TOURCOING. THE FAIRY QUEEN, nouvelle production

VISUEL-FAIRY-QUEENTOURCOING. PURCELL : Fairy Queen, les 24, 25, 27 fev 2022. Purcell conçoit avec cette Ɠuvre fĂ©Ă©rique son plus grand succĂšs. InspirĂ© du Songe d’une nuit d’étĂ© de Shakespeare, The Fairy Queen est un semi-opĂ©ra. Il s’agit d’une forme hybride mĂȘlant habilement thĂ©Ăątre, musique, chant et danse. L’envoĂ»tement de Titania, la reine des fĂ©es, sera Ă  l’origine de bien des tourments, pour les couples d’amoureux et pour la troupe d’artisans qui prĂ©parent la tragĂ©die Pyrame et ThisbĂ©. Tout cela dans une forĂȘt enchantĂ©e peuplĂ©e de fĂ©es et d’elfes… que le roi ObĂ©ron et son serviteur zĂ©lĂ©, Puck, bouleverse par vengeance. VoilĂ  pourquoi aprĂšs une nuit agitĂ©e, riche en transformations et quiproquos divers, il faut bien le ballet des saisons pour rĂ©tablir l’harmonie initiale. AprĂšs L’Étoile de Chabrier, Jean-Philippe Desrousseaux (mise en scĂšne) et Alexis Kossenko (direction musicale), abordent un autre univers onirique, loufoque, fantaisiste, fĂ©Ă©rique ! EnsorcelĂ©e, Titania conduit Ă  une fantaisie amoureuse, dĂ©lirante oĂč l’illusion et le rĂȘve dĂ©fient la rĂ©alitĂ©. Une scĂšne thĂ©Ăątrale hors normes en dĂ©coule et un expĂ©rience inĂ©dite pour le spectateur. D’autant plus que le mĂ©lomane dĂ©couvre l’orchestre de Purcell, reconstituĂ© selon les sources historiques : opulent et articulĂ©, colorĂ© et raffinĂ©. Photos : © FrĂ©dĂ©ric Iovino / Atelier Lyrique de Tourcoing 2022

 

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TOURCOING, Théùtre Municipal R. Devosboutonreservation
Jeudi 24 fĂ©vrier 2022 – 20h
Vendredi 25 fĂ©vrier 2022 – 20h
Dimanche 27 fĂ©vrier 2022 – 15h30
INFOS : https://www.atelierlyriquedetourcoing.fr/the-fairy-queen-24-25-27-fevrie-2022/

RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Atelier Lyrique de Tourcoing
https://web.digitick.com/the-fairy-queen-spectacle-opera-css5-atelierlyriquedetourcoingweb-pg51-ei817795.html

 

 

 

 

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NOTRE AVIS – POURQUOI NE PAS MANQUER CE SPECTACLE ? : Le regard de Jean-Philippe Desrousseaux sur l’un des chefs d’oeuvre du Purcell le plus accompli, allie poĂ©sie, satire, facĂ©tie : c’est un vrai portrait Ă  charge de la royautĂ© anglaise actuelle qui se lit avec irrĂ©vĂ©rence et drĂŽlerie ; y compris l’esprit du guignol britannique (scĂšne des marionnettes ” Punch & Judy”!)
 la princesse Diana (incarnĂ©e par le chanteur qui joue Puck), le prince Charles, sans omettre Boris Johnson (et son brexit) et une impayable Margaret Thatcher, forcenĂ©e du thĂ© et danseuse rude (excellent danseur Steven Player dont les pitreries millimĂ©trĂ©es et le sens du rythme sont irrĂ©sistibles)
 chacun en prend pour son grade ; il n’est que la Queen Elisabeth qui se maintienne, hors sĂ©ances de ronflements, passablement inconvenants. Les comĂ©diens et leurs couples croisĂ©s (Hermia / Lysandre – Helena / Demetrius) sont bien prĂ©sents (jouĂ©s par 4 acteurs comĂ©diens et chanteurs) ; saluons le personnage de la bonne, le couple Oberon et surtout Titania qui allie grĂące et mĂȘme profondeur (superbe air tragique aprĂšs l’intermĂšde des 4 Saisons) ; dans la fosse, Alexis Kossenko qui dirige Les Ambassadeurs – La Grande Ecurie et place le continuo sur scĂšne (au plus proche des chanteurs), manie habilement les dosages et mĂ©langes de timbres afin de restituer cette chair onctueuse et Ă©lĂ©gantissime qui manque souvent, et qui impose ici une superbe pĂąte sonore : celle du grand Purcell qui revivifie la leçon thĂ©Ăątrale et poĂ©tique de Shakespeare en une alchimie virtuose alliant musique française (Lullyste) et italienne, que complĂšte la frĂ©nĂ©sie de danses endiablĂ©es, authentiquement british ! Nouvelle production Ă©vĂ©nement Ă  Tourcoing.

 

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PURCELL Henry (1659-1695)
The Fairy queen (La reine des fées)
Semi-opéra en cinq actes
Créé le 2 mai 1692 au Dorset Garden Theatre (Théùtre de la Reine) à Londres
Livret anonyme d’aprĂšs Le Songe d’une nuit d’étĂ© de Shakespeare

Direction musicale: Alexis Kossenko
Mise en scĂšne: Jean-Philippe Desrousseaux
Chorégraphies, danseur et guitariste: Steven Player
DĂ©cor: Jean-Philippe Desrousseaux
Scénographie, lumiÚres: François-Xavier Guinnepain
CrĂ©ation des marionnettes : Petr et Katia Ƙezáč

Un professeur d’Oxford, ObĂ©ron : Robert Getchell, alto
La bonne : Rachel Redmond, soprano
Steven Player : danseur et guitariste
Une Ă©tudiante d’Oxford / Titania : Coline Dutilleul, mezzo-soprano
Boris Johnson / Egeus : Alain Buet, basse
Lady Di / Puck : Benedict Hymas, ténor
Elizabeth II, reine d’Angleterre : Chantal Cousin, mezzo
Coing / Démétrius : Vincent Violette, comédien
DerriĂšre / Lysandre : Victor Duclos, baryton
Mortdefaim / Hermia : Linfeng Zhu baryton

Les Ambassadeurs ~ La Grande Écurie
Nouvelle production Atelier Lyrique de Tourcoing
Durée : env. 2H30 (+ entracte 20mn)

 

 

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Approfondir

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UNE SEULE NUIT DE FOLIE
 Semi-opĂ©ra composĂ© et crĂ©Ă© en 1692, The Fairy Queenpurcell Henry-Purcell-400-250 de Purcell adapte l’intrigue amoureuse de Shakespeare telle qu’énoncĂ©e dans son Songe d’une nuit d’étĂ© (piĂšce Ă©crite presque 1 siĂšcle auparavant, crĂ©Ă© en 1596). S’y imbriquent 3 actions dans la forĂȘt enchantĂ©e, labyrinthe sentimental oĂč se perdent les Ăąmes, se croisent les attractions naguĂšre Ă©teintes ou impossibles
 d’abord, l’opposition entre la Reine des fĂ©es Titania et son Ă©poux ObĂ©ron ; puis les 2 couples d’acteurs athĂ©niens venus rĂ©pĂ©ter une piĂšce sur le sujet amoureux et tragique de Pyrame et ThisbĂ©, thĂ©Ăątre dans le thĂ©Ăątre
 L’intrigue tend Ă  sĂ©parer ce que l’amour a tissĂ© : Hermia, destinĂ©e Ă  Demetrius, est Ă©prise de Lysandre, quand Helena aime Demetrius
 Hermia et Lysandre s’enfuient dans la forĂȘt, poursuivis par Demetrius, lui-mĂȘme traquĂ© par
 Helena.
Hermia devra-t-elle nĂ©anmoins Ă©pouser Demetrius selon l’ordre de son pĂšre EgĂ©e qui est dĂ©fendu par le duc d’AthĂšnes, ThĂ©sĂ©e ?
Toute l’action prĂ©cipitĂ©e, imbriquĂ©e se dĂ©roule et se dĂ©noue dans la continuitĂ© d’une seule nuit.

Proche du dĂ©roulement de la piĂšce shakespearienne, Purcell enchaĂźne des tableaux a priori divers et sans lien rĂ©el (en cela trĂšs fidĂšle Ă  l’esprit dĂ©lirant voire surrĂ©aliste de Shakespeare : le figure de l’ñne Bottom, la denriĂšre tirade de Puck qui referme l’action comme s’il s’agissait d’un rĂȘve ou d’un « mauvais somme »), mais la musique (ciselĂ©e, profonde, raffinĂ©e, trĂšs italienne, relevant de la derniĂšre maniĂšre de Purcell), la tendresse enivrĂ©e des choeurs, la place de l’illusion comme de l’enchantement, autant de rĂ©flexions sur les vertiges de l’amour
, assurent une cohĂ©rence des sĂ©quences, rattachĂ©s tous Ă  l’emprise, la dĂ©raison produits par l’amour, ses ravages, sa souveraine puissance sur les cƓurs impuissants, dĂ©munis.

 

 

 

 

 

SYNOPSIS des 5 actes

1. Epoux jaloux,Titania et Oberon se disputent la propriĂ©tĂ© d’un jeune page indien. 2 fĂ©es (sopranos) cĂ©lĂšbrent le charme de la campagne (« Come, come, come, come, let us leave the town ») ; elles moquent l’ivresse dĂ©lirante d’un poĂšte Ă©thylique (basse : « Fill up the bowl »)

2. Pour semer la confusion dans les cƓurs, Oberon ordonne Ă  Puck, esprit facĂ©tieux et moqueur, d’user de la magie d’une fleur dont le suc est enchantĂ© car elle a reçu la flĂšche de Cupidon : en oignant les yeux de chaque victime, celle-ci tombe amoureuse du premier ĂȘtre croisé  (ainsi de Lysandre et de Titania); le monde des fĂ©es s’abandonne au sommeil Ă  travers plusieurs tableaux oniriques : Nuit (“See, even Night”), MystĂšre (“Mystery’s song”), Secret (“One charming night”) et Sommeil (“Hush, no more, be silent all”)

3. Titania s’éprend de l’ñne Bottom (comme Lysandre s’est Ă©pris d’Helena, Ă  la stupĂ©faction d’Hermia
 pire des scĂ©narios); une nymphe chante illusions et tourments de l’amour (« If love’s a sweet passion »). Oberon verse le suc sur les yeux de Demetrius qui s’amourache
 d’Helena. Ainsil la rejetĂ©e du dĂ©but devient le sujet des Ă©lans de deux hommes). La reine et son Ăąne d’amour son divertis par le duo Corydon et Mopsa.

4. La nuit va bientÎt faire place au jour : Oberon lÚve les sortilÚges. Pour son anniversaire, il désenvoûte les 2 athéniens, et Titania. Tableau des 4 saisons (divertissement).

5. Paraissent ThĂ©sĂ©e qui dĂ©couvrent l’intrigue des amants dans la forĂȘt. Chacun expose la mĂ©tamorphoses qui s’est opĂ©ras pendant cette nuit de folie : Lysandre aime Hermia ; et fait nouveau, Demetrius ne dĂ©sire qu’Helena. Plusieurs chanteuses paraissent : Junon, une femme plaintive, deux couples de chinois dont le dernier chante les vertus de l’Hymen, assurant (morale du drame) que le mariage s’impose Ă  tous comme garante de toutes unions, (cĂ©lĂ©bration Ă  peine masquĂ©e aux souverains William et Marie…

 

 

VOIR The Fairy Queen de PURCELL
Harnoncourt, 2017
https://www.youtube.com/watch?v=KFnLmmur1ZA
Distribution
Soprano – Dorothea Röschmann
Soprano – Martina JankovĂĄ
Mezzo-soprano – Elisabeth von Magnus
Countertenor – Terry Wey
Tenor – Joshua Ellicott
Bass – Florian Boesch

 

 

 

 

 

 

Compte rendu, opĂ©ra. La Rochelle. La Coursive, le 18 novembre 2015. Mozart : Le nozze di Figaro, opĂ©ra en quatre actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte tirĂ© de la piĂšce d’Auguste Caron de Beaumarchais : Le mariage de Figaro ou la folle journĂ©e. Yuri Kissin, Figaro ; Camille Poul, Susanna ; Thomas DoliĂ©, il conte d’Almaviva ; Diana Axentii, la contessa d’Almaviva
 Orchestre Les Ambassadeurs. Alexis Kossenko, direction

Mozart : Les Noces de Figaro. L'opĂ©ra des femmes ?Ayant migrĂ© de l’hĂŽtel Saint-Nicolas, oĂč nous avons rencontrĂ© deux des chanteurs de la distribution, vers La Coursive, le thĂ©Ăątre de La Rochelle, nous avons pris place dans la grande salle oĂč, Ă  notre arrivĂ©e, les musiciens s’installaient dans la fosse l’un aprĂšs l’autre pour accorder leurs instruments. La reprĂ©sentation de ce mercredi 18 novembre est la quatriĂšme d’une tournĂ©e qui compte vingt quatre dates dont plusieurs Ă  l’Ă©tranger. Pour ce dĂ©but de tournĂ©e, Emmanuelle De Negri initialement invitĂ©e pour chanter le rĂŽle de Susanna est remplacĂ©e par la jeune soprano Camille Poul.

Noces pétillantes à La Rochelle

La mise en scĂšne de ces Noces de Figaro a Ă©tĂ© confiĂ©e au bulgare Galin Stoev. S’il transpose l’action dans une SĂ©ville qui se situe quelque part au XXe siĂšcle, la direction d’acteurs et la scĂ©nographie sont dĂ©cortiquĂ©s scĂšne par scĂšne. Ainsi le caractĂšre et la personnalitĂ© de chaque personnage apparaĂźt dans leurs gestes et attitudes. Ainsi les sentiments contradictoires du quatuor principal ne transparaissent pas seulement dans leur chant mais aussi sur leurs visages; Les personnages secondaires ne sont pas oubliĂ©s pour autant. La volontĂ© d’ingĂ©rence de Basilio dans les affaires d’autrui est plus visible que de coutume, le bĂ©gaiement de Curzio est exagĂ©rĂ©ment accentuĂ©. Quant au couple Marcellina/Bartolo, il est Ă  la fois parfaitement retors et totalement humain; et si ChĂ©rubin est un incorrigible dragueur, il n’oublie pas de rester un adolescent ; il en est de mĂȘme pour Barberine. Pour autant la scĂšne du mariage a telle bien sa place dans une piscine, aussi factice soit elle ? Si certains costumes, comme le pantalon orange de Basilio ou l’ensemble dĂ©tonnant de Marcellina, sont parfois un peu voyants, ils correspondent plutĂŽt bien aux personnages (costume/cravate, robe et tablier de soubrette, ensemble bleu 
).

Les dĂ©cors sont assez rĂ©ussis et les cabines en plexiglass amovibles qui permettent d’accentuer encore les situations en permettant aux personnages d’aller et venir Ă  volontĂ© : le comte qui court aprĂšs tout ce qui a une jupe, ChĂ©rubin incorrigible garnement, Susanna rangeant le linge de sa patronne, la comtesse languissante et rĂ©voltĂ©e, secouĂ©e par le rĂ©cit de sa servante se fondent bien dans l’ensemble… Pendant toute la soirĂ©e, on voit que l’intense travail de rĂ©pĂ©tition avec les chanteurs de la distribution porte ses fruits. Quant aux vidĂ©os qui jalonnent la production, elles ne sont pas toujours trĂšs heureuses : quelle Ă©trange idĂ©e d’associer ChĂ©rubin Ă  une gymnaste rĂ©alisant un exercice au ruban pendant le «Non so piu cosa son, cosa faccio». Un peu Ă©tonnante aussi l’idĂ©e de reprendre des images du mariage du prince Charles et de lady Diana lorsque la comtesse chante «Porgi Amor»; en effet, quitte Ă  reprendre des images de grand mariage, il en existe sans doute de plus appropriĂ©es qu’un mariage royal.

Sur le plateau, la distribution rĂ©unie est jeune, dynamique, soudĂ©e. Dans le rĂŽle de Figaro c’est le jeune Yuri Kissin qui a Ă©tĂ© invitĂ© par les responsables de la tournĂ©e; d’origine russe, Yuri Kissin possĂšde une voix ronde, chaude, large, chaleureuse, Ă  la tessiture large qui correspond parfaitement au rĂŽle. Le jeune baryton assume crĂąnement un rĂŽle difficile comprenant trois grands airs chantĂ©s avec une assurance et une maĂźtrise remarquables. La Susanna de Camille Poul est une jeune femme de caractĂšre; dĂ©terminĂ©e Ă  ne pas se laisser mener par le bout du nez, que ce soit par Figaro ou par le comte, elle n’hĂ©site pas Ă  s’allier avec sa patronne puis avec Marcellina, aprĂšs que cette derniĂšre ait reconnu en Figaro, son fils enlevĂ© quand il Ă©tait bĂ©bĂ©; Susanne est une femme de caractĂšre qui agit pour obtenir ce qu’elle veut : Ă©pouser l’homme qu’elle aime. On ne peut que saluer la trĂšs belle performance de la jeune soprano qui remplaçant Emmanuelle de Negri au pied levĂ© ; elle a appris le rĂŽle et la mise en scĂšne quasiment en une dizaine de jours. La voix de la jeune femme est ferme et parfaitement maĂźtrisĂ©e aussi bien dans l’air des pins que dans les ensembles. La dĂ©couverte de la soirĂ©e est bien Diana Axentii dans le rĂŽle de la Comtesse; l’artiste d’origine moldave qui avait jusqu’Ă  tout rĂ©cemment menĂ© une belle carriĂšre de mezzo (elle a dĂ©jĂ  chantĂ© le rĂŽle de ChĂ©rubin dans d’autres productions), change de tessiture et de rĂ©pertoire. Il s’agit donc pour elle d’une prise de rĂŽle trĂšs importante, plutĂŽt rĂ©ussie dans l’ensemble mĂȘme s’il y a quelques micro-coupures dans les airs et des aigus pas toujours trĂšs nets. NĂ©anmoins la jeune femme affronte avec beaucoup d’aplomb un rĂŽle qui lui correspond. Un jeune talent Ă  suivre. Face Ă  la comtesse d’Axentii se trouve un autre jeune baryton : Thomas DoliĂ©; lui aussi montre une santĂ© insolente et son comte est arrogant. Son dĂ©sir fou pour la servante de son Ă©pouse et sa morgue en diable le conduisent cependant droit dans le piĂšge que les deux femmes lui tendent pour se venger de son outrecuidance. Si dans les ensembles, il s’impose aisĂ©ment, DoliĂ© chante l’air qui lui est dĂ©volu «Hai gia vinta la causa? 
 Vedro mentr’io sospiro» sans la moindre faiblesse, Ă  l’Ă©gal des plus grands : finesse, puissance, nuances. Dans les rĂŽles secondaires, saluons le ChĂ©rubin juvĂ©nile d’Ambroisine BrĂ© (toujours Ă©tudiante au Conservatoire de Musique et de Danse de Paris). SalomĂ© Haller et FrĂ©dĂ©ric Caton campent de trĂšs beaux Marcellina et Bartolo; quant Ă  Eric Vignau, dont nous avons Ă  plusieurs reprises saluĂ© le talent de comĂ©dien, il est inĂ©narrable en Don Basilio et Don Curzio. HĂ©lĂšne Walter est une Barberine Ă  la fois pĂ©tillante et Ă©mouvante; son «L’ho perduta» est joliment chantĂ©.

Dans la fosse, l’orchestre Les Ambassadeurs avec son chef et fondateur Alexis Kossenko se distinguent. Excellent musicien, le chef a fait travailler ses chanteurs et son orchestre avec une prĂ©cision et une rigueur inĂ©galables; chaque mesure, chaque page de la partition est dĂ©cortiquĂ©e, Ă©tudiĂ©e et reprise sans rĂ©pit jusqu’Ă  ce que le chef obtienne le rĂ©sultat souhaitĂ©. En effet, ainsi que nous le disait Eric Vignau dans le courant de l’aprĂšs midi, Alexis Kossenko est trĂšs attachĂ© au respect de la partition et «nous faisait travailler et retravailler jusque dans les silences de nos personnages.». Le rĂ©sultat dĂ©passe les espĂ©rances du jeune chef dont les musiciens suivent la battue prĂ©cise, claire, dynamique.

La rĂ©union de tous ces talents autour des Noces de Figaro donne naissance Ă  une production trĂšs rĂ©ussie : de belles et jeunes voix prometteuses associĂ©es aux vĂ©tĂ©rans que sont Eric Vignau et FrĂ©dĂ©ric Caton, un chef exigeant et talentueux et une mise en scĂšne menĂ©e tambour battant par Galin Stoev qui rĂ©alise lĂ  sa premiĂšre approche d’un opĂ©ra.

Compte rendu, opĂ©ra. La Rochelle. La Coursive, le 18 novembre 2015. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Le nozze di Figaro, opĂ©ra en quatre actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte tirĂ© de la piĂšce d’Auguste Caron de Beaumarchais Le mariage de Figaro ou la folle journĂ©e. Yuri Kissin, Figaro, Camille Poul, Susanna, Thomas DoliĂ©, il conte d’Almaviva, Diana Axentii, la contessa d’Almaviva, Ambroisine BrĂ©, Cherubino, FrĂ©dĂ©ric Caton, Bartolo/Antonio, SalomĂ© Haller, Marcellina, Eric Vignau, Don Basilio/Don Curzio, HĂ©lĂšne Walter, Barbarina. Orchestre Les Ambassadeurs. Alexis Kossenko, direction. Galin Stoev, mise en scĂšne, Alban Ho Van, scĂ©nographie, Dephine Brouard, costumes, Elsa Revel, lumiĂšres, ClĂ©ment Debailleul, vidĂ©o.