitĂ© de ses partitions.

Au XVIIĂš (avant Vivaldi), les oratorios connaissent Ă  Venise, un essor considĂ©rable, grĂące entre autres Ă  l’activitĂ© des HĂŽpitaux / Ospedale et habitations pour pauvres (jeunes filles) qui portaient une attention particuliĂšre Ă  l’éducation musicale des orphelins. Le genre emprunte des Ă©lĂ©ments stylistiques dĂ©rivĂ©s de l’opĂ©ra : rĂ©citatifs, ariosos, arias, sinfonias d’introduction, divisions en deux sections qui correspondent aux actes de l’opĂ©ra.

Des 8 oratorios connus de Legrenzi, trois nous sont parvenus. Parmi eux, La morte del cor penitente (La mort du cƓur pĂ©nitent), est un oratorio de chambre probablement Ă©crit en 1671. Legrenzi dĂ©crit le dĂ©veloppement spirituel d’un ” pĂȘcheur ”, personnage central de l’Ɠuvre, qui doit payer sa dette Ă  Dieu en prenant Ă  cƓur les commandements moraux de la pĂ©nitence afin de restaurer son honneur, souillĂ© par ses mĂ©faits. Du pĂšlerinage de la croix jusqu’à la lumiĂšre final, le pĂ©nitent se repent afin d’accĂ©der, enfin, Ă  la rĂ©demption. La partition dessine un labyrinthe de l’ñme, parcours au souffle ardent, celui d’un esprit en quĂȘte de dĂ©passement puis de salut par Ă©preuves spirituelles.

 

 

 

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17 h > répétition publique
Réservation conseillée
Par téléphone au 06 40 87 41 39.
Du mardi au vendredi de 9 h Ă  12 h
et de 14 h Ă  17 h et le samedi de 10 h Ă  12 h

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Ensemble Masques
Olivier Fortin, clavecin et direction
Sophie Gent, violon
Tuomo Suni, violon
Kathleen Kajioka, alto
MĂ©lisande Corriveau, viole de gambe
Benoit Vanden Bemden, contrebasse
Raffaele Giordani, ténor
Hana BlaĆŸĂ­kovĂĄ, soprano
Silvia Frigato, soprano
Wiliam Shelton, contre-ténor
Manuel Nunez Camélino, ténor
Romain Bockler, basse
André Heinrich, luth
Manon Papasergio, harpe

BenoĂźt Colardelle, lumiĂšres

 

 

 

 

 

 

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ENTRETIEN avec Olivier Fortin, directeur des Masques Ă  propos de son travail Ă  Musique & MĂ©moire et plus particuliĂšrement de la recrĂ©ation de l’oratorio de Legrenzi : La Morte del cor penitente


 

 

 

CLASSIQUENEWS : Pourquoi avoir choisi cette partition de Legrenzi ? D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, qu’est ce qui vous sĂ©duit dans l’écriture de ce compositeur ?

fortin-olivier-masques-festival-musique-et-memoire-2022-concerts-critique-classiquenews-annonce-oratorio-legrenziOLIVIER FORTIN : La musique italienne du 17Ăšme siĂšcle constitue pour les interprĂštes un riche laboratoire d’exploration de l’expression des sentiments : relation entre le texte et la musique, enchainements harmoniques, rythme
 Legrenzi, dans l’oratorio La Morte del Cor Penitente, utilise avec une grande maĂźtrise ces divers Ă©lĂ©ments, exprimant les tourments de l’ñme avec une rhĂ©torique musicale qui transporte l’auditeur dans un monde certes troublĂ© mais prenant. Nous avons, avec l’Ensemble Masques, beaucoup jouĂ© la musique allemande du 17Ăšme siĂšcle, notamment RosenmĂŒller, contemporain de Legrenzi et qui, de passage en exil Ă  Venise oĂč vĂ©cut Legrenzi, utilise des principes similaires dans sa musique. Nous avons un faible pour cette musique qui de façon directe, sans filtre, parle, raconte, exprime toujours quelque chose.

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Un moment / des moments forts dans la partition de cet oratorio ?

OLIVIER FORTIN : Tout est beau dans cette oeuvre et nous avons pour l’occasion un casting de rĂȘve : le tĂ©nor Raffaele Giordani et la soprano Cristina Fanelli (tous deux italiens) ainsi que la soprano Hana Blazikova avec laquelle nous travaillons depuis de nombreuses annĂ©es. D’autres voix se joignent Ă  ces trois solistes dĂšs la fin de la premiĂšre partie, moment Ă  partir duquel des madrigaux et choeurs ponctuent l’oeuvre jusqu’à sa fin. À la basse continue, une trĂšs belle Ă©quipe dont la jeune Manon Papasergio qui joue la harpe et le lirone, et bien sĂ»r le reste des cordes de l’Ensemble Masques complĂšte le plateau, une formidable Ă©quipe !

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Vous ĂȘtes familiers du Festival Musique & MĂ©moire : quelle est la singularitĂ© du Festival selon vous ? Qu’avez vous aimĂ© proposer et jouer ainsi d’annĂ©e en annĂ©e ?

OLIVIER FORTIN : Il s’agit en fait de notre seconde participation au festival. J’admire la confiance de son directeur artistique, Fabrice Creux, qui laisse aux artistes qu’il invite une vĂ©ritable libertĂ©. Pouvoir travailler et crĂ©er une oeuvre telle que cet oratorio de Legrenzi en est la preuve. On a plutĂŽt tendance de nos jours Ă  nous demander des oeuvres plus connues – et pas nĂ©cessairement meilleures – afin de plaire au public. En cela, il fait aussi confiance Ă  son public qui est au rendez-vous. C’est une chose rare et prĂ©cieuse qui est, de surcroĂźt, dans la rĂ©gion d’implantation de notre ensemble, la Bourgogne-Franche-ComtĂ©.

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Vous jouez cette annĂ©e le dramatisme de Bach (Bach Burlesque), Telemann (Telemann thĂ©Ăątral), et donc l’oratorio de Legrenzi. Comment ses Ă©critures se rĂ©pondent-elles et en quoi stimulent-elles le geste interprĂ©tatif de votre ensemble « Masques » ?

OLIVIER FORTIN : Cette annĂ©e, nous jouons en effet un rĂ©pertoire tournĂ© vers le thĂ©Ăątre musical. Bach dans ses cantates profanes (cantate du cafĂ© et cantate des paysans) joue la comĂ©die. Telemann, dans ses suites « Les Nations » et « Don Quichotte » fait rire et rĂ©agir le public sans l’intervention de la voix
 Pour ce qui est du Legrenzi, l’accompagnement des chanteurs dans une musique hautement expressive demande un investissement constant des musiciens. L’investissement, l’engagement, l’exploration… c’est ce qui porte notre ensemble !

 

 

 

Propos recueillis en juillet 2022

 

 

 

 

 

 

 

 

29Ăš FESTIVAL Musique & MĂ©moire 2022

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ACTE III : Du 27 au 31 juillet 2022
L’oratorio de Legrenzi est l’un des temps forts de la derniĂšre session du 29Ăš Festival Musique & MĂ©moire dans les Vosges du Sud ; la recrĂ©ation de l’Ɠuvre, commande du Festival, marque aussi la clĂŽture de cette Ă©dition Ă©vĂ©nement.

ACTE III : Du 27 au 31 juillet 2022
Les Chanteurs d’oiseaux, l’Ensemble Masques sont les protagonistes de ce dernier volet de concerts musicaux. 5 programmes enchanteurs dans les Vosges du Sud, au Pays des 1000 Ă©tangs


 

 

 

Mercredi 27 juillet, 21h
Ecomusée du Pays de la Cerise, Fougerolles
Syrinx, un air d’envol
Compagnie Les Chanteurs d’Oiseau

 

 

 

Jeudi 28 juillet, 21h
Eglise Saint-Martin, Ecromagny
Le monde avant Bach
Ensemble Masques
Olivier Fortin

 

 

 

Vendredi 29 juillet, 21h
Basilique Saint-Pierre et Saint-Paul, Luxeuil-les-Bains
Bach burlesque
Ensemble Masques
Olivier Fortin

 

 

 

Samedi 30 juillet,17h
Eglise Notre-Dame de l’Assomption, Servance
Le Théùtre musical de Telemann
Ensemble Masques
Olivier Fortin

 

 

 

Dimanche 31 juillet, 21h
Basilique Saint-Pierre, Luxeuil-les-Bains
Oratorio La Morte Del cor Penitente (Legrenzi)
Ensemble Masques
Olivier Fortin

 
 

 

 

Brochure / Programme numérique en suivant ce lien :
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CALDARA : La Maddalena ai piedi di Cristo par René Jacobs

CaldaraPARIS, le 16 avril 2022. Philharmonie : CALDARA : la Maddalena ai piedi di Christo. RenĂ© Jacobs
 Le chef flamand reprend pour la 3Ăš fois le sommet de l’art lyrique italien du XVIIĂš, aprĂšs l’avoir enregistrĂ© dans une rĂ©alisation demeurĂ©e lĂ©gendaire (HM, janvier 1995, avec les troupes de la Schola Cantorum de BĂąle, et Chiara Banchini en “konzertmeisterin”). Amours terrestre et profane, cĂ©leste et spirituel se disputent l’ñme et le cƓur de la Madeleine ; en elle, se cristallise toutes les ferveurs de ce monde ; la quĂȘte du pardon et la rĂ©mission des « pĂ©chĂ©s », aprĂšs leur aveu, la confession et la volontĂ© de rĂ©flĂ©chir en soi sur ses propres dĂ©sordres. Caldara a signĂ© lĂ  une partition captivante, plusieurs rĂŽles chantĂ©s absolument sidĂ©rants que Jacobs cisĂšle d’autant mieux qu’il les connaĂźt parfaitement.
Voici donc la brĂ»lante ferveur de Madeleine, telle que l’a magnifiquement exprimĂ©e et mise en musique, le VĂ©nitien Antonio Caldara, nĂ© sur la lagune vers 1670. Caldara Ă  l’égal d’un Cavalli plus tardif et montĂ©verdien, incarne le second Ăąge d’or de l’opĂ©ra vĂ©nitien au XVIIĂš. C’est le maillon manquant entre Monteverdi et ses Ă©lĂšves, et Vivaldi.

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Paris, Philharmonie
Samedi 16 avril 2022, 20h30
CALDARA :
RÉSERVEZ VOS PLACES ici
directement sur le site de la Philharmonie Paris
https://philharmoniedeparis.fr/fr/activite/concert-vocal/22912-caldara-madeleine-aux-pieds-du-christ

Antonio Caldara
Marie-Madeleine aux pieds du Christ
Freiburger Barockorchester
René Jacobs, direction
Joshua Ellicott, Christo
Giulia Semenzato, Maddalena
Marianne Beate Kielland, Marta
Alberto Miguélez Rouco, Amor Celeste
Helena Rasker, Amor terreno
Johannes Weisser, Fariseo

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MaĂźtre exceptionnel de l’opĂ©ra comme de l’oratorio, CALDARA offre à Barcelone le premier opĂ©ra en terre catalane, Il piĂč bel nome (1708), commande de son futur patron Charles VI, auprĂšs duquel il s’installera, Ă  Vienne, en 1716. Caldara, dont la catalogue totalise environ 3000 Ɠuvres Ă  son actif, dĂ©cĂšde dans la capitale Habsbourg en 1736 (dans la mĂȘme KĂ€rtnerstrasse que Vivaldi
) et comme le Pretre Rosso, dans l’oubli et la misĂšre. Johann Mattheson l’admire Ă  le place Ă  l’égal de Haendel et de Vivaldi.‹Dans le genre crĂ©Ă© Ă  Rome, au moment de la Contre-RĂ©forme, par Carissimi et Landi, Caldara Ă©blouit l’histoire musicale dans sa Maddalena ai piedi di Cristo / La Madeleine aux pieds du Christ, oratorio « volgare », c’est-Ă -dire rĂ©citĂ© en italien [
] soit en langue vernaculaire et non en latin.
A Venise, Caldara Ă©crit ses premiers oratorios pour la Fava et aussi les Incurabili. La Maddalena date certainement de la saison 1697 / 1698 Ă  La Fava. ElĂšve de Legrenzi, Caldara s’impose tout autant Ă  l’opĂ©ra (genre qui est la source de la notoriĂ©tĂ© des plus grands crĂ©ateurs) que dans l’oratorio. Alors que Pallavicino occupe aussi la scĂšne vĂ©nitienne, Caldara s’affirme Ă©galement comme compositeur de drames sacrĂ©s, lui qui est aussi violoncelliste Ă©pisodique dans l’orchestre de San Marco. La Maddalena en datant des annĂ©es de maturitĂ© vĂ©nitienne, s’inscrit surtout Ă  l’époque oĂč le compositeur quittant Rome, souhaite obtenir un avancement et un poste Ă  Vienne: pour convaincre d’éventuels patrons, il rĂ©Ă©crit en 1713, sa Maddalena crĂ©Ă©e en 1698. DĂ©fi gagnant puisqu’il s’attire les faveurs de l’Empereur, mĂ©lomane fervent et pieux, trĂšs fĂ©ru d’oratorios, et grand amateur d’ouvrages italiens.

Une oeuvre vĂ©nitienne rĂ©Ă©crite Ă  Vienne‹… Dans La Maddalena, le compositeur invente un nouveau personnage, celui de Marthe, contrepoint expressif au portrait central de Madeleine dont il traite avec gĂ©nie les dĂ©chirements intĂ©rieurs entre vanitĂ© et renoncement. Mais la PĂȘcheresse, ĂȘtre compatissant, se montre capable de sublimation: elle Ă©prouve finalement la vanitĂ© des plaisirs terrestres et accomplit son destin de sainte. Amor terreno et amor celeste incarnent les deux facettes de cette Ăąme dĂ©chirĂ©e, puis apaisĂ©e.
La version de RenĂ© Jacobs s’appuie sur le seul manuscrit parvenu (l’autographe de 1713 Ă©crit quand Caldara reprend son ouvrage pour sa reprise Ă  Vienne). La restitution sonore soigne en particulier cette “euphonie sensuelle, typiquement vĂ©nitienne” qui caractĂ©rise le milieu et le contexte esthĂ©tique dans lequel le compositeur a produit son chef d’oeuvre sur le livret de Forni. La caractĂ©risation dramatique et psychologique des personnages atteint un rare accomplissement. Le chef flamand choisit de confier le rĂŽle de l’Amor celeste, angĂ©lique, Ă  un contre-tĂ©nor, celui d’Amor terreno, Ă  un contralto fĂ©minin. D’ailleurs, cette derniĂšre d’entitĂ© sĂ©ductrice finit Ă  la fin de la partition en monstre diabolique, d’une sensualitĂ© vĂ©nĂ©neuse, mais 
 vaincue. Et pour couronner symboliquement l’itinĂ©raire vertueux de Madeleine, Caldara imagine un air du Christ, (dĂ©volu Ă  un tĂ©nor : tenue par Jacobs dans la version discographique de 1995), particuliĂšrement moralisatrice et spectaculaire.
Les 6 protagonistes se partagent la Terre et le Ciel : Marthe, Madeleine et un Pharisien ; JĂ©sus, l’Amour Terrestre et l’Amour CĂ©leste. En 33 airs et ensembles, de forme rĂ©citatif-aria, chacun tĂ©moigne de sa ferveur et de son trouble confrontĂ© au Sacrifice de JĂ©sus sur la Croix. AprĂšs un enregistrement lĂ©gendaire signĂ© renĂ© Jacobs (qui a donc ressuscitĂ© et dĂ©voilĂ© la puissance incantatoire et sensuelle de ce sommet musical), voici la nouvelle gĂ©nĂ©ration baroqueuse prĂȘte Ă  relever les dĂ©fis de ce sommet de la ferveur italienne baroque.

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LIRE aussi le programme de salle du ce concert Philharmonie
https://deneb.philharmoniedeparis.fr/uploads/documents/NPGS-16-04-20h30-Madeleine-Web.pdf?_ga=2.242413314.1005108080.1649665510-1022803072.1649665510

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LIRE aussi l’annonce puis la critique cd : CALDARA : Maddalena ai piedi di Cristo (1 cd Alpha, Damien Guillon, 2017)
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-caldara-maddalena-ai-piedi-di-cristo-1-cd-alpha-damien-guillon-2017/
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CRITIQUE CD / CALDARA : Maddalena ai piedi di Cristo (1 cd Alpha, Damien Guillon, 2017) :
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-critique-caldara-maddalena-ai-piedi-di-cristo-1-cd-alpha-damien-guillon-2017/

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CD, critique. PASSIONS, VENEZIA 1600 – 1750 : Crucifixus (Les Cris de Paris, HM, nov 2018)

cris-de-paris-geoffroy-jourdain-venezia-1600-crucifixus-cris-de-paris-critique-classsiquenewsCD, critique. PASSIONS, VENEZIA 1600 – 1750 : Crucifixus (Les Cris de Paris, HM, nov 2018) – Les Cris de Paris revĂȘtent leurs plus beaux atours vĂ©nitiens, explorant la ferveur lagunaire aux deux siĂšcles baroques de 1600 Ă  1750
 Les Passions exprimĂ©es ici sont vĂ©nitiennes et de Monteverdi Ă  Lotti en passant par Marini, Caldara sans omettre les Gabrieli, attestent d’un caractĂšre commun puissant et original qui confĂšre Ă  ce programme remarquablement conçu dans son dĂ©roulement, son unitĂ© et sa force Ă©motionnelle ; le sentiment gĂ©nĂ©ral en serait la langueur qui de dĂ©ploration se fait aussi cĂ©lĂ©bration, passant du tragique Ă  la majestĂ© recueillie. Les compositeurs vĂ©nitiens sont de grands sensuels. Les intermĂšdes purement instrumentaux, extraits des opĂ©ras ou piĂšces dramatiques de Monteverdi, insistent sur cette opulence formelle, ce dĂ©sir ardent inscrit dans le geste des instrumentistes (qui d’ailleurs assurent une excellente caractĂ©risation de chaque sĂ©quence).
Les Cris de Paris inscrivent d’emblĂ©e les Ă©critures ici fusionnĂ©es malgrĂ© leur disparité  trĂšs haut dans l’éther d’une spiritualitĂ© accomplie : qu’il s’agisse de la polychoralitĂ© marcienne emblĂ©matique (Giovanni Gabrieli : splendide et spatial Exaudi me Domine); des motets comme embrasĂ©s par le collectif Salve Regina de Cavalli, Crucifixus de Lotti et de Caldara ; et dĂ©jĂ  la voix monodique, qui transmet la souffrance et les aspirations individuelles d’une Ăąme errante, interrogative (Merula d’ouverture ; Dialogo della due marie de Legrenzi. Le cas de Monteverdi est unique et fĂ©dĂ©rateur Ă  la fois : en lui s’unissent et se mĂȘlent totalement les eaux profanes et sacrĂ©es, 
 en une mĂȘme et ardente voluptĂ©. Son gĂ©nie passe de l’une Ă  l’autre rive avec une aisance dĂ©concertante, c’est bien ce que souligne l’apport des Cris de Paris dans la justesse de leur rĂ©alisation.
CLIC D'OR macaron 200Comme un hommage Ă  l’Assunta du Titien aux Frari, voici un parcours en polyptiques et retables musicaux d’une splendeur retrouvĂ©e, ciselĂ©e, habitĂ©e. Les chanteurs idĂ©alement inspirĂ©s en expriment les mouvements mystiques, la profondeur fervente dans un itinĂ©raire qui rĂ©tablit filiations et prolongements entre les compositeurs Ă  Venise. Magistral album des Cris de Paris. Certainement leur meilleur. CLIC de CLASSIQUENEWS, NoĂ«l 2019.

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CD, critique. PASSIONS, VENEZIA 1600 – 1750 : Crucifixus (Les Cris de Paris, HM – EnregistrĂ© Ă  Paris en nov 2018.

COMPTE-RENDU, opéra. STRASBOURG, le 8 février 2019. LEGRENZI : La divisione del mondo. Les talens lyriques, Ch Rousset

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. STRASBOURG, le 8 fĂ©vrier 2019. LEGRENZI : La divisione del mondo. Les talens lyriques, Ch Rousset. RessuscitĂ©e en 2000 par Thomas Hengelbrock Ă  Schwetzingen puis Ă  Innsbruck, cette superbe partition est enfin offerte au public français : jalon important entre Cavalli et l’opĂ©ra seria rĂ©formĂ©, cette Divisione del mondo captive par la richesse et la qualitĂ© de ses airs et la truculence d’un livret qui dĂ©crit les dieux de l’Olympe comme des bourgeois prisonniers de l’appel impĂ©rieux du dĂ©sir. Mise en scĂšne efficace de Jetske Mijnssen avec un casting superlatif.

Sex in the (Venice) City

 

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On avait beaucoup apprĂ©ciĂ© la lecture de Mijnssen de l’Orfeo de Rossi, malgrĂ© des coupes invraisemblables qui dĂ©naturaient en partie l’Ɠuvre. Ici, elles n’obĂšrent pas la cohĂ©rence d’un drame placĂ© sous le signe de la dĂ©rision des dieux, traitĂ©s comme une famille bourgeoise occupĂ©e Ă  gĂ©rer tant bien que mal leurs pulsions sexuelles attisĂ©es par les charmes d’une VĂ©nus qui sĂšme le trouble dans un monde rĂ©cemment ordonnĂ© aprĂšs la victoire de l’Olympe sur les Titans. Charme suprĂȘme de l’opĂ©ra vĂ©nitien, qui souligne le contraste entre la solennitĂ© du titre et les pĂ©ripĂ©ties d’une intrigue Ă©rotico-romanesque dont le public vĂ©nitien fin de siĂšcle faisait son miel. Sur scĂšne, devant un portrait gĂ©ant de LĂ©da et le cygne de VĂ©ronĂšse, clin d’Ɠil aux mĂ©tamorphoses d’un Jupiter toujours ardent, un dĂ©cor plutĂŽt « vintage » (canapĂ©, lampes, papier peint, vĂȘtements cols roulĂ©s trĂšs annĂ©es 70, brushings impeccables, etc.), autour d’un escalier en colimaçon, symbole lointain des Ă©lĂ©ments (ciel, terre, enfer) qui dans la production originale Ă©taient rendus Ă  travers d’imposantes machineries, dĂ©peint une atmosphĂšre plus humaine, plus apte Ă  dĂ©peindre « les travers des dieux » terriblement humains.

 

 

 

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La distribution rĂ©unie pour cette premiĂšre française appelle tous les Ă©loges. Le Jupiter de Carlo Allemano allie une diction impeccable Ă  une prĂ©sence scĂ©nique irrĂ©sistible, et si le style vocal subit parfois les tensions exigĂ©es par le rĂŽle, trĂšs sollicitĂ© dans l’aigu, la performance mĂ©rite d’ĂȘtre soulignĂ©e : son double jeu fait merveille dans les airs oĂč il tente de rassurer son Ă©pouse jalouse (« Bella non piangere »). Celle-ci est magnifiquement incarnĂ©e par la voix de bronze de Julie Boulianne, Ă  la fois vĂ©hĂ©mente et bouleversante en passant d’un sentiment de dĂ©pit (« Gelosia la vol con me ») Ă  une colĂšre contenue (« La speranza Ăš una sirena »). Les deux frĂšres Pluton et Neptune, trouvent respectivement en AndrĂ© Morsch et Stuart Jackson, deux trĂšs belles incarnations ; acteurs sĂ©millants et patauds Ă  la fois, ils forment dĂšs la scĂšne liminaire, un couple indissoluble, prĂȘts Ă  succomber aux charmes de la dĂ©esse de Chypre (« Trafitta/Sconfitta »), le beau timbre barytonant de l’un rĂ©pondant superbement Ă  l’aigu tĂ©norisant de l’autre, plus Ă  l’aise ici et plus juste que dans sa rĂ©cente prise de rĂŽle de la nourrice dans l’Erismena de Cavalli Ă  Aix-en-Provence. La cause de tout ce dĂ©sordre, VĂ©nus, trouve en Sophie Junker une chanteuse actrice rayonnante et Ă©mouvante, balayant toute la gamme des affects avec un naturel dĂ©concertant jusqu’au sommet de l’Ɠuvre que constitue le sublime lamento « Lumi, potete piangere », dans la premiĂšre scĂšne du dernier acte. Pas moins de quatre contre-tĂ©nors font Ă©galement partie de la distribution, parmi lesquels Ă©mergent le timbre lumineux de Jake Arditti qui campe un Apollon tout en retenue, Ă  la projection claire et prĂ©cise, celui plus sonore et chatoyant de Christopher Lowrey, Mars plus amoureux que belliqueux (sublime duo avec VĂ©nus au premier acte, « Chi non sa che sia gioire ») et celui plus ironique et non moins Ă©lĂ©gant de Rupert Enticknap en Mercure donneur de leçon (« Chi non ama non ha core »). Quant Ă  Diane, tiraillĂ©e entre un Pluton volage et un Neptune qu’elle ne veut pas, elle a les beaux traits juvĂ©niles de Soraya Mafi, voix flĂ»tĂ©e et gracile, impeccablement tenue, qui excelle notamment dans les airs Ă©lĂ©giaques (« Son amante, nĂ© trovo pietà »), mais sait aussi trouver des accents plus sombres Ă©galement efficaces (« Ciechi abissi, eterni orrori »). Dans le rĂŽle du patriarche Saturne, grimĂ© en vieillard grabataire, le baryton-basse Arnaud Richard est l’une des rĂ©vĂ©lations de la distribution : un timbre puissant, caverneux, une Ă©locution magistrale et un jeu scĂ©nique Ă©poustouflant, qualitĂ©s remarquables qui lui font presque ravir la vedette Ă  tous les autres interprĂštes, tant sa prĂ©sence illumine le plateau, flanquĂ© de son Ă©pouse RhĂ©a en fauteuil roulant, muette et terriblement prĂ©sente. Dans les rĂŽles secondaires mais essentiels de Cupidon et de la Discorde, Ada Elodie Tuca et le contre-tĂ©nor Alberto MiguĂ©lez Rouco, tirent habilement leur Ă©pingle du jeu, tour Ă  tour espiĂšgles et menaçants (superbe air de fureur de la Discorde Ă  la fin du I : « Ministri pallidi »).
Dans la fosse, Christophe Rousset dirige avec grĂące et retenue une magnifique phalange, aux sonoritĂ©s chatoyantes, toujours au service du drame, mĂȘme si l’on aurait aimĂ© plus d’imagination et de contrastes, dans le continuo notamment, pour mieux souligner la variĂ©tĂ© des formes closes (plus de 80 arias !) d’une partition qui compte parmi les chefs-d’Ɠuvre du rĂ©pertoire vĂ©nitien. À redĂ©couvrir Ă  Versailles en avril prochain. Puis Ă  l’OpĂ©ra national de Lorraine, Nancy, du 20 au 27 mars 2019

 
 

 
 

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COMPTE-RENDU, opĂ©ra. STRASBOURG, OpĂ©ra National du Rhin, 8 fĂ©vrier 2019. LEGRENZI : La divisione del mondo. Carlo Allemano (Jupiter), Stuart Jackson (Neptune), AndrĂ© Morsch (Pluton), Arnaud Richard (Saturne), Julie Boulianne (Junon), Sophie Junker (VĂ©nus), Jake Arditti (Apollon), Christopher Lowrey (Mars), Soraya Mafi (Diane), Rupert Enticknap (Mercure), Ada Elodie Tuca (Amour), Alberto MiguĂ©lez Rouco (Discorde), Jetske Mijnssen (mise en scĂšne), Herbert Murauer (dĂ©cors), Julia Katharina Berndt (costumes), Bernd Purkrabek (lumiĂšres), StĂ©phane Fuget (Assistant Ă  la direction musicale), Claudia Isabel Martin (Assistant Ă  la mise en scĂšne), Christian Longchamp (Dramaturgie), Christoph Heil (Chef des chƓurs), Orchestre Les Talens lyriques, Christophe Rousset (direction). Illustrations : © OpĂ©ra national du Rhin 2019

 

 

 

 

La Division du monde, l’opĂ©ra oubliĂ© de Legrenzi

legrenzi divisione del mundo opera baroque opera du rhin annonce concert critique opera concerts festivals actualite musique classique par classiquenewsOPERA DU RHIN : LEGRENZI, La Divisione del mondo, 8 fev – 9 mars 2019. Aux cĂŽtĂ©s des italiens rĂ©cemment rĂ©habilitĂ©s, – grĂące aux baroqueux de la premiĂšre et deuxiĂšme gĂ©nĂ©ration- : Claudio Monteverdi et Francesco Cavalli (Ă©lĂšve et disciple du premier), le vĂ©nitien Giovanni Legrenzi (1626 – 1690) est la troisiĂšme figure majeure du XVIIĂš. 17 ouvrages lyriques dont il ne nous reste souvent que le titre, attestent d’une activitĂ© pourtant soutenue, marquĂ©e comme celles de ses prĂ©dĂ©cesseurs et confrĂšres, d’une plasticitĂ© Ă©loquente. Heureusement, totalement documentĂ©e, – la manuscrit a Ă©tĂ© prĂ©servĂ©, La divisione del mondo est crĂ©Ă© Ă  Venise en 1675 (sur la scĂšne du Teatro San Salvador), suscitant un succĂšs rĂ©el (nombreuses reprises). Pour la recrĂ©ation de l’opĂ©ra, la metteuse en scĂšne nĂ©erlandaise Jetske Mijnssen, fait ses dĂ©buts Ă  l’OpĂ©ra national du Rhin.
AprĂšs que Jupiter nĂ©gocie avec les Titans le partage du monde connu, VĂ©nus fait de l’ombre Ă  toutes les divinitĂ©s, en particulier la moralisatrice Junon, trĂšs jalouse de la beautĂ© de la dĂ©esse de l’amour. Son corps, sa prĂ©sence font tourner les tĂȘtes. Elle suscite le dĂ©sir des hommes : Neptune, Pluton, et mĂȘme Apollon (sauf Saturne) et l’irritation des femmes. Legrenzi rehausse encore l’expressivitĂ© des scĂšnes et le dramatisme des situations en soignant les effets de machineries, assurant Ă  son spectacle, sa force visuelle, – partie essentielle de l’opĂ©ra vĂ©nitien, aux cĂŽtĂ©s de l’articulation du texte.
Comme savent l’ĂȘtre, les textes de la persiflante Venise, le livret de Corradi dĂ©peint en rĂ©alitĂ© les pires dĂ©bauches des dieux, dont aucun n’est exempt si ce n’est le patriarche Saturne. VĂ©nus, son fils Cupidon, Jupiter, Neptune, Pluton ou encore Apollon se tirent bon an mal an de situations grotesques, rĂ©sultats d’imbroglios et de quiproquos cocasses. Le propos est subversif, sĂ©ditieux, provocant, parodique : il s’inscrit dans la veine d’un thĂ©Ăątre libre, autant comique, sensuel, cynique voire sulfureux tel que le dĂ©veloppe aussi Cavvali (La Calisto)

AprĂšs Barkouf d’Offenbach, l’OpĂ©ra national du Rhin poursuit son Ɠuvre de dĂ©frichement, favorisant la redĂ©couverte de partitions aussi mĂ©connues que passionnantes. Bien d’autres scĂšnes et thĂ©Ăątres en France n’ont pas un tel souci. Prochaine critique et compte rendu sur CLASSIQUENEWS

LEGRENZI, La Divisione del mondoGiovanni_Legrenzi
opéra en trois actes
Livret de Giulio Cesare Corradi
Créé le 4 février 1675 à Venise, Teatro San Salvador
Nouvelle produciton et création française
recréation baroque
5 représentations à Strasbourg
2 Ă  Mulhouse, 1 Ă  Colmar

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OPERA de STRASBOURG
ve 8 février 20 h
di 10 février 15 h
ma 12 février 20 h
je 14 février 20 h
sa 16 février 20 h

MULHOUSE
La Sinne
ve 1 mars 20 h
di 3 mars 15 h

COLMAR
Théùtre
sa 9 mars 20 h
en langue italienne surtitrages en français et en allemand
durĂ©e du spectacle 2 h 45 environ entracte aprĂšs l’acte ii

mise en scĂšne : Jetske Mijnssen
LES TALENS LYRIQUES
direction musicale : Ch. Rousset

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