Compte rendu, opéra. La Rochelle. La Coursive, le 18 novembre 2015. Mozart : Le nozze di Figaro, opéra en quatre actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte tiré de la pièce d’Auguste Caron de Beaumarchais : Le mariage de Figaro ou la folle journée. Yuri Kissin, Figaro ; Camille Poul, Susanna ; Thomas Dolié, il conte d’Almaviva ; Diana Axentii, la contessa d’Almaviva… Orchestre Les Ambassadeurs. Alexis Kossenko, direction

Mozart : Les Noces de Figaro. L'opéra des femmes ?Ayant migré de l’hôtel Saint-Nicolas, où nous avons rencontré deux des chanteurs de la distribution, vers La Coursive, le théâtre de La Rochelle, nous avons pris place dans la grande salle où, à notre arrivée, les musiciens s’installaient dans la fosse l’un après l’autre pour accorder leurs instruments. La représentation de ce mercredi 18 novembre est la quatrième d’une tournée qui compte vingt quatre dates dont plusieurs à l’étranger. Pour ce début de tournée, Emmanuelle De Negri initialement invitée pour chanter le rôle de Susanna est remplacée par la jeune soprano Camille Poul.

Noces pétillantes à La Rochelle

La mise en scène de ces Noces de Figaro a été confiée au bulgare Galin Stoev. S’il transpose l’action dans une Séville qui se situe quelque part au XXe siècle, la direction d’acteurs et la scénographie sont décortiqués scène par scène. Ainsi le caractère et la personnalité de chaque personnage apparaît dans leurs gestes et attitudes. Ainsi les sentiments contradictoires du quatuor principal ne transparaissent pas seulement dans leur chant mais aussi sur leurs visages; Les personnages secondaires ne sont pas oubliés pour autant. La volonté d’ingérence de Basilio dans les affaires d’autrui est plus visible que de coutume, le bégaiement de Curzio est exagérément accentué. Quant au couple Marcellina/Bartolo, il est à la fois parfaitement retors et totalement humain; et si Chérubin est un incorrigible dragueur, il n’oublie pas de rester un adolescent ; il en est de même pour Barberine. Pour autant la scène du mariage a telle bien sa place dans une piscine, aussi factice soit elle ? Si certains costumes, comme le pantalon orange de Basilio ou l’ensemble détonnant de Marcellina, sont parfois un peu voyants, ils correspondent plutôt bien aux personnages (costume/cravate, robe et tablier de soubrette, ensemble bleu …).

Les décors sont assez réussis et les cabines en plexiglass amovibles qui permettent d’accentuer encore les situations en permettant aux personnages d’aller et venir à volonté : le comte qui court après tout ce qui a une jupe, Chérubin incorrigible garnement, Susanna rangeant le linge de sa patronne, la comtesse languissante et révoltée, secouée par le récit de sa servante se fondent bien dans l’ensemble… Pendant toute la soirée, on voit que l’intense travail de répétition avec les chanteurs de la distribution porte ses fruits. Quant aux vidéos qui jalonnent la production, elles ne sont pas toujours très heureuses : quelle étrange idée d’associer Chérubin à une gymnaste réalisant un exercice au ruban pendant le «Non so piu cosa son, cosa faccio». Un peu étonnante aussi l’idée de reprendre des images du mariage du prince Charles et de lady Diana lorsque la comtesse chante «Porgi Amor»; en effet, quitte à reprendre des images de grand mariage, il en existe sans doute de plus appropriées qu’un mariage royal.

Sur le plateau, la distribution réunie est jeune, dynamique, soudée. Dans le rôle de Figaro c’est le jeune Yuri Kissin qui a été invité par les responsables de la tournée; d’origine russe, Yuri Kissin possède une voix ronde, chaude, large, chaleureuse, à la tessiture large qui correspond parfaitement au rôle. Le jeune baryton assume crânement un rôle difficile comprenant trois grands airs chantés avec une assurance et une maîtrise remarquables. La Susanna de Camille Poul est une jeune femme de caractère; déterminée à ne pas se laisser mener par le bout du nez, que ce soit par Figaro ou par le comte, elle n’hésite pas à s’allier avec sa patronne puis avec Marcellina, après que cette dernière ait reconnu en Figaro, son fils enlevé quand il était bébé; Susanne est une femme de caractère qui agit pour obtenir ce qu’elle veut : épouser l’homme qu’elle aime. On ne peut que saluer la très belle performance de la jeune soprano qui remplaçant Emmanuelle de Negri au pied levé ; elle a appris le rôle et la mise en scène quasiment en une dizaine de jours. La voix de la jeune femme est ferme et parfaitement maîtrisée aussi bien dans l’air des pins que dans les ensembles. La découverte de la soirée est bien Diana Axentii dans le rôle de la Comtesse; l’artiste d’origine moldave qui avait jusqu’à tout récemment mené une belle carrière de mezzo (elle a déjà chanté le rôle de Chérubin dans d’autres productions), change de tessiture et de répertoire. Il s’agit donc pour elle d’une prise de rôle très importante, plutôt réussie dans l’ensemble même s’il y a quelques micro-coupures dans les airs et des aigus pas toujours très nets. Néanmoins la jeune femme affronte avec beaucoup d’aplomb un rôle qui lui correspond. Un jeune talent à suivre. Face à la comtesse d’Axentii se trouve un autre jeune baryton : Thomas Dolié; lui aussi montre une santé insolente et son comte est arrogant. Son désir fou pour la servante de son épouse et sa morgue en diable le conduisent cependant droit dans le piège que les deux femmes lui tendent pour se venger de son outrecuidance. Si dans les ensembles, il s’impose aisément, Dolié chante l’air qui lui est dévolu «Hai gia vinta la causa? … Vedro mentr’io sospiro» sans la moindre faiblesse, à l’égal des plus grands : finesse, puissance, nuances. Dans les rôles secondaires, saluons le Chérubin juvénile d’Ambroisine Bré (toujours étudiante au Conservatoire de Musique et de Danse de Paris). Salomé Haller et Frédéric Caton campent de très beaux Marcellina et Bartolo; quant à Eric Vignau, dont nous avons à plusieurs reprises salué le talent de comédien, il est inénarrable en Don Basilio et Don Curzio. Hélène Walter est une Barberine à la fois pétillante et émouvante; son «L’ho perduta» est joliment chanté.

Dans la fosse, l’orchestre Les Ambassadeurs avec son chef et fondateur Alexis Kossenko se distinguent. Excellent musicien, le chef a fait travailler ses chanteurs et son orchestre avec une précision et une rigueur inégalables; chaque mesure, chaque page de la partition est décortiquée, étudiée et reprise sans répit jusqu’à ce que le chef obtienne le résultat souhaité. En effet, ainsi que nous le disait Eric Vignau dans le courant de l’après midi, Alexis Kossenko est très attaché au respect de la partition et «nous faisait travailler et retravailler jusque dans les silences de nos personnages.». Le résultat dépasse les espérances du jeune chef dont les musiciens suivent la battue précise, claire, dynamique.

La réunion de tous ces talents autour des Noces de Figaro donne naissance à une production très réussie : de belles et jeunes voix prometteuses associées aux vétérans que sont Eric Vignau et Frédéric Caton, un chef exigeant et talentueux et une mise en scène menée tambour battant par Galin Stoev qui réalise là sa première approche d’un opéra.

Compte rendu, opéra. La Rochelle. La Coursive, le 18 novembre 2015. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Le nozze di Figaro, opéra en quatre actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte tiré de la pièce d’Auguste Caron de Beaumarchais Le mariage de Figaro ou la folle journée. Yuri Kissin, Figaro, Camille Poul, Susanna, Thomas Dolié, il conte d’Almaviva, Diana Axentii, la contessa d’Almaviva, Ambroisine Bré, Cherubino, Frédéric Caton, Bartolo/Antonio, Salomé Haller, Marcellina, Eric Vignau, Don Basilio/Don Curzio, Hélène Walter, Barbarina. Orchestre Les Ambassadeurs. Alexis Kossenko, direction. Galin Stoev, mise en scène, Alban Ho Van, scénographie, Dephine Brouard, costumes, Elsa Revel, lumières, Clément Debailleul, vidéo.

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