CD, critique. HEINICHEN : Flavio Crispo (Il Gusto Barocco / Jörg Halubek – 3 cd CPO, 2016)

heinichen flavio crispo CPO il gusto barocco jorg halubek cd review critique classiquenewsCD, critique. HEINICHEN : Flavio Crispo (Il Gusto Barocco / Jörg Halubek – 3 cd CPO, 2016. L’opĂ©ra vĂ©nitien Ă  Dresde
 Avant de rejoindre Venise puis Dresde, Heinichen, prĂ©curseur de Haendel, reçoit l’enseignement de Schelle et Kuhnau Ă  Leipzig, ayant comme condisciples Graupner ou Fasch ! Il repernd aussi le Collegium Musicum Ă  la succession de Telemann
 VoilĂ  qui situe son tempĂ©rament et le milieu d’oĂč vient le compositeur de cet opĂ©rĂ© rĂ©vĂ©lĂ© : Flavio Crispo, composĂ© Ă  Dresde pour le Carnaval de 1720 (et probablement jamais reprĂ©sentĂ©). D’emblĂ©e, Il Gusto Barocco nous en dĂ©voile sa verve lyrique et profane, Ă©quation convaincante entre l’élĂ©gance haendĂ©lienne et la vitalitĂ© vivaldienne. A Dresde, Heinichen entend prolonger voire surpasser les opĂ©ras de son prĂ©dĂ©cesseur, le vĂ©nitien Antonio Lotti (comme en tĂ©moignent les parties trĂšs dĂ©veloppĂ©es, au sein d’une riche orchestration, des flĂ»tes traversiĂšres et des cors
 aux couleurs cynĂ©gĂ©tiques dĂšs l’ouverture). Mais l’auteur au tempĂ©rament bien trempĂ© se querella avec les castrats italiens de la Cour (Senesino et Berselli) pendant les rĂ©pĂ©titions : l’opĂ©ra ne vit jamais le jour.

 

 

Heinichen, précurseur de Haendel
Crispo en premiÚre mondiale, révélé par le pétillant chef Jörg HALUBEK

 

 

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InspirĂ© de l’histoire impĂ©riale romaine tardive, l’opĂ©ra Crispo Flavio met en scĂšne les intrigues politiques et amoureuses de la cour de Constantin (sa tĂȘte colossale parĂąit en couverture du coffret) dont l’épouse Fausta aime son beau-fils, fils de Constantin donc, Crispo. L’élĂ©gance de l’écriture doit beaucoup Ă  l’opĂ©ra vĂ©nitien dont Heinichen offre une brillante synthĂšse ; autant de sincĂ©ritĂ© dans chaque air, autant de justesse dans l’expression des sentiments de cet Ă©chiquier et ce labyrinthe des cƓurs Ă©pris, souvent impuissants (Crispo aime la princesse anglaise Elena, mais il est aimĂ© de sa belle-mĂšre Fausta et aussi de la princesse Imilee
) affirment un talent rare pour le drame Ă  la fois hĂ©roĂŻque et tendre : de passage Ă  Dresde, le saxon Haendel saura y cueillir les fondements de sa propre langue lyrique, recrutant Ă  l’occasion les chanteurs dont il avait besoin pour ses serias Ă  Londres.
Il revient au chef (et claveciniste) Jörg Halubek, acteur majeur du Baroque Ă  Stuttgart (rĂ©sidence de son ensemble Il Gusto Barocco) de rĂ©vĂ©ler ce jalon de l’opĂ©ra seria en terres dresdoises – un accomplissement aprĂšs sa prĂ©cĂ©dente exhumation TisbĂ© de Brescianello (2008) : la caractĂ©risation fine et nerveuse du continuo, la cohĂ©rence de la distribution – quelque soit les personnages, rendent justice Ă  une partition dense et flexible, bel emblĂšme de l’esthĂ©tique galante propre aux annĂ©es 1720. Magistrale recrĂ©ation.

 

Avec Leandro Marziotte, Dana Marbach, Alessandra Visentin, Silke GĂ€ng, Nina Bernsteiner, Tobias Hunger, Ismael Arronitz / Il Gusto Barocco, Jörg Halubek (direction). CD, critique. HEINICHEN : Flavio Crispo (Il Gusto Barocco / Jörg Halubek – 3 cd CPO, 2016). 3 cd CPO, DDD, enregistrĂ© en 2016. / Portrait de Jörg Halubek (© M Borggreve).

 

 

 

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PLUS D’INFOS sur le chef Jörg Halubek :
https://www.halubek.com/en/photos/

PLUS D’INFOS sur le collectif Il Gusto Barocco :
https://www.halubek.com/ilgustobarocco/
Page dĂ©diĂ©e Ă  l’opĂ©ra Flavio Crispo :
https://www.halubek.com/ilgustobarocco/2019/12/14/welturauffuehurng-einer-barockoper-cd-release-von-heinichens-oper-flavio-crispo/

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CD, compte rendu critique. Godard : Symphonies opus 57, 23 (David Reiland, 2015, 1 cd CPO)

GODARD banjamin symphonie 2 cd review critique cd classiquenews Titelive_0761203504428_D_0761203504428CD, compte rendu critique. Godard : Symphonies opus 57, 23 (David Reiland, 2015, 1 cd CPO). L’Ă©clectisme de Godard, qui l’impose dans le terreau de la France fin de siĂšcle (autour des annĂ©es 1880), signe ici un cycle symphonique qu’une oreille expĂ©ditive taxerait de superficialitĂ© dĂ©monstrative voire d’offrande Ă  l’acadĂ©misme pompier, en manque Ă©vident de profondeur. Or concernant l’opus 57, la Symphonie n°2 (1879), on y dĂ©tecte d’Ă©videntes parentĂ©s stylistiques qui composent comme un contexte esthĂ©tique et musical propre Ă  l’habiletĂ© Ă©rudite du compositeur dont l’opus reprĂ©sente son cycle orchestral pourtant le plus ambitieux ; c’est mĂȘme un jalon important de l’histoire symphonique en France avant les opus de Lalo, Saint-SaĂ«ns, surtout Franck dont la Symphonie en rĂ© de 1888/1889 marque le sommet des recherches contemporaines : l’Ă©coute du cd CPO dĂ©voile un souci de traiter tous les aspects de l’Ă©criture orchestrale, de surcroĂźt dans un effectif relativement imposant (bassons et cors jusqu’Ă  quatre, trombones par trois…) ; le 1er mouvement fait rĂ©fĂ©rence Ă  l’optimisme altier de Mendelssohn, le 2Ăš mouvement totalement construit sous forme de Variations (histoire de montrer pour Godard, ses aptitudes Ă  varier l’orchestration sur un mĂȘme thĂšme) rappelle Brahms ; tandis que le Scherzo cite Gounod (rĂ©miniscences de l’esprit de la Reine Mab) ou Massenet (dans cette grandiloquence trĂšs Second-Empire). Le 3Ăšme mouvement est de loin le plus intĂ©ressant car il dĂ©voile le souci d’articulation, et la grande agilitĂ© Ă  varier la caractĂ©risation du chef David Reiland, requis pour cet exercice peu facile du dĂ©frichement. Sauf erreur il s’agit bien d’une premiĂšre mondiale. Or l’Ă©blouissante agilitĂ© mozartienne de la direction, en particulier dans la succession des tableaux si contrastĂ©s de l’Allegro final, s’avĂšre le meilleur choix artistique pour la rĂ©habilitation du compositeur romantique français. On demeure Ă©tonner cependant que les initiateurs du projets n’aient pas choisi un orchestre sur instruments anciens.

Romantisme français orchestral

David Reiland explore avec finesse l’Ă©clectisme symphonique de Godard

reiland-david-chef-maestro-582-594La juste caractĂ©risation des timbres, leur format sonore militent ici pour un allĂšgement salvateur de la texture car l’Ă©criture française orchestrale Ă  de trĂšs rares exceptions prĂšs, sonne solennelle voire lourde – donc automatiquement grandiloquente. Or David Reiland dont on connaĂźt dĂ©sormais l’aptitude singuliĂšre Ă  l’articulation et Ă  la clartĂ©, Ă©vite toute Ă©paisseur, toute emphase, atteignant une transparence dĂ©taillĂ©e, une activitĂ© sonore palpitante qui s’avĂšre passionnante Ă  suivre d’Ă©pisode en Ă©pisode. Cette Symphonie n°2 prolonge la maturitĂ© d’une Ă©criture qui s’est affirmĂ©e dramatique et expressive dans le grand format, une maĂźtrise qui s’Ă©tait dĂ©voilĂ©e l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente en 1878 quand l’auteur remporte le Prix de la Ville de Paris, soucieuse de relancer la vogue des oratorios fervents, avec Le Tasse, vaste cycle symphonique et dramatique de 1877 (une Ă©popĂ©e orchestrale bien plus naturelle que Le Paradis perdu de son comparse ThĂ©odore Dubois, actif Ă  la mĂȘme pĂ©riode et pour le mĂȘme Prix, Ă©galement sujet d’un disque dont Classiquenews en son temps a rendu compte).
GrĂące Ă  la vigilance du maestro belge, le dĂ©tail liĂ© Ă  un grand sens de l’analyse synthĂ©tique, saisit le caractĂšre de chaque sĂ©quence, sans omettre la perception de l’architecture globale. VoilĂ  qui se retrouve aussi dans sa direction de chef lyrique Ă  laquelle nous devons dĂ©jĂ  de grandes rĂ©ussites.
CaractĂ©risĂ©es, les Trois piĂšces (opus 51) sont vives et ainsi subtilement dĂ©taillĂ©es (hautbois et flĂ»te trĂšs exposĂ©s dans la BrĂ©silienne, verve mĂ©lodique d’un trĂšs bel entrain de la trĂšs cĂ©lĂšbre Kermesse… laquelle pourrait servir d’accompagnement musical Ă  l’entrĂ©e du chƓur dans un opĂ©ra de … Massenet). Dans la Symphonie opus 23, Godard ancien Ă©lĂšve du symphoniste Henri Reber (rĂ©cemment dĂ©voilĂ© lui aussi et acteur raffinĂ© trĂšs germanisant Ă©galement, pour un symphonisme français souple et presque aĂ©rien), cultive un style fragmentĂ©, fortement caractĂ©risĂ© selon les 5 Ă©pisodes mouvements dont le profil spĂ©cifique oriente la Symphonie annoncĂ©e plutĂŽt vers la Suite d’orchestre. Dans ce cycle crĂ©Ă© en 1881, le travail de David Reiland impose une trĂšs forte implication expressive qui le distingue de nombre d’approches routiniĂšres : le maestoso est grandiloquent, effectivement nĂ©obaroque dans ces citations de Haendel, et donc dans le goĂ»t du XIXĂš Ă©clectique, “gothique” (d’oĂč le titre de l’opus). L’Andantino qui suit frappe par sa carrure allante et sa vive pulsion rythmique ; le Grave est sombre et majestueux ; et mĂȘme le finale plus ouvertement nĂ©obaroque, – proche en cela d’un Massenet dĂ©cidĂ©ment, celui des intermĂšdes versaillais de Manon-, affirme une santĂ© nerveuse aux couleurs prĂ©cises et justement nuancĂ©es. Le chef apporte toute la finesse possible Ă  une Ă©criture qui n’empĂȘche jamais une certaine complaisance au goĂ»t dominant, plus proche de Saint-SaĂ«ns que de Wagner ; mais un style français Ă©loignĂ© du wagnĂ©risme pour remonter le temps vers Mendelssohn et ici, aussi Bach aux cĂŽtĂ©s de Haendel. SĂ©vĂšre dans sa construction et les multiples rĂ©fĂ©rences formelles qu’elle convoque, la Suite Gothique diffuse ici une intensitĂ© versatile souvent irrĂ©sistible. La tenue des instrumentistes de l’orchestre germanique sous la baguette du chef David Reiland emporte l’enthousiasme par leur finesse et l’Ă©lĂ©gance continuelle qui traverse les 3 cycles symphoniques heureusement redĂ©couverts. La direction affĂ»tĂ©e, vive, Ă©quilibrĂ©e et contrastĂ©e du chef fait toute la valeur de ce disque qui est aussi une source de dĂ©couvertes.

CD, compte rendu critique. Godard : Symphonies n°2 opus 57, “Gothique” opus 23. Trois Morceaux (Marche funĂšbre, BrĂ©silienne, Kermesse). MĂŒnchner Rundfunkorchester. David Reiland, direction (1 cd CPO enregistrement rĂ©alisĂ© en septembre 2015).

LIRE aussi la critique cd complÚte du Paradis Perdu de Théodore Dubois (mars 2012)

LIRE aussi notre critique cd complĂšte de la Symphonie n°4 d’Henri Reber (mai 2012)