COMPTE RENDU, critique, opéra. TOURS, Opéra, le 4 oct 2019. MOZART : Cosi fan tutte. Boudeville, Feix… B Pionnier / G Bouillon.

COMPTE RENDU, critique, opéra. TOURS, Opéra, le 4 oct 2019. MOZART : Cosi fan tutte. Boudeville, Feix… Benjamin Pionnier, direction / Gilles Bouillon, mise en scène. Pour lancer sa nouvelle saison lyrique 2019 2020, l’Opéra de Tours réaffiche COSI FAN TUTTE du divin MOZART, dernier opus de la trilogie conçue avec Da ponte (Vienne, 1790). Ce dernier avait déjà traité le sujet de l’infidélité et de l’inconstance du désir dans un précédent livret pour l’opéra de Salieri, La Scuola degli Gelosi (l’école des jaloux) de 1783. Pour Wolfgang, le propos devient « la scuola degli amanti / l’école des amants, avec pour devise générique « Cosi fan tutte » : elles font toutes pareil (autrement dit, toutes les femmes sont infidèles). La production a déjà été créée in loco en 2014, sa justesse mérite absolument d’être reprise. Et puis rien de tel qu’un bon Mozart pour amorcer un nouveau cycle d’opéras.

Aucune référence à cette Naples XVIIIème qui souvent continue de marquer les mises en scènes les plus récentes. L’homme de théâtre (ex directeur du CDN de Tours), Gilles Bouillon, a résolument inscrit ce Cosi comme une fable contemporaine dans une espace moderne où brille surtout la vivacité des femmes, grâce à un excellent trio féminin réuni pour cette reprise sur les planches de l’opéra de Tours. Car la devise qui sert de titre offre en réalité un miroir à une société machiste : au nom de l’inconstance des femmes, Mozart et Da Ponte dénoncent surtout les hommes qui non seulement sont infidèles et volages, mais fustigent et condamnent celles qui osent faire de même, outrageusement libres, maîtresses de leur corps et de leur plaisir.
Au sortir des deux actes de ce dramma giocoso, c’est l’incohérence et l’hypocrisie des hommes qui sortent ridiculisées. Avant de juger, certains feraient bien de s’analyser et faire amende honorable.

 

 

Reprise du Cosi de Gilles Bouillon à l’Opéra de Tours

Angélique Boudeville,
mozartienne de grande classe

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A Tours, les voix de femmes sont à la fête, soulignant tout ce que l’ouvrage, son texte, sa divine musique doivent au génie mozartien, premier féministe avant l’heure.

Petite voix mais volubile et habile en travestissements (en faux médecin, adepte du mesmerisme, au I ; puis au II, faux notaire à la vois éraillée, aigrelette), la Despina de DIMA BAWAB souligne la saveur comique de l’action : comédienne astucieuse et interprète sincère, elle respire l’esprit, la facétie, le goût du jeu et une bonne dose de militantisme fémininiste : c’est elle qui rééduque les deux jeunes oies trop crédules. N’hésitant pas à rudoyer ces jeunes patronnes en les traitant de bouffonnes, et d’épingler les hommes qui ne valent rien et qui « se valent tous ».
En Fiordiligi et Dorabella, les spectateurs tourangeaux bénéficient de deux tempéraments aussi caractérisés que subtils, aussi puissants que racés qui relèvent les défis multiples de leurs duos et solos. Les deux françaises choisies pour ce duo féminin parmi les plus passionnants du répertoire, éblouissent littéralement chacune dans leurs parties. Dorabella d’abord de marbre puis qui succombe au charme du bel albanais (Ferrando déguisé), ALIÉNOR FEIX déploie de solides attraits ; voix ample et franche, sculptée en une volupté de plus en plus manifeste ; un cran au dessus est atteint avec l’impeccable Fiordilgi d’ANGÉLIQUE BOUDEVILLE ; la finesse et la beauté de son diamant clair soutenu par une coloratoure fluide et naturelle et des aigus rayonnants par leur douceur d’attaque, semblent raviver les grandes mozartiennes d’hier, tenantes du rôle : Della casa, Caballé, Te Kanawa… Il y a du miel et une lumineuse candeur qui foudroient, dans cette voix mozartienne naturelle. Si elle soigne encore davantage le sens et la pureté de son legato, les riches nuances de chaque syllabe, son intelligibilité et la subtilité des phrases, la jeune diva pourrait prétendre demain aux plus redoutables emplois belcantistes et aux autres rôles mozartiens remarquables (Suzanna, la Comtesse, Pamina…) ; dans Cosi, ses deux airs solos (Come scoglio au I, puis son Rondo « Per pietà » au II)… véritables airs de concerts exigeants des moyens phénoménaux, imposent une classe exceptionnelle, solidité des moyens, intelligence de l’intonation et conception du rôle dans la situation…, à l’avenant. Belle révélation d’un talent à suivre évidemment.

Les hommes ne déméritent pas mais sont d’un niveau en dessous : moins de souplesse comme de nuances, quoique Leonardo Galeazzi campe un Don Alfonso sûr, moqueur, très au faîte de la connaissance humaine, un vrai mentor pour édifier les deux jeunes fiancés prétentieux. Ceux ci sont défendus avec conviction par le baryton Marc Scoffoni (Guglielmo) et Sébastien Droy (Ferrando) mais comme il leur manque la finesse d’un chant mieux ciselé, c’est à dire mozartien.

 

 

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Dans la fosse, Benjamin pionnier diffuse l’équilibre idéal d’un Mozart à la fois chambriste et d’une infinie tendresse fraternelle pour ses personnages. La souplesse chantante des cordes fait ici les délices du trio « soave il vento » (Alfonso / Dorabella / Fiordiligi au I), temps suspendu d’une exceptionnelle sensualité caressante ; les solos instrumentaux sont impeccablement calibrés dans ce labyrinthe des cÅ“urs, où la passion se frotte à l’illusion ; l’amour, aux caprices du désir ; les dernières espérances, à la barbarie de l’amour volage …
Jamais les voix ne sont couvertes mais elles rayonnent toutes distinctement dans les ensembles… (dans les sextuors du II). Du reste, le maestro redoublent de précision et de transparence soulignant tout ce que Cosi doit aux deux précédents opéras de la trilogie Da ponte, Don Giovanni et les Nozze di Figaro ; sans omettre d’autres traits si proches qui annoncent La Flûte Enchantée (1791) à maints endroits… : le duo Ferrando / Dorabella du II, préfigurant dans les jeux de mots et l’esprit scherzando, l’étreinte facétieuse du duo à venir, Papageno / Papagena. Tout cela s’entend à Tours dans cette reprise de haute volée auquel participe aussi la précision du chÅ“ur maison, préparé avec le soin que l’on sait par la cheffe Sandrine Abello. Production incontournable.Encore deux dates, demain, dim 6 oct (15h), puis mardi 8 oct 2019 (20h) : Réservez ici

 

 

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COMPTE RENDU, critique, opéra. TOURS, Opéra, le 4 oct 2019. MOZART : Cosi fan tutte. Boudeville, Feix… Benjamin Pionnier, direction / Gilles Bouillon, mise en scène.

 

 

Opéra de TOURS : COSI FAN TUTTE de MozartCOSI FAN TUTTE de Mozart
Opéra buffa en deux actes
Livret de Lorenzo da Ponte
Créé le 26 janvier 1790 au Burgtheater de Vienne
Production de l’Opéra de Tours
Durée : environ 3h30 avec entracte

Direction musicale: Benjamin Pionnier
Mise en scène: Gilles Bouillon

Fiordiligi : Angélique Boudeville
Dorabella : Alienor Feix
Despina : Dima Bawab
Ferrando : Sébastien Droy
Guglielmo : Marc Scoffoni
Don Alfonso : Leonardo Galeazzi
Choeur de l’Opéra de Tours
Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours

Décors: Nathalie Holt
Costumes: Marc Anselmi
Lumières: Marc Delamézière

Photos : © Sandra Daveau 2019 pour l’Opéra de TOURS
Prochaines productions à l’Opéra de Tours : Le DOCTEUR MIRACLE de Charles Lecocq, les 12, 13 et 14 décembre 2019 – version pour piano et pour les juniors (et toutes leurs familles) –  pour NoËL 2019 :  LES P’TITES MICHU d’André Messager : Ch Grapperon / Rémy Barché – les 27, 28, 29 et 31 décembre 2019 – informations ici

 

 

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LIRE aussi notre présentation de COSI FAN TUTTE, reprise à l’Opéra de TOURS
http://www.classiquenews.com/nouveau-cosi-fan-tutte-de-mozart-a-lopera-de-tours/

 

 

 

 

TOURS, Opéra. Nouvelle production de COSI FAN TUTTE de MOZART

MOZART-wolfgang-portrait-concerto-symphonie-jupiter-don-giovanni-mozart-critique-opera-sur-classiquenewsTOURS, Opéra. MOZART : Cosi fan tutte. 4, 6, 8 octobre 2019. Nouvelle production événement à l’Opéra de Tours et pilier du répertoire : le dernier ouvrage du mythique duo Da Ponte / Mozart, Cosi fan tutte est le sujet de cette nouvelle lecture d’un chef d’oeuvre lyrique incontestable, créé à Vienne en janvier 1790. Le duo contemporain Benjamin Pionnier / Gilles Bouillon interroge l’étonnante modernité de la partition, l’une des plus sensuelles et nostalgiques jamais écrites par Wolfgang : Cosi fan tutte conclut le triptyque des opéras conçus par les deux génies des Lumières, après Les Noces de Figaro et Don Giovanni. Avant Marivaux et l’échiquier amer, mordant des faux semblants amoureux, Mozart et Da Ponte abordent les intermittences du cœur, la volatilité des serments partagés et l’étonnante inconstance des femmes (« toutes les mêmes ! », s’expriment en morale, le titre de l’ouvrage).

L’école de l’amour : cynique, cruelle, douloureuse…

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Plus cru voire cynique, l’opéra dépeint la cruauté de cœurs inconstants mais les jeunes hommes (Ferrando ténor et Guglielmo baryton) ont fait un pari risqué : parier sur la fidélité de leurs fiancées respectives (Fiordiligi et Dorabella), deux jeunes beautés napolitaines, écervelées et volages qui aux premiers inconnus rencontrés (certes de beaux étrangers orientaux qui sont en réalité leurs fiancés déguisés et interchangés), défaillent et s’alanguissent pour les nouveaux garçons, malgré les serments échangés. En pilotes amusés et parfaitement cyniques, deux endurcis, savourent la naïveté ici épinglée : la servante des deux fiancées, Despina ; Don Alfonso, vieux séducteur philosophe qui n’en est pas à son premier pari ni à sa première épreuve sentimentale ; il apprend à ses cadets, la douloureuse école de l’amour… d’ailleurs, l’opéra s’intitule aussi La Scuola degli amanti / L’école des amants… on ne saurait être plus clair.
Rival de Mozart à Vienne, le compositeur bientôt officiel, au service des Habsbourg, Antonio Salieri compose lui aussi une Ecole des amants : réintitulé précisément « la Scuola degli Gelosi » créé en 1778 / l’école des jaloux (ce qui revient au même) dont la verve et la virtuosité dans le genre buffa napolitain, n’égalent toute fois pas le génie ni la justesse de Mozart. La Scuola degli Gelosi affirme cependant l’intelligence rafraichissante d’un Salieri de 28 ans, doué d’une liberté d’invention proche de Mozart.

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Opéra de Toursboutonreservation
MOZART : Cosi fan tutte, 1790
Nouvelle production

Vendredi 4 octobre 2019 – 20h
Dimanche 6 octobre 2019 – 15h
Mardi 8 octobre 2019 – 20h

RÉSERVEZ VOTRE PLACE
http://www.operadetours.fr/cosi-fan-tutte

 

 

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Opéra buffa en deux actes
Livret de Lorenzo da Ponte
Créé le 26 janvier 1790 au Burgtheater de Vienne
Production de l’Opéra de Tours

Durée : environ 3h30 avec entracte

Direction musicale: Benjamin Pionnier
Mise en scène: Gilles Bouillon
Décors: Nathalie Holt
Costumes: Marc Anselmi
Lumières: Marc Delamézière

Fiordiligi : Angélique Boudeville
Dorabella : Alienor Feix
Despina : Dima Bawab
Ferrando : Sébastien Droy
Guglielmo : Marc Scoffoni
Don Alfonso : Leonardo Galeazzi

Choeur de l’Opéra de Tours
Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours

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Samedi 28 septembre – 14h30
Grand Th̢̩tre РSalle Jean Vilar
Conférence sur l’opéra Cosi fan tutti – Entrée gratuite

Grand Théâtre de Tours
34 rue de la Scellerie
37000 Tours

02.47.60.20.00
Contactez-nous
Billetterie
Ouverture du mardi au samedi
10h30 à 13h00 / 14h00 à 17h45

 

 

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Approfondir

 

 

Salieri, génie du buffaLIRE notre critique du cd SALIERI : La Scuola de’Gelosi, Venise /1778, version viennoise de 1783 (livret de Da Ponte à partir de l’original de Mazzola). Comédie en deux actes – / Werner Ehrhardt (3 cd DHM – 2015) – parution février 2017
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-salieri-la-scuola-degelosi-werner-ehrahardt-3-cd-dhm-2015/

 

 

 

 

Nouveau Cosi fan tutte à Aix

aix-en-provence-logo-2015Aix. Mozart : Cosi fan tutte : 30 juin – 19 juillet 2016. La production événement du festival aixois 2016 est ce nouveau Cosi, dernier opéra de la trilogie Mozart / Da Ponte dont on ne cesse de mesurer sans l’épuiser, la justesse émotionnelle entre cynisme un rien pervers, et innocence éprouvée. L’ouvrage créé le 20 janvier 1790 au Burgtheater de Vienne est sous titré surtout : l’école des amants. Car un duo complice d’une exquise drôlerie cynique et ironique éduque deux jeunes couples sur les vertiges et morsures amoureuses.
Il suffit que les fiancés en titre (Ferrando et Guglielmo) s’absentent pour que leurs amoureuses, jurant pourtant fidélité et loyauté à leurs aimés avant leur départ, ne se laissent séduire par d’autres plus appétissants encore : de (faux) nouveaux officiers turcs, frais débarqués dans cette Naples, saisie par la torpeur d’un été harassant…

Mozart portraitXECHIQUIER ET LABYRINTHE AMOUREUX. C’est qu’ici, Don Alfonso, vieil aventurier qui en connaît plus sur le cœur des femmes que quiconque, a parié cher que les demoiselles tromperaient serments et voeux prononcés, … un affront pour les fiancés ainsi trahis qui apprennent le dur et âpre langage amoureux, grâce aussi à la vivacité mordante de la servante Despina, vraie nourrice espiègle des deux jeunes femmes : Dorabella et Fiordiligi. L’esprit de Mozart atteint des sommets d’élégance profonde, de sensualité mélancolique, infiniment sensible aux vertiges éprouvés par ses jeunes protagonistes : Fiordiligi et Dorabella désespèrent, s’alanguissent puis succombent à la tentation des nouveaux arrivants, tandis que les garçons, trahis, humiliés, pris dans les rets de leur propre comédie, éprouvent les brûlures de la solitude et de l’abandon (Ferrando).
L’opéra de 1790 n’a pas pris une ride tant la justesse de la musique et l’exquise expression des sentiments nous parlent aujourd’hui. La nouvelle production aixoise affiche une distribution de chanteurs plutôt inconnus en France, sauf l’excellente soprano Sandrine Piau, mozartienne accomplie qui devrait pétiller et jubiler dans le rôle de la servante déjantée, émancipée, complice en diable d’un Alfonso pervers. Sur le plan scénique, qu’en sera-t-il ? La dernière production de Cosi à Aix qui ait vraiment compté, demeure celle de Patrice Chéreau, déployée dans les coulisses d’un théâtre… Pour ceux qui apprécie un Mozart enlevé, élégant, profond, préférez les dates avec l’excellent mozartien Jérémie Rhorer, récent ambassadeur d’un Enlèvement au Sérail, du même Mozart, saisissant de vérité et de vivacité.

 

 

 

Cosi fan tutte de Mozart au Festival d’Aix en Provence
Aix en Provence, Théâtre de l’Archevêché
Les 30 juin, puis 2, 5, 8, 11, 13, 15, 17 et 19 juillet 2016
9 représentations

Fiordiligi : Lenneke Ruiten
Dorabella : Kate Lindsey
Despina : Sandrine Piau
Ferrando : Joel Prieto
Guglielmo : Nahuel di Pierro
Don Alfonso : Rod Gilfry

Freiburger Barockorchester
Louis Langrée / Jérémie Rhorer (17 & 19 juillet), direction musicale
Christophe Honoré, mise en scène

 

 

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RADIO, en direct.
Diffusion sur France Musique, mardi 5 juillet 2016, en direct, à 21h30

autres diffusions à suivre sur France Musique, au Festival d’Aix en Provence 2016 :

Mercredi 6 juillet, en direct / Théâtre de l’Archevêché
22h : Il Trionfo

Jeudi 7 juillet, en direct / Grand Théâtre de Provence
19h30 : Pelléas & Mélisande

 

 

Nouveau Don Giovanni à Nantes et à Angers

Mozart : Les Noces de Figaro. L'opéra des femmes ?Angers Nantes Opéra. Don Giovanni : 4-12 mars 2016. Nouvelle production attendue à Nantes puis à Angers. Un Don Giovanni comme condamné, acculé à expirer, exprime en une course dernière et enivrée, ses dernières forces vitales, résolument tournées sur le désir et la séduction manipulatrice, dominatrice, dévorante. C’est donc un “ténébreux” séducteur, conscient de la mort et du néant, un cynique malgré lui qui au crépuscule d’une existence creuse et déjà angoissée qui surgit sur les planches ; en somme un héros déjà romantique. Chaque tableau met en scène comme une série répétitives, la mise à mort de ses victimes, chacune selon sa propre sensibilité : “Il est trop tard pour le fidèle et droit Leporello, trop tard pour la vengeresse Donna Anna, l’aimante Elvire, la naïve Zerline, Don Juan n’est déjà plus de ce monde. Décadent par lassitude de vivre, moquant les amants trompés, esquivant les coups, il a perdu sa noblesse à la roulette du désespoir, défie encore l’ici et l’au-delà. Et croque la mort à belles dents,” comme le précise la présentation de la nouvelle production sur le site d’Angers Nantes Opéra.

 

 

Nouveau Don Giovanni électrique esthétique

 

 

Agent d’une nouvelle clairvoyance, Don Giovanni transmet à ses victimes la conscience de la mort…

Don Giovanni, opéra de l’effroi

Voilà donc le portrait d’un jouisseur qui ne croyant plus en rien, s’amuse à détruire et à manipuler, se délectant de l’effroi spécifique qu’il fait naître dans l’esprit de chacune de ses victimes trop conciliantes, ou trop naïves. Qui est vraiment Don Giovanni ? Un ami noir qui nous ouvre les yeux, décille notre âme sur son propre aveuglement ? La fin a-t-elle réellement le sens d’une rédemption ?  L’agent de la clairvoyance est certes châtié car son message était trop violent et trop brutal même s’il était juste et vrai… L’insolence et la liberté de Don Giovanni sont le dernier cri de l’homme rebelle à sa propre fin.

FUSSLI hamlet DOn Giovanni 1793
Le dramma giocoso de Mozart et de Da Ponte
, son librettiste enchanté/enchanteur, – créé à Prague avec un phénoménal succès en 1787-,  joue sur l’ambivalence des genres mêlés : sérieux et tragique (le couple Donna Anna et Ottavio), le naif et léger, un rien comique (Leporello, Masetto et Zerlina) ; plus attachante reste l’amoureuse loyale, aimante, généreuse et miséricordieuse pour l’infâme bourreau qui la fait souffrir (Elvira)… Comme à chaque fois, Mozart perce le cÅ“ur de chacun des protagonistes, héros solitaire de sa propre destinée qui dans l’opéra, se révèle, sans vraiment trouver d’apaisement ni de résolution. Car au final, après la chute du héros dans les enfers, chacun se retrouve face à lui-même, confronté à son effrayante impuissance… Pourtant la fin de Don Giovanni est à la mesure de son geste existentiel : radicale, exacerbée, jusqu’auboutiste. Face à son destin, le convive de pierre / la statue du commandeur, le héros tend une main sûre et solide, tout en sachant qu’il en sera pétrifié / condamné, foudroyé. Comme pour tous les chefs d’oeuvre, Don Giovanni nous renvoie le miroir de notre illusion perpétuelle. Après Tirso de Molina et son Abuseur de Séville et l’Invité de pierre (1630), après Molière (février 1665), la partition mozartienne s’inspire ouvertement de l’opéra de Giuseppe Gazzaniga de 1786 (et du livret mixte, poétiquement déjà trouble de Giovanni Bertali) comme du délire fantasque d’un Goldoni. Alors qui croire ? La grave et sincère Elvira ? Le bouffon Leporello, double réaliste du séducteur, et son complice en tout, au point de revêtir l’identité de son maître pour mieux tromper et séduire ? La vérité est cachée dans la musique classique et romantique, tragique et légère d’un Mozart décidément universel, intemporel.
La nouvelle production présentée à Nantes du 4 au 12 mars 2016 créée l’événement, - première réalisation mozartienne pour le duo Caurier et Leiser à Angers et à Nantes (à l’initiative de Jean-Paul Davois, directeur du Théâtre),  est jouée à l’Opéra Graslin. Toute programmation lyrique se doit un jour ou l’autre d’aborder la question fondamentale posée par Don Giovanni, Mozart et Da Ponte… mais aussi insidieusement par l’aventurier séducteur Casanova – modèle du XVIIIème pour notre héros-, car il a effectivement participé à l’élaboration de l’opéra pour sa création praguoise…  Nouvelle production attendue, donc incontournable. Reprise ensuite les 4, 6 et 8 mai 2016 à Angers (Grand Théâtre).

 

 

 

 

Don Giovanni de Mozart à Nantes et à Angers
Livret de Lorenzo da Ponte.
Créé au Théâtre des États de Prague, le 29 octobre 1787.

NANTES THÉÂTRE GRASLIN
vendredi 4, dimanche 6, mardi 8, jeudi 10, samedi 12 mars 2016

ANGERS GRAND THÉÂTRE
mercredi 4, vendredi 6, dimanche 8 mai 201
en semaine à 20h, le dimanche à 14h30

DIRECTION MUSICALE : MARK SHANAHAN
MISE EN SCÈNE : PATRICE CAURIER ET MOSHE LEISER
DÉCOR : CHRISTIAN FENOUILLAT
COSTUMES : AGOSTINO CAVALCA
LUMIÈRE : CHRISTOPHE FOREY

avec
John Chest, Don Giovanni
Andrew Greenan, Le Commandeur
Gabrielle Philiponet, Donna Anna
Philippe Talbot, Don Ottavio
Rinat Shaham, Donna Elvira
Ruben Drole, Leporello
Ross Ramgobin, Masetto
Élodie Kimmel, Zerlina

Chœur d’Angers Nantes Opéra Direction Xavier Ribes 
Orchestre National des Pays de la Loire

 

 

 

Informations, réservations, distribution sur le site d’Angers Nantes Opéra / Don Giovanni de Mozart

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Mozart. Les Noces de Figaro : partition des Lumières, opéra des femmes ?

Mozart / Da Ponte : modernité des Noces de Figaro. En pleine période dite des Lumières, au moment où Paris et la Cour de Versailles sous l’impulsion de Marie-Antoinette vivent leurs heures artistiques les plus glorieuses, Mozart et Da Ponte conçoivent en 1786, Les Noces de Figaro. Premier volet d’une trilogie exemplaire dans l’histoire de l’opéra, qui est l’enfant d’une collaboration à quatre mains aux apports irrésistibles, l’ouvrage poursuit sa carrirèe sur les scènes du monde entier : c’est que sa musique berce l’âme et son livret, excite l’esprit par leur justesse combinée, accordée, idéalement associée. Un mariage parfait ? Figaro et Suzanne, c’est le couple de l’avenir : celui des héros de la révolution. En eux coule pur, le sang de la justice et de la liberté, les valeurs indépassables de l’esprit des Lumières qui devait produire la déclaration universelle des droits de l’homme. C’est dire. Suivons pas à pas, à travers chaque acte, les thèmes que les deux acteurs modernes défendent. En somme, voici l’Å“uvre d’un Mozart libertaire et moderne, soucieux de dénoncer les excès de son époque pour l’avènement de la société idéale : celle des hommes égaux, justes, responsables, respectueux. Mais où le pouvoir du désir ne serait-il pas l’élément le plus dangereux ?

 

 

 

Mozart : Les Noces de Figaro. L'opéra des femmes ?

 

 


Le couple des Lumières

Et pourtant, sa claire conscience ne peut empêcher aussi de constater l’oubli des hommes à ce qu’ils doivent être : la folie, le désir, l’agitation ont tôt fait de ruiner tout équilibre, et l’on sent bien qu’au terme de cette aventure lyrique, c’est le dieu théâtre qui triomphe : sa flamme et son flux incontrôlable, sa tentation perpétuelle du chaos.

 

 

 

Acte I : Les serviteurs se rebiffent. Figaro découvre que Le Comte ne cesse de harceler sexuellement sa future épouse, Suzanne. C’est l’enjeu de la première scène et du duo entre les deux serviteurs : Mozart et Da Ponte militent donc pour l’égalité de tous et dénoncent le droit de cuissage (droit du seigneur sur ses servantes) que veut appliquer le Comte, leur maître. Contre leur émancipation et leur union, se dressent ensuite le couple des intrigants : la vieille Marcelline et le docteur Bartolo venus se venger de Figaro… Puis quand surgit Cherubino, c’est Cupidon qui s’invite au banquet social : plus de serviteurs ni de maîtres, l’amour vainc tout et rend égaux tous devant la force du désir. Ainsi si le Comte s’éprend de Suzanne, si le jeune Cherubino  dévore des yeux la Comtesse, c’est dans la fable, pour mieux souligner le pouvoir de l’amour. En espérant baillonner l’attrait de ce Cupidon dangeureux à sa cour, le Comte l’envoie dans l’un de ses régiments, sur un autre front, hors des antichambres du château.

Acte II : Piéger le Comte. L’un des airs les plus mélancoliques et sombres de Mozart (“Porgi amor” : La Comtesse y exprime ses illusions et ses rêves perdus, quand jeune fille, Rosina, elle était aimée du Comte) ouvre le II. Pour se venger du Comte libidineux, Figaro propose de le piéger, dénoncer son inconstance déloyale, le surprendre en séducteur éhonté de Suzanne. Sommet de ce jeu de dupes, le trio “Susanna or via sortite !”, entre le Comte, la Comtesse et Suzanne), une scène qui exploite au mieux le déroulement dramatique conçu par Beaumarchais dans sa pièce originelle : à son terme, le duo des femmes triomphent car le Comte doit reconnaître sa violence tyrannique et présenter ses excuses. Mais rebondissement contre le couple Figaro et Suzanne, le trio des intrigants, Marcelline et Bartolo rejoint par Basilio (sublime rôle de ténor comico héroïque) reparaît exigeant que Figaro honore ses promesses (et épouse la vieille Marcelline!). La confusion qui conclut le II, est une synthèse de tous les ensembles buffas d’une trépidante vitalité.

Acte III. Le procès de Figaro a lieu. Rebondissement : Marcelline qui devait l’épouser illico devant le juge Curzio, reconnaît en Figaro son propre fils, qu’elle eut avec…. Bartolo. La Comtesse et Suzanne plus remontées que jamais, rédige la lettre dans laquelle Suzanne donne rendez vous le soir même au Comte (pour le piéger et dénoncer sa déloyauté devant tous). Le Comte réceptionne le billet et s’en réjouit.

L’Acte IV s’ouvre avec un nouveau solo féminin (Les Noces sont bien l’opéra des femmes) : sublime air de déploration tendre de Barbarina qui pleure de ne pouvoir retrouver l’épingle qu’elle devait remettre à Suzanne (“L’ho perduta”). Profond et allusivement très juste, l’opéra dévoile aussi l’amertume et le désarroi de ses héros : ainsi Figaro qui même s’il sait le piège tendu au Comte, doute un moment de la sincérité de Suzanne (superbe récitatif et l’air qui suit : “Tutto è dispoto”… “Aprite un po’ quegl’occhi…”). L’ouvrage de Mozart est ainsi ponctué de miroitement psychique d’une infinie vérité dont la sincérité nous touche particulièrement. La nuit est propice aux travestissements et troubles de toute sorte : chacun croyant voir ce qu’il redoutait, redouble de rage amère à peine voilée (La Comtesse habillée en Suzanne est courtisée par Chérubin) : Suzanne, déguisée en Comtesse est abordée par Le Comte. Puis Figaro démasquant Suzanne en Comtesse, la courtise sans ménagement au grand dam du Comte qui surgit et criant au scandale face à son épouse indigne, s’agenouille finalement… reconnaissant sous le voile,… Suzanne qu’il venait de courtisée. La Comtesse obtient alors le pardon du Comte, à défaut de la promesse de son amour. Car le lendemain, tout ce qui vient d’être rétabli ne va-t-il pas se défaire à nouveau ? L’inconstance règne dans le cÅ“ur des hommes…

Remarque : Rosina, Suzanna, même génération. la tradition héritée du XIXè remodèle (dénature) les rapports entre les personnages a contrario des tessitures d’origine. Soulignons dans la partition voulue par Mozart, la gemmélité des timbres des deux sopranos : la Comtesse et Suzanne. Les deux rôles doivent en réalité être chantés par deux voix claires, peut-être plus sombre pour Suzanne. Epousée adolescente par Almavivva, Rosina devenue Comtesse est à peine plus âgée que sa camériste, Suzanne.

 

 

CD. Mozart : Cosi fan tutte (Kassian, Currentzis, 2013)

CLIC D'OR macaron 200CD. Mozart : Cosi fan tutte (Kassian, Currentzis, 2013). Décapant, enivré : le Cosi du chef Teodor Currentzis né grec mais citoyen russe (42 ans). Livré tout chaud des presse Sony en ce 17 novembre 2014, le Currentzis nouveau vient de sortir : la suite après des Noces décapantes, de la trilogie Mozart Da Ponte. Avant Don Giovanni (à paraître automne 2015), voici un Cosi supérieur encore aux Noces de l’an dernier : en énergie mais ciselée, en voix mieux homogènes, en finesse et subtilité (le duo Despina Alfonso fonctionne à merveille), en juvénilité ardente, naïve, celle des fiancés parieurs (Ferrando et Guglielmo) d’un bout à l’autre totalement engagés, et même palpitants. Ces officiers y apprennent l’inconstance et la philosophie d’en accepter le jeu.

mozart cosi fan tutte teodor currentzis cd sony classical kasyan kassian despinaA Perm, capitale culturelle isolée, à l’extrémité orientale de l’Oural, sévit une baguette embrasée, celle du directeur artistique de l’Opéra local, Teodor Currentzis (depuis 2011). Non content d’être reconnus modialement pour leur interprétation de Casse-noisette de Tchaikvoski grâce aux Ballet maison qui rivalise avec le Kirov et le Mariinsky, Perm gagne même une crédibilité mozartienne avec cette odyssée discographique menée à vive allure et qui s’avère totalement passionnante malgré ses options parfois radicales; ni tiède ni complaisante, la direction du chef entend régénérer fondamentalement notre écoute et notre mémorie sonore de la trilogie mozartienne : le travail sur les tempi, les phrasés, la dynamique et toutes les nuances hagogiques servant l’explicitation des climats et des situations comme l’articulation du texte d’une comédie déjantée restent là encore saisissants. La farce, l’ivresse d’un temps de folie collective, tous les possibles d’une situation née d’un quiproquo époustouflant, le plus impressionnant de l’histoire de l’opéra, sont revivifiés ici avec un tempérament de feu.

currentzis teodor cosi fan tutte mozart dirige baltasar neumannLa verve dont est capable le frénétique Currentzis qui a quitté son Athènes native pour étudier auprès d’Illya Musin à Saint-Pétersbourg, dès ses 22 ans, gagne en éloquence et en pétulance : jamais la scène napolitaine ne fut aussi électrisante et électrique tant le chef semble radicaliser son geste, mais à juste titre, celui des instrumentistes et des chanteurs pour chaque mesure. L’art des transitions entre récitatifs accompagnés au pianoforte et airs orchestraux y est particulièrement soigné, offrant une nouvelle continuité souple mais très caractérisée pour chaque séquence. Toute la dernière partie, à partir de la défaite de Fiordiligi dans son duo avec Ferrando déguisé en faux albanais, le faux mariage en présence du faux notaire (Despina hilarante), le finale où tous se démasquent, relève d’une vitalité hallucinée à la morale très juste, … une préfiguration des comédies les plus pétillantes à venir (La Chauve Souris, La vie parisienne…) : Currentzis a un geste percussif et tranchant,  essentiellement et naturellement théâtral, d’une justesse dramatique peu commune : peut-être le fruit de son ancienne collaboration avec l’autre champion du drame incarné, le metteur en scène tout aussi exacerbé par sa manière jusqu’auboutiste, Dmitri Cherniakov, à l’opéra de Novosibirsk dès 2004 ? Currentzis sait capter l’insouciance d’un temps de folie collective, la pulsation qui fait imploser l’ordre apparent de la vie, même si tout redevient à un équilibre final, – comme dans Les Noces de Figaro- la musique ayant superbement dévoilé la psyché trouble et contradictoire de chaque protagoniste et avec quelle finesse, on sent bien que le lendemain tout peut recommencer : Mozart a cette capacité à révéler la fragilité inhérente des situations où tout nouvel ordre peut à nouveau basculer. Currentzis se fonde sur cette motricité du désordre pour établir une approche résolument vertigineuse.

 

 

 

 

Ivresse, palpitations, délires de Cosi

 

Teodor Currentzis : maestro furioso !Au terme de répétitions sans limitation de durée (clause de son contrat à Perm), en cela accompagné par de vrais instrumentistes complices qui partagent son même perfectionnisme radical (les musiciens de l’ensemble qu’il a fondé à Novossibirsk : MusicAeterna), le chef peut être fier d’avoir atteint un nouveau standard de perfection, dans les attaques, dans l’unisson motorique des cordes ; la précision fait loi, toujours au service d’une expressivité justifiée. Jamais Cosi n’a semblé si proche de l’éros et du désir troublant ; la violence des fiancées d’abord réticentes à toute approche infidèle face aux jeunes orientaux venus les éprouver en l’absence supposée de leurs fiancés, paraît suspecte : sous la braise agressive, deux volcans sont prêts à se laisser enflammer… Et le duo Despina qui a tant de froideur enjouée vis à vis de la gens masculine, avec Alfonco, vieux cynique glaçant achève de boucler un tableau passionnant, résolument ironique et mordant, d’autant que les jeunes officiers se font prendre à leur propre jeu : l’infidélité des femmes, la facilité avec laquelle, déguisés, ils les ont retournées, offrent une leçon de réalisme sentimental qui n’a rien à envier ni à Marivaux ni Musset ni au Flaubert de l’Education sentimentale ou de Madame Bovary. Mais ce geste électrique, embrasé rompt définitivement le joug des lectures si nombreuses et si conformes, ternes, tièdes, lisses (celui du Mozart poli et décoratif). En réformant l’approche musicale par le souffle et la vie, Currentzis redéfinit aussi notre propre place d’auditeur, notre expérience musicale et aussi le jeu même des interprètes : certains y souscrivent naturellement, comme aimantés par tant de vivacité communicante, d’autres restent de marbre, souvent hors sujet à notre avis, parfois d’une consternante tiédeur : c’est le cas des deux voix féminines exprimant bien platement l’inconstance des deux soeurs… quant leur servante Despina éblouit par son jeu étourdissant d’intelligence et de finesse. Autre réserve, péché d’orgueil d’un chef qui pense d’abord par son orchestre : le volume sonore de l’orchestre, beaucoup trop élevé par rapport aux voix ; l’orchestre déjà stylistiquement survolté couvre le chant si détaillé par exemple, de la sublime Despinetta  de la jeune soprano Anna Kassian: or le travail naturel, flexible, ciselé de la jeune cantatrice confirme bien son talent, récemment couronné par le Concours Bellini 2013 -, une voix exceptionnelle à suivre désormais.

Globalement, l’enregistrement satisfait notre attente : affirmant une intelligence ivre réellement délectable qui souligne la folie et les délires de cette mascarade née d’un dangereux pari : la nature comique, légère, délirante du sujet y gagne un surcroît de vitalité. Comparée à leur anthologie Rameau publié aussi en novembre 2014 mais réalisé il y a déjà deux ans (Rameau : the sound of light, 2012), le style des musiciens nous paraît plus homogène et moins disparate.  C’est donc un CLIC de classiquenews, confirmant le choix de cette version de Cosi tel un excellent cadeau de Noël.
mozart cosi fan tutte currentzis 3 cd anna kasyanMozart : Cosi fan tutte. Simone Kermes (Fiordiligi), Malena Ernman (Dorabella), Christopher Maltman (Gugielmo), Kenneth Tarver (Ferrando), Anna Kasyan / Kassian (Despina), Kostantin Wolff (Don Alfonso).  MusicAeterna (orchestre et choeur). Teodor Currentzis, direction. 3 cd Sony classical 88765466162. Enregistrement réalisé en janvier 2013 à Perm, Opéra Tchaikovski.

 

 

 

 

 

approfondir


rameau courrentzis musicaeterna tteodor currentzis sound of lightCD. Rameau : the sound of light (Currentzis, 2012)
. Voici un Rameau qui fait réagir : lisez d’abord le titre de cette anthologie, The sound of light, le son de la lumière… Lumineux et même solarisé (serait-ce une référence indirecte à son appartenance à une loge comme à ses nombreux ouvrages pénétrés de symboles et rituels maçonniques : de Zaïs à Zoroastre…?). Frénétique, motorique, surexpressive… la lecture de Teodor Currentzis, jeune chef athénien formé dans la classe d’Illya Musin à Saint-Pétersbourg (à 22 ans) qui est passé par l’Opéra de Novossibirsk puis actuellement Perm, – où il est directeur artistique, ne laisse pas indifférent : sa baguette suractive exaspère comme elle transporte.
Pour le 250ème anniversaire de sa mort, le compositeur vit une année 2014 finalement florissante : aux concerts (Le Temple de la gloire, Zaïs… resteront de grands moments de redécouverte… à l’Opéra de Versailles), ou à l’opéra (Castor et Pollux, Les Indes Galantes, Platée…), s’ajoutent plusieurs réalisations discographiques dont ce programme pourtant enregistrée déjà en juin 2012 à Perm (Maison Diaghilev, Oural).  LIRE notre critique complète du cd RAMEAU : The sound of light (1 cd Sony classical, enregistré en 2012, édité en décembre 2014)