COMPTE-RENDU, livre événement. Gilles CANTAGREL : Sur les traces de JS BACH (Buchet Chastel)

JS BACH Cantagrel critique classiquenews Sur-les-traces-de-J-S-Bach BUCHET CHASTEL CLIC de classiquenewsCOMPTE-RENDU, livre Ă©vĂ©nement. Gilles CANTAGREL : Sur les traces de JS BACH (Buchet Chastel). Remarquable Ă  maints titres ce nouvel essai thĂ©matisé aborde la vie, la personnalitĂ©, l’Ɠuvre bien sĂ»r du gĂ©nie baroque germanique Ă  travers plusieurs thĂ©matiques souvent originales ; toutes se sont prĂ©sentĂ©es Ă  l’auteur au cours de ses rencontres ; elles dĂ©voilent souvent des pans peu connus ou souvent passĂ©s rapidement ou superficiellement dans les mains de biographes ou de spĂ©cialistes trop rapides voire schĂ©matiques. Le mythe BACH a voilĂ© plusieurs aspects d’une vie bien remplie ; « contrevĂ©ritĂ©s », « incomprĂ©hensions » sont ainsi corrigĂ©es, nuancĂ©es ; elles ne concernent pas seulement Bach lui-mĂȘme, mais aussi ses proches, tels sa veuve Anna Magdalena Ă  laquelle rien ne fut Ă©pargnĂ© aprĂšs la mort de son mari en 1750


 

 

JS BACH DÉVOILÉ, RÉESTIMÉ
Sa vie, son Ɠuvre, sa fortune critique, ses proches, son hĂ©ritage


 

 

L’érudition libre et prĂ©cise aborde le mythe JS BACH comme d’un regard neuf qui rend plus attachant encore le monument musical ainsi reconsidĂ©rĂ© voire rĂ©Ă©valuĂ©. 16 chapitres trĂšs fluides et accessibles (en lecture), trĂšs complets (par l’argumentation des idĂ©es, comme la richesse des anecdotes) reconsidĂšrent les Ă©tapes de la vie de Jean SĂ©bastien BACH et aussi les thĂ©matiques fondamentales qu’exprime son Ɠuvre : depuis la Thuringe et la Wartburg ; les villes oĂč il sĂ©journa (de Ohrdruf, LĂŒneburg, Arnstadt Ă  LĂŒbeck, Weimar, Coethen ou Erfurt
 bien sĂ»r Leipzig (Ă  laquelle tout un chapitre est dĂ©diĂ© : «  le petit Paris ») ; sa cĂ©citĂ© (Bach comme Haendel Ă  la fin de sa vie Ă©prouva des difficultĂ©s immenses sur le plan physique qui le rendent plus proche encore de nous) ; la foi, entre pĂ©dagogie et prĂ©dication ; l’hĂ©ritage et la fortune critique de son Ɠuvre ; les pionniers de sa « redĂ©couverte », en particulier Ă  Leipzig, et en France (de 1800 Ă  1950).

CLIC D'OR macaron 200Les chapitres les plus intĂ©ressants, aux cĂŽtĂ©s des approches de l’Ɠuvre, demeure les « affaires » que Bach mena pour sauver son intĂ©rĂȘt voire son honneur (« Dans son bon droit » : affaires, querelles, conflits
), comme le « grand silence » (lassitude et maturation), Ă©vocation des atermoiements du compositeur, ou pourquoi Bach connut-il des pĂ©riodes de silence puis de retours Ă  la crĂ©ation ? Passionnant. L’auteur n’omet pas non plus, propre au baroque et son esthĂ©tique des passions, l’opĂ©ra chez Bach : lĂ  encore le regard est Ă©rudit, pertinent, prĂ©cis
 et comme l’aurait dit Bach lui-mĂȘme, penseur et croyant avant tous, 
 lumineux. Livre Ă©vĂ©nement. Un nouvel incontournable dans la bibliothĂšque de CLASSIQUENEWS.COM. Evidemment le titre Ă©ditĂ© par Buchet Chastel dĂ©croche naturellement le CLIC de classiquenews de fĂ©vrier 2021.

 

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COMPTE-RENDU, LIVRE Ă©vĂ©nement. GILLES CANTAGREL : Sur les traces de JS BACH (Buchet Chastel). Parution : fĂ©vrier 2021 – ISBN 978-2-283-03425-5 – en lire plus sur le site de Buchet Chastel

LIVRE événement, critique. Willem de Vries : COMMANDO MUSIK (Buchet Chastel)

commando musik willem de vries critique livre nazis spoliations classiquenews 9782283031988-359daLIVRE Ă©vĂ©nement, critique. Willem de Vries : COMMANDO MUSIK (Buchet Chastel) – On mĂ©sestime souvent combien les nazis furent d’ñpres voleurs d’Ɠuvres d’art, et sur le plan musical, des prĂ©dateurs prĂȘts Ă  tout pour dĂ©rober les biens juifs de toute nature et surtout de grande valeur (partitions, manuscrits, instruments
). DĂšs 1940, l’administration hitlĂ©rienne organise une vaste politique de confiscation des biens juifs, dans les territoires occupĂ©s (France, Belgique, Pays-bas
), spoliant maintes familles ayant fui, dĂ©portĂ©es ou retenues prisonniĂšres, afin d’enrichir encore et encore les fonds artistiques allemands, en particulier de la capitale du reich, Berlin (et dans un premier temps, avant inventaire exhaustif dans les entrepĂŽts de la firme Franzkowiak), ou Ă  Lepizig oĂč Ă©tait programmĂ© le projet de musĂ©e musical du reich (« Hohe Schule »).
Ainsi « l’organisation Rosenberg » ou ERR, suivait l’objectif d’éliminer la vie culturelle juive dans toute l’Europe, Ă  travers la confiscation des Ɠuvres d’art et des bibliothĂšques au profit du IIIĂš reich. Une cellule consacrĂ©e Ă  la musique voit le jour, le « Sonderstab Musik » (/ commando « musique »), composĂ©e d’éminents musicologues allemands, chargĂ©s de localiser instruments, partitions, manuscrits
 l’activitĂ© de cette officine est le sujet principal de ce livre passionnant.

 

 

Le sonderstab musik / Commando Musik

Spoliation anti juive Ă  l’échelle europĂ©enne

 

 

Pour clarifier encore l’étendue de la spoliation, les fameux « monuments men » (MFA & A pour Monuments, Fine arts and archive programm ») crĂ©Ă© dĂšs 1943 par le gĂ©nĂ©ral Dwight Eisenhower, commandant suprĂȘme des armĂ©es amĂ©ricaines, furent organisĂ©s pour tracer et rĂ©cupĂ©rer les quelques 5 millions d’Ɠuvres d’art usurpĂ©es par les nazis dans toute l’Europe


Le texte que publie Buchet Chastel est moins une offrande littĂ©raire que le support d’une enquĂȘte complĂšte, premier document sĂ©rieusement argumentĂ©, parfois trĂšs (trop ?) dĂ©taillĂ© ; de toute Ă©vidence, les chercheurs Ă  venir y puiseront des pistes d’investigation pour Ă©lucider nombre de problĂšme d’objets et d’instruments qui pour certains attendent toujours de revenir Ă  leurs propriĂ©taires originels et / ou Ă  leurs descendants. C’est le fruit de presque 20 annĂ©es de recherche menĂ©e par Willem De Vries Ă  partir de 1991, et qui constitue un Ă©clairage dĂ©cisif sur l’une des plus ignobles opĂ©rations de spoliation jamais organisĂ©e au 20Ăš. Sur ses propres deniers (puisque la facultĂ© d’Amsterdam refusa de financer son projet), le chercheur rassemble et identifie un nombre important de manuscrits gardant la trace d’une administration mĂ©ticuleuse, dont le seul but est la confiscation Ă  grande Ă©chelle. Ce sont plusieurs centaines de milliers d’ouvrages et plusieurs dizaines de milliers d’instruments et de partitions qui sont transfĂ©rer Ă  Berlin puis dans les caches du reich en Haute SilĂ©sie (Ratibor, Pless, Langenau).

Toute l’opĂ©ration s’appuie sur une idĂ©ologie premiĂšre particuliĂšrement bien documentĂ©e ; sur l’engagement de personnalitĂ©s trĂšs zĂ©lĂ©es Ă  la bonne rĂ©alisation de leur mission
 Ainsi Willem de Vries dresse le portrait de deux personnalitĂ©s clĂ©s dans ce programme de vol Ă  l’échelle europĂ©enne : Alfred Rosenberg le thĂ©oricien (celui qui instille les ferments du national-socialisme dans l’art et la culture allemande) et Herbert Gerigk, membre des Waffen-SS
 et biographe de Verdi et Rossini, qui fut ainsi le responsable de la bonne exĂ©cution des principes Ă©dictĂ©s (« orchestrateur de la politique musicale de Rosenberg).
Le dossier est complĂ©tĂ© par le cas de collaborateurs identifiĂ©s, chevilles ouvriĂšres du Sonderstab Musik : Wolfgang Boetticher (devenu professeur de musicologie Ă  l’UniversitĂ© de Göttingen aprĂšs la guerre et renvoyĂ© suite aux dĂ©couvertes de l’auteur) et Guillaume de Van (conservateur Ă  la BN et correspondant local Ă  Paris, collaborateur des plus actifs du Sonderstab Musik)
. parmi leurs victimes, spoliĂ©es au mĂ©pris de tout respect de la propriĂ©tĂ© et de la mĂ©moire des juifs inquiĂ©tĂ©s et martyrisĂ©s : Arthur Rubinstein (dont 71 compositions qui lui furent dĂ©diĂ©es
), le critique musical Arno PoldĂšs, le violoncelliste Gregor Piatigorsky ; et les cas spĂ©cifiquement analysĂ©s de la claveciniste polonaise Wanda Landowska dont la collection en France Ă©tait domiciliĂ©e Ă  Saint-Leu la ForĂȘt (soit 60 caisses dĂ©robĂ©es par Gerigk, comprenant la bibliothĂšque musicale, les biens et meubles dont les instruments, parmi lesquels le fameux piano de Chopin, de nombreux peintures et objets d’art
); du compositeur Darius Milhaud dont l’appartement parisien aprĂšs sa fuite, fut intĂ©gralement « vidé » ; Willem de Vries Ă©voque alors la plainte du gouvernement français, dĂ©muni, laissĂ© sans suite
; il prĂ©cise le zĂšle pointilleux de Boetticher, habile Ă  rĂ©Ă©crire l’histoire et dĂ©clarer Landowska comme juive
 S’agissant de Milhaud, De Vries retrouve ainsi la trace de partitions que l’on croyait perdues (dont Le beau Tripoli de damas, PoĂšme pour le piano et l’orchestre sur un cantique de Camargue, Sonatine pour orgue
), finalement restituĂ©es par l’auteur Ă  la veuve de Darius Milhaud, Madeleine, en avril 1992.

L’apport est fondamental : il suscite l’admiration pour le travail de recherche ainsi rĂ©alisĂ©, autant que l’effroi face Ă  une vaste et minutieuse opĂ©ration de spoliation antijuive.

 

 

 

 

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LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. Willem de Vries : COMMANDO MUSIK (Buchet Chastel) – Parution : oct 2019 – Format : 15 x 23 cm, 416 pages – 26 € – ISBN 978-2-283-03198-8

 

 
 

 

LIVRE événement, critique. JM Molkhou : les grands Quatuors à cordes du XXÚ (Buchet Chastel)

LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. Jean-Michel Molkhou : les grands Quatuors Ă  cordes du XXĂš (Buchet Chastel). VoilĂ  un nouvel opus qui devrait grandement sĂ©duire les amateurs de musique de chambre : tous ceux pour lesquels, du public ou des musiciens, la notion de conversation en musique n’est ni vain mot ni fantasme inatteignable. Quelques groupes constituĂ©s s’y sont risquĂ©s, ont rĂ©ussi, incarnant par leur complicitĂ© et leur choix de rĂ©pertoire, un idĂ©al vivant. En voici une sĂ©lection forcĂ©ment partiale mais qui a le mĂ©rite de constituer un premier Ă©chĂ©ancier s’agissant des “grands Quatuors du XXĂš”, ceux qu’il est possible diversement d’Ă©couter toujours, grĂące aux archives audio.

MOLKOU livre quatuor a cordes critique annonce livre critique classiquenews buchet chastelLa prĂ©face signĂ©e du Quatuor Modigliani et de Sonia Simmenauer indique de quoi il est question : non pas les grandes partitions pour quatuor Ă  cordes comme nous pouvions le supposer, mais les « grands » interprĂštes constituĂ©s en quatuor, au XXĂš. Etant en 2020, dĂ©jĂ , un bilan est donc possible. Les formations portent d’abord le nom du primarius, ou 1er violon, privilĂšge du musicien le plus exposĂ© (ainsi les Quatuors YsaĂże, Busch, RosĂ©, Capet, Lowenguth
) ; ou bien Ă©voquent une terre d’élection (Budapest, Hongrois, Italiano, Tokyo, Jerusalem, Shanghai
) ; voire une institution d’origine (Juilliard, Curtis, Bolchoï
), et depuis plusieurs dĂ©cennies, les noms de peintres sont devenus la nouvelle norme
 La trouvaille exemplaire ayant Ă©tĂ© dĂ©fendue par le Quatuor … Sine nomine !
Pour sĂ©lectionner les quelques 120 formations ici prĂ©sentĂ©es, des critĂšres ont Ă©tĂ© identifiĂ©s : longĂ©vitĂ©, notoriĂ©tĂ©, influence, discographie voire « destin particulier »  L’auteur balaie large, tĂ©moignant de la diversitĂ© des aventures et des approches, dans un rĂ©pertoire divers : apparaissent par ordre chronologique de crĂ©ation, les Quatuor Capet, Busch, Pro Arte, de Budapest, Lener, Calvet, de Prague (nĂ©s avant 1920), Kolisch, Beethoven,
 NĂ© dans les annĂ©es 1930 : le Quatuors Hongrois ; puis dans les annĂ©es 1940 : Smetana, VĂ©gh, Borodine, Italiano ; Ă  l’AprĂšs-guerre : Fine Arts, Juilliard, LaSalle, Paganini (tous fonndĂ©s en 1946) ; Quatuor Amadeus, de Hollywood, 
 Propres aux annĂ©es 1960 : Guarneri, Melos, Cleveland, de Tokyo, 
 1970 : Alban Berg, Prazak, Arditti, TakĂĄcs, Emerson
 dans les annĂ©es 1980 : Hagen, YsaĂże, MosaĂŻques, Artemis
 dans les annĂ©es 1990 : Quatuors de JĂ©rusalem, Belcea, 

Puis une seconde partie qui classe non par chronologie mais alphabĂ©tiquement (au nom de l’ensemble), assez « fourre-tout », rĂ©pare des oublis et complĂšte ce panorama plutĂŽt trĂšs large sous le titre : « d’autres grands quatuors Ă  cordes du XXÚ » . La partie permet d’ajouter les candidats de ce panthĂ©on subjectif, de AEOLIAN Ă  WIHAN. Le spectre est large et promet d’autres focus. Etonnant oubli, n’y figure pas le Quatuor Manfred par exemple… A suivre.

BONUS : 1 cd inclus de 6h de musique, comprenant un tĂ©moignage du geste musical et artistique des Quatuors choisis sous la forme d’un mouvement intĂ©gral

LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. JM Molkhou : les grands Quatuors Ă  cordes du XXĂš (Buchet Chastel – sĂ©rie Les Grands InterprĂštes) – parution : janvier 2020

LIVRE Ă©vĂ©nement. BEETHOVEN PAR LUI-MÊME (Buchet Chastel)

Beethoven par lui mĂȘme bĂ»cher chastel classiquenews 9782283033623-aafbbLIVRE Ă©vĂ©nement. BEETHOVEN PAR LUI-MÊME (Buchet Chastel). Sur l’échelle des extrĂȘmes, Ă  coup sĂ»r, Ludwig occuperait la place la plus haute. L’éditeur avait dĂ©jĂ  publiĂ© le cycle de la correspondance suscitĂ©e par le compositeur en raison de sa surditĂ© : ses fameux « cahiers de conversation », lesquels lui permettaient par l’écrit de communiquer avec son entourage (2015) : un procĂ©dĂ© astucieux qui a le mĂ©rite de consigner ainsi, jusqu’à l’anecdotique, le quotidien d’un combattant par l’art. Ici l’auteure, Ă  l’occasion du 250Ăš anniversaire de sa naissance en 2020, s’intĂ©resse Ă  un choix de lettres et dĂ©clarations (elles mĂȘmes tirĂ©es de ses carnets intimes et des cahiers de conversation), scrupuleusement reproduites en ce qu’elles rĂ©vĂšlent tel caractĂšre ou telle prĂ©occupation artistique du gĂ©nie romantique nĂ© Ă  Bonn, rĂ©sident Ă  Vienne.
De 1782 Ă  1827, Beethoven nous est dĂ©voilĂ© ; certes passionnĂ© et parfois, souvent excessif ; mais portĂ© par le goĂ»t de l’excellence et la force sublime de son art ; c’est surtout un ĂȘtre gĂ©nĂ©reux, entier, dotĂ© d’un charisme humain et fraternel peu commun ; c’est un ĂȘtre frappĂ© par un handicap dĂ©moniaque, qui se montre difficile et exacerbĂ©, en particulier vis Ă  vis des membres de sa famille (sa belle sƓur Johanna, tour Ă  tour conspuĂ©e, humiliĂ©e puis rĂ©confortĂ©e ; vis Ă  vis de son neveu Karl dont il a dĂ©cidĂ© de prendre la garde et assurer l’éducation
) ; c’est un ami Ă  la fois possessif et distant ; c’est un artiste qui doit aussi cacher longtemps son infirmitĂ©, pourtant convaincu qu’il est nĂ© pour Ă©crire des Ɠuvres magistrales. Ce dont sont convaincus eux aussi, ses protecteurs de 1809, les princes viennois, Kinsky, Lichnowsy et l’Archiduc Rodolphe qui de concert lui allouent une rente annuelle Ă  vie de 4000 florins : reconnaissance unique dans l’histoire de la musique du gĂ©nie d’un musicien

Piliers et fondations d’une Ɠuvre unique et singuliĂšre que l’annĂ©e 2020, celle des 250 ans, permettra d’expliciter et de rĂ©explorer, ses goĂ»ts musicaux, ses admirations nuancent notre perception de l’homme et de l’artiste : fĂ©ru de littĂ©rature (Shakespeare et surtout Schiller, 
avant Verdi / quant Ă  Goethe, leur « rencontre » ne s’est jamais rĂ©ellement accomplie), et Ă©videmment de musique : si l’on ne sait rien de sa pensĂ©e Ă  l’égard de son confrĂšre Ă  Vienne, Schubert (qui l’admirait beaucoup), Beethoven on le sait ne goĂ»tait guĂšre les « flonflons » de Rossini (sans inspiration : pauvre producteur d’une « riche rĂ©colte de raisins secs » / rosinen, en un subtil jeu de mots). Ses grandes vĂ©nĂ©rations vont Ă  Mozart, Cherubini,
 d’une façon moins Ă©vidente Ă  son maĂźtre Joseph Haydn, selon une formule je t’aime moi non plus, qui lui est propre. Ce qui transpire toujours en dĂ©pit des alĂ©as de l’humeur, des vicissitudes de la vie sociale, mondaine ou amicale, voire sentimentale aussi, c’est la dĂ©termination et la volontĂ© d’un individu hors limites. RĂ©vĂ©lateur.

LIVRE Ă©vĂ©nement. BEETHOVEN PAR LUI-MÊME. Lettres rĂ©unies et prĂ©sentĂ©es par N Kraft. Buchet Chastel. Date de parution : 07/11/2019 – Format : 14 x 20,5 cm, 14,99 EUR € – ISBN 978-2-283-03362-3 – 170 pages. Plus d’info sur le site de l’éditeur Buchet Chastel

Livre, critique. GĂ©rard Mannoni : Une vie Ă  l’opĂ©ra, souvenirs d’un critique (Ă©ditions Buchet-Chastel)

une vie a l opera buchet chastel livre critique livre par classiquenews gerard mannoniLivre, critique. GĂ©rard Mannoni : Une vie Ă  l’opĂ©ra, souvenirs d’un critique (Ă©ditions Buchet-Chastel). L’auteur rend compte de ses reportages, et sujets traitĂ©s au fur et Ă  mesure d’une carriĂšre dĂ©roulĂ©e au contact des artistes Ă  l’affiche, depuis le milieu des annĂ©es 1940, jusqu’au dĂ©but des annĂ©es 2000 (terminant l’énoncĂ© d’une vie bien artistiquement bien remplie Ă  Tokyo et en Ă©voquant Ă  ses dĂ©buts alors, le phĂ©nomĂšne Jonas Kaufmann)
 ce sont les souvenirs d’un critique et envoyĂ© spĂ©cial, salariĂ© par divers medias de la presse Ă©crite spĂ©cialisĂ©e (ou pas) pour couvrir les Ă©vĂ©nements lyriques d’alors; au fil des pages (plus de 250 au total), se prĂ©cisent dans les replis de la mĂ©moire et aprĂšs l’écoute de bandes d’entretiens enregistrĂ©s, conservĂ©es in extremis dans sa maison de campagne-, la personnalitĂ© des interprĂštes, surtout chanteurs d’opĂ©ra, qui pour certains, sont devenus des amis.

 

 

GĂ©rard Mannoni raconte l’opĂ©ra du XXĂš
Petites et grandes histoires de la lyricosphĂšre

 

 

La sphĂšre opĂ©ratique se dĂ©voile dans la diversitĂ© des corps de mĂ©tiers engagĂ©s ; Ă  travers surtout la vie en coulisses, prĂ©paration et rĂ©pĂ©titions, petites histoires et anecdotes qui s’inscrivent dans une mĂ©moire saturĂ©e d’instants surtout mondains, parfois magiciens. La galerie de portraits est digne d’un roman picaresque tant les profils et les comportements sont variĂ©s ; tous rĂ©vĂ©lateurs d’une rĂ©alitĂ© : la personnalitĂ© humaine contredit parfois l’impression entretenue par la personnalitĂ© artistique. Voyez par exemple la froideur distante d’une Schwarzkopf – hautaine et se rendant inaccessible – comme une divinitĂ© allemande ; tout l’inverse d’une Montserrat CaballĂ©, autrement plus chaleureuse et simple, Ă  un mĂȘme niveau artistique : d’ailleurs, le portrait de la diva catalane pourrait ĂȘtre un hommage parfait depuis sa disparition le 6 octobre dernier (p 25).

Ainsi s’égrĂšnent les petites histoires du milieu lyrique (et aussi chorĂ©graphique, car l’auteur a suivi de nombreux ballets Ă  l’OpĂ©ra de Paris). Maurice BĂ©jart, Yvette ChauvirĂ©, Balanchine, Barychnikov, Cuevas et ses ballets ou Serge Lifar
 alimentent la chronique des danseurs et des chorĂ©graphes. Un milieu Ă  peine moins croustillant.
Mais l’auteur maĂźtrise son sujet : l’art de la narration et des Ă©vocations calibrĂ©es, demeurent parfaitement rythmĂ©. Le journaliste connaĂźt bien son mĂ©tier. Toujours il raconte une histoire et Ă  travers, dĂ©crit une situation qui en dit long sur ses acteurs
 On le suit ainsi Ă  Bayreuth, Ă  l’époque de Wieland Wagner Ă  la fin des annĂ©es 1950, quand la Colline verte savait encore produire de superbes productions en particulier sur le plan vocal (Birgit Nilsson, Elisabeth GrĂŒmmer, Astrid Varnay,
) ; Ă  Paris en 1958, pour le gala donnĂ© Ă  l’OpĂ©ra par Maria Callas la Divine, alors au sommet d’une carriĂšre surmĂ©diatisĂ©e ; passent les divas devenues lĂ©gendaires telles Tebaldi, Galina Vichnevskaia (qui habitait un superbe appartement parisien avec son Ă©poux Rostropovitch
) ; RĂ©gine Crespin, Germaine Lubin, la diva nazillarde ; et mĂȘme une certaine Suzy Lefort, belle sƓur du directeur de festival (Aix), Bernard : une dĂ©voreuse dĂ©lurĂ©e, tout Ă  fait emblĂ©matique d’un certain milieu parisien tout Ă  fait artificiel et sophistiquĂ© pour lequel l’opĂ©ra est avant tout un faire valoir
 mondain et politique. On sent alors une certaine Ă©motion nostalgique Ă  l’évocation de dĂźners d’aprĂšs-premiĂšre Ă  l’Espace Cardin Ă  Paris, oĂč Ă©taient prĂ©sents Saint Laurent, Paloma Picasso et autres cĂ©lĂ©britĂ©s du gotha Ă  connaĂźtre. TĂ©moin sincĂšre (ou affabulateur, mais alors dans une moindre mesure), l’auteur ressuscite tout un monde dĂ©sormais perdu, qui et le temps de son activitĂ©, put Ă©prouver l’illusion d’ĂȘtre Ă©ternel en accrochant les Ă©toiles. Il nous reste pour le pire et le meilleur des vĂ©ritĂ©s bien pesĂ©es, si rĂ©vĂ©latrices de la personnalitĂ© de certaines lĂ©gendes lyriques du siĂšcle passĂ© (Fedora Barbieri et Leonie Rysanek, June Anderson et Jane Rhodes, surtout Beverly Sills, la plus grande coloratoure – avec CaballĂ©, du XXĂš : une mĂšre attentive avant d’ĂȘtre une artiste dĂ©jĂ  exceptionnelle
) ; tout cela ne s’invente pas mais a Ă©tĂ© vĂ©cu simplement. La preuve que la rĂ©alitĂ© dĂ©passe souvent la fiction. A lire absolument.

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CLIC D'OR macaron 200Livre, critique. GĂ©rard Mannoni : Une vie Ă  l’opĂ©ra, souvenirs d’un critique (Ă©ditions Buchet-Chastel) – Format : 14 x 20,5 cm, 264 pages – prix indicatif :20€ – ISBN 978-2-283-03076-9 – Parution : septembre 2018

 

 

LIVRES, annonce : AGNES LETESTU, Danseuse Ă©toile, propos sur la danse (Editions Buchet Chastel)

letestu agnes danseuse etoile buchet chastel livres review critique livres classiquenews gerard mannoni pourquoi danserLIVRES, annonce : AGNES LETESTU, Danseuse Ă©toile, propos sur la danse (Editions Buchet Chastel). La rĂ©ussite d’une danseuse tient Ă  quelques paris relevĂ©s : maĂźtrise totale de son corps et de ses possibilitĂ©s et Ă©volutions ; gestion du mental ; choix et gestion des rĂŽles du rĂ©pertoire et des crĂ©ations Ă  inventer ; discipline, humilitĂ©, patience
 Tout cela la danseuse phare du Ballet de l’OpĂ©ra de Paris, AgnĂšs Letestu l’a appris, canalisĂ©, portĂ©, sachant attendre son heure, s’effacer presque pour mieux Ă©blouir le temps venu, quand son physique et ses performances rĂ©pondaient alors au goĂ»t et Ă  l’attente du « milieu » : public, directeurs de l’OpĂ©ra et de la Danse. Avec Noureev, AgnĂšs Letestu apprend et perfectionne son art dans 
 l’ombre ; jusqu’en octobre 1997, oĂč aprĂšs avoir dansĂ© Odile dans Le Lac des Cygnes, elle devenait de la bouche mĂȘme de Hugues Gall, « Danseuse Étoile », reconnaissance ultime et accomplissement suprĂȘme. Si l’on prend en compte qu’une carriĂšre de danseuse s’arrĂȘte, vĂ©ritĂ© du corps oblige, vers 42 / 43 ans, selon les intĂ©ressĂ©es, le parcours d’AgnĂšs Letestu fut incroyablement intense, sa singularitĂ© marquante estimĂ©e Ă  sa juste valeur sur le tard
 Mais quelle grĂące, et quelle intĂ©rioritĂ© ! Pas un battement de cils, pas un regard (vers le public) qui n’ait Ă©tĂ© pensĂ©, muri, ciselĂ© pour exprimer mieux qu’une technique : l’ñme du personnage. Les pages de ce livre tĂ©moignage sont capitales pour comprendre de l’intĂ©rieur, la quĂȘte lente donc mieux prĂ©parĂ©e de l’une des danseuses les plus inspirĂ©es, et les plus technicienne de sa gĂ©nĂ©ration. La silhouette Letestu fait depuis ses incarnations su la scĂšne de Bastille et du Palais Garnier Ă  Paris, modĂšle. Celle qui en plus d’ĂȘtre une danseuse divine, par son Ă©lĂ©gance et sa profondeur, fut aussi enseignante, et passionnĂ©e par le costume, rĂ©alisatrice des costumes de scĂšnes pour plusieurs productions; la sincĂ©ritĂ© du propos est passionnante, les anecdotes autobiographiques d’un apport essentiel. LIVRE Ă©vĂ©nement. Grand critique et compte rendu Ă  venir dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS

CLIC_macaron_2014LIVRES Ă©vĂ©nement, annonce. AgnĂšs Letestu : Danseuse Ă©toile, repos sur la danse. Parution le 15 septembre 2016. Editions Buchet-Chastel — ISBN 978-2-283-02938-1. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2016. Grande critique Ă  venir

Livres. Compte rendu critique. Les grandes divas du XXùme siùcle. Par Richard Martet. Éditions Buchet Chastel

CLIC_macaron_2014Livres. Compte rendu critique. Les grandes divas du XXĂšme siĂšcle. Par Richard Martet. Éditions Buchet Chastel. Voix de femmes. Sopranos, mezzos, contraltos… voici 50 portraits de cantatrices parmi les plus mĂ©morables et pour certaines (voire une grande majoritĂ©) lĂ©gendaires, nĂ©es avant 1946 qui ont marquĂ© par leur chant, leur style, la justesse des rĂŽles incarnĂ©es, l’histoire si passionnante de l’opĂ©ra au XXĂšme siĂšcle. Evidemment l’apport (complĂ©mentaire) du cd (jusqu’Ă  7 h de musique) regroupant les airs cĂ©lĂšbres des plus sĂ©duisantes apporte le tĂ©moignage sonore Ă  l’Ă©vocation Ă©crite, souvent prĂ©cise, documentĂ©e, qui rĂ©tablit nombre de contre vĂ©ritĂ©s.

divas richard martet XXeme siecle buchet chastel editions review critique compte rendu classiquenews decembre 2015Les divas les plus anciennes, telles GĂ©raldine Farrar (nĂ©e en 1882) Ă  celles plus rĂ©centes, comme Edita Gruberova (nĂ©e en 1946, la borne chronologique), sont Ă©voquĂ©es avec un sens poussĂ© du dĂ©tail. Chacune idĂ©alement restituĂ©e par ses choix prĂ©cis de rĂ©pertoire, sa tessiture de dĂ©but de dĂ©but et de fin de carriĂšre, ses extravagances aussi… En intitulant son nouveau dictionnaire : “les grandes divas du XXĂšme siĂšcle”, l’auteur Richard Martet (actuel rĂ©dacteur en chef du mensuel OpĂ©ra magazine) inscrit aussi chaque personnalitĂ© dans son Ă©poque et vis Ă  vis de ses admirateurs comme de ses “rivales”, Ă©claircissant certaines rivalitĂ©s abusivement entretenues par public, critiques et medias, telles les frictions orchestrĂ©es entre Maria Jeritza et Lotte Lehmann, Elisabeth Schwarzkopf et Lisa della Casa, Renata Tebaldi et Maria Callas, Grace Bumbry et Shirley Verrett. A lire les pages qui leur sont dĂ©diĂ©es, les quatre divas inoubliables qui s’affichent en couverture du prĂ©sent dictionnaire sĂ©lectif suscitent probablement Ă  l’auteur ses prĂ©fĂ©rences : la mozartienne et diseuse Schwarzkopf, qui eut quand mĂȘme le zĂšle de possĂ©der sa carte du parti nazi ; l’assoluta bel cantiste Joan Sutherland ; l’audacieuse et tout autant bel cantiste Maria Callas, sans omettre notre diva Ă  la française, l’Ă©blouissante RĂ©gine Crespin qui combina comme nulle autre : noblesse, dĂ©clamation, clartĂ©. A lire tant de portraits d’Ă©toiles aujourd’hui si bouleversante mais au carriĂšre passĂ©e, – Ă  l’exception de la toujours active Edita Gruberova, l’on se prend Ă  regretter des annĂ©es dorĂ©es rĂ©volues tant les divas d’aujourd’hui malgrĂ© l’exposition mĂ©diatique dĂ©cuplĂ©e, n’atteignent pas ou si peu la charisme et l’Ă©clat de leurs ainĂ©es…

Livres. Compte rendu critique. Les grandes divas du XXĂšme siĂšcle. Par Richard Martet. Éditions Buchet Chastel. 448 pages. Parution : dĂ©cembre 2015. 23 € (prix indicatif).

Livres, compte rendu critique. Dominique Jameux (1939-2015). Chopin ou la fureur de soi. Editions Buchet-Chastel (2014)

Buchet chastel Jameux dominique chopin fureur de soi critique compte rendu classiquenewsLivres, compte rendu critique. Dominique Jameux (1939-2015). Chopin ou la fureur de soi. Editions Buchet-Chastel (2014). Encore un livre sur l’auteur des PrĂ©ludes et des Etudes
 Mais pas vraiment biographie, ni  analyse technicienne : un parcours original, trĂšs informĂ©, paradoxal et di stanciĂ©. La disparition rĂ©cente de son auteur – qui fut aussi « homme de radio », spĂ©cialiste par l’écrit et la parole de tant de « Musiques en Jeu »- donne à  cette lecture fort recommandĂ©e un « mĂ©lancolique supplĂ©ment d’ñme ». Je n’y suis pas. En des ouvrages   de science- la musicologie en est une, on le sait, parfois  aĂ©rienne, parfois privĂ©e d’envol quand « ses ailes de gĂ©ant
. »- et mĂȘme Ă  l’intĂ©rieur de ceux-ci, gĂźt, ou se montre, ou se dissimule un regardant. La rĂšgle dĂ©ontologique est de n’y pas dire : « je »  Hors tels Ă©dits, guĂšre de tolĂ©rance ou de salut ? De toute façon, ne pas oublier que sĂ©vissent aussi, rĂ©trospectivement, des « biographies » oĂč ramassage de ragots, compilation des traditions et bouquets d’anecdotes ne mĂšnent le rĂ©cit de vie qu’à sa perdition qui aujourd’hui se nomme Gala ou Closer


« La musique Ă©tait son monde ». On Ă©crit cela en tĂȘte d’un  article sĂ©rieux sur le dernier livre de Dominique Jameux, Chopin ou la fureur de soi, persuadĂ© que l’auteur ne nous en voudrait  pas d’un ton souriant et familier :  l’« homme de radio » fut aussi  le fondateur de Musique en Jeu, cette revue unique des annĂ©es 70 qui dura bien moins qu’Art-Press mais ouvrit tant de citoyens de bonne volontĂ© aux arcanes et labyrinthes du sonore
 Le signataire de ces lignes hĂ©las « posthumes » a appris au seuil de l’automne la disparition – commencement d’un brĂ»lant Ă©tĂ© –de Dominique Jameux. Croyant que « Chopin » avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© chroniquĂ© ici mĂȘme, il s’était  contentĂ© de lire pour son propre plaisir cette Ɠuvre ultime.Le voici devant la tĂąche intimidante d’écrire sur celui dont  le bel et pudique avis nĂ©crologique disait : « La musique Ă©tait son monde, qu’il a peut-ĂȘtre rejoint. »

Sept pianistes capitaux

La distanciation Ă©lĂ©gante qu’eĂ»t admise Dominique Jameux ne doit pas empĂȘcher, en recommandant une lecture-mĂ©ditation, de souligner qu’il s’agit d’un maĂźtre-livre –comme on disait au temps de nos humanitĂ©s -, oĂč l’on (rĂ©)apprend beaucoup, et qui surtout suscite dĂ©sir  de rĂ©flexions, d’approfondissements, de remises en dĂ©bat des opinions trop ressassĂ©es. D.Jameux  Ă©tait fervent spĂ©cialiste des Trois Viennois, auteur d’une Ecole de Vienne, d’un Berg, d’un Boulez qui ont, comme on dit, fait, et feront longtemps autoritĂ©. Mais il Ă©tait – avant tout, et plus secrĂštement – chopinien – non, chopĂ©nien, ainsi qu’il prend soin de rectifier l’adjectif-,  dans le cadre d’un retour sur quelque « scĂšne initiale » qu’il Ă©voque au dĂ©tour d’un chapitre sur les « sept pianistes » selon lui capitaux dans l’interprĂ©tation du musicien polonais. « Un professeur gĂ©nĂ©reux, consciencieux, drĂŽle et attachant, Jean Dennery (1899-1971) m’a rĂ©vĂ©lé  le piano et Chopin » (et ajoute D.J.humoriste « je ne lui ai pas fait vraiment honneur, mais il reprĂ©sente beaucoup pour moi. »). ScĂšne initiale, donc, et amour jamais consumĂ© pour la vie et l’Ɠuvre de FrĂ©dĂ©ric, se relaient discrĂštement dans le livre pour suggĂ©rer que malgrĂ© la soumission de Chopin Ă  l’ordre-espace du seul clavier, l’auteur de  partitions  sans titres Ă  panache (ah ! Liszt, Schumann, Berlioz
) ouvrit les portes d’une «  musique  de l’avenir », depuis Debussy jusqu’à nos jours.

Classiques favoris

Certes D.Jameux n’a pas l’outrecuidance de livrer l’Ouvrage qui manquerait  Ă  la connaissance de Chopin   et d’une certaine façon remplacerait  sinon annulerait  tous les prĂ©cĂ©dents. Tout au long du parcours, (et en bibliographie terminale) il cite une myriade de contributions, dont certaines encore maintenant accessibles en librairie française : des « classiques » du sujet (avec  mention  un rien perfide : « ceux qui ont attachĂ© leur nom au compositeur polonais  (de PourtalĂšs, Gavoty, Coeuroy), et d’autres qui se sont signalĂ©s Ă  l’attention des amateurs de Chopin »). Il rend hommage aux travaux patients, vraiment scientifiques et honnĂȘtement parcellaires du musicologue suisse  J.J.Eigendilger, tout comme Ă  ceux, plus discrets, de Marie-Paule Rambeau. Si Camille Bourniquel ( qui Ă©crivit un Chopin dans la collection mĂȘme du Seuil Ă  laquelle le jeune D.Jameux donna son Richard Strauss) est omis, les compositeurs – tel AndrĂ© Boucourechliev – ne sont pas oubliĂ©s, car eux aussi savent parler de leur vie  en compagnie de  Chopin, au mĂȘme titre que naguĂšre un Ă©crivain comme AndrĂ© Gide au plein regard d’intuition.

La fureur de soi

De tout cela, l’auteur   tire substance. Mais surtout « l’homme des LumiĂšres » qu’il Ă©tait sait qu’un voyage en compagnie de Chopin ne peut s’accomplir hors de l’insertion dans « la Grande Histoire » (de type braudĂ©lien), en tout cas dĂ©barrassĂ©e des simplismes de l’Histoire-Batailles, tout comme dans une Analyse Structurale pure et dure. D’oĂč un excellent rĂ©cit de cette Monarchie de Juillet(1830-1848) sous laquelle  Chopin a vĂ©cu son temps parisien-français, et qui occupe une large partie du « PrĂ©ambule ». C’est en miroir de ce temps d’exil (pas si dĂ©sespĂ©rĂ©)  que D.Jameux fait se construire FrĂ©dĂ©ric , quelque part entre un « A nous deux maintenant » (Rastignac montrĂ© par Balzac Ă  Montmartre
) et la submersion par une « fureur de  soi » – insĂ©rĂ©e dans le titre du livre – , Ă  l’intersection du drame personnel et de l’indignation patriotique mĂȘlĂ©e » de mauvaise conscience. D.Jameux – qui fit  des Ă©tudes  de sociologie, Ă  cĂŽtĂ© de sa solide formation musicale – dĂ©veloppe sur « la loge de concert »( encore Balzac), la prostitution parisienne, la  « pianopolis » de la capitale, et varie fort plaisamment autour des « budgets » vestimentaires ou mobiliers de Chopin, Ă  sa façon dandy (les gants !) et heureux de se montrer ainsi. Cela vaut au lecteur-XXIe d’amusants et instructifs parallĂšles sur « les bobos de la vie parisienne au Square d’OrlĂ©ans », ou un  tableau de Chopin entre Journal des DĂ©bats et Charivari (« comme aujourd’hui entre Figaro et Canard EnchaĂźné »)


Le je en Il

Ainsi apparaĂźt la mutation du « je » en « il », sous l’ombrelle psychanalytique du Dr Freud (D.Jameux ne nĂ©gligeait nullement les grilles de lecture offertes par Sigmund
). Et bien  sĂ»r, on demeure en recherche sur « l’Eros chopĂ©nien », quitte Ă  rĂ©voquer en doute les « certitudes » sur le fameux « Je doute que ce soit une femme »,profĂ©rĂ© par FrĂ©dĂ©ric voyant pour la premiĂšre fois George. L’auteur, en miroir de Balzac, Flaubert ou Fromentin (l’échec amoureux, l’indĂ©cision sexuĂ©e), Ă©numĂšre et dĂ©crit « les sept femmes » qui ont accompagnĂ© FrĂ©dĂ©ric : la mĂšre, la sƓur, celle de l’émoi premier, (Constance, aux origines de la Fureur de soi ?), la fiancĂ©e (Marie), la maĂźtresse (Delphine), la groupie (Jane), et (surtout ?) la compagne (Aurore Dupin, (ci) Dudevant Baronne, George Sand
 On ne trouvera pas ici une «  vĂ©rité » mais des indications  sur  les composantes  homosexuelles de FrĂ©dĂ©ric, trĂšs « d’époque romantique », (avec son  cher ami Titus, et le moins connu Astolphe de Custine). Les titres  de la vie « in progress » sont amusants et significatifs : Comment FrĂ©dĂ©ric devint Chopin, Le Ventre de ma mĂšre, Elles, elles, ELLE, L’Isle Funeste (anti-Joyeuse donc, et donc majorquienne), le Quatuor des dissonances (jeux de chaises pas forcĂ©ment musicales entre  FrĂ©dĂ©ric, George  et ses « enfants » Solange bientĂŽt devenue jeune femme, et Maurice.

Carliste et révolutionnaire

Sans oublier un sujet-tabou, l’antisĂ©mitisme, ici  non idĂ©ologique mais tout de mĂȘme insistant si lui aussi « d’époque » .Ni la «lecture  politique » de l’exilĂ© Ă  Paris , et de citer une lettre de 1833 : « J’aime les Carlistes, je dĂ©teste les Philippards ; je suis moi-mĂȘme rĂ©volutionnaire », que souligne  le biographe Ă©voquant « l’habituel halo de fantasmagorie propre aux musiciens quand ils parlent politique », et dĂ©cryptant ici cette  triade chopĂ©nienne  en plein confusionnisme sur les autres et lui-mĂȘme


Horizons chimériques

Il y a constamment un regard subjectif de l’auteur, mĂȘme dans quelques  familiaritĂ©s du « comme on parle » au 3e degrĂ© qui peuvent amuser ou irriter (« le pote de Chopin, quel coup de poing en pleine gueule !, brut de dĂ©coffrage, c’est la dĂšche, bienvenue au club, s’installer au piano pour zyeuter le public  »). Les rĂ©fĂ©rences Ă  la culture humaniste –surtout  XXe – sont clins d’Ɠil d’une nature plus intĂ©ressante : « la lutte des classes en France »(pour citer et un rien corriger  Marx) ; un « glissement progressif du plaisir » ; les « horizons chimĂ©riques » (faurĂ©ens) pour le Nocturne op.62/1 ; « tout menace de ruine un jeune homme, il est dur Ă  apprendre sa partie dans le monde », citĂ© de Nizan, puis adaptĂ© de la  cĂ©lĂšbre 1Ăšre phrase d’Aden Arabie « j’avais vingt ans et je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel Ăąge de la vie »  ; l’axe Viennois, qui a Ă©tĂ© l’objet primordial des recherches et rĂ©flexions de D.Jameux : Freud, donc, Karl Krauss,Alban Berg (et la chĂšre Lulu)


Limer sa cervelle à celle d’autrui

Et plus en amont : « le Sturm und Drang », qu’on traduira façon  Visconti par « violence et passion » ; « l’humeur dĂ©pressive de Chopin Ă  Vienne II, dans le mĂ©diocre accueil que lui font cette fois les inconstants Viennois », (comme Paris II pour Mozart en 1778 !). Montaigne est appelĂ© en caution : « il faut frotter (et limer, ajouterons-nous, c’est encore plus joli !) sa cervelle Ă  celle d’autrui ». Et on se souvient  que l’auteur des Essais vantait une Ă©criture « par sauts et par gambades », ce qui semblerait assez bien dĂ©finir la « mĂ©thode » de notre  biographe, si on ne s’apercevait ensuite que la rigueur de la progression, artistement dissimulĂ©e, est  rĂ©elle.

Les Ɠuvres,l’Ɠuvre

Au titre des jugements subjectifs, quelques  partitions cĂ©lĂšbres que l’auteur n’aime pas, ainsi  la Polonaise op.40/1,  dite Militaire (« sa hĂąblerie insupportable, mĂ©chant morceau rĂ©dimĂ© par l’usage qu’en fit Wajda dans Cendres et Diamant »). Et des lazzi en direction de Berlioz, que « tout hĂ©rissait chez Chopin : comme l’auteur de ces lignes partage sa dĂ©testation, il ne peut que regretter hypocritement la surditĂ© de Chopin aux merveilles berlioziennes. » Mais bien sĂ»r, on s’attardera davantage aux « analyses » des partitions chopĂ©niennes que D.Jameux chĂ©rit particuliĂšrement, et sur lesquelles il porte un regard que sa propre Ă©criture sait enrichir de prĂ©cision et de sensibilité : Ballades,(« la 1Ăšre, le chef-d’Ɠuvre de rupture »),  Scherzi, les deux Sonates, les Etudes (« l’op.10,douze poĂšmes »),des Nocturnes,  les PrĂ©ludes( « Ce n’est pas une oeuvre c’est L’Ɠuvre »),  Barcarolle.

Un Journal Intime ?

Et les adultes avertis
  en musique trouveront dans les investigations sur la TonalitĂ© matiĂšre Ă  mieux saisir le parcours de Chopin. On pourra ĂȘtre intriguĂ© par l’apparition inattendue et dispersĂ©e de passages en italique, dont le 1er ( Ă  propos de la Fantaisie-Impromptu)  Ă©voque l’enfant-Jameux « sous l’Erard fatiguĂ©, aujourd’hui encore au centre de ma chambre, j’ écoute cette piĂšce que joue ma mĂšre, une fois entre mille ».  Cette « écoute amniotique » (qui rejoint celle du petit FrĂ©dĂ©ric en dessous du clavicorde jouĂ© par sa mĂšre Justynia, et dont plus tard la Berceuse transfigurera l’expĂ©rience-souvenir), prĂ©lude  aux autres pages d’un Carnet-Journal  Intime de notes Ă  dĂ©velopper, dont le biographe dit (un peu « jĂ©suite » ?) qu’ils sont « avant tout destinĂ©s à  l’auteur » 

Trois portraits et la vérité

Bien plus tard, il y aura «  trois portraits » essentiels : le fiĂ©vreux et gĂ©nial Delacroix, l’élĂ©gant Ary Scheffer qui veut cacher l’intĂ©rioritĂ©, le terrible daguerrĂ©otype de L.A. Bisson, tragĂ©die  de solitude comme eĂ»t pu la signer Nadar. Et vont rester  la maladie (« vieille servante de »), la mort. Ceux qui ont Ă©tĂ© proches de Dominique Jameux ne peuvent  s’empĂȘcher de penser que certaines pages du livre-biographie sont sans doute aussi miroir, certes totalement discret, mais hautement probable du chemin par lequel il aura fallu passer
 La relation du « mal dont il faut taire le nom » (au XIXe donc, la phtisie, et maintenant le cancer), le rĂ©cit d’un dernier voyage de Chopin dans « l’Isle Humide » (Angleterre), le retour Ă  Paris et l’installation Ă  Chaillot (« dĂšs que je vais un peu mieux, cela me suffit »), « une propĂ©deutique Ă  l’agonie (une contemplation  des espaces progressivement resserrĂ©s de la vie, avant d’en voir la forclusion progressive et impitoyable) », les « mĂ©decins qui ne savent que recommander le repos, le repos je l’aurai un jour – sans eux », l’humour en arme dĂ©fensive ultime.

Et enfin, « l’espace qui se referme, 17 septembre 1849 » . Le cƓur se serre, dans cette lecture Ă  double sens. Alors on « rejaillit en lumiĂšre », comme en Barcarolle, mais « le rythme balancĂ© ne sera pas celui du Nautonier qui va vers l’Ile des Morts ». Un  chapitre d’Epilogue rassemble bien la dĂ©marche vers « cette musique si neuve, si dĂ©routante, si prophĂ©tique
 dans son paysage tonal, son Ă©ternisation par le trille, son obsession de l’espace, cause et consĂ©quence de l’affirmation absolue du sujet
, un espace imaginaire qui  semble se confondre  avec le ciel. » Allons, lecteur, bonne traversĂ©e !

Livres, compte rendu critique. Dominique Jameux (1939-2015). Chopin ou la fureur de soi. Editions Buchet-Chastel, 2014.

Livres. Cahiers de conversation de Beethoven (Buchet Chastel)

beethoven cahiers de conversation buchet chastel colelction musique critique classiquenewsLivres, compte rendu critique. Cahiers de conversation de Beethoven (Buchet Chastel). Beethoven devenu sourd Ă©changeait avec ses interlocuteurs en lisant leurs questions et commentaires qu’ils Ă©crivaient sur des ardoises
 En lisant les mots, Beethoven pouvait ainsi soutenir une conversation sans obstacles. MĂȘme dans leur enrobage actualisĂ©, les carnets de conversations de Beethoven, Ă©crits ou plutĂŽt transcriptions des conversations rĂ©alisĂ©es par ses proches et amis restent
 matiĂšre sĂšche voire abrupte. On soupçonne mĂȘme que certaines rĂ©dactions soient sujettes Ă  caution en particulier les conversations rapportĂ©s par son « ami », Anton Schindler qui n’hĂ©site pas, aprĂšs la mort de Beethoven, Ă  ajouter manuscritement de fausses dĂ©clarations dĂ©montrant combien le compositeur et lui Ă©taient proches
 La supercherie Ă©tant aujourd’hui Ă©lucidĂ©e, le lecteur peut en toute connaissance tirer bĂ©nĂ©fice de leur lecture. Car Ă  Vienne dans les 10 derniĂšres annĂ©es de sa vie, Ludwig s’adresse directement ici aux membres de son cercle Ă©largi : son « fils » Karl (en fait son neveu dont il aura la tutelle dĂ©finitive en 1820, au terme de rebondissements juridiques inimaginables), son frĂšre Johann, les amis Peters et Breuning, le violoniste Schuppanzigh, les Ă©diteurs Artaria, Schlesinger, les pianistes Carl et Joseph Czerny, la soprano Henriette Sontag et surtout le soutien de toujours, protecteur dĂ©dicatoire de maints ouvrages dont la Solemnis, l’archiduc Rodolphe.

De fĂ©vrier 1818 Ă  mars 1827, voici Beethoven Ă  Vienne, dans son ordinaire, Ă  la fin de sa vie : l’anecdotique rejoint les infos de premiĂšre valeur concernant les grandes Ɠuvres alors en gestation : Sonates pour piano et violoncelle (dĂ©diĂ©es Ă  la comtesse Erdödy), la publication de la Hammerklvier opus 106 chez Artaria, la 9Ăšme Symphonie, la Missa Solemnis (achevĂ©e en 1823)
 entre autres. Il faut s’accrocher car la lecture est difficile mais en sachant sĂ©lectionner et faire son tri, l’apport de ses 10 derniĂšres annĂ©es viennoise est inestimable.

Beethoven : Cahiers de conversation. Traduit par J.-G. Prod’homme.  RĂ©Ă©dition. Parution le 10 avril 2015. Edition Buchet Chastel, collection musique. Format : 14 x 20,5 cm, 432 p., 23.00 €. ISBN 978-2-283-02875-9

Mildred Clary, “Benjamin Britten” (Buchet Chastel)

Livres. Mildred Clary, “Benjamin Britten” (Buchet Chastel)     …     Il manquait une biographie française du plus grand compositeur britannique de l’aprĂšs-guerre. Lacune rĂ©parĂ©e avec maestriĂ  et conviction par Mildred Clary. Le texte n’est pas seulement documentĂ© : il ajoute la justesse du portrait et la pertincence des Ă©vocations musicales. Avec “Benjamin Britten ou le mythe de l’enfance”, Mildred Clary nous offre une biographie essentielle.

 

 

Britten : le mythe de l’enfance

 

Britten, le mythe de l'enfance (Buchet Chastel)Un homme pacifiste, qui assumait pleinement son homosexualitĂ© et sa vie avec le tĂ©nor Peter Pears ; un ĂȘtre secret qui n’aimait pas parler de son oeuvre, prĂ©fĂ©rant composer… en particulier ses opĂ©ras. Le portrait que brosse Mildred Clary qui a travaillé  pour France musique, Ă©voque avec tact et un matĂ©riel documentaire trĂšs complet, la vie, la carriĂšre et l’oeuvre du plus grand compositeur britannique de l’aprĂšs-guerre.
L’auteur connaĂźt le sujet pour avoir consacrĂ© Ă  Benjamin Britten de nombreuses heures d’antenne, en particulier en 1986, quand Ă  Aldeburgh, le berceau du poĂšte musicien, oĂč il est nĂ© en 1913 et oĂč il s’Ă©teint en 1976, elle consacrait prĂšs de quinze heures Ă  l’oeuvre du compositeur.L’Ă©vocation suit la chronologie des faits marquants d’une vie aspirant au grand large. La naissance baignĂ©e par les embruns marins, l’apprentissage auprĂšs du compositeur Franck Bridge qui fut pour lui, plus qu’un passeur : le mentor qui allait dĂ©terminer une vocation.
EntrĂ©e au Royal college of Musik de Londres, “l’Ă©cole de la tradition” ; la place du piano qui fait de lui un interprĂšte au clavier, fin et recherchĂ© (admirĂ© entre autres par Yehudi Menuhin…) ; l’admirateur de Stravinsky et de Berg, rencontre plusieurs personnalitĂ©s qui vont Ă©largir ses horizons culturels et accĂ©lĂ©rer sa maturitĂ© de compositeur: le poĂšte Wystan Hugh Auden, son compagnon Peter Pears (1937) ;  Les premiers chefs-d’oeuvre, comme Les Illuminations (1939), l’affirmation de son antimilitarisme forcenĂ©… au fil des pages, le style clair et vivant, renforce l’attraction d’une oeuvre concise et puissante, en relation avec les engagements et les positions tranchĂ©es. Britten reste un homme de thĂ©Ăątre, soucieux de rĂ©tablir une nouvelle Ă©criture dramatique grĂące Ă  l’appui de ses librettistes et poĂštes, grĂące au concours de son compagnon, Peter Pears qui crĂ©era bon nombre de rĂŽles importants dont Peter Grimes.

Outre le thĂ©Ăątre auquel Britten consacre une activitĂ© rĂ©guliĂšre, couronnĂ©e par le succĂšs et la reconnaissance, tous les aspects de l’oeuvre sont abordĂ©s : musique de chambre et musique vocale, musique orchestrale et chorale. L’enfance reste un thĂšme cher et longuement traitĂ©. Il est au coeur d’une oeuvre Ă  clĂ©s dont on commence de mesurer la modernitĂ© poĂ©tique et l’originalitĂ©. Mildred Clary suit pas Ă  pas les journĂ©es d’Ă©critures et les rencontres ; lectrice de la correspondance, les pages descriptives ou Ă©vocatrices des oeuvres, ajoutent les pensĂ©es et les dĂ©clarations autographes.
Poignantes sont les derniere chapitres qui brossent le portrait d’un homme malade dont l’opĂ©ra “Mort Ă  Venise” d’aprĂšs Thomas Mann, est son testament. Un oeuvre centrale qui dĂ©voile la teneur d’une sensibilitĂ© Ă  part et d’une exceptionnelle intensitĂ© poĂ©tique : “la poursuite de la beautĂ©, de l’amour, doit-elle nĂ©cessairement aboutir au chaos?”

Outre la biographie proprement dite, Mildred Clary prĂ©sente la chronologie des oeuvres et une bibiliographie “sommaire” parfaitement prĂ©sentĂ©e, et commentĂ©e, titre par titre.