jeudi 24 septembre 2026

CRITIQUE, opérette. PARIS, Théâtre du Châtelet, le 12 juin 2026. OFFENBACH : La Vie parisienne. E. Lepoivre, C. Hecq, B. Lavernhe, M. Oppert… Valérie Lesort / Alexandra Cravero

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Le printemps finissait sur les rives de la Seine barbouillé de soleil dans sa traîne de semences et de pollens. Les rumeurs de la ville s’estompent dans la salle du Théâtre du Châtelet abritant tant la mémoire du théâtre musical au cœur battant de Paris. On nous annonçait une trépidante Vie parisienne d‘Offenbach avec le concours de la troupe brillante de la Comédie Française, dont certains noms reviennent dans les distributions des scènes, séries ou autres créations sur celluloïd. Et l’on était également promis à être les témoins d’une vision sans concessions de Valérie Lesort. 

 

La Vie parisienne de Jacques Offenbach partage avec Carmen de Bizet, non seulement ses librettistes, mais aussi une vision plus que cynique des rapports humains aux prises avec les passions. Carmen tourne mal et La vie parisienne sombre dans une bacchanale à la joie désenchantée qui, au XXIème siècle, demeure dans l’éducation sentimentale contemporaine de toute parisienne ou tout parisien. Il serait facile finalement de se dire que les « tubes » offenbachiens, tout comme la fausse légèreté d’un Johann Strauss, ne sont que des bulles de vin de champagne sans conséquence. 

La vision de Valérie Lesort part d’une idée plutôt juste sur le cynisme grinçant de l’œuvre et sa brutalité. En lisant ses propos dans l‘interview du programme de salle, la metteuse en scène fait état de la cruauté du livret qui le rapproche intimement de notre époque. Or, la justesse de son propos est finalement assez limitée. Sur scène sa vision est simpliste: les hommes porcins et les femmes volatiles de basse-cour. Paris est alors une porcherie ou, au mieux, un poulailler truculent. Mme Lesort s’est évertuée à souligner des rapports de force entre les personnages qui font tomber le livret dans le hors sujet. La vision générale rend cette Vie parisienne ringarde, vulgaire et passablement boulevardière, très loin sans doute de ce qu’une mise en scène subtile aurait pu apporter sans entrer dans des débats hors sujet. A trop clamer une originalité, on tombe facilement dans le commun. Cette mise en scène a renvoyé Offenbach à la pire époque des téléfilms giscardiens, tristounets et au rire enregistré en toile de fond. 

 

 

Malgré une brillante distribution de comédiennes et comédiens dont les talents ne sont pas du tout dans l’art vocal, cette Vie parisienne sombre dans un comique vaudevillesque. Rien d’infamant évidemment, nous adorons l’opéra comique ou le vaudeville, mais La Vie parisienne n’est pas du théâtre de boulevard! Dans cette interprétation outrancière et une adaptation hors sujet, le propos profond de cette fable moderne se noie dans une caricature teintée d’incarnations sans charme. Elsa Lepoivre est une Métella manquant totalement de sensualité vibrante et coquine de la grande horizontale, Benjamin Lavernhe est inexistant en Gardefeu, Christian Hecq s’en sort un peu mieux en Gondremark. Celle qui finalement réussit sur toute la ligne, tant sur le plan vocal qu’histrionique est l’excellente Marie Oppert en Gabrielle. Marie Oppert a une voix diamantée et d’une justesse formidable, elle est aussi une belle présence malgré son costume de cocotte. 

A part Marie Oppert, c’est en fosse que la magie s’opère. Alexandra Cravero mène avec audace l’Orchestre de Chambre de Paris avec une maîtrise totale du geste et des intentions. Les musiciennes et musiciens réussissent à sauver au moins l’écriture orchestrale d’Offenbach. 

En quittant le Châtelet, on a le goût amer de la déception. Cette production aurait pu porter cette Vie parisienne au XXIème siècle sans sombrer dans les non-sens qui n’ont aucune place dans un livret déjà lourd de sous-entendus. Quelle est finalement la raison d’avoir distribué des comédiens, soi-disant pour faire écho à l’intention originelle d’Offenbach? – Les comédiens du Théâtre du Palais-Royal de la création de l’œuvre dominaient l’art du couplet, ce qui n’est aucunement le cas de la troupe de la Comédie Française. Cette démarche met en porte à faux tout le monde. En parcourant les rues et les quais du Paris frétillant à l’orée de l’été, recueillons plutôt dans ses murmures les confidences qu’il veut bien nous livrer.

 

 

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CRITIQUE, opérette. PARIS, Théâtre du Châtelet, le 12 juin 2026. OFFENBACH : La Vie parisienne. E. Lepoivre, C. Hecq, B. Lavernhe, M. Oppert… Valérie Lesort / Alexandra Cravero. Crédit photographique © Thomas Amouroux

 

 

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