Compte rendu, opéra. Paris, Palais Garnier, le 16 septembre 2016. Cavalli : Eliogabalo, recréation. Franco Fagioli
 Leonardo Garcia Alarcon, direction musicale. Thomas Jolly, mise en scÚne.

eliogabalo-cavalli-compte-rendu-critique-opera-palais-garnierCompte rendu, opĂ©ra. Paris, Palais Garnier, le 16 septembre 2016. Cavalli : Eliogabalo (1667), recrĂ©ation. Franco Fagioli
 Leonardo Garcia Alarcon, direction musicale. Thomas Jolly, mise en scĂšne. D’emblĂ©e, on savait bien Ă  voir l’affiche du spectacle (un homme torse nu, les bras croisĂ©s, souriant au ciel, Ă  la fois agitĂ© et peut-ĂȘtre dĂ©lirant
 comme Eliogabalo?) que la production n’allait pas ĂȘtre fĂ©erique. D’ailleurs, le dernier opĂ©ra du vĂ©nitien Cavalli, cĂ©lĂ©britĂ© europĂ©enne Ă  son Ă©poque, et jamais jouĂ© de son vivant, met en musique un livret cynique et froid probablement du gĂ©nial Busenello : une action d’une cruditĂ© directe, parfaitement emblĂ©matique de cette dĂ©sillusion poĂ©tique, oscillant entre perversitĂ© politique et ivresse sensuelle
 Chez Giovanni Francesco Busenello, l’amour s’expose en une palette des plus contrastĂ©es : d’un cĂŽtĂ©, les dominateurs, manipulateurs et pervers ; de l’autre les Ă©pris transis, mis Ă  mal parce qu’ils souffrent de n’ĂȘtre pas aimĂ©s en retour. Aimer c’est souffrir ; feindre d’aimer, c’est possĂ©der et tirer les ficelles. La lyre amoureuse est soit cruelle, soit douloureuse. Pas d’issue entre les deux extrĂȘmes.

PRINCE “EFFEMINATO”… Au sommet de cette barbarie parfaitement inhumaine, l’Empereur Eliogabalo a tout pour plaire : trahir est son but, parjurer serments et promesses, possĂ©der pour jouir, mais surtout ĂȘtre dieu lui-mĂȘme voire changer les saisons et, selon la mode lĂ©guĂ©e par l’Egypte antique, se couvrir d’or (ce qui est superbement manifeste dans un tableau parmi le plus rĂ©ussis, au III : Eliogabalo y paraĂźt, lascif, concupiscent solitaire
 en son bain d’or).
De fait, Busenello avait travailler avec Monteverdi – maĂźtre de Cavalli- dans Le Couronnement de PoppĂ©e (L’Incoronazione di Poppea, 1643) oĂč perçait la folie politique d’un jeune empereur abĂątardi par sa faiblesse et sa grande perversitĂ© : un jouisseur lui-aussi, d’une infecte dĂ©bilitĂ©, n’aspirant non pas Ă  rĂ©gner mais assoir sur le trĂŽne impĂ©rial sa nouvelle maĂźtresse, PoppĂ©e (quitte Ă  assassiner son conseiller philosophe SĂ©nĂšque, Ă  rĂ©pudier son Ă©pouse en titre Octavie). Ici rien de tel mais des dĂ©lires tout autant inouĂŻs qui dĂ©voilent l’ampleur du dĂ©rĂšglement psychique dont souffre en rĂ©alitĂ© le jeune Eliogabalo : dĂ©cider la crĂ©ation d’un SĂ©nat composĂ© uniquement de femmes
 (en rĂ©alitĂ© pour y capturer sa nouvelle proie fĂ©minine : Gemmira) ; organiser un banquet oĂč seront versĂ©s Ă 

 

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des cibles bien choisies, puissant somnifĂšre et poison dĂ©finitif ; ou bien encore, dĂ©cider de nouveaux jeux avec gladiateurs
 afin d’éliminer son principal ennemi, Alessandro (dont le crime n’est rien d’autre que d’ĂȘtre l’aimĂ© de cette Gemmera tant convoitĂ©e).

 

 

 

Busenello et Cavalli, aprĂšs Monteverdi, Ă©laborent un Ăąge d’or de l’opĂ©ra vĂ©nitien au XVIIĂšme


Perversité du prince, langueur douloureuse des justes


 

Intrigues, manipulations, mensonges, assassinat
 les tentatives d’Eliogabalo pour conquĂ©rir la femme de son choix sont multiples mais tous sont frappĂ©s d’échec et d’impuissance. Ce prince pervers est aussi celui de 
 la stĂ©rilitĂ© triomphante : Busenello tire le portrait d’un despote mĂ©prisable qui finit dĂ©capitĂ©. Ainsi son dernier grand air de conquĂȘte de Gemmira oĂč l’Empereur se voit gifler par un « non » retentissant, derniĂšre mur avant sa chute finale. Busenello s’ingĂ©nie Ă  portraiturer l’inhumanitĂ© corrompue et dĂ©bile d’un pauvre dĂ©cĂ©rĂ©brĂ© qui est aussi dans la filiation Ă©vidente de son NĂ©ron montĂ©verdien du Couronnement de PoppĂ©e prĂ©cĂ©demment citĂ©, la figure emblĂ©matique du roi dĂ©bile « effeminato », en rien vertueux ni hautement moral comme c’est le cas a contrario, de cet Alessandro dont le couronnement conclue l’opĂ©ra (en un somptueux quatuor amoureux).

 


Sur ce fond de cynisme et de perversion continus, les « justes » en souffrance ne cessent d’exprimer en fins lamentos, la dĂ©chirante lyre de leur impuissance amoureuse. Busenello, en particulier au III, dans le duo des « empĂȘchĂ©s » Giuliano et Eritea, exprime une poĂ©tique amoureuse pleine de raffinement nostalgique et dĂ©licieusement dĂ©sespĂ©rĂ©e : une veine expressive qui tout en caractĂ©risant l’opĂ©ra vĂ©nitien du XVIIĂš, particularise aussi sa maniĂšre ainsi noire mais scintillante. L’opĂ©ra compte en effet nombres de couples « impossibles », Ă©prouvĂ©s : Alessandro aime Gemmira qui ne cesse de le dĂ©fier et feint de se laisser sĂ©duire par l’Empereur ; Atilia aime Alessandro
 en pure perte ; et Giuliano, le frĂšre de Gemmira, aime dĂ©sespĂ©rĂ©ment la belle Eritea, laquelle se retire de toute sĂ©duction avec lui car violĂ©e par l’Empereur, elle ne cesse de rĂ©clamer cette union, promise par ce dernier, qui lui rendrait l’honneur perdu : c’est d’ailleurs sur cette revendication lĂ©gitime que s’ouvre l’opĂ©ra.
Propre au thĂ©Ăątre vĂ©nitien du Seicento (XVIIĂšme siĂšcle), l’action cumule en une surenchĂšre de plus en plus tendue, l’odieuse cruautĂ© du jeune Empereur, d’autant qu’il est en cela, stimulĂ© par sa garde rapprochĂ©e : les deux intrigants Ă  sa solde : Zotico et la vieille Lenia ; la langueur des amoureux impuissants ; et des tableaux dĂ©lirants mais furieusement poĂ©tiques comme cette apparition fantasmatique, fantastique des monstrueux hiboux, lesquels en envahissant le banquet du II, mettent Ă  mal le projet d’assassinat d’Eliogabalo
 c’est avec la scĂšne du bain d’or au III, l’épisode visuel le plus rĂ©ussi. D’oĂč vient cette idĂ©e de hiboux grotesques, colossaux, s’emparant de la scĂšne humaine ? L’invention de Busenello s’affirme Ă©trangement moderne.

 

 

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Visuellement et dramatiquement, l’imaginaire conçu / rĂ©alisĂ© par le metteur en scĂšne et homme de thĂ©Ăątre, Thomas Jolly, rĂ©ussit Ă  exprimer la laideur infantile du jeune empereur dĂ©bile et Ă  l’inverse, la grandeur morale des justes : Alessandro, Eritea, Gemmira, surtout Giuliano : chacun a de principes et des valeurs auxquels ils restent inĂ©luctablement fidĂšles. D’autant que les tentations Ă  rompre leur foi, sont lĂ©gions tout au long de l’opĂ©ra. Pour traduire cette opposition des sentiments et cette tension qui va crescendo, des faisceaux de lumiĂšre – comme ceux que l’on constate dans les concerts de variĂ©tĂ© et de musique pop-, concrĂ©tisent les cordes de la lyre amoureuse dont nous avons parlĂ© : faisceaux verticaux qui dĂ©limitent une arĂšne (oĂč se joue l’exacerbation des sentiments affrontĂ©s) au I ; faisceaux indiquant une nacelle qui semble piĂ©ger les coeurs Ă©prouvĂ©s, au II ; enfin vĂ©ritable toile arachnĂ©enne (dĂ©but du III) oĂč la proie n’est pas celle que l’on pense : car dans le trio qui paraĂźt alors, Eritea, Gemmera et Giuliano, se sont bien les victimes de la perversitĂ© impĂ©riale qui veulent la tĂȘte de l’empereur sadique. La mise en scĂšne cultive les effets de lumiĂšre, crue ou voilĂ©e, dĂ©terminant un espace Ă©touffant oĂč s’insinuent l’intrigue et les agissements en sous-mains.

 

Vocalement, domine incontestablement la Gemmari, de plus en plus volontaire de Nadine Sierra : Ă  la fin, c’est elle qui « ose » ce que personne ne voulait commettre ; distinguons aussi le trĂšs sĂ©duisant et raffinĂ© Giuliano de Valer Sabadus dont la voix trouve son juste format et de vraies couleurs Ă©motionnelles, malgrĂ© la petitesse de l’émission ; l’immense acteur, toujours juste et d’une truculence millimĂ©trĂ©e : Emiliano Gonzalez Toro qui fait une Lenia, matriarcale, intriguant et hypocrite Ă  souhaits : son incarnation marque aussi l’évolution des derniers rĂŽles travestis, habituellement dĂ©volus aux confidentes et nourrices (ce que le tĂ©nor a chantĂ©, dans L’Incoronazione di Poppea justement). L’autre tĂ©nor vedette, Paul Groves assoit en une conviction qui se bonifie en cours de soirĂ©e, l’éclat moral d’Alessandro, l’exact opposĂ© d’Eliogabalo : il est aussi vertueux et droit qu’Eliogabalo est retors et tordu. Marianna Flores (Atilia) dĂ©borde d’une fĂ©minitĂ© touchante par sa naĂŻvetĂ© dĂ©pourvue de tout calcul ; enfin, Franco Fagioli, manifestement fatiguĂ© pour cette premiĂšre, malgrĂ© une projection vocale (surtout les aigus dĂ©pourvus d’éclat comme de brillance) ne peut se dĂ©faire d’un chant plutĂŽt engorgĂ© qui passe difficilement l’orchestre, mais le chanteur reste exactement dans le caractĂšre du personnage : son Eiogabalo n’émet aucune rĂ©serve dans l’intonation comme l’attitude : tout transpire chez lui la vanitĂ© du puissant qui se rĂȘve dieu, comme la dĂ©bilitĂ© pathĂ©tique d’un ĂȘtre fou, finalement fragile, aux caprices des plus infantiles : ses deux derniers airs dĂ©veloppĂ©s (au bain d’or puis dans sa derniĂšre Ă©treinte sur Gemmira, au III) expriment avec beaucoup de finesse, l’impuissance rĂ©elle du dĂ©cadent tarĂ©. Souhaitons que le contre tĂ©nor vedette (qui publie fin septembre un recueil discographique rossinien trĂšs attendu chez Deutsche Grammophon) saura se mĂ©nager pour les prochaines soirĂ©es.

En fosse, Leonardo Garcia Alarcon pilote Ă  mains nues, un effectif superbe en qualitĂ©s expressives : onctueux dans les lamentos et duos langoureux ; vindicatif et percussif quand paraĂźt Eliogabalo et sa cour infecte. Le chef retrouve le format sonore originel des thĂ©Ăątres d’opĂ©ra Ă  Venise : musique chambriste aux couleurs et accents ciselĂ©s, au service du chant car ici rien ne saurait davantage compter que l’articulation souveraine et naturelle du livret. En cela, le geste du maestro, fondateur et directeur musical de sa Cappella Mediterranea, nous rĂ©gale continĂ»ment tout au long de la soirĂ©e (soit prĂšs de 4h, avec les 2 entractes) par sa pĂąte sonore claire et raffinĂ©e, sa balance idĂ©ale qui laisse se dĂ©ployer le bel canto cavalier. Saluons l’excellente prestation des chanteurs du ChƓur de chambre de Namur (idĂ©alement prĂ©parĂ© par Thibaut Lenaerts) : c’est bien le meilleur chƓur actuel pour toute production lyrique baroque.

 

 

En somme, une production des plus recommandables qui rĂ©active avec dĂ©lices, la magie pourtant cynique de l’opĂ©ra vĂ©nitien Ă  son zĂ©nith. A voir Ă  l’OpĂ©ra Garnier Ă  Paris, jusqu’au 15 octobre 2016. Courrez applaudir la cohĂ©rence musicale et visuelle de cette rĂ©crĂ©ation baroque oĂč les spectateurs parisiens retrouvent la fascination pour les auteurs de Venise, exactement comme Ă  l’époque de Mazarin, c’est Ă  dire pendant la jeunesse (et le mariage) du futur Louis XIV, la Cour de France Ă©duquait son goĂ»t Ă  la source vĂ©nitienne, celle du grand Cavalli


LIRE aussi notre prĂ©sentation et dossier spĂ©cial : Eliogabalo de Cavalli Ă  l’OpĂ©ra Garnier, Ă  Paris

 

 

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PEINTURE. Voluptueux et lascif, Eliogabalo est peint par Alma Tadema, comme un jeune empereur abonné aux plaisirs parfumés et mous (DR) :

 

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CD, opéra. Compte rendu critique. Vinci : Catone in Utica, 1728 (Cencic, 3 cd Decca 2014)

cd vinci metastase catone in utica opera max emanuel cencic franco fagioli cd opera critique CLIC de classiquenews juin 2015CD, opĂ©ra. Compte rendu critique. Vinci : Catone in Utica, 1728 (Cencic, 3 cd Decca 2014). Contre la tyrannie impĂ©riale… Siroe (1726), Semiramide riconosciuta (1729), Alessandro nell’India (1729), Artaserse (1730)… Leonardo Vinci a crĂ©Ă©e nombre de livrets de MĂ©tastase sur la scĂšne lyrique, assurant pour beaucoup leur longĂ©vitĂ© sur les planches comme en tĂ©moigne le nombre de leurs reprises et les traitements musicaux par des compositeurs diffĂ©rents (dont Ă©videmment Haendel) : 24 fois pour Catone, 68 fois pour Alessandro, 83 fois pour Artaserse (ouvrage prĂ©cĂ©demment abordĂ© par Cencic et sa brillante Ă©quipe, sujet d’un passionnant DVD chez Warner classics). Leonardo Vinci, homonyme du cĂ©lĂšbre peintre de la Renaissance est donc une figure majeure de l’essor du genre seria napolitain au dĂ©but du XVIIIĂšme siĂšcle.
C’est l’enseignement que dĂ©fend aujourd’hui Max Emanuel Cencic ; c’est aussi le cas naturellement de Catone in Utica, crĂ©Ă© en 1728 Ă  Rome dans lequel Vinci dĂ©ploie une urgence et une hargne sans pareil pour incarner la rĂ©sistance de l’idĂ©al rĂ©publicain romain (incarnĂ©e par Caton et ses partisans) contre la tyrannie impĂ©riale incarnĂ©e par CĂ©sar. A travers l’opposition guerriĂšre en Utique du vieux rĂ©publicain et du jeune Empereur, se joue aussi le destin d’une famille, celle de Caton et de sa fille Marzia… laquelle aime contre l’idĂ©alisme et les combats moraux de son pĂšre,… Cesare. La passion dĂ©sespĂ©rĂ©e du pĂšre qui apprend un tel sentiment se dĂ©verse en un air foudroyant de haine et de dĂ©ploration impuissante Ă  la fois, lequel illumine tout l’acte II (L’ira soffrir saprei / Je saurai toujours endurer.. : coeur du politique endurci pourtant atteint dans sa chair, cd3 plage2).
Du reste l’entĂȘtĂ©e jeune fille ne fait pas seulement le dĂ©pit de son pĂšre, mais aussi celui de son prĂ©tendant Arbace, alliĂ© de Catone et qui doit bien reconnaĂźtre lui aussi la suprĂ©matie de Cesare dans le coeur de son aimĂ©e (superbe air de lamentation langoureuse, cd3, plage7 : Che sia la gelosia / Il est vai que la jalousie…)
Le rĂ©alisme (outrancier pour l’audience romaine… qui y voyait trop ouvertement l’engagement de Vinci et Metastase contre l’impĂ©rialisme des Habsbourg en Italie…) se dĂ©voile surtout dans l’acte III et ses coupes nerveuses, convulsives que l’ensemble Il Pomo d’oro saisit Ă  bras le corps. DĂ©termination de Fulvio partisan de Cesare, certitude de Cesare au triomphalisme aigu, portĂ© par l’amour que lui porte la propre fille de son vieil ennemi, laquelle s’embrase en vertiges et panique inquiĂšte (air confusa, smarrita / confuse, Ă©garĂ©e, cd3 plage12), c’est finalement la dĂ©faite de Cesare sur le plan moral et sentimental qui Ă©clate en fin d’action : car l’Empereur ici perd et la reconnaissance de son plus ardent rival (Caton se suicide, scĂšne XII) et l’amour de celle qui avait Ă©treint son cƓur, Marzia qui finalement le rejette par compassion pour la mort de son pĂšre… Autant de passions affrontĂ©es, exacerbĂ©es surgissent Ă©clatantes dans le trĂšs impressionnant quatuor (pour l’Ă©poque) qui conclue la scĂšne 8 : une sĂ©quence parfaitement rĂ©ussie, dramatiquement aussi ciselĂ©e qu’efficace dans l’exposition des enjeux simultanĂ©s. Un modĂšle du genre seria. Et le meilleur argument pour redĂ©couvrir l’Ă©criture de Vinci.

 

 

 

 

Catone in Utica (1728) confirme les affinitĂ©s du contre-tĂ©nor Cencic avec l’opĂ©ra seria metastasien du dĂ©but XVIIIĂšme

Seria napolitain, idéalement expressif et caractérisé

 

 

CLIC_macaron_2014vinci leonardo portrait compositeur napolitainDans le sillon de ses prĂ©cĂ©dentes rĂ©alisations qui ont rĂ©uni sur la mĂȘme scĂšne, un plateau de contre tĂ©nors caractĂ©risĂ©s (Siroe de Hasse, Artaserse de Vinci), Max Emanuel Cencic, chanteur initiateur de la production, rend hommage Ă  l’Ăąge d’or du seria napolitain. C’est Ă  nouveau une pleine rĂ©ussite qui s’appuie surtout sur l’engagement vocale et expressif des solistes dans les rĂŽles dessinĂ©s avec soin par Vinci et MĂ©tastase : le cĂŽtĂ© des vertueux rĂ©publicains, opposĂ©s Ă  Cesare est trĂšs finement dĂ©fendu. Saluons ainsi le Catone palpitant et subtile du tĂ©nor Juan Sancho, comme le veloutĂ© plus langoureux de Max Emanuel Cencic dans le rĂŽle d’Arbace. Le sopraniste Valer Sabadus trouve souvent l’intonation juste et la couleur fĂ©minine nuancĂ©e dans le rĂŽle de la fille d’abord infidĂšle Ă  son pĂšre puis obĂ©issante (Marzia). Reste que face Ă  eux, les vocalisations et la tension dramatique qu’apporte Franco Faggioli au personnage de Cesare consolident la grande cohĂ©rence artistique de la production. D’autant que les chanteurs peuvent s’appuyer sur le tapis vibrant et mĂȘme parfois trop bondissant des instrumentistes d’Il Pomo d’Oro pilotĂ© par Riccardo Minasi.
De toute Ă©vidence, en ces temps de pĂ©nuries de nouvelles productions lyriques liĂ©es au disque, ce Catone in Utica renouvelle l’accomplissement des prĂ©cĂ©dentes rĂ©surrections promues par le contre tĂ©nor Max Emanuel Cencic dont n’on avait pas mesurĂ© suffisamment l’esprit dĂ©fricheur. Les fruits de ses recherches et son intuition inspirĂ©e apportent leurs indiscutables apports.

Les amateurs de baroque hĂ©roĂŻque, enflammĂ© pourront dĂ©couvrir l’ouvrage de Vinci et MĂ©tastase en version scĂ©nique Ă  l’OpĂ©ra de Versailles, pour 4 dates, les 16,19,21 juin 2015. N’y paraissent que des chanteurs masculins en conformitĂ© avec le dĂ©cret pontifical de Sixtus V (1588) interdisant aux femmes de se produire sur une scĂšne. Le disque rĂ©alisĂ© en mars 2014 et publiĂ© par Decca a particuliĂšrement sĂ©duit la rĂ©daction cd de classiquenews, c’est donc un CLIC de classiquenews.

CD, opĂ©ra. Compte rendu critique. Vinci : Catone in Utica, 1728 (Cencic, 3 cd Decca 2014). Avec Max Emanuel Cencic (Arbace) · Franco Fagioli (Cesare) – Juan Sancho (Catone) · Valer Sabadus (Marzia) · Vince Yi (Emilia) – Martin Mitterrutzner (Fulvio) – Il Pomo D’oro · Riccardo Minasi, direction. 3 cd DECCA 0289 478 8194 – PremiĂšre mondiale. Enregistrement rĂ©alisĂ© en mars 2014.

Illustration : Leonardo Vinci (DR)

CD événement. Hasse : Siroe,1763. Max Emanuel Cencic, George Petrou (2 cd Decca 2013)

hasse siroe cencic cd deccaCD Ă©vĂ©nement. Hasse : Siroe,1763. Max Emanuel Cencic, George Petrou (2 cd Decca 2013). Depuis Faramondo qu’il a portĂ© seul, Cencic a montrĂ© de quelle Ă©nergie il Ă©tait capable dans le registre du dĂ©frichement lyrique. AprĂšs Haendel, voici Hasse : un compositeur emblĂ©matique de l’opĂ©ra seria mĂ©tastasien, auteur de prĂšs de 60 ouvrages lyriques qui lui assurĂšrent une gloire plus grande encore que l’autre Saxon. De Hambourg Ă  Dresde, de Vienne Ă  Venise, Hasse, Ă©poux Ă  la ville de la diva mezzo Faustina Bordoni (adule par Haendel), n’a cessĂ© de faire Ă©voluer l’Ă©criture opĂ©ratique du baroque mĂ»r vers le classicisme naissant, veillant toujours Ă  un juste et subtil Ă©quilibre entre virtuositĂ© du chanteur et cohĂ©rence dramatique. Il partage avec Jommelli, cette facilitĂ© souvent irrĂ©sistible, affirmant toujours une maestriĂ  indiscutable, de style ouvertement napolitain. EnregistrĂ©e en juillet 2014 Ă  AthĂšnes et sur le vif lors de la crĂ©ation de cette production nouvelle qui arrive en France Ă  Versailles en novembre 2014, la lecture s’appuie sur la complicitĂ© superlative d’un orchestre en tout point idĂ©alement articulĂ©, diversement nuancĂ© (dirigĂ© par l’excellent George Petrou) ; la rĂ©alisation rĂ©ussit indiscutablement grĂące aussi au plateau de solistes, marjoritairement remarquables d’engagement et de sensibilitĂ© : Lauren Snouffer (Arasse), Mary-Ellen Nesi (Emira)…

Hasse, poùte du cƓur

CLIC_macaron_2014Chacune des sopranos exprime les dĂ©sirs, les Ă©preuves de coeurs Ă©prouvĂ©s : Emira travesti en Idapse Ă  la Cour de Cosroe balance entre son amour pour Siroe et sa vengeance contre le roi de Perse qui a fait tuer son propre pĂšre : devoir ou bonheur personnel, tel est l’Ă©ternelle question. La jubilation vocale tout en finesse de son air au II (d’un pastoralisme enchantĂ© et presque badin : Non vi piacque…) s’accorde au raffinement tĂ©nu de la parti orchestrale avec cor, subtilement dirigĂ© par  George Petrou : air d’une rĂȘverie suggestive et en mĂȘme temps d’une justesse remarquable,  profonde et intĂ©rieure comme si le personnage se dĂ©doublait et faisait sa propre autocritique… accordĂ©e Ă  la finesse du chef et des musiciens d’Armonia Atenea, la subtilitĂ© de l’interprĂšte se rĂ©vĂšle irrĂ©sistible.Un accomplissement enivrant. L’Ă©criture de Hasse fait valoir son gĂ©nie de la vocalise dont on comprend parfaitement qu’il ait portĂ© les chanteurs mitraillettes et ports de voix soucieux d’en dĂ©montrer ; mais outre la pure performance, il y a surtout une sensibilitĂ© trĂšs affĂ»tĂ©e Ă  exprimer les caractĂšres et climats Ă©motionnels les plus nuancĂ©s… de quoi rĂ©aliser pour les artistes et interprĂštes les plus fins de vrais portraits supĂ©rieurs et profonds. Une qualitĂ© partagĂ© avec le meilleur Haendel.

Juan Sancho laisse percevoir l’ampleur du rĂŽle du pĂšre Cosroe, Ăąme palpitante elle aussi, marquĂ©e voire dĂ©passĂ©e par le pouvoir et la rivalitĂ© entre ses deux fils (en fin d’action il abdiquera) : le personnage est dĂ©jĂ  mozartien, d’une subtilitĂ© frĂ©missante qui annonce Idomeneo, rien de moins : dans son grand air de 8mn au III, ” Gelido in ogni vena ” : le tĂ©nor Ă  l’aise malgrĂ© les intervalles redoutables de l’air, laisse se prĂ©ciser la vision Ă©mue du pĂšre face Ă  son fils emprisonnĂ© et condamnĂ© Ă  mort (Siroe)… A travers la ligne acrobatique et vertigineuse du chant se glisse le frisson de la terreur et de la compassion : tout Hasse est concentrĂ© dans cet air aux couleurs doubles, aussi virtuose que profond. Et le continuo se montre lui aussi remarquable de relief expressif. L’acmĂ© Ă©motionnel de l’opĂ©ra demeure ce qui suit : l’air funĂšbre (un Florestan avant l’heure) de SiroĂ© dans son cachot abĂźmĂ© dans les pensĂ©es les plus sombres : un air que les interprĂštes empruntent au Tito Vespasiano de Hasse, prĂ©cĂ©dĂ© ici par un recitatif accompagnato du propre Siroe de … Haendel. Cencic, plus grave et sombre que jamais se rĂ©vĂšle d’une intensitĂ© juste, convaincant dans le portrait du fils aĂźnĂ© vertueux, dĂ©criĂ©, solitaire qui finalement triomphe. Contrepoint aussi habitĂ© et furieusement agile, le Medarse de Franco Fagioli, d’une trempe prĂ©cise, tranchante, fulgurante. Dans le rĂŽle du frĂšre cadet jaloux, menteur, ” Mr Bartolo ” enchante littĂ©ralement par la tenue parfaite de ses vocalises Ă  foison, vĂ©ritable mitraillette Ă  cascades vocales toutes nuancĂ©es, caractĂ©risĂ©es, d’une diversitĂ© de ton admirable et projetĂ©es sur un souffle long, idĂ©alement gĂ©rĂ©. Quel acteur et quel chanteur (air final : ” Torrente cresciuto per torbida piena “). Seule rĂ©serve, le soprano pour le coup plus mĂ©canique que les autres, de Julia Lezhneva (Leodice, la maĂźtresse de Cosroe le pĂšre, amoureuse du fils Siroe), certes virtuose mais souvent totalement artificiel (Ă©couter son ultime air, caricature de tunnel de vocalises empruntĂ© au Britannicus de Graun): son absence d’Ă©motivitĂ© et de sensibilitĂ© ardente comme nuancĂ©e paraĂźt un contre sens dans cet arĂ©opage de tempĂ©raments vocaux si finement caractĂ©risĂ©s. En soulignant combien le seria de Hasse est portĂ© par une sincĂ©ritĂ© Ă©motionnelle inscrite dans son Ă©criture, les interprĂštes ne pouvaient mieux faire. Une remarquable rĂ©surrection servie par un chef et un plateau vocal globalement superlatifs. Courrez dĂ©couvrir cet oeuvre palpitante, dĂ©fendue avec sensibilitĂ© et intelligence par les mĂȘmes interprĂštes Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles (et avec mise en scĂšne de Cencic lui-mĂȘme), les 26,28,30 novembre 2014.

Hasse : Siroe (version Dresde II, 1763). Max Emanuel Cencic (Siroe), Franco Fagioli (Medarse), Juan Sancho (Cosroe), Lauren Snouffer (Arasse), Mary-Ellen Nesi (Emira)… Armonia Atenea. George Petrou, direction. 2 cd DECCA. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  AthĂšnes en  juillet 2013.

 

 

 

Argument synopsis

Acte I. Le roi des perses Cosroe convoque ses deux fils, le cadet Medarse apparemment gentil et favori du souverain et Siroe plus inflexible face Ă  l’autoritĂ© paternel. Survient Emira qui aime Siroe mais se cache sous le nom d’Idaspe : elle jeure de venger son pĂšre en tuant Cosroe son assassin. De son cĂŽtĂ© la maĂźtresse de Cosroe, Laodice aime Siroe mais jalouse est prĂȘte Ă  l’accuser de parjure. Devant Cosroe, tous accuse Siroe de trahison (alros que Siroe a Ă©crit une lettre Ă  son pĂšre pour le mettre en garde). A la fin de l’acte, Siroe le vertueux est dĂ©criĂ© par tous.

Acte II. Medarse et Emira complotent contre Siroe et Cosroe. Le premier veut faire tuer sonfrĂšre pour prendre le trĂŽne de son pĂšre ; le seconde mĂȘme si elle aime Siroe, veut tuer Cosroe pour venger la mĂ©moire de son pĂšre… Au comble du travestissement, Emira, toujours vĂȘtu en Idaspe, affirme aimer Loadice…  Siroe est de plus en plus seul et son pĂšre l’exhorte Ă  avouer son crime contre le trĂŽne et dĂ©noncer ses complices.

Acte III. Leodice, Emira, Arasse prennent la dĂ©fense de Siroe vis Ă  vis de Cosroe. A Idaspe/Emira, Medarse rĂ©vĂšle sa volontĂ© de nuire Ă  Siroe pour prendre le trĂŽne… EmprisonnĂ©, Siroe se lamente sur son sort (temps fort de l’opĂ©ra oĂč le fils vertueux dĂ©criĂ© exprime sa souffrance intĂ©rieure) mais il est libĂ©rĂ© par Arasse : tous, – Loedice, Emira/Idaspe, Cosroe souhaite son pardon : il est couronnĂ© Ă  la place de son pĂšre qui abdique. Le final cĂ©lĂšbre les vertus du pardon et de la loyautĂ© morale incarnĂ©e par Siroe.

DVD. Artaserse de Vinci par Fagioli et Cencic

erato artaserse vinci fagioli cencic dvdDVD. Leonardo Vinci : Artaserse (Fagioli, Cencic, Fasolis, 2012). Rome, 1730. Leonardo Vinci (1690-1730) fait crĂ©er son dernier opĂ©ra seria Artaserse, livret de MĂ©tastase (plutĂŽt conventionnel et
 prĂ©visible dans ses successions de rĂ©citatifs, aria da capo, sorties traditionnelles
), dans une distribution exclusivement masculine car les femmes Ă©taient interdites de scĂšne lyrique selon les lois papales. Place donc aux scĂšnes hĂ©roĂŻques, aux effusions sensuelles avec un nombre impressionnant d’emplois travestis.
Honneurs aux contres tĂ©nors (5 au total aux cĂŽtĂ©s du seul tĂ©nor Juan Sancho) Ă  dĂ©faut de castrats dans cette rĂ©crĂ©ation moderne (costumes Ă  l’appui, style extravangaza ou Cage aux folles mais avec un accent « baroque » contemporain : la fashion week n’a qu’à se rhabiller!). Sans rĂ©elle direction d’acteurs, cette succession de costumes Ă  paillettes et plumes colorĂ©es aurait fini par singer un mauvais carnaval carioca (c’est de saison), sauf que la tenue des chanteurs force, elle, l’admiration. La caractĂ©risation de chaque personnalitĂ© montre l’essor du chant masculin travesti : jamais les thĂ©Ăątres n’ont pu disposer d’autant de contre tĂ©nors aux timbres et techniques aussi diverses que finement trempĂ©es. Du pain bĂ©ni pour les recrĂ©ations baroques de ce type. Confusion des sexes, vertiges baroques, labyrinthes des identitĂ©s troubles et fascinantes, l’opĂ©ra recrĂ©Ă© est autant un festival de voix sublimes que de personnages dĂ©lirants, dĂ©jantĂ©s, cocasses. MĂȘme s’il paraĂźt peu probable qu’à l’origine, l’ouvrage de Vinci partage cette couleur Drag Queen rĂ©solument moderne, la rĂ©ussite du spectacle ainsi produit s’appuie aussi sur elle : on ne peut en masquer l’impact. L’opĂ©ra devenant alors une implosion en kalĂ©idoscope oĂč dans les dĂ©cors et rĂ©fĂ©rences scĂ©nographiques, l’apparition de perspectives et architectures Ă  l’infini soulignent un spectacle oĂč rĂšgne le dĂ©rĂšglement, le mouvement, la transformation continue ; image vivante d’une machinerie qui se dĂ©voile Ă  vue et exprime l’essence du thĂ©Ăątre baroque : la mĂ©tamorphose. Au centre, tourne la scĂšne de l’action, cependant que les loges dans les cĂŽtĂ©s restent visibles, dĂ©voilant aux spectateurs, les mutations qui s’opĂšrent. Hommes devenues femmes, jeu amoureux oĂč le dĂ©sir est seul moteur, tout est renforcĂ© Ă©videmment par la sĂ©duction des voix rĂ©unies.
Serviteurs d’une partition virtuose qui redouble et surenchĂ©rit les performances vocalisantes, les acteurs du plateau relĂšvent le dĂ©fi.

L’opĂ©ra des 5 contre-tĂ©nors : les « super five »

CLIC D'OR macaron 200En Perse antique, dans un dĂ©ballage de costumes et maquillage qui emprunte au film culte « 300 » (d’ailleurs l’action se passe aussi en Perse mais Ă  l’époque du pĂšre d’Artaserse, XersĂšs, quand le grec Leonidas ose dĂ©fier le souverain oriental
), les intrigues en tout genre vont bon train : trahisons et rĂ©conciliations, rĂ©vĂ©lation et secrets, surtout apothĂ©ose finale de la vertu (dans un monde en dĂ©gĂ©nĂ©rescence
 c’est toujours d’actualitĂ©). Ici les collants et les plumes remplacent les armures et les Ă©pĂ©es… Les « frĂšres » Ă©prouvĂ©s et Ă©loignĂ©s Artaserse/Arbace que l’action Ă  Ă©pisodes fait rivaux pour le pouvoir, se retrouvent enfin, aprĂšs moult avatars : chacun Ă©pouse sa promise : Artaserse, Semira; Arbace, Mandane.
Cencic/Fagioli en vedette
 Max Emanuel Cencic, l’un des contre tĂ©nors vedette du plateau et instigateur de la production incarne justement une femme trouble et coquette, idĂ©alement fĂ©minine et avisĂ©e : Mandane, soeur d’Artaserse, et amante de son ennemi politique, Arbace. Ce dernier, magistralement dĂ©fendu par celui que l’on nomme Ă  prĂ©sent «  il Bartolo », en rĂ©fĂ©rence Ă  la diva romaine vivaldienne, devenue tragĂ©dienne chez Rossini ou Bellini, – Cecilia Bartoli-, s’impose au sommet de l’affiche : trempĂ© certes, acidulĂ© aussi et magnifiquement virtuose lĂ  encore, douĂ© d’une facilitĂ© expressive d’une musicalitĂ© toujours prĂ©servĂ©e : Franco Fagioli est notre modĂšle actuel. Sur les traces des castrats qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ© dans le rĂŽle (Carestini et Farinelli), le divino argentin excelle dans une vocalitĂ  flexible et acrobatique, d’une sincĂ©ritĂ© souvent inouĂŻe (magnifique air Ă  la fin du I : Vo solcando un mar cruel).

artaserse vinci cencic jaroussky fagioliAux cĂŽtĂ©s de Cencic et Fagioli, saluons aussi le piquant (bien que plus neutre) de Philippe Jaroussky (Artaserse) qui Ă©trangement paraĂźt nettement moins abouti et surtout moins nuancĂ© que ses partenaires (Ă  part l’élĂ©gie langoureuse en pĂąmoison : que lui reste-t-il?), le tranchant Yuriy Mynenko (MĂ©gabise) s’illustre remarquablement, et surtout Valer Barna Sabadus (Semira) -Ă  la fĂ©minitĂ© avouons-le envoĂ»tante, enrichissent une galerie de hautes personnalitĂ©s vocalement totalement fascinante.
Dans la fosse, Diego Fasolis et les instrumentistes du Concerto Köln redoublent eux aussi d’élĂ©gance nerveuse, de mille sĂ©ductions de timbres et d’accents : un dĂ©filĂ© acrobatiques et chamarrĂ© qui s’inscrit durablement dans notre imaginaire. L’esthĂ©tique vocale et instrumentale de cette production plus que cohĂ©rente parvient Ă  sublimer l’écriture rien que dĂ©monstrative de Leonardo Vinci, champion de l’opĂ©ra napolitain. Superbe production dont le DVD restitue la rĂ©ussite, l’éclat, la tension.

Leonardo Vinci : Artaserse, 1730. Philippe Jaroussky (Artaserse), Max Emanuel Cencic (Mandane), Franco Fagioli (Arbace), Valer Barna-Sabadus (Semira), Yuriy Mynenko (Megabise), Juan Sancho (Artabano). Concerto Köln, Coro della Radiotelevisione Svizzera. Diego Fasolis, direction. Silviu Purcarete, mise en scÚne. Filmé en novembre 2012 à Nancy. 1 dvd Erato. Réf.: 0825646323234. 3h10mn.

agenda

La production d’Artaserse de Leonardo Vinci est Ă  l’affiche de l’OpĂ©ra royal de Versailles, les 19, 21, 23 mars 2014, 20h. La distribution est identique Ă  celle du dvd sauf Philippe Jaroussky absent, remplacĂ© dans le rĂŽle d’Artaserse par Vince Yi.