La Force du destin de Verdi sur Arte, ce soir. 22h20

arte_logo_2013tezier kaufmannARTE, ce soir, 22h20. Verdi: La force du destin en direct de Munich. La distribution promet vocalement un grand moment : Jonas Kaufmann, Anja Harteros et Ludovic TĂ©zier dans les rĂ´les respectifs des amants maudits fugitifs (Alvaro et Leonoara) et de celui qui les pourchasse, Carlo, le frère de Leonora. On peut certes ĂŞtre sceptique quant Ă  la complexitĂ© du livret d’après le roman alambiquĂ© de Guttierès. Mais Le traitement musical que dĂ©veloppe Verdi sème la tempĂŞte et des vertiges irrĂ©sistibles dans le cĹ“ur des protagonistes. CrĂ©Ă© fin 2013 Pour l’annĂ©e Verdi, cette production mise en scène Ă  l’OpĂ©ra de Munich par Martin Kusej accumule les dĂ©calages et les relectures provocantes qui n’aident en rien la lisibilitĂ© de l’action passablement compliquĂ©e. N’empĂŞche, l’engagement de Jonas Kaufmann qui se dĂ©die depuis plusieurs annĂ©es pour Verdi (après avoir incarnĂ© Wagner de façon remarquable : Lohengrin, Parsifal…) Ă©lève le niveau du spectacle…  RĂ©alisĂ© par Thomas Grimm (Allemagne, 150mn)… En lire + 

 

Verdi : La Forza del Destino
En direct de l’Opéra de Munich. Arte, ce soir à partir de 22h25.

 

Avec Anja Harteros, Vitalij Kowaljow, Ludovic Tézier, Jonas Kaufmann, Nadia Krasteva, Renato Girolami, Heike Grötzinger, Christian Rieger, Francesco Petrozzi, Rafal Pawnuk
Costumes : Heidi Hackl
Chœur : Chor der Bayerischen Staatsoper
Orchestre : Bayerisches Staatsorchester. Asher Fisch, direction.
Metteur en scène : Martin Kusej

 

 

 

 

Jonas Kaufmann (Alvaro) chante La Force du Destin sur Arte

kaufmann_448_jonas_kaufmannArte. Verdi : La Force du destin. Lundi 28 juillet 2014, 22h20. Créée fin 2013 pour couronner l’année Verdi  et toujours au répertoire du Bayerische Staatsoper,  la mise en scène très contemporaine de  l’Autrichien Martin Kušejse détache du chant rayonnant ciselé du ténor germanique  Jonas Kaufmann (Don Alvaro) : le chanteur donne chair et sang à son personnage d’amant maudit, pourchassé par le frère (Carlos) de celle qu’il a osé aimer puis à laquelle il a du renoncer.  Aux côtés de Jonas Kaufmann, Anja Harteros (Donna Leonora) et Ludovic Tézier (Don Carlo di Vargas).

tezier kaufmannNotre avis. Dire que le tempérament provocateur et souvent abonné à la laideur exhibitionniste de Martin Kusej agace systématiquement est un pléonasme … que confirme cette nouvelle production de Munich, l’ultime d’un rayonnement international, dédiée à l’année Verdi 2013.  Mais les directeurs de salles apprécient et favorisent même l’aiguillon des mises en scène décalées « branchées », à croire que pour eux une bonne distribution ne suffit pas. Car ici, le plateau regroupe du très bon voire du lourd. Le frère vengeur est un maffieux brut ; les religieux du II ont des mines de convertis sectisés ; et le fond historique des guerres alentour rappelle nos fronts barbares des terreurs terroristes. L’emblème de Kusej ? une horde de figurants en slip, trempant leurs membres désarticulés dans l’eau ou la terre… bien sûr. On y échappe ici.

forza del destino verdi munich kaufmann harteros verdiAnja Harteros, partenaire familière de Kaufmann chez Wagner (Elsa de Lohengrin) retrouve l’intensitĂ© franche de sa Leonora (du Trouvère) : sa jumelle Leonora de La Force convainc par son style et son incarnation, tout en finesse. Parfois trop mesurĂ©e pour un tempĂ©rament fĂ©minin portĂ© Ă  l’exaltation. Jonas Kaufmann souffle une fièvre ailĂ©e dans le personnage d’Alvaro (surtout dans l’intensitĂ© sanguine du I, plein de rebondissements et d’actions) : l’amoureux insatisfait, terrassĂ© comme sa maĂ®tresse par le poids de la culpabilitĂ©, est très engagĂ© vocalement et physiquement ; il fait de ses confrontations (trois duos colorĂ©s, caractĂ©risĂ©s, ici idĂ©alement contrastĂ©s) avec le frère de Leonora (Ludovic TĂ©zier, Ă©lĂ©gant et parfois trop raide), un choc de … titans, du moins de passions fortes contraires. Notre baryton français (TĂ©zier) reste exactement dans la ligne que nous lui connaissons : beautĂ© du chant et droiture souvent gauche sur le plan scĂ©nique. Mais ce n’est pas Kusej, directeur d’acteurs inconsistant, qui peu l’aider. La production  brille d’autant plus  vocalement que les seconds plans sont irrĂ©prochables (Preziosilla lascive en diable de Nadia Krasteva : Melitone, chant parfait de Renato Girolami, mais lĂ  encore, Kusej n’a eu aucune idĂ©e pour ce vrai rĂ´le comique et bouffon). Dommage que la direction d’Asher Fisch auquel nous devons chez Melba un Ring soyeux et dramatiquement soignĂ©, reste continĂ»ment monotone, comme dĂ©simpliquĂ©e.

 

Verdi : La Forza del Destino
Réalisé par Thomas Grimm (Allemagne, 150mn)

Avec Anja Harteros, Vitalij Kowaljow, Ludovic Tézier, Jonas Kaufmann, Nadia Krasteva, Renato Girolami, Heike Grötzinger, Christian Rieger, Francesco Petrozzi, Rafal Pawnuk

Chœur : Chor der Bayerischen Staatsoper
Orchestre : Bayerisches Staatsorchester
Chef d’orchestre : Asher Fisch
Metteur en scène : Martin Kusej
Costumes : Heidi Hackl

 

Compte rendu. Paris. OpĂ©ra Bastille, le 23 novembre 2011. Giuseppe Verdi: La Forza del destino, la force du destin. Violetta Urmana… Jean-Claude Auvray, mise en scène. Philippe Jordan, direction

Jordan PhilippeGourmand mais pas goinfre, le chef Philippe Jordan choisit de tout diriger de La Force du destin, et avec quel tact, dĂ©voilant dans ses Ă©pisodes contrastĂ©s, aux accents martiaux et mystiques tout ce qui fait l’indiscutable force de la partition qui rĂ©pond en 1861 Ă  une commande de l’OpĂ©ra de Saint-Petersbourg. Dans la nouvelle production de l’OpĂ©ra Bastille, la dramaturgie musicale portĂ©e par un orchestre somptueusement prĂ©sent souligne un peu plus ce gĂ©nie de la scène qui distingue Verdi de ses contemporains. Restitution intĂ©grale et si finement dirigĂ©e que l’enchaĂ®nement des tableaux reste fluide, en rien pesant, et ce avec d’autant plus de mĂ©rite que la distribution vocale est loin d’ĂŞtre aussi captivante.

Leçon de symphonisme verdien

Le tableau initial sans prĂ©lude instrumental pose les couleurs principales d’une production visuellement Ă©purĂ©e, efficace: c’est, pour commencer, l’exposition des deux amants maudits par la mort du père ; l’Ă©pisode sanglant rapidement brossĂ©, inscrit avant l’ouverture proprement dite, l’action dans les tĂ©nèbres tragiques et le dĂ©sespoir amer: les deux âmes sacrifiĂ©es, Leonora / Alvaro, sont dĂ©vorĂ©es par le poids de la culpabilitĂ© avant mĂŞme de prĂ©tendre ĂŞtre ensemble. Pour Leonora, ce long chemin de croix qui commence par le renoncement total au monde et aux hommes quand elle reçoit la bure en un tableau particulièrement saisissant (conclusion de la première partie) oĂą le metteur en scène Jean-Claude Auvray revisite les retables dĂ©pouillĂ©s, d’un grandiose âpre Ă  la Zurbaran; pour Alvaro, cette fuite jusqu’Ă  l’abĂ®me, perdant toute identitĂ© par l’accomplissement malgrĂ© lui de meurtres Ă  rĂ©pĂ©tition (il tue le père puis le frère de son aimĂ©e)… Dans le théâtre verdien pas de rĂ©pit pour les amoureux tendres. Pour chacun, les brĂ»lures ardentes d’une vie sacrifiĂ©e, forcĂ©e par le destin (d’oĂą le titre).

La direction d’une exceptionnelle Ă©lĂ©gance du maestro Philippe Jordan fait toute la valeur de la soirĂ©e; elle explore magistralement tous les Ă©pisodes variĂ©s d’une fresque souvent spectaculaire (chĹ“urs omniprĂ©sents, aux visages divers: soldats, buveurs, moines…), alternant intimitĂ© de l’intrigue des amants maudits, burlesque dĂ©sopilant (pointes humoristiques des saynètes oĂą Verdi ajoute la figure du moine Melitone, prĂ©figuration du sacristain chez Tosca de Puccini)…

Pourquoi avoir choisi la mezzo Violetta Urmana dans un rĂ´le qui exige des aigus angĂ©liques, brĂ»lures lumineuses et enivrĂ©es d’une âme constamment sacrifiĂ©e et douloureuse? Pour elle, la plainte extatique des femmes martyrs qui donne tout son sens Ă  la scène quand elle devient ermite après une très belle confrontation avec le Père supĂ©rieur… HĂ©las, la cantatrice par ailleurs excellente force vocale dans Le Château de Barbe bleue, entre autres, crie des aigus tendus et dĂ©timbrĂ©s qui devraient plutĂ´t caresser voire hypnotiser; avec le recul, on comprend combien Leonora n’appartient plus au monde terrestre: c’est un ĂŞtre inadaptĂ© qui cherche vainement Ă  prendre racine comme ermite; et mĂŞme le style de la cantatrice reste Ă©tranger aux vertiges des grandes mystiques. OĂą est la cantilène de la femme blessĂ©e terrassĂ©e qui a soif de puretĂ© et de paix? Avec le tĂ©nor Zoran Todorovich (qui remplace Marcello Alvarez, initialement prĂ©vu dans le rĂ´le d’Alvaro), tendu, serrĂ©, rien qu’appliquĂ©, le plateau vocal devient carrĂ©ment … bancal.

Et c’est du cĂ´tĂ© des comprimari (seconds rĂ´les) que les bonnes surprises paraissent: excellent franciscain dĂ©bonnaire dĂ©lurĂ© Melitone de Nicola Alaimo ; belle prestance morale du Père supĂ©rieur Guardanio grâce Ă  la tenue impeccable du baryton Kwangchul Youn.

Le reste de la distribution (Preziosilla, Carlo…) reste bien terne quand il y a dans l’action noire et chahutĂ©e, en Espagne puis en Italie, des Ă©clairs picaresques, des individualitĂ©s marquantes qui animent avec force ce qui n’aurait pu ĂŞtre sans la musique de Verdi, qu’un grand opĂ©ra romanesque passablement confus.

Qu’on ne s’y trompe pas, le vĂ©ritable moteur ici, Ă  dĂ©faut d’un couple Leonora / Alvaro vocalement fulgurant, est l’orchestre maison, superbement dirigĂ©, et avec quelle classe, plus Ă©tincelant et poète que jamais par le directeur musical Philippe Jordan. Car les vrais champions de cette soirĂ©e demeurent les instrumentistes: d’un souffle impĂ©rial dès l’ouverture jouĂ©e après le premier tableau du meurtre du marquis de Vargas; habitĂ© par l’esprit du fatum, ciselant morsures tragiques et ivresses attendries des cordes, le chef Philippe Jordan offre les fruits d’un travail riche en phrasĂ©s subtils, en nuances saisissantes, en couleurs et options agogiques particulièrement captivantes; oĂą ailleurs Ă©couter ce solo de violon accompagnant la conversion de Leonora avec un tel aplomb musical, un tel Ă©clat dramaturgiquement pertinent? PlacĂ© Ă  un moment clĂ© de la partition, le brillant Ă©clair solistique annonce un autre accomplissement du genre Ă  l’opĂ©ra: rien de moins que l’exquise mĂ©ditation de ThaĂŻs de Massenet.
En somme une soirĂ©e de symphonisme verdien d’une indiscutable maitrise… Et qui nous rappelle ce feu racĂ© et nerveux du chef Carlo Rizzi pour un Don Carlo anthologique (production prĂ©sentĂ©e aussi Ă  Bastille mais avec une superbe distribution hĂ©las absente ici, en fĂ©vrier et mars 2010). Que la fosse parisienne ait d’Ă©videntes affinitĂ©s avec la flamme verdienne, voilĂ  une constatation qui se confirme Ă  nouveau ce soir.

Paris. OpĂ©ra Bastille, le 23 novembre 2011. Verdi: “La Forza del destino” (La force du destin). Jusqu’au 17 dĂ©cembre 2011. TĂ©l. : 08-92-89-90-90. De 5 € Ă  180 €. Violeta Urmana, Leonora. Zoran Todorovich, Alvaro. Vladimir Stoyanov, Carlo. Nadia Krasteva, Preziosilla. Kwangchul Youn, Padre Guardiano. Nicola Alaimo, fra Melitone. ChĹ“ur et orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris. Philippe Jordan, direction. Jean-Claude Auvray, mise en scène.