Compte rendu critique, concert. Saintes. Abbaye aux dames, le 17 juillet 2014. Couperin; Charpentier; Delalande. Le Concert Spirituel. Hervé Niquet, direction.

La religion catholique romaine aux XVIIe et XVIIIe siècles Ă©tait le pilier de la vie en France. Les fĂŞtes religieuses rythmaient le quotidien des français d’alors et les compositeurs Ă©taient très sollicitĂ©s pour produire des oeuvres nouvelles et toujours diffĂ©rentes des prĂ©cĂ©dentes; Francois Couperin (1668-1733), Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) et Richard Delalande (1657-1726) ne font pas exception Ă  la règle en vigueur alors. Couperin composa neuf Leçons des tĂ©nèbres pour les jeudis, vendredis et samedis saints. En ce jeudi soir, HervĂ© Niquet, chef et fondateur du Concert Spirituel, donnait les trois premières d’entre elles couplĂ©es avec les Repons composĂ©es par Marc-Antoine Charpentier. Pour ce concert, le chef a sĂ©lectionnĂ© un groupe de six chanteuses, comme il l’avait fait auparavant pour d’autres occasions.

Le Concert Spirituel moins spirituel qu’il n’y parait

Niquet herveHervĂ© Niquet qui dirige depuis son orgue a travaillĂ© avec ses chanteuses et ses musiciens avec une rigueur et une prĂ©cision implacables. Si nous ne pouvons d’ailleurs que saluer la technique inĂ©nagalable et la musicalitĂ© exceptionnelle qui Ă©manent du Concert Spirituel, nous regrettons que les Leçons des tĂ©nèbres de Couperin alternant avec les Repons de Charpentier soient donnĂ©es de façon si peu chaleureuse. Les chefs d’oeuvres des deux compositeurs français, contemporains l’un de l’autre, rĂ©sonnent dans l’abbatiale avec une sĂ©cheresse peu habituelle donnant la fâcheuse impression d’ĂŞtres inhabitĂ©es; elles sont comme vidĂ©s de toute vie; et ce n’est pas la prononciation du latin “Ă  la française”, rĂ©frigĂ©rante et rĂ©dhibitoire qui aide Ă  comprendre et Ă  apprĂ©cier Leçons et Repons. Le Miserere de Delalande qui suit est tout aussi glacial, sans âme et peu touchant tant le Concert Spirituel poursuit comme il avait commencĂ© : technique et musicalitĂ© impeccables et diction “Ă  la française” rĂ©frigĂ©rante globalement peu agrĂ©able Ă  l’oreille. Si la volontĂ© de prĂ©senter un programme de musique baroque française, fut elle tirĂ©e du rĂ©pertoire religieux, est tout Ă  fait louable, quel dommage que le rĂ©sultat soit très en deçà de ce qui avait Ă©tĂ© proposĂ© quelques jours auparavant par La Grande Chapelle et La Cappella Mediterranea. HervĂ© Niquet qui est pourtant reconnu comme un excellent musicien, donne Ă  Saintes un coup d’Ă©pĂ©e dans l’eau en privilĂ©giant une interprĂ©tation sans âme, une diction totalement rĂ©pulsive et rĂ©dhibitoire. Le chef est ses musiciens reçoivent d’ailleurs un accueil de courtoisie sous l’apparente chaleur d’un public partagĂ© entre enthousiasme et dĂ©ception.

Saintes. Abbaye aux dames, le 17 juillet 2014. Francois Couperin (1668-1733) : première leçon à une voix, deuxième leçon à une voix, troisième leçon à deux voix; Marc Antoine Charpentier (1643-1704) : repons, repons, repons; M.R Delalande (1657-1726) : Miserere. Le Concert Spirituel. Hervé Niquet, direction.