CD. Rameau : Les Indes Galantes (Hugo Reyne, 2013)

rameau-les-indes-galantes-hugo-reyne-simphonie-marais-cd-CD. Rameau : Les Indes Galantes (Hugo Reyne, 2013)… Parlons de l’Ĺ“uvre d’abord. S’il y a bien un “cas” Hippolyte et Aricie, scandale retentissant et coup de gĂ©nie sur la scène lyrique et tragique en 1733, il y eut bien un nouvel accomplissement tout autant capital dans l’art français avec Les Indes Galantes de 1735/1736…. Au dĂ©but des annĂ©es 1730, le quinqua Rameau y renouvelle considĂ©rablement le genre de l’opĂ©ra ballet lĂ©guĂ© par Lully et Campra (L’Europe Galante de 1697), mais le Dijonais va plus loin et ose plus fort : la galanterie ici unit les parties disparates (les quatre entrĂ©es), et la danse unifie le propos avec l’essor du ballet hĂ©roĂŻque et d’action.

 

 

 

Hugo Reyne souligne l’Ă©clat poĂ©tique des Indes Galantes de Rameau

Live viennois enthousiasmant

 

Mais, exigence du sens oblige, et soucieux d’une dramaturgie pas que dĂ©corative, Rameau et son librettiste Fuzelier, dĂ©veloppent aussi une satire de la sociĂ©tĂ© française (comme l’a fait Montesquieu dans ses Lettres persanes de 1721) : sous couvert de badinerie exotique (Les Indes sont orientales donc persanes, mais aussi occidentales, donc des AmĂ©riques), les deux satiristes pourfendeurs tendent le miroir (comme dans PlatĂ©e) Ă  leurs contemporains, et Rameau si peu courtisan et frappĂ© de luciditĂ© quant Ă  la comĂ©die humaine, y Ă©pingle les travers les plus ignobles du genre humain. L’homme en sociĂ©tĂ© est un monstre que la candeur et l’innocence du bon sauvage sait dĂ©noncer par contraste. La sociabilitĂ© corrompt le coeur humain que la musique de l’enchanteur Rameau sait retrouver Ă  sa source : le prĂ©texte exotique et le registre amoureux et tendre permettent de rĂ©aliser cette miraculeuse redĂ©couverte. Un retour aux sources d’une certaine manière que la magie d’une musique enchanteresse rĂ©active.

Au dĂ©sir et Ă  la magie de l’effusion partagĂ©e, Rameau imagine un dĂ©lire naturaliste pur avec l’entrĂ©e des Fleurs oĂą l’orientalisme persan du propos (la rose Ă©prouvĂ©e par BorĂ©e est guĂ©rie par ZĂ©phire) offre un canevas poĂ©tique absolu. De mĂŞme, dans Le Turc gĂ©nĂ©reux, le compositeur sait glisser une tempĂŞte naturelle : aboutissement des recherches de Rameau sur l’Ă©vocation des phĂ©nomènes qu’il a observĂ©s (vent, Ă©clairs, orage…). Expression des miracles de la nature et dĂ©nonciation de la perversitĂ© vĂ©nale des colons europĂ©ens se conjuguent idĂ©alement dans l’entrĂ©e des Incas oĂą Rameau caractĂ©rise le personnage clĂ© de Huascar qui pour Ă©carter vainement son aimĂ©e Phani (qui aime l’envahisseur espagnol Carlos), suscite en sorcier dĂ©miurge, l’irruption d’un volcan, preuve que les dieux Incas sont en colère contre l’union d’un indigène et de l’Ă©tranger… Ici, Fuzelier par son livret se place aux cĂ´tĂ©s de Las Casas, dĂ©fenseur de la cause indienne lors de la controverse de Valladolid : l’harmonie des bons sauvages est dĂ©truite par l’appĂ©tit des europĂ©ens qui sous couvert d’une Ă©vangĂ©lisation abusive, ciblent tout l’or de l’Inca.
On comprend dès lors que Les Indes Galantes sont l’aboutissement du Rameau le plus exigeant comme le plus raffinĂ© ; sa haute conscience morale Ă©gale l’exigence de l’esthète artiste. C’est dire la valeur des Indes Galantes.

Que pensez de cette nouvelle rĂ©alisation qui s’appuie sur un Ă©dition originale conçue par Hugo Reyne, le chef fondateur de la Simphonie du Marais (la partition nouvelle demeure accessible gratuitement sur la toile) ?

Difficile pour les connaisseurs de passer après l’indiscutable William Christie et l’excellence de ses Arts Florissants qui les premiers ont su dĂ©fendre l’âme et l’esprit de la musique ramĂ©lienne, qu’il s’agisse d’opĂ©ras et de ballets. Leur production au Palais Garnier reste mĂ©morable comme Atys de Lully Ă  l’OpĂ©ra Comique. Et que dire encore parmi les nouveaux interprètes, du geste millimĂ©trĂ©, architecturĂ© comme peu, du claveciniste et chef Bruno Procopio, qui rĂ©cemment a dĂ©montrĂ© sa science intuitive, particulièrement irrĂ©sistible dans le mĂŞme rĂ©pertoire (Chaconne des Sauvages entre autres), mais de surcroĂ®t avec instruments modernes (avec les musiciens du Simon Bolivar Orchestra, l’orchestre de Gustavo Dudamel)?

reyne-hugo-S’agissant de la lecture d’Hugo Reyne, l’impression globale est favorable malgrĂ© d’Ă©vidents dĂ©sĂ©quilibres. D’abord, nos rĂ©serves. Maillon faible de la production, le chĹ“ur qui manque de sĂ»retĂ© comme de subtilitĂ© dans l’Ă©locution d’un français le plus tendre ou le plus expressionniste : pas assez de prĂ©cision ni d’intonation pleinement maĂ®trisĂ©e. Le plateau des solistes se hisse honnĂŞtement face Ă  un massif de perfections multiples dont il ne restitue que quelques fragments.

Entre autres, emblĂ©matique de toute l’approche et des moyens mis en Ĺ“uvre, la soprano StĂ©phanie RĂ©vidat, excellente vocaliste au demeurant, aux aigus pas toujours clairement et fermement tenus, semble manquer encore d’aise comme de naturel. Manque de temps de rĂ©pĂ©tition ? Probablement. La Zima de ValĂ©rie Gabail déçoit dans Les Sauvages (ratant toute sa partie finale par une justesse alĂ©atoire et une maniĂ©risme linguistique qui gomme des dĂ©cennies de pratique baroqueuse antĂ©rieure), et mĂŞme Aimery Lefèvre que l’on a connu plus Ă©lĂ©gant et fluide, Ă©crase son timbre avec un vibrato qui devient systĂ©matique… (son Huascar reste monolithique quand Fuzelier et Rameau ont conçu un personnage complexe, fier et tendre, attachant Ă  force de souffrance amoureuse et d’impuissance malgrĂ© le volcan qu’il maĂ®trise). Le haute-contre François-Nicolas Geslot doit impĂ©rativement mieux contrĂ´ler ses lignes et sa justesse (Tacmas) : avec plus de maĂ®trise, son sens du phrasĂ© pourrait rĂ©server de belles surprises dans les prochaines annĂ©es. En revanche, le français impeccable de Reinoud Van Mechelen est le pilier de la production, mais le tĂ©nor n’est-il pas passer par le Jardin des Voix de William Christie justement ? Son style, son Ă©lĂ©gance naturelle restent un modèle pour chacun des solistes rĂ©unis Ă  Vienne. Que n’a-t-il ici chantĂ© justement le rĂ´le de Tacmas ?
Mais en dĂ©pit des dĂ©faillances ici et lĂ  relevĂ©es, l’engagement global des solistes relève la tenue gĂ©nĂ©rale d’une prise live qui se rĂ©vèle Ă  l’Ă©coute rĂ©ellement entraĂ®nante, touchante mĂŞme par sa tension nerveuse, son allant dansant : autant de qualitĂ©s que souligne l’Ă©coute et qui doit sa rĂ©ussite au seul tempĂ©rament du chef fĂ©dĂ©rateur.

Le vrai personnage revendiquant ici l’Ă©clat du genre symphonique en germe, c’est Ă©videmment l’orchestre. Symphoniste dans l’âme, et dramaturge pour les instruments, Rameau redouble d’invention comme souvent, d’Ă©clairs gĂ©niaux. La tendresse suave et exquise du ballet des Fleurs (premier vĂ©ritable ballet d’action oĂą brilla -outre la flĂ»te enchanteresse souvent en solo-, l’Ă©toile de la danse Marie SallĂ©) ou la sublime chaconne des Sauvages, pleine d’une majestĂ© nostalgique…. d’un feu Ă  la fois guerrier et tendre (trompettes et hautbois/bassons), montrent assez le soin et la passion que cultive Hugo Reyne dans un rĂ©pertoire qu’il aime sincèrement et dont il aime Ă  transmettre l’Ă©clat comme la vitalitĂ©. Le chef de La Simphonie du Marais a publiĂ© nombre de disques dĂ©diĂ©s Ă  l’Ă©mergence et l’Ă©volution du ballet de cour et des premiers opĂ©ras baroques français. Sa connaissance affĂ»tĂ©e et analytique du genre s’en ressent ici.

DĂ©fenseur depuis des annĂ©es du patrimoine baroque français, en cela parfait hĂ©ritier de William Christie, le chef flĂ»tiste dĂ©taille, caractĂ©rise, swingue aussi avec une Ă©nergie de bout en bout enthousiasmante. La vitalitĂ© (rehaussĂ©e par la prise live de l’enregistrement) est ici la marque de fabrique de cette rĂ©alisation dont le charme envoĂ»tĂ© sait communiquer son amour de l’Ĺ“uvre, l’une des plus fascinantes du grand Rameau. Le disparate des quatre entrĂ©es chorĂ©graphique est effacĂ© sous le flux, le souffle coĂ»te que coĂ»te que sait instiller Hugo Reyne. Live attachant et très impliquĂ©, d’autant plus opportun en cette annĂ©e Rameau oĂą, pour le moment les nouveautĂ©s discographiques sont Ă©trangement plutĂ´t rares.

Rameau : Les Indes Galantes, nouvelle Ă©dition complète. Solistes, chĹ“ur et orchestre de La Simphonie du Marais. Hugo Reyne, direction. Version intĂ©grale enregistrĂ©e au Konzerthaus de Vienne en 2013. Coffret 3 cd, Editions “Musiques Ă  la Chabotterie”. Parution annoncĂ©e le 22 mai 2014

Le Rameau nouveau de Sylvie Bouissou. Entretien

Rameau_jean-philippe-rameau-biogaphie-fayard-sylvie-bouissoucouv-JP-RameauEntretien… Le Rameau nouveau de Sylvie Bouissou. Pour l’annĂ©e Rameau 2014 (250 ans de la disparition du compositeur, dĂ©cĂ©dĂ© en 1764), Fayard publie une nouvelle biographie consacrĂ©e Ă  Jean-Philippe Rameau (1683-1764). C’est Ă  ce jour le texte le plus exhaustif qui devient de fait l’ouvrage de rĂ©fĂ©rence s’agissant du Dijonais. Son auteure, Sylvie Bouissou ne fait pas qu’y rĂ©unir tous les Ă©lĂ©ments dĂ©veloppĂ©s depuis des annĂ©es sur le plus grand gĂ©nie musical français du XVIIIè, en un rare esprit de synthèse et dans une langue vivante et argumentĂ©e, c’est un homme attachant, hors normes voire libertaire et anticonformiste qui se prĂ©cise enfin, au diapason de son Ĺ“uvre : inclassable, protĂ©iforme, d’une inventivitĂ© et d’une exigence jamais vue jusque là… Entretien avec Sylvie Bouissou, directrice de recherche au CNRS (IReMus).

Selon vous, quels sont les éléments nouveaux les plus récents qui ont modifié notre connaissance de Rameau et que vous développez particulièrement dans votre texte ?

Le rĂ´le des interprètes, des directeurs de théâtre et des maisons de disques est fondamental dans notre connaissance de Rameau. DĂ©jĂ , certains titres ont connu plusieurs mises en scène, PlatĂ©e, Hippolyte et Aricie, Les Indes galantes, Dardanus, Les BorĂ©ades, dont les lectures plurielles permettent de graver ces chefs-d’œuvre dans notre mĂ©moire. Plus on jouera la musique de Rameau, plus le public captera son immense gĂ©nie et aura envie de dĂ©couvrir son Ĺ“uvre, sa vie, ses combats, ses extravagances…

Ensuite, il y a les articles et les livres. En ce qui concerne le mien, je ne développe rien en particulier ; j’ai embrassé tout l’homme ! Je n’ai donc pas éliminé la carrière d’organiste de Rameau au prétexte qu’il n’avait pas laissé de répertoire pour cet instrument, mais au contraire, j’ai tenté de comprendre pourquoi il ne tenait pas en place et n’honorait aucun de ces contrats. De même, j’ai développé son attachement à l’esthétique de la foire qui favorise rien moins la création de Platée et des Paladins à travers ses collaborations avec Piron. C’était un bon vivant, assidu de la Société du Caveau, où se chantaient des airs à boire et des canons entre amis. Le fait d’avoir découvert que Rameau était l’auteur de « Frère Jacques » m’a procuré un choc incroyable ! Finalement, tout le monde a chanté du Rameau un jour. J’ai voulu comprendre les raisons des polémiques dans lesquelles il s’engage, tant sur le plan musical que théorique. Si la période 1733-1739 est mieux connue du public – avec les créations d’Hippolyte et Aricie, des Indes galantes, de Castor et Pollux, des Fêtes d’Hébé et de Dardanus –, celle de sa période de maître de clavecin parisien (dix ans tout de même de 1723 à 1733) ou celle correspondant à son statut de compositeur de la musique du roi (1745-176) le sont beaucoup moins, voire pas du tout. Je voulais éclairer ces pans si productifs et au cours desquels il opère des révolutions stylistiques, notamment avec le librettiste Cahusac. Je souhaitais enfin m’attacher à sa dimension pédagogique et théorique et ne pas réduire ces axes à quelques pages. J’y consacre toute la dernière partie de mon livre et j’espère éclairer la bifurcation de Rameau vers ses nouvelles thèses consistant à supposer à la musique une suprématie sur les autres arts et sciences, d’où ses féroces débats avec d’Alembert. Imaginez qu’il répond à ce grand géomètre que loin d’être épuisé par leurs disputes, il s’en trouve au contraire « enhardi » ! Quelle délicieuse insolence à plus de soixante-dix ans !

Aux partisans de Rousseau, détracteurs de Rameau, que dites-vous pour atténuer voire effacer l’image tenace du Rameau érudit, intellectuel, plus théoricien qu’humain ?

 

Année Rameau 2014 : nos temps fort (opéras, concerts, ballets...)Je leur dis qu’il ne faut ni atténuer ni effacer l’image d’un Rameau érudit et intellectuel ; ils ont raison de le considérer comme tel, c’est une évidence. Pour autant, la culture, la connaissance et l’intelligence ne sont pas incompatibles avec le génie musical. Rameau était savant et théoricien, et alors ? Pour moi, il représente le père de l’interdisciplinarité, car il a su mettre la musique au cœur des débats intellectuels de l’époque en discutant avec d’Alembert, Estève, Euler, Diderot, Wolf ou encore Rousseau, son pire ennemi. Être savant, ne l’a pas empêché de nous donner une musique souvent sublime. Chacun sait que Rousseau n’était pas objectif, partagé à l’endroit de Rameau, puisque reconnaissant en Platée un chef-d’œuvre absolu, mais détestant l’homme.

Dans mon livre, je montre que Rameau était certes un travailleur acharné, accaparé par ses méditations et sans doute assez peu disponible, mais qu’il a su préserver le confort de ses proches, cultiver ses amitiés, aider de jeunes musiciens, garder du temps pour l’enseignement et la pédagogie. Loin d’abandonner ses enfants (c’est facile, mais tellement tentant !), il leur a offert une vie matérielle de haute tenue, notamment en achetant à son fils Claude François la très haute charge de « valet de chambre du roi ».

Quelle représentation vous faîtes vous de l’homme Rameau à la lumière de vos propres recherches ?

Après ce long voyage avec lui, je cerne un homme difficile, mais généreux, passionné, meurtri bien souvent par un conservatisme pesant, des jalousies insupportables, combattant sur tous les fronts pour faire reculer l’ignorance. Rameau est un éternel jeune homme qui a vécu plusieurs vies. Rien ne l’arrête, ni les conventions ni les bienséances.

Rameau reste-t-il un immense génie circonscrit au Baroque tardif ou par certains côtés, peut-il être considéré comme visionnaire, lançant des passerelles vers le classicisme voire le romantisme ? En d’autres termes, l’évolution indiquée par son dernier opéra Les Boréades permet-elle d’en faire un moderne (en particulier sur le plan de l’orchestre et des instruments…) ?

Génie circonscrit au Baroque « tardif » ? Non, assurément. La longue carrière de Rameau caractérisée par une importante évolution stylistique, ne permet pas de le « classer », de le ranger dans une case. Il part de l’héritage de Couperin pour le clavecin, mais apporte à l’instrument une dimension qui en révèle d’ailleurs les limites. Son invention du passage du pouce lui permet de cultiver une virtuosité et une utilisation de tout le registre du clavier qui étaient alors inexplorées. Pour l’opéra, il chamboule tous les codes instaurés par Lully : le fond en inventant un nouveau langage, et la forme en changeant la configuration basique de l’opéra à la française. J’ai souvent écrit que Rameau n’avait d’avenir ni dans le Classicisme ni dans le Romantisme. Sa musique zappe ces périodes pour aller butiner une esthétique « moderne », proche de l’école française de l’époque debussyste. Il découvre avec délices le pouvoir de l’orchestre, confiant aux bassons des lignes audacieuses, invitant la percussion, décuplant les potentialités des cordes et des bois. Il cherche sans cesse, innove, propose et invente le concept de timbre.

Si vous deviez n’emporter sur l’île déserte que 3 ouvrages de Rameau, quels seraient-ils et pourquoi ?

C’est la question qui tue… que du papier… Alors forcément, j’emporterai des œuvres que je peux réécouter ou revisionner dans ma tête dans plusieurs mises en scène.

Donc, Platée que j’ai eu la chance de voir dans plusieurs mises en scène dont celle de Laurent Pelly avec Marc Minkowski à la direction musicale, Paul Agnew et Mireille Delunsch dans les rôles de Platée et de la Folie. Une vraie merveille ! Je pourrais me souvenir de celle conduite par Sébastien Rouland à Wiesbaden, ou celle récente de Robert Carsen avec un incroyable Marcel Beekman dirigé par Paul Agnew.

Je prendrai aussi Hippolyte et Aricie et Les Boréades qui marquent le début et la fin d’une carrière sidérante, témoignant de l’évolution stylistique du maître, de ses audaces, de ses recherches, de son génie. Hippolyte et Aricie car ce fut le début d’un choc culturel, d’une « guerre » esthétique entre Lullistes et Ramistes, le commencement d’une révolution. Les Boréades car la censure de cette œuvre en 1763 nous rappelle qu’il faut toujours lutter pour préserver sa liberté d’expression.

Et j’emporterai avec moi toutes les émotions que j’ai vécues en écoutant la musique de Rameau.

Rameau demeure la grande redécouverte des Baroqueux depuis 40 ans. Or même s’il reste assez confidentiel dans les programmations des salles d’opéras et de concerts (hormis cette année grâce à son anniversaire), le disque a permis de réévaluer considérablement sa créativité dramatique et théâtrale. Aux côtés des Haendel et des Vivaldi, quels sont selon vous les grands interprètes au xxe qui auront œuvré pour sa réhabilitation ?

C’est vrai que les Baroqueux ont Ĺ“uvrĂ© pour la redĂ©couverte de Rameau, et en premier lieu les grands maĂ®tres que sont William Christie et John Eliot Gardiner et qu’on Ă©tĂ© Nikolaus Harnoncourt et Gustav Leonhardt. Pourtant aujourd’hui, je crois que la notion de « baroqueux » n’est plus valable et des chefs comme Marc Minkowski, HervĂ© Niquet, Christophe Rousset et Hugo Reyne ont contribuĂ© Ă  cette Ă©volution. En outre, Rameau est souvent programmĂ© en Allemagne avec des orchestres modernes, et, au risque de choquer, je pense que c’est très bien pour sa dĂ©mocratisation. Je suis enthousiasmĂ©e lorsque des chefs non spĂ©cialisĂ©s dans le baroque s’attèlent Ă  ce rĂ©pertoire comme Ivor Bolton ou Ryan Brown. Enfin, une gĂ©nĂ©ration de jeunes chefs très engagĂ©s comme Emmanuelle HaĂŻm, Jonathan Huw Williams, RaphaĂ«l Pichon ou SĂ©bastien d’HĂ©rin apportent leurs visions actuelles qui ont toutes leurs intĂ©rĂŞt. L’heure n’est plus Ă  la rĂ©habilitation, mais Ă  la dĂ©mocratisation ; nous sommes dans une phase jouissive qui fait entrer son Ĺ“uvre au rĂ©pertoire des théâtres lyriques d’Europe et d’ailleurs. C’est prĂ©cisĂ©ment la reconnaissance internationale que souhaitait Rameau… lui qui Ă©tait « ivre de joie » quand le public l’acclamait.

Livres. Sylvie Bouissou vient de publier chez Fayard, une nouvelle biographie de Jean-Philippe Rameau (lire la critique complète de Jean-Philippe Rameau par Sylvie Bouissou).

Livres, annonce. Sylvie Bouissou : Jean Philippe Rameau (Fayard)

Rameau_jean-philippe-rameau-biogaphie-fayard-sylvie-bouissoucouv-JP-RameauLivres. Sylvie Bouissou : Jean Philippe Rameau (Fayard)… Nous l’attendions avec impatience, d’autant plus pour l’annĂ©e Rameau 2014, celle des 250 ans de la mort. Fayard avait dĂ©jĂ  Ă©ditĂ© le dictionnaire Rameau de Philippe Beaussant, « Rameau de A Ă  Z », lequel commençait Ă  dater : 400 pages, mai 1983, publication pour les 300 ans de la naissance). Le nouveau volume complet et très documentĂ© : plus de 1000 pages, – Fayard oblige-, rĂ©pare donc une absence criante : il manquait de facto une biographie de rĂ©fĂ©rence sur Jean-Philippe Rameau (1683-1764). La voici signĂ©e Sylvie Bouissou. En couverture, le buste en terre cuite de Rameau, gĂ©nie du baroque français tardif par «  Jean-Jacques » (… Caffieri et non Rousseau).  Tous les aspects et visages de Rameau le Grand sont ici passĂ©s au crible, dĂ©troussant pour les attĂ©nuer Ă  leur juste vĂ©ritĂ©, les calomnies jalouses ; soulignant par les tĂ©moignages des admirateurs l’absolue grandeur d’un homme des Lumières qui n’eut de cesse de concevoir la musique comme un laboratoire permanent, la vitrine de ses propres idĂ©es visionnaires sur la musique et son organisation thĂ©orique, ses effets Ă©motionnels. L’enfance et la formation, les charges d’organiste dans plusieurs cathĂ©drales de province, les premières oeuvres comme compositeur (musique sacrĂ©e dont les Motets, avec et sans chĹ“ur) mais aussi la musique de chambre et les pièces pour clavecin (les Trois Suites) les cantates, … autant d’avatars et de premiers Ă©pisodes qui prĂ©parent Ă  l’éclosion du gĂ©nie lyrique en 1733, Ă  50 ans (!) avec son premier opĂ©ra, d’une violence poĂ©tique inouĂŻe Hippolyte et Aricie, vĂ©ritable choc esthĂ©tique. En fait les partitions théâtrales sont dĂ©jĂ  nombreuses avant Hippolyte car Rameau compose pour les trĂ©teaux de la Foire (collaboration avec Piron, 1723-1734), et il sait aussi s’attirer la faveurs de riches mĂ©cènes ayant plus ou moins pressenti l’ampleur du gĂ©nie Ă  l’œuvre : «  Du prince de Carignan Ă  Alexandre Le Riche de La Pouplinière.

CLIC_macaron_2014Une grande partie du texte biographique se consacre à l’activité du Rameau « opérateur » à Paris (1733-1744), la collaboration avec Voltaire (malheureusement sans grands aboutissements concrets malgré des amorces prometteuses) ; déjà la pensée analytique et synthétique de Rameau se précise et se distingue parmi ses contemporains comme en témoigne le traité de dramaturgie des Indes Galantes (composé avec Fuzelier)… les grandes tragédies lyriques sont une à une minutieusement présentées, analysées, commentées : Castor et Pollux (où pointe l’influence de la franc-maçonnerie) ; Dardanus présenté en « naufrage » (à cause de son livret que Rameau reprendra lui-même);… l’auteure sait aussi consacrer un grand chapitre aux Fêtes d’Hébé, sommet du genre ballet ; mais aussi les ouvrages composés pour Versailles et le mariage du Dauphin (La Princesse de Navarre sur le livret de Voltaire, et évidemment l’inclassable Platée de 1745 et son délire envahissant, incarné par la Folie…). L’intérêt revient aux parties dévolues à la notion de crise artistique et compositionnelle, celle des années 1750 : qui touche toutes les oeuvres autour de ce cap chronologique, et qu’annonce la singularité de Naïs, « opéra pour la paix »… comme Zaïs (1748), Zoroastre (1749), Pygmalion… remous et tiraillements esthétiques qu’exacerbe la fameuse Querelle des Bouffons de 1752, confirmant dans le goût du public la place des Italiens et leur verve comique.

rameau jean_philippeParmi les révélations précieuses : l’activité du pédagogue (avec la liste de ses élèves connus !) et les dernières œuvres (« cabale, remaniements et défaveur ») qui portent le destin et le sens du genre tragique monarchique en ses dernières heures (Les Boréades, le dernier opéra laissé en 1764 à la mort imprévue de l’auteur)… Les derniers chapitres éclaircissent les principes du théoricien et démêlent les étapes de sa querelle longuement orchestrées avec les Encyclopédistes, lesquels rangés du côté de Rousseau, l’infatigable querelleur et polémiste, ont nourri le procès Rameau. En complément, l’auteure ajoute de nombreux documents très bénéfiques : synopsis chronologique des oeuvres de Rameau, des parodies des oeuvres dramatiques de Rameau. Lecture incontournable pour l’année des 250 ans. Rameau méritait bien après l’ouvrage de Beaussant, une texte exhaustif, défendant l’homme, le théoricien, le compositeur, l’immense poète du cœur humain. Les détracteurs sont toujours aussi tenaces, présentant un musicien intellectuel et abstrait, sophistiqué et artificiel : ils font à travers Rameau, le procès idéologique de l’opéra royal et de la machinerie tragique (cf les ouvrages de Catherine Kintzler qui n’a cessé de démonter et déprécier la valeur du théâtre ramélien). C’est oublier la vérité et la justesse d’une œuvre musicalement flamboyante et souvent inouïe dont la criante et profonde poésie exprime le mystère du sentiment, les vertiges délirants des passions humaines, inscrits dans le cycle des saisons et de la nature enchanteresse. Démonstration enfin réalisée ici. Lire notre grande critique dans le mag cd, dvd, livres de CLASSIQUENEWS.COM

Sylvie Bouissou : Jean-Philippe Rameau (Fayard). 1168 pages. Parution : 7 mai 2014.

Lire notre dossier Rameau 2014 ; notre sélection des opéras et productions à l’affiche pour l’année des 250 ans de la mort

Rameau Ă  Paris

Rameau Ă  Paris

La capitale pour le Dijonais venu faire fortune et frapper Ă  la porte de la destinĂ©e reprĂ©sente deux activitĂ©s qui ont comptĂ© avant sa carrière comme compositeur d’opĂ©ras (en 1733 quand est crĂ©Ă© Hippolyte et Aricie) : le jeu Ă  l’orgue ; sa nomination comme directeur de l’orchestre de La Pouplinière … dans le premier cas, Rameau n’eut pas la chance d’ĂŞtre comme titulaire d’orgues prestigieuses, aux performances Ă  la mesure de son immense talent (de compositeur comme d’improvisateur); mais aurait-il pour autant accepter dans la durĂ©e, le service paroissial si prenant et astreignant : pas si sĂ»r… disposant chez La Pouplinière d’un orchestre professionnel, le musicien peut par contre donner une idĂ©e de sa force de travail, de son engagement, de son impressionnante inventivitĂ© comme compositeur …

D’orgues en paroisses …

A Paris, Rameau devient titulaire des orgues de nombreuses Ă©glises : au Collège Louis le Grand vers 1706, Ă  Sainte Croix de la Bretonnerie vers 1732, puis au noviciat des JĂ©suites vers 1736… les Ă©lĂ©ments historiques sont rares pour connaĂ®tre rĂ©ellement son parcours dans la capitale, et dĂ©celer la vraie nature de ses activitĂ©s musicales. Contrairement Ă  Dijon oĂą il fut organiste officiel et titulaire Ă  Notre-Dame de 1690 Ă  1708, par exemple…
Cependant quelques donnĂ©es prĂ©cises peuvent Ă©tayer son Ă©volution dans la Capitale avant le choc lyrique d’Hippolyte et Aricie de 1733.

Dès son arrivĂ©e, Rameau obtient  l’orgue du Collège Louis le grand, rue Saint-Jacques dont l’habitude Ă©tait de recruter de jeunes provinciaux très douĂ©s. Mais l’instrument est de faible possibilitĂ© et le service paroissiale a tĂ´t fait d’user la patience de notre musicien. Le seul instrument qui vaille la peine de concourir reste  l’orgue de Saint-Paul, prestigieux instrument pour lequel Rameau rivalise avec Daquin en 1727, lequel l’emporta. Rameau beau joueur reconnĂ»t sans rĂ©serve les qualitĂ©s de son confrère… L’orgue de Sainte-Croix de la Bretonnerie n’est guère plus dĂ©veloppĂ© que ceux qu’a connu jusque lĂ  Rameau. Sans attaches vĂ©ritables, le musicien bientĂ´t compositeur, alors protĂ©gĂ© de la Pouplinière, touche parfois l’orgue de Passy, comme celui de Sainte-Eustache pour le mariage du banquier Samuel Bernard en 1733. La rĂ©putation de l’organiste Ă©tait donc solide, probablement portĂ©e par ses dons d’improvisateur.

L’orchestre de La Pouplinière, 1731-1753

Chez le fermier gĂ©nĂ©ral La Riche de la Pouplinière, la musique tient la première place. InstallĂ© rue Neuve des petits champs, dès 1731, le mĂ©cène fonde son propre orchestre dont il confie la direction Ă  Rameau. Il habite ensuite en 1739 rue de Richelieu : les Rameau suivent leur protecteur et employeur. PropriĂ©taire du château de Passy en 1747, La Pouplinière donne chaque Ă©tĂ© davantage de musique : hĂ©las le riche patron se sĂ©pare de son Ă©pouse ThĂ©rèse des Hayes, alors ardente protectrice de Rameau (dont elle Ă©tait aussi l’Ă©lève). En 1753, la nouvelle maĂ®tresse de La Pouplinière, la Saint-Aubin profite de la querelle des Bouffons pour chasser le Dijonais : La Pouplinière dĂ©fend alors les compositeurs de la Reine : Stamitz puis Gossec auxquels il confie son orchestre. MalgrĂ© son issue fatale, le sĂ©jour de Rameau chez La Pouplinière s’avère de plus profitables pour le compositeur audacieux et expĂ©rimental : de 1731 Ă  1753, soit pendant 22 ans, Rameau dispose d’un orchestre exceptionnel grâce auquel il peut Ă©prouver ses compositions ; dans le salon de son riche patron, il rencontre les plus grands solistes, apprenant avec eux les ultimes performances des instruments ; c’est lĂ  aussi qu’il fait la connaissance de son futur rival, Rousseau, au dĂ©but admirateur puis très vite d’une jalousie tenace parfois vindicative et abusivement critique. Le salon et l’orchestre de La Pouplinière ont permis Ă  Rameau de prĂ©parer sa future carrière lyrique, d’y exercer son talent de poète et de dramaturge, de “peintre” comme il aimait Ă  le dire lui-mĂŞme, capable de peindre les phĂ©nomènes naturels les plus spectaculaires et les plus fantastiques comme les tourments des passions humaines. C’est ici que Rameau devient Rameau.

RAMEAU 2014 : les temps forts de la saison anniversaire

RAMEAU 2014 : les temps forts de la saison anniversaire … Avec les cĂ©lĂ©brations dĂ©diĂ©es Ă  Rameau en 2014, l’annĂ©e anniversaire des 250 ans de sa disparition (alors en pleine rĂ©pĂ©titions de son opĂ©ra Les BorĂ©ades, 1764), les amateurs ou ceux qui le mĂ©connaissent encore trop pourront se fait leur propre idĂ©e du plus grand gĂ©nie lyrique et symphonique du XVIIIè en France, Ă  l’Ă©gal des Bach, Vivaldi, ou Handel ses contemporains…

 

 

 

Rameau 2014

l’annĂ©e baroque spectaculaire

 

L'annĂ©e Rameau 2014Voici une annĂ©e 2014 qui met Jean-Philippe Rameau Ă  l’honneur : bilan sur les productions importantes annoncĂ©es pour l’occasion d’ici dĂ©cembre 2014. Il reste surprenant  concernant l’OpĂ©ra national de Paris, subventionnĂ© par la manne publique et le contribuable, de n’afficher en 2014 aucun opĂ©ra de Rameau quand le Dijonais destina la majoritĂ© de ses opĂ©ras et ballets aux institutions officielles ; quand les autres scènes nationales ou pas, n’ayant pas assez de moyens prĂ©fèrent aux grandes tragĂ©dies lyriques budgĂ©tivores, les formes mĂ©dianes moins ambitieuses : comĂ©dies, opĂ©ra-ballet, pastorale …  c’est donc une annĂ©e Rameau qui aurait pu ĂŞtre plus reprĂ©sentative de l’ampleur d’une inspiration qui atteint souvent l’excellence et l”inouĂŻ.

L’offre Rameau 2014 souffre de fait de l’absence cruelle d’une nouvelle grande production d’une tragĂ©die majeure du compositeur … Pourquoi n’avoir pas repris Hippolyte et Aricie par exemple sous la baguette de William Christie  au Palais Garnier ? En 2014 point de tragĂ©dies spectaculaires et tragiques mais plutĂ´t l’esprit de la danse et de la comĂ©die … signes des temps, l’agenda privilĂ©gie le divertissement et l’insouciance heureuse. Qu’importe, Rameau fut aussi inspirĂ© et audacieux dans tous les genres !

Ils sont tous sur le pont : les Rousset, Niquet, Pichon, DhĂ©rin, anciens et nouveaux talents, diversement engagĂ©s engageants … sans omettre le plus convaincant d’entre tous et ce depuis des annĂ©es : William Christie et ses irremplaçables Arts Florissants. Sans eux, la fĂŞte Rameau eut Ă©tĂ© sans Ă©clat.  Pour nous l’Ă©vĂ©nement reste la nouvelle PlatĂ©e du duo Christie / Carsen  (OpĂ©ra Comique, du 20 au 30 mars 2014) et aussi une nouvelle production signĂ©e Bill, depuis longtemps champion incontestĂ© de la magie ramĂ©lienne : La naissance d’Osiris, Daphnis et EglĂ© …. nouveau spectacle intitulĂ© Rameau, maĂ®tre Ă  danser,  Ă  ne pas manquer Ă  Caen (4-8 juin 2014).

 

 

les temps forts de

L’annĂ©e Rameau 2014

 

 

RAMEAU_AVED_448_Joseph_Aved,_Portrait_de_Jean-Philippe_Rameau_vers_1728Les fĂŞtes de l’Hymen et de l’amour
Hervé Niquet, direction
Rosemary Joshua, Chantal Santon,
Reinoud van Mechelen, Tassis Christoyannis
Versailles, Opéra royal. Le 13 février 2014
Bruxelles, Bozar. Le 19 février 2014

 

RAMEAU_AVED_448_Joseph_Aved,_Portrait_de_Jean-Philippe_Rameau_vers_1728Les Surprises de l’Amour
SĂ©bastien d’HĂ©rin, direction
Virginie Pochon, Karine Deshayes…
Jean-SĂ©bastien Bou, Mathias VidalDijon, Auditorium
Le 14 février 2014

 

 

RAMEAU_AVED_448_Joseph_Aved,_Portrait_de_Jean-Philippe_Rameau_vers_1728Les Indes Galantes
Chr. Rousset, direction
Laura Scozzi, mise en scène
Amel Brahim Djelloul, Judith van Wanroij, Nathan Berg, Thomas DoliĂ© …
Opéra de Bordeaux
les 21,23, 25 et 27 février, puis 1er mars 2014

 

 

RAMEAU_AVED_448_Joseph_Aved,_Portrait_de_Jean-Philippe_Rameau_vers_1728Nélée et Myrthis
(couplé avec La servante maîtresse de Pergolesi)
Pablo Pavon, direction
Opéra Théâtre de Clermont Ferrand
Le 27 février 2013

 

 

RAMEAU_AVED_448_Joseph_Aved,_Portrait_de_Jean-Philippe_Rameau_vers_1728Les fĂŞtes de l’Hymen et de l’amour
Hervé Niquet, direction
Rosemary Joshua, Chantal Santon, Reinoud van Mechelen, Tassis Christoyannis
Paris, TCE, le 11 mars 2014

 

 

RAMEAU_AVED_448_Joseph_Aved,_Portrait_de_Jean-Philippe_Rameau_vers_1728Platée
William Christie, direction

Robert Carsen, mise en scène
Marcel Beekman, Cyril Auvity, Emmanuel de Negri…
Marc Mauillon, Joa Ferndandes
Paris, Opéra Comique
Les 20, 22, 24, 25, 27 et 30 mars 2014

La reine des Marais, l’incomparable et dĂ©lirante PlatĂ©e se croĂ®t aimĂ©e de Jupiter en personne : la pauvre grenouille adorĂ©e par un dieu ? Quoi de plus ridicule et … tragique car le rĂ´le-titre est l’un des mieux Ă©crits par Rameau. Le compositeur en fait un personnage hors norme, protagoniste d’un format lyrique nouveau, la comĂ©die lyrique… qui serait l’ancĂŞtre de notre comĂ©die musicale. Pour le tĂ©nor flexible et excellent acteur, Pierre Jelyotte, Rameau conçoit un rĂ´le travesti, l’un des caractères les plus inclassables qui soient: tragi-comique, elle nous touche par ses Ă©lans, ses dĂ©sirs, son innocence première. Mais Jupiter la manipule et l’humilie ; il n’a qu’un but : rendre jalouse Junon. L’objectif est atteint mais PlatĂ©e est dĂ©truite.  La comĂ©die de 1745 crĂ©Ă©e Ă  Versailles pour le mariage du Dauphin, inscrit Rameau dans la cour des rĂ©formateurs de la scène théâtrale, toujours inspirĂ© Ă  inventer du neuf, de l’original avec ce sens des couleurs et du raffinement qui est propre Ă  son orchestre.

 

 

RAMEAU_AVED_448_Joseph_Aved,_Portrait_de_Jean-Philippe_Rameau_vers_1728Castor et Pollux
en version de concert
Raphaël Pichon, direction
Bernard Richter, Katia Velletaz, Judith Van Wanroij…

Opéra de Besançon
Le 20 mars 2014

Opéra de Bordeaux
Le 22 mars 2014

 

 

RAMEAU_AVED_448_Joseph_Aved,_Portrait_de_Jean-Philippe_Rameau_vers_1728La Naissance d’Osiris
Daphnis et Eglé

nouvelle production
William Christie, direction
Sophie Daneman, mise en scène
Opéra Théâtre de Caen
Les 4, 5, 7 et 8 juin 2014
Caen, Manège de l’AcadĂ©mie

“Rameau maĂ®tre Ă  danser”... c’est le titre prĂ©cis de ce nouveau spectacle façonnĂ© par les Arts Florissants. William Christie pour l’annĂ©e Rameau 2014 nous offre deux ballets Ă  redĂ©couvrir (tous deux reprĂ©sentĂ©s Ă  Fontenaibleau) dont un ballet peu connu crĂ©Ă© pour la naissance du Dauphin, futur Louis XVI, le 12 octobre 1754. Avant la vogue Retour d’Egypte Ă  venir, Rameau aborde l’exotisme de l’AntiquitĂ© Ă©gyptienne en cĂ©lĂ©brant la naissance d’un dieu, Osiris.  Dieu majeur du panthĂ©on nilotique qui incarne, thème central de la ferveur antique, la rĂ©surrection après la mort. C’est selon la vision de Rameau, toujours soucieux de reprĂ©senter les mĂ©canismes et phĂ©nomènes de la nature, une pastorale heureuse et rĂ©jouissante (commande royale oblige) oĂą Jupiter descend des cintres, interrompt la danse des bergers, pour annoncer l’Ă©vĂ©nement heureux : l’amour et les grâces s’associent aux mortels pour cĂ©lĂ©brer la naissance divine. Ni spectaculaire fracassant, ni apparitions fantastiques (quoique) mais la seule et miraculeuse activitĂ© de la danse ; ici règne sans partage essor chorĂ©graphique (gigue, gavotte, sarabande, tambourins et menuets charmants) mais aussi incursion dĂ©veloppĂ©e de la pantomime. En pleine Querelle des Bouffons, oĂą les clans s’affrontent, les uns pour les Italiens, les autres pour la grande machine lyrique française, Rameau inflĂ©chit son style : il s’italianise (les deux ouvertures sont Ă  l’italienne : vif-lent-vif).

 

 

RAMEAU_AVED_448_Joseph_Aved,_Portrait_de_Jean-Philippe_Rameau_vers_1728Platée
Chr. Rousset, direction
Mariane Clément, mise en scène
Ana Camelia Stefanescu, Cyril Auvity, Thomas Dolié
Strasbourg, Mulhouse, Opéra du Rhin
Du 13 juin au 1 juillet 2014

 

 
 

Agenda, suite

opĂ©ras, cantates, motets et ballets de Rameau Ă  l’affiche en 2014
Pas de grandes productions en version scĂ©nique mais quelques tragĂ©dies en concert (Castor, Les BorĂ©ades), surtout plusieurs ballets dont le plus enchanteur et le plus inventif de tous, Les Indes Galantes clĂ´ture l’annĂ©e Rameau en dĂ©cembre…

 

de juillet à décembre 2014

Les temps forts en 16 dates
La sélection de classiquenews.com

L'année Rameau 2014Zaïs, 1748, ballet héroïque
Beaune, le 5 juillet 2014, 21h
Les Talens Lyriques. BenoĂ®t Arnould, Zachary Wilder, Hasnaa Bennani…
version de concert. ZaĂŻs est une fĂ©erie orientale structurĂ©e en ballet hĂ©roĂŻque : un gĂ©nie de l’air sait renoncer Ă  ses pouvoirs pour ne pas perdre la mortelle qu’il aime. LĂ  encore le gĂ©nie de Rameau s’exprime librement dans une musique Ă©vocatoire inouĂŻe (le chaos et la naissance de l’univers dans le Prologue) dont l’essence dĂ©ploie le mouvement chorĂ©graphique car le ballet est au cĹ“ur d’un nouveau divertissement dĂ©sormais souverain, vraie alternative Ă  la dĂ©ferlante de l’opĂ©ra italien…

 

 

L'année Rameau 2014Les Boréades, 1764, tragédie lyrique
Aix en Provence, GTP, le 18 juillet, 20h
Les Musiciens du Louvre. Julie Fuchs…
version de concert. Le dernier opĂ©ra de Rameau jugĂ© trop moderne, injouable mais surtout sĂ©ditieux voire dĂ©nonciateur : Rameau y reprĂ©sente la tyrannie des princes BorĂ©ades et la supplice qu’ils infligent sans mĂ©nagement Ă  l’hĂ©roĂŻne, sont d’une violence inĂ©dites sur une scène lyrique, est dĂ©finitivement censurĂ©. Cahusac le fidèle librettiste “ose” dans la lignĂ©e de Voltaire, avec lequel Rameau a composĂ© Samson (Ă©galement censurĂ©), dĂ©noncĂ© la barbarie inhumaine des puissants. Musicalement, le compositeur n’a jamais Ă©tĂ© aussi expĂ©rimental, audacieux, transgressiste, … Ă  80 ans ! Un miracle de longĂ©vitĂ© exceptionnelle. Il meurt pendant les rĂ©pĂ©titions.

 

 

L'année Rameau 2014Castor et Pollux, 1737 (2ème version de 1754)
Montpellier, Le Corum, le 24 juillet 2014, 20h
Pygmalion. StĂ©phane Degout (Pollux), Sabine Devieilhe (ClĂ©one)…
version de concert
Castor et Pollux, 1737 (2ème version de 1754)
Beaune, le 26 juillet 2014, 21h
Pygmalion. StĂ©phane Degout (Pollux), Sabine Devieilhe (ClĂ©one)…
version de concert

Castor et Pollux crĂ©Ă© en 1737 est remaniĂ© profondĂ©ment en 1754 : preuve supplĂ©mentaire du gĂ©nie d’un Rameau toujours insatisfait, qui remet sur le mĂ©tier encore et toujours l’efficacitĂ© dramatique de son inspiration. Prologue et acte sont totalement remaniĂ©s (le prologue mĂŞme disparaĂ®t pour mieux plonger dans l’action) : TĂ©laĂŻre Ă  laquelle Rameau rĂ©serve son sublime lamento funèbre (Tristes apprĂŞts, pâles flambeaux…) aime Castor mais elle est promise au frère jumeau de ce dernier, Pollux (baryton): celui ci renonce Ă  elle et tente mĂŞme de ressusciter son frère mort en le cherchant jusqu’au enfers. LĂ  encore l’amour est source miraculeuse, permet le dĂ©passement des destins individuels, souligne tout ce que l’homme a de meilleur : loyautĂ©, fraternitĂ©, sacrifice…

 

Cantates, Pièces pour clavecin en concerts
Petis opéras chez Rameau
Festival Musique et MĂ©moire
Eglise de Faucogney, le 18 juillet, 21h
Les Timbres

 

 

Grands motets sacrés, vers 1714
Quam dilecta, In convertendo
(couplés aux grands motets de Mondonville)
William Christie, Les Arts Florissants
Beaune, basilique ND, le 27 juillet 2014, 21h
concert commémorant les 30 ans des Arts Florissants à Beaune
concert CLIC de CLASSIQUENEWS

Tournée des Arts Florissants, William Christie
9 dates : du 22 juillet au 11 octobre 2014
Christie William portrait 290De son côté William Christie, maître incontestable de la dramaturgie ramiste, alterne les motets de Rameau avec ceux de son successeur Mondonville dont il partage la qualité des mélodies et le sens de la caractérisation dramatique : Dominus Regnavit et In exigu Israel sont mis en regard avec deux motets de Rameau : Quam dilecta et In convertendo Dominus.
Déjà abordés au concert et au disque (sublime réalisation), les motets de Mondonville permettent à Bill d’affiner encore son geste musical, dévoilant chez le Narbonnais, une théâtralité palpitante héritière des accomplissements de son aîné Rameau : solennité mais humanité, ferveur et raffinement, vivacité prodigieuse, construction harmonique audacieuse, articulation du verbe ciselée, mordante, agissante. Sans élèves directs, Rameau a su transmettre sa géniale créativité : Dauvergne comme Mondonville après lui savent perpétuer son style autant orchestrale, chorale que vocale…

Tournée Grands Motets de Rameau et de Mondonville
William Christie, direction
9 dates 2014 : Abbaye de Lessay (22 juillet) – Salzbourg (25 juillet) – Beaune (27 juillet) – BBC Proms (29 juillet) – CitĂ© de la musique (2 octobre) – Ambronay (4 oct) – Versailles (7 octobre) – Poissy (10 octobre) – Royaumont (11 octobre)

Toutes les infos sur le site des Arts Florissants William Christie

 

Pièces de clavecin en concerts, 1741
Bruno Procopio, clavecin et direction
Alexis Kosssenko, flûtes
La Côte Saint-André, festival Berlioz, le 25 août 2014, 17h

 

 

Les Boréades, 1764
Versailles, Opéra royal. Les Musiciens du Louvre
Les 5,11 octobre 2014, 16h, 20h

 

 

Les Boréades, 1764
Grenoble, MC2, Les Musiciens du Louvre
Le 13 octobre 2014, 20h

 

 

Le temple de la gloire
Versailles, Château. Les Agrémens, Guy Van Waas, direction
Le 14 octobre 2014, 20h

 

 

Grands Motets
Pontoise, Cathédrale Saint-Maclou, le 19 octobre, 17h
Les Passions, Orchestre Baroque Montauban

 

 

ZaĂŻs
Versailles, Opéra royal, le 18 novembre, 20h
Les Talens lyriques

 

 

Concert Rameau : La Princesse de Navarre, Castor et Pollux (Suites)
Motets : In convertendo
Versailles, Galerie des Glaces, le 22 novembre 2014, 21h

 

 

Les Indes Galantes
Châtenay Malabry, La Piscine, les 25 et 26 novembre, 19h30
Jérôme Corréas

Les Indes Galantes
Compiègne, théâtre impérial, le 5 décembre, 19h30
Jérôme Corréas

Les Indes Galantes
Reims, les 19 et 20 décembre, 19h30
Jérôme Corréas

L'annĂ©e Rameau 2014Le 2ème ouvrage lyrique de Rameau, après le choc esthĂ©tique que fut la tragĂ©die Hippolyte et Arice appartient au genre hybride de l’opĂ©ra-ballet : l’intrigue unificatrice se concentre Ă  travers les entrĂ©es successives aux climats distincts, sur l’amour et l’effusion amoureuse chez les peuples indiens (Indes Occidentales : AmĂ©rique et Indes orientales : Asie). A la suite de l’Europe Galante de Campra son prĂ©dĂ©cesseur, Rameau prolonge la lyre sensuelle française en un divertissement oĂą l’esprit central de la danse rĂ©tablit la cohĂ©rence du cycle. Selon Cahusac, le librettiste de Rameau et son fidèle collaborateur, il s’agit d’inventer de nouvelles formes…. une action rĂ©formatrice et inventive Ă  laquelle la gĂ©nie inventif du Dijonais ne pouvait que souscrire… Un après sa crĂ©ation en 1735 (oĂą l’Ĺ“uvre suscite un triomphe jamais dĂ©menti), Rameau ajoute une quatrième entrĂ©e : celle des Sauvages dont l’action se dĂ©roule en AmĂ©rique. Le sentiment amoureux et l’exquise sensualitĂ© de l’Ă©criture orchestrale n’empĂŞchent pas les Ă©vocations spectaculaires comme l’irruption du volcan et le tremblement de terre (Incas)… preuve que pour Rameau, l’expression des passions humaines ne saurait se dĂ©ployer sans le murmure et la prĂ©sence de l’impressionnante nature. La partition voyage ainsi de Turquie au PĂ©rou, puis de Perse en AmĂ©rique. Les points forts de la partition : le ballet des fleurs (3ème entrĂ©e) et l’acte des Sauvages (4ème entrĂ©e), vĂ©ritable drame sombre et profond.
+ d’infos, voir tout l’agenda RAMEAU 2014 sur le site du CMBV dĂ©diĂ© Ă  l’annĂ©e RAMEAU 2014