CRITIQUE, opéra. Paris, TCE, le 22 déc 2021. OFFENBACH : La Vie parisienne (version originale en 5 actes, 1866). Christian Lacroix / Romain Dumas.

FÊTES DE FIN D'ANNÉE 2021 : le Roi Jacques OFFENBACH sur ARTECRITIQUE, opéra. Paris, Théâtre des Champs-Elysées, le 22 décembre 2021. Jacques Offenbach : La Vie parisienne (version originale en 5 actes, 1866). Christian Lacroix / Romain Dumas. Il y avait bien longtemps que le Théâtre des Champs-Elysées n’avait autant misé sur une production, en proposant pas moins de 15 représentations de La Vie parisienne (1866) de Jacques Offenbach, et ce jusqu’au 9 janvier prochain. On retrouve là le spectacle de Christian Lacroix, déjà présenté à Rouen, puis Tours en début de mois (voir la critique https://www.classiquenews.com/critique-opera-tours-grand-theatre-le-3-dec-2021-jacques-offenbach-la-vie-parisienne-version-originale-en-5-actes-1866-christian-lacroix-romain-dumas/), avec un plateau vocal légèrement différent. On notera par ailleurs la double distribution proposée à Paris, selon les différentes dates.

Le célèbre couturier français, déjà aguerri sur les planches en tant que costumier pour Eric Ruf et Denis Podalydès notamment, signe un spectacle très fidèle à l’esprit de la partition, en forme de vaste revue colorée et richement décorée, où s’agite en un joyeux flonflon, le «Tout Paris» populaire de la fin du XIXème siècle. Ce sont bien entendu les costumes de Lacroix qui étonnent par leur imagination débridée, qui s’appuie sur les originaux de l’époque pour mieux les réinventer à l’envi, tandis que les décors sont revisités à vue, prenant alternativement la forme d’une gare à peine terminée (la gare Saint-Lazare, construite pour l’exposition universelle de 1867), d’un hôtel particulier ou d’un bal forain en fin d’ouvrage. Lacroix privilégie les péripéties du vaudeville, en un tourbillon de bonne humeur, même si ce foisonnement ne provoque que trop rarement les rires du public, et ce malgré les chorégraphies désopilantes et gentiment «queer» de Glysleïn Lefever.

 

 

 

La Vie Parisienne de 1866
tourbillonnant flon flon en 5 actes originaux

 

 

vie-parisienne-offenbach-tce-christian-lacroix-opera-critique-annonce-classiquenews-opera-actus-infos

 

 

Il faut dire que cette nouvelle production a pour autre principale originalité de choisir une version inédite, reconstruite par les bons soins du Palazetto Bru Zane (voir notre présentation http://www.classiquenews.com/tag/vie-parisienne/) d’après la version préparée par Offenbach pour les répétitions de 1866. L’idée est de rester le plus fidèle possible au livret de Meilhac et Halevy, en conservant les dialogues originaux, ainsi que toutes les coupures imposées par la censure (notamment un trio au III caricaturant autant les politiques que les militaires). Les changements opérés aux deux derniers actes, jugés trop longs, sont ainsi conservés, ce qui donne un spectacle de près de 3h30. Ce retour inédit à une version jamais entendue par le grand public permet à chaque action de trouver sa résolution, même si l’ouvrage ne gagne pas en profondeur, conservant son intrigue minimaliste et son hommage au Paris tourbillonnant des dernières années du Second Empire.

Le plateau vocal réuni pour la deuxième représentation au Théâtre des Champs-Elysées se montre globalement moyen, du fait d’un manque de puissance certain pour la plupart des chanteurs. Les qualités théâtrales sont plus convaincantes, malgré quelques outrances (inégale Ingrid Perruche, souvent au bord de l’hystérie) ou méformes (décevante prestation vocale de Damien Bigourdan, malgré les réparties théâtrales avec accent brésilien, plus réussies). On note aussi les trop nombreux décalages de Flannan Obé avec la fosse, manifestement gêné par le trac dans ses premières interventions chantées. On aime en revanche la ligne de chant, toute de grâce et d’esprit, d’Eléonore Pancrazi (Métella), malheureusement plus effacée dans les duos et ensembles, tandis que Marc Mauillon (Bobinet) affiche une belle énergie, de même que le superlatif Franck Leguérinel en inénarrable Baron, qui compense un timbre un peu terne par une présence scénique et un à-propos toujours juste. Enfin, Sandrine Buendia donne un air de majesté bienvenu à sa Baronne, très touchante, tandis que Laurent Kubla (Urbain, Alfred) s’impose par son autorité naturelle et sa belle projection.

Si le Choeur de chambre de Namur déçoit dans ses premières interventions, trop discret dans la nécessaire prononciation (indispensable aux effets comiques), il se rattrape ensuite par sa bonne cohésion d’ensemble. Peut-être faudrait-il augmenter le nombre d’interprètes du choeur afin de modifier cette impression initiale ? Quoi qu’il en soit, le plaisir vient aussi de la fosse où la baguette de Romain Dumas, un peu raide dans les parties enlevées, se montre très attentive aux détails savoureux de la partition, tout autant qu’aux fins de phrasés, d’une harmonieuse respiration. Un spectacle haut en couleurs très recommandable pour les fêtes de fin d’année ou ses lendemains en janvier, à découvrir pour sa version inédite de l’un des plus pétillants chefs d’oeuvre d’Offenbach.

 

 

 

_______________________________________________________________

CRITIQUE, opéra. Paris, Théâtre des Champs-Elysées, le 22 décembre 2021. Jacques Offenbach : La Vie parisienne. Jodie Devos, Florie Valiquette (Gabrielle), Rodolphe Briand, Flannan Obé (Gardefeu), Laurent Deleuil, Marc Mauillon (Bobinet), Marc Labonnette, Franck Leguérinel (Le Baron), Sandrine Buendia, Marion Grange (La Baronne), Aude Extrémo, Eléonore Pancrazi (Métella), Damien Bigourdan, Eric Huchet (Le Brésilien, Gontran, Frick), Philippe Estèphe, Laurent Kubla (Urbain, Alfred), Elena Galitskaya (Pauline), Louise Pingeot (Clara), Marie Kalinine (Bertha), Ingrid Perruche (Madame de Quimper-Karadec), Carl Ghazarossian (Joseph, Alphonse, Prosper), Caroline Meng (Madame de Folle-Verdure), Choeur de chambre de Namur, Les Musiciens du Louvre – Académie des Musiciens du Louvre, Romain Dumas (direction musicale) / Christian Lacroix (mise en scène). A l’affiche du Théâtre des Champs-Elysées jusqu’au 9 janvier 2022. Photos : Marie Pétry et Vincent Pontet.

 

 

 

 

 

 

Approfondir

 

 

FÊTES DE FIN D'ANNÉE 2021 : le Roi Jacques OFFENBACH sur ARTEA VOIR sur ARTEconcert le Dim 2 janvier 2022, 16h40 : “Ressuscitée” dans ses partitions et livret d’origine (version originelle en 5 actes de 1866), l’opérette La vie parisienne tient l’affiche au Théâtre des Champs-Élysées en décembre 2021. Action délirante et cocasse, pleine de verve et d’humour, la partition est aussi une galerie de portraits savoureuse, un hommage à la folle gaieté du Paris du Second Empire, temps fantasmé dévoilé dans la première mise en scène du couturier Christian Lacroix.

Opera-de-tours-critique-vie-parisienne-offenbach-classiquenews-critique-operaA LIRE aussi notre critique de LA VIE PARISIENNE, présentée à TOURS, le 2 déc 2021- Après Rouen en novembre (et avant le Théâtre des Champs-Elysées pour les fêtes de fin d’années), c’est le public de l’Opéra de Tours qui avait la chance de découvrir cette nouvelle version de La Vie parisienne de Jacques Offenbach (en 5 actes) mise en images par rien moins que le couturier star Christian Lacroix (qui signe là sa première mise en scène lyrique). C’est à l’indispensable Palazetto Bru Zane que l’on doit cette nouvelle mouture qui se veut au plus près de la version originale de 1866, et qui ne comporte pas moins de 16 numéros inédits, dont il faudra citer l’inénarrable scène dans laquelle une armada de bottiers germaniques opposée aux gantières marseillaises réclamant de la bouillabaisse (!), le trio militaire du III, ou encore cette apparition du Commandeur de Don Giovanni au dernier acte…

OFFENBACH en fĂŞte sur Arte
antonia contes hoffmann offenbach opera critique review classiquenewsARTE cĂ©lèbre le gĂ©nie de Jacques Offenbach Ă  travers 2 pièces lyriques de premier choix, son ultime : Les Contes d’Hoffmann et son opĂ©ra bouffe parisien, La Vie Parisienne, dans une nouvelle production qui ressuscite (enfin) la version originale de 1866 (en 5 actes, plutĂ´t que les 3 actes selon la version tronquĂ©e dĂ©naturĂ©e pour la troupe du Palais Royal) : ainsi sont recrĂ©Ă©s 16 morceaux inĂ©dits,… Ne manquez non plus le documentaire sur la vie du Mozart des Champs-ElysĂ©es, amuseur critique et mordant de la sociĂ©tĂ© dĂ©cadente spectaculaire du Second Empire. Docu portrait “L’odyssĂ©e Offenbach”, ARTE le mer 29 dĂ©c 2021, 23h30 puis en replay jusqu’au 27 janv 2022

 

 

 

 

NoĂ«l 2021, Nouvel an 2022 : OFFENBACH en majestĂ© (La Vie Parisienne, Les Contes d’Hoffmann…)

FĂŠTES 2021 : entre NoĂ«l et le jour de l’an, passez les festivitĂ©s avec Offenbach – Arte met les petits plats dans les grands et a la juste intuition de choisir le divin Jacques Offenbach comme guide de nos divertissements pour les fĂŞtes de fin de l’annĂ©e 2021, et celles du dĂ©but de l’annĂ©e 2022…

 

 

olympia-contes-hoffmann-opera-hamburg-peretyatko-critique-opera-review-classiquenews

 

 

 

OFFENBACH en fĂŞte sur Arte
ARTE célèbre le génie de Jacques Offenbach à travers 2 pièces lyriques de premier choix, son ultime : Les Contes d’Hoffmann et son opéra bouffe parisien, La Vie Parisienne, dans une nouvelle production qui ressuscite (enfin) la version originale de 1866 (en 5 actes, plutôt que les 3 actes selon la version tronquée dénaturée pour la troupe du Palais Royal) : ainsi sont recréés 16 morceaux inédits, des dialogues primitifs, un nouveau finale pour l’acte III et pour l’acte IV… (la recréation tient l’affiche du TCE du 21 déc 2021 au 9 janv 2022, dans le regard second empire et café berlinois du couturier Ch Lacroix qui en assure la mise en scène). La partition mêle le cocasse et le militaire, le panache et la nostalgie, la grâce et le délire romantique, poussé à l’extrême… il y faut une élégance toute française pour réussir cette équation des plus complexes.

 

antonia contes hoffmann offenbach opera critique review classiquenews

 

Puis Arte diffuse les Contes d’Hoffmann, perle ultime des Ĺ“uvres de Jacques l’ensorceleur, son dernier opĂ©ra, le plus poĂ©tique et le plus noir aussi ; d’après ETA Hoffmann, le « Mozart des Champs ElysĂ©es, aborde le fantastique tenĂ©breux qui met en scène les rĂ©cits amoureux et dĂ©sabusĂ©s du Poète Hoffmann, rĂ©digĂ©s entre 1814 et 1822 : en quĂŞte d’amour, et de la femme idĂ©ale, le hĂ©ros se perd dĂ©finitivement Ă  chaque rencontre Olympia, Stella, Antonia, Giuletta… La partition est quasiment achevĂ©e quand Offenbach meurt en 1881. L’OpĂ©ra de Hambourg en proposait (sept 2021) la version intĂ©grale, reconstituĂ©e d’après les esquisses laissĂ©es par l’auteur. Y brillent entre autres, le tĂ©nor français Benjamin Bernheim dans le rĂ´le d’Hoffmann, et la soprano coloratoure russe Olga Peretyatko qui incarne ici les 4 visages de l’amour au fĂ©minin ; et aussi Luca Pisaroni dans le rĂ´le du Diable, lequel apparaĂ®t Ă  chaque acte sous des masques diffĂ©rents pour mieux tromper Hoffmann, selon un schĂ©ma faustĂ©en… (Lindorf, Coppelius, Dr Miracle, Dapertutto) – Mise en scène : Daniele Finzi Pasca. DurĂ©e 2h52 – Philharmonisches Staatsorchester Hamburg.

 

 

 

 

 

 

Les contes d’Hoffmann (1881)
Depuis l’opĂ©ra de Hambourg
Arte, mer 29 déc 2021, 23h
Arte concert, du 28 déc 2021 au 27 janv 2022
VOIR les Contes d’Hoffmann depuis l’Opéra d’Hambourg avec Olga Peretyatko (sept 2021) :
https://www.youtube.com/watch?v=Q-P84vi6lCQ
Sur ARTEconcert :
https://www.arte.tv/fr/videos/105765-000-A/les-contes-d-hoffmann-de-jacques-offenbach/

 

 

 

La vie parisienne (1866)La Vie Parisienne d'Offenbach sur Arte : Bonne année 2022 !
Version originelle complète en 5 actes [1866] – recreation
Arte, Dim 2 janv 2022, 16h40
Arte concert, du 27 dec 2021 au 27 dec 2023
Basé sur le drame du même nom de Jules Barbier et Michel Carré édité par Michael Kaye et Jean-Christophe Keck.
 

 
VOIR La vie Parisienne sur ARTEconcert
https://www.arte.tv/fr/videos/106197-000-A/la-vie-parisienne-de-jacques-offenbach/

 

 
 LIRE aussi notre critique de La Vie Parisienne d’Offenbach dans la mise en scène de Christian Lacroix, dĂ©jĂ  prĂ©sentĂ©e Ă  l’OpĂ©ra de TOURS, le 3 dĂ©c 2021 …

Opera-de-tours-critique-vie-parisienne-offenbach-classiquenews-critique-operaCRITIQUE, opéra. TOURS, Grand-Théâtre, le 3 déc 2021. Jacques OFFENBACH : La Vie parisienne (version originale en 5 actes, 1866). Christian Lacroix / Romain Dumas. Après Rouen en novembre (et avant le Théâtre des Champs-Elysées pour les fêtes de fin d’années), c’est le public de l’Opéra de Tours qui avait la chance de découvrir cette nouvelle version de La Vie parisienne de Jacques Offenbach (en 5 actes) mise en images par rien moins que le couturier star Christian Lacroix (qui signe là sa première mise en scène lyrique). C’est à l’indispensable Palazetto Bru Zane que l’on doit cette nouvelle mouture qui se veut au plus près de la version originale de 1866, et qui ne comporte pas moins de 16 numéros inédits, dont il faudra citer l’inénarrable scène dans laquelle une armada de bottiers germaniques opposée aux gantières marseillaises réclamant de la bouillabaisse (!), le trio militaire du III, ou encore cette apparition du Commandeur de Don Giovanni au dernier acte…

 

 
 

 
 

 

 

documentaire
L’Odyssée Offenbach

___________________________________________________

 

 

JouĂ© dans le monde entier, inventeur de l’opĂ©rette (ou “opĂ©ra bouffe”), Jacques Offenbach (1819-1880) fusionne l’humour et la musique. Sa fantaisie masque en vĂ©ritĂ© une dimension subversive : son antimilitarisme (La grande-duchesse de Gerolstein), sa satire du pouvoir (Barkouf), ses rĂ´les de femme audacieux (La Belle HĂ©lène, La grande Duchesse de GĂ©rolstein, surtout La PĂ©richole…) et l’Ă©rotisme allègre, dĂ©jantĂ© (OrphĂ©e aux enfers), la sensualitĂ© onirique, noire et nostalgique (Les Contes d’Hoffmann) qui parcourt son oeuvre. Un portrait foisonnant.

 

 

portrait-offenbach-odyssee-classiquenews-critique-annonce-opera-classiquenews-ARTE

 

 

NĂ© en 1819 en Allemagne, le jeune Jacob apprend le violoncelle en cachette de son père, chantre de la synagogue de Cologne. Cette petite rĂ©bellion, première d’une longue sĂ©rie, rĂ©ussit au jeune virtuose, qui se dĂ©couvre, Ă  13 ans, des dons de compositeur. La Prusse offrant peu d’opportunitĂ©s aux juifs, Offenbach père veut que son fils fasse carrière Ă  Paris. SubjuguĂ© par l’animation de la capitale française qu’il restituera plus tard dans La vie parisienne, Jacob s’y installe dès 1833 et se rebaptise vite “Jacques”. Après un bref passage au Conservatoire, il devient violoncelliste Ă  l’OpĂ©ra-Comique. En 1858, il lance triomphalement le genre de l’opĂ©rette avec l’Ă©bouriffant OrphĂ©e aux enfers, attaque en règle contre l’acadĂ©misme. MalgrĂ© ce succès, Offenbach, tour Ă  tour honni et applaudi, subira toute sa vie un violent ostracisme, rejet qui s’intensifie durant la guerre de 1870, Ă©poque oĂą il est traitĂ© d’espion par les Français et de traĂ®tre par les Allemands.

Folie contagieuse
Richement illustrĂ©e, la biographie foisonnante rĂ©vèle les nombreuses facettes d’un compositeur prolifique, conscient de son art, très cultivĂ©, pour lequel le geste lyrique, dans toutes les veines expressives, est un acte engagĂ©, marquĂ© par l’exigence, le raffinement et la volontĂ© de dĂ©noncer aussi certains travers de la sociĂ©tĂ© (du Second Empire). Pour le docu de vrais chanteurs d’opĂ©ra jouent dans les scènes de reconstitution – StĂ©phanie d’Oustrac compose, notamment, une pĂ©tillante Hortense Schneider, diva Ă  l’humeur changeante, muse et cause de bien des tourments d’Offenbach. Des extraits de spectacles, morceaux de bravoure menĂ©s Ă  un train d’enfer et d’une folie contagieuse, ponctuent ce rĂ©jouissant portrait.

 

 

 

Portrait du génie français de l’opéra bouffe et onirique et d’un chef d’oeuvre, Les Contes d’Hoffmann…

ARTE, mer 29 déc 2021, 23h30
Sur Arteconcert en replay, du 28 déc 2021 au 27 janv 2022
VOIR le portrait d’OFFENBACH sur Arteconcert
https://www.arte.tv/fr/videos/085417-000-A/l-odyssee-offenbach/

 

 

 

 

 
 

  

 
 

CRITIQUE, opéra. TOURS, Grand-Théâtre, le 3 déc 2021. Jacques OFFENBACH : La Vie parisienne (version originale en 5 actes, 1866). Christian Lacroix / Romain Dumas.

CRITIQUE, opéra. TOURS, Grand-Théâtre, le 3 déc 2021. Jacques OFFENBACH : La Vie parisienne (version originale en 5 actes, 1866). Christian Lacroix / Romain Dumas. Après Rouen en novembre (et avant le Théâtre des Champs-Elysées pour les fêtes de fin d’années), c’est le public de l’Opéra de Tours qui avait la chance de découvrir cette nouvelle version de La Vie parisienne de Jacques Offenbach (en 5 actes) mise en images par rien moins que le couturier star Christian Lacroix (qui signe là sa première mise en scène lyrique). C’est à l’indispensable Palazetto Bru Zane que l’on doit cette nouvelle mouture qui se veut au plus près de la version originale de 1866, et qui ne comporte pas moins de 16 numéros inédits, dont il faudra citer l’inénarrable scène dans laquelle une armada de bottiers germaniques opposée aux gantières marseillaises réclamant de la bouillabaisse (!), le trio militaire du III, ou encore cette apparition du Commandeur de Don Giovanni au dernier acte…

 

 

 

Opera-de-tours-critique-vie-parisienne-offenbach-classiquenews-critique-opera

 

 

 

On pouvait compter sur Christian Lacroix, et son goût très sûr, pour ne pas tomber dans le panneau de la caricature et de la vulgarité dont sont parfois affligées les lectures des ouvrages du petit Mozart des Champs-Elysées. Ici tout brille et scintille dans une joie non feinte, et une débauche de couleurs à travers des costumes aussi bariolés et inventifs les uns que les autres. Il s’est également lui-même chargé de la scénographie qui, avec ses échafaudages, renvoie à la fois au Paris de l’époque avec la transformation de la Capitale par le Baron Haussmann qu’à celui d’aujourd’hui où les restaurations et constructions sont légion. La direction d’acteurs, enfin, s’avère millimétrée ; elle fourmille d’idées cocasses, de numéros de music-hall aussi ébouriffants les uns que les autres, et l’on ne voit absolument pas passer les 3h30 que dure la soirée !

L’équipe vocale rĂ©unie Ă  Tours est (quasiment) entièrement renouvelĂ©e par rapport Ă  celle de Rouen, et n’offre que des motifs de satisfaction. Dans le rĂ´le de la gantière Gabrielle, la soprano wallonne Jodie Devos offre au personnage toute son espièglerie naturelle, en plus de son timbre superbe de fraĂ®cheur et ses aigus aussi lumineux qu’aĂ©riens. Dommage que la version retenue (c’est le seul bĂ©mol que nous trouverons Ă  cette mouture) Ă©courte les parties chantĂ©es par le personnage de MĂ©tella car la mezzo corse ElĂ©onore Pancrazi l’incarne de manière vibrante et sensuelle, avec la superbe ligne vocale qu’on lui connaĂ®t. Dans la partie de Gardefeu, Rodolphe Briand fait preuve de son ardeur coutumière, avec son jeu fringant et sa voix bien projetĂ©e. Il forme avec le Bobinet de Laurent Deleuil un couple Ă©patant, car lui aussi est excellent comĂ©dien-chanteur, particulièrement amusant dans l’air « Repeuplons les salons du Faubourg Saint Germain ! ». Marc Labonnette, grimĂ© en bourgeois Ă  favoris du Second Empire, dĂ©ploie un abattage Ă©tourdissant dans le rĂ´le du Baron de Gondremarck, Ă©bloui par « les petites femmes de Paris » ! On se rĂ©jouit aussi de la superbe prĂ©sence scĂ©nique (et de la performance !) de Damien Bigourdan qui, dans le triple rĂ´le du BrĂ©silien, de Frick et de Gontran fait Ă©galement preuve d’une excellente diction, permettant Ă  l’auditoire de ne rien perdre du texte. Sandrine Buendia, Ă  la voix ample et rayonnante, campe une Baronne mutine face Ă  la gracieuse Pauline de la soprano russe Elena Galitskaya. La drolatique Comtesse de Quimper-Karedec est ici campĂ©e par une Ingrid Perruche qui dessine une cocasse caricature qui semble d’époque, tandis que Laurent Kubla, dans le double rĂ´le d’Urbain et Alfred, se montre suffisamment Ă©patant pour qu’on regrette que ses parties soient aussi succinctes.
Enfin, tous les autres « petits » rôles sont méritoirement tenus, ainsi de la Clara de Louise Pingeot, de la Bertha de Marie Kalinine, de la Mme de Folle-Verdure de Caroline Meng et du triple emploi de Joseph/Alphonse/Prosper du toujours bondissant Carl Ghazarossian.

En fosse, le jeune chef français Romain Dumas ne fait qu’une bouchée de la partition d’Offenbach ; il insuffle une énergie trépidante à un Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire / Tours en grande forme. Et avis au lecteur, en guise de conclusion, cette Vie parisienne sera retransmise sur Arte le dimanche 2 janvier 2022 à 17h… alors à vos postes de télévision !

 

 

 

________________________________________________
CRITIQUE, opéra. TOURS, Grand-Théâtre, le 3 déc 2021. Jacques OFFENBACH : La Vie parisienne (version originale et intégrale en 5 actes de 1866). Christian Lacroix / Romain Dumas. Photo: © Marie Pétry

 

 
 

 

COMPTE-RENDU, opéra. NICE, le 2 nov 2019. OFFENBACH : La Vie parisienne. Serge Menguette / Bruno Membrey.

COMPTE-RENDU, OpĂ©ra. NICE, Théâtre de l’OpĂ©ra, le 2 novembre 2019. Jacques Offenbach : La Vie parisienne. Serge Menguette / Bruno Membrey. Pour sa 18ème Ă©dition, le Festival d’opĂ©rette de la Ville de Nice – toujours pilotĂ© par l’inĂ©narrable et infatigable Melcha Coder –  a optĂ© pour une comĂ©die musicale (La Cage aux folles) en hors d’œuvre et, en dessert, La Vie parisienne de Jacques Offenbach (en cette annĂ©e de bicentenaire de sa naissance). L’on y retrouve les deux mĂŞmes maĂ®tres d’œuvres pour servir les deux ouvrages : Serge Manguette pour la mise en scène et Bruno Membrey pour la direction musicale. Le premier a fait avec les moyens du bord et, en rĂ©cupĂ©rant des costumes de la compagnie d’opĂ©rette Elena d’Angelo  et des Ă©lĂ©ments de dĂ©cors dans la caverne d’Ali-Baba de l’OpĂ©ra de Nice (qui accueille le spectacle), il a rĂ©ussi avec trois bouts de ficelles Ă  monter un spectacle efficace qui tient toujours la route, l’humour Ă©tant ici le mot d’ordre. Certains dialogues ont Ă©tĂ© rĂ©Ă©crits, comme le veut la tradition, pour faire rĂ©fĂ©rence Ă  notre actualitĂ© (Macron et les Gilets jaunes etc.), et le Baron Gondremarck – s’il garde bien sa nationalitĂ© suĂ©doise – s’exprime ici avec un accent suisse Ă  couper au couteau !

 

 

offenbach-vie-parisienne-critique-opera-classiquenews

 

 

Bref, la soirée reste à chaque instant divertissante et rondement menée, avec des interprètes qui savent donner vie à leurs personnages. Malgré l’âge, le vétéran Michel Vaissière reste un Bobinet alerte, servi par la limpidité d’une émission et une diction parfaite. Voix bien projetée, et accents délicats, Frédéric Diquero séduit en Gardefeu attendrissant parfois, roué ce qu’il faut. Comédien-né, Jean-François Vinciguerra campe un impayable Baron de Gondremarck, tandis que Cécile Lo Bianco est une belle découverte tant l’ampleur des moyens fait forte impression. Aussi hautaine au I qu’enjôleuse eu II, Laeticia Goepfert donne à Métella une épaisseur rare. De son côté, la talentueuse Amélie Robins campe une Gabrielle de haute tenue, tant pour son chant – où les aigus ravissent – que pour son allant scénique. Assumant à la fois le Brésilien et Frick, Gilles San Juan fait un sort à chacun de ses airs, dont un hilarant « Je suis le major ! ». Enfin, Julie Moragne offre une Pauline tout en grâce et légèreté, et Richard Rittelmann un sémillant Prosper. Mais il faut nommer aussi l’excellente équipe de danseurs et danseuses du Ballet Arte Danza University, qui se dépense sans compter pour assurer le show dans les nombreuses parties chorégraphiées (assurées également par Serge Manguette).

A la tête de l’Orchestre Philharmonique de Nice et du Chœur de l’Opéra de Nice, Bruno Membrey se montre particulièrement attentif au plateau, avec une battue qui laisse à la phalange méditerranéenne, sa liberté. La réussite de cette Vie parisienne est aussi là, dans cette lecture débridée et joyeuse !

 
 

________________________________________________________________________________________________

Compte-rendu, Opéra. Nice, Théâtre de l’Opéra, le 2 novembre 2019. Jacques Offenbach : La Vie parisienne. Serge Menguette / Bruno Membrey. Illustration : DR Opéra de Nice.

 
 

Compte-rendu, opéra. Avignon, Opéra-théâtre, le 26 février 2015. Jacques Offenbach : La Vie parisienne. Dominique Trottein, Nadine Duffaut

Après avoir voyagĂ© un peu partout en France et Ă  l’Ă©tranger – Toulouse, Marseille, Toulon, Reims, Saint-Etienne, Liège, Prague… – la mise en scène de La Vie parisienne imaginĂ©e par Nadine Duffaut revient dans le théâtre oĂą elle a Ă©tĂ© Ă©trennĂ©e en 2005 : l’OpĂ©ra Grand Avignon. La femme du maĂ®tre des lieux place l’action pendant les annĂ©es folles et sa proposition scĂ©nique ne manque pas d’atouts, Ă  commencer par le beau dĂ©cor stylisĂ© d’Emmanuelle Favre, Ă©lĂ©gant autant que fonctionnel. Les costumes conçus par GĂ©rard Audier sont Ă©galement superbes, bien que jouant sur une palette de couleurs très rĂ©duite : un camaĂŻeu de blanc, de noir, et de gris. Les chorĂ©graphies pensĂ©es par Laurence Fanon sont certes un peu sommaires, mais celle pendant l’air de la veuve du colonel s’avère très rĂ©ussie, de mĂŞme que celle de la tyrolienne (et la valse) qui achève le deuxième acte. Quant Ă  l’apothĂ©ose finale, elle est digne des meilleures rĂ©alisations offenbachiennes que nous ayons vues : chatoyante, virevoltante, rĂ©glĂ©e au millimètre, rien moins que spectaculaire !

 

 

 

La Vie parisienne

 

 

Entièrement francophone, la distribution rĂ©unie Ă  Avignon rend pleinement justice Ă  la partition du « petit Mozart des Champs-ElysĂ©es » : en plus de possĂ©der le physique de leur rĂ´le, tous se montrent aussi bons acteurs que chanteurs. ClĂ©mence Tilquin prĂŞte ainsi Ă  Gabrielle son timbre lumineux et fruitĂ©, tandis que la grâce de sa silhouette et l’aisance de son jeu complètent avantageusement la caractĂ©risation de la mutine gantière. Lionel Peintre est un baron de Gondremarck, plein de gouaille et de truculence, dĂ©bordant d’Ă©nergie. D’Ă©nergie, Guillaume Andrieux et Christophe Gay – alias Bobinet et Raoul de Gardefeu – n’en manquent pas non plus, et leur Ă©tonnant numĂ©ro d’acteur est un des bonheurs de la soirĂ©e. Marie-Adeline Henry campe une MĂ©tella de fière allure, sorte de « vamp » avant l’heure, tandis qu’Ingrid Perruche incarne une Baronne plus routinière. Si la rapiditĂ© du BrĂ©silien Ă©prouve quelque peu le tĂ©nor « maison » Florian Laconi, il se rattrape en revanche amplement dans les rĂ´les de Frick et de Prosper. De leur cĂ´tĂ©, AmĂ©lie Robins campe une enjĂ´leuse Pauline, Jeanne-Marie LĂ©vy une impayable Madame de Quimper-Karadec, et Violette Polchi, une pĂ©tulante Mademoiselle de Folle-Verdure. Quant au reste de la distribution – de mĂŞme que le ChĹ“ur de l’OpĂ©ra Grand Avignon -, ils n’appellent aucun reproche.

A la tĂŞte d’un pĂ©tillant Orchestre RĂ©gional Avignon Provence, Dominique Trottein – grand habituĂ© de la partition – dirige avec brio et insuffle beaucoup de vie Ă  l’ensemble. C’est tout naturellement une longue ovation que le public provençal adresse Ă  l’ensemble de l’Ă©quipe artistique au moment des saluts, et c’est avec beaucoup d’entrain que tous reprennent – Ă  moult reprises – le final endiablĂ© de l’ouvrage… En ces temps de morositĂ© ambiante, c’est toujours ça de pris !

 

 

 

Compte-rendu, opéra. Avignon, opéra-théâtre, le 26 février 2016. Jacques Offenbach : La Vie parisienne. Gabrielle : Clémence Tilquin, Metella : Marie-Adeline Henry, Pauline : Amélie Robins, Baronne de Gondremarck : Ingrid Perruche, Madame de Quimper-Karadec : Jeanne-Marie Lévy, Mademoiselle de Folle-Verdure : Violette Polchi, Léonie : Marie Simoneau, Clara : Julie Mauchamp, Louise : Wiebke Nölting, Baron de Gondremarck : Lionel Peintre, Bobinet : Guillaume Andrieux, Raoul de Gardefeu : Christophe Gay, Le Brésilien / Frick / Prosper : Florian Laconi, Urbain / Alfred : Jean-Claude Calon, Gontran : Patrice Laulan, Le douanier : Saeid Alkhouri, Alphonse : Jean-François Baron, Joseph : Xavier Seince, Le clochard : Franck Licari. Mise en scène : Nadine Duffaut, Chorégraphie : Laurence Fanon, Décors : Emmanuelle Favre, Costumes : Gérard Audier, Lumières : Philippe Grosperrin. Direction des Chœurs : Aurore Marchand. Direction musicale : Dominique Trottein. Photo © Cédric Delestrade